Notre-Dame et le Sacré-Cœur
par Réginald Marie
NOUS LISONS, dans le saint Évangile, que les rois mages, s’étant mis en marche pour trouver le Roi des juifs, trouvèrent l’enfant avec sa mère.
En revoyant l’étoile, les mages furent remplis de joie. Ils entrèrent dans la maison, virent l’enfant avec Marie, sa mère et, tombant à genoux, ils lui rendirent hommage. Puis ils ouvrirent leurs coffrets et lui offrirent en cadeau de l’or, de l’encens et de la myrrhe. [Mt 2, 10-11.]
Dieu a voulu se donner à nous en s’incarnant par Marie. Il veut que nous suivions le même chemin pour aller à lui : Notre-Dame nous conduit à son Fils qui nous amène jusqu’à la Trinité Sainte. De sorte qu’il est impossible d’aller à Jésus sans, d’une façon ou d’une autre, trouver notre mère Immaculée sur le chemin, pour nous y conduire.
Il ne peut en être autrement pour le Sacré-Cœur, et celui qui veut vraiment honorer ce Cœur, devra nécessairement passer par celle qui nous l’a donné. Ayant pour mission de donner Jésus aux pauvres pécheurs que nous sommes, elle agira ainsi jusqu’à la fin des temps. Or, le don du Sacré-Cœur étant comme un nouveau don du Sauveur au monde [1], il est impensable que ce don ait été fait sans qu’à un moment ou à un autre, la très sainte Vierge n’ait eu à intervenir – Dieu respectant sa propre sagesse dans l’ordre qu’il a lui-même établi.
Voyons ce que le Sacré-Cœur doit à sa mère, puis comment la Vierge Marie nous donne Jésus et nous renvoie à son Sacré-Cœur ; d’où il suit que nous devons par le cœur de sa mère pour aller au Cœur de Jésus.
Ce que le Sacré-Cœur doit à sa mère
Le lien physiologique entre les deux Cœurs de Jésus et Marie
Disons d’abord ce que le Cœur de Jésus doit à sa mère au niveau physiologique.
Ayant voulu sanctifier toutes les étapes de la vie humaine – sa conception virginale miraculeuse mise à part – Jésus, comme tout bébé, a voulu être formé par sa mère pendant les neuf mois d’une grossesse normale.
Son cœur de chair – objet de cette dévotion en tant qu’il est le symbole de l’amour – a donc été tissé par Notre-Dame en son sein, qui lui a ensuite donné la première impulsion pour qu’il commence à battre. Puis, pendant les quelques mois qui le séparaient encore de la naissance, ce Cœur divin a battu en symbiose avec le cœur de sa mère, se modelant sur son rythme et se nourrissant de son sang [2].
Ainsi Jésus a voulu que son Cœur lui soit donné par Marie et dépende du battement du cœur de celle-ci pendant les premiers mois de sa conception.
Ce n’est pas tout. La science a découvert que, pendant la grossesse, un mécanisme se mettait en place – le microchimérisme fœtal –, qui permet la transmission de cellules de l’embryon à sa mère. Ainsi, les cellules fœtales peuvent migrer vers un grand nombre de tissus et d’organes de la maman, en passant par la moelle osseuse et le système immunitaire, à savoir : vers la peau, le cerveau, le cœur, les poumons, les vaisseaux sanguins, etc. [3].
Cela nous autorise à penser que des cellules de l’Enfant-Jésus ont pu migrer vers le cœur de Marie, renforçant encore le lien et la compénétration entre ces deux Cœurs. Ainsi la fusion entre ces deux Cœurs est-elle bien plus intime que ce que nous pouvons imaginer. Saint Jean Eudes avait bien raison de parler au singulier du Cœur de Jésus et Marie ! On comprend pourquoi la dévotion au Cœur Immaculé de Marie a été donnée par le ciel lui-même comme le moyen le plus efficace pour accéder au Cœur de Jésus. Il y a même des raisons naturelles à cela.
Le lien moral
Jésus, selon son humanité, a voulu tout apprendre comme n’importe quel enfant. Et c’est de sa mère qu’il a essentiellement appris. D’elle, il a dû notamment apprendre à aimer. La très sainte Vierge a eu pour mission, comme mère, d’apprendre à Jésus à aimer Dieu et le prochain.
Saint Thomas d’Aquin explique en effet, lorsqu’il traite des différentes sciences que possédait Jésus (divine, angélique, de vision béatifique et acquise), que Notre-Seigneur, selon son humanité, pouvait et devait s’instruire pour acquérir la science humaine. Ainsi s’explique la finale de l’Évangile de l’enfance : « Jésus croissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes » (Lc 2, 52). A mesure qu’il avançait en âge, il produisait des œuvres humaines plus parfaites : il montrait ainsi qu’il était homme véritable, aussi bien à l’égard de Dieu qu’à l’égard des hommes.
La Vierge Marie ne nous a donc pas uniquement donné le cœur physique de Notre-Seigneur, elle a contribué à éduquer son intelligence et son cœur humain. Dans l’amour que Jésus ressent et manifeste, il y a une part qui vient de la Vierge Marie.
La mission de Marie : donner Jésus aux hommes de bonne volonté
Mère de Dieu pour tout obtenir, Mère des hommes pour tout accorder
Parmi tous les privilèges mariaux, le plus important et le principe des autres est la maternité divine. Tous les autres ne sont là que pour préparer Marie à cette maternité ou bien ils en découlent.
C’est en effet en vue de sa maternité divine que la Vierge Marie fut conçue sans péché et pleine de grâce, et c’est parce qu’elle a consenti à être la Mère du Fils de Dieu, Médiateur et Rédempteur des hommes, qu’elle lui est associée comme co-rédemptrice, médiatrice de toutes grâces et Reine du ciel et de la terre. Dans le plan de Dieu, Notre-Dame est tout ce qu’elle est en fonction et en vue de Jésus et de son œuvre de salut.
La mission de la femme est de transmettre la vie. La mission de la Femme par excellence, la Vierge Marie, a été de faire que l’incarnation devienne effective par son consentement (son « fiat »), de nous donner Jésus, et, par lui et en dépendance de lui, de nous transmettre la grâce, la vie de nos âmes.
Or, le Sacré-Cœur a été révélé pour…
[1] — « Non pas que Jésus ne fût déjà tout à nous avec tous ses trésors, par l’incarnation et la rédemption. Mais il y a comme une nouvelle avance de tout ce qu’il est et de tout ce qu’il a, par l’offrande de son Cœur. Jésus se concentre en son Cœur pour se donner en le donnant. » (Abbé Bainvel, La Dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, Paris, Beauchesne, 1921, p. 44-45).
[2] — Durant toute la grossesse, le cœur de l’enfant est dépendant des battements du cœur de sa mère, si celui-ci cessait de battre, celui-là s’arrêterait immanquablement.
[3] — Ces cellules fœtales restent dans l’organisme des mères bien longtemps après l’accouchement : ainsi, une femme porte en elle toutes les grossesses qu’elle a vécues, qu’elles aient été menées à terme ou non. Selon la recherche scientifique, la migration de cellules fœtales vers les tissus maternels a pour but de changer légèrement la physiologie de la maman pour assurer la survie du bébé, voire de permettre la réparation de certains organes chez la maman.

