top of page

Traité de l’Incarnation

contre Nestorius (Cassien)

 

 

Le mystère de l’Incarnation est celui qui, parmi toutes les oeuvres divines, dépasse le plus la raison. [...] Parfois [Notre-Seigneur] dit de lui des choses humbles et humaines [...] qui lui conviennent selon la nature humaine qu’il a prise ; et d’autres fois, des choses sublimes et divines [...] qui lui conviennent selon la nature divine. La même chose est montrée aussi par les faits du Seigneur lui-même, que nous lisons de lui (Saint Thomas d’Aquin, C.G. IV, c. 27).

 

Il n’est donc pas étonnant que la cu­riosité désordonnée et l’orgueil spirituel de certains hommes, conséquences du pé­ché originel, les aient conduits à tomber dans de nombreuses hérésies concernant Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Le monothélisme nia la dualité de vo­lontés et d’opérations dans le Christ. Le monophysisme d’Eutychès faisait fusion­ner la divinité et l’humanité du Christ en une seule et nouvelle nature. L’arianisme nia la divinité de Notre-Seigneur ; le do­cétisme, le monothélisme, l’apollinarisme nièrent l’humanité ; l’adoptianisme nia l’union réelle entre humanité et divinité.

En face de toutes ces attaques, « L’Église s’est attachée avec tant de fer­meté à définir ce qu’était Notre-Seigneur qu’ensuite (bien qu’il y ait eu ceux qui ont toujours nié Notre-Seigneur Jésus-Christ et en particulier sa divinité, comme un certain nombre de protestants) l’on peut dire qu’à l’intérieur de l’Église, dans son enseignement, il n’y a plus eu de dévia­tions profondes au sujet de ce qu’était Notre-Seigneur Jésus-Christ [1]. »

Dans l’ouvrage qui nous occupe, écrit par Cassien, nous assistons à l’une de ces luttes héroïques que l’Église engagea pour défendre son Sauveur et Maître Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Au cinquième siècle, Nestorius, évêque de Constantinople (de 428 à 431) et origi­naire d’Antioche, se mit à prêcher contre la maternité divine de Notre-Dame. Insis­tant sur la distinction entre les deux na­tures divine et humaine, Nestorius finis­sait par attribuer une personnalité hu­maine à Notre-Seigneur. On sait qu’en Notre-Seigneur, s’il y a bien une nature divine et une nature humaine, celles-ci sont unies en une seule personne divine qui est la seconde Personne de la Sainte Trinité. Et il n’y a pas de personne hu­maine en Notre-Seigneur. Pour sauve­garder l’unité de Notre-Seigneur, sérieu­sement entamée avec l’arrivée de cette personnalité humaine, Nestorius en était venu à imaginer un prosopon  d’union, sorte de personnalité morale accidentelle qui, selon lui, unissait les personnes di­vine et humaine, mais en fait camouflait maladroitement un véritable dualisme. Partant de là, Nestorius n’admettait pas qu’on attribue à la seconde Personne de la Sainte Trinité les actions de l’humanité, et inversement. Notre-Dame, qui avait donné naissance à l’humanité, ne pouvait plus être appelée Mère de Dieu. Cette ul­time conséquence déclencha la tempête en Orient.

C’est saint Cyrille, évêque d’Alexan­drie depuis 412, qui se leva le premier. Les péripéties de ce drame et les consé­quences incalculables qu’il eut pour l’Église en Orient ont été décrites dans l’article de M. l’abbé Boniface, Bref résumé de l’histoire de l’Église d’Orient, dans Le Sel de la terre 35.

Lorsque Rome eut vent de l’affaire, le pape saint Célestin 1er se tourna vers l’abbé de Saint-Victor à Marseille. Après avoir séjourné chez les Pères du désert d’Égypte, et été ordonné diacre à Constantinople par saint Jean Chryso­stome, puis prêtre à Rome, Cassien (né en Scythie vers 360-370, mort en 435) avait implanté en Provence la vie monastique dont il avait fait l’expérience en Orient. De ses entretiens avec les anachorètes égyptiens, il avait écrit un guide à l’inten­tion des débutants dans la vie religieuse : les célèbres Institutions cénobitiques qui in­fluencèrent de façon décisive la vie mo­nastique en Occident. Sa connaissance parfaite de l’Église de Constantinople et sa parfaite maîtrise du grec et du latin fi­rent que le pape demanda à Cassien de réfuter Nestorius. C’est l’origine du Traité de l’Incarnation contre Nestorius.

