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La séduction cabalistique

et judaïque en exégèse

 

 

 

par le frère Emmanuel-Marie O.P.

 

 

 

LORS du congrès relativement récent d’une association de laïcs intéressée par les questions bibliques, l’un des intervenants, hébraïsant amateur, a traité : « Prophéties messianiques dans la Bible hébraïque ». Nous avons écouté l’enregistrement de cette conférence. Si l’intention et le labeur de l’orateur méritent assurément d’être loués, ce qu’il a dit, en revanche, appelle à notre avis de sérieuses réserves. Il nous semble utile d’en faire ici la critique dans la mesure où un certain engouement se manifeste aujourd’hui chez les catholiques pour ce genre de travaux.

L’auteur a voulu prendre quelques exemples de ce qu’il a appelé lui-même des « illustrations pour montrer la richesse qu’apporte une interprétation par l’hébreu ». En fait de prophéties messianiques, son propos s’est limité à évoquer certaines figures du Messie prises dans la Thôra (le Pentateuque). Mais là n’est pas le problème. Ce qui pose question, c’est qu’il a présenté le caractère messianique de ces figures sous un angle vraiment original, étranger à la manière dont il est communément exprimé dans la tradition catholique. Lui-même, d’ailleurs, pour étayer ses démonstrations, a invoqué dans son exposé la tradition juive talmudique et cabalistique dans laquelle il est apparemment allé puiser sa méthode et quelques-unes de ses trouvailles, pour en tirer des résultats qui, selon lui, confondent l’interprétation juive anti-chrétienne et confortent l’interprétation catholique. Malheureusement, nous ne pensons pas que ce soit le cas. Une telle exégèse, croyons-nous au contraire, compromet gravement la vérité et la crédibilité de l’interprétation catholique ; nous allons expliquer pourquoi.

Le conférencier a commenté les passages suivants : le premier mot de la Genèse (Gn 1, 1) ; le Protévangile (Gn 3, 14) ; la naissance d’Isaac (Gn 21, 3) ; la bénédiction d’Éphraïm et de Manassé par Jacob (Gn 48, 16), ainsi que celle de Juda (Gn 49, 10) ; le buisson ardent (Ex 3, 12-14) ; le miracle de la manne dans le désert (Ex 16, 15) et la déclaration d’impureté appliquée au serpent en Lv 11, 42 [1]. Dans les réponses aux questions, il a ajouté : le serpent d’airain (Nb 21, 9) ; la prophétie de Balaam (Nb 24, 17) et le songe de Joseph (Gn 37, 9-12).

La tradition catholique voit effectivement dans beaucoup de ces épisodes des prophéties messianiques, soit au sens littéral [2] (le Protévangile ou la bénédiction de Juda, par exemple), soit au sens typique [3] (Isaac, la manne, le serpent d’airain, etc.). Les Pères et les grands commentateurs ont abondamment expliqué ces choses, aujourd’hui tombées en désuétude avec la domination de l’exégèse rationaliste.

Mais cette approche traditionnelle et ces notions de sens littéral et typique ne sont pas celles qu’a retenues le conférencier. Manifestement passionné par les travaux du chevalier Drach (1791-1865) – rabbin converti qui a cherché naguère à réhabiliter la méthode d’exégèse cabalistique de l’ancienne Synagogue – il a voulu s’en faire l’écho et montrer comment le texte hébreu expliqué selon les principes de la cabale recelait des vérités chrétiennes, notamment au sujet du Messie.

 

 

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Pour juger avec pertinence les propos du conférencier, il importe de dire d’abord un mot sur la cabale. Nous tirons ces renseignements de la notice que Drach lui-même a consacrée à cette question, en tête du tome II de son ouvrage : De l’harmonie de l’Église et de la Synagogue [4].

La tradition de l’ancienne Synagogue, dit cet auteur, fut dans un premier temps entièrement orale. Cette tradition se divisait en deux branches : — L’une « patente, publique, exotérique », savoir : la tradition légale qui fixait le sens de la loi mosaïque et qui, mise plus tard par écrit, constitua le Talmud [5]. — L’autre « mystérieuse, ésotérique, acroamatique [6] », appelée cabale [7], qui s’appuyait « sur le sens symbolique, mystique, anagogique de l’Ancien Testament » et en tirait des considérations philosophiques, théologiques, spirituelles ou morales. Il faut distinguer, continue Drach, entre la vraie cabale, dont l’origine remonterait à Moïse et aux soixante-dix anciens qui l’entouraient et qui avait, en germe, un caractère franchement chrétien, et la fausse cabale qui est une création tardive des rabbins, pleine de superstitions ridicules, viciée par la philosophie païenne et s’occupant de magie. Seule la fausse cabale serait condamnée formellement par l’Église, selon lui.

L’intention de Drach et des cabalistes « chrétiens » – perpétuée par leurs actuels disciples – fut d’innocenter et de faire revivre cette « bonne cabale » à des fins apologétiques, pour convaincre les juifs que leur religion était chrétienne à l’origine. Toutefois, les enseignements de cette cabale originelle se sont en grande partie perdus, avouent-ils, parce qu’ils étaient enveloppés dans un langage obscur, que les mystères qu’ils contenaient ne devaient se transmettre qu’entre initiés et dans le plus grand secret, et enfin, parce qu’ils furent étouffés sous les arguties et les subtilités du pharisaïsme qui envahit la Synagogue au premier siècle avant Jésus-Christ [8].

Ajoutons un mot au sujet de la méthode d’exégèse cabalistique. Le bref aperçu qui précède suffit pour comprendre que le recours à l’hébreu, ici, n’a pas pour but d’approfondir le sens obvie du texte de l’Écriture. On ne cherche pas, grâce à l’appoint d’une enquête linguistique et philologique même sommaire, une plus grande fidélité au texte original et à la pensée exprimée de l’auteur, que les traductions successives ont inévitablement déformés. Cela, ce serait rester à la surface des choses ; or les enseignements qu’il faut découvrir sont tous symboliques et cachés. Selon les principes de la cabale, Moïse et les écrivains sacrés – ou plutôt Dieu lui-même, puisqu’il est l’inspirateur du texte sacré – ont en quelque sorte codé le texte et caché sous des homophonies, sous des combinaisons de lettres et de nombres (les lettres hébraïques ont une valeur chiffrée), des symboles et des révélations secrètes, que le judaïsme postérieur a défigurés. Donc, abstraction faite des idées exprimées, il s’agit de retrouver les allusions supposées au Messie, les indices du dogme catholique, enfouis dans la structure littérale des mots et des phrases, au moyen de procédés de décryptage : par exemple, en relevant et en calculant la valeur numérique des mots pour découvrir de secrètes équivalences entre des termes apparemment hétérogènes (Gématrie), en se livrant à un jeu plus ou moins arbitraire de subtile contorsion des racines et des étymologies, etc.

Prenons quelques exemples, en suivant les démonstrations du conférencier, puis nous dirons ce qu’il faut penser de cette curieuse méthode d’exégèse.

 

 

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1 — Commençons par la partie la moins fantaisiste des propos de l’auteur, celle qui n’appelle que des réserves mineures. Et d’abord, au sujet du Protévangile (Gn 3, 15).

Après le péché de nos premiers parents, Dieu châtia le serpent en lui prédisant : « Je mettrai des inimitiés (héb. : une hostilité) entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance. Elle t’écrasera la tête et tu la mordras au talon. »

Le conférencier explique qu’il ne faut pas dire « elle » (t’écrasera la tête), mais « lui », car l’hébreu porte le pronom personnel masculin singulier hû’ (aWh). Ce « lui » désigne évidemment le Messie.

Il n’y a rien à redire sur la doctrine, mais l’explication donnée n’est pas juste. Car l’auteur oublie que le pronom hû’ a un antécédent, la descendance de la femme, qui est un mot masculin en hébreu : zera‘ ([ræz<). « Lui » n’est donc pas isolé ; c’est vraisemblablement un simple pronom de rappel. On aurait la même chose en français en traduisant le mot descendance par le synonyme masculin lignage : « Je mettrai des inimitiés (…) entre ton lignage et son lignage. Il [= ce lignage] t’écrasera la tête. »

Cela dit, il est évident – de par le contexte biblique et l’analogie de la foi – que la postérité de la femme vise principalement le Christ. Toute la Tradition, l’ancienne tradition juive et la tradition chrétienne, l’a compris de cette manière comme en témoigne déjà la traduction grecque des Septante qui porte « lui » au masculin (aujtov"), sans rapport grammatical possible, cette fois, avec le mot descendance qui est du genre neutre en grec (to; spevrma). La traduction latine de la Vulgate, de son côté, a mis le féminin ipsa, « elle », qu’on ne peut pas davantage rattacher à la descendance, également neutre en latin (semen). Le grec et le latin complètent donc l’hébreu qui est ici le plus vague des trois, en rendant l’allusion au Messie beaucoup plus claire. La « descendance de la femme », c’est le Christ, dit le grec, et c’est le Christ qui nous vient par l’Église et (ou) par Marie, dit le latin. Donc, le recours à l’hébreu, s’il est intéressant, n’apporte rien de décisif pour éclairer le sens messianique de ce texte. C’est la Tradition, solennellement authentiquée par les bulles Ineffabilis Deus de Pie IX et Munificentissimus Deus de Pie XII [9], qui nous permet de comprendre le sens réel et complet de ce passage, beaucoup plus que les considérations qu’on peut faire sur le texte massorétique.

