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Le rosaire

 

Deuxième partie :

 

Victoires et pratique

 

 

 

par le frère Marie-Dominique O.P.

 

 

 

Dans le numéro 38 du Sel de la terre, nous avons retracé l’histoire du ro­saire, démontrant que cette dévotion avait été révélée à saint Dominique par la Vierge Marie.

Aux nombreux documents dont nous avons fait état, nous voulons encore rajouter celui-ci, d’une étonnante précision, où, à la date de 1221, le nom du rosaire figure à côté de celui de saint Dominique vivant encore. Y sont indi­quées les conditions d’une confraternité parfaitement constituée. Cette pièce est un testament conservé aux archives du collège de Saint-Jacques, à Palen­cia, en Espagne. Un certain Antonin Sers charge de ses intentions « l’honorable Seigneur Dom Pierre Gonzalès Telme, recteur des Nicolates et premier administrateur de la confraternité fondée en l’honneur du saint ro­saire, avec le consentement du Seigneur évêque Telle, par le respectable Dominique de Guzman – confraternité, dit le testateur, dont je fais partie. J’entends, ajoute-t-il, qu’on réunisse les confrères afin qu’ils prient pour moi, et qu’en compensation, ainsi que pour les frais des cierges de la confraternité, qu’ils porteront en main, il leur soit distribué trente huit maravédis et trois mesures de blé. »

« Quoi de plus clair ? remarque Mamachi [1], non seulement quant au nom, mais quant à la confrérie du rosaire, et cela, dès le temps de saint Do­minique, plus de deux siècles avant Alain de la Roche. Et ce testament d’An­tonin Sers est tiré d’archives authentiques – monumenta ex archivis authenticis extracta ; il a sa date certaine – notis chronologicis distincta ; il s’offre avec l’au­torité d’irrécusables témoins – et fide dignis testimoniis roborata – c’est-à-dire sur l’affirmation de notaires publics – publicanorum scribarum, de l’auditeur de la nonciature apostolique et de conseillers de la couronne. A qui donc croire, si l’on ne défère pas à de pareilles autorités [2] ? » Et parmi les pièces justificatives du volume imprimé des Annales Ordinis Prædicatorum, l’illustre savant a soin de publier, avec le testament d’Antonin Sers, toutes les attesta­tions en faveur de cet acte délivré, à la requête des dominicains, par Dom Francisco Antonino de Angulo, du Conseil de Sa Majesté Catholique, son secrétaire et premier official de la secrétairerie de la Chambre et du royal Patronat [3].

Après avoir établi le fait historique de la remise du rosaire à saint Domi­nique par Notre-Dame, nous avons montré le développement de cette prière au cours des siècles jusqu’à l’apothéose de Fatima. Dans cette apparition, la Vierge Marie nous a donné le rosaire comme le dernier remède accordé au monde avec la dévotion à son Cœur Immaculé.

Ensuite, nous avons exposé l’enseignement des papes au sujet de cette prière, spécialement à travers les encycliques de Léon XIII. Le rosaire est pré­senté par le magistère comme un puissant moyen de sanctification person­nelle et de redressement social, et le grand recours de l’Église contre tous ses ennemis.

Voyons maintenant quelques illustrations de cette puissance du rosaire, avant de donner quelques conseils pour mieux prier avec le chapelet.

 

*

  

 

 

Les grandes victoires du rosaire

 

Victoire sur les Cathares

 

AU DÉBUT du XIIIe siècle, en Languedoc, peu de temps après avoir été révélé à saint Dominique, le rosaire apparaissait à la fois comme une arme de guerre invincible contre les ennemis de l’Église (bataille de Muret le 12 septembre 1213), mais aussi comme une méthode de prédication extrêmement efficace pour combattre l’hérésie et convertir les âmes [4]. Ainsi fut vaincu un fléau, « vraie guerre sociale, qui laissait trop prévoir ce que serait désormais l’histoire pour la cité sainte [5] », car « on étouffa la doc­trine des Albigeois au moins quant à sa prédominance extérieure ; mais elle resta sourdement comme semence de toutes les erreurs qui devaient éclater au XVIe siècle [6] ».

 

Victoires sur l’islam

 

« Lorsque les nations chrétiennes de l’Orient, celles qui avaient transmis aux Occidentaux le flambeau de la foi qu’elles ont laissé s’éteindre chez elles, eurent assez fatigué la justice divine par les sacrilèges hérésies dont elles défiguraient l’auguste symbole de la foi, Dieu déchaîna sur elles, du fond de l’Arabie, le dé­luge de l’islamisme qui engloutit les chrétientés premières. [...] C’est notre tour maintenant, nations occidentales, si nous ne revenons pas au Seigneur Notre Dieu [7]. »

Aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, l’invasion menaçait l’Europe chrétienne. Mais celle-ci eut assez de foi pour la repousser, en prenant l’arme du rosaire : spécialement à Lépante (7 octobre 1571), Vienne (12 septembre 1683) et Peter­wardein (26 juillet 1716) [8].

Ces victoires furent à l’origine des fêtes liturgiques du Saint Nom de Marie (12 septembre) et de la solennité de Notre-Dame du très saint Rosaire (premier dimanche d’octobre).

 

Victoires sur le protestantisme

 

La révolution protestante de 1517, préparée par la Renaissance, fut la pre­mière grande étape de l’apostasie des nations [9].

 

• La Rochelle : 1er novembre 1628

 

Lorsqu’au XVIIe siècle le protestantisme menaça dangereusement le royaume de France, ce fut encore le rosaire qui l’en délivra [10].

A la tête d’une puissante armée, le roi Louis XIII s’efforçait de réduire à l’obéissance la ville de La Rochelle, soutenue par l’Angleterre, et qui était deve­nue le boulevard du protestantisme en France. Sur l’ordre du monarque, le rosaire fut d’abord récité solennellement au couvent dominicain du Faubourg Saint-Honoré à Paris, en présence de toute la cour. On le priait à deux chœurs, selon la coutume dominicaine. Puis le roi appela le père Louvet O.P., célèbre prédicateur à l’époque, afin de prêcher une mission à l’armée avec plusieurs frères prêcheurs. On distribua 15 000 chapelets parmi les troupes et, chaque soir, les protestants assiégés voyaient les troupes catholiques porter en triomphe une statue de la Madone autour de la ville, à la lueur des torches, au bruit cadencé de la récitation des Ave Maria et au chant des cantiques. La ville fut prise. Le roi y fit entrer les dominicains en premier. Ils portaient un immense étendard de couleur blanche liséré de bleu, sur lequel on lisait « Gaude, Maria Virgo, cunctas hæreses sola interemisti in universo mundo [11] ».

En action de grâces, le roi Louis XIII fit construire l’église Notre-Dame des Victoires à Paris et, quelques années plus tard, persuadé que la naissance du dauphin (le futur Louis XIV) était encore due à l’intervention de Notre-Dame, il le fit inscrire dans la Confrérie du rosaire, en présence de toute la cour, le 6 no­vembre 1638. Le 10 février 1638, le roi avait d’ailleurs consacré la France à Marie.

 

• Aux Philippines : Notre-Dame du rosaire de La Naval [12]

 

Cette victoire est importante dans la mesure où elle sauva le catholicisme dans toute l’Asie.

Alors que, dans tout le reste du continent, les fausses religions s’opposèrent violemment, de manière générale, à toute pénétration du catholicisme [13], faisant couler en abondance le sang des martyrs, la conversion des Philippines fut une réalisation sans parallèle dans l’histoire [14] : en 40 années (de 1565 [15] à 1605), sans qu’une goutte de sang soit versée, le pays devint grâce aux espagnols une chré­tienté modèle. Il fut alors pour l’Église une base providentielle d’où partirent des légions de missionnaires pour évangéliser les autres pays de l’Asie.

Or, le 15 mars 1646, une flotte de navires hollandais protestants, redouta­blement armée, surgit au large du port de Manille [16]. Espagnols et Philippins fu­rent désemparés, n’ayant à leur disposition que deux galions commerciaux – « L’Incarnation » et « Le Rosaire » – qu’ils armèrent à la hâte et vaille que vaille. C’est alors que le vénérable père Jean de Conca O.P. se mit à prêcher le rosaire aux matelots, et le fit réciter à deux chœurs sur le pont des deux navires. Les marins firent le vœu d’aller, en cas de victoire, faire un pèlerinage pieds nus à la Vierge du rosaire conservée au couvent dominicain de Manille. De mars à oc­tobre, cinq violentes rencontres se soldèrent par cinq victoires humainement in­explicables. Les navires protestants furent mis en pièces, tandis que l’on entendait dans le ciel des voix disant : « Vive la foi du Christ et la bienheureuse Vierge du rosaire. » Sur 200 hommes, les catholiques n’en perdirent que 15. Les Philippines restaient à l’Église.

Une extraordinaire dévotion au rosaire se répandit alors dans tout le pays qui devint « Le Royaume du saint rosaire » selon l’expression du pape Pie XII [17]. Chaque année, et aujourd’hui encore, une immense procession se déroule à Ma­nille, en action de grâces, derrière la statue miraculeuse de la Vierge du rosaire, précédée de 21 chars fleuris portant des saints dominicains. Deux cent mille per­sonnes portant des cierges suivent la Madone, et les Philippines sont consacrées à Notre-Dame du rosaire au terme de la cérémonie [18].

 

Le triomphe du rosaire au Japon

 

L’histoire du Japon nous montre deux fruits importants de la dévotion au rosaire : elle soutient le courage des martyrs, et elle permet de garder la vraie foi catholique. Nous voyons ici le catholicisme affronté aux fausses religions orientales.

 

• Les martyrs

 

C’est le 15 août 1549 que saint François-Xavier (1506-1552) aborda à Kago­shima, au sud du Japon. Malgré l’obstacle du bouddhisme hostile et immoral, la première évangélisation fut assez facile. Le système de féodalité qui affaiblissait le pouvoir central de l’empereur, permettait de s’appuyer sur les seigneurs favo­rables. D’autre part, saint François-Xavier était en présence d’un peuple reli­gieux et intelligent.

Ce furent les jésuites qui introduisirent le rosaire au Japon, spécialement par la diffusion d’un ouvrage en japonais sur les quinze mystères. Malheureuse­ment, en 1582, arriva au pouvoir un nouvel empereur, Taïco Sama, hostile au christianisme, et qui refit l’unité politique du pays. Soutenu et encouragé par les bonzes, il déclencha une persécution violente. Le 5 février 1597, 23 franciscains et 3 frères jésuites furent crucifiés à Nagasaki. Cela n’empêcha pas les domini­cains, venus des Philippines, d’aborder au Japon en 1607, profitant d’une accal­mie. Malgré les difficultés, ils fondèrent partout des confréries du rosaire, sous l’impulsion du bienheureux Alphonse Navarrette O.P.(1571-1617), vicaire provin­cial au Japon [19]. Les missionnaires mettaient à la tête des Confréries des chefs ou majordomes, dont la fonction consistait à assembler régulièrement les fidèles pour la récitation du chapelet, de leur en rappeler les mystères, de leur lire l’ex­position qu’en avait faite le vénérable Louis de Grenade O.P., de leur renouveler les conseils et les avis des pères de la mission.

Mais l’anglais Guillaume Adams, capitaine d’un vaisseau hollandais, dé­nonça les missionnaires catholiques au nouvel empereur, Cubo Sama, les accu­sant d’être les espions des Espagnols pour envahir le Japon. Un édit de 1614 gé­néralisa la persécution. Les religieux furent massacrés, les églises détruites, le christianisme interdit sous peine de mort. Mais rien n’ébranlait les confrères du rosaire. Ils allaient au supplice comme à une fête, la plupart ayant revêtu l’habit blanc et le mantelet noir de la Confrérie, et portant leur rosaire au cou ou à la main. Lorsqu’en 1638 le Japon se coupa du monde extérieur, Rome fut persuadée qu’il n’y avait plus de catholiques dans le pays.

 

• Catholiques sans prêtres

 

C’est en 1858 que le Japon se rouvrit de nouveau à l’étranger. Une nouvelle mission catholique fut inaugurée à Nagasaki le 10 janvier 1865. Mais quelle ne fut pas la surprise du père Petitjean M.E.P. [20], le 17 mars 1865, de voir arriver dans son église nouvellement construite, une quinzaine de Japonais lui apprenant qu’ils étaient catholiques. On s’aperçut qu’ils étaient des milliers dans tout le pays. Privés de prêtres par la persécution, ils avaient continué à se réunir sous la direction des majordomes des Confréries du rosaire. Ils s’étaient transmis la foi par le rosaire et par les deux sacrements que peuvent administrer les laïques : le baptême et le mariage [21]. Ils montrèrent aux prêtres des grains de chapelet pieu­sement gardés pendant deux siècles, ainsi que des ouvrages sur les mystères du rosaire en japonais ancien. Deux ans auparavant, des protestants avaient bâti un temple à Nagasaki, mais n’y voyant ni crucifix ni image de saint à vénérer, les ca­tholiques japonais comprirent que ce n’était pas la vraie religion. Ils reconnurent les missionnaires catholiques à trois signes : la dévotion envers Notre-Dame, l’obéissance au pape, et le célibat. « Ils sont vierges, merci ! merci ! », s’écrièrent-ils en se prosternant à terre lorsque le père Petitjean leur dit que les prêtres ca­tholiques ne sont pas mariés.

