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+ Saint Pie X

face au modernisme

 

Nous sommes reconnaissants au Courrier de Rome et à M. l’abbé du Cha­lard, de travailler à nous faire connaître et aimer le pape saint Pie X, qui est certai­nement la plus grande figure religieuse du XXe siècle, dont la vie et les écrits éclairent et dominent toute l’époque présente. Après l’édition française des Documents pontificaux de S.S. Pie X, ce nouvel ou­vrage porte à notre connaissance l’Enquête portant sur certaines objections concernant la manière d’agir du serviteur de Dieu dans la victoire sur le modernisme. Cette enquête, publiée par l’édition vaticane en 1950, avait été menée en vue des procès de béa­tification et canonisation du serviteur de Dieu. Sa lutte implacable contre le mo­dernisme avait, en effet suscité des enne­mis au saint pape, même après sa mort. On l’accusait d’avoir « dépassé les fron­tières de la prudence et de la justice », spé­cialement en trois circonstances :

• dans son opposition à la presse ca­tholique dite de pénétration et son soutien à la presse intransigeante,

• dans son attitude envers le cardinal Ferrari à propos du modernisme à Milan,

• enfin dans son soutien au Sodali­tium Pianum de Mgr Benigni.

Ces accusations demandaient une étude et une réponse précises de la part de la Congrégation des rites. Le présent ou­vrage publie les résultats de l’enquête, dont les conclusions tournent à la gloire du saint pape, et donnent en même temps les principes pour mener le bon combat et rester intégralement fidèles à la foi catho­lique et à la sainte Église, en notre période de confusion, où le néo-modernisme est installé jusque sur la chaire de saint Pierre.

 

Saint Pie X face au

journalisme catholique

 

Le rapporteur de la section historique de la Sacrée Congrégation des Rites dis­tingue deux catégories de presse catho­lique :

• la presse dite intransigeante parce que, dans un esprit de fidélité absolue au Saint-Siège, elle défendait sans compromis tous les principes de la saine doctrine, dans un moment de confusion générale et de relâchement.

• et la presse dite de pénétration qui, pour toucher davantage de monde et tout en protestant de sa fidélité au Saint-Siège, adoptait une politique de compromis. Saint Pie X ne manquait pas de mots pour flétrir ce genre de presse jouissant pour­tant des faveurs d’une grande partie du clergé, soutenue et protégée par des hommes insignes comme le cardinal Maffi, archevêque de Pise, ou le cardinal Ferrari, archevêque de Milan. Saint Pie X écrivait, par exemple, le 20 octobre 1912 au Prévôt de Casalpusterlengo : « Comment peut-on approuver certains journaux qui se cachent sous l’étiquette de catholiques parce que, quelquefois, ils re­latent les audiences pontificales et repro­duisent les notes vaticanes, alors que, non seulement ils ne disent jamais un mot de la liberté et de l’indépendance de l’Église, mais feignent de ne pas s’apercevoir de la guerre qui lui est faite ; des journaux qui, non seulement ne combattent pas les er­reurs qui égarent la société, mais appor­tent leur contribution à la confusion des idées et maximes s’écartant de l’ortho­doxie, qui prodiguent l’encens aux idoles du jour, louent des livres, des entreprises et des hommes néfastes pour la religion ? (...) Ces journaux soit-disants tolérants, de demi-teinte et incolores et qui, sans convertir aucun de nos adversaires (qui les méprisent pour leur seule apparence de ca­tholiques), causent le plus grand dom­mage aux bons. (...) La Vérité ne veut pas de déguisement ; notre drapeau doit être déployé ; c’est seulement par la loyauté et la franchise que nous pourrons faire un peu de bien, combattus, certes, par nos adversaires, mais respectés par eux, de manière à conquérir leur admiration et, peu à peu, leur retour au bien ».

Cependant, à l’opposé, dans l’ardeur de la lutte, les journaux dits intransigeants outrepassèrent plusieurs fois les limites de la prudence, de la charité et parfois de la justice, en attaquant publiquement dans leurs colonnes, des instituts, des personnes ecclésiastiques et même des dignitaires comme les évêques et les cardinaux, et en lançant à leur encontre l’accusation de modernisme. Ces accusations, selon les ennemis du saint pape, auraient facile­ment trouvé du crédit auprès du serviteur de Dieu même lorsqu’elles étaient injustes, en le poussant à changer d’attitude envers les personnes désignées, sans que celles-ci puissent faire valoir leurs raisons.

