+ Saint Maximilien Kolbe
ami et docteur de la prière
Ce livre est un monument. Le père Galignano, président actuel de la Milice de l’Immaculée [1], le dit bien dans sa préface : « Par la profondeur, je dirais même la minutie, de l’analyse des textes et des sources, il me semble que l’ouvrage, si complet dans son genre, sera à l’avenir une référence nécessaire pour tous ceux qui voudront parcourir un itinéraire de recherche sur la spiritualité kolbienne » (page 8). Le père de Louvencourt, cistercien trappiste de Belgique, y a mis tout son cœur, et un cœur qui aime évidemment le saint dont il nous livre la doctrine et la vie dans un volume qui compte 628 pages.
Le titre – comme tout le reste du livre, d’ailleurs – est le fruit d’un choix réfléchi : Saint Maximilien Kolbe ami et docteur de la prière. Le plan du livre, répondant aux deux éléments annoncés dans le titre, comprend sept grandes parties qui veulent donner un aperçu global et systématique de la prière du père Kolbe. L’auteur montre sa pratique personnelle de la prière (le saint comme « ami de la prière ») et, parallèlement, l’enseignement que nous pouvons tirer pour nous-mêmes de son exemple et de sa doctrine à ce sujet (le saint comme « docteur de la prière »). Ainsi, le livre, comme l’annonce encore la préface, veut-il être « un corpus complet qui cerne la prière kolbienne de façon méthodique » (page 6).
Cette volonté de l’auteur de mettre de l’ordre dans son sujet est certainement louable, mais il faut bien constater que le résultat n’est pas très réussi. A part la première partie (« la prière en elle-même ») et la dernière (« les fruits de la prière »), il est difficile de trouver la logique qui a commandé la mise en place de la structure massive du livre. Après une première partie sur la nature de la prière, le lecteur se trouve soudain transporté dans un chapitre qui parle des « signes extérieurs de la prière : les reliques, la couronne franciscaine, la médaille miraculeuse » ; ensuite, on lui parle des expressions corporelles de la prière (en marchant, à genoux, prosterné), et enfin, de ses qualités principales (foi, humilité, etc.). Au fur et à mesure que les pages défilent, le lecteur a l’impression que cette lourde structure à laquelle l’auteur se tient si fort est beaucoup plus arbitraire qu’organique, et qu’elle fait effrondrer l’ensemble plutôt que de le supporter. Sans doute vaut-il mieux ne pas trop en tenir compte et profiter simplement des perles qu’elle contient. Ce n’est pas un livre à lire d’un bout à l’autre : il faut plutôt piocher ici et là comme dans une mine pour trouver l’or qui s’y trouve.
Car, de l’or, heureusement, il y en a partout. Le bon père cistercien est en effet un grand connaisseur du père Kolbe et il a bien fait son travail de recherche. Son livre est comme un vaste trésor de textes sur la vie et la doctrine du père Kolbe, inconnus jusqu’ici en français, puisés aux sources originelles, à savoir, principalement : les Scritti Kolbiani (collection de toutes les lettres et de tous les articles et autres écrits du saint, publiée en italien en 1975-1978 [2]) ; les procès de béatification et de canonisation ; les Konferencje [3] (notes de conférences du père Kolbe à ses religieux à Niepokalanow, qui, malheureusement, ne sont toujours pas traduites du polonais. Ce livre contient aussi une excellente bibliographie sur le père Kolbe, et une chronologie courte mais assez complète de sa vie.). L’auteur a bien suivi la méthode qu’il s’est proposée dans son introduction :
Celui qui veut connaître la prière chez le père Kolbe doit donc se baser sur sa vie dont la source première est constituée par les actes du procès de béatification et de canonisation, autant que sur ses écrits qui foisonnent en passages sur la prière. C’est pourquoi, le plus souvent possible, nous ferons parler saint Maximilen lui-même, ainsi que les témoins qui l’ont connu, qui l’ont entendu ou qui l’ont vu prier. (page 13.)