En souvenir de cette découverte des catholiques, une fête liturgique est cé­lébrée chaque année au Japon le 17 mars, la fête Beata Maria Virgo de inven­tione christianorum [22]. La messe est celle du commun des fêtes de la sainte Vierge [23].

 

Les guerres de Vendée

 

Il est incontestable que le rosaire a soutenu la résistance vendéenne de 1793-1795 qui conduisit les Vendéens à la gloire du martyre et sauva le catholi­cisme en France. Ce fut le fruit des prédications de saint Louis-Marie Grignion de Montfort et des montfortains. Certains le nient [24]. Le professeur Jean de Viguerie répond avec sa précision habituelle : « La cause véritable  du soulèvement est re­ligieuse. Les chants, les prières, les insignes portés, le nom de l’armée “catholique et royale” lui confèrent dès les premiers jours un caractère religieux. [...] Durant tout le dix-huitième siècle, ce pays a bénéficié d’une évangélisation intense grâce aux missions paroissiales des pères montfortains, disciples du père Louis-Marie Grignion de Montfort. Une carte des missions montfortaines ferait apparaître qu’un grand nombre de paroisses insurgées avaient reçu au moins une fois pen­dant le siècle la visite des missionnaires. Ceux-ci avaient enraciné trois dévotions dans le cœur des populations, la Croix, le Saint-Sacrement et le chapelet. [...] Sans cet apostolat missionnaire, sans cet esprit de sacrifice qu’il développa, la Vendée est incompréhensible [25]. »

Dans sa description de la Vendée entre 1793 et 1795, rédigée en 1818, Jean-Alexandre Cavoleau écrira : « Dans les marches et au milieu des camps, ils se li­vraient à toutes les pratiques de la dévotion. J’ai rencontré un corps nombreux à genoux et disant le chapelet très dévotement ; je l’ai vu ensuite défiler en chan­tant des cantiques [26]. » Dans ses Mémoires, la marquise de la Rochejaquelein note après la prise de Bressuire (2 mai 1793) : « Le soir, nous fûmes surpris et édifiés de voir dans chaque chambre tous les soldats à genoux, répétant le chapelet dit par l’un d’eux, et nous apprîmes qu’ils ne manquaient jamais de le faire trois fois par jour [27]. » Il s’agissait donc du rosaire entier.

 

Victoires sur le communisme

 

La Révolution d’octobre 1917 en Russie ne fut pas un simple coup d’État en vue de changer de régime, elle visait surtout à « répandre à travers la planète les institutions et les mœurs de l’athéisme [28] ». Elle se produisait d’ailleurs en plein conflit de 1914-1918 qui était la première des guerres visant à établir un gouver­nement mondial. C’est l’assaut suprême contre la royauté sociale du Christ [29].

« Le démon a engagé la lutte décisive, c’est-à-dire finale, d’où l’un des deux sortira vainqueur ou vaincu », dit Notre-Dame à sœur Lucie de Fatima [30].

Dans cette bataille, la Vierge Marie, qui se nomme Notre-Dame du rosaire [31], vient dire que « les ultimes remèdes donnés au monde sont : le saint rosaire et la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. “Ultimes” signifie qu’il n’y en aura pas d’autres [32] ».

Le triomphe de Notre-Dame, promis par elle dans son apparition du 13 oc­tobre 1917 à Fatima [33], se produira par la diffusion de la communion réparatrice des cinq premiers samedis et par la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie par le pape et les évêques unis au pape.

Quant au rosaire, partie intégrante de la dévotion au Cœur de Notre-Dame [34], « la très sainte Vierge, en ces derniers temps que nous vivons, [lui] a donné une efficacité nouvelle [35] », proportionnée à la gravité de l’heure. Voyons-en deux exemples caractéristiques :

 

• En Autriche, en 1955

 

A la fin de la dernière guerre, l’Autriche avait été partagée en quatre zones occupées par les alliés : Américains, Anglais, Français et Russes [36]. Les Russes se trouvaient dans la partie comprenant la capitale : Vienne, partie la plus riche en ressources naturelles et en industries, donc très intéressante pour Moscou qui y installa des troupes extrêmement nombreuses.

Le 25 novembre 1945, des élections ayant eu lieu dans tout le pays s’étaient soldées par un échec retentissant des communistes, qui ne remportèrent que 4 sièges sur 165. Cependant, la Voix du peuple, journal du parti, écrivait : « Nous avons perdu une bataille, mais nous ne sommes qu’au début de la guerre en Au­triche et, cette guerre, nous la gagnerons. » En effet, la pression ne cessait d’aug­menter dans la zone occupée, accompagnée d’ailleurs de meurtres et de pillages, confirmant la volonté de Moscou d’annexer définitivement le pays.

C’est alors qu’intervint un prêtre franciscain, le père Petrus Pavliceck (1901-1982). Revenant de captivité en 1946, il fit un pèlerinage d’action de grâces à Mariazell, la Magna Mater Austriæ, la Mère très aimante de l’Autriche. Deman­dant à Notre-Dame, dans ses prières, ce qu’il pouvait faire pour libérer son pays, il entendit une voix intérieure lui répondre : « Faites ce que je vous dis : priez tous les jours le rosaire, et il y aura la paix. »

Après une année de réflexion, il lança le 2 février 1947 une croisade répa­ratrice du rosaire dans l’esprit de Fatima, avec les buts suivants : réparation des offenses faites à Dieu, conversion des pécheurs, paix et salut du monde et spécia­lement de l’Autriche.

Un an après, en 1948, 10 000 personnes étaient déjà engagées dans la croi­sade de prière, dont le chancelier Figl, chef politique du pays [37]. Les fidèles s’en­gageaient à dire le chapelet chez eux pour la libération du pays, des récitations publiques furent organisées dans les églises, des processions de plusieurs cen­taines et parfois milliers de personnes récitant le rosaire, se déroulèrent dans les villes et les villages.

En 1949, la situation devint de plus en plus critique, et l’inquiétude grandit lorsqu’on apprit ce qui se passait dans les pays voisins : la Tchécoslovaquie et la Hongrie étaient tombées aux mains des communistes, et l’Église y était persécu­tée ; le cardinal Mindszenty était jugé et condamné. De nouvelles élec­tions approchant en Autriche, le père Petrus décida d’intensifier la croisade : cinq jours de prières publiques furent organisés. A Vienne, on confessa jour et nuit et 50 000 personnes visitèrent le couvent des franciscains. Le résultat fut que les communistes ne remportèrent que 5 sièges aux élections. Mais ils ne comptaient pas en rester là, et l’on s’attendait maintenant à un coup d’état.

Pie XII dit alors à un prêtre autrichien en audience privée : « Vienne est le dernier rempart de l’Europe. Si Vienne tombe, l’Europe tombera. Si Vienne reste debout, l’Europe restera debout. Les catholiques de Vienne n’ont pas le droit d’être médiocres. Dites-le aux Viennois et répétez-leur. Et dites-leur que le pape prie beaucoup ; oui, qu’il prie beaucoup pour Vienne. »

Alors le père Petrus organisa une nouvelle prière publique de trois jours à Vienne, qui devait se terminer le 12 septembre, fête du saint Nom de Marie, grand jour de liesse en Autriche puisqu’il commémore la victoire de Sobieski sur l’islam. Puis le père Petrus décida d’organiser une grandiose procession du ro­saire en pleine ville. L’archevêque de Vienne était réticent. Il craignait que les catholiques ne se mobilisent pas. On leur avait déjà tant demandé. Mais le chan­celier fédéral Figl répondit : « Si nous ne sommes que deux, je viens. Pour la pa­trie, cela vaut la peine. » Il y eut 35 000 personnes, avec en tête le chancelier Figl, chapelet et cierge à la main.

Il était temps, car dès la fin du mois les communistes tentèrent un coup d’état militaire. Ils proclamèrent la grève générale. La chancellerie générale subit un début d’occupation. Mais les syndicats anti-communistes lancèrent leurs membres, armés de bâtons, à la contre-attaque. La grève fut brisée et le coup d’état révolutionnaire mis en échec. La croisade du rosaire comportait à ce mo­ment 200 000 membres.

Cependant, à Berlin, Molotov, le ministre russe des affaires étrangères, lan­çait à la face du chancelier Figl : « N’ayez aucune espérance. Ce que nous, Russes, possédons une fois, nous ne le lâchons plus. » Le chancelier Figl transmit alors au père Petrus : « Faites prier maintenant plus que jamais. »

Le père Petrus continua donc à parcourir le pays pour recruter pour la croi­sade. En avril 1955, elle comportait 500 000 membres. C’est alors que le nouveau chancelier Raab fut appelé à Moscou. Il se demandait ce qui allait arriver. Il fut reçu un 13 du mois. Au soir de l’entretien, il nota sur son agenda : « Aujourd’hui, jour de Fatima. Les Russes se sont encore durcis. Prière à la Mère de Dieu pour qu’elle aide le peuple autrichien. »

Humainement, tout était perdu. Mais c’est justement à ces moments-là que Dieu intervient si l’on a gardé la foi et si l’on a persévéré dans la prière.

Et en effet, en mai 1955, ce fut le miracle. Contrairement à toutes les prévi­sions, Molotov accordait subitement son indépendance à l’Autriche. Après 10 ans de combats et de luttes sans issue, la menace rouge disparaissait comme par un coup de baguette magique. Le dernier soldat russe quitta l’Autriche le 26 octobre 1955, mois du rosaire. Ce jour est désormais une fête nationale en Autriche.

Une grandiose cérémonie d’action de grâces fut alors organisée à Vienne, sur la Place des Héros, en présence des personnalités politiques et religieuses. Tous les discours proclamèrent que la Vierge du rosaire était la cause de la vic­toire.

 

• Au Brésil, en 1964

 

En 1964, au Brésil, le président Joao Goulart tenta d’organiser le passage de son pays au communisme sur le modèle cubain. Il avait réussi à noyauter les postes-clé ainsi que les écoles et les universités de la plus grande partie du pays.

Mais, presque toute l’année précédente, le père Patrick Peyton, de la Congrégation de la Sainte-Croix, avait prêché une croisade du rosaire, sillonnant le pays afin de convaincre les fidèles de se tourner vers Notre-Dame. Le peuple s’en souvint au moment du danger. Ce furent les femmes brésiliennes qui se mo­bilisèrent les premières, défilant par millions dans les rues des villes en récitant le chapelet. Une fois, dans la ville de Belo Horizonte, elles empêchèrent une confé­rence de Leonel Brizola, ambassadeur de Cuba, en envahissant à trois mille la salle où il devait parler, et en y récitant le rosaire. En ressortant, Brizola trouva également les rues pleines, à perte de vue, de femmes en prière. Il quitta la ville avec, en poche, l’un des discours les plus incendiaires de sa carrière... qu’il n’avait pu prononcer.

Le 13 mars 1964, Goulart décrétait le changement de la Constitution, l’abo­lition du Congrès et la confiscation des industries et des fermes.

Cela déclencha la riposte des femmes. Le texte suivant fut répandu dans tout le Brésil : « Ce pays immense et merveilleux dont Dieu nous a fait don, est dans un péril extrême. Nous avons permis à des hommes d’une ambition sans limites, dépourvus de toute foi chrétienne et de tout scrupule, d’apporter la mi­sère à notre peuple, de détruire notre économie, de troubler notre paix sociale, de semer la haine et le désespoir. Ils ont noyauté notre nation, nos administra­tions, notre armée, et même notre Église, avec les serviteurs d’un totalitarisme qui nous est étranger et qui détruirait tout ce à quoi nous tenons. [...] Sainte Mère de Dieu, protégez-nous du destin qui nous menace, et épargnez-nous les souf­frances infligées aux femmes martyrisées de Cuba, de Pologne, de Hongrie et des autres nations réduites en esclavage. »

De nouvelles et grandioses « marches du chapelet » furent organisées dans tout le pays, auxquelles participaient hommes, femmes et jeunes gens, tandis que Luiz Carlos Prestes, chef du parti communiste brésilien, plastronnait en déclarant : « Le pouvoir, nous l’avons déjà. »

Mais, peu à peu, le président se sentit lâché de toutes parts. Les gouver­neurs d’États, des députés, les généraux de l’armée, se séparèrent de lui les uns après les autres. Le 26 mars, pour sauver le pays, les militaires prirent le pouvoir sans qu’une goutte de sang fût versée. Goulart et les chefs communistes des syn­dicats prirent la fuite.

Le 2 avril toute la population de Rio et des environs était dans la rue pour une gigantesque marche de prière qui fut une apothéose d’action de grâces à Notre-Seigneur et Notre-Dame.