S’il est vrai que la presse intransigeante était loin d’avoir toujours tort dans les ju­gements qu’elle portait sur les personnes, la liberté qu’elle prenait pour les attaquer mettait parfois le Saint-Siège dans une po­sition très délicate. Tout en ne voulant jamais condamner cette presse qui lui était le plus fidèle, saint Pie X en désapprouva, clairement et toujours, tous les excès, et s’efforça d’inciter les différents respon­sables à la prudence et à la modération, surtout lorsqu’étaient en question des personnes et des institutions ecclésias­tiques. Le 13 mars 1908, il écrivait par exemple à Mgr Mistrangelo au sujet des rédacteurs de L’Unita Cattolica : « Recommandez-leur (...) de ne pas mettre des obstacles à tout instant à la mission qu’a le pape, parce que le pape ne leur a, en réalité, donné aucun mandat. (...) Vous aurez la bonté de faire savoir à Don Caval­lanti (directeur du journal) que le pape lui a dit et fait dire mille fois qu’il doit dé­pendre en tout de Mgr l’archevêque et suivre ses conseils. »

La lecture de la correspondance de cette époque entre le Saint-Siège et les différents acteurs de cette guerre, nous montre un pape qui ne se fait aucune illu­sion sur le modernisme de certains hommes d’Église haut-placés, menant le combat pour la Vérité avec force et déter­mination, mais en même temps avec pru­dence surnaturelle et charité : c’est l’équi­libre des saints.

 

L’attitude de saint Pie X

dans la controverse sur

le modernisme à Milan.

 

L’affaire n’était pas insignifiante, étant donnée l’importance du diocèse de Milan en Italie. Le cas est même allégué par les adversaires du saint comme l’exemple typique et éclatant d’un sys­tème. On faisait grief au saint pape de l’abandon dans lequel il avait laissé ses évêques face aux accusations dont ils étaient l’objet. Qu’en fut-il exactement ?

Milan avait un clergé dans l’ensemble excellent, mais sa situation de grande mé­tropole en faisait, en même temps, un centre de rencontre pour les modernistes. Le très pieux cardinal Ferrari, extrême­ment jaloux de l’honneur de son clergé et de son diocèse, était amené à minimiser chacun des faits qui trahissaient l’existence du modernisme à Milan, et il avait l’habi­tude de répéter : « A Milan, le moder­nisme n’existe pas. »

Or, à la fin de l’année 1910, un jeune prêtre milanais, sorti depuis peu du sémi­naire, refusa de prêter le serment anti-mo­derniste. L’affaire fit quelque bruit. L’hebdomadaire La Riscossa, de tendance intransigeante - dirigé par les frères Scot­ton (trois prêtres de Breganze) - publia aussitôt un entrefilet avec l’insinuation alarmante de l’existence du modernisme dans le séminaire de Milan. Grande réac­tion à Milan. Le cardinal Ferrari rejeta aussitôt l’accusation dans une lettre pasto­rale, et se plaignit amèrement à Rome. L’affaire aurait pu en rester là, mais la presse libérale et la presse catholique dite de pénétration saisirent l’occasion pour or­ganiser une violente campagne contre La Riscossa. Apparemment, c’était pour dé­fendre l’honneur d’un cardinal que l’on disait injustement accusé, mais le but était tout autre : on cherchait à abattre La Ris­cossa, et, avec elle, toute la presse dite pa­pale ou intransigeante.

La situation était très délicate pour saint Pie X. Dans une lettre au cardinal Ferrari datée du 28 mars 1911, le Saint-Père désapprouva clairement les excès de La Riscossa, mais il désapprouva tout au­tant la réaction qui en était née dans des buts bien plus vastes que ceux qui pou­vaient apparaître. Et ici le Saint-Père dé­couvrait au cardinal Ferrari toute son âme et toute sa pensée à propos des journaux dits de pénétration, parmi lesquels L’Unione de Milan, en faisant clairement comprendre qu’il désapprouvait ce journal et qu’il n’approuvait donc pas la propa­gande qu’on en faisait au sein du clergé.

Le conflit ne s’arrêta pas là puisque le 14 avril 1911, dans un discours aux clercs théologiens de son séminaire, le cardinal Ferrari aborda la question du journalisme, et en particulier de L’Unione, et exposa les choses d’une manière radicalement oppo­sée à celle du serviteur de Dieu tout en prétendant que telle était la position du pape. Le discours, lithographié par les séminaristes, se répandit rapidement dans le diocèse, et une copie en parvint à saint Pie X. Le pape en éprouva une très vive douleur mais, lorsque, peu après, le cardi­nal présenta ses excuses, le serviteur de Dieu lui répondit : « Sachez donc que le pape vous a pardonné non une, mais cent fois. »

Le dossier de cette affaire, qui consti­tue le chapitre second de l’ouvrage édité par Le Courrier de Rome, prouve ample­ment la bonté, la charité, la patience et la prudence du pape saint Pie X dans ces conflits violents et très délicats.

