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+ La spiritualité du martyre

 

 

Le martyre est toujours d’actualité dans l’Église. Il n’y a pas de siècle où des catholiques n’aient été appelés à donner à Notre-Seigneur le témoignage suprême de fidélité. Il en sera ainsi jusqu’à la fin des temps, où les persécutions redouble­ront avec l’avènement de l’Antéchrist.

Aujourd’hui, les communistes en Chine et en Corée du Nord, les musul­mans dans les pays qu’ils dominent, sont les bourreaux qui font couler le sang ca­tholique. N’oublions pas de prier pour nos frères persécutés, car ils sont les membres spécialement souffrants du Corps du Christ auquel nous apparte­nons, et ils comptent sur notre soutien.

 

Vue générale sur la spiritualité du martyre (chapitre 1)

 

Dans ce nouvel ouvrage publié en 2000 aux éditions Saint-Paul, le père Pinckaers O.P. met bien à sa place le martyre dans la spiritualité catholique : non pas un cas à part pour temps hypothétique de persé­cution – dont un chacun est persuadé que cela ne lui arrivera jamais – mais au contraire un sommet vers lequel tend toute la mystique chrétienne.

Après avoir défini le terme de spiritua­lité, le père Pinckaers en vient immédia­tement au fait que le martyre est une béatitude, la huitième : « Bienheureux se­rez-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera et qu’on vous calom­niera de toute manière à cause de moi ! Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux : c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes avant vous » (Mt 5, 11-12).

Comme cette dernière béatitude est le sommet, c’est elle qui donne son achève­ment à toutes les autres, leur sert de réfé­rence.

Le martyre était la réalité quotidienne des premiers temps de l’Église, et en tous lieux, comme il le sera dans les derniers temps. Ce contexte de persécutions san­glantes provoquait une expérience plus vive des autres béatitudes : pauvreté, faim, larmes, seules nommées par saint Luc (6, 20-21). Les béatitudes données par saint Matthieu (5, 3-10) sont concernées aussi, car dans la persécution il faut être doux, miséricordieux, pacifique.

Dans les trois premiers siècles de l’Église, le martyre est reconnu comme l’apogée de la vie chrétienne, son couron­nement héroïque. C’est un idéal qui est offert à tous les chrétiens.

Quand la paix extérieure viendra, le martyre physique sera remplacé par la vie religieuse qui avait déjà commencé à coexister avec lui. Les persécutions ap­prenaient aux fidèles à vivre dans ce monde comme n’en étant pas. C’était la porte ouverte à la pratique des conseils évangéliques de pauvreté, de chasteté et d’obéissance.

Mais en temps de paix, même pour ceux qui n’ont pas la vocation religieuse, les sept béatitudes gardent leur teneur, car de toutes façons l’Église sur terre sera toujours l’Église militante. Elle sera tou­jours en lutte : le combat spirituel est de tous les jours, et la persécution au moins morale peut venir éprouver tout fidèle du Christ. Pensons aujourd’hui – et c’est nous qui rajoutons – aux catholiques dits “de Tradition”, aux difficultés de plus en plus grandes qu’ils rencontrent dans un monde apostat, et même de la part des autorités officielles de l’Église, pour leur fidélité intégrale au catholicisme : que de railleries et tracasseries, jusque dans leur propre famille, parce qu’ils ont de nom­breux enfants, qu’ils veulent leur donner une éducation catholique, qu’ils restent modestes dans leur habillement, qu’ils n’ont pas la télévision, etc. L’on ne peut parler de martyre proprement dit, mais ce contexte leur fait vivre pleinement les béatitudes, et ils entendent Notre-Sei­gneur leur dire « Bienheureux êtes-vous ! Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse ! »

 

La définition du martyre : le mar­tyre est un témoin (chapitre 2)

 

Considérant le martyre, la plupart s’ar­rêtent aux souffrances physiques. C’est une erreur, car cela empêche d’accéder à la spiritualité du martyre.