En juillet, le père Valério Alberton, Promoteur des Confréries mariales du Brésil [38], vint à Fatima remercier la très sainte Vierge de la libération de son pays. « Nous avons vaincu grâce à Notre-Dame du rosaire », déclara-t-il. « C’est le mes­sage de Fatima, vécu au Brésil, qui nous a sauvés. [...] Les appels répétés à la prière et à la pénitence, selon l’esprit de Fatima, ravivèrent la foi, la foi qui trans­porte les montagnes, et l’impossible se réalisa : le miracle d’une guerre gagnée sans aucune goutte de sang. Le haut commandement contre-révolutionnaire pré­voyait au moins trois mois de lutte acharnée. Or une force, humainement parlant inexplicable, fit s’écrouler, comme par enchantement, comme un château de cartes, tout le dispositif militaire, patiemment et diaboliquement édifié durant plusieurs années. L’évidence de la grâce était telle que tous furent convaincus que tout cela n’avait pas d’explication humaine. Les chefs militaires et civils de la contre-révolution furent presque unanimes à attribuer cette victoire à une grâce spéciale de la très sainte Vierge. Plusieurs déclarèrent que le rosaire avait été l’arme décisive » (Voz da Fatima, octobre 1964) [39].

 

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Le cadre de cet article ne permet pas de donner d’autres détails et d’autres exemples de la puissance du rosaire. Nous avons pris les plus caractéristiques [40].

Bien sûr, les victoires du rosaire ne se bornent pas à cette litanie impres­sionnante de victoires qui jalonnent l’histoire de la chrétienté. Bien plus nom­breuses encore sont les victoires personnelles, familiales ou communautaires remportées par le rosaire de Marie. Dans Le Secret admirable du très saint ro­saire [41], saint Louis-Marie Grignion de Montfort fait, par exemple, le récit de nom­breuses conversions de pécheurs obtenues par le chapelet. Et chaque lecteur de cet article pourrait ou pourra faire lui-même le récit des grâces que la prière du rosaire lui a obtenues.

« La Vierge du rosaire n’a pas fini de remporter des victoires. Elle attend seulement pour cela, de notre part, une ferveur redoublée, une confiance plus fi­liale, un courage sans défaut [42] ». Le triomphe du Cœur Immaculé de Marie, an­noncé à Fatima, sera d’ailleurs une victoire du rosaire, et non la moindre. Ayant déjà été victorieux – chaque fois qu’il a été employé – du catharisme, de l’islam, du protestantisme, du jansénisme, de la franc-maçonnerie, de la révolution, du communisme et de tous les ennemis de l’Église, le rosaire libèrera l’Église du modernisme, « égoût collecteur de toutes les hérésies [43] », et il libèrera la cité tem­porelle des erreurs issues de 1789. « Mes chers enfants », écrivait le 21 septembre 1885 Mgr Sarto, le futur saint Pie X, « parce que de nos temps prévaut lamenta­blement l’orgueil intellectuel qui refuse toute soumission, corrompt les cœurs et mine la moralité chrétienne, il n’y a pas de moyen plus sûr, pour faire triompher la foi, que la méditation des mystères du rosaire. »

Il nous reste maintenant à répondre à la question :

 

 

Comment prier avec le chapelet ?

 

« Dire le rosaire, c’est avant tout passer du temps avec la Vierge, Mère de Dieu, en nous souvenant de son union aux mystères du Christ, lui présentant notre requête afin qu’elle-même la présente à Jésus […] une belle conversation pénétrée de foi, de confiance et d’amour, avec la Mère de Dieu et la nôtre [44]. »

 

Les prières qui composent le rosaire.

 

Après un signe de Croix bien fait (c’est la première chose que la sainte Vierge a apprise à Bernadette à Lourdes), on récite le Credo, un Pater, trois Ave en l’honneur de la Sainte Trinité, un Gloria Patri. Puis les dizaines d’Ave se suc­cèdent, précédées par un Pater et terminées par un Gloria Patri, puis la prière Ô mon Jésus enseignée par Notre-Dame à Fatima et qui est maintenant entrée dans la coutume universelle.

 

• Le Credo

 

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort [45] dit que le Credo placé au début du rosaire, « étant un saint raccourci et abrégé des vérités chrétiennes, est une prière d’un grand mérite parce que la foi est la base, le fondement […] de toutes les prières que Dieu a pour agréables. “Celui qui s’approche de Dieu doit croire” (He 11, 6). »

Considérant ensuite le rosaire comme une prière de demande, le saint rap­pelle que l’efficacité de nos supplications vient de l’intensité de notre foi : « Plus [le fidèle] aura de foi, plus sa prière aura de force et de mérite en elle-même, et rendra de gloire à Dieu. » On peut citer ici les paroles de l’apôtre saint Jacques : « Si la sagesse fait défaut à quelqu’un d’entre vous, qu’il la demande à Dieu, le­quel donne à tous simplement, sans rien reprocher ; et elle lui sera donnée. Mais qu’il demande avec foi, sans hésitation ; car celui qui hésite est semblable au flot de la mer, agité et ballotté par le vent. Que cet homme-là ne pense donc pas qu’il recevra quelque chose du Seigneur » (Jc 1, 5-7).

Mais le rosaire est aussi une méditation, une contemplation. C’est ici l’âme du chapelet. La foi, fortifiée par le Credo initial, intervient encore ici puisque, continue le saint, elle « est la seule clef qui nous fait entrer dans tous les mystères de Jésus et de Marie. » Inversement, la méditation priante des mystères vient conforter notre foi et nous aide à la garder [46], puisque « le dogme tout entier se ramène au rosaire [47] », nous le verrons en conclusion.

Ajoutons enfin que c’est encore la foi qui nous fait persévérer dans la pra­tique du rosaire lorsque celui-ci ne donne pas de consolations sensibles.

On voit donc l’intérêt que nous avons à réciter de tout notre cœur le Credo qui inaugure le chapelet.

 

• Le Pater

 

Nous renvoyons à un bon commentaire du Pater comme celui du Caté­chisme du concile de Trente ou celui de saint Thomas d’Aquin [48].

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort dit que le Pater « tient sa première excellence de son auteur, […] contient l’abrégé de l’Évangile, surpasse […] tous les désirs des saints, demande tout ce qui nous est nécessaire, loue Dieu d’une manière excellente, et unit l’âme étroitement à Dieu [49]. »

Le père Calmel O.P. montre bien le lien qui existe entre le Pater et les mystères du rosaire : au Père, nous « présentons son Fils dans des mystères diffé­rents. Et chacun de ces mystères a une manière propre de glorifier le Père, nous configure à Jésus-Christ d’une manière spéciale pour la gloire du Père. Autant que possible, que le Pater soit en rapport avec le mystère que l’on médite [50] ».

 

• L’Ave Maria

 

On pourra se reporter au commentaire de l’Ave par saint Thomas d’Aquin [51] ou à celui de saint Louis-Marie Grignion de Montfort dans Le secret admirable du très saint rosaire [52].

Dans son Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge, saint Louis-Marie dit que « l’Ave est la plus belle de toutes les prières après le Pater ; c’est le plus par­fait compliment que vous puissiez faire à Marie, puisque c’est celui que le Très-Haut lui envoya faire par un archange pour gagner son cœur [53] ». Cette prière nous gagnera donc le cœur de Marie.

Dans Le Secret admirable du très saint rosaire, le même saint ajoute que la salutation angélique est « la joie des anges et des hommes, la terreur et la confu­sion des démons. […] Par la salutation angélique, Dieu s’est fait Homme, une Vierge est devenue Mère de Dieu [54] ».

 

• Le Gloria Patri

 

Placé à la fin des trois premiers Ave et au terme de chaque dizaine, le Glo­ria Patri, chant de gloire à la Trinité, nous rappelle que le rosaire nous conduit de Marie à Jésus, et de Jésus à la Trinité. Le père Vayssière O. P. aimait à faire remarquer que « le rosaire est un enchaînement d’amour de Marie à la Trinité [55] ».

 

• La prière Ô mon Jésus

 

Le 13 juillet 1917, à Fatima, après avoir révélé le troisième secret, Notre-Dame ajouta : « Lorsque vous réciterez le chapelet, dites après chaque mystère : “Ô mon Jésus, pardonnez-nous nos péchés, préservez-nous du feu de l’enfer, et conduisez toutes les âmes au Ciel ; nous vous prions spécialement pour celles qui ont le plus besoin de votre  miséricorde” [56]. »

Le frère Michel de la Sainte Trinité fait remarquer que cette prière, courte invocation à Jésus Sauveur [57], « synthétise tout l’essentiel du message de Fa­tima [58] ». Les trois voyants l’ont d’ailleurs comprise dans le contexte de la vision de l’enfer qu’ils venaient d’avoir. Cette prière revenait souvent sur les lèvres de Jacinthe, même en dehors du chapelet, ainsi qu’en témoigne sœur Lucie dans ses Mémoires : « Jacinthe s’asseyait souvent par terre ou sur quelque pierre et, pen­sive, commençait à dire : “Oh l’enfer ! Oh l’enfer ! Que j’ai pitié des âmes qui vont en enfer ! Et les personnes qui sont là, vivantes, à brûler comme du bois dans le feu !” Et, à demi tremblante, elle s’agenouillait, les mains jointes, pour ré­citer la prière que Notre-Dame nous avait apprise : Ô  mon Jésus. Maintenant, votre Excellence comprendra pourquoi j’ai conservé l’impression que les der­nières paroles de cette prière se rapportent aux âmes qui se trouvent dans un plus grand ou plus imminent péril de damnation [59]. »

 

Le rosaire et les étapes de la prière

 

« Le rosaire est une école de contemplation, car il nous élève peu à peu au-dessus de la prière vocale et de la méditation raisonnée ou discursive. Les an­ciens théologiens ont comparé ce mouvement de contemplation au mouvement en spirale [60] que décrivent certains oiseaux comme l’hirondelle pour s’élever très haut. Ce mouvement en spirale est aussi comme un chemin qui serpente pour faire sans fatigue l’ascension d’une montagne [61]. »

 

• Rosaire et prière vocale

 

Il ne faut pas sous-estimer la prière vocale. Sainte Thérèse d’Avila dit que certaines âmes, avec leurs propres forces, n’iront pas plus loin : « Elles ne peu­vent prier que vocalement, cela fixe mieux leur attention. Il y a beaucoup de per­sonnes dans ce cas. Cela leur est plus facile aussi de garder l’humilité. Et elles peuvent arriver à la plus haute perfection comme les plus hauts contemplatifs [62]. »

« En nous enseignant le Pater, écrit le père Marie-Eugène, Jésus a consacré l’excellence de la prière vocale. Il avait lui-même prié vocalement sur les genoux de Marie sa mère, le soir, en compagnie de Joseph, son père nourricier ; fré­quemment aussi à la synagogue avec les enfants de son âge, et le jour du sabbat au milieu de l’assemblée des fidèles. Au cours de sa vie publique, Jésus élève la voix parfois pour exprimer à Dieu ses sentiments, sa reconnaissance à l’occasion de la résurrection de Lazare ou pour les merveilles réalisées par ses apôtres ; il crie son angoisse au jardin de Gethsémani. A certaines heures, en effet, l’âme éprouve le besoin de traduire extérieurement ses sentiments, et de prier avec tout son être pour donner à sa supplication toute la puissance possible. […] Parce qu’extérieure et si parfaitement humaine, la prière vocale est par excellence la prière des foules. […] C’est ainsi que de l’invitation silencieuse de la Vierge im­maculée apparaissant à Bernadette en égrenant son chapelet, est sortie cette prière des foules de Lourdes, un des hommages non seulement des plus impres­sionnants, mais encore des plus puissants qui puissent monter de la terre vers les cieux. […] Pour que cette prière vocale mérite le nom de prière, elle doit être in­térieure [63]. »

Cependant, il y a une différence entre le rosaire et les autres prières vo­cales. Pour ces dernières, sainte Thérèse d’Avila écrit : « Il est juste que vous compreniez ce que vous dites [64]. » Nous recommandons, bien sûr, d’étudier le Pater et l’Ave. Nous en avons parlé plus haut. Cependant, le rosaire étant essen­tiellement une méditation ou une contemplation, comme nous allons le voir, il n’est pas nécessaire, pendant cette prière, « de réfléchir aux paroles de l’Ave Ma­ria, quand on médite ou regarde spirituellement tel ou tel mystère. Ces paroles sont comme une cantilène qui berce l’oreille, nous isole des bruits du monde, pendant que les doigts sont occupés à égrener le rosaire et nous indiquent maté­riellement à quelle dizaine nous sommes [65]. »

 

Une objection courante. — On reproche souvent au rosaire de devenir faci­lement une prière mécanique qui, par la récitation de la même formule, engendre la routine. On lui préfèrera alors des dévotions qui fixent mieux l’attention parce qu’elles sont variées.

Cette objection est fondée sur une fausse conception du rosaire, qui oublie que l’âme de cette prière – nous allons le voir – est la méditation et contempla­tion de tableaux évangéliques dont la richesse est inépuisable, d’où l’on tire sans cesse « du nouveau et de l’ancien », nova et vetera (Mt 13, 52).