 

L’attitude du serviteur de Dieu face à l’activité du Sodalitium Pianum de Mgr Umberto Benigni

 

Nous touchons ici à l’un des griefs les plus importants qui aient été faits à l’en­contre du pape saint Pie X. Citons la dé­position du cardinal Gasparri au Procès ordinaire romain : « Le pape Pie X ap­prouva, bénit et encouragea une associa­tion occulte d’espionnage en-dehors et au-dessus de la hiérarchie, et même qui es­pionnait les membres de cette hiérarchie, ainsi que les éminentissimes cardinaux ; en somme il approuva, bénit et encouragea une sorte de maçonnerie dans l’Église, chose inouïe dans l’histoire ecclésiastique » (p. 249). Qu’en est-il exactement ?

A l’origine, le Sodalitium Pianum – surnommé La Sapinière – devait être un institut - sorte d’ordre laïc - dépendant du Saint-Siège, pour faire pénétrer dans l’Église les idées et directives pontificales, et pour informer le même Saint-Siège de tous les mouvements d’idées du monde envisagés d’un point de vue catholique. Le complot moderniste parut demander une organisation spéciale, secrète pour le pu­blic, mais connue et contrôlée par l’auto­rité ecclésiastique suprême. Contrairement aux allégations prétendant que les membres du Sodalitium Pianum n’étaient pas moins d’un millier, ils ne dépassèrent pas en fait la centaine. Nous sommes donc loin de la gigantesque organisation secrète ayant des ramifications dans le monde en­tier.

L’exemption à l’égard des autorités diocésaines et le secret gardé à l’égard de ces mêmes autorités furent deux obstacles insurmontables pour l’approbation cano­nique de l’oeuvre, qui reçut cependant trois autographes de bénédiction du pape et une subvention annuelle de mille lires, ainsi qu’une approbation générale par la Sacrée Congrégation consistoriale (mais qui ne constitue pas une approbation ca­nonique formelle).

Le service ordinaire du Sodalitium comprenait la transmission journalière ou quasi-journalière d’informations de tout genre à différents membres de la Curie, surtout à la Secrétairerie d’État et à diffé­rents préfets de congrégations et, si nous pouvons en croire Mgr Benigni, à saint Pie X lui-même. Mais il est difficile de dire jusqu’à quel point ce service influença effectivement les organismes dirigeants de l’Église, tant ils avaient d’autres moyens d’information.

De manière extraordinaire, le Saint-Siège eut recours au Sodalitium Pianum pour mener des enquêtes précises.

L’une des plus grandes accusations dirigées contre Mgr Benigni et son Sodali­tium est celle d’avoir exercé dans l’Église un véritable régime de terreur n’épargnant rien ni personne, portant une division fa­tale entre les catholiques, en dénonçant impunément et en accusant des hommes irréprochables, et même des évêques et des cardinaux.

La réponse est, encore une fois, que, si l’on ne peut pas tout excuser, on ne doit pas non plus tout condamner, comme pour la presse dite intransigeante.

Tout d’abord, Mgr Benigni, pour ve­nir en aide à la presse purement catho­lique, et indépendamment du Sodalitium (ce point est important), se mit en peine d’éditer une feuille d’informations qui eut un grand succès : La Corrispondenza ro­mana, puis mit en place une véritable agence d’informations : L’Agenzia Interna­zionale Roma. La bonne presse y puisait abondamment tout en gardant sa liberté. Aussi il serait erroné d’imaginer tout un bloc organisé et unitaire de la presse catho­lique intégrale, sous la direction secrète mais puissante de Mgr Benigni et de son Sodalitium Pianum.

D’autre part, une organisation comme le Sodalitium Pianum, qui de­manda et obtint de l’autorité ecclésias­tique suprême une approbation au moins générique de ses principes directeurs, ne peut être considérée comme une société secrète au sens absolu. De plus, tous les membres étaient connus de l’autorité su­périeure. S’il y eut un secret dans le fonc­tionnement extérieur de l’organisation, c’est parce que les adversaires de l’Église - la maçonnerie à l’extérieur et le modernisme à l’intérieur - se servaient dans une très large mesure du secret, c’est-à-dire d’une action et d’un fonctionnement cachés, in­saisissables, pour assurer l’efficacité de leur propre action. Or, la conviction de Mgr Benigni était que, pour combattre un en­nemi qui fait du secret son arme la plus efficace, il faut se servir de la même arme pour découvrir, prévenir, contrôler ses manoeuvres. Mais Mgr Benigni n’avait aucun secret envers l’autorité compétente du Saint-Siège avec laquelle il était en contact.