Ainsi se trouvent réunis pour la première fois en langue française un très grand nombre de textes qui permettent aux lecteurs un contact direct avec l’âme ardente de ce très grand saint marial, dont la mission, sans doute, ne fait que commencer [4]. Ce contact fait vite comprendre pourquoi l’auteur a voulu essayer de renfermer son sujet dans un ordre logique et pourquoi il n’a pas réussi. Le père Kolbe est un vrai fils de saint François dont Chesterton a bien résumé l’esprit dans un passage situé au début de son livre sur saint Thomas, lorsqu’il décrit le contraste du Poverello et de l’Aquinate :
Saint François est un petit homme sec et vif, mince comme un fil et vibrant comme la corde d’un arc ; dans ses actes, prompt comme un éclair. Sa vie n’est qu’une suite d’élans et de plongeons ; il court après le mendiant, se précipite dans les bois, saute dans le vaisseau inconnu, se jette aux pieds du Sultan et lui offre de se jeter dans le feu. On pourrait croire qu’il est comme la feuille sèche et craquante qui vole au vent d’automne ; mais en vérité, le vent, c’est lui [5].
Saint Maximilien Kolbe aussi est un vent qui souffle où il veut : « Tu entends sa voix, mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va » (Jn 3, 8). C’est pourquoi, vouloir essayer de le renfermer dans un cadre systématique était se condamner à l’échec avant même de commencer. Il faut se contenter d’« entendre sa voix », en lisant les textes les uns après les autres pour recevoir un peu de son esprit. L’abondance des citations extraites des écrits du saint et des détails pratiques tirés de sa vie permettront à ceux qui le veulent de se faire « brûler » au contact du feu d’amour de Dieu qui consumait, à travers l’Immaculée, l’âme du père Kolbe et inspirait tous ses actes et ses écrits.
L’auteur aurait mieux réussi, peut-être, si, au lieu d’essayer de « cerner la prière kolbienne de façon méthodique », il avait suivi la méthode tracée par le père Ragazzini dans son petit livre : La spiritualità mariana di S. Maximiliano Maria Kolbe [6], qui essaie de suivre le développement de la prière du saint par les étapes progressives de sa purification. Comme le remarque le père de Louvencourt lui-même (page 357), il faut regretter que le père Ragazzini n’ait fait qu’illustrer ces purifications par des citations sans commentaires : il faudrait approfondir cette piste en montrant comment la vie de prière du saint a progressé jusqu’au sommet de la charité, au point de produire l’acte héroïque que le monde entier connaît : le sacrifice de sa vie en faveur d’un autre prisonnier, à Auschwitz.
Un autre défaut du livre, outre sa structure encombrée, est la tendance de l’auteur à vouloir inclure de longs passages de l’Écriture sainte, des Pères de l’Église ou des saints, sur tous les sujets abordés. Le résultat est un alourdissement du texte qui éclipse celui qui devrait en être l’objet, et ce défaut est responsable, en grande partie, de la longueur excessive de l’ouvrage. Parfois, on en arrive à de vraies digressions, comme ces citations de Péguy sur le sommeil dont on voit difficilement le lien avec le père Kolbe (pages 298-300).
Néanmoins, malgré ces travers, c’est un bon livre qui rendra grand service en donnant accès aux fidèles à la doctrine du saint sur la consécration au Cœur Immaculé de Marie, consécration qui a encore un grand rôle à jouer dans nos temps modernes, comme les apparitions de Notre-Dame à Fatima nous l’ont appris [7].
Malheureusement, on ne peut conclure sans relever le fait que cette doctrine – qui, répétons-le, se trouve bel et bien dans l’ouvrage et lui donne une grande valeur – est complètement minée par une petite phrase de la préface du livre, véritable sape placée à la base de tout l’édifice que le père de Louvencourt a si péniblement construit au fil de ses 628 pages. L’auteur de cette préface, nous l’avons dit, est le président actuel de la Milice de l’Immaculée, celui, par conséquent, qu’on devrait considérer comme le successeur officiel du père Kolbe dans l’Église d’aujourd’hui. Quelle déception, quelle douleur donc, de trouver sous sa plume les paroles suivantes, qui sont comme un reniement formel du fondement de toute la doctrine mariale, de toute l’activité apostolique et de toute la vie de saint Maximilien Kolbe :
[La médiation universelle de toutes les grâces par la Vierge Marie] ne s’appuie ni sur une donnée scripturaire explicite ni sur une définition ou un document officiel du magistère de l’Église. C’est simplement une belle doctrine, débattue entre les théologiens, reçue de mieux en mieux par la sensibilité des fidèles et qui fait problème pour l’œcuménisme actuel, attentif à ne pas heurter certaines susceptibilités (page 8).