Ce premier exemple montre que la « vérité hébraïque [10] » du texte biblique ne se livre qu’à certaines conditions bien strictes et qu’elle n’est pas l’ultime panacée capable de donner la clé de toutes les difficultés de l’Écriture. En appeler à l’hébreu peut s’avérer très éclairant dans bien des cas, mais ce n’est probant que si l’on respecte les règles propres de cette langue qui ne sont ni arbitraires ni subjectives. Autrement dit, ce n’est pas parce qu’on produit une conclusion qui va dans le sens de la vérité catholique que l’explication qu’on en donne se trouve avérée pour autant : encore faut-il qu’elle soit sérieuse et conduise vraiment à cette conclusion.

 

2 — Prenons maintenant l’exemple du premier mot de la Genèse : « Au commencement. » L’hébreu dit Beré’shîth (tyviarE˝B]), que l’auteur traduit : « dans un principe », sans article puisque l’hébreu n’en prend pas, ou mieux, dit-il : « dans Principe », avec une majuscule, c’est-à-dire dans le Verbe.

Il y aurait d’importantes distinctions à faire. Que ce mot soit l’antécédent du In principio qui débute le prologue de l’Évangile de saint Jean, c’est clair. Désigne-t-il pour autant le Verbe ? Au sens littéral, ce n’est pas l’opinion commune. Il signifie plutôt : 1 – dans le texte de la Genèse, le commencement absolu du temps qui marque que la création a été faite de rien, ex nihilo (« Au commencement Dieu créa…») ; 2 – dans le quatrième Évangile, l’éternité divine dans laquelle le Verbe de Dieu « était » avant que le monde fût (« Au principe, le Verbe était »). C’est seulement dans un sens second et dérivé qu’on peut dire que le « principe » désigne aussi le Verbe par qui et en qui tout a été créé (cf. Jn 1, 3). Qu’on se reporte aux Pères de l’Église et à tous les grands commentateurs catholiques, ils comprennent généralement ainsi [11]. Mais notre auteur préfère suivre ses sources cabalistiques plutôt que de se référer à l’interprétation commune.

Pour les cabalistes « chrétiens », en effet, Beré’shîth est un mot symbole qui contient non seulement le Messie mais également la Trinité [12]. Ils prétendent que telle en était la lecture de l’ancienne Synagogue, et ils y voient un argument décisif pour obliger les juifs à reconnaître la révélation chrétienne [13].

Le conférencier a donc voulu « approfondir » ce mot si riche. Dans Beré’shît, a-t-il expliqué, il y a Bârâ’ (ar:b…) qui veut dire : « créer », et chit (tvi) qui veut dire en araméen (!) : « six ». Car Dieu fait tout par six, selon le modèle de la création achevée en six jours.

Dans le même ordre d’idées, il aurait pu ajouter ce qu’enseigne le procédé cabalistique de la Gématrie, dont il a donné des exemples que nous verrons plus loin : Le premier et le dernier verset de la Bible hébraïque (Gn 1, 1 et 2 Ch 26, 23 [14]) contiennent chacun six a, lettre qui se nomme ’âleph (πl,a…), et s’écrit comme ’eleph (πl,a,), mot qui veut dire « mille ». Donc, le monde durera six mille ans. Nous n’extrapolons pas, c’est bien ce genre de commentaire que l’auteur avait en tête puisqu’il a fait cette application expresse : nous sommes rendus actuellement au sixième millénaire (analogie avec le sixième jour) en attendant le septième où le Christ règnera sur les nations. Voilà toute la « richesse » qu’on peut tirer d’un simple mot interprété selon les principes de l’ancienne cabale.

Inutile de dire que ce sont là des interprétations farfelues qui n’impressionneront que les personnes peu averties en quête de mystère. La parité des consonnes BR’ dans Beré’shîth et Bârâ’ est parfaitement accidentelle et fortuite ; les deux mots n’ont rien à voir. Le B de Beré’shîth est une préposition préfixée totalement indépendante du radical R’Sh (la tête, le début) qui n’a pas de rapport avec la racine BR’ (créer). Avec de tels rapprochements, on peut prouver tout et le contraire de tout. Quant au fait de devoir recourir à l’araméen pour trouver un sens convenable à la combinaison, cela suffit pour condamner le procédé et lui ôter toute valeur. C’est un jeu construit sur l’identité matérielle des syllabes, qui ne prouve rien d’autre que ce qu’on veut bien y mettre. F. Crombette, il est vrai, a donné l’exemple de ce genre de procédé avec ses traductions extravagantes par le copte.

 

3 — Venons-en à la naissance d’Isaac (Gn 21, 3). Le nom d’Isaac (qj;x]yI) veut dire « j’ai ri », par référence à l’épisode qui s’est accompli un an avant la naissance de l’enfant. Lorsque les trois hommes mystérieux vinrent annoncer à Abraham qu’un enfant lui naîtrait bientôt de son épouse Sarah, celle-ci, qui écoutait derrière les parois de la tente, rit parce qu’elle était âgée et stérile.

Or Abraham aussi a souri, prétend le conférencier. Et Jésus, ajoute-t-il, s’est appliqué ce texte dans l’Évangile. En Jn 8, 56, il répond aux Pharisiens qui le pressent : « Abraham a désiré voir mon jour, il l’a vu et il a souri. » Quand Abraham a-t-il vu le Messie et a-t-il souri ? Il a souri avec Sarah à l’annonce de la naissance d’Isaac, et il a reconnu le Messie dans Isaac. Jésus, par ces mots, s’est donc humblement comparé à Isaac.

Il fallait y penser. L’inconvénient est que, nulle part, le texte de la Genèse ne dit qu’Abraham a souri. En outre, la traduction de l’Évangile donnée par le conférencier n’est pas exacte. Le grec dit : « Abraham a exulté à l’idée de voir mon jour, et il l’a vu, et il s’est réjoui (ejcavrh) », et non pas « il a souri ». Pour justifier son rapprochement, le conférencier a affirmé que c’était le même verbe (caivrw) qui était utilisé en Jn 8, 56 et dans la traduction grecque des Septante de Gn 21, 6. Mais non, justement. Le rire de Sarah (et non pas d’Abraham, qui n’a pas ri) est rendu par le mot grec gevlw~, « rire », et non pas par carav, « joie ». Le texte dit littéralement : « Dieu a fait pour moi un rire », et c’est seulement dans la deuxième partie du verset qu’est employé un composé de caivrw : « quiconque l’apprendra, se réjouira avec moi (sugcarei`tai) [15] ».

De la prétendue « preuve » par l’hébreu (qui s’est transformée au passage en une « preuve » par le grec), il ne reste donc pas grand-chose, sinon ce qu’on savait déjà : 1 — De manière générale, Isaac est un type du Messie, par sa naissance miraculeuse, par son sacrifice surtout (et non pas à cause de son nom ou du rire de sa mère) ; 2 — d’où on peut éventuellement tirer ceci : la joie de Sarah devenue mère, partagée avec ses amies, est une figure de la joie des hommes apprenant la naissance du Messie [16].

 

4 — Voyons maintenant les bénédictions de Jacob. Le conférencier a cité d’abord celle d’Éphraïm et de Manassé, les deux fils de Joseph (Gn 48,16).

Pour la première fois dans la Bible, cette bénédiction fut jointe à une imposition des mains. Mais, au moment de bénir les enfants placés devant lui, Jacob croisa délibérément les bras et posa la main droite – la plus noble – sur la tête du cadet : « Ainsi, il mit Éphraïm devant Manassé [17] » (Gn 48, 20).

Ayant rappelé ce contexte, le conférencier signale au verset 16 [18] le verbe weyidgû (WGd“yIw“) auquel il donne le sens de bénir. Or, explique-t-il, « si vous supprimez les préfixes et les suffixes, ce mot fait dâg (gD…), le poisson ». Jacob a donc béni les deux fils de Joseph de la bénédiction du poisson. Comme le poisson rappelle le Christ, qui a fait de ses apôtres des pêcheurs d’hommes, qui a multiplié les pains et les poissons, qui a offert aux disciples des poissons grillés au feu lors de son apparition sur les bords du lac de Tibériade, etc., cette bénédiction de Jacob, c’est la bénédiction du Christ, source de fécondité spirituelle [19].

On voit à quelles élucubrations tout cela mène. C’est d’autant plus fantaisiste que le mot weyidgû (WGd“yIw“) ne veut absolument pas dire « ils furent bénis », mais « qu’ils croissent ». C’est le verbe dagâh (hgd), qu’on ne trouve qu’à cet endroit dans la Bible et qui signifie « se multiplier ». La bénédiction des poissons est née de l’imagination trop fertile de l’orateur [20].

 

5 — Avec le récit de la bénédiction de Juda (Gn 49, 8-12), l’auteur s’engage dans de subtils calculs basés sur la valeur numérique des lettres de l’alphabet hébraïque [21].

Juda, le quatrième fils de Jacob, se dit en hébreu yehûdâ (hd…Why“). Si on remplace les cinq lettres de ce mot par leur valeur numérique, on obtient 10 + 5 + 6 + 4 + 5, soit un total de 30. C’est le « chiffre codé » de Juda. Or, fait remarquer le conférencier, ce sont, à une exception près, les mêmes lettres que dans le tétragramme sacré, le nom propre de Dieu : YHWH (hwhy) = 10 + 5 + 6 + 5 = 26. La lettre ajoutée est le 4, le D (d), dâleth, qui veut dire « porte » en hébreu. C’est donc tout simple : le Messie-Dieu (symbolisé par le 26) rentrera dans l’humanité par la « porte » de Juda, le 4e fils de Jacob.

