Conclusion brève
par Dominicus
« ALORS Pierre, rempli du Saint-Esprit dit aux chefs, les anciens et les scribes, avec Anne, le grand prêtre, Caïphe, Jean, Alexandre et tous ceux qui étaient de la famille pontificale : “Chefs du peuple et anciens d’Israël (…) ce Jésus est la pierre rejetée par vous de l’édifice et qui est devenue la pierre angulaire. Et le salut n’est en aucun autre ; car il n’y a pas sous le ciel un autre nom qui ait été donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés” (Act. 4, 5-6 et 11-12). »
Tel est le premier principe à poser pour envisager le salut de la France. Ce principe vaut en effet pour les individus comme pour les sociétés : Dieu est le créateur des deux. En créant l’homme apte à vivre en société et même incapable de vivre sans elle, Dieu constituait les sociétés, au moins les familles.
En s’incarnant pour racheter les individus du péché, Dieu sauvait aussi les sociétés du chaos où le péché des hommes les entraîne inéluctablement. Car sans la grâce surnaturelle, même la loi naturelle ne peut être vraiment observée.
Le deuxième principe est que, dans sa sagesse, Dieu ne veut pas agir seul. Qui te sine te creavit, non te salvabit sine te, celui qui t’a créé sans toi ne te sauvera pas sans toi, a écrit saint Augustin. Dieu veut le concours de ses créatures qui deviennent ainsi des causes secondes, intermédiaires dans la production des effets voulus par Dieu. Il en est ainsi, par exemple, des anges qui servent au gouvernement de l’univers par Dieu.
Puisque « Dieu veut sauver tous les hommes » (1 Tm 2, 4) il veut, sans doute, sauver aussi toutes les nations. Cependant, pour les uns comme pour les autres, le salut n’est pas sans condition, il n’est pas automatique : « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné » (Mc 16, 16). Et de même que certains hommes ont joué un rôle privilégié dans leur pays, de même certaines nations vis-à-vis des autres.
Enfin le troisième principe est que « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8, 28). L’histoire n’est pas une froide et aveugle machine, sans but, mais elle réalise la volonté salvifique de Dieu sur les hommes qui acceptent son amour. Tout ici-bas, même le péché et ses conséquences (maladie, guerre, mort, etc), sert à la gloire de Dieu. Nous le verrons et comprendrons lors du retour glorieux de Notre Seigneur Jésus-Christ, à la fin du monde, quand « il viendra juger les vivants et les morts », comme nous le proclamons dans le Credo. En attendant de voir, nous y croyons fermement. Et à ceux qui objectent le mal pour nier l’existence de Dieu nous affirmons avec saint Thomas : « A l’objection du mal, saint Augustin répond : “Dieu, souverainement bon, ne permettrait jamais qu’il y eût du mal dans ses œuvres, s’il n’était tellement puissant et tellement bon que du mal même il ne puisse faire du bien”. C’est donc à son infinie bonté même, que se rattache, en Dieu, sa volonté de permettre des maux, pour en tirer des biens [1]. »
Présentement nous sommes dans le temps des destructions nécessaires en vue de la construction future. Depuis deux siècles, au moins, les institutions chrétiennes et mêmes naturelles s’effondrent. La famille en est un exemple patent.
Quelle purification pour les âmes chrétiennes qui regardent ces destructions ! A sexta autem hora tenebrae factae sunt super universam terram usque ad horam nonam, depuis la sixième heure jusqu’à la neuvième, les ténèbres se répandirent sur toute la terre (Mt 27, 45). Ces ténèbres sont à la fois un châtiment pour les coupables qui refusent la lumière et une occasion de croissance dans la foi pour les âmes fidèles. Elles apprennent par là à ne se confier qu’en Dieu seul et à tout attendre de lui.
Ainsi en fut-il pour le peuple hébreux que Dieu éprouva et purifia pendant les quarantes années que dura la traversée du désert : aucun de ceux qui avaient quitté l’Égypte n’entra dans la Terre Promise, sauf Josué. Car pour bien montrer qu’il est le seul, l’unique sauveur, Dieu se plaît à conserver un petit reste par lequel il agira. Ainsi l’orgueil de l’homme ne pourra-t-il pas prétendre : c’est moi qui ai sauvé la situation ! Qu’on médite, par exemple, l’épisode de Judas Maccabée (1 Mac 3, 17-19) ou celui de Gédéon (Jg 6, 12-16 ; 7, 1-7). Qu’on se rappelle aussi le choix de Dieu envers David, le petit dernier de la famille.
Alors on cessera peut-être de dénombrer combien on est, combien d’œuvres on possède, combien de livres on a vendus, combien de diplômes on a obtenus, etc. En un mot on cessera de se compter pour ne compter que sur Dieu.
Ainsi, en notre époque, la bienheureuse Vierge Marie apparaît-elle à des humbles ; à des enfants souvent, toujours à des campagnards sans instruction officielle. Car il s’agit d’écraser la tête de l’orgueilleux serpent.