Nous ne pouvons pas montrer ici, comme il le faudrait, la fausseté de cette affirmation. Contentons-nous de dire que s’il fallait « une donnée scripturaire explicite » pour pouvoir affirmer une doctrine catholique, ni l’Immaculée Conception, ni l’Assomption de la sainte Vierge Marie n’auraient jamais pu être définies comme dogmes. Quant à l’assertion que la médiation universelle de Marie « ne s’appuie sur aucun document officiel du magistère de l’Église », c’est complètement faux ! Tous les papes, depuis Léon XIII jusqu’à Pie XII, ont affirmé explicitement cette doctrine, comme le père Galignano ne peut l’ignorer. Enfin et surtout, la Tradition de l’Église – que le père Galignano ne daigne même pas mentionner – affirme cette doctrine de façon de plus en plus unanime depuis le Ve siècle, au point que le grand théologien Merkelbach affirme dans sa Mariologia que l’argument de Tradition est même plus probant pour la médiation universelle de toutes les grâces que pour l’Assomption de Marie [8].
L’énormité de la trahison contenue dans ces paroles du président de la Milice de l’Immaculée conciliaire devient évidente si on lit les textes de saint Maximilien lui-même à ce sujet. En voici quelques-uns :
L’activité de la Milice de l’Immaculée se fonde justement sur cette vérité, à savoir, que l’Immaculée est la médiatrice de toutes grâces, parce que, s’il n’en était pas ainsi, tout notre travail et tous nos efforts seraient vains [9].
La raison en est simple :
Si l’Immaculée n’était pas la médiatrice de toutes grâces, il n’y aurait pas besoin de conquérir le monde entier et chaque âme en particulier, au Cœur sacré de Jésus par l ’intermédiaire de l’Immaculée, parce que les âmes pourraient rejoindre le paradis par un autre chemin [10].
Cette médiation est donc le fondement de toute l’activité de la « MI » (Milice de l’Immaculée) :
Jésus-Christ est l’unique médiateur entre Dieu et l’humanité ; l’Immaculée est l’unique médiatrice entre Jésus et l’humanité et nous sommes les heureux médiateurs entre l’Immaculée et les âmes répandues dans le monde entier. Quelle belle tâche, n’est-ce pas [11] ?
Ainsi voyons-nous encore une fois, que la gravité particulière de la crise dans l’Église aujourd’hui est due à son caractère doctrinal. Toutes les belles considérations spirituelles du livre du père de Louvencourt s’écroulent comme un château de cartes sous le choc de cette petite phrase de la préface ; on peut garder ces considérations, si l’on veut, comme des expressions d’une « sensibilité » particulière, mais elles sont vidées de toute vérit é.
Pour conclure, citons un dernier texte de saint Maximilien Kolbe, où il semble prévoir, comme saint Paul qu’il cite, qu’après lui viendront des faux prophètes qui essayeront de détruire la doctrine qu’il veut laisser à sa postérité. Il s’agit d’une conférence donnée à ses religieux dans laquelle il les met en garde contre un esprit timide qui craint de trop honorer la sainte Vierge, sous prétexte que cela diminuerait l’honneur du Christ. C’est une réfutation on ne peut plus éclatante du « faux prophète » qu’est le père Galignano.
Notre-Seigneur Jésus-Christ en tant qu’homme est, au ciel, notre médiateur auprès du Père céleste. La très sainte Mère est la médiatrice entre nous et Notre-Seigneur Jésus-Christ, et toutes les grâces coulent sur nous par elle. Elle est instituée par Notre-Seigneur Jésus-Christ et nous y croyons ! Par elle, nous puisons les grâces et elle nous conduit au Cœur sacré de Jésus.