Non seulement ce genre d’exégèse n’est pas sérieux, mais il est malsain. L’Écriture sainte n’est pas un message codé. Ce qui fait de la bénédiction de Juda une prophétie messianique, ce n’est pas le décompte de son nom, c’est la parole de Dieu clairement exprimée au verset 10 : « Le sceptre ne sera pas ôté de Juda, ni le bâton de commandement d’entre ses pieds, jusqu’à ce que vienne “celui à qui appartient le sceptre” [Vulgate : celui qui doit être envoyé]. » Effectivement, c’est peu de temps après l’avènement du roi Hérode le Grand, qui n’était pas de la tribu de Juda mais d’origine iduméenne, que naquit le Messie à Bethléem.

Mais le conférencier préfère comprendre selon sa méthode des nombres. « Celui à qui appartient le sceptre » est la traduction commune et probable de l’expression hébraïque un peu mystérieuse Shîloh (hOlyvi), que la tradition a toujours comprise comme un titre du Messie. Cela ne suffit pas à notre auteur. Le Targum [22], dit-il, applique ce mot au Roi-Messie. Or roi se dit en hébreu : melekh (Ël,m,), qui correspond au nombre 48. Comme il se trouve que c’est également le total chiffré de Shîloh, on a « la preuve par les codes chiffrés » que ce terme (de structure tétragrammique, comme le nom de Dieu) désigne bien le Messie.

Ici, l’auteur a fait des digressions « mystiques » sur le mot « amour » (hb;h}aæ, ’ahabhâ), de même structure tétragrammique que le nom de Dieu et d’une valeur cumulée de 13 (la moitié du tétragramme sacré !). Passons sur ces considérations oiseuses à base de nombres, dont les cabalistes sont si friands et dont notre conférencier a encore donné d’autres exemples [23]. Qu’il nous suffise, pour en montrer l’inanité, de citer quelques passages des jugements que saint Irénée portait sur les gnostiques de son époque adonnés à ce même genre de jeu avec l’alphabet grec :

 

En lisant tout cela, cher ami, tu riras de bon cœur, je le sais, devant d’aussi prétentieuses inepties. Ils sont surtout à plaindre, ceux qui mettent en pièces une religion si vénérable et la grandeur de la Puissance vraiment inexprimable et les incomparables « économies » de Dieu, et cela au moyen de l’alphabet et de chiffres agencés d’une façon aussi froide et aussi artificielle. Tous ceux qui se séparent de l’Église et adhèrent à ces contes de vieilles femmes sont vraiment eux-mêmes les auteurs de leur condamnation. (…) Rejetant et anathématisant comme elle le mérite cette façon de penser, nous avons à fuir loin d’eux et, plus ils affirment leurs théories et se réjouissent de leurs trouvailles, plus il faut que nous sachions qu’ils sont agités par l’Ogdoade [24] des esprits mauvais. Quand des malades tombent dans des crises de délire, plus ils rient et se croient bien portants et font tout comme s’ils étaient en santé, voire plus qu’en santé, plus en réalité ils sont malades. De même ces gens-là : plus ils croient avoir de hautes pensées et se rompent les nerfs à force de tendre leur arc, plus ils s’éloignent du bon sens [25].

 

6 — Il faut encore dire un mot de l’interprétation de la manne donnée par le conférencier. Sa démonstration est tirée du terme employé par l’écrivain sacré en Ex 16, 15. Lorsque les hébreux virent pour la première fois la manne qui couvrait le sol du désert, à leur réveil, ne sachant pas de quoi il s’agissait, ils dirent : « Mân-hû’ » (aWhAˆm;), mot à mot : « qu’est-ce que cela ? ». Le nom de « manne » dérive, pense-t-on généralement, de cette expression.

Notre orateur, quant à lui, comprend les choses ainsi : hû’, c’est le pronom personnel masculin singulier : « lui ». Mân, c’est le pronom interrogatif employé pour les personnes : « qui ». Il faut donc traduire : « qui, lui ? ». Qui-lui, conclut-il, ne peut désigner que le Messie présent dans la sainte Eucharistie, dont la manne est la figure. A l’appui de cette explication, il invoque l’unique cas de la Bible où l’on retrouve l’expression man-hû’ : en Daniel 3, 15. Il s’agit de l’épisode de la statue géante que le roi Nabuchodonosor avait fait dresser à sa propre effigie, avec ordre à tous ses sujets de l’adorer. Comme Daniel et ses compagnons s’y refusaient, le roi leur répondit : « Quel est le Dieu [qui, lui, aWhAˆmæ, le dieu…] qui vous délivrera de ma main ? »

Mais, une fois de plus, ces « preuves » ne nous paraissent pas concluantes. L’auteur, à ce qu’il semble, confond l’adverbe interrogatif araméen man (ˆmæ), qui signifie effectivement « qui ? », avec l’interrogatif hébreu mân (ˆm;) qui est, d’après les dictionnaires [26], l’équivalent de mah (Ahmæ), l’interrogatif utilisé pour les choses : « quoi ? », « que ? ». D’ailleurs la référence prise dans Daniel montre bien qu’il y a confusion. Car le livre de Daniel a été écrit pour partie en hébreu et pour partie en araméen, et le chapitre trois d’où est tiré l’exemple invoqué se trouve précisément dans la partie araméenne [27]. Cet exemple témoigne donc contre l’interprétation de l’auteur. Quant au fait que le pronom personnel hû’ soit au masculin, cela ne signifie pas qu’il se réfère à une personne plutôt qu’à une chose, car le neutre n’existe pas en hébreu.

Ainsi donc, avec la version des Septante et la Vulgate, avec toutes les traductions existantes, convient-il de traduire : « Qu’est-ce que cela ? », sans chercher à faire dire au texte des choses que, manifestement, il ne dit pas. La manne n’est pas un cryptogramme du Messie, mais un type, une figure du sacrement de l’Eucharistie.

 

7 — Prenons un dernier exemple pour en finir. Le conférencier a placé dans sa liste de textes messianiques de l’Ancien Testament le passage suivant : Lévitique 11, 42. Il s’agit, dans la liste des animaux que la loi de Moïse déclare impurs, du serpent : « Tout ce qui se traîne sur le ventre, tout ce qui ayant quatre pattes ou plus rampe sur la terre, vous n’en mangerez point car ce sont des [animaux] abominables. »

Qu’est-ce que cela vient faire avec le Messie ? C’est que le mot ventre, explique l’orateur, est écrit ici avec la lettre wâw (w) : gâhôn (ˆ/jG…), avec un « o » plein (c’est-à-dire avec le wâw voyelle), au lieu de gâhon (ˆjøG…), avec un « o » simple (sans wâw). Or ce wâw, paraît-il, est exactement au centre de la thôra ; il y a le même nombre de lettres avant et après. Pour marquer la chose, il est même noté dans le texte hébreu plus grand qu’à l’ordinaire. Le conférencier explique : « D’après la tradition juive, cette lettre est prise du nom de Dieu [le wâw est la troisième lettre du tétragramme sacré], pour couper le ventre du serpent », c’est-à-dire pour couper le mal sur la terre [28]. Or celui qui vient « couper le mal sur terre », c’est le Christ. Ce wâw est donc le signe du Christ !

Nous épargnerons à nos lecteurs les commentaires qui accompagnaient cette géniale découverte, faisant appel aux origines hiéroglyphiques et phéniciennes de cette lettre wâw, pour conclure qu’en fin de compte elle symbolise elle-même le serpent qui, comme l’indique sa langue bifide, incarne aussi bien le mal et Satan que le bien et Jésus-Christ [29]. D’ailleurs, Notre Seigneur n’a-t-il pas cité le serpent en exemple : « Soyez prudents comme des serpents » ?…

Laissons-là ces « fables » contre lesquelles saint Paul mettait en garde son disciple Timothée : « Je te rappelle l’exhortation que je t’ai faite (…), d’enjoindre à certaines gens de ne pas enseigner des doctrines autres [hétérodoxes] et de ne pas s’attacher à des fables et à des généalogies sans fin » (1 Tm 1, 4). « Quant à ces fables ineptes, ces contes de vieilles femmes, rejette-les » (1 Tm 4, 7).

 

 

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Que faut-il penser de ces démangeaisons cabalistiques et de cette étrange méthode d’exégèse ? Faut-il réhabiliter la « bonne » cabale ? Peut-on même parler de « bonne » cabale ? Nous nous contenterons ici de quelques réflexions.

 

1 — L’existence d’une ancienne tradition orale remontant à Moïse et même aux  patriarches, antérieure donc aux premiers écrits bibliques, ne fait aucun doute. Cette tradition, tout comme le texte de l’Ancien Testament qui en est la transcription inspirée, appartient déjà à l’Église catholique et conduit au Christ. Elle s’est conservée dans la portion fidèle du judaïsme ancien qui a reconnu Notre Seigneur, et elle est passée tout entière dans l’Église catholique. Tout ce qui s’en réclame dans le judaïsme postérieur sans être passé dans l’Église est donc une contrefaçon d’origine humaine ou une infidélité au véritable monothéisme mosaïque, et relève de la fausse religion talmudique.

C’est là en effet l’enseignement traditionnel de l’Église : la révélation a d’abord été progressive. En premier lieu, Dieu s’est révélé imparfaitement aux patriarches, aux juges, aux rois, aux prophètes et, par leur intermédiaire, au peuple élu de l’Ancien Testament ; puis il s’est parfaitement révélé dans son Fils et la révélation s’est clôturée avec la mort du dernier apôtre (cf. He 1, 1). Mais il s’agit du même vrai Dieu et de la même religion, à deux stades et selon deux statuts différents : avant J.-C., la seule vraie religion était le culte mosaïque, aujourd’hui caduc et périmé ; depuis, c’est le culte chrétien.