« Demandez à un peintre, dit Mgr Gay, [...] pourquoi cent et cent fois il re­garde le même site, ou le même océan, ou le même ciel étoilé ? [...] Quelle mère, je vous prie, se fatigue et se plaint si son enfant agenouillé sur ses genoux lui ceint le front de baisers ? C’est une couronne aussi, un rosaire en action où l’enfant fait dix fois et cent fois la même chose. [...] Qui n’a présent à son esprit ce que le saint Évangile raconte de notre bien-aimé Jésus au jardin de son ago­nie ? Trois fois il revient dans la grotte de plus en plus triste, accablé, effrayé. Or chaque fois, dit saint Marc, “il pria, disant les mêmes paroles” (Mc 14, 39) [66]. »

« On a dit que la forme monotone du chapelet engendre la routine, écrit le père Garrigou-Lagrange O.P. Toute prière peut dégénérer en routine, même l’Ordinaire de la Messe, même le prologue de saint Jean lu à la fin du sacrifice. Mais cela provient, non pas certes de ce que ces grandes prières sont imparfaites, mais de ce que nous ne les disons pas comme il faudrait, avec foi, avec confiance et amour [67]. »

« Toutes les choses qui existent et ont été créées par Dieu, écrit sœur Lucie de Fatima, se maintiennent et se conservent par le moyen de la répétition conti­nuelle des mêmes actes. [...] Saint Jean dit que les bienheureux dans le ciel chantent un cantique nouveau en répétant toujours “Saint, Saint, Saint est le Sei­gneur, le Dieu des armées !” (Ap 4, 8), et le cantique est nouveau parce que, dans la lumière de Dieu, tout apparaît avec un reflet nouveau [68] ».

La litanie des Ave provoque l’enracinement et fait grandir l’amour. Elle est comme une onde porteuse qui conduit l’âme, prélude à la prière continuelle contemplative et à la vie d’union avec Marie.

Un grand moyen pour que nos rosaires ne dégénèrent pas en prière mé­canique est d’éviter la précipitation : « C’est une pitié de voir comment la plupart disent leur chapelet ou leur rosaire. Ils le disent avec une précipitation étonnante et ils mangent même une partie des paroles. On ne voudrait pas faire un com­pliment de cette manière ridicule au dernier des hommes, et on croit que Jésus et Marie en seront honorés ! Après cela, faut-il s’étonner si les plus saintes prières de la religion chrétienne restent quasi sans aucun fruit, et si, après mille et dix mille rosaires récités, on n’en est pas plus saint ? Arrêtez, cher confrère du ro­saire, votre précipitation naturelle en récitant votre rosaire. [...] Une dizaine dite posément vous sera plus méritoire que des milliers de rosaires récités à la hâte, sans réfléchir ni s’arrêter [69]. » Pour dire le rosaire sans précipitation, il faut bien respecter les pauses dans les Pater et les Ave ; par exemple : « Notre Père qui êtes au cieux + que votre nom soit sanctifié + que votre règne arrive », etc.

Tout cela nous invite à aborder le point suivant :

 

• Rosaire et méditation

 

[Dieu] était incompréhensible et inaccessible, invisible et parfaitement insaisis­sable à la pensée. Mais il a voulu être compris, être vu, être saisi par la pensée. Comment, direz-vous ? En se couchant dans la crèche, en reposant au giron de la Vierge, en prêchant sur la montagne, en passant les nuits à prier, en se laissant clouer à la croix, dans la lividité de sa mort, en règnant sur les enfers, puis en ressuscitant le troisième jour et en montrant aux apôtres, pour preuve de sa victoire, la marque des clous ; enfin, en montant au ciel sous leurs yeux. Chacune de ces actions appelle les réflexions les plus sincères et les plus pieuses. Dès que j’évoque l’une d’entre elles, je pense à Dieu, et à travers toutes il est mon Dieu. Méditer ainsi, c’est la sagesse même, je l’ai dit, et j’estime que rien n’est plus recommandable que de se remémorer toute la douceur de ces évènements comparable à celle des amandes ; [...] c’est cette même douceur que Marie a puisée dans les hauteurs pour la déverser sur nous [70].

 

La méditation consiste à faire, sur un sujet précis, des réflexions ou consi­dérations pour créer en soi-même une conviction féconde ou résolution. Mais, avant de donner quelques conseils pour méditer les mystères de la vie de Notre-Seigneur en récitant notre chapelet, il nous faut parler de :

 

L’efficacité actuelle des mystères de la vie du Christ. — C’est la divinité du Christ qui va nous donner la clef de cette question : Notre-Seigneur Jésus-Christ, étant Dieu, peut rendre efficaces pour nous aujourd’hui les mystères de sa vie passée. Les mystères ne sont donc pas de simples souvenirs.

Dans son encyclique sur la liturgie, Mediator Dei, du 20 novembre 1947, le pape Pie XII dit qu’ils ne sont pas seulement la cause passée de notre salut [71], mais qu’ils en sont aussi la « cause actuelle : […] en raison des mérites et des prières de la vie du Christ, ces mystères sont la source de la divine grâce. Ils se prolongent en nous par leurs effets ». Le bienheureux Dom Marmion commente en disant : « Si le temps de mériter a cessé pour Notre-Seigneur [72], le temps de communiquer le fruit de ses mérites dure et se continuera jusqu’au salut du der­nier des élus ; le Christ est toujours vivant pour intercéder pour nous (He 7, 25) [73]. »

Prenons l’exemple de la résurrection de Notre-Seigneur. Saint Thomas d’Aquin écrit à ce sujet : « L’effet de la résurrection du Christ parvient jusqu’aux âmes […] par la vertu de la divinité à laquelle il est uni personnellement [74]. » Ainsi, lisons-nous dans le Catéchisme du concile de Trente :

 

La résurrection du Sauveur nous mérite et nous assure notre propre résurrec­tion. D’une part, elle en est la cause efficiente, et d’autre part elle est le modèle d’après lequel nous devons ressusciter. [...] Elle a été comme un instrument pour opérer la nôtre. Et nous savons encore qu’elle est le modèle de la nôtre, parce qu’elle est la plus parfaite. [...] De même que le corps de Jésus-Christ s’est élevé dans sa transformation à une gloire immortelle, de même aussi nos corps, aujourd’hui faibles et mortels, seront, après la résurrection, revêtus de gloire et d’immortalité.

[...] Ce que nous venons de dire du corps peut s’appliquer à l’âme morte par le péché. La résurrection de Jésus-Christ est le modèle de la sienne. L’Apôtre nous l’enseigne clairement : « [...] Nous savons que Jésus-Christ ressuscité d’entre les morts ne meurt plus, et que la mort n’aura plus d’empire sur lui. Car, s’il est mort pour le péché, il n’est mort qu’une fois ; et maintenant qu’il vit, il vit pour Dieu. Ainsi, considérez-vous vous-mêmes comme morts au péché, et comme ne vivant plus que pour Dieu en Jésus-Christ [75]. »

Nous avons donc deux choses à faire pour imiter la résurrection de Jésus-Christ. D’abord, après nous être lavés des souillures du péché, nous devons embrasser un nouveau genre de vie, où l’on puisse voir briller la pureté des mœurs, l’innocence, la sainteté, la modestie, la justice, la charité et l’humilité. Ensuite, il est nécessaire de persévérer dans cette vie nouvelle, de manière à ne jamais nous écarter, avec la grâce de Dieu, de la voie de la justice.

Or, les paroles de l’Apôtre que nous venons de citer ne nous apprennent pas seulement que la résurrection de Jésus-Christ nous est proposée comme modèle de la nôtre, mais qu’elle nous donne en réalité la vertu de ressusciter un jour et que, en at­tendant, elle nous communique les lumières et les forces nécessaires pour persévérer dans la sainteté, dans la justice et dans l’accomplissement des préceptes divins [76].

 

Comme le dit le pape saint Léon le Grand : « Tout ce que le Fils de Dieu a fait aussi bien qu’enseigné en vue de la réconciliation du monde, nous ne le connaissons pas seulement par le récit de ses actions passées, mais nous en res­sentons aussi l’effet par la vertu de ses œuvres présentes. […] Aussi discernons-nous en chaque fidèle, à travers la valeur de sa sainte vie, l’auteur même des bonnes œuvres [77]. »

 

Rosaire et eucharistie. — C’est ici que se fait le lien entre la méditation des mystères de la vie du Christ dans le rosaire, et la sainte eucharistie. La sainte li­turgie rapproche d’ailleurs les deux dans la postcommunion de la fête du saint Rosaire (7 octobre) : « En cette fête du Rosaire, nous vous demandons Sei­gneur, le secours des prières de votre très sainte Mère, pour que nous obtenions le fruit des mystères que nous méditons, et l’effet du sacrement que nous venons de recevoir. »

L’Imitation de Jésus-Christ dit que la méditation des mystères de la vie de Notre-Seigneur réalise une communion spirituelle : le fidèle « communie de cette manière [c’est-à-dire spirituellement] et se nourrit invisiblement de Jésus-Christ toutes les fois qu’il médite avec piété les mystères de son incarnation et de sa passion et qu’il s’enflamme de son amour [78] ».

Aussi le père Vayssière O.P. écrit-il : « Le rosaire, c’est la communion de tout le jour, qui traduit en lumière et en résolutions fécondes la communion du matin [79]. »

La communion nous transforme en celui que nous mangeons. Le rosaire nous transforme en celui que nous contemplons. Le rosaire est donc bien le pro­longement de la sainte eucharistie.

Nous pouvons dire que les mystères de la vie du Christ, contemplés dans la liturgie, assimilés en quelque sorte par la sainte eucharistie, continuent à être vé­cus dans la méditation du rosaire.

 

Conseils de sainte Thérèse d’Avila. — Méditant les mystères glorieux et douloureux, la sainte écrit :

 

Êtes-vous dans la joie ? Contemplez [Notre-Seigneur] ressuscité. Vous n’avez qu’à vous imaginer avec quelle gloire il est sorti du sépulcre, et vous serez dans l’allé­gresse. Et, en effet, quelle clarté, quelle beauté, quelle gloire et quelle jubilation dans son triomphe ! Comme il sort glorieux du champ de bataille où il a remporté cet immense royaume qu’il veut tout entier pour vous, en même temps qu’il se donne lui-même à vous ! Est-ce donc beaucoup que vous éleviez quelquefois les yeux vers celui qui vous fait de telles largesses ?

Êtes-vous dans le chagrin ou la tristesse ? Considérez-le lorsqu’il se rend au Jar­din des oliviers. Quelle affliction profonde que celle qui remplissait son âme, puis­qu’étant la patience même, il manifeste ses souffrances et s’en plaint ! Ou bien en­core, considérez-le attaché à la colonne, abreuvé de douleurs, ayant toutes les chairs en lambeaux, tant est grand l’amour qu’il vous porte ! Voyez comment, au milieu de toutes ces angoisses, il est persécuté par les uns, couvert de crachats par les autres, renié, délaissé par ses amis, sans que personne prenne sa défense, transi de froid, et tellement isolé que vous pouvez bien vous consoler l’un l’autre. Ou bien considérez-le, lorsqu’il est chargé de la croix et qu’on ne lui laisse même pas le temps de respi­rer. Il tournera vers vous ses yeux si beaux et si compatissants, tout  remplis de larmes. Il oubliera ses souffrances pour consoler les vôtres, uniquement parce que vous allez chercher de la consolation près de lui et que vous tournez la tête vers lui pour le regarder [80].

 

« Pour réciter notre rosaire en méditant […] les mystères, écrit le père Petitot O.P. , il est indispensable de les connaître, de les avoir quelque peu étudiés, de les avoir entendu interpréter. De là, on choisira un point quelconque pour y fixer son attention, s’efforcer de le mieux entendre. Il ne manque pas d’ailleurs de petits livres pour nous aider [81]. »

Bien sûr, la particularité du rosaire est de faire cette méditation par Marie, de revivre les mystères avec le cœur de Marie :

 

Le rosaire et le cœur de Marie. — C’est le cœur de Marie, en effet, qui est le dépositaire des mystères de la vie de Jésus, comme nous l’apprend l’évangéliste saint Luc à propos de la nativité de Notre-Seigneur : « Maria autem conservabat omnia verba hæc, conferens in corde suo : Marie conservait toutes ces choses (ou tous ces souvenirs [82]), les méditant dans son cœur » (Lc 2, 19). Et il redit la même chose au moment du recouvrement de l’enfant Jésus au Temple : « Mater ejus conservabat omnia verba hæc in corde suo : Sa mère conservait toutes ces choses dans son cœur [83] » (Lc 2, 51).

