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La raison de notre combat : la messe catholique

 

 

Sous ce titre, les éditions « Clovis » ont fait paraître un recueil de sept documents publiés entre 1970 et 1989 dans différentes revues, livres ou brochures, et qu’il était devenu difficile de se procurer, au moins pour plusieurs d’entre eux. Voici la liste et l’origine de ces textes telle qu’elle figure en tête de l’ouvrage :

Le Mouvement liturgique de l’abbé Didier Bonneterre, publié par la revue Fi­deliter de mai 1978 à mai 1979, puis en vo­lume aux éditions « Fideliter » en 1980 ;

— la Lettre à Paul VI des cardinaux Ottaviani et Bacci suivie du Bref examen critique du nouvel Ordo missæ, publié par la revue Itinéraires en mars 1970, puis en vo­lume aux éditions « Fideliter » en 1992, sous le titre : La Messe traditionnelle, trésor de l’Église ;

— la « Déclaration » du père Roger-Thomas Calmel O.P., publiée par Itiné­raires de janvier 1970 ;

— La Messe de Luther de Mgr Marcel Lefebvre (texte de deux conférences pro­noncées à Florence, le 15 février 1975, et au sanctuaire autrichien de Mariazell, le 8 septembre 1975), publié en brochure par les éditions « Saint-Gabriel » en 1975, puis dans le volume déjà cité : La Messe tradi­tionnelle, trésor de l’Église.

— La conférence de l’abbé Paul Aula­gnier : « La raison de notre combat, la messe catholique » (donnée à Saint-Nicolas du Chardonnet le 15 avril 1977), publiée par les éditions « Saint-Gabriel » en 1977 et reprise dans le volume : La Messe tradi­tionnelle, trésor de l’Église.

— Le Canon romain et la liturgie nouvelle de Dom Édouard Guillou O.S.B., publié par les éditions « Fideliter » en 1989.

— Enfin, l’article « La bulle de saint Pie V promulguant le missel romain res­tauré » de l’abbé Raymond Dulac, publié dans Itinéraires d’avril 1972.

 

Ces textes sont tous essentiels à connaître. Ils forment une sorte de corpus doctrinal, historique et canonique de réfé­rence, dans lequel la résistance catholique au novus Ordo missæ a puisé et puise son entière justification et l’assurance de sa fu­ture victoire. La plupart ont été écrits peu de temps après la promulgation de la nou­velle messe, il y a juste trente ans (3 avril 1969). Certains émanent d’autorités très compétentes : outre Mgr Lefebvre, qui fut le champion incontesté de cette cause, il faut citer spécialement les cardinaux Otta­viani et Bacci, dont le premier fut secré­taire du Saint-Office, l’abbé Dulac qui fut un expert renommé en droit canon, Dom Guillou, dont les connaissances liturgiques étaient immenses et très appréciées, et le père Calmel qui mit toute sa science théo­logique et la vigueur de sa foi au service du bon combat de la messe catholique.

 

1. — L’étude de l’abbé Bonneterre est historique : elle explique comment on en est arrivé là. C’est l’histoire du fameux « Mouvement liturgique » qui fut le fer de lance de la révolution liturgique commen­cée timidement dans les années 30 et qui a triomphé avec la nouvelle messe, grâce à l’activité habilement déployée de ses « animateurs » : Dom Lambert Beauduin, les pères Bouyer, Duployé, Roguet, Jung­mann, l’abbé Martimort, le père Bugnini, le cardinal Lercaro, etc. Ces pages mon­trent clairement que l’intention profonde de la réforme fut l’œcuménisme. A cet égard, la première édition de l’ouvrage donnait en annexe le texte de la « cène » (protestante) de Taizé dans lequel on re­trouve presque mot pour mot l’Ordo de Paul VI. Il est regrettable que ce document très éclairant n’ait pas été reproduit dans la présente édition.

 

2. — Le Bref examen critique a été ré­digé par un groupe de théologiens, parmi lesquels le plus actif et le plus convaincu fut le père Guérard des Lauriers O.P. [1]. Mgr Lefebvre, à l’occasion d’une confé­rence spirituelle au séminaire d’Écône, le 8 février 1979, a raconté comment ce petit fascicule a été mis au point au cours de réunions qui se tenaient sous sa présidence, dans une salle louée par l’association Una Voce, corso Vittorio-Emmanuel, à Rome, en juin 1969. Le texte terminé fut remis à plusieurs cardinaux avec l’espoir d’obtenir une dizaine de signatures. Seuls, les cardi­naux Ottaviani et Bacci osèrent se pronon­cer ; ils approuvèrent ces pages par une lettre à Paul VI qui figure désormais en in­troduction, et où l’on trouve cette affirma­tion solennelle : « Le nouvel Ordo missæ (…) s’éloigne de façon impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la sainte messe… » Au grand embarras du groupe de rédac­teurs qui souhaitaient faire paraître leur travail le plus rapidement possible afin d’enrayer le processus de diffusion du nou­vel Ordo [2], le cardinal Ottavianni garda le texte un long mois parce qu’il voulait le lire attentivement et le faire étudier à fond par ses propres théologiens. Son approbation n’en a que plus de poids : elle fut mûrie et très consciemment donnée. On peut donc dire que tout ce qui est contenu dans le Bref examen critique a été formellement ra­tifié par le cardinal Ottaviani.