Les éditions du Cerf nous en présen­tent la première version française. L’in­troduction de 71 pages, la traduction à partir du latin, et les notes, très érudites, sont dues à la plume de Marie-Anne Vannier. On peut cependant lui re­procher qu’ayant mis dans sa bibliogra­phie l’article Nestorius du Dictionnaire de théologie catholique, écrit par le père Amann [2], et influencée par le courant moderniste actuel, Marie-Anne Vannier ait un préjugé trop favorable à l’égard de Nestorius, allant jusqu’à dire que son « effort de recherche [théologique] est largement reconnu aujourd’hui, ce qui amène à reconsidérer sa condamnation » (page 59). Elle en conclut que « L’objectivité [de Cassien] n’était pas en­tière » et elle cite favorablement A. Grillmeier disant que Cassien ne cher­chait pas à « comprendre les difficultés [de Nestorius] et à y porter remède, mais il lui opposait la Tradition de l’Église » (page 57). A propos de la Tradition, s’ap­puyant sur le père Congar, elle ajoute qu’« il n’y a pas de séparation à l’époque de [Cassien] entre Écriture et Tradition » (note 1 page 47). Cela est dommage, mais n’empêche pas de lire sa traduction qui est, rappelons-le, la seule existant au­jourd’hui.

 

*

 

Dans ce Traité de l’Incarnation, Cassien commence par rechercher dans la sainte Écriture les preuves de la divinité du Christ, pour affirmer la consubstantialité du Christ et de Dieu [3] : « Il ne peut y avoir de désunion ni de division entre le Christ et Dieu, parce que Dieu est tout entier dans le Christ et le Christ tout en­tier en Dieu. Aucune séparation ne sau­rait ici être admise, aucune scission : une seule confession de foi est simple, une seule est pieuse, une seule est saine : ado­rer, aimer, honorer le Christ Dieu » (page 132). Or, dit-il à Nestorius, « Tu dis que Marie est Christotokos et non pas Theo­tokos parce qu’elle est Mère du Christ et non pas de Dieu. Tu affirmes donc que le Christ n’est qu’un homme et non pas Dieu, qu’il est fils d’homme et non pas Fils de Dieu » (page 141).

Après avoir montré que « Le Seigneur Jésus-Christ, lorsqu’il était dans la chair et sur terre était Dieu », Cassien en vient en­suite à démontrer « que celui qui est né dans la chair a toujours été Dieu, même avant de revêtir la chair » (page 152), c’est-à-dire qu’il est Fils de Dieu de toute éternité (livre IV).

Puis, Nestorius déclarant « que le Sei­gneur Jésus-Christ est né uniquement homme de la Vierge », ce qui le rappro­chait de l’hérésie de Pélage, Cassien en vient à démontrer que le mystère du Christ n’est pas celui de Dieu habitant dans un homme [4], mais que le Christ est Dieu et homme. C’est le livre V.

Dans le livre VI, Cassien réfute Nesto­rius à partir du symbole (Credo) d’An­tioche, équivalent de celui de Nicée, qui affirme, entre autres :

 

Je crois en un seul Dieu, Père Tout-Puissant, créateur de toutes les créa­tures visibles et invisibles ; et en Notre-Seigneur Jésus-Christ, son Fils unique et premier-né de la création tout en­tière, né de lui avant tous les siècles et non pas créé, vrai Dieu de vrai Dieu, consubstantiel au Père ; par lui les siècles ont été assemblés et toutes choses créées (pages 200-201).

 

Cet argument d’autorité est très fort. C’est à Antioche, en effet, que Nestorius avait été baptisé. Le symbole même de son baptême vient donc le réfuter, car ce symbole affirme clairement la divinité du Christ : « C’est la foi de ce symbole [...] qui t’a conduit à la source de vie, à la ré­génération du salut [...] à la charge du ministère, au sommet du presbytérat, à la dignité de l’épiscopat. [...] En perdant la foi du symbole, tu as perdu tout ce que tu avais été » (page 205). Déjà vaincu par le témoignage des Écritures, Nestorius l’est maintenant par lui-même. Cassien ajoute que le refus du symbole met Nestorius en dehors de l’Église. Son retour au symbole le remettrait dans la voie droite, et Cas­sien l’y exhorte.

Enfin, Cassien termine son traité par une compilation de textes des Pères de l’Église affirmant la divinité du Christ. Après l’argumentation scripturaire et celle du magistère, c’est l’argumentation patristique. C’est le livre VII du traité. Ce florilège patristique sera repris par Ar­nobe le Jeune, le pape saint Célestin 1er, Denys le Petit, saint Léon-le-Grand.