Saint Jean Eudes, docteur et apôtre des sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, écrit que la très sainte Vierge conservait ces mystères « comme des reliques sa­crées dignes d’une vénération très singulière, [...] comme les pierres fondamen­tales sur lesquelles cet adorable Sauveur voulait édifier son Église, [...] comme les sources et les fontaines des grâces divines qui devaient être répandues par tout l’univers, et des gloires immortelles qui devaient éclater à jamais dans le ciel, [...] comme les trésors immenses de la divine miséricorde, dont elle voulait enrichir tous les habitants du ciel et de la terre, [...] comme des flambeaux sacrés, pour éclairer ceux qui sont ensevelis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort, [...] comme des remèdes très salutaires pour guérir nos âmes de toutes sortes de maux, et comme des moyens très puissants pour les combler de toutes sortes de biens, [...] comme des sources inépuisables de la divine sagesse, dans lesquelles nous pourrions puiser avec joie les eaux de la science des saints [84]. »

C’est donc le cœur de Marie qui nous apprendra le secret de ces mystères. Comme le dit encore le père Vayssière O.P. : « Récitez chaque dizaine, moins en réfléchissant qu’en communiant par le cœur à la grâce du mystère, à l’esprit de Jésus et de Marie tel que le mystère nous le présente. [...] Le rosaire ainsi pratiqué n’est plus seulement une série d’Ave Maria pieusement récités, mais c’est Jésus lui-même revivant dans l’âme par l’action maternelle de Marie [85]. »

 

Prière de demande — On voit donc bien que la méditation du chapelet ne doit pas être une pure activité intellectuelle. Elle doit avoir pour but d’enflammer notre charité pour imiter les exemples de la vie de Notre-Seigneur et de Notre-Dame. Mais seule la grâce de Dieu nous fera ressembler à Jésus et Marie. Le ro­saire nous permet d’obtenir ce secours parce que, tout en étant une méditation, il est en même temps une prière de demande, la plus efficace des prières de de­mande après la messe et le bréviaire : « Dans le rosaire, écrit le père Calmel O.P., on médite sur le déroulement de l’universelle rédemption et on se réfugie dans la supplication de la co-rédemptrice [86]. »

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort fustige ici ceux qui « ne prennent aucune intention en disant leur chapelet, en sorte que si vous leur demandez pourquoi ils disent leur chapelet, ils ne sauraient vous répondre. C’est pourquoi ayez toujours en vue, en récitant votre rosaire, quelque grâce à demander, quelque vertu à imiter, ou quelque péché à détruire [87]. » Cette résolution est mani­festée dans la coutume d’ajouter un fruit à la méditation de chaque mystère. Par exemple, le fruit du premier mystère joyeux est l’humilité. Après l’énoncé du fruit, saint Louis-Marie Grignion de Montfort conseille d’ajouter l’invocation : « Grâce de ce mystère, descendez dans mon (nos) âme(s). » Ainsi, pour le deuxième mystère joyeux : « Grâce du mystère de la Visitation, descendez dans mon âme, et la rendez vraiment charitable [88]. » Et l’on répond : « Ainsi soit-il. » Saint Louis-Marie fait de cette formule un véritable cri du cœur [89].

Et le cœur de Marie qui est celui d’une Mère, ne pourra résister à nos sup­plications, d’autant plus que c’est elle-même qui nous a donné le rosaire afin que nous ayons la consolation d’avoir une prière qui la touchera certainement.

 

Une question se pose ici : Comment faire attention à la fois aux mystères et aux Ave ? — Nous avons déjà dit plus haut que, le rosaire étant essentiellement une méditation ou une contemplation, il n’était pas nécessaire de réfléchir aux paroles de l’Ave Maria lorsqu’on médite ou regarde spirituellement tel ou tel mystère. Il suffit d’avoir dans son âme une prière de supplication.

Pour répondre à la difficulté soulevée, il faut aussi se rappeler que la médi­tation des mystères et la récitation des Ave sont intimement liées : par la prière des Pater et des Ave, nous demandons la grâce d’obtenir les vertus que nous admirons dans les mystères. Or « on peut faire attention à deux choses à la fois quand elles sont intimement subordonnées. Nous pouvons bien nous souvenir de ce que nous devons à telle ou telle personne et faire attention à lui cueillir les roses les plus belles, et veiller ainsi à lui composer un bouquet parfaitement pré­sentable. Ainsi pour le rosaire [90]. »

 

• Rosaire et contemplation

 

La méditation passe d’une idée à l’autre. La contemplation s’arrête. C’est l’abeille qui se pose sur une fleur et en butine le suc.

Dans la Somme théologique (II-II q. 180, a. 1), saint Thomas d’Aquin définit la contemplation simplex intuitus veritatis : intuition simple de la vérité, ou simple regard posé sur elle. Bossuet l’appelle « oraison de simplicité [91] ». Cette contemplation a pour principe et pour but la charité. Elle est un regard silencieux mêlé d’amour.

Laissons la parole au père Petitot O.P. : « Une certaine contemplation affec­tueuse et synthétique du mystère proposé est de soi supérieure à la méditation réfléchie, que d’ailleurs elle suppose. Par considération synthétique et affec­tueuse, constituant un état d’âme relevant de la contemplation proprement dite, [...] nous entendons simplement une vue d’ensemble du mystère [...] imprégnée d’amour divin [92]. »

Mais il existe un autre mode d’oraison encore plus élevé [93] :

« Lorsque l’objet de notre pensée est le mystère, pris au sens théologique du mot, et non plus une scène de l’Évangile, [...] notre réflexion se trouve bien vite épuisée, impuissante comme devant un abîme obscur et insondable. Le mys­tère proposé est si transcendant, si lumineux, qu’il nous plonge dans les ténèbres et en ce sens nous aveugle. Autant demander à des oiseaux de nuit de fixer le soleil. Il ne nous reste alors qu’à adorer dans la foi et l’anéantissement de notre raison en présence de Dieu, de la sainte Trinité, du Verbe fait chair.

« Cette contemplation dans l’abnégation de tout soi-même et dans l’amour, est la plus excellente ici-bas : celle qui, par la foi, atteint de plus près la divinité sans l’intermédiaire [...] d’images et d’idées. Lorsqu’elle nous est donnée [par Dieu] dans le recueillement et l’intime de l’âme, il convient de laisser tout exer­cice de la réflexion, de l’imagination et du sentiment. Que les paroles même les plus intérieures cessent devant la présence de Dieu. Et cependant il sera possible de continuer à réciter d’une manière habituelle son chapelet en gardant seule­ment la mémoire du mystère proposé.

« Sainte Thérèse d’Avila rapporte qu’ayant remarqué la dévotion et le re­cueillement profond avec lesquels une sœur converse, d’ailleurs assez âgée et ignorante, récitait machinalement son rosaire, comme si elle ne cessait de le bal­butier et pour ainsi dire de le mâchonner, elle l’interrogea, se fit rendre compte de l’oraison de cette bonne sœur converse, et n’eut pas de peine à reconnaître, dès les premières explications, qu’elle se trouvait devant une âme élevée à la plus haute vie contemplative. Rien n’est plus simple en effet ni plus sublime  que l’oraison d’union dans la foi muette et obscure, mais aussi rien n’est plus difficile à l’imagination, à l’esprit, au cœur humain. Elle suppose un détachement accom­pli des biens de la terre et surtout de soi-même, un recueillement habituel, et puis encore une grâce surnaturelle très particulière. Ce serait donc une pré­somption folle que de prétendre s’élever de soi-même à un tel état contemplatif. Toutefois la récitation fréquente du rosaire, avec la méditation, l’intuition cor­diale [94] des mystères, peut nous y disposer [95] », l’initiative de cette étape ne reve­nant qu’à Dieu. Tant que nous ne l’avons pas, il faut continuer ces méditations ou contemplations où domine l’activité humaine.

On voit bien par là que le rosaire peut conduire aux sommets de la contemplation.

 

Vers la prière continuelle — « Il faut prier toujours et sans se lasser » (Lc 18, 1) Le chapelet peut conduire à l’oraison continuelle. Le bienheureux père Cormier O.P. donne les conseils suivants aux religieux novices de l’ordre de saint Dominique : « Les novices pourront prendre, chaque jour de la semaine, un mystère du rosaire, pour s’en occuper intérieurement pendant la journée, et pour se mettre de temps en temps en la présence de Dieu. [...] Ils se rappelleront sou­vent pendant le jour leur mystère, comme un tableau suspendu devant eux. [...] Tout en contemplant ce tableau intérieur, ils penseront à Notre-Seigneur et à la très sainte Vierge, étudieront les vertus que Jésus et Marie y ont pratiquées, et demanderont ces mêmes vertus à Dieu, par les mérites de Notre-Seigneur, et par l’intercession de sa sainte Mère. [...] Imiter les perfections de Notre-Seigneur, aller à Jésus par Marie, et à Marie par son rosaire, c’est la solide spiritualité [96]. »

 

Une difficulté : les distractions

 

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, dans Le Secret admirable du très saint rosaire, écrit : « Vous ne pouvez pas, à la vérité, réciter votre rosaire sans avoir quelques distractions involontaires ; il est même bien difficile de dire un Ave Maria sans que votre imagination toujours remuante ne vous ôte quelque chose de votre attention [97]. »

Il convient, à ce propos, de se tourner vers saint Thomas d’Aquin : « On peut donner à la prière vocale trois sortes d’attention : l’une qui se porte sur les mots eux-mêmes pour bien les prononcer ; l’autre qui s’attache à leur sens ; et la troisième qui considère le but de la prière, à savoir Dieu et ce qu’on lui de­mande. Cette dernière espèce d’attention est la plus nécessaire, et même les personnes sans instruction en sont capables. Cette attention, par laquelle l’esprit est fixé sur Dieu, est même parfois si forte que l’esprit en oublie tout le reste [98]. » C’est en s’appuyant sur les deux premières qu’elle nous conduit à la contempla­tion. On peut prendre la comparaison d’un violon à trois cordes : l’idéal est de faire vibrer les trois.

Saint Thomas ajoute au même endroit que, « pour que la prière vocale soit méritoire, il n’est point nécessaire que l’attention accompagne la prière d’un bout à l’autre. En vertu de l’intention initiale, la prière tout entière se trouve rendue méritoire. Mais quant à la réfection spirituelle de l’âme, elle requiert nécessaire­ment une prière attentive. »

« Cette doctrine est consolante, dit Dom Vital Lehodey  : quand nous avons bien débuté [99] et qu’ensuite notre esprit nous échappe malgré nous, la formule que nos lèvres ont continuée n’est pas entièrement dénuée de mérite et d’effet. Il faut avouer cependant que, si l’âme avait su mieux se tenir appliquée, le mérite et le fruit seraient plus grands [100]. »

Repoussons donc résolument les distractions volontaires qui sont « un pé­ché et empêchent le fruit de la prière [101] ». Quant aux distractions involontaires, non coupables, conséquences de la fragilité de l’humaine nature, repoussons-les doucement, patiemment, dès que nous nous en apercevons, comme on repous­serait des mouches importunes. Elles n’enlèvent pas le fruit de la prière. Et si elles nous assiègent tout le temps du chapelet, ne nous en inquiétons pas. Of­frons notre misère à Notre-Seigneur et à Notre-Dame. Servons-nous en pour mieux connaître notre néant, pour nous humilier, mais restons en paix.

 

 

Conclusion

 

« Je vous bénis, ô Père, Seigneur du Ciel et de la terre, de ce que vous avez ca­ché ces choses aux sages et aux prudents, et les avez révélées aux petits enfants. » (Lc 10, 21.)

 

Aux hommes de peu de foi, le chapelet paraît insignifiant et négligeable. Il en est tout autrement pour ceux qui ont l’humilité du cœur et une foi véritable. Le rosaire est insondable, comme les mystères de Notre-Seigneur qu’il nous fait méditer et contempler. Pensons par exemple au pape Léon XIII qui trouvait ma­tière chaque année à une nouvelle encyclique sur le sujet, différente des précé­dentes. C’est pourquoi nous ne prétendons pas, par cet article, avoir épuisé tout ce qui peut être dit sur cette prière contemplative [102]. Nous y reviendrons encore dans Le Sel de la terre. Dès maintenant, cependant, pour donner quelque idée des perspectives immenses ouvertes par le rosaire, nous voulons citer ces très belles lignes du père Hugon O.P. :

 

Le rosaire est le résumé de tout le christianisme. Le dogme tout entier se ramène au rosaire. Le traité des Personnes divines, et celui de l’incarnation, nous les rencon­trons dès le premier mystère. [… Le rosaire contient] le traité des sacrements [et en particulier] le traité de l’eucharistie [puisque ] le rosaire […] est le mémorial de la vie, de la passion, de la mort et de la résurrection de Notre-Seigneur. Le traité des fins dernières est contenu d’une manière saisissante et pratique dans les mystères glo­rieux. Le rosaire, c’est donc la théologie, mais la théologie qui prie, qui dit par cha­cun de ses dogmes : Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit.

La morale, qui traite des péchés et des vertus, se ramène à notre grande dévo­tion. On n’apprécie bien la malice infinie du péché mortel que lorsqu’on voit dans les mystères douloureux, la justice divine s’acharner sur le Christ innocent, exiger de lui cette effroyable rançon de la Croix, et qu’on entend Jésus s’écrier sous le poids de nos crimes : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ? » Chacun des mystères est une sublime leçon de vertu, il y a plus que de l’héroïsme dans de tels exemples : ce sont les plus hauts sommets de la vie mystique. Ainsi, le rosaire, c’est la morale qui prie, qui pleure, qui expie, qui monte vers l’héroïsme en disant au Christ : Redemisti nos Deo in sanguine tuo, et fecisti nos Deo nostro regnum et sacerdotes  [103].

