Le Cœur de Jésus, abrégé de tous les mystères du christianisme
LORS DE LA DERNIÈRE CÈNE, saint Jean reposa sa tête sur le Cœur de Jésus. Là, sur cette poitrine, l’apôtre bien-aimé fut initié aux mystères les plus sublimes. Car il y a une révélation qui se fait dans l’intelligence par le cœur. Le contact avec le Cœur du divin Maître a donné à l’intelligence de saint Jean une force de pénétration merveilleuse qui transparaît dans tout son Évangile et spécialement dans le discours du Sauveur après la Cène, qui est comme le résumé de tout cet Évangile. Le Cœur de Jésus, qui, peu après, à Gethsémani, allait être abreuvé d’amertumes et connaître une mortelle agonie, se dilata alors en effusions d’amour suprême. Tous les apôtres entendirent ce discours, mais saint Jean seul en a rendu les accents : ne l’avait-il pas vécu d’avance, en quelque sorte, en appuyant sa tête sur le Cœur du Sauveur ?
Dans son panégyrique de saint Jean [1], Bossuet a montré que si le quatrième Évangile est autant imprégné de l’esprit d’amour, c’est parce que saint Jean a eu accès à la source même de cet amour : le Cœur de Jésus. Au moment où Jésus-Christ allait donner son corps à tous ses disciples, il donna son Cœur en particulier à saint Jean, afin de faire de lui l’évangéliste de la charité, le théologien de l’amour divin, de cet amour ineffable qui fait battre le Cœur de Jésus.
Voici cette page de Bossuet ; elle nous introduira dans le mystère du Cœur sacré de Jésus auquel ce numéro du Sel de la terre est en grande partie consacré.
JE L’AI DÉJÀ DIT, CHRÉTIENS, il ne suffit pas au Sauveur de répandre ses dons sur saint Jean : il veut lui donner jusqu’à la source. Tous les dons viennent de l’amour ; il lui a donné son amour. C’est au cœur que l’amour prend son origine ; il lui donne encore son Cœur, et le met en possession du fonds dont il lui a déjà donné tous les fruits. « — Viens, dit-il, ô mon cher disciple, je t’ai choisi devant tous les temps pour être le docteur de la charité : viens la boire jusque dans sa source, viens y prendre les paroles pleines d’onction par lesquelles tu attendriras mes fidèles ; approche de ce Cœur qui ne respire que l’amour des hommes ; et, pour mieux parler de mon amour, viens sentir de près les ardeurs qui me consument. » « — Mais, ô Jean, puisque vous en êtes le maître, ouvrez-nous ce Cœur de Jésus, faites-nous en remarquer tous les mouvements que la seule charité excite. » C’est ce qu’il a fait dans tous ses écrits ; tous les écrits de saint Jean ne tendent qu’à expliquer le Cœur de Jésus. En ce Cœur est tout l’abrégé de tous les mystères du christianisme, mystères de charité dont l’origine est le Cœur ; un Cœur, s’il se peut dire, tout pétri d’amour : toutes les palpitations, tous les battements de ce Cœur, c’est la charité qui les produit. Voulez-vous voir saint Jean vous montrer tous les secrets de ce Cœur ? Il remonte jusqu’« au principe », in principio. C’est pour venir à ce terme : et habitabit, « Il a habité parmi nous ». Qui l’a fait ainsi habiter avec nous ? L’amour. « C’est ainsi que Dieu a aimé le monde », sic Deus dilexit mundum. C’est donc l’amour qui l’a fait descendre, pour se revêtir de la nature humaine. Mais quel cœur aura-t-il donné à cette nature humaine, sinon un Cœur tout pétri d’amour ? C’est Dieu qui fait tous les cœurs, ainsi qu’il lui plaît. « Le Cœur du roi est dans sa main », cor regis in manu Dei est – Regis, du roi Sauveur. Quel autre Cœur a été plus dans la main de Dieu ? C’était le Cœur d’un Dieu, qui réglait de près tous ses mouvements. Qu’aura donc fait le Verbe divin, en se faisant homme, sinon de se former un cœur sur lequel il imprimât cette charité infinie qui l’obligeait à venir au monde ? Donnez-moi tout ce qu’il y a de plus tendre, tout ce qu’il y a de plus doux et d’humain : il faut faire un Sauveur qui ne puisse souffrir les misères, sans être saisi de douleur ; qui, voyant les brebis perdues, ne puisse supporter leur égarement. Il lui faut un amour qui le fasse courir au péril de sa vie, qui lui fasse baisser les épaules pour charger dessus sa brebis perdue, qui lui fasse crier : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi », Si quis sitit veniat ad me ; « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués », Venite ad me omnes qui laboratis. Venez pécheurs, c’est vous que je cherche. Enfin, il lui faut un Cœur qui lui fasse dire : « Je donne ma vie, parce que je le veux », Ego pono eam a meipso. C’est moi qui ai un Cœur amoureux, qui dévoue mon corps et mon âme à toutes sortes de tourments. Voilà, mes frères, quel est le Cœur de Jésus, voilà quel est le mystère du christianisme. C’est pourquoi l’abrégé de la foi est renfermé dans ces paroles : « Pour nous, nous avons cru à l’amour que Dieu a pour nous », Nos credidimus caritati quam Deus habet in nobis. Voilà la profession de saint Jean. Pourquoi le juif ne croit-il pas à notre Évangile ? Il reconnaît la puissance, mais il ne veut pas croire à l’amour ; il ne peut se persuader que Dieu nous ait assez aimés pour nous donner son Fils. Pour moi, je crois à sa charité, et c’est tout dire. Il s’est fait homme, je le crois ; il est mort pour nous, je le crois ; il aime, et qui aime fait tout : Credidimus caritati eius. Mais si nous croyons, il faut l’imiter. Ce Cœur de Jésus embrasse tous les fidèles : c’est là que nous sommes tous réunis « pour être consommés dans l’unité », ut sint consummati in unum. C’est le Cœur qui parlait, quand il disait : « Mon Père, je veux que là où je suis, mes disciples y soient aussi avec moi », Volo ut ubi sum ego, et illi sint mecum. Il ne distrait personne, il appelle tous ses enfants, et nous devons nous aimer « dans les entrailles de la charité de ce divin Sauveur », in visceribus Jesu Christi. Ayons donc un cœur de Jésus-Christ, un cœur étendu, qui n’exclue personne de son amour […], aimons-nous dans le Cœur de Jésus.
[1] — Œuvres complètes de Bossuet, par F. Lachat, Paris, Vivès, 1863, t. XII, p. 34 sv (3e point).
Informations
« Venez boire à la source même de la charité. » C’est par cette invitation que s’ouvre l'éditorial du numéro 135 du Sel de la terre, consacré au Cœur de Jésus. L'article ne se contente pas d'une approche sentimentale ; il démontre avec force que cette dévotion constitue l'abrégé de tous les mystères du christianisme.
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p. 1-2
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