La Sapinière était-elle un office de dénonciation ? Dans ses statuts, elle n’avait pas pour but de dénoncer mais d’informer. D’autre part, les informations qu’elle transmettait étaient loin d’être la seule source d’informations du Saint-Siège. Lorsque ce dernier eut à procéder contre une personne ou une autre - par exemple pour déposer quelques évêques en France, dans les cas les plus extrêmes - cela ne se fit jamais sur la base des informa­tions du Sodalitium Pianum, mais par la voie régulière, c’est-à-dire par l’intermé­diaire des dicastères compétents, qui avaient bien d’autres moyens publics d’enquête et de jugement. Que tel ou tel correspondant de la Sapinière ait eu l’in­tention de dénoncer (c’est-à-dire de porter lui-même un jugement) ou qu’il ait été excessif dans ses rapports, cela est un fait accidentel qui ne saurait être retenu pour condamner globalement l’association de Mgr Benigni.

Enfin, il est intéressant de noter que le Sodalitium eut le soutien de nombreux cardinaux et évêques. Ce n’est pas une pe­tite recommandation.

La question du Sodalitium Pianum étant réduite à ses justes proportions, il est facile de conclure qu’on ne peut adresser aucune accusation au pape saint Pie X pour avoir encouragé cette oeuvre qui sou­tenait ses efforts pour éradiquer le mo­dernisme de l’Église.

Les documents publiés par Le Cour­rier de Rome sur cette question, pris à la source la plus officielle (le Vatican), sont un outil indispensable et unique pour éclaircir cette affaire embrouillée à souhait et déformée par les adversaires du pape saint Pie X.

L’ouvrage que nous venons de résu­mer a donc sa place nécessaire dans tout rayon de bibliothèque consacré à ce grand pape.

 

*

  

 

Nous devons toutefois signaler un passage qui nous a paru étrange. On lit aux pages 241-242 du livre :

 

FRANCE : La Critique du Libéra­lisme, fondée le 15 octobre 1908 par Em. BARBIER, célèbre journaliste. (…) Ses violences impétueuses, sur­tout contre les jésuites, poussèrent une trentaine d’évêques français, à la fin de l’année 1911 et en 1912, à in­terdire la Critique dans leur diocèse et finalement le Saint Siège en interdit la publication. E. Barbier ne fut jamais membre du SP, mais il fut un corres­pondant ou un informateur de la Corrispondenza.

A la place de la Critique, naquit à Paris (5 décembre 1912) La Vigie de l’abbé Boulin, du diocèse de Troyes, mais demeurant à Paris, autre écrivain antimoderniste qui, en suivant une méthode alors en vogue, écrivait sous le nom de Roger Duguet. Mais, le 13 mars 1913, le Cardinal Amette obtint de l’Evêque de Troyes qu’il rappelât ce prêtre trop violent et embarrassant dans son diocèse d’origine, ce qui n’empêcha cependant pas la conti­nuation de La Vigie. Boulin fut non seulement l’ami de Mgr Benigni et membre du SP, mais c’était lui qui re­cevait son ami romain lorsqu’il se rendait à Paris.

D’autres feuilles, de la trempe des précédentes, furent Foi catholique, Rome et le Monde, Cahiers romains.

 

Ces quelques lignes contiennent plu­sieurs contrevérités.

Tout d’abord la Critique du libéra­lisme parut jusqu’en 1914 et non pas jus­qu’en 1912.

Ensuite, elle ne fut pas interdite par le Saint-Siège. L’abbé Barbier cessa sponta­nément de la publier à l’occasion de la guerre, comme il l’explique lui-même [1].