Cette tradition véritable du judaïsme ancien n’a donc rien d’ésotérique. Elle a été expressément consignée dans le texte sacré et spécialement dans ses passages messianiques ; elle est contenue dans ce qu’on appelle le sens littéral et le sens spirituel de l’Ancien Testament, que l’Église expose en reprenant, complétant et éclaircissant tout ce qu’il y a de vrai dans les commentaires de l’ancienne Synagogue. Sa seule obscurité lui vient : 1 – de ce qu’elle délivre un enseignement surnaturel, dont la richesse, par conséquent, dépasse les capacités de l’intelligence humaine ; 2 – de ce qu’elle le dit très souvent dans un langage imagé et métaphorique ; 3 – de ce qu’elle le révèle progressivement, au fil des livres canoniques qui composent la Bible. Il est donc vain de vouloir faire dire à l’Ancien Testament tout ce qui se trouve dans le Nouveau. Bien des vérités n’y paraissent que sous le voile de figures qui restent impénétrables sans la lumière de l’Évangile. La sainte Trinité, par exemple, n’a été explicitement et formellement révélée que par Notre Seigneur ; avant, on n’en trouve que des ébauches et des rudiments obscurs qui exigent la révélation subséquente et l’analogie de la foi pour être compris [30].

 

2 — C’est pourquoi, rien n’autorise, à côté de cette tradition vénérable et véridique du judaïsme ancien, à supposer l’existence d’une cabale ou tradition secrète primitive, qui aurait été saine à l’origine et aurait préparé les voies du christianisme, puis se serait dévoyée. L’existence d’une telle cabale n’est attestée que par le témoignage des cabalistes dits « chrétiens » (soit juifs convertis, soit humanistes de la Renaissance) ou de leurs sympathisants, soucieux de dégager leur propre démarche du fatras pervers et gnostique de la cabale magicienne.

En réalité, l’étude approfondie de la question montre qu’historiquement il n’a jamais existé qu’une seule cabale, qui s’est constituée peu à peu en marge de la religion juive officielle et dans laquelle, s’il se trouve quelques bonnes choses, c’est par accident, à côté des pires superstitions.

Les plus anciens témoins d’une mystique juive ésotérique fondée sur les symboles bibliques remontent au IIIe siècle avant J.-C. A dater de cette époque, certains commentaires rabbiniques du texte sacré commencent à déborder le cadre des explications littérales de la loi et à servir d’asile à des spéculations philosophiques et scientifiques diverses, qui viennent s’abriter sous l’autorité des livres saints et se parer de métaphores bibliques. Dans ces commentaires, l’imagination et la fantaisie l’emportent peu à peu sur la raison et la fidélité au texte. Une place de plus en plus grande est accordée à la thaumaturgie et à la théurgie. Bientôt s’y mêlent également des thèmes empruntés aux philosophies païennes et aux courants gnostiques (notamment au panthéisme, aux idées pythagoriciennes et néo-platoniciennes).

Après la clôture du Talmud, on assiste à l’éclosion d’une première littérature cabalistique : le Livre d’Hénoch, le Schiur Komah, le Hechaloth rabbachi, l’Alpha Beta, etc. Ces ouvrages composites prétendent délivrer à l’initié qui saura percer leurs mystères la clé de tous les problèmes. Ils usent de l’allégorisme le plus exagéré, posent le principe du mysticisme des chiffres et des lettres et fournissent déjà un véritable arsenal de combinaisons hétéroclites dans lequel viendront puiser plus tard les occultistes de toute espèce.

La cabale connaît son apogée au Moyen Age avec Isaac l’Aveugle et surtout Nachmanide († 1270). C’est à ce moment que les chrétiens en découvrent l’existence, grâce à la publication du Sepher Iezirah (le Livre de la Création) et surtout du Zohar (le Livre de la lumière) qui est en quelque sorte la « bible » des cabalistes. Ce livre est une collection d’écrits de nature et d’époque différentes dont la partie la plus ancienne est attribuée à Simon ben Jochaï (IIe siècle après J.-C.), sorte de condensé de doctrines éparses, incohérentes et le plus souvent hétérodoxes, en circulation depuis longtemps parmi certains docteurs juifs. Il prétend contenir la science par excellence, celle qui a su découvrir la vérité sous l’écorce du texte biblique grâce à la tradition secrète et infaillible de la cabale. Voici ce qu’en dit l’auteur de l’article du Dictionnaire de théologie catholique consacré à la cabale : le Zohar « mêle dans une confusion inextricable, au gré du caprice, des jeux d’homophonie, de synonymie, de combinaisons de lettres et de nombres, de propositions dogmatiques, de paraboles, de fables, le tout servant d’expression à des notions de philosophie, de théosophie, de théologie, de cosmogonie, d’éthique, à des données relatives à l’astronomie, l’astrologie, l’alchimie, à la médecine ordinaire et occulte, à des superstitions touchant les exorcismes, les amulettes, la chiromancie, à toutes les formes imaginables de thaumaturgie et de théurgie, à un mysticisme vide, rebelle à toute analyse [31] ».

Sous la Renaissance, les écrits cabalistiques qui commencent à circuler en milieu chrétien excitent l’admiration et l’engouement de plusieurs savants. Dans l’esprit de certains humanistes férus de nouveautés, la cabale passe pour une science extraordinaire, bien supérieure à tous les systèmes philosophiques connus, destinée à rendre de grands services à l’humanité. Ainsi pense Raymond Lulle († 1315), le premier à en signaler les mérites à l’Europe chrétienne. L’utopiste Jean Pic de la Mirandole, de son côté († 1494), rachète à prix d’or à un juif soixante-dix manuscrits hébraïques qu’il croit être les copies des livres qu’Esdras aurait écrits pour éviter que ne se perdent les secrets de la cabale primitive. Il voit dans cette science le moyen de réaliser l’accord parfait entre la philosophie et la révélation. Jean Reuchlin († 1522) la considère également comme la source de la vraie sagesse, etc.

Entre les XVIe et XVIIIe siècles, les écoles cabalistiques juives délaissent les spéculations purement métaphysiques au profit de théories franchement théurgiques. Les occultistes, les illuminés, les théosophes et les magiciens se mettent alors à exploiter la cabale comme une mine [32], accréditant un peu plus dans les esprits libéraux l’idée fausse que la « mauvaise » cabale des méchants, la seule qui serait formellement condamnée par l’Église, n’est qu’une corruption abusive de l’autre, la « vraie ».

C’est sur cette méprise que reposait déjà l’entreprise apologétique du rabbin converti Paul Rici († 1541). Il avait projeté, dans son De agricultura cælesti, « de planter dans le jardin chrétien l’arbre de la cabale et du Talmud débarrassé de ses fruits malsains », et de l’utiliser comme un instrument de conversion des juifs. Au siècle dernier, Drach forma le même dessein. Mais c’est une chimère vaine et dangereuse car les rapports entre le christianisme et la cabale ne se réduisent qu’à quelques vocables communs qui n’ont pas la même signification pour les uns et les autres. Que d’enseignements en revanche dans la cabale, qui sont radicalement contraires à la foi catholique : citons, par exemple, la préexistence des âmes, la métempsycose, la négation de l’éternité des peines, etc.

 

3 — Ce n’est pas tout. Quand bien même la distinction entre « bonne » et « mauvaise » cabale serait fondée, il reste qu’on ne peut aujourd’hui accéder aux témoignages de la « bonne » qu’en allant les chercher dans la « mauvaise ». Les sources sont communes. Tout est inextricablement mêlé, avouent les cabalistes chrétiens, et il n’y a pas d’autre moyen d’atteindre les vérités supposées de la « vraie » cabale qu’en opérant un tri dans le fatras des écrits et des mensonges dont la « fausse » est composée. Ce point devrait suffire aux esprits droits pour rejeter le tout sans hésiter. Comme dit l’axiome : bonum ex integra causa, malum ex quocumque defectu, le bien provient d’une cause intégralement bonne, le mal n’exige qu’une seule défectuosité. Car qui pourra certifier que le choix effectué est le bon ? On en est réduit à une sorte de libre examen. Drach donne cette règle : toutes les fois qu’un passage exprime un article de la croyance catholique, nié par les juifs, en termes dont on n’a pas besoin de forcer le sens, alors on peut être certain que ce passage n’a pas été fabriqué par les rabbins. Mais cela n’est pas suffisant : la sainte Trinité est assurément un dogme catholique, nié par les juifs, mais sa redécouverte par des spéculations douteuses sur la valeur chiffrée des lettres hébraïques qui composent le nom de Dieu n’est guère catholique. Le dogme n’a pas besoin de ce genre d’appui grotesque qui le discrédite.

Ainsi, à titre d’exemple, Drach en est-il réduit lui-même, dans son ouvrage déjà cité, à rapporter les traditions excentriques du Talmud et des anciens rabbins concernant le péché originel, pour n’y trouver en fin de compte que quelques rares bribes de vérité : le serpent, disent les rabbins, est bien le démon tentateur et non pas un serpent quelconque, mais cet ange déchu (appelé par eux Sammaël, « serpent insinueux ») a une compagne (Lilit, « serpent sinueux » [33]) ! Le Talmud affirme bien la transmissibilité du péché originel, mais il l’attribue à une souillure contractée par Ève à la suite d’une union adultère avec Satan (tandis qu’Adam aurait péché de son côté avec Lilit, selon certains rabbins !), etc. On est en plein délire boueux [34].