 

*

 

Il ne faut pas s’attendre ici à trouver un traité complet du Verbe Incarné, comme celui de saint Thomas d’Aquin dans la troisième partie de la Somme théo­logique (questions 1 à 26). Ce n’est pas le propos de Cassien qui vise uniquement à réfuter l’hérésie de Nestorius en prouvant la divinité du Christ et son unité avec le Père.

On ne trouvera pas non plus dans cet ouvrage une précision de formules telle que les conciles dogmatiques postérieurs le permettront : Cassien emploie indiffé­remment les termes « substance » et « personne », utilise le terme « nature » sans le définir, et ne pose pas de nette distinction entre l’unité de la personne et la dualité des natures dans le Christ. Son traité se situe encore au seuil de la chris­tologie.

Le Traité de l’Incarnation contre Nesto­rius n’aura pas, en fait, de retentissement direct en Orient. Le triomphe de l’Église sera assuré sur place par saint Cyrille d’Alexandrie qui finira par faire condam­ner Nestorius au concile d’Éphèse (431). Le concile proclamera en même temps so­lennellement la maternité divine de Notre-Dame. Cependant, dans le Tome à Flavien, saint Léon-le-Grand († 461), doc­teur de l’Église, reprendra dans sa struc­ture le De Incarnatione de Cassien, jusqu’au florilège patristique. Pouvait-il y avoir plus beau couronnement pour cette oeuvre magistrale ?

 

Fr. M.-D.

 

 

Cassien Jean, Traité de l’Incarnation contre Nestorius, Paris, Cerf, 1999, 284 p., 12 x 19, 185 F.


 

 



 

 


Annexe

Saint Cyrille d’Alexandrie,

homme de foi

 

 

Nous donnons en annexe à la recension du Traité de l’Incarnation de Cassien, cet ex­trait des Notices du Sanctoral et du Tem­poral éditées en 1975 par Dominique Mar­tin Morin. La notice de saint Cyrille, au 9 février, qui cite abondamment Dom Gué­ranger, est à connaître et à relire en nos temps d’apostasie :

 

Saint Cyrille, patriarche d’Alexandrie de 412 à 444, présida au nom du pape saint Célestin Ier le concile d’Éphèse, troisième concile œcuménique, tenu du 22 juin au 31 juillet 431. Il y fit condamner Nestorius, l’évêque hérétique de Constantinople qui refusait à la très sainte Vierge Marie le titre de Theotocos (Mater Dei, Mère de Dieu), titre qui pourtant était déjà traditionnel dans la prière et dans l’enseignement de l’Église.

Le principal trait de génie de saint Cyrille, éclairé par la grâce, est d’avoir discerné du premier coup et en toute certitude que le refus du Theotocos était la conséquence et la manifestation d’une erreur dogmatique fondamentale sur l’Incarnation. Mais sa grâce et son mérite furent aussi de défendre avant, pendant et après le concile d’Éphèse, la vérité du dogme avec une énergie fa­rouche et une intransigeance absolue, malgré les attaques, les menaces, les pres­sions, les calomnies et la prison.

L’œuvre écrite de saint Cyrille est im­portante ; elle occupe dix volumes de Migne. Ce sont des études exégétiques, des traités dogmatiques et apologétiques, des homélies et des lettres. On y trouve un docteur d’un immense savoir, qui est avant tout un théologien : même son exé­gèse traite surtout de théologie dogma­tique. Sa doctrine repose sur deux fon­dements : l’Écriture inspirée ; les pères or­thodoxes. A toutes les époques son œuvre a exercé une profonde influence dans l’Église d’Orient ; elle a été beaucoup moins connue en Occident, les Latins ayant en général peu fréquenté les Pères grecs. Mais on le voit cité et utilisé par Alcuin, qui avait une vaste culture pa­tristique, et abondamment par saint Thomas d’Aquin dans son Contra er­rores Græcorum.

Encore à l’époque moderne, saint Cy­rille d’Alexandrie est la pierre de touche où se révèlent les esprits mous et les cœurs flasques.

Dom Guéranger le rappelle avec bon­heur :

 

Comme toujours en pareille circons­tance, il se trouva des hommes d’apai­sement qui, sans partager l’erreur de Nestorius, estimaient que le mieux eût été de ne pas lui répondre, par crainte de l’aigrir, d’augmenter le scandale, de blesser en un mot la charité. A ces hommes dont la vertu singulière avait la propriété de s’effrayer moins des au­daces de l’hérésie que de l’affirmation de la foi chrétienne, à ces partisans de la paix quand même, Cyrille répon­dait. 