L’élément premier du martyre est le témoignage rendu à Notre-Seigneur jus­qu’à la mort. Il est même l’identification suprême au Christ dans sa passion en vue d’être identifié à sa résurrection.

Mais un tel héroïsme montre l’inter­vention d’une force supérieure à l’homme, car le martyre est inexplicable naturellement : comment des personnes de tous les âges, des enfants aux vieil­lards, peuvent-ils souffrir de tels tour­ments avec une telle constance, une telle paix, une telle joie ? L’élément principal du martyre est donc l’action du Christ dans ceux qui souffrent pour lui.

Il aurait été cependant souhaitable que, dans ce chapitre fondamental, le père Pinckaers mît en valeur le lien essentiel qui existe entre le martyre et la vertu de foi. Dans l’Église catholique, est martyr celui qui, pour défendre la foi, accepte d’être mis à mort par un agresseur qui la persécute effectivement. Sont en jeu ici des vérités appartenant au dogme catho­lique, ou qui lui sont liées, comme par exemple des questions de morale.

Cette précision est spécialement néces­saire pour mettre en garde contre le faux œcuménisme actuel. On pense, par exemple, au nouveau « martyrologe » publié sur ordre du pape Jean-Paul II à l’occasion de l’Année sainte 2000, faisant passer pour martyrs des orthodoxes et des protestants morts pour témoigner de l’hérésie ou du schisme. Comme le dit saint Thomas d’Aquin, « la foi [catholique] à laquelle on reste attaché, est la fin du martyre » (II-II q. 124, a. 2, ad. 1).

La force héroïque des martyrs, jointe à leur patience, à leur douceur, à leur nombre incalculable, à la diversité de leurs conditions sociales, de leur âge, de leurs tourments, est même l’un des signes les plus forts de la vérité divine de la foi catholique. C’est une chose qu’il faut rap­peler à temps et contretemps aujourd’hui. Il est dommage que le père Pinckaers ne l’ait même pas signalé [1].

 

Le martyre et l’eucharistie, ou :

la charité du Christ au principe du martyre (chapitre 3)

 

Saint Thomas d’Aquin dit que « L’eucharistie est le sacrement de la pas­sion du Christ » (III q. 73, a. 3, ad. 3). Elle nous est donnée pour communier dans toute notre vie aux dispositions de Jésus en croix.

L’eucharistie est donc la nourriture appropriée pour ceux qui vont reproduire cette passion, non seulement dans leur âme, mais aussi dans leur corps, et donc accomplir de la façon la plus réaliste ce que l’eucharistie signifie. On pense ici aux lettres de saint Ignace d’Antioche : « Je suis le froment de Dieu, et je suis moulu par la dent des bêtes, pour être trouvé un pur pain du Christ » (cité plus loin dans l’ouvrage, p. 94).

On portait d’ailleurs la sainte eucharis­tie dans leurs prisons aux chrétiens qui allaient être dévorés par les bêtes. En 253, le concile de Carthage écrivait : « L’eucharistie devant être une défense à ceux qui la reçoivent, ceux que nous vou­lons voir défendus contre l’adversaire se­ront nourris du secours de la nourriture dominicale. Comment les instruire et les inviter à répandre leur sang en confessant le nom du Christ, si nous leur refusons le sang du Christ quand ils vont com­battre ? » (p. 82)

Mais l’eucharistie ne se borne pas à fortifier le courage des martyrs, elle communique à ceux qui vont souffrir, la charité du Christ qui est au principe du martyre.

Le lien entre la messe et le culte des martyrs se fera d’ailleurs très vite. On célébrera la messe sur leurs tombeaux, et l’Église rendra ensuite obligatoire la célé­bration de la messe sur un autel ou une pierre d’autel où se trouveront des re­liques de ceux qui ont mêlé leur sang à celui du Christ. Le père Pinckaers aurait pu noter que la nouvelle liturgie, qui a supprimé cette obligation, s’éloigne ici encore de façon impressionnante de la spiritualité catholique, et spécialement de l’esprit des premiers siècles du christia­nisme à laquelle elle prétendait fausse­ment revenir.