L’histoire se résume dans le rosaire, puisque cette dévotion contient celui qui est le premier et le dernier mot de tous les événements, celui dont la figure radieuse domine les deux versants de l’histoire, l’ancien Testament et le nouveau. Encore une fois, le rosaire, c’est l’histoire qui prie, qui amène toutes les nations au Christ en di­sant : Vous êtes l’Alpha et l’Omega, le commencement et la fin.

La question sociale elle-même est résolue par le rosaire, comme Léon XIII le prouve éloquemment [104]. Le rosaire, c’est la question sociale résolue par ce cri triom­phant : Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat !

On voit dès lors quelle est la merveilleuse souplesse du rosaire : il s’adapte à tous les sujets, à tous les temps, à toutes les personnes. Par sa partie matérielle et le côté extérieur de ses mystères, il est à la portée de toutes les intelligences, il devient le psautier des ignorants ; par ses profondeurs divines, il est la somme inépuisable du théologien. Il est donc la grande synthèse du christianisme, tout est compris entre le commencement et la fin du rosaire, de même que tout est compris entre les deux rives de l’éternité [105].

 

*

  

 

 

Annexe I

« Marie conservait toutes ces choses dans son cœur. »

Exégèse de deux versets d’Évangile

 

« Maria autem conservabat omnia verba hæc, conferens in corde suo : Marie conservait toutes ces choses (ou tous ces souvenirs), les méditant dans son cœur » (Lc 2, 19).

« Mater ejus conservabat omnia verba hæc in corde suo : Sa Mère conservait

toutes ces choses dans son cœur » (Lc 2, 51).

 

Le père Marc Trémeau O.P., dans Le Mystère du rosaire [106], a de précieuses explications sur ces deux phrases de l’Évangile. Dans le texte grec de saint Luc, il remarque des hébraïsmes qui ne peuvent venir que des confidences reçues de la Vierge Marie.

Il fait d’abord remarquer que :

1. — « Le premier hébraïsme est le mot verba, que nous lisons dans les deux versets. Ce mot latin traduit exactement le terme grec rêmata [rJhvmata]. Tous deux veulent dire mot à mot “paroles”. Mais il est clair que la sainte Vierge ne se souvient pas seulement des paroles qu’elle a entendues, mais aussi des faits qui les ont accompagnées. Comment saint Luc a-t-il pu être aussi imprécis ? Tout simplement parce que le terme hébreu employé par la sainte Vierge [107] (dabar, rb;D;) est lui-même imprécis, et a la propriété de signifier à la fois “parole” et “chose”. C’est le contexte qui révèle le sens exact, et les traducteurs n’ont aucun scrupule à écrire “choses” au lieu de “paroles”. Saint Luc s’est bien rendu compte du fait, car, au lieu de traduire dabar par logos [lovgo~], terme surtout intellectuel et abstrait, il a choisi le mot rêma [rJh`ma], plus concret mais beaucoup moins riche en sens dérivés. »

2. — « Le second hébraïsme est le mot “cœur”, à chacun des deux versets. Or, ce mot a en hébreu un sens beaucoup plus vaste qu’en français. Il n’évoque pas seulement l’affectivité, mais toutes les facultés mentales : mémoire, raisonne­ment, décisions. Et l’ensemble de ces deux versets prouve [...] que c’est bien en ce sens hébraïque que la sainte Vierge parle de son cœur. »

Le père Marc Trémeau ajoute ceci :

« Un autre terme intrigue fortement le lecteur. C’est, en latin “conferens”, traduisant le grec “sumballousa” [sumbavllousa]. Il est du plus haut intérêt pour nous. Il se compose en grec du préfixe sun qui évoque l’union, et du verbe ballô, qui veut dire “jeter”. Son sens premier est donc “jeter ensemble” ; mais il est plutôt rare. Plus souvent, il signifie “mettre en commun”, rapprocher, réunir, d’où résulte l’idée de comparer, confronter.

« Comment le traduire en français ? La plupart des versions se contentent du terme “méditant”. Mais on peut méditer en approfondissant simplement un fait ou une idée, et pas nécessairement en recourant à des rapprochements et des com­paraisons. C’est si vrai que les commentateurs ont soin de donner ces précisions en note. Par exemple Pirot-Clamer : “Elle médite sur ces faits, compare la pro­messe à la réalisation [108]”. Ou encore Fillion : “Admirable réflexion, qui nous fait lire au plus intime du cœur de Marie. Elle comparait ce qu’elle voyait et entendait avec les révélations antérieures qu’elle avait reçues, et elle adorait les merveilles du plan divin [109]”. »

Les choses se précisent encore lorsqu’on note que « le substrat sémitique de sumballô n’est pas araméen, comme on le supposait naguère, mais depuis Qum­rân il est bien plus probable que ce substrat était hébreu ». Deux verbes hébreux s’y rattachent (HGH [hgh] et SYH [jyc]). « Le premier signifie “murmurer, répéter, ressasser”, et le second “méditer, s’intéresser, réfléchir” [...] Quand on est absorbé par une idée, on y revient en la “murmurant”, en la “répétant”, en la “ressassant”. C’est le verbe hébreu HGH. Normalement, on n’en reste pas à ce stade de la mémoire. On passe tout naturellement au stade de la logique et de la critique : on “réfléchit”, on “s’intéresse”, on “médite”. Et ici, nous reconnaissons le verbe SYH. Or, si l’on se réfère au verset 19 de saint Luc, on est frappé d’y trouver combinés les deux sens :

« 1° Avec le verbe conservabat (Marie conservait ces choses), nous sommes au plan de la mémoire. Et c’est le sens de l’hébreu HGH, même si un autre verbe hébreu rend encore mieux ce sens.

« 2° Avec le verbe conferens (méditant), c’est plus précisément le domaine de l’activité inventive et critique de l’esprit, comme nous l’avons vu à partir du grec sumballô. Et c’est le sens de l’hébreu SYH. [...] Ces données exégétiques projettent de vives lueurs sur la vie intérieure de Marie », et peuvent nous aider à mieux méditer avec elle les mystères de notre rosaire [110]. »

 

*

 

Annexe II

Un chapelet bien dit

 

Ce qu’on va lire est ravissant.

Anne est pieuse, elle est Enfant de Marie ; elle a dix-huit ans ; elle aime Céline qui en a quinze, et elle s’est mis dans la tête d’apprendre à son amie l’art de dire son chapelet.

 

*

 

C’est pendant le mois du rosaire. Dans une chambrette solitaire, toutes les deux se sont agenouillées au pied d’une statue de la Vierge.

— Attention ! dit Anne. En vingt minutes, je vais te faire faire ton noviciat. Demain, tu seras professe.

Et d’abord, ton chapelet est-il rosarié [111] ? Si oui, tu vas pouvoir gagner une mul­titude d’indulgences. Si non, fais-le rosarier le plus tôt possible, sous peine de passer bien des étés dans le purgatoire.

— Mon chapelet est rosarié, dit Céline.

— C’est bien ! reprit Anne. Il faut avoir l’intention de gagner toutes les indul­gences attachées à ton chapelet, et les appliquer aux âmes du purgatoire. Ces pauvres âmes nous rendront cela au centuple quand elles seront dans le paradis. Veux-tu ? Ce soir, tu appliqueras les indulgences à ta bonne maman qui s’en est allée, et moi à mon cher père qui m’a laissée, lui aussi. Demain, nous penserons à d’autres ; après-demain à d’autres, et ainsi de suite ; jusqu’à ce que nous ayons parcouru le cercle entier de nos parents et de nos amis défunts. Réglé. Commençons.

Je prends la méthode du bienheureux de Montfort. C’est la meilleure. Moi qui la suis depuis quelque temps déjà, je la sais toute par cœur. Tu l’auras bien vite ap­prise, toi aussi, si tu veux prendre l’habitude de la lire.

Au nom du Père... Maintenant une belle petite prière pour se recueillir, se mettre en la présence de Dieu, de toute la cour céleste, de tous les justes de la terre : « Je m’unis à tous les saints, à toutes les âmes fidèles, je m’unis à vous, mon Jésus. » Bon ! Nous voilà en bonne compagnie. Notre chapelet va faire une jolie musique avec toutes ces voix-là. Nos petites voix à nous vont se fondre dans le concert total et bénéficier de l’harmonie de l’ensemble.

Je crois en Dieu, Notre Père, Je vous salue, Marie. Mais, Céline, où es-tu ?

— Hélas ! dit Céline, je divague déjà. Je rêvais que je montais en voiture.

— Descends de voiture, mon amie, reprit Anne. Nous commençons la pre­mière dizaine. Rappelle-toi que, pour gagner les indulgences du rosaire, il faut fixer son attention, au moins un instant, sur un mystère de la vie de Notre-Seigneur. Au­jourd’hui dimanche, nous allons prendre les mystères glorieux. Premier mystère : la résurrection. Fixons notre regard sur Jésus-Christ sortant du tombeau.

Et maintenant, une intention particulière pour cette première dizaine. Com­mençons par nous-mêmes et demandons, avec la vertu correspondant au mystère, la grâce dont nous avons plus spécialement besoin. Notre Père, Je vous salue, Marie. Pauvre Céline, je parie que te voilà encore distraite.

— Hélas ! dit Céline, j’ai pris un bateau, j’ai traversé l’océan, et me voilà rendue en Amérique.

— Reviens d’Amérique, ma chère. Deuxième mystère glorieux. Recueillons-nous une seconde aux pieds de Jésus montant au ciel. Intention particulière pour cette seconde dizaine : nos parents et nos amis vivants, le bien de leur corps et le bien de leur âme. Notre Père, Je vous salue, Marie. Eh bien ! Céline, cela marche, n’est-ce pas ?

— Hélas ! dit Céline, cela marche trop. Voilà mon esprit qui se sauve dans les nuages.

— A genoux dans le Cénacle, ma chère, aux pieds de Jésus envoyant l’Esprit-Saint à ses apôtres. Intention particulière : nos parents et nos amis défunts. N’ou­blions jamais de donner une dizaine à nos chers morts. Notre Père, Je vous salue, Marie. Ma pauvre Céline, où es-tu rendue ?

— Hélas ! Hélas ! Me voilà montée dans la lune.

— Ne te tourmente pas, mon amie. Encore une seconde d’arrêt et recueillons-nous aux pieds de la sainte Vierge, emportée triomphalement dans le ciel : qua­trième mystère glorieux. Et maintenant, au large, ma chère, au large. Nous avons fait le tour de nous-mêmes, le tour de nos parents et de nos amis. Faisons le tour de notre paroisse, de notre diocèse, de la France, de l’Église ; prions aux intentions de notre bon curé, de Mgr l’évêque, de notre Saint-Père le pape, pour l’épanouissement de toutes les bonnes œuvres, le triomphe de toutes les saintes causes, la persévérance de tous les justes. Notre Père, Je vous salue, Marie. Hé quoi ! Céline, tu es toujours dans la lune ?

— Hélas ! dit Céline, tout allait bien jusqu’au troisième Ave Maria. A partir du quatrième, tout a été perdu. En un instant, je me suis transportée aux bains de mer.

— Ce n’est plus la saison, ma fille. Fais tes paquets et reviens. Nous sommes à la cinquième dizaine : Jésus couronnant Marie. Intention : les pauvres pécheurs. D’autres prennent les pécheurs avec le filet de la parole de Dieu ; nous, ma chère, nous pouvons faire des pêches miraculeuses avec les mailles de nos Ave Maria. C’est un filet divin, le chapelet. Notre Père, Je vous salue Marie.

Et maintenant, terminons par la belle prière qui est à la suite de la méthode du bienheureux de Montfort : « Je vous salue Marie, fille très aimable du Père éternel, Mère admirable du Fils, épouse très fidèle du Saint-Esprit. Ô mon espérance, ô ma fidèle et immaculée Vierge Marie, défendez-moi, nourrissez-moi, exaucez-moi, ins­truisez-moi, sauvez-moi. Ainsi soit-il ! »

Et voilà notre chapelet fini. Tu as été distraite, Céline ; et pourtant, je l’affirme, tu as dit un excellent chapelet. Hélas ! Notre pauvre tête se laisse emporter à tous les souffles, comme un grain de sable ; nous ne pouvons pas la retenir autant que nous voudrions ; nous la croyons sur nos épaules, elle est rendue au pays des astres. Mais il suffit que nous ayons bonne volonté, que nous prenions les précautions nécessaires pour bien nous recueillir, que nous ne consentions pas aux distractions, et que nous fassions un petit effort pour ressaisir de temps en temps nos esprits. C’est ce que nous avons fait.

De plus, nous avons arrêté nos regards un instant sur un mystère de la vie du Sauveur. Nous avons ainsi gagné les indulgences.

Enfin, nous avons eu une intention bien précise pour chaque dizaine. Cela a servi à renouveler notre ferveur. Nous avons demandé des grâces précieuses par Ma­rie, nous les obtiendrons.