Le rapporteur de la section historique de la Sacrée Congrégation des Rites parle des « violences impétueuses » de l’abbé Barbier, qualificatif dépréciatif qui semble indiquer une certaine antipathie. Appa­remment il ne sait pas que l’abbé Barbier était fort apprécié de saint Pie X et en reçut plusieurs marques de faveur [2]. En voici quelques exemples :

 

Admis en audience particulière au­près du pape, [l’abbé Barbier] recueil­lait les encouragements de Sa Sain­teté, ses directions précises et ses avis paternels. Comme, avant de sortir, il présentait au Saint-Père une de ses photographies, pour qu’il daignât y mettre au bas une bénédiction, Pie X prit la plume et se recueillit un ins­tant. Sans doute, le Vicaire de Jésus-Christ pesait intérieurement l’en­semble de la situation, celle person­nelle de l’humble solliciteur, celle de son œuvre, attaquée de toutes parts, et l’importance que prendraient ses paroles. Puis, il écrivit lentement :

 

Dilecto filio sacerdoti Emmanuel Barbier,

De re catholica optime merito gratu­lantes ex animo et fausta quæque ac salutaria in retributionem a Deo ad­precantes, benevolentiæ Nostræ testem Apostolicam benedictionem peraman­ter impertimus. Die 3a Maii 1912.

Pius PP. X [3].

 

En février de la même année, l’Ordi­naire du directeur de la Critique, Mgr Humbrecht, évêque de Poitiers, qui n’avait cessé de lui témoigner la plus grande bienveillance, lui faisait écrire par le prêtre qui l’avait accompagné dans son voyage ad limina et qui assistait lui-même à l’entretien, qu’ayant parlé de lui au Saint-Père dans son audience de congé, Pie X lui avait répondu : « Vous allez voir Barbier, dites-lui que je suis son protec­teur et son défenseur [4]. »

Le cardinal Billot lui avait écrit de Rome le 7 mars 1912 :

 

L’évêque de Langres, Mgr de Dur­fort, sort de chez moi. Il m’a raconté qu’étant hier à l’audience du Saint-Père, il montrait combien il était né­cessaire de vous soutenir. Et le pape: « Ah ! je le crois bien ! S’il n’y avait pas un Barbier, il faudrait le faire surgir. [5] »

 

Dans l’été de 1913, Mgr Langevin, archevêque de Saint-Boniface, au Canada, daignait lui faire savoir qu’étant récem­ment à Rome, et comme il exprimait au Saint-Père sa satisfaction de la Critique du libéralisme, le Vicaire de Jésus-Christ lui avait répondu : « Oui, vous pouvez la lire, elle répond bien à la pensée du pape [6]. »

 

On ne comprend pas comment un rapporteur d’une section historique de la Sacrée Congrégation des Rites peut écrire dans un rapport officiel que l’abbé Barbier a dû suspendre sa revue en 1912, suite à ses violences qui ont attiré l’interdiction par Rome, alors que, non seulement la re­vue a paru jusqu’en 1914, mais qu’elle a eu les bénédictions du saint pape.

Le temps et la compétence nous ont manqué pour contrôler si l’abbé Boulin mérite le qualificatif de « prêtre trop vio­lent » et si les « autres feuilles » signalées par le rapporteur méritent d’être qualifiées « de la trempe des précédentes ».

Et nous n’avons malheureusement pas pu approfondir la question pour voir s’il y avait d’autres erreurs de ce genre dans le livre.

Ces « imprécisions » que nous signa­lons ici laissent une légère impression de malaise. On a le sentiment que le rappor­teur n’a pas de sympathie pour ceux que le saint pape entourait de son affection et de son estime.

Quoiqu’il en soit, ce livre reste inté­ressant par tous les documents qu’il fait connaître.

 

Dominicus

 

 

Conduite de saint Pie X dans la lutte contre le modernisme, « Disquisitio », En­quête des procès de béatification et de cano­nisation, Versailles, Publications du Cour­rier de Rome (B.P. 156 – 78001 Versailles), 1996, 16 x 24, 324 p., 150 F.


[1] — Barbier, abbé Emmanuel, Histoire du catholicisme libéral et du catholicisme social en France du concile du Vatican à l’avènement de S.S. Benoît XV (1870-1914), Bordeaux, Imprimerie Cadoret, 1923-1924, t. V, p. 324. La guerre n’était plus le temps de faire des polémiques.

[2] — Outre les témoignages que nous citons, voir d’autres exemples dans Barbier, ibid., p. 312, 313, 330.

[3] — Barbier abbé E., ibid., p. 313. « A Notre très cher Fils Emmanuel Barbier, prêtre, en le félicitant de tout cœur d’avoir très bien mérité de la cause catholique, et en priant Dieu de lui accorder en récompense toute prospérité et toutes faveurs, Nous accordons très affectueusement, en témoignage de Notre bienveillance, la bénédiction apostolique. »

[4] — Id., ibid., p. 313-314.

[5] — Id., ibid., p. 313.

[6] — Id., ibid., p. 314.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 24

p. 160-166

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