Dans le même temps, le démon travaille, par la judéo-maçonnerie, à instaurer la république universelle fondée sur les trois concupiscences. Mais Dieu est Dieu, le démon n’est qu’une créature et Dieu se joue de lui, comme le chante la liturgie du Vendredi Saint :
Compatissant au malheur de notre premier père,
Qui en mordant dans le fruit funeste tomba dans la mort :
Lui-même [Dieu] désigne le bois [de la croix],
Pour réparer le dommage causé par le bois [de l’arbre du paradis terestre].
L’ordre de notre salut exigeait cette œuvre :
Que l’art [la sagesse de Dieu] déjouât l’art du traître aux multiples ruses,
Et apportât le remède par le moyen dont l’ennemi avait fait la blessure [2].
L’espérance d’une intervention divine est certaine. La bienheureuse Vierge Marie l’a à nouveau confirmé à Fatima en 1917 : « A la fin mon Cœur Immaculé triomphera. » Dieu a toujours prédit les grands événements. N’oublions pas les prophéties de Pie IX et saint Pie X sur le relèvement de la France [3].
Il y a cependant une condition à la rénovation de toutes choses : notre conversion.
Elle commence par l’aveu de nos fautes et la volonté de les expier dans la pénitence. Les Ninivites ont été sauvés ainsi, tandis que Sodome et Gomorrhe endurcies dans leurs infâmes péchés étaient détruites. C’est le leitmotiv de nombreuses apparitions mariales : « Prière et pénitence. » Mais qui enseigne cela aujourd’hui ? Même dans les mouvements, partis, associations, revues, radios, bulletins et autres œuvres qui prétendent lutter contre le désordre actuel ? On préfère les marches derrière des banderoles où les noms de Dieu et de son Christ sont absents, les ventes de livres avec dédicaces d’auteurs, les pétitions, etc.
La vraie conversion exige aujourd’hui une énergique purgation des intelligences. Tant d’idées fausses, tant de mensonges ont été répandus, spécialement depuis deux siècles, qu’un long travail de reconquête des esprits est à entreprendre, même parmi les traditionalistes. S’instruire de la pure doctrine chrétienne et en instruire les siens est urgent. Il faut une ferme volonté pour aller à contre-courant de toute la mentalité actuelle et proclamer l’existence du péché originel, la nécessité absolue de Notre Seigneur Jésus-Christ, même en politique et en économie ; qu’« hors de l’Église il n’y a pas de salut », que l’Église est mère et maîtresse des individus et qu’elle a un droit de regard sur l’ordre temporel, sur les sociétés civiles.
Il faut du courage pour affirmer que « la souveraineté du peuple est une hérésie [4] » et que le suffrage universel est une tromperie. Il faut du courage pour proclamer que le vrai bonheur n’est pas ici-bas, que nous ne sommes pas sur terre pour amasser des richesses, ni pour vivre dans le confort.
Il faut du courage pour rompre avec la télévision [5], avec la radio qu’on écoute trop facilement, avec les magazines mondains.
C’est pourquoi il n’y a qu’un petit troupeau, un RESTE. Avec ce RESTE, Dieu accomplira, comme il a toujours fait, son œuvre de restauration salutaire. Dans ce RESTE, le prêtre, s’il agit en prêtre, a la place principale, il est le moteur ; les pères de famille forment le bataillon de choc, à condition qu’ils soient pieux et chastes ; les épouses et les mères sont les piliers invisibles par leur dévouement et leur soumission ; au-dessus, les religieux et religieuses couvrent cette petite armée de l’encens de leurs prières et sacrifices.
Pour terminer méditons et mettons vite en pratique l’exhortation complète de sainte Jeanne d’Arc qui savait par expérience de quoi elle parlait : « En nom Dieu, les gens d’armes batailleront, et Dieu donnera victoire [6]. »
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[1] — I, q. 2, a. 3, ad 1.
[2] — De parentis protoplasti fraude factor condolens, quando pomi noxialis morsu in mortem corruit : ipse lignum tunc notavit, damna ligni ut solveret.
Hoc opus nostrae salutis ordo depoposcerat : multiformis proditoris ars ut artem falleret et medelam ferret inde, hostis unde læserat. (Hymne pour l’adoration de la Croix.)
[3] — Voir Sel de la terre 17, p. 84 à 87.
[4] — P. Charles Maignen, S.V, La souveraineté du peuple est une hérésie. A propos d’une brochure du R.P. Maumus, Paris, Roger et Chernoviz, 1892.
[5] — Quand on pense à ces journaux et autres bulletins, dits catholiques, qui incitent à regarder la télévision sous prétexte de présenter une critique des programmes !
[6] — Paul Doncœur, Paroles et lettres de Jeanne la Pucelle, Paris, Plon, 1960, p. 50. Malheureusement on oublie fréquemment de citer les premiers mots de cette phrase : « En nom Dieu », que pourtant Jeanne répète très souvent.