Encore une fois, sois-en sûre, notre chapelet est bien dit. A l’avenir, nous pour­rons encore prier ensemble. Tu sais désormais la marche à suivre. Je n’aurai plus be­soin de te l’indiquer, et nous n’en serons que plus recueillies et ferventes.

 

*

 

C’est ainsi qu’Anne instruisait Céline dans l’art de bien dire son chapelet. Anne avait dix-huit ans, et Céline quinze. Toutes les deux aimaient bien la sainte Vierge.

                                                               Texte anonyme signé Le semeur vendéen.

 

*

 

Prières à Notre-Dame

du très saint rosaire

 

Prière du bienheureux Hyacinthe-Marie Cormier

 

Prière composée par le bienheureux père Hyacinthe-Marie Cormier O.P., 76e Maître Général de l’Ordre des Frères Prêcheurs, ami intime du pape saint Pie X.

 

Immaculée Vierge Marie, faites que la récitation de votre rosaire soit pour moi chaque jour, au milieu de mes devoirs multiples, un lien d’unité dans les actes, un tribut de piété filiale, une douce récréation, un secours pour marcher joyeusement dans les sentiers du devoir.

Faites surtout, ô Vierge Marie, que l’étude de vos quinze mystères forme peu à peu dans mon âme une atmosphère lumineuse, pure, fortifiante, embaumée, qui pé­nètre mon intelligence, ma volonté, mon cœur, ma mémoire, mon imagination, tout mon être. Ainsi contracterai-je l’habitude de prier en travaillant, sans le secours des formules, par des regards intérieurs d’admiration et de supplication ou par les aspirations de l’amour.

Je vous le demande, ô Reine du saint rosaire, par Dominique, votre fils de prédilection, l’insigne prédicateur de vos mystères et le fidèle imitateur de vos vertus. Ainsi soit-il.

 

(300 jours d’indulgence à gagner 1 fois par jour. Saint Pie X, 23 novembre 1906.)

 

Prières du missel pour la fête de

Notre-Dame du très saint Rosaire, le 7 octobre.

 

• Oraison

 

Deus, cujus Unigenitus, per vitam, mortem et resurrectionem suam nobis salutis æternæ præmia comparavit : concede, quæsumus, ut hæc mysteria sacratissimo beatæ Ma­riæ Virginis rosario recolentes, et imitemur quod continent, et quod promittunt assequa­mur.

Ô Dieu dont le Fils unique nous a obtenu la récompense du salut éternel par sa vie, sa mort et sa résurrection, accordez-nous qu’en méditant ces mystères tout en récitant le très saint rosaire de la bienheureuse Vierge Marie, nous imitions les exemples qu’ils contiennent et  obtenions les fruits qu’ils promettent.

 

• Secrète

 

Fac nos, quæsumus, Domine, his muneribus offerendis convenienter aptari ; et per sacratissimi rosarii mysteria, sic vitam, passionem et gloriam Unigeniti tui recolere, ut ejus digni promissionibus efficiamur.

Seigneur, faites-nous correspondre aux offrandes que nous vous présentons ; et accordez-nous dans la récitation du très saint rosaire de méditer si bien les mystères de la vie, de la passion et de la gloire de votre Fils unique, que nous devenions dignes de ses promesses.

 

• Postcommunion

 

Sanctissimæ Genetricis tuæ, cujus rosarium celebramus, quæsumus, Domine, preci­bus adjuvemur : ut et mysteriorum quæ colimus, virtus percipiatur, et sacramentorum quæ sumpsimus obtineatur effectus.

En cette fête du Rosaire, nous vous demandons Seigneur, le secours des prières de votre très sainte Mère, pour que nous obtenions le fruit des mystères que nous méditons, et l’effet du sacrement que nous venons de recevoir.

 

 

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[1] — Dominicain mort en 1792. Il fut secrétaire de la congrégation de l’Index et Maître du Sacré-Palais sous le pape Pie VI. « Les travaux du père Mamachi supposent une très grande érudition » (DTC, t. 9, col. 1807).

[2] — Annales Ord. Præd., t. 1, 324.

[3] — Le Conseil Royal ou Cour Suprême dont il est fait ici mention, était nanti de cette pièce par suite d’un procès qui se plaidait en dernier appel. La copie du testament d’Antonin Sers est conservée aux archives généralices. Ce que nous rapportons ici est extrait du livre du père Antonin Danzas O.P. : Études sur les temps primitifs de l’Ordre de saint Dominique, tome IV (Bx Jourdain de Saxe), Poitiers, Oudin, 1877, p. 428-429.

[4] — Nous renvoyons ici le lecteur au Sel de la terre 38, p. 102-104.

[5] — Dom Guéranger, Année liturgique, Temps après la Pentecôte, t. V, « Le premier dimanche d’octobre, fête du très saint Rosaire ».

[6] — Dom Guéranger, Institutions liturgiques, Le Mans et Paris, Fleuriot et Débécourt, 1840, t. 1, p. 411-412.

[7] — Dom Guéranger, Année liturgique , Jeudi de la Sexagésime. L’Église lit, ce jour-là, aux leçons de Matines, l’épisode du déluge et de l’arche de Noé. Dom Guéranger fait une analogie entre le déluge et le fléau des invasions ennemies.

[8] — Dans Le Sel de la terre 39, nous avons reproduit le récit détaillé qu’en a fait le père Thomas Esser O.P.

[9] — La seconde étape fut la fondation de la franc-maçonnerie en 1717, qui déclencha la Révolution de 1789. La troisième étape fut la révolution communiste d’octobre 1917 à Moscou. Le protestantisme chassait l’Église, la Révolution française détrônait Notre-Seigneur Jésus-Christ, le communisme chassait Dieu du monde.

[10] — On peut se reporter à L’Année dominicaine, Lyon, Jevain : – année 1883, au 25 janvier : « Le V. père Jean-Baptiste Carré O.P., prieur du couvent du Faubourg Saint-Honoré », p. 781-782 ; – année 1884, au 14 février : « Le V. père Pierre Louvet O.P. », p. 480-481 ; – année 1891, au 31 mai : « Le V. père Timothée Ricci », p. 832-834.

[11] — « Réjouissez-vous, Vierge Marie, à vous seule vous avez exterminé les hérésies dans le monde entier. »

[12] — C’est le titre sous lequel est vénérée la statue miraculeuse de la Vierge du rosaire qui se trouve au couvent Saint-Dominique de Quezon City (New Manila).

[13] — Nous vous renvoyons au Sel de la terre 37, à l’article : « Petit catéchisme de la Contre-Église, de la gnose et du complot », p. 129, au paragraphe : « Où la gnose s’est-elle surtout développée ? ». Hindouisme, bouddhisme, taoïsme viennent de la gnose. C’est la raison pour laquelle l’Évangile a autant de mal à pénétrer dans ces pays.

[14] — Il faut noter que les îles Philippines n’étaient alors peuplées que de tribus sauvages païennes idolâtres, mais les fausses religions orientales gnostiques n’y avaient pas pénétré.

[15] — Les Philippines furent découvertes par Ferdinand de Magellan le 31 mars 1521, mais il fut massacré avec ses compagnons par une tribu sauvage, pour des raisons politiques. L’évangélisation ne put donc commencer que lorsque les Espagnols revinrent avec des religieux augustins, en 1565.

[16] — Le danger n’était pas petit. A Ceylan (Sri-Lanka), en 1657, les protestants hollandais détruiront la chrétienté de saint François-Xavier, abattant les églises, massacrant prêtres et fidèles. Cinquante mille catholiques durent s’enfuir dans la jungle où le catholicisme put survivre en secret pendant 150 ans. Pour essayer de l’anéantir encore plus complètement, les protestants firent venir des bonzes du Siam (Thaïlande) pour réimplanter à Ceylan le bouddhisme moribond. Ils leur construisirent des temples et des bouddhas en or. On peut se référer au magnifique ouvrage du père Duchaussois O.M.I., Sous les feux de Ceylan, Paris, Grasset, 1929.

[17] — Message du 5 décembre 1954 au Congrès marial des Philippines.

[18] — On peut se reporter à :

Maria, Études sur la sainte Vierge sous la direction d’Hubert du Manoir S.J., Paris, Beauchesne, 1958, article « Le culte de la sainte Vierge aux Philippines », par le père J. Riou S.J., p. 668 ;

Année dominicaine, Lyon, Jevain, 1906, au 27 novembre, « Le V. père Jean de Conca O.P. », p. 811-812.

[19] — Il sera béatifié le 7 juillet 1867 par le bienheureux pape Pie IX qui le placera à la tête de 205 martyrs du Japon. On peut se référer à l’ouvrage Les 205 martyrs japonais, Paris, Albanel, 1868.

[20] — Missions Étrangères de Paris.

[21] — Notre-Seigneur a fait en sorte que les deux sacrements les plus nécessaires à la survie de l’Église puissent être administrés en l’absence de prêtres : le baptême qui lui donne des membres, et le mariage qui conserve la communauté de l’Église en renouvelant ses fils (III, q. 65, a. 4).

[22] — « Bienheureuse Vierge Marie, de la découverte des chrétiens ».

[23] — Sur cette question, on peut se référer aux ouvrages suivants : – Maria, ibid., t. IV, article « La dévotion mariale au Japon », par Henri Mora M.E.P., p. 981-999 ; – père André Pradel O.P., Manuel du très saint rosaire, Mazères, Procure des dominicains, 1884, p. 334-337 ; – Année dominicaine, ibid., année 1893, au 1er juin, « Le bienheureux Alphonse Navarrette O.P. », p. 1-14.

[24] — Ainsi Louis Perouas, dans un mauvais livre publié par les éditions du Cerf en 1989, Gri­gnion de Montfort et la Vendée. L’auteur nie l’influence montfortaine dans le soulèvement vendéen sous prétexte que « Les Mulotins [ou Montfortains] n’ont pris aucune part aux opérations des troupes, ni aux conseils des généraux. […] Les Filles de la Sagesse n’ont point joué le rôle d’agents secrets de liaison [… ni] ne furent attachées comme infirmières au mouvement des armées » (p. 110). Cela ne prouve rien.

[25] — Jean de Viguerie, Christianisme et Révolution, Cinq leçons d’histoire de la Révolution française, Paris, NEL, 1986, p. 149 et 151.

[26] — Cité par le même Louis Pérouas, ibid. (p. 116), qui est bien obligé de reconnaître certains faits.

[27] — Marquise de La Rochejaquelein, Mémoires, Paris, Mercure de France, 1984, p. 155.

[28] — Père Calmel O.P., « Le Cœur Immaculé de Marie et la paix du monde », dans Itinéraires 38, décembre 1959, p. 24.

[29] — Nous ne nous étendrons pas ici, mais il est évident que la chute du mur de Berlin en 1989 n’a pas sonné le glas du communisme. Celui-ci peut changer de tactique et de méthode selon les circonstances, mais aujourd’hui il est loin d’être mort, aussi bien à l’Est que dans le restant du monde, et les « institutions et mœurs de l’athéisme » qu’il a inaugurées en 1917 ne cessent de se développer. On peut se reporter au texte de M. l’abbé Delestre La Russie répandra ses erreurs à travers le monde... A la fin, mon Cœur  Immaculé triomphera, paru dans Le Sel de la terre n° 39, p. 254-258.

[30] — Entretien avec le père Fuentès en 1959, Messagero del Cuore di Maria, n° 8-9, août-septembre 1961.

[31] — Apparition du 13 octobre 1917 à Fatima.

[32] — Entretien de sœur Lucie de Fatima avec le père Fuentès, ibid.

[33] — « A la fin, mon Cœur Immaculé triomphera ».

[34] — Nous y reviendrons un peu plus loin, dans le paragraphe « Rosaire et méditation ».

[35] — Entretien de sœur Lucie de Fatima avec le père Fuentès, ibid.

[36] — Nous avons trouvé les détails de ces évènements dans deux brochures publiées en Autriche :

– Philipp Mayer,Wie es zur Freiheit Österreichs kam, Rosenkranz-Sûhnekreuzzug um den Frieden der Welt, Wien, Franziskanerplatz 4, 1995 ;

– père Benno Mikocki O.F.M., Gebet in der Not eines Volkes, Mödling, Missionsdruckerei Sankt Gabriel, 1985.

[37] — Notons qu’un autre prêtre, le père Franz Tauber, avait eu la même inspiration et avait fondé un mouvement similaire en Haute Autriche. Les deux mouvements seront fondus en juin 1949.

[38] — Pendant les évènements, celles-ci avaient inscrit 200 000 hommes et jeunes gens dans leurs registres, véritable armée pacifique au service de Notre-Dame.

[39] — Ces informations ont été recueillies dans un supplément à Défense du foyer, n° spécial du printemps 1965.

[40] — Nous remercions cependant à l’avance les lecteurs qui pourraient nous donner d’autres documents sur ce sujet.

[41] — Paris, Seuil, 1966.

[42] — Père Calmel O.P., Le Rosaire de Notre-Dame, Grez-en-Bouère, DMM, 1ère édition 1971, dernière édition 1994, p. 5.