 

4 — Terminons par trois considérations de bon sens.

 

• Tout d’abord, la cabale – même la « bonne » – est cachée, secrète, ésotérique. Or l’Église a condamné la franc-maçonnerie pour cette raison précisément.

Les défenseurs de la cabale répondent que cet enseignement initiatique aurait dû être dévoilé et prêché ouvertement à la venue du Messie. C’est une supposition gratuite formulée a posteriori. Pourquoi ne fallait-il rien dire avant Notre Seigneur ? Les juifs étaient-ils moins réceptifs à la vérité chrétienne avant la venue du Sauveur qu’ils ne le sont devenus après ? De toute manière, cette prédication ouverte n’a pas eu lieu. Dès lors, nous devons conclure que ces secrets, que l’intervalle du temps a rendus encore plus obscurs, en supposant qu’ils fussent bons et qu’ils aient vraiment existés, sont devenus parfaitement inutiles et tout à fait nuisibles.

Plus profondément, nous renvoyons à ce que nous avons dit plus haut : la vraie tradition de l’ancienne Synagogue, celle qui contenait les vérités nécessaires au salut, ne s’est pas perdue parce qu’elle est complètement passée dans l’Église. Le caractère occulte qu’on lui attribue est donc un prétexte, un paravent. Il ne cache rien de profond, mais n’est que le voile dont se couvrent habituellement l’erreur et la fausse mystique.

 

• Ensuite les cabalistes dits chrétiens – des humanistes de la Renaissance pour la plupart – sont loin d’être d’une orthodoxie parfaitement recommandable. Cela suffit pour jeter une suspicion légitime sur leur œuvre.

Le plus célèbre d’entre eux, Pic de la Mirandole, dont Drach fait l’éloge en disant qu’il « s’est engagé dans le labyrinthe de la cabale hébraïque et a acquis une parfaite connaissance de toutes les parties de cette science si vaste », rédigea en 1486 pas moins de 900 thèses dans toutes les branches de la science (les Conclusiones), inspirées du platonisme, de la cabale et de la théologie, dans l’intention de formuler de nouvelles vérités philosophiques et de montrer que toutes les cultures, à travers le globe, convergent dans le christianisme. Le tout devait être discuté à Rome à l’Épiphanie de 1487 par tous les savants du monde, en vue d’établir une paix universelle, philosophique et religieuse [35]. Mais cet effort de « concorde » syncrétiste éveilla les soupçons de la Curie ; la soutenance fut interdite et les thèses furent soumises à examen. Treize furent déclarées suspectes d’hérésie. Pic s’étant défendu dans l’Apologia, Rome y vit un acte d’insubordination et, en août 1487, les 900 thèses furent toutes condamnées par Innocent VIII. Pic s’enfuit à Paris et fut mis quelque temps en prison à Lyon. Rentré à Florence, il consacra le reste de sa vie à des œuvres plus spirituelles et moins compromettantes. Un an avant sa mort, en 1493, le pape Alexandre VI, sans désavouer son prédécesseur, lui donna l’absolution de la faute qu’il avait commise en publiant les Conclusions et l’Apologie et le releva de la note d’hérésie.

Également, les œuvres de J. Reuchlin et de P. Rici furent mises à l’Index. Sans doute, les raisons données par les censeurs ne déclarent pas leurs travaux formellement hérétiques, mais ils estiment devoir condamner « les rêveries hébraïques, les exégèses aventurées, certaines vues peu orthodoxes ou cabalistiques qui s’accordent mal avec la vérité connue par les enfants dès le catéchisme [36] ».

 

• Enfin, il faut remarquer que les procédés d’exégèse de la cabale ne sont ni objectifs ni probants, comme nous l’avons suffisamment montré par des exemples. C’est une foison d’arguments farfelus, exagérément allégoriques, rebelles à toute logique. Si certains peuvent avoir un intérêt historique ou apologétique parce qu’ils représentent exactement l’état des idées juives à l’époque de leur transcription, ou parce qu’ils sont l’expression de certaines croyances talmudiques conformes à celles du christianisme, l’ensemble est inutile pour l’exégèse biblique qui ne peut en tirer aucun profit. L’Église, d’ailleurs, tant dans sa Tradition que dans son Magistère, n’a pas retenu cette méthode d’exégèse. Cela suffit ; contra factum, non fit argumentum, contre le fait, il n’y a rien à répliquer.

Il importe de rappeler ici certaines règles d’interprétation de l’Écriture données par l’Église : « On ne peut tirer argument qu’à partir du sens littéral et non pas à partir de ce qui est affirmé par l’allégorie. En décider ainsi, ce n’est pas appauvrir la Bible, car rien de nécessaire à la foi n’est contenu dans le sens spirituel qui ne soit contenu clairement ailleurs, dans le sens littéral. » (I, q. 1, a. 10, ad 1.) Encore faut-il préciser qu’il s’agit, dans ces paroles de saint Thomas, de l’authentique sens spirituel et des véritables allégories (que d’ailleurs, saint Thomas n’entend pas déprécier) et non pas des allegoria verbi, des jeux de mots, des fantaisies de lettres, de nombres et d’étymologies forcées, sans rapport avec le texte. Pie XII, dans l’encyclique Divino afflante Spiritu sur les études bibliques, a montré que les exégètes devaient surtout s’attacher à dégager l’interprétation littérale véritable du texte sacré, celle qu’il appelle « théologique » et qui ne se réduit en aucune manière aux seules explications philologiques et historiques, mais les supposent. En faisant ainsi, continue le pape, ils réduiront au silence ceux qui prétendent recourir systématiquement à l’allégorie pour trouver une nourriture spirituelle dans la sainte Écriture. Bien plus, l’encyclique commande d’user avec modération des accommodations extrinsèques et adventices du texte sacré, car « elles ne sont pas sans danger » et la parole de Dieu « n’a pas besoin de colifichets ni d’ornements humains [fussent-ils numériques !] pour émouvoir et frapper les esprits ; (…) les pages sacrées abondent par elles-mêmes de sens propre ; douées de vertu divine, elles valent par elles-mêmes ».

En disant cela, nous ne voulons évidemment pas jeter le discrédit sur le véritable symbolisme dont l’Écriture, la liturgie et les arts chrétiens sont remplis. Il existe même un authentique symbolisme des nombres dans la Bible (notamment dans l’Apocalypse) qui renvoie à de grandes vérités surnaturelles. Mais précisément, ce symbolisme n’est pas un chiffre, il n’existe pas séparément du texte et de son sens littéral qui en donnent la clé, il n’est pas ésotérique. Il n’est qu’une manière différente, métaphorique, plus artistique et suggestive que discursive, d’exprimer des réalités déjà consignées dans le texte. Il y aurait toute une étude à faire pour chasser l’ambiguïté qui existe autour de ce thème du symbole et rendre au symbolisme chrétien ses lettres de noblesse.

 

 

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Nous avons retardé le moment de parler de ces questions (et des travaux circulant en cette matière, qui sont un épiphénomène révélateur d’une tendance de plus en plus généralisée), parce que nous pensions que c’était perdre du temps à des futilités quand il y a tant de travaux importants et nécessaires qui attendent.

Mais l’expérience montre que le danger n’est pas inexistant, qu’une certaine mode « gnostique » fait des ravages, que des fidèles se laissent impressionner par un certain étalage de science sacrée dénaturée et de spiritualité dévoyée et qu’ils n’ont pas les connaissances qui leur permettraient de discerner ce qu’il y a de dangereux dans tout cela. Dans le désert doctrinal et spirituel contemporain, la moindre allégorisation biblique fait vite figure de trésor. Surtout s’il s’y ajoute quelques bribes d’hébreu, car cela donne une saveur exotique dont les esprits sont facilement friands. L’exégèse officielle a tellement déçu les âmes (ils n’ont plus la foi !). Aussi la tentation est-elle forte de se rabattre sur l’une ou l’autre de ces manifestations de mysticisme frelaté qui fleurissent en temps de crise.

Nous encourageons, quant à nous, nos lecteurs à faire preuve de discernement et à aller aux sources pures de la saine doctrine et de la véritable spiritualité catholiques : la vraie Tradition et la sainte Écriture lue en esprit de foi et commentée par les meilleurs Pères, les grands commentateurs de l’Église et les vrais savants catholiques.

 

 

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Au reste et en considérant maintenant les choses de manière plus générale, il faut souligner l’illusion profonde des chrétiens qui s’enthousiasment pour l’exégèse juive quelle qu’elle soit. Pris dans la mouvance œcuménique actuelle, des savants catholiques se mettent à rechercher les convergences possibles avec la lecture juive de la Bible, et il n’est pas rare de rencontrer des fidèles qui s’honorent de faire partie d’un « groupe biblique judéo-chrétien ». C’est forcément au détriment de la vérité catholique. La raison en est simple : le principe de l’interprétation juive et celui de l’interprétation catholique, leur intention respective et donc leur « grille de lecture » sont diamétralement opposés.

 

Les chrétiens lisent l’Ancien Testament à la lumière du Nouveau. La clef de leur interprétation – la seule véritable, enseigne la foi – leur est donnée par saint Paul et les paraboles de l’Évangile qui affirment clairement que le royaume de Dieu a été ôté à la Synagogue parce qu’elle a rejeté le Messie, et qu’il a été donné à un peuple nouveau, l’Église (Cf. Mt 21, 43). Tout l’Ancien Testament est tendu, orienté vers le Messie et vers la « promesse » accomplie en Jésus-Christ et dans l’Église. D’où, dans l’étude de l’Ancien Testament, une certaine primauté donnée aux passages prophétiques parce qu’ils annoncent explicitement Notre Seigneur et le royaume de la grâce (Genèse, prophètes, psaumes), et aux épisodes historiques qui sont « typologiques » des réalités du Nouveau Testament, et notamment du Christ et de l’élection des Gentils.