Mgr Lefebvre, de son côté, alla présen­ter le texte au cardinal Secrétaire d’État – le cardinal Cicognani – qui se prit la tête dans les mains et lui dit : « Monseigneur ! Monseigneur ! Bien sûr que je suis complè­tement d’accord avec vous. (…) Mais, que voulez-vous que j’y fasse, (…) ce père Bu­gnini peut rentrer dans le bureau du Saint-Père et lui faire signer ce qu’il veut ! » Et Mgr Lefebvre, en racontant ce souvenir, précisait : « C’est moi qui l’ai entendu – je ne l’ai pas entendu d’un autre – et du car­dinal Secrétaire d’État… Que voulez-vous faire après cela ! [3] »

Ce Bref examen critique est une étude théologique précise, profonde, inégalée du novus Ordo, de sa définition (telle qu’elle figure dans le fameux article 7 de l’Institu­tio generalis), de ses finalités et de son contenu. L’examen s’attarde spécialement sur l’offertoire et le Canon qui sont les par­ties les plus touchées par la réforme. Il res­sort de cette analyse que la nouvelle messe ne signifie plus la même réalité que la messe catholique, c’est-à-dire le sacrifice propitiatoire de Notre-Seigneur accompli sacramentellement sur nos autels. Mgr Lefebvre signalait à l’attention de ses séminarites une note (elle figure à la page 158 de la présente édition de « Clovis ») portant sur le changement de la formule de consécration – traditionnelle­ment énoncée selon un mode proprement sacramentel et intimatif, et non pas narratif comme dans la nouvelle messe [4] – et sur la modification de l’anamnèse [5] : « La conséquence est d’insinuer un changement spécifique de la consécration. » La note précise que, « telles qu’elles figurent dans le nouvel Ordo missæ, les paroles de la consé­cration peuvent être valides en vertu de l’intention du prêtre ; mais elles peuvent aussi ne l’être pas ; elles ne le sont plus par la force même des paroles, ou plus préci­sément : elles ne le sont plus en vertu de leur signification propre (du modus signifi­candi) qu’elles ont dans le Canon romain du missel de saint Pie V. Les prêtres qui, dans un proche avenir, n’auront pas reçu la formation traditionnelle et qui se fieront au nouvel Ordo missæ et à son Institutio ge­neralis pour “faire ce que fait l’Église”, consacreront-ils validement ? Il est légitime d’en douter. » Mgr Lefebvre recommandait ce commentaire nuancé et profond : « C’est ce que je crois avoir toujours af­firmé [6] : qu’il y aurait de plus en plus de messes invalides à cause de la formation des jeunes prêtres qui n’auront plus l’intention véritablement de faire ce que fait l’Église. » Autrement dit, ces prêtres ne sauront plus que la messe est un sacrifice et le nouveau rite ne le leur dira pas ; par conséquent, ils n’auront plus l’intention de faire un sacri­fice [7]. C’est bien ce qui se passe actuelle­ment.

Ces quelques considérations montrent, en tout cas, que cet « examen critique », dense mais bref comme le dit son titre, mé­rite d’être lu attentivement et étudié, crayon à la main, par tout catholique de Tradition.

 

3. — La forte et belle « Déclaration » du père Calmel sonne comme un mani­feste pour engager les prêtres et les fidèles, au nom de la foi catholique, à n’avoir au­cune part avec la réforme mensongère, équi­voque et révolutionnaire de la messe, avec « le rite trafiqué » de Paul VI. C’est un ap­pel vibrant à la fidélité catholique en notre temps de persécution. Cette persécution est devenue aujourd’hui plus insidieuse : il faut relire les paroles du père Calmel pour se garder de la tentation du compromis ; la messe catholique ne se brade pas !

 

4. — Dans ses conférences intitulées « La messe de Luther », Mgr Lefebvre passe en revue les nouveaux rites et les princi­paux changements de la messe, et montre qu’ils correspondent exactement à la ré­forme voulue en son temps par Luther, et même qu’ils la dépassent. L’une et l’autre réforme reposent donc sur les mêmes prin­cipes. En vrai pasteur, Monseigneur ex­plique que la fréquentation de la nouvelle messe a pour effet de protestantiser les âmes et de les conduire insensiblement à l’hérésie.

 

5. — Résumant les divers travaux pa­rus sur la question, l’exposé de M. l’abbé Aulagnier, après avoir rappelé les vérités du catéchisme et de la théologie traditionnelle sur la messe et le sacerdoce, met en évi­dence tout ce qui manque à la nouvelle messe et au nouveau sacerdoce pour qu’ils soient vraiment catholiques.

