La solution de la crise dans l’Église
Sermon donné le 29 juin 2025
par Dominicus
Maintenant je reconnais véritablement que Dieu a envoyé son ange, et qu’il m’a soustrait à la main d’Hérode et à toute l’attente du peuple juif. [Ac 12, 11.]
CETTE PHRASE forme l’introït de la messe des saints Pierre et Paul. Elle est tirée de l’épître de cette messe, elle-même tirée des Actes des Apôtres.
Comme tous les passages de la sainte Écriture, cette épître est susceptible d’un double sens : le sens littéral et le sens spirituel.
Au sens littéral, saint Pierre, le premier pape, a réellement été emprisonné par Hérode Agrippa, en l’an 44, et miraculeusement délivré par un ange.
Au sens spirituel, ces faits sont l’image d’une autre réalité qui lui est semblable.
Parfois le sens spirituel n’est pas donné par la Tradition, c’est nous qui voyons dans tel passage de l’Écriture une signification symbolique. C’est ce qu’on appelle le sens accommodatice.
Ce matin nous allons lire l’épître de ce dimanche dans un sens accommodatice. Cette interprétation n’a donc pas plus d’autorité que la vraisemblance qui s’en dégage. Cependant les conclusions que nous en tirerons seront valables même si l’on n’adhère pas à l’interprétation du texte.
En ce temps-là, le roi Hérode porta les mains sur quelques-uns de l’Église pour les tourmenter.
Hérode signifie le pouvoir politique hostile à l’Église. Le pouvoir politique est souvent hostile à l’Église, surtout depuis la Révolution française, depuis qu’il est contrôlé par la franc-maçonnerie et les sociétés secrètes.
Hérode fit mourir par le glaive Jacques, frère de Jean.
Pierre, Jacques et Jean figurent traditionnellement la foi, l’espérance et la charité. Hérode, c’est-à-dire le pouvoir politique, met à mort Jacques, l’espérance, quand la persécution devient si violente que les chrétiens perdent espoir d’en sortir. N’est-ce pas un peu le cas aujourd’hui où l’on ne voit aucune issue à la terrible crise que subissent l’Église et la société civile ?
Cependant si tout espoir humain semble perdu, il ne faut jamais désespérer, comme le montre la suite de l’histoire.
Et voyant que cela plaisait aux Juifs, Hérode fit aussi prendre Pierre. Lorsqu’il l’eut pris, il le mit en prison, le confiant à la garde de quatre escouades de quatre soldats.
Hérode, le pouvoir politique, persécute l’Église pour plaire à la franc-maçonnerie et aux sociétés secrètes.
Pierre, avons-nous dit, symbolise la foi. Hérode met Pierre en prison quand il empêche la prédication de la foi.
Pierre c’est aussi le pape. Hérode le fait mettre en prison pour faire plaisir aux juifs, quand le pouvoir politique, sous l’influence des sociétés secrètes, arrive à prendre un certain contrôle sur la papauté. Cependant Pierre est toujours vivant, et il va bientôt être délivré miraculeusement, nous allons voir comment.
Ainsi Pierre était gardé dans la prison. Mais l’Église faisait à Dieu, sans interruption, des prières pour lui.
D’abord, pour que Pierre – le pape – soit délivré, il faut que l’Église fasse à Dieu des prières sans interruption. En l’an 44, quand l’histoire eut lieu, la sainte Vierge était vivante, elle animait certainement ces prières, et c’est elle surtout qui obtint la délivrance de Pierre.
Or, la nuit même d’avant le jour où Hérode devait le produire [pour le faire mourir], Pierre dormait entre deux soldats, lié de deux chaînes, et des gardes devant la porte gardaient la prison.
Il est moins cinq. Pierre doit être mis à mort le lendemain.
Il dort entre deux soldats. Il dort, il est dans un état d’inertie, il est attaché à deux soldats, il est l’objet d’une surveillance rapprochée.
La situation semble désespérée, mais Dieu intervient, et pour lui, c’est un jeu de le délivrer.
Et voilà qu’un ange du Seigneur se présenta, et une lumière brilla dans la prison.
L’ange commence par illuminer Pierre. Saint Thomas d’Aquin, le docteur Angélique, parle longuement de l’illumination des anges. Les anges supérieurs illuminent les anges inférieurs en leur apprenant des vérités surnaturelles, les anges illuminent aussi les hommes en les enseignant et en fortifiant leur intelligence.
La première chose à souhaiter, pour sortir de l’état lamentable dans lequel se trouve la sainte Église de Dieu, c’est que le pape soit illuminé par Dieu ou par un ange, pour être rempli des lumières de la Révélation.
Alors l’ange, frappant Pierre au côté, le réveilla, disant : « Lève-toi promptement. » Et les chaînes tombèrent de ses mains.