La Bible des juifs (c’est-à-dire, en fait, les seuls textes protocanoniques de notre Ancien Testament) s’organise en trois cercles concentriques : la Thôra, les Neviim (les « Prophètes », incluant nos livres historiques) et les Ketouvim (les « Écrits », comportant les psaumes, les « cinq rouleaux » – livres sapientiaux – et tout le reste). Mais les Neviim et les Ketouvim ne sont, au fond, que le commentaire de la Thôra, c’est-à-dire de la loi avec ses 613 commandements divins, qui constitue le centre véritable et l’objet principal de la croyance, de la pratique et du culte juifs. Jésus-Christ, la notion (et même l’expression) de Nouveau Testament et toutes les vérités premières du christianisme ne sont, pour le judaïsme, que d’abominables impiétés.

En d’autres termes, la préoccupation majeure du catholique, lorsqu’il lit la Bible, est chrétienne, c’est-à-dire centrée sur le Christ, dogmatique ou théologique, et spirituelle. Il cherche une nourriture intérieure pour sa foi et ramène tout à Notre Seigneur qui fait l’unité des deux testaments [37]. Le croyant juif, au contraire, a une prédilection pour les sections législatives du texte sacré, qu’accompagnent les commentaires officiels de la « halakhah [38] », dont il fouille chaque détail en vue d’une scrupuleuse pratique extérieure. Ce n’est pas Jésus-Christ (ni même le Messie) qui est le centre, c’est la Thôra, la loi.

Il est donc clair que la notion de sens et l’interprétation du texte sacré ne sont pas du tout les mêmes dans l’un et l’autre cas. Pour le catholique, le sens littéral, par-delà la signification grammaticale, historique et littéraire des mots, est le sens réel du texte, c’est-à-dire le sens des réalités surnaturelles signifiées par les phrases. Ce sens trouve son achèvement dans le dogme, dont l’Écriture sainte est, avec la Tradition, la source. La lecture catholique est d’abord théologique. Le triple sens spirituel vient appuyer et compléter cette lecture théologique, en rattachant l’histoire du salut commencée dans l’Ancien Testament au mystère du Christ considéré soit en lui-même (sens typique), soit vivant dans les âmes (sens moral), soit régnant dans les cieux (sens anagogique).

L’exégèse juive a aussi quatre sens, mais qui ne correspondent pas à ceux du catholicisme. Le sens littéral juif (peshat) n’est qu’un point de départ, un cadre. Il s’amplifie dans le sens allusif (rèmèz) qui permet d’éclairer chaque verset par le recours à d’autres versets où figurent les mêmes mots. Puis il se déploie dans le derash ou « scrutation », qui consiste à faire parler les « silences du texte », à le dépasser par des commentaires dont le but est d’exprimer ce que la lettre est supposée renfermer sans le dire. Enfin vient le sôd ou sens mystique, traqué particulièrement par les cabalistes, qui interroge chaque mot, en fait l’anagramme, en calcule la valeur numérique et spécule sur la signification mystérieuse de ses lettres.

Dans l’optique juive, le souci de littéralité ne vise donc pas la cohérence interne de la lecture, ni l’intelligence exacte des réalités signifiées par les mots. La lettre n’est pas ordonnée au sens. Elle a pourtant une grande importance : prise matériellement, elle est sacrée, et doit être gardée absolument immuable et inaltérée jusque dans ses défauts de graphie, scrupuleusement recopiés par chaque génération de copistes. Elle fait l’objet d’un véritable culte. Elle est en quelque manière un écrin divin aux pouvoirs quasi magiques, dont il faut déployer indéfiniment les moindres virtualités par une profusion de commentaires – pour nous déconcertants et hétéroclites –, en amassant toutes sortes de spéculations juridiques (ou mystiques) auxquelles les rabbins ont conféré une autorité officielle qui dépasse l’autorité que le texte tient de son sens obvie.

 

En voulant intégrer les « richesses » de l’exégèse judaïque, les catholiques œcuméniques actuels embrassent nécessairement quelque chose de cette conception juive. Ils gomment par conséquent ce qui, chez eux, est spécifiquement chrétien et minimisent la place de Notre Seigneur. Ainsi, pour dépasser la division jugée simpliste entre Ancien et Nouveau Testament, parle-t-on désormais d’« intertestament », néologisme servant à désigner la période qui encadre la vie de Jésus-Christ. On nous explique qu’il n’y a pas eu un moment précis où le monde juif a brusquement cessé d’être juif en devenant chrétien. C’est sans doute matériellement vrai, mais formellement, le judaïsme comme vraie religion a bel et bien disparu avec la déchirure du voile du Temple, le Vendredi saint, au moment où le Christ a expiré. On nous dit encore que les Évangiles ne sont qu’un midrash (un récit, une interprétation) juif, centré sur Notre Seigneur, car le matériau qui les compose et les méthodes de leur rédaction appartiennent en réalité au monde juif. Les textes fondateurs du christianisme n’auraient donc rien de proprement chrétien, sinon l’événement de la résurrection de Jésus. Ainsi serait abolie la cloison imperméable séparant les deux religions. Il conviendrait, dès lors, de revoir complètement notre approche des choses pour percevoir enfin la vraie gémellité qui existe entre le judaïsme et le christianisme et tout ce que le second doit au premier. C’est cette révision, profondément révolutionnaire, que Rome a mise en chantier avec la préparation du grand Jubilé que doit couronner, en 2000, la réunion judéo-chrétienne du Sinaï !

Le langage de saint Paul, dans l’épître aux Galates, est tout autre : « Dans la liberté par laquelle le Christ nous a affranchis, tenez ferme, et ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude. C’est moi, Paul, qui vous le dis : si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien ! (…) [Car] vous n’avez plus rien de commun avec le Christ, vous tous qui cherchez la justification dans la loi ; vous êtes déchus de la grâce » (Ga 5, 1-2 et 4). « En effet, la loi a été notre pédagogue pour nous conduire au Christ, afin que nous fûssions justifiés par la foi. Mais la foi étant venue, nous ne sommes plus sous un pédagogue » (3, 24-25). « O Galates insensés ! qui vous a fascinés (…) ? Avez-vous si peu de sens, qu’après avoir commencé par l’esprit [la soumission à la foi], vous finissiez par la chair [la soumission à la loi] ? » (3, 1 et 3). « Si la justice s’obtient par la loi, le Christ est mort pour rien » (2, 21).

C’est pourquoi, comme le fit saint Paul vis à vis de saint Pierre qui « s’esquivait » et « usait de dissimulation » par « crainte des partisans de la circoncision » (Ga 2, 11-15), nous devons « résister en face » et dénoncer l’attitude des autorités « qui ne marchent pas droit selon la vérité de l’Évangile » et forcent le troupeau fidèle à judaïser par œcuménisme. Ne nous laissons pas « troubler par ceux qui veulent changer l’Évangile du Christ » : quand bien même un ange venu du ciel nous annoncerait un autre Évangile que celui que Jésus-Christ et saint Paul nous ont annoncé, qu’il soit anathème ! (1, 7-9).

 

 

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[1] — Ce passage paraît incongru dans une liste de textes messianiques. Dans l’optique du conférencier, il ne l’est pas ; nous allons voir pourquoi et comment.

[2] — Le sens littéral est le sens des mots tel que l’auteur l’a voulu.

[3] — Le sens typique (encore appelé spirituel) est propre à la sainte Écriture. Il se rencontre lorsque les mots du texte expriment une réalité qui est elle-même le type ou la figure d’une autre réalité supérieure encore à venir. C’est un sens des choses (et non pas des mots) voulu par l’auteur divin et qu’on ne peut connaître avec certitude que s’il est révélé par l’Écriture ou attesté par l’Église.

[4] — Paul-Louis-Bernard Drach, De l’harmonie de l’Église et de la Synagogue, deux tomes, 1844. Réédité en 1978 par Socii Sancti Michælis, Gent, Belgique.

[5] — Le Talmud est le code écrit, religieux et civil, du judaïsme, qui renferme les explications rabbiniques de la loi de Moïse. Il contient les discussions et les décisions des docteurs avec de nombreuses digressions sur l’histoire, l’exégèse et la science, dont les historiens, les exégètes et les chercheurs peuvent utilement tirer parti. S’y mêlent, à côté d’éléments intéressants et judicieux, des aberrations étranges, de véritables turpitudes et des calomnies haineuses à l’égard de tout ce qui est chrétien. Le Talmud est divisé en Mischna, qui est le texte lui-même (les codifications rabbiniques, littéralement la répétition de la loi ou seconde loi par opposition à la loi écrite ou Thôra), et en Ghemara, qui est le commentaire et le développement joint à la Mischna. Il existe deux grandes versions du Talmud : le Talmud de Jérusalem ou palestinien (début du IIIe siècle après J.-C.) et le Talmud babylonien (IVe-VIe siècles) qui est plus complet et jouit d’une plus grande autorité dans les milieux juifs.

[6] — Le terme est de Drach lui-même. Tiré du grec ajkroamatikov~ (qui concerne le disciple ou l’initié), il est, dit Drach, « l’adjectif qualifiant toute science secrète chez les anciens, qui s’enseignait aux seuls initiés ». Tout cela laisse bien perplexe.