 

… Cyrille répondait selon le principe qu’il énonçait en ces termes : « Si la paix est désirable, elle ne doit pourtant pas se faire au détriment de l’orthodoxie. »

Et il répondait, dans ce cas précis, ce que cite dom Guéranger :

 

Eh quoi ! Nestorius ose laisser dire en sa présence dans l’assemblée des fi­dèles : « Anathème à quiconque nomme Marie Mère de Dieu ! ». Par la bouche de ses partisans il frappe ainsi d’anathème nous et les autres évêques de l’univers, et les anciens Pères qui, partout et dans tous les âges, ont re­connu et honoré unanimement la sainte Mère de Dieu ! Et il n’eût pas été dans notre droit de lui retourner sa parole et de dire : « Si quelqu’un nie que Marie soit Mère de Dieu, qu’il soit anathème ! » Cependant cette parole, par égard pour lui, je ne l’ai pas dite encore. 

 

Dom Guéranger ajoute :

 

D’autres hommes, qui sont aussi de tous les temps, découvraient le vrai motif de leurs hésitations, lorsque fai­sant valoir bien haut les avantages de la concorde et leur vieille amitié pour Nestorius, ils rappelaient timidement le crédit de celui-ci [auprès de l’empe­reur], le danger qu’il pouvait y avoir à contredire un aussi puissant adversaire. 

 

A ceux-là, saint Cyrille répondait :

 

Que ne puis-je en perdant tous mes biens satisfaire l’évêque de Constanti­nople, apaiser l’amertume de mon frère Nestorius ! Mais c’est de la foi qu’il s’agit ; le scandale est dans toutes les Églises ; chacun s’informe au sujet de la doctrine nouvelle. Si nous, qui avons reçu de Dieu la mission d’ensei­gner, nous ne portons pas remède à de si grands maux, au jour du jugement y aura-t-il pour nous assez de flammes ? Déjà la calomnie, l’injure ne m’ont pas manqué ; oubli sur tout cela ! Que seu­lement la foi reste sauve, et je ne concéderai à personne d’aimer plus ar­demment que moi Nestorius. Mais si, du fait de quelques-uns, la foi vient à souffrir, qu’on n’en doute point : nous ne perdrons pas nos âmes, la mort même fût-elle sur notre tête. Si la crainte de quelque ennui l’emporte en nous sur le zèle de la gloire de Dieu et nous fait taire la vérité, de quel front pourrons-nous célébrer en présence du peuple chrétien les saints martyrs, lorsque ce qui fait leur éloge est uni­quement l’accomplissement de cette parole (Eccli 4, 33) : Pour la vérité, combats jusqu’à la mort ! 

 

Saint Cyrille est la pierre de touche où se révèle l’insuffisance radicale d’un his­torien pourtant plein de talent, d’intelli­gence et de travaux estimables et utiles : Louis Duchesne dans son Histoire an­cienne de l’Église, son chapitre « La tragé­die de Nestorius » est navrant. Il n’aper­çoit, dans la controverse du Theotocos, qu’une querelle de mots sans portée. Contre saint Cyrille, il manifeste une animosité haineuse, reprenant à son compte toutes les calomnies de tous ses adversaires ; il va même jusqu’à soutenir que Nestorius était orthodoxe et Cyrille suspect d’hérésie. Tant d’incompréhen­sion sur un point historiquement et dog­matiquement aussi vital pour la foi de l’Église explique que saint Pie X, en jan­vier 1912, ait fait inscrire son ouvrage à l’Index librorum prohibitorum.

C’est sans doute en pensant  à Louis Duchesne et à son influence que Pie XI, le 25 décembre 1931, dans son en­cyclique Lux veritatis pour le quinzième centenaire du concile d’Éphèse, énonçait avec une parfaite netteté et une grande vigueur :

 

Tous doivent tenir avec certitude que Nestorius a vraiment enseigné des doctrines hérétiques ; que le patriarche saint Cyrille d’Alexandrie s’est montré un défenseur énergique de la foi catho­lique et que le pape saint Célestin Ier, et avec lui le concile d’Éphèse, ont conservé la doctrine traditionnelle et l’autorité suprême du Siège aposto­lique. 

