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Quelques réflexions

sur des déclarations récentes de Jean-Paul II

 

 

 

par Dominicus

 

 

 

Science et foi

 

 

 

SUR ce thème, Jean-Paul II a récemment déclaré :

 

On se rend compte qu’entre elles [la science et la foi], tout en distinguant les domaines et les compétences respectives, un dialogue fécond peut être instauré [1].

 

Dans la perspective que construit la théologie, la science elle-même peut rencontrer à ses frontières un nouvel horizon et reconnaître qu’elle a besoin d’un « accomplissement » au-delà d’elle-même. C’est là une rencontre qui, dans la phase actuelle de la culture, semble particulièrement décisive pour le sort de l’espérance terrestre elle-même. On sait, en effet, combien la chute des grandes idéologies a mis à dure épreuve l’optimisme d’un certain humanisme laïc qui a dominé pendant longtemps la scène culturelle. Aujourd’hui, la principale tentation n’est plus de fonder toutes choses sur la raison humaine, mais de renoncer à la perspective même de n’importe quelle fondation, pour s’abandonner à une dangereuse dérive sceptique, à l’enseigne de la fatigue et de la frustration.

Dans ce contexte de profonde crise culturelle, réapparaît chez de nombreux scientifiques la persuasion que la science et la foi ne peuvent plus s’ignorer et qu’il est nécessaire de construire un pont entre l’une et l’autre. Il ne s’agit pas d’un rapprochement dicté seulement par des raisons contingentes. En réalité, la question religieuse ne peut être étouffée dans le cœur de l’homme et la vision même du monde que donne la science ne peut pas ne pas renvoyer à des interrogations radicales : pourquoi la nature est-elle connaissable de manière rationnelle ? Pourquoi est-elle ordonnée et non pas chaotique ? Le dynamisme harmonieux du cosmos soulève la question de la causalité métaphysique et de la finalité ultime de tout ce qui existe. En ayant terminé avec l’époque du scientisme, on voit plus clairement que la perspective de la foi ne s’oppose pas à celle de l’authentique savoir scientifique.

On se rend compte, au contraire, qu’un dialogue fécond peut s’instaurer entre elles, même dans la distinction des plans et des compétences respectives [2].

 

Commentaire :

 

Il y a deux insuffisances importantes dans ces textes.

 

1. Tout d’abord le pape ne rappelle pas la supériorité de la théologie (qui est une sagesse) par rapport à la science. La théologie a pour fondement les vérités de foi révélées par Dieu qui ne peut ni se tromper ni nous tromper. Par conséquent elle bénéficie d’une bien plus grande autorité que la science qui ne s’appuie que sur la raison et l’expérience. En cas de conflit entre les deux, la science doit se soumettre à la théologie.

Par exemple, si la science prétend montrer que le monde est éternel, ou que l’homme est le fruit d’une évolution purement naturelle (sans intervention de Dieu) à partir d’un animal, le théologien peut et doit dire au scientifique qu’il se trompe car il contredit des données de foi, et par conséquent il doit revoir ses raisonnements ou ses observations.

 

2. Ensuite, le pape semble ignorer que plusieurs des questions qu’il pose comme étant religieuses et dont la réponse serait objet de foi, sont en fait des questions d’abord philosophiques, qui relèvent par conséquent de la science. « Pourquoi [la nature] est-elle ordonnée et non pas chaotique ? (…) la question de la causalité métaphysique et de la finalité ultime de tout ce qui existe », toutes ces questions relèvent de la raison humaine travaillant au troisième degré d’abstraction (niveau de la réflexion métaphysique [3]), et seulement accidentellement du domaine de la foi (dans la mesure où Dieu a voulu confirmer par la révélation des vérités que nous pouvons connaître par la raison).

 

 

Lapsus révélateur ?

 

 

Le pape écrit que :

 

L’individu humain ne saurait être subordonné comme un pur moyen ou un pur instrument ni à l’espèce ni à la société; il a valeur pour lui-même. Il est une personne. Par son intelligence et sa volonté, il est capable d’entrer en relation de communion, de solidarité et de don de soi avec son semblable. Saint Thomas observe que la ressemblance de l’homme avec Dieu réside spécialement dans son intelligence spéculative, car sa relation avec l’objet de sa connaissance ressemble à la relation que Dieu entretient avec son œuvre (Somme théologique, I-II, q. 3, a. 5, ad 1) [4].