L’ange ne se contente pas d’illuminer Pierre, il le fait sortir de son sommeil, de sa léthargie. Puis il fait tomber les chaînes de ses mains : voici que Pierre peut agir, toutefois il n’est pas encore complètement libre.
Alors l’ange lui dit : « Mets ta ceinture et chausse tes sandales. » Et il fit ainsi.
Pierre doit mettre sa ceinture et ses sandales. Les orientaux portent de longs vêtements qu’ils doivent remonter avec leur ceinture quand ils veulent effectuer un travail. Pierre doit mettre sa ceinture car il a un rude travail à faire, celui de prêcher la vérité. Il doit aussi mettre ses sandales, qui signifient le zèle pour l’Évangile.
Dans l’épître aux Éphésiens, saint Paul dit que le chrétien doit revêtir une armure spirituelle et notamment il doit avoir les reins ceints de la vérité et les pieds chaussés de zèle pour l’Évangile de la paix. C’est le même symbolisme.
Et l’ange continue : « Enveloppe-toi de ton manteau, et suis-moi. »
Le large manteau des orientaux symbolise la charité, comme la chasuble que le prêtre met pour célébrer la messe, ainsi qu’il est rappelé lors de la cérémonie d’ordination.
Une fois ceint de la vérité, chaussé de zèle pour l’Évangile et enveloppé de charité, Pierre doit suivre l’ange, c’est-à-dire lui obéir.
Alors l’ange le fait sortir de sa cellule, passer devant les deux autres soldats qui ne virent rien, puis sortir de la prison :
Ayant passé la première et la seconde garde, ils vinrent à la porte de fer qui mène à la ville ; elle s’ouvrit d’elle-même à eux. Et, sortant, ils s’avancèrent dans une rue ; et aussitôt l’ange le quitta.
Pierre, le pape, sortira de sa prison quand il quittera l’Église conciliaire, alors il se trouvera dans un rue droite qui conduit au Ciel. Remarquons que la prison se trouve dans la ville : le fait d’être dans l’Église conciliaire ne signifie pas que Pierre est hors de l’Église catholique, mais simplement qu’il se trouve enfermé, qu’il n’est pas libre.
Comme nous le disions au début, cette lecture de l’épître n’est qu’une interprétation accommodatice, elle n’a d’autre autorité que la vraisemblance et la cohérence qui s’en dégagent.
Il nous reste cependant à tirer quelques conclusions qui seront valables quoiqu’on puisse penser de cette interprétation de l’épître.
Première conclusion : il ne faut pas confondre l’Église conciliaire et l’Église catholique. Mgr Lefebvre faisait bien cette distinction dans sa fameuse déclaration du 21 novembre 1974 :
Nous adhérons de tout cœur, de toute notre âme à la Rome catholique, gardienne de la foi catholique et des traditions nécessaires au maintien de cette foi, à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité. Nous refusons par contre et avons toujours refusé de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante qui s’est manifestée clairement dans le concile Vatican II et après le concile dans toutes les réformes qui en sont issues.
Dans le Sel de la terre 85 (été 2013) sous le titre : « Y a-t-il une Église conciliaire ? », Mgr Tissier de Mallerais décrit longuement ces deux Églises. Il explique notamment que ce n’est pas parce qu’on est dans l’Église conciliaire que l’on quitte aussitôt l’Église catholique. Cependant, comme saint Pierre dans sa prison, on est plus ou moins lié par les nouveautés conciliaires, par le nouveau catéchisme, par la nouvelle messe, qui menacent à la longue de faire perdre la foi catholique, et donc de provoquer la mort spirituelle.
Deuxième conclusion : il ne suffit pas de se tenir en dehors de l’Église conciliaire, il faut encore beaucoup prier.
Oratio autem fiebat sine intermissione ab Ecclesia ad Deum. L’Église faisait à Dieu, sans interruption, des prières pour lui.
Il faut donc beaucoup prier, prier sans cesse, et prier avec la sainte Vierge Marie, c’est elle qui sauvera l’Église du péril dans lequel elle se trouve.
Enfin troisième conclusion : il faut que Dieu intervienne en envoyant son ange ou autrement. Nous devons attendre patiemment l’heure de Dieu en priant et en gardant la Tradition chacun à notre niveau, chacun allant jusqu’au bout de la grâce qui lui est confiée : les enfants en étant de bons enfants, les parents en pratiquant leur devoir d’état, les prêtres et les religieux en étant fidèles à leurs règles, et ainsi de suite.
Les hommes d’armes batailleront et Dieu donnera la victoire.
Restons donc fidèles à l’Église catholique et à ses traditions, prions beaucoup, notamment la sainte Vierge Marie, et attendons patiemment l’heure de Dieu, telle est la leçon que nous tirerons de cette épître.