 

6. — Le travail de Dom Guillou concerne le Canon. Le savant professeur de liturgie explique qu’en cette partie centrale de la messe, il y a eu un changement radi­cal (mutatio) et non un progrès (profectus). Ce n’est donc pas de réforme qu’il faut par­ler, mais de révolution. Après un pre­mier chapitre qui étudie en général les huit nouvelles préfaces, les chambardements survenus dans les oraisons du missel [8] et les Preces eucharisticæ , l’auteur examine les prières du Canon romain une à une, s’attardant sur les mots et les formules de cet antique trésor liturgique pour en expli­quer le sens profond.

 

7. — Enfin, l’abbé Dulac étudie en canoniste la bulle Quo Primum par laquelle le pape saint Pie V promulgua la messe qui porte son nom, en 1570. Après avoir donné le texte traduit de cette bulle, l’au­teur en fait une analyse juridique pour in­diquer sa portée : c’est une vraie loi, confé­rant un privilège à perpétuité, que la pro­mulgation du novus Ordo missæ ne saurait abroger. L’abbé Dulac termine en donnant des « Conseils pour une résistance respec­tueuse », conseils qui se résument en ceci : la messe de saint Pie V n’est pas abrogée, elle n’a besoin d’aucun indult pour pouvoir être dite, il n’y a aucune permission à de­mander pour la célébrer ou y assister, c’est un droit que l’autorité ecclésiastique ne peut refuser sans un flagrant abus de pou­voir [9].

 

Fr. E.-M.

 

 

La Raison de notre combat, la messe ca­tholique, Étampes, Clovis, 1999, 377 p., 130 F.


[1] — Le Breve Esame Critico fut rédigé en italien et publié en octobre 1969. La traduction française fut diffusée par Itinéraires à partir de mars 1970. Dans son numéro 122 de l’année 1969, La Pensée catholique avait déjà publié un texte développant les considérants doctrinaux contenus dans le Bref examen critique, sous le titre : « L’Ordo missæ, par un groupe de théolo­giens ». Le père Guérard des Lauriers, dans sa « Déclaration » de septembre-octobre 1970 (Itinéraires 146, p. 76), a reconnu avoir apporté « une collaboration décidée à la rédaction du Breve Esame Critico » et être l’auteur du travail publié par La Pen­sée catholique, en accord avec d’autres théologiens. C’est l’honneur du père Guérard d’avoir écrit ces pages. Malheureusement, il se sépara de Mgr Lefebvre dix ans après, en 1978-1979.

[2] — La mise en application du novus Ordo missæ était fixée au 30 novembre 1969 et, en France, il de­venait obligatoire à partir du 1er janvier 1970.

[3] — Conférence spirituelle à Écône, le 8 février 1979.

[4] — Les paroles consécratoires du rite traditionnel, nettement séparées, même typographiquement, du reste du texte, ont un caractère propre, autonome, sa­cramentel, exprimant un jugement catégorique, inti­matif, proféré par le Christ en la personne de qui le prêtre agit. Dans le nouvel Ordo, au contraire, elles s’insèrent dans le récit de l’institution dont elles conservent le mode narratif.

[5] — Parole qui suit la consécration du calice. L’an­cienne formule de l’anamnèse – Hæc quotiescumque feceritis, in mei memoriam facietis, « Cette consécra­tion, toutes les fois que vous la referez, vous la referez tournés vers ma mémoire » – se réfère au Christ en tant qu’il est opérant, c’est une invitation à refaire ce qu’il fit. La nouvelle formule, tirée de saint Paul, déplace l’accent sur le simple souvenir du Christ : Hoc facite in meam commemorationem, « Faites ceci en mémoire de moi », comme s’il s’agissait de la simple commé­moration d’une action passée.

[6] — En revanche, le père Guérard, qui approuva pourtant et, peut-être même, rédigea personnellement cette note, affirma, à partir de 1979, que la nouvelle messe était de soi invalide, quelle que soit l’intention du célébrant. C’était aller beaucoup plus loin que les autres ténors de la résistance qui qualifiaient cette messe de : mauvaise, équivoque, ambiguë, révolu­tionnaire, favorisant l’hérésie, etc. Dans la pratique, ces raisons sont d’ailleurs largement suffisantes pour imposer le devoir de ne pas y participer activement.

[7] — Il faut ajouter que les traductions de la formule consécratoire en langue vernaculaire, qui ont rendu les mots : pro multis (= « pour beaucoup ») par : « pour tous », ont altéré le sens au point d’introduire un doute grave sur la validité.

[8] — On trouvera une note plus détaillée de Dom Guillou sur les oraisons de la nouvelle messe dans Fi­deliter 86 (mars-avril 1992), p. 58 sq.

[9] — On trouvera, du même abbé Dulac, dans Itiné­raires 146 (septembre-octobre 1970), un « Témoignage », suivi d’une « Consultation cano­nique » (tirée du Courrier de Rome), concernant la promulgation de la nouvelle messe et sa prétendue « obligation », qui complètent utilement le présent texte.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 30

p. 208-211

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