[7] — De l’hébreu qabbâlâ (hl;B;qæ) qui veut dire « chose reçue par tradition » (lBeqi : accueillir, recevoir).

[8] — Nous pensons que Drach, dont la conversion eut un grand retentissement dans les milieux juifs et entraîna un courant vers l’Église, qui fut l’ami du vénérable Père Libermann, était de bonne foi et avait d’excellentes intentions apologétiques en se faisant le défenseur de cette « bonne cabale ». A-t-il été trop naïf ? Au reste, ses travaux ne se limitent pas à cela et, dans sa défense de la cabale, il s’est surtout appliqué à citer les témoignages rabbiniques anciens en faveur des interprétations qui sont celles de l’Église ; il a relativement peu exploité tout ce qui tourne autour du symbolisme des lettres et de leur valeur chiffrée. Ses émules actuels n’ont, semble-t-il, ni la même prudence ni la même science. Est-ce à dire qu’il a existé (et peut exister) une « bonne cabale », dissociable de la mauvaise, qu’il faudrait faire renaître de ses cendres, dans le contexte actuel de spiritualisme gnostique et de faux mysticisme latent ? Ce serait, pour le moins, une grave erreur de jugement. Nous y reviendrons en fin d’article.

[9] — Bulles de définition des dogmes de l’Immaculée Conception (1854) et de l’Assomption de Notre-Dame (1950).

[10] — L’expression est de saint Jérôme. Elle est utilisée de manière abusive par certains adeptes modernes du « tout hébreu ». Ainsi Claude Tresmontant, dans son livre Le Christ hébreu, ne jure que par la vérité hébraïque. Il a retraduit les Évangiles (et l’Apocalypse) en hébreu et prétend que c’est l’unique moyen d’en comprendre la vraie signification et d’éviter les contresens du grec. Même saint Luc et saint Jean auraient été écrits en hébreu selon lui. On est très loin de la science mesurée de l’abbé Carmignac. L’outrance de cette thèse, contredite par d’éminents spécialistes du Nouveau Testament (É. Delebecque, par exemple), n’est pas rachetée par d’excellentes conclusions de détail, comme celle qui concerne la datation des Évangiles.

[11] — Par exemple, saint Thomas donne trois sens possibles au mot « in principio », dans cet ordre : – Au commencement du temps (contre les philosophes païens qui donnaient le monde comme éternel). C’est le sens obvie. – Dans le Fils par qui et en qui tout a été créé (contre les manichéens qui posaient deux principes à la création, un bon et un mauvais). – Au principe, c’est-à-dire avant toutes choses (contre ceux qui croyaient que la création matérielle avait été faite par l’intermédiaire des créatures spirituelles créées précédemment). Cf. I, q. 46, a. 3.

[12] — En faveur de cette lecture de Beré’shîth évoquant le Messie, Drach invoque même l’autorité de saint Jérôme, « si versé dans les traditions juives » : « Plusieurs croient, fait-il dire au saint docteur, que le texte hébreu porte : “Par le Fils, Dieu créa le ciel et la terre”. Ce n’est pas que le Christ soit ici expressément nommé ; mais le sens du premier verset de l’Écriture sainte, aussi bien que le commencement de l’Évangile de saint Jean, l’annonce suffisamment. » Et Drach d’ajouter : « Nous avons donc l’explication la plus naturelle de ces paroles du Messie : Tunc dixi ; ecce venio. In capite libri, scriptum est de me (Ps 39, 8 ; He 10, 7). » (De l’harmonie…, t. I, p. 289.)

Singulière citation de saint Jérôme, en vérité, car l’original latin du saint, donné en note, déclare au contraire que cette interprétation est fausse selon la vérité du texte hébreu. Traduisons le latin : « La plupart pensent (…) qu’on trouve dans l’hébreu : “Dans le Fils, Dieu créa le ciel et la terre”. La vérité de la chose elle-même montre que c’est faux [quod falsum esse, ipsius rei veritas comprobat]. Car les interprètes des versions de la Septante, de Symmaque et de Théodotion ont traduit : “au commencement”, et dans l’hébreu il est écrit beresith, que la version d’Aquila a interprété : “en tête” [in capitulo], et non pas beben, “dans le fils”. C’est pourquoi, c’est plutôt selon le sens [= selon l’usage] que selon une traduction littérale [secundum translationem verbi] que l’on peut comprendre qu’il s’agit du Christ, lequel, tant au début du livre de la Genèse qui est le premier de tous, qu’au commencement de l’Évangile de Jean, est reconnu [selon cette interprétation] comme le créateur du ciel et de la terre. D’où cette parole du psaume qu’il dit à son propre sujet : “Au commencement du livre, il est écrit de moi” [in capite libri scriptum est de me], c’est-à-dire au début de la Genèse. » (Quæst. hebr. in Genesim.) On voit bien que saint Jérôme donne comme sens littéral premier : au commencement, et comme sens dérivé ou sens de tradition : dans le Fils.

[13] — Ainsi, le chevalier Drach raconte-t-il comment, au XVIIe siècle, le rabbin Prosper Ruggeri de Casal, passé au catholicisme, parvint à convertir le juif David Tintore, en lui faisant voir dans le premier verset de la Genèse expliqué selon les principes de la cabale, la Trinité et l’incarnation du Verbe divin. (De l’harmonie de l’Église et de la Synagogue, t. II, p. XXXIV). Les explications cabalistiques de la présence de la Trinité dans ce verset sont diverses et variées et ne méritent pas qu’on s’y attarde (par exemple : chacun des trois premiers mots contient un a, représentant les trois personnes divines).

[14] — La Bible hébraïque ne suit pas le même ordre que la Bible chrétienne. On y trouve, dans l’ordre : – la Thôra (qui commence par la Genèse) ; – les Prophètes ; – les Écrits ou Hagiographes (qui correspondent à certains de nos livres historiques et de nos livres sapientiaux). Le dernier des Écrits est le livre des Chroniques.

[15] — Dans l’hébreu (et la Vulgate), il est vrai, c’est le verbe rire (qjx) qui est employé les deux fois : « Dieu m’a donné sujet de rire, et quiconque l’apprendra rira avec moi. » Pour que la démonstration du conférencier soit valable, il faudrait que le grec également porte gelavw les deux fois, et que ce même verbe soit aussi repris en Jn 8, 56. Ou que ce soit caivrw les trois fois. Alors le rapprochement serait fondé et pourrait éventuellement se justifier.

[16] — Encore que nous ne connaissions pas de commentaire qui signale cette idée. Quant à la parole de Notre Seigneur : « Abraham a exulté à l’idée de voir mon jour, et il l’a vu, et il s’est réjoui », voici comment on l’explique communément : « Le jour de Jésus » peut être entendu d’un instant précis de son existence ou plutôt de la totalité de son séjour terrestre. Dès lors il est superflu de chercher dans la vie d’Abraham une vision particulière du Messie. Abraham a reçu la promesse que sortirait de sa postérité quelqu’un en qui toutes les nations seraient bénies (Gn 12, 13). Cela a fait naître en lui le désir de mieux connaître ce descendant extraordinaire, désir qui a été satisfait par les révélations successives du Messie (Gn 18, 18 ; 22, 18, etc.). Il a contemplé d’avance dans la foi l’accomplissement de ces promesses. Certains exégètes, à la suite de Maldonnat, ont supposé une vision qu’Abraham aurait eue depuis les limbes. En tout cas, il n’y pas de lien dans tout cela avec la naissance d’Isaac.

[17] — Cette prééminence du cadet Éphraïm sur son aîné rappelle celle de Jacob sur Ésaü et annonce la prééminence de la nouvelle Alliance née au Calvaire sur l’ancienne Alliance du Sinaï. L’Église a supplanté la Synagogue. Saint Paul dit dans l’épître aux Hébreux : « C’est par la foi qu’Isaac bénit Jacob et Ésaü, en vue des choses à venir. C’est par la foi que Jacob mourant bénit chacun des deux fils de Joseph », etc. (He 11, 20-21).

[18] — Voici la traduction de ce verset : « Que l’ange qui m’a délivré de tous les maux bénisse (ËrEb;y“ yebârek) ces enfants ; que mon nom soit invoqué sur eux [qu’ils soient appelés de mon nom], et les noms aussi de mes pères Abraham et Isaac, et qu’ils croissent en multitude (WGd“yIw“) sur la terre. » Jacob adopte les deux fils de Joseph comme ses propres enfants.

[19] — Le conférencier fait même ici un rapprochement pour le moins déconcertant et de mauvais goût entre les mains croisées de Jacob bénissant de « la bénédiction du poisson » et le Christ du linceul de Turin dont les mains sont croisées sur le pubis.

[20] — L’erreur est si grossière qu’on peut se demander si l’orateur, qui semble connaître tout de même un peu d’hébreu, n’a pas fait un lapsus ou un raccourci accidentel entre les deux mots bénir et croître ? Voulait-il dire que la bénédiction (ËrEb;y“) de Jacob donnerait aux fils de Joseph la multiplication (WGd“yIw“) « du poisson », c’est à-dire du Christ ? De toute manière, la bizarrerie reste…

[21] — Comme en grec, chaque lettre de l’alphabet hébraïque possède une valeur numérique. Ainsi, les lettres étaient-elles utilisées comme chiffres dans les inscriptions. Mais cette utilisation des lettres pour noter les nombres semble relativement tardive. Il n’existe pas de témoignages antérieurs à l’époque maccabéenne (pièces de monnaie). C’est donc une supposition gratuite et anachronique que de prêter à Moïse les combinaisons chiffrées que la cabale lui attribue.