 

Le martyre et l’eschatologie (chapitre 4)

 

« Je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai de nouveau avec vous dans le royaume de mon Père » (Mt 26, 29).

La passion de Jésus est un passage qui le conduit à la gloire. Le martyre sera de même compris et vécu comme un passage vers le Père, et vers le Christ qui siège auprès de lui. En outre, il comporte mys­térieusement la venue du Christ vers ses témoins pour les soutenir, s’unir à eux et se révéler à eux. : « Étienne, qui était rempli de l’Esprit-Saint, ayant fixé les yeux au ciel, vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de son Père » (Ac 7, 55).

Le martyre est en même temps un té­moignage donné à toute l’Église sur l’action de Notre-Seigneur en ceux qui croient en lui, une garantie de la réalité des biens à venir, et un présage du retour du Christ pour introduire l’Église auprès du Père.

 

Grands textes

 

Le père Pinckaers donne ensuite de no­tables extraits des textes les plus célèbres de la littérature chrétienne des premiers siècles sur le martyre :

— les lettres de saint Ignace d’An­tioche (chapitre 5)

— la lettre de saint Clément de Rome aux Corinthiens (chapitre 6)

— le traité Aux martyrs de Tertullien (chapitre 7)

Quittant ensuite le temps des persécu­tions, il nous expose la doctrine de saint Augustin sur le martyre, telle qu’elle ap­paraît dans ses sermons sur les saints martyrs : Cyprien, Laurent, Étienne, etc. (chapitre 8)

A l’époque de saint Augustin, l’Église n’est plus persécutée par l’Empire, mais nous n’en sommes pas loin, et saint Au­gustin est encore un témoin de cette spiri­tualité qui restait dans les esprits. On y trouve cinq thèmes : le martyr est un té­moin de la vérité divine ; le martyre est un combat ; la force des martyrs est un don de Dieu ; ce qui fait le martyre, c’est la cause pour laquelle il souffre ; les mar­tyrs sont la semence de l’Église.

 

Le martyre dans la théologie de saint Thomas d’Aquin (chapitre 9)

 

Ce couronnement était attendu.

Dans son commentaire sur l’Évangile de saint Matthieu, saint Thomas dit que la huitième béatitude est le couronnement des sept autres.

Dans la Somme (II-II q. 124), organisant la morale autour des vertus, saint Thomas rattache le martyre à la force, dont il est la réalisation plénière. Mais il montre aussi le lien essentiel que le martyre entretient avec la foi dont il est le témoin, et avec la charité qui l’inspire : le martyre est même une démonstration de la perfection de la charité. Bien sûr, la vertu de force n’est pas la seule à intervenir, le don de force est évidemment nécessaire.

Saint Thomas rattache aussi au mar­tyre les fruits du Saint-Esprit, et en parti­culier la patience, la joie, la paix, effets di­rects de la charité. La douceur des mar­tyrs qui pardonnent à leurs bourreaux et prient pour eux, distingue à jamais leur sacrifice de celui des fanatiques de tous bords.

 

Fr. M.-D.

 

 

Père Servais-Thomas Pinckaers O.P., La spiritualité du martyre... jusqu’au bout de l’amour, Versailles, éd. Saint-Paul, 2000, 14 x 21, 158 p., 89 F.


 


[1] — Pour une étude plus approfondie sur ce point, on peut se reporter à l’ouvrage du R.P. Réginald Garrigou-Lagrange O.P., De Revelatione, Paris, Gabalda, 1918, t. 2, ch. 9, art. 2, p. 281-296.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 39

p. 239-242

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