 

Lisons le texte de saint Thomas cité par le pape :

 

Objection : Il semble que la béatitude consiste en une activité de l’intellect pratique [5]. En effet, la fin ultime de toute créature consiste dans son assimilation à Dieu. Or l’homme ressemble plus à Dieu par l’intellect pratique, cause des choses qu’il connaît, que par l’intellect spéculatif, qui reçoit sa connaissance des choses.

Solution : On dit que l’activité de l’intellect pratique nous assimile à Dieu créateur. Oui; mais cette assimilation a un caractère de pure proportionnalité; elle signifie que l’intellect pratique est avec son œuvre dans le même rapport que Dieu avec la sienne. Au contraire, l’assimilation réalisée par l’intellect spéculatif se fait par union ou par information, ce qui est une assimilation beaucoup plus parfaite. Cependant, on peut observer qu’à l’égard de son objet principal de connaissance, qui est son essence même, Dieu n’a pas de connaissance pratique, mais seulement spéculative.

 

On voit que le pape fait un contresens complet sur ce texte de saint Thomas. C’est dans l’intelligence pratique, nous dit saint Thomas, que l’intellect « est avec son œuvre dans le même rapport que Dieu avec la sienne », tandis que le pape dit que « dans son intelligence spéculative, (…) sa relation avec l’objet de sa connaissance ressemble à la relation que Dieu entretient avec son œuvre ».

L’intelligence de Dieu est créatrice. Mais ce n’est pas le cas de l’intelligence spéculative de l’homme, laquelle se contente de recevoir ses informations de la réalité, à moins de croire en l’idéalisme de Kant, pour lequel l’intelligence donne ses lois au réel.

Lapsus révélateur ? Et il ne s’est trouvé personne au Vatican pour voir cette faute ? Sont-ils tous kantiens ?

 

 

Les conditions pour que

le dialogue soit fructueux

 

 

Jean-Paul II dit encore, au sujet du dialogue :

 

Il est indispensable tout d’abord qu’il soit animé par un vrai désir de connaître l’autre. Il ne s’agit pas d’une simple curiosité humaine. L’ouverture à l’autre est, en quelque sorte, une réponse à Dieu qui permet nos différences et qui veut que nous nous connaissions plus profondément. Et, pour cela, se situer en vérité les uns par rapport aux autres est une exigence essentielle.

Les partenaires du dialogue seront assurés et sereins dans la mesure où ils seront vraiment enracinés dans leurs religions respectives. Et cet enracinement permettra l’acceptation des différences et fera éviter deux écueils opposés : le syncrétisme et l’indifférentisme. Il permettra également de tirer profit du regard critique de l’autre sur la façon de formuler et de vivre sa foi.

La foi sera aussi à la base de cette forme de dialogue qu’est la collaboration au service de l’homme dont j’ai déjà parlé. Car, du fait que nous croyons en Dieu Créateur, nous reconnaissons la dignité de chaque personne humaine créée par Lui. En Dieu nous avons notre origine et en Lui notre destinée commune. Entre ces deux pôles, nous sommes sur la route de l’histoire où nous devons cheminer fraternellement dans un esprit d’entraide, afin d’atteindre la fin transcendante que Dieu a établie pour nous.

Je voudrais réitérer ici l’appel que je lançais lors de mon voyage au Sénégal : « Faisons ensemble un effort sincère pour arriver à une compréhension mutuelle plus profonde. Que notre collaboration en faveur de l’humanité, entreprise au nom de notre foi en Dieu, soit une bénédiction et un bienfait pour tout le peuple » (Dakar, 22 février 1992, n. 7) [6].

 

Sommes-nous sur le même chemin que les musulmans qui refusent de croire en Notre Seigneur Jésus-Christ ? Dieu est-il notre « destinée commune » avec eux ? Devons-nous « cheminer fraternellement » avec eux vers cette destinée ? Devons-nous même attendre d’eux de l’aide pour atteindre « la fin transcendante que Dieu a établie pour nous » ?