[22] — Traduction araméenne paraphrasée de la Bible. Il existe plusieurs targumim. Le conférencier a sans doute voulu parler du targum d’Onkelos, qui date du IIe siècle après J.-C. (et non pas avant J.-C., comme il l’a dit). N’en ayant pas le texte, nous n’avons pas pu vérifier s’il traduit effectivement Shîloh par Roi-Messie, mais c’est vraisemblable, car, disent les auteurs que nous avons consultés, il rend généralement les noms divins par une circonlocution et attribue explicitement au Messie cette prophétie de Gn 49, 10.

[23] — Il s’est présenté comme un disciple de J.-G. Bardet, pour qui la Thôra n’est au fond qu’une « informatique sacrée » (c’est-à-dire une transmission de l’information au moyen des nombres). Selon cet auteur (urbaniste hébraïsant très original), en 270 avant J.-C., les juifs perdirent la clé de la Thôra en perdant le sens exact de chacune des lettres du tétragramme qu’ils déclarèrent dès lors imprononçable. Les Alexandrins plaquèrent une fausse numération grecque sur le texte hébreu, qui fut ainsi irrémédiablement détruit. En appliquant au texte le codage esdraïque (= les valeurs numériques de l’alphabet hébraïque, corrigées par ses soins), l’auteur prétend redonner sa structure parfaite et sa cohérence à la Thôra. En d’autres termes, pour comprendre le Pentateuque, il ne faut pas savoir lire mais compter, tout est question de numération ! L’extravagance subtilissime des docteurs talmudistes est largement dépassée. (Cf. J.-G. Bardet, Ishraël connais ton Dieu par l’informatique hébraïque, éd. de la Maisnie, Paris, 1982.)

[24] — C’est évidemment très ironique. L’Ogdoade (= les 8 premiers éons du plérôme divin) ou 8 correspond au h grec. Un peu plus haut, saint Irénée se moque : « La Décade, en s’unissant à l’Ogdoade et en la multipliant par dix, engendra le nombre 80 ; puis, en multipliant encore par dix le nombre 80, elle engendra le nombre 800 ; de la sorte le nombre total des lettres se développant de l’Ogdoade et de la Décade fut de 888, c’est-à-dire  jIhsou`~ [Jésus] (…). Tu sais maintenant clairement qu’elle est, d’après eux, la supracéleste genèse de Jésus ! » (I, 15, 2).

[25] — Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies (Adversus hæreses), traduction française par A. Rousseau, Paris, Cerf, 1984, p. 91-92 (I, 16, 3).

[26] — Voir, par exemple : Ph. Reymond, Dictionnaire d’hébreu et d’araméen bibliques, Paris, Cerf/SBF, 1991, p. 215 et 433 ; qui résume : L. Koehler et W. Baumgartner Hebräisches und aramäisches Lexikon zum Alten Testament, Leyde, E.J. Brill, 1967. Voir également : B. Davidson, The analytical Hebrew and Chaldee lexicon, Hendrickson Publishers, Peabody, USA, 7e édit., 1993 ; ou encore : F. Zorell, Lexicon Hebraicum et aramaicum veteris Testamenti, Roma, Pontificium institutum biblicum, reeditio 1968.

[27] — La partie rédigée en araméen va de 2, 4b à 7, 28.

[28] — A la page 115 (et aussi 164) de son livre L’Apocalypse de saint Jean (Paris, Mambré, 1992), Y. Germain reprend cette explication qu’il tire de l’ouvrage de Madame A. de Souzenelle (La Lettre chemin de vie), dont les remarques s’appuient sur le Zohar, le principal ouvrage de la cabale. Le livre de M. Germain est d’ailleurs émaillé de considérations exégétiques de ce genre, hélas.

[29] — Le wâw, dont l’antécédent phénicien s’écrivait avec un trait vertical surmonté de deux petites cornes, viendrait du signe hiéroglyphique représentant le céraste (vipère cornue). Il symboliserait donc le serpent, d’où l’interprétation de notre auteur. Remarquons simplement que cette identification du Christ et du serpent est en totale contradiction avec le texte du verset où le serpent est déclaré « abominable ». Sans doute, il y a le serpent d’airain que saint Paul compare expressément au Christ. Mais le serpent d’airain figure le Christ en croix, qui a pris la figure du péché pour l’expier à notre place. « Il s’est fait péché pour nous », dit saint Paul et, à ce point de vue, il est comme maudit de Dieu : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ! ».

[30] — Sans doute, Dieu a pu explicitement révéler par avance à certains des saints de l’Ancien Testament quelque chose des mystères que l’Évangile nous fait connaître. Mais, à supposer que ce soit le cas, ce ne serait que des révélations particulières, sans implication pour la foi des croyants.

[31]Dictionnaire de théologie catholique, tome II, 2e partie, Letouzey et Ané, Paris, 1923, col. 1277.

[32] — Ainsi, Paracelse († 1541), Bœhme († 1624), Van Helmont († 1644).

[33] — Voici quelques échantillons de ces fables ridicules rapportées par Drach : « Il nous reste à dire quelques mots de la femme du diable. Les rabbins content que Lilit a été d’abord l’épouse d’Adam. Elle avait été créée en même temps que lui et, comme lui, tirée de la terre. Mais il survint de la brouille dans le ménage, pour une question qui devant les tribunaux ne pourrait se débattre qu’à huis clos. La femme, qui avait le bonnet près de la tête, prononça le nom ineffable Jéhova, et s’en fut par les airs, laissant là son mari. Celui-ci eut la faiblesse de réclamer sa moitié, et Dieu expédia à sa poursuite trois anges qui se nommaient Senoï, Sansenoï et Samangloph. Ces agents de l’ordre public, en d’autres termes gendarmes ailés, atteignirent la fugitive sur la mer Rouge, précisément à l’endroit qui plus tard devait engloutir l’armée égyptienne. lls l’invitent à se réintégrer dans le domicile conjugal. Madame fait la sourde oreille. Alors les anges lui notifient de la part de Dieu que, faute d’obtempérer sur le champ à leur ordre, elle perdra tous les jours cent de ses enfants. Mais que peut dans le cœur d’une femme, d’une femme démon s’entend, la tendresse maternelle contre une animosité de ménage ? Lilit crut faire un bon marché, et dit sans hésiter, tôpe ! Lilit, comme on le pense bien, n’aime pas excessivement la postérité d’Ève qui l’a remplacée auprès du premier homme. Voilà pourquoi elle cherche à suffoquer tous les enfants nouveau-nés. Heureusement les mères juives ont de quoi se rassurer : les rabbins leur indiquent un remède qui n’a jamais manqué son effet. On attache, à la porte et à tous les rideaux de la chambre de l’accouchée, des écriteaux en hébreu, portant chacun : “Adam et Ève. Lilit hors d’ici”. Et plus bas les noms des trois anges dont nous venons de parler. Ceux-ci, indignés de l’obstination et de la méchancheté de Lilit, voulurent la noyer dans la mer Rouge. Pour avoir la vie sauve, le démon féminin s’engagea par serment à ne jamais faire de mal à un enfant là où il apercevra leurs noms. C’est surtout la nuit qui précède la circoncision de l’enfant que Lilit s’acharne contre le pauvre petit israélite. On n’a qu’à inviter à un bon souper des rabbins qui viennent lire à haute voix dans le Talmud. Les démons, qui n’ont guère de patience, ne tiennent pas contre la lecture d’un livre si saint » (De l’harmonie de l’Église et de la Synagogue, t. II, p. 319-320).

[34] — Ainsi, Caïn serait le fils de Satan et d’Ève, puisque celle-ci déclare : « J’ai acquis un homme avec le Seigneur » (Gn 4, 1).

[35] — C’était déjà en quelque sorte, avec cinq siècles d’avance, le projet de rassemblement syncrétiste sur le Sinaï voulu par Jean-Paul II pour l’an 2000.

[36] — F. Secret, dans son ouvrage Les Kabbalistes chrétiens de la Renaissance (Dunod, Paris, 1964), donne des détails sur cette question. Il cite notamment certains avis des censeurs de l’inquisition. La citation donnée ici (p. 256-257) provient d’un censeur de l’Université de Douai et concerne les œuvres de Reuchlin inscrites à l’Index de Trente.

[37] — C’est bien de cette manière que Notre Seigneur et les apôtres ont appris aux premiers chrétiens à lire l’Écriture. Aux pèlerins d’Emmaüs, Jésus ressuscité dit : « O hommes sans intelligence dont le cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ». Puis, continue le texte de saint Luc (24, 27), « commençant par Moïse et parcourant tous les prophètes, il leur expliqua, dans toutes les Écritures, ce qui le concernait ». Également, aux apôtres réunis dans le cénacle « Jésus ouvrit l’esprit pour qu’ils comprennent les Écritures » (Lc 24, 45), en leur expliquant ce qui était écrit de lui dans la loi, les prophètes et les psaumes. Jean, parvenu à l’entrée du tombeau vide, « vit et crut, car ils [les apôtres] ne comprenaient pas encore l’Écriture » (Jn 20, 9), n’y voyant pas tout ce qui concernait Notre Seigneur et notamment sa passion et sa résurrection.

[38] — A l’intérieur du Talmud babylonien, la halakhah rassemble l’exégèse juridique et l’ensemble de la jurisprudence, par opposition à la haggadah qui regroupe l’exégèse historique et morale.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 21

p. 8-30

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Écriture Sainte : Exégèse Traditionnelle et Études Bibliques

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