Hier, je lisais un livre français sur l’Immaculée, mais en traduction italienne. Ces auteurs ont une telle hésitation en ce qui regarde l’honneur de la Mère divine qu’ils craignent de diminuer, par là, l’honneur de Dieu et jettent le discrédit sur Marie. Ils sont d’avis, en effet, qu’il convient d’honorer Marie, mais le diable ne voulant pas fléchir la nuque devant elle, dès qu’une tentation survient, ils paniquent et commencent à avoir des doutes, se demandant s’il faut prier Notre-Seigneur Jésus-Christ ou sa divine Mère. Mais justement, plus quelqu’un s’est donné à l’Immaculée, plus il peut aller avec audace à Notre-Seigneur Jésus-Christ, à Son Cœur sacré, surtout au temps de la tentation, cependant seulement par Marie, et seulement par elle, parce qu’elle est justement l’échelle sûre, par laquelle nous entrons dans le Cœur sacré de Notre-Seigneur Jésus-Christ [12].
Nous qui sommes ici, chers frères, ne nous laissons pas séduire par le diable.
Nous croyons en l’Immaculée, nous croyons qu’elle est, après Dieu, la plus parfaite, la plus sainte, la meilleure, la plus puissante. Pourquoi vous dis-je cela ? C’est au cas où le diable voudrait vous attaquer, afin que vous ne le croyiez pas.
Et même s’il venait ici des théologiens sages et des savants et qu’ils vous prêchaient des choses très sages et sublimes, mais qu’ils vous enseignaient autre chose que ce que je vous ai enseigné, ne les croyez pas. Même s’il venait, je ne sais comment, des saints, quatre fois saints, et qu’ils vous enseignaient autrement, ne les croyez pas. Avec l’aide de l’Immaculée vous arriverez à tout accomplir.
Écoutez. Saint Paul dit dans sa lettre aux fidèles : « Même si un ange du ciel venait et enseignait autre chose que ce que je vous ai enseigné, qu’il soit anathème [13] ! » [Gal 1, 8-9]. De la même façon, je vous le redis, si parmi vous se dressait quelqu’un qui ne voulait pas honorer la très sainte Mère et cela d’une manière particulière, s’il dissolvait notre lien étroit avec l’Immaculée et vous enseignait autre chose que ce que je vous ai enseigné, qu’il soit anathème !
Nous ne sommes pas obligés de prier toujours exclusivement la très sainte Mère, nous pouvons aussi prier directement Notre-Seigneur Jésus-Christ et justement avec d’autant plus d’audace, que nous appartenons davantage à l’Immaculée. Mais que nous n’excluions pas la très sainte Mère, que ne nous disions pas : « moi, je n’ai pas besoin de la Mère divine pour ma sanctification et pour mon salut », car cela vient déjà du diable.
L’Immaculée est notre échelle, par laquelle nous passons dans le Cœur sacré de Jésus, mais qui met de côté l’échelle ne montera pas en haut et tombera par terre.
Nous croyons que l’Immaculée est, qu’elle nous conduit à Notre-Seigneur Jésus-Christ, et si quelqu’un enseigne autre chose, qu’il soit anathème ! qu’il soit anathème [14] !
Pour accompagner ce texte, l’éditeur a ajouté une note qui montre combien il est gêné, ici, par le langage du saint.
D’abord, il jette un doute sur l’authenticité du texte, disant que nous ne pouvons pas être sûrs que ces paroles ont été prononcées telles qu’elles, puisqu’elles nous ont été transmises par un frère qui les a notées. (Mais il n’explique pas l’étrange audace du frère qui aurait osé imaginer un tel discours et l’attribuer au fondateur.) Puis il continue :
Cependant, obligés de nous appuyer sur cette seule transmission, nous remarquons deux différentes raisons de l’indignation du père Kolbe :
1. Il maudit ceux qui, à Niepokalanow, enseigneraient ses fils spirituels autrement qu’il ne les enseigne au sujet de l’Immaculée et de la dévotion envers elle ;
2. Il maudit ceux qui contrediraient que l’Immaculée nous conduit à Notre-Seigneur Jésus-Christ.
La position prise dans ce deuxième cas est d’autant plus compréhensible que la reconnaissance de la fonction que Dieu a destinée à la très sainte Vierge Marie dans l’œuvre de la Rédemption, est une question d’obéissance à la volonté de Dieu. […]
Cependant, « qu’il soit anathème ! » jeté dans le premier cas demande une réflexion très critique. Car il s’agit ici de la condamnation de ceux qui n’approuvent pas la mariologie proposée par le père Kolbe ni la forme définie du culte marial, à savoir la donation totale et consécration comme chevalier à l’Immaculée. Il faut dire que le magistère de l’Église laisse dans cette matière une grande liberté et ne fait pas dépendre la rédemption de l’homme de telle ou telle forme concrète de dévotion à la très sainte Vierge Marie. Elle recommande chapelet, scapulaires, fraternités mariales, antiennes, pèlerinages, etc. ; elle permet aussi qu’autour d’elle naissent différents points de vue marials, elle ne les rend cependant pas absolument nécessaires pour la rédemption et n’excommunie personne pour le fait de n’être pas convaincu du chapelet ou de « l’esclavage marial ».