Ou ne devons-nous pas plutôt leur dire — leur crier à haute voix s’ils refusent d’entendre — qu’ils se sont trompés de chemin, qu’ils ne sont point sur le chemin pour aller à Dieu, que, s’ils ne se convertissent pas, ils ne pourront jamais atteindre « la fin transcendante que Dieu a établie pour nous » parce qu’ils refusent de prendre le chemin qui seul peut y conduire ?

On dit que le pape a une grande dévotion à saint Louis-Marie Grignion de Montfort — ce serait pour cela qu’il a insisté pour aller prier sur son tombeau à Saint-Laurent-sur-Sèvre quand il est venu en France au mois de septembre. Dans ce cas, il faudrait qu’il lise ce que ce saint a écrit à ce sujet, il faudrait qu’il lise, par exemple, et qu’il prêche ensuite aux autres, ce qui est écrit dans le Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge par ce saint, dans la section sur la vérité fondamentale de cette dévotion, intitulée « Jésus-Christ notre fin dernière », où l’on peut lire :

 

Jésus-Christ est l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin de toutes choses. Nous ne travaillons, comme dit l’Apôtre, que pour rendre tout homme parfait en Jésus-Christ [7], parce que c’est en lui seul qu’habitent toute la plénitude de la Divinité et toutes les autres plénitudes de grâces, de vertus et de perfections; parce que c’est en lui seul que nous avons été bénis de toute bénédiction spirituelle; parce qu’il est notre unique Maître qui doit nous enseigner, notre unique Seigneur de qui nous devons dépendre, notre unique Chef auquel nous devons être unis, notre unique Modèle auquel nous devons nous conformer, notre unique Médecin qui doit nous guérir, notre unique Pasteur qui doit nous nourrir, notre unique Voie qui doit nous conduire, notre unique Vérité que nous devons croire, notre unique Vie qui doit nous vivifier, et notre unique Tout en toutes choses qui doit nous suffire.

 

Nous n’avons pas besoin de l’aide des musulmans pour aller au ciel, comme si Notre Seigneur Jésus-Christ ne nous suffisait pas ! Et eux, sans son aide – et donc sans l’aide de l’Église catholique qu’il a instituée pour le salut de tous –, ils n’y arriveront jamais.

Ainsi Saint Louis-Marie Grignion de Montfort continue-t-il :

 

Il n’a point été donné d’autre nom sous le ciel, que le nom de Jésus, par lequel nous devions être sauvés. Dieu ne nous a point mis d’autre fondement de notre salut, de notre perfection et de notre gloire, que Jésus-Christ : tout édifice qui n’est pas posé sur cette pierre ferme est fondé sur le sable mouvant, et tombera infailliblement tôt ou tard. Tout fidèle qui n’est pas uni à lui comme une branche au cep de la vigne, tombera, sèchera, et ne sera propre qu’à être jeté au feu. Hors de lui, tout n’est qu’égarement, mensonge, iniquité, inutilité, mort et damnation.

 


[1] — Jean-Paul II, Rencontre avec le monde de la culture, ORLF 23, 4 juin 1996, p. 10.

[2] — Jean-Paul II, Discours à Maribor du 19/05/1996, DC 2140, 16 juin 1996, p. 561-562.

[3] — Le premier degré d’abstraction est le niveau de la science physique (qui étudie les corps avec leurs qualités physiques), le deuxième degré d’abstraction correspond aux mathématiques (qui étudient la quantité pure), le troisième degré d’abstraction est celui de la métaphysique (qui étudie l’être en tant qu’être).

[4] — Message à l’Académie pontificale des sciences à l’occasion de son 60e anniversaire, le 22 octobre1996.

[5] — L’intelligence (ou intellect) pratique est l’intelligence prise dans son rôle de diriger l’opération de l’homme. L’intelligence spéculative est l’intelligence qui ne fait que connaître, simplement pour connaître.

[6] — Discours de Jean-Paul II à plus de deux cents représentants du monde politique, culturel et religieux de la Tunisie, à Carthage, le 14 avril 1996, (ORLF nº 17, 23 avril 1996, p. 5).

[7] — Et normalement, cela devrait être aussi l’unique travail d’un pape, et non de faire croire aux hommes qu’ils peuvent atteindre leur perfection sans lui.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 20

p. 153-157

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