[43] — Pape saint Pie X, encyclique Pascendi Dominici gregis, sur les doctrines modernistes, du 8 septembre 1907.

[44] — Père Calmel O.P., ibid., p. 4.

[45] — Dans Le Secret admirable du très saint rosaire, ibid., 11e Rose, p. 41-42.

[46] — C’est ainsi que le rosaire a permis aux catholiques du Japon de garder la foi pendant deux siècles malgré l’absence de prêtres (supra) ; et dans la terrible crise actuelle qui secoue l’Église, alors que la foi disparaît presque dans le monde entier, ce sont encore les personnes et les groupes restés fidèles au chapelet qui gardent la vraie foi catholique.

[47] — Père Hugon O.P., Le Rosaire et la sainteté, Paris, Lethielleux, 1948, p. 11.

[48] — Saint Thomas d’Aquin, Le Pater et l’Ave, Paris, Nouvelles Éditions Latines, 1966, p. 15-153.

[49]Le Secret admirable du très saint rosaire, ibid., 12e Rose, p. 42-43.

[50] — « Dignité du rosaire », article paru dans la revue Itinéraires 62, avril 1962, p. 146-147.

[51]Le Pater et l’Ave, ibid. p. 155-185. Comme nous l’avons remarqué dans l’article précédent, seule la première partie de l’Ave existait au XIIIe siècle (« Le rosaire, histoire et doctrine », Le Sel de la terre 38). On ne s’étonnera donc pas que saint Thomas ne commente que cette partie.

[52]Ibid., p. 51-61.

[53] — Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge, n° [252], Paris, Seuil, p. 188-189.

[54] — Id., ibid., 15e Rose, p. 52.

[55] — Marcelle Dalloni, Le Père Vayssière, Paris, Alsatia, 1957, p. 166.

[56] — Frère Michel de la Sainte Trinité, Toute la vérité sur Fatima, Saint-Parres-lès Vaudes, CRC, 1ère édition 1983, 4e édition 1986, t. I, deuxième partie, ch. 6, p. 230. Nous avons reproduit la version habituellement adoptée pour la récitation du chapelet en commun. La traduction littérale du portugais, faite par le frère Michel à partir du IVe Mémoire de sœur Lucie, donne le texte suivant : « Ô mon Jésus, pardonnez-nous, sauvez-nous du feu de l’enfer ; attirez au ciel toutes les âmes, surtout celles qui en ont le plus besoin ». Mais le sens est substantiellement le même.

[57] — Ceci nous montre bien que Marie ne sait conduire qu’à Jésus.

[58]Toute la vérité sur Fatima, ibid., p. 230.

[59]Mémoires de sœur Lucie, Fatima, Vice-Postulaçao Dos Videntes, seconde édition mai 1991, réimpression août 1997, Troisième Mémoire, p. 110.

[60] — Ainsi saint Thomas d’Aquin (II-II, q. 180, a. 6).

[61] — Père Garrigou-Lagrange O.P., La Mère du Sauveur et notre vie intérieure, Paris, Cerf, 1954, p. 308.

[62]Le Chemin de la perfection, chapitre 19.

[63] — Père Marie-EugÈne de l’Enfant-Jésus O.C.D., Je veux voir Dieu, Venasque, éditions du Carmel, 1ère édition 1949, 7e édition 1988, p. 170-171.

[64]Le Chemin de la perfection, chapitre 26.

[65] — Père Garrigou-Lagrange O.P., ibid., p. 311-312.

[66] — Mgr L. Charles Gay, Entretiens sur les mystères du saint rosaire, Paris, H. Oudin, 1887, t. I, p. 39. 41.

[67] — Père Garrigou-Lagrange O.P., La Mère du Sauveur et notre vie intérieure, ibid., p. 312.

[68] — Lettre à Mlle Maria Teresa de Cunha, le 12 avril 1970, reproduite dans l’ouvrage Fatima-documentos publié par le père Antonio Maria Martin S.J., Porto, 1976.

[69] — Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Le Secret admirable du très saint rosaire, ibid., 44e Rose, p. 113-114.

[70] — Saint Bernard, Œuvres mystiques, Paris, Seuil, 1953, « Œuvres mariales ; L’aqueduc, Sermon pour la nativité de la bienheureuse Vierge Marie », p. 891.

[71] — Ils le sont dans la mesure où c’est par ces actions de sa vie terrestre que Notre-Seigneur nous a rachetés.

[72] — On ne peut en effet mériter que lorsqu’on est sur cette terre.

[73] — Dom Marmion, Le Christ dans ses mystères, Conférences préliminaires : « Les mystères du Christ sont nos mystères, V », Maredsous, 1957, p. 18.

[74] — III, q. 56, a. 2, ad 2.

[75] — Rm 9, 10-11.

[76]Catéchisme du concile de Trente, Paris, Paris, Itinéraires, 1969, « Du symbole des apôtres » (cinquième article), p. 70-71.

[77] — Saint Léon le Grand, Le Mystère de l’incarnation, Paris, Cerf, 1987, XIIe sermon sur la passion, p. 81. 83.

[78] — Livre IV, « Du sacrement de l’eucharistie », ch. 10, n° 6.

[79]Ibid., p. 165.

[80] — Sainte Thérèse d’Avila, Le Chemin de la perfection, chapitre 28.

[81] — Père Petitot O.P., « Le rosaire, école de la plus haute contemplation », article paru dans la Vie spirituelle, octobre 1929, p. 21. Comme « petits livres », nous vous recommandons spécialement : – Le Rosaire d’après sainte Thérèse d’Avila, Montsurs, Résiac, 1989. – Le Rosaire commenté par sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Saint-Cénéré, Téqui, 1971. – Père Emmanuel (du Mesnil-Saint-Loup), Le Mois du saint rosaire (onze rosaires médités), Saint-Parres-lès-Vaudes, CRC, 1997. – Rosaire vivant du croisé, à commander à la Croisade du rosaire, 58 avenue Saint-Pierre, 94420 Le Plessis-Trévise.

[82] — Il s’agit ici des événements vécus par Notre-Dame depuis l’annonciation jusqu’à la nativité à Bethléem.

[83] — Il s’agit des événements dont la Vierge Marie a été le témoin et l’acteur jusqu’au recouvrement de l’enfant Jésus au Temple de Jérusalem. Pour l’exégèse de ces deux versets d’Évangile, se reporter à l’annexe nº 1 à la fin de cet article.

[84] — Saint Jean Eudes, Le Cœur admirable de la très sacrée Mère de Dieu, Paris, Lethielleux, 1935, Livre  sixième, oracle XII : « Qui nous représente le très  saint Cœur de la bienheureuse Vierge comme le sacré dépositaire et le fidèle gardien des mystères merveilleux et des trésors inestimables qui sont contenus dans la vie admirable de Notre-Seigneur », p. 385-393.

[85]Ibid., p. 165-166.

[86] — Père Calmel O.P., « Dignité du rosaire », Itinéraires 62, avril 1962, p. 146.

[87]Le Secret admirable du très saint rosaire, ibid., 44e Rose, p. 112.

[88]Le Secret admirable du très saint rosaire, ibid., « Méthodes pour réciter le rosaire », première méthode, p. 140-145.

[89] — On doit se sentir très libre, cependant, au moins dans la récitation privée du chapelet, pour attribuer tel ou tel fruit aux mystères que l’on médite. Saint Louis-Marie conseille de demander, « par ce mystère et l’intercession de la sainte Vierge, une des vertus qui éclatent le plus dans ce mystère ou dont vous aurez le plus besoin » (ibid., p. 112). Le rosaire reste une prière privée, et n’est donc pas soumis à des règles aussi strictes qu’une prière liturgique.

[90] — Père Calmel O.P., « Dignité du rosaire », Itinéraires 62, p. 142.

[91] — Dans son opuscule Manière courte et facile pour faire l’oraison en esprit de foi et de simple présence de Dieu.

[92] — « Le rosaire, école de la plus haute contemplation », dans la Vie spirituelle, octobre 1929, p. 22.

[93] — Le père Petitot parle maintenant d’une contemplation surnaturelle, qui ne vient pas de l’effort humain, mais est donnée par Dieu lui-même, et qu’on appelle encore contemplation infuse.

[94] — Ou simple regard mêlé d’amour.

[95] — Père Petitot O.P., « Le rosaire, école de la plus haute contemplation », p. 30 31.

[96] — Père Hyacinthe-Marie Cormier O.P., L’Instruction des novices à l’usage des Frères Prêcheurs ; ouvrage pouvant servir aux novices des autres ordres, aux élèves ecclésiastiques et aux personnes pieuses, Rome, Santa Sabina, 1950, p. 15. Le bienheureux père Cormier, ami intime du pape saint Pie X, fut le 76e successeur de saint Dominique à la tête de l’Ordre des Frères Prêcheurs. Nous lui avons consacré une notice biographique dans Le sel de la terre 12, p. 144-152.

[97] — Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Le Secret admirable du très saint rosaire, ibid., Cinquième dizaine, 42e Rose, p. 108.

[98] — II-II, q. 83, a. 13.

[99] — Il est donc important, au début de notre chapelet, de bien préparer notre âme à la prière en nous recueillant quelques instants, ainsi que nous l’enseigne la sainte Écriture : « Avant la prière, prépare ton âme à la prière » (Si 18, 23) ; ce qui correspond à la formule classique : « Mettons-nous en présence de Dieu et adorons-le ». Saint Louis-Marie Grignion de Montfort écrit :  « Après avoir invoqué le Saint-Esprit pour bien réciter votre rosaire, mettez-vous un moment en la présence de Dieu » (Le Secret admirable du très saint rosaire, ibid., 44e Rose, p. 112).

[100] — Dom Vital Lehodey, Les Voies de l’oraison mentale, Paris, Gabalda, 1927, p. 23.

[101] — Saint Thomas d’Aquin, II-II, q. 83, a. 13, ad 3.

[102] — Pour compléter cet article, nous vous signalons d’ailleurs les cassettes-audio que nous avons éditées : – Qu’est-ce que le rosaire ? (4 sermons donnant l’essentiel de ce qu’il faut savoir sur le rosaire et comment le prier), 1 cassette, 6 € + port (1, 5 €) ; – Le rosaire, école de vie intérieure (conférence au congrès marial de Lourdes en 1998), 1 cassette, 5 € + port (1, 5 €) ; – Les mystères du rosaire (16 sermons donnés au couvent), 4 cassettes, 25 € + port (4, 5 €) ; – Le rosaire avec les saints (un rosaire entier médité), 1 cassette, 5 € + port (1, 5 €) – existe aussi en CD : 12 € + port (1, 22 €) ; – Le rosaire médité (avec des textes du père Emmanuel et du père Calmel O.P.), 1 cassette, 5 € + port (1, 5 €).

[103] — « Vous nous avez rachetés pour Dieu par votre sang, et vous nous avez faits rois et prêtres pour notre Dieu » (Ap 5, 9-10).

[104] — Nous l’avons vu dans le Sel de la terre 38.

[105] — Père Hugon O.P., Le Rosaire et la sainteté, ibid., p. 11-13.

[106] — Chambray, CLD, 1981, ch. 4 : « Fondements bibliques du rosaire dans le nouveau Testament », p. 29-40.

[107] — Lorsqu’elle a fait ses confidences à saint Luc dans cette langue qui était la sienne.

[108] — Louis Pirot et Albert Clamer, La Sainte Bible, texte latin et traduction française d’après les textes originaux avec un commentaire exégétique et théologique, Paris, Letouzey et Ané, 1950, t. X, p. 46 (à propos de Lc 2, 19).

[109] — L.- CL. Fillion, La Sainte Bible, texte latin et traduction française, commentée d’après la Vulgate et les textes originaux, Paris, Letouzey et Ané, 1928, t. VII, p. 309 (à propos de Lc 2, 19).

[110] — Le père Marc Trémeau fait d’ailleurs remarquer que cette manière de repasser dans sa mémoire les merveilles de Dieu était « un élément essentiel de la spiritualité des juifs pieux » (p. 26). Certains psaumes sont d’ailleurs entièrement consacrés à un tel rappel. Ainsi, le psaume 135 (selon la Vulgate). « A ces souvenirs de la mémoire, se joignait souvent une argumentation, ou une méditation, ou toute autre activité de l’esprit, en vue d’obtenir une grâce particulière, individuelle ou collective » (p. 24). Ainsi les psaumes 43, 76, 142. C’est le fondement biblique du rosaire dans l’ancien Testament. Il peut être opposé – avec les versets étudiés de saint Luc – à ceux qui reprochent au rosaire sa relative nouveauté.

[111] — Lorsqu’un chapelet est rosarié, il permet d’obtenir les indulgences accordées par l’Église à cette prière. Tout prêtre peut rosarier un chapelet. La formule se trouve dans le rituel romain (Benedictio coronarum sacratissimi Rosarii B.M.V., Appendix : Benedictiones propriæ, nº 35).

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 41

p. 45-77

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La Vierge Marie : Dévotions envers la Mère de Dieu

Les mystères du Rosaire

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