Peut-être doit-on comprendre la position radicale du père Kolbe dans les catégories d’un charisme spécial. […]
Il faut répondre à l’éditeur que cette mise en garde très sévère du saint ne procède pas d’un « charisme spécial », mais condamne certainement les interprètes futurs qui trahiraient le « charisme » pleinement catholique de sa MI. Il n’est pas vrai de dire que « l’Église laisse dans cette matière une grande liberté », si par « cette matière » on veut dire la médiation universelle de Notre-Dame. Le père Merkelbach, déjà cité, affirme que nier cette doctrine est au moins téméraire, « ad minus temerarium [15] ».
Au reste – et ceci explique peut-être l’éclipse de son héritage, permise par Dieu dans la tourmente actuelle de l’Église –, le père Kolbe lui-même a prédit, au cours d’une conférence donnée au tout début de son ministère, qu’à l’exemple de Notre-Seigneur et bon nombre de saints, les fruits de ses désirs et de son apostolat marial ne viendraient vraiment qu’après sa mort et non sans combats.
[Dieu] permet souvent à ceux qui l’aiment de pouvoir satisfaire leurs désirs même après la mort, de déployer une action sur cette terre, de prier et de travailler pour le salut et la sanctification des âmes… [Et il donne l’exemple de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus].
Pareillement, nous aussi nous pouvons nourrir l’espoir que si maintenant, en imitant ces âmes saintes mortes ces derniers temps nous brûlons du désir de sauver les âmes, après notre mort l’Immaculée achèvera son œuvre en se servant de nous ; bien plus, seulement alors nous pourrons consoler le très saint Cœur de Jésus beaucoup mieux que ce que nous aurons fait sur cette terre où, en tendant la main aux autres, nous devons faire bien attention à ne pas tomber nous-mêmes.
Tandis qu’il était sur le point de mourir, Jésus lui-même, parmi toutes les personnes amies qu’il avait, ne vit sous la croix que la très sainte Vierge et le disciple bien-aimé ; ses autres disciples s’étaient tous enfuis, l’un d’eux l’avait renié avec serment et Judas l’avait vendu aux Juifs. Nous ne devons donc pas trop nous affliger si nous ne réussissons pas à voir sur cette terre les fruits de notre travail. C’est peut-être la volonté de Dieu que nous les recueillions après notre mort et qu’un autre les voie en ce monde [16].
Signalons, pour terminer, que le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X en Pologne, monsieur l’abbé Stehlin, a relancé une Milice de l’Immaculée traditionnelle qui permettra à ses membres de retrouver le véritable esprit du fondateur sans les « corrections » de l’Église conciliaire. Ceux qui seraient intéressés par ce mouvement peuvent écrire à l’adresse suivante (pour les pays de langue française) : Père Jean, Couvent Saint-François, Morgon, 69910 Villiers-Morgon.
Fr. A.
de Louvencourt Jean-François O.C.S.O., Saint Maximilien Kolbe ami et docteur de la prière, Centro internazionale « Milizia dell’Immacolata », Roma, 1998, 628 p.
[1] — Mouvement marial fondé par le Père Kolbe, encore séminariste, à Rome en 1917.
[2] — Gli scritti de Massimiliano Kolbe eroe de Oswiecim e beato della Chiesa, traduction du polonais de Cristoforo Zambelli, O.F.M. Conv., Firenze, Città di vita, 3 volumes, 1975-1978. Une nouvelle édition en un seul volume est disponible au Centro Internazionale Milizia dell’Immacolata, Via San Teodoro, n. 42/44, 1 – 00186, Roma.
[3] — Konferencje Swietego Maksymiliana Marii Kolbego, Niepokalanow, Wydawncetwo OO, 1990.