 

C’est en 429 que l’attention de saint Cyrille d’Alexandrie est attirée par la prédication hérétique de Nestorius : l’évêque de Constantinople déclare que le titre de Theotocos ferait croire que la divi­nité du Christ a son origine en Marie ; il faut la  nommer Mère du Christ et non pas Mère de Dieu. Cela porte inévitablement atteinte à l’unité de personne dans le Christ. Pour Nestorius, il y a dans le Christ deux natures et deux personnes, dont l’union est volontaire, morale, ex­trinsèque ; Marie est la Mère de l’une et non pas de l’autre.

La foi catholique affirme au contraire qu’il y a dans le Christ deux natures sub­stantiellement unies en une seule per­sonne : Marie, mère de cette unique per­sonne, est donc Mère de Dieu. Une mère est une mère de la personne. Pie XI re­prendra l’argumentation même de saint Cyrille pour la réaffirmer dans l’encyclique Lux veritatis :

 

On ne pourra pas rejeter cette vérité, transmise depuis les premiers temps de l’Église, en disant que la bienheureuse Vierge Marie a bien donné un corps à Jésus‑Christ, mais qu’elle n’a pas en­gendré le Verbe du Père céleste. Car, déjà de son temps, Cyrille répondait justement et clairement que, de même que toutes les autres femmes sont appe­lées et sont réellement mères pour avoir formé dans leur sein notre substance périssable et non pas l’âme humaine, ainsi la très sainte Vierge acquit la ma­ternité divine du fait d’avoir engendré l’unique personne de son Fils.

 

La prédication hérétique de Nestorius s’était heurtée d’abord à l’opposition des laïcs.

On sait que dom Guéranger a mis en lumière à ce propos un point de doctrine extrêmement important : « Il est dans le trésor de la révélation des points essentiels dont tout chrétien, par le fait même de son titre de chrétien, a la connaissance nécessaire et la garde obligée. »

Relisons en son entier tout le passage de dom Guéranger :

 

Le jour de Noël 428, Nestorius, profitant du concours immense des fi­dèles assemblés pour fêter l’enfante­ment de la Vierge Marie, laissait tom­ber du haut de la chaire épiscopale cette parole de blasphème : « Marie n’a point enfanté Dieu ; son Fils n’était qu’un homme, instrument de la divi­nité. » Un frémissement d’horreur par­courut à ces mots la multitude ; inter­prète de l’indignation générale, le sco­lastique Eusèbe, simple laïc, se leva du milieu de la foule et protesta contre l’impiété. Bientôt, une protestation plus explicite fut rédigée au nom des membres de cette Église désolée, et ré­pandue à de nombreux exemplaires, déclarant anathème à quiconque oserait dire : « Autre est le Fils unique du Père, autre celui de la Vierge Marie. » Atti­tude généreuse, qui fut alors la sauva­garde de Byzance et lui valut l’éloge des conciles et des papes ! Quand le pasteur se change en loup, c’est au troupeau à se défendre tout d’abord. Régulièrement sans doute, la doctrine descend des évêques au peuple fidèle, et les sujets, dans l’ordre de la foi, n’ont point à juger leurs chefs. Mais il est dans le trésor de la révé­lation des points essentiels dont tout chré­tien, par le fait de son titre de chrétien, a la connaissance nécessaire et la garde obligée. Le principe ne change pas, qu’il s’agisse de croyance ou de conduite, de morale ou de dogme. Les trahisons pa­reilles à celle de Nestorius sont rares dans l’Église ; mais il peut arriver que les pasteurs restent silencieux, pour une cause ou pour l’autre, en des circons­tances où la religion même serait enga­gée. Les vrais fidèles sont les hommes qui puisent dans leur seul baptême, en de telles conjonctures, l’inspiration d’une ligne de conduite ; non les pusillanimes qui sous le prétexte spécieux de la soumission aux pouvoirs établis, atten­dent pour courir à l’ennemi, ou s’op­poser à ses entreprises, un programme qui n’est pas nécessaire et qu’on ne doit point leur donner.

 

 

Extraits de : Les Notices du Sanctoral et du Temporal, établies sous la direction de Jean Madiran, Jarzé, DMM, 1975. A la fête du 9 février : saint Cyrille d’Alexan­drie, évêque et docteur de l’Église.


[1] — Lefebvre Mgr Marcel, Le mystère de Jésus, Bitche, Clovis, 1995, p. 120.

[2] — Nous ne reviendrons pas sur ce point largement abordé dans l’article de M. l’abbé Boniface.

[3] — Ce sont les livres II et III de son traité, le livre I étant une introduction.

[4] — Nestorius le soutenait en effet, en bon disciple de Théodore de Mopsueste.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 36

p. 239-242

Les thèmes
trouver des articles connexes

Télécharger le Pdf ici :

.

bottom of page