[4] — Voir à ce propos, le texte du père Kolbe cité en fin de recension.
[5] — G. K. Chesterton, Saint Thomas du Créateur, Saint Thomas Aquinas, Grez-en Bouère, Dominique Martin Morin, 1977, p. 6.
[6] — Severino Ragazzini O.F.M. Conv., La spiritualità mariana de S. Massimiliano Maria Kolbe, Ravenna, Edizioni Centro Dantesco, 1982.
[7] — Notons que l’auteur, avec la plupart des catholiques conciliaires qui s’intéressent encore à Fatima, considère qu’en 1984 Jean-Paul II « fit la consécration telle que la Dame du Rosaire l’avait souhaitée » (p. 459).
[8] — « Minus certa videri potest, utpote in antiqua traditione minus fundata atque argumentis munita minus fundamentalibus, corporalis assumptio B. Virginis, et tamen omnes fere, quotquot sunt, hodie tenent esse definibilem, ac proxime definiendam sperant. Ad differentiam immaculatae conceptionis matris Dei, aut eius assumptionis, universalis mediatio B. Virginis longe minus fuit impugnata, et, orta dubii haesitatione, semper mansit certius in traditione ac universalius affirmata, atque conscientia fidelium. magis perspecta. Unde eius definitio merito exoptari potest ; atque eam exoptamus, quia nata erit praestantiam ac providentiam Matris Dei in toto ordine salutis quammaxime in lucem ponere et manifestare, atque devotionem promovere fidelium omniumque hominum salutem. » Benedictus Henricus Merkelbach O.P., Mariologia, Parisiis, 1939, p. 381.
Signalons que Filius Ancillæ, l’auteur du « Catéchisme sur la médiation universelle de Notre-Dame » publié dans notre revue (Le Sel de la terre 20, 22, 24, 26, 27, 29, 31, 34 et 37), a recueilli déjà plus que 1000 témoignages de papes, évêques, docteurs de l’Église, saints et théologiens qui affirment cette doctrine, sans parler des témoignages de l’Écriture. Sur ce sujet nous renvoyons nos lecteurs aussi à la correspondance père Jean / abbé Laurentin publiée dans Le Sel de la terre 35, p. 206-226 (l’annexe sur la déclaration de la commission théologique du congrès mariologique de Czestochowa montre bien le rôle déterminant joué par l’œcuménisme dans cette question).
[9] — Conférence citée par le Père Ragazzini, ibid., p. 345.
[10] — Ibid., p. 345.
[11] — Lettre aux clercs novices à Assise, le 6 avril 1934 (Scritti Kolbiani 577).
[12] — Le saint fait allusion ici à l’un des fioretti de saint François : Frère Léon voit en songe deux échelles qui montent au ciel, une rouge et l’autre blanche. Notre-Seigneur se trouve au sommet de l’échelle rouge et Notre-Dame de l’échelle blanche. Les frères, encouragés par saint François essaient de monter l’échelle rouge, mais finissent tous par retomber à terre. Alors saint François les exhorte à courir à l’échelle blanche et « les frères entrèrent, sans aucune peine, dans le royaume éternel ». Fioretti ou petites fleurs de saint François d’Assise, traduites de l’italien pour la première fois par M. l’abbé A. Riche, prêtre de St-Sulpice, sixième édition, Paris, Bray et Retaux, 1883, p. 168-169. (Ce chapitre fait partie d’un « supplément tiré du manuscrit de Florence », nous dit la table des matières). Saint Maximilien évoque ce texte très souvent. L’index des seuls Scritti (sans compter, donc, les conférences) donne les références suivantes : SK 461, 643 , 647, 654, 821.
[13] — Littéralement : « maudit », la traduction en polonais de « anathema ».
[14] — Discours du père Maximilien Kolbe aux confrères de vœux solennels à Niepokalanow, le samedi 31 décembre 1938, noté par le frère Lukasz (Luc) Kuzba. Konferencje Swietego Maksymiliana Marii Kolbego, Niepokalanow, Wydawncetwo OO, 1990, n. 204, p. 322-324.
[15] — Mariologia, p. 348.
[16] — Scritti Kolbiani 1248, cité par le père de Louvencourt, ibid., p. 556-557.

