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+ La Tradition « excommuniée »

 

 

« Les publications du Courrier de Rome » ont récemment réédité ce petit ouvrage paru en 1989, peu de temps après les sacres épiscopaux accomplis par Mgr Lefebvre en 1988.

A l’origine, les chapitres de cette bro­chure furent publiés en italien dans la re­vue romaine Sì sì no no du regretté Don Putti, et en français dans le Courrier de Rome.

La présente réédition a fait l’objet d’une mise à jour pour adapter son contenu à la situation actuelle et aux dé­veloppements récents de la crise qui se­coue l’Église depuis plus de quarante ans : deux chapitres ont été supprimés (« Sur le droit de nécessité dans l’Église » et « Au sujet de la consécration épiscopale sans mandat pontifical ») et remplacés par un chapitre plus étoffé, signé « Hirpinus [1] », qui reprend, complète et précise les études précédentes, sous le nouveau titre : « Les consécrations épis­copales de S. Exc. Mgr Lefebvre étaient justes, nonobstant le “Non” du pape ». De plus, trois annexes ont également été reti­rées.

Car plus de dix ans ont passé depuis les consécrations épiscopales du 30 juin 1988, et l’état de nécessité de l’Église et des âmes, loin de diminuer, n’a fait que s’aggraver. On se souvient, en effet, que c’est à cette notion d’« état de nécessité » que le prélat d’Écône avait fait appel pour expliquer son geste. C’est l’extrême gra­vité de la situation dans l’Église qui a contraint Mgr Lefebvre a accomplir ce qu’il a lui-même appelé « l’opération survie » de la Tradition, c’est-à-dire de la foi, de la messe et du sacerdoce catho­liques, menacés d’extinction par l’apo­stasie officielle de la Rome conciliaire.

Il importe donc d’étudier avec soin cette question de l’état de nécessité, tout comme il faut prendre l’exacte mesure de la gravité du mal dont souffre l’Église, pour pouvoir rendre compte, pour soi-même et vis-à-vis d’autrui, du choix que nous avons fait de la Tradition et y rester fidèle. En dépit de certaines apparences trompeuses, la crise de la foi a gardé toute son acuité : le récent renouvellement du scandale d’Assise nous le montre. Mais, avec le temps, nous sommes menacés de banaliser l’apostasie généralisée qui nous entoure, par lassitude, par habitude ou par ignorance. Même dans nos milieux traditionnels, on ne connaît pas assez la vérité catholique, ni d’ailleurs l’hérésie conciliaire que nous voulons combattre et, surtout, on ne déteste pas assez l’er­reur parce qu’on n’aime pas assez la vé­rité.

Ainsi, la réédition de cette brochure que tout catholique fidèle devrait lire la plume à la main, peut utilement nous ai­der à mieux réaliser la gravité de la crise que traverse l’Église. A la fausse cohé­rence de l’erreur, il faut opposer la pleine cohérence de la vérité catholique. Nous ne sommes ni schismatiques, ni excom­muniés !

Ajoutons que cet ouvrage peu épais (117 pages), clair, bien argumenté, sérieu­sement documenté, peut instruire des « catholiques perplexes » ou désabuser des « catholiques trompés » de nos amis ou connaissances qui cherchent la lumière et ne savent pas toujours où la trouver.

Nous ne croyons pas pouvoir mieux faire, pour dire tout l’intérêt et l’impor­tance de ce petit livre, que de citer l’éloge qu’en fit Mgr Lefebvre lui-même lorsque parurent dans le Courrier de Rome les ar­ticles qu’il renferme. Monseigneur, s’adressant à ses séminaristes, en octobre 1988, lut quelques extraits du texte qui constitue le premier chapitre de l’actuelle réédition, en l’émaillant de commen­taires :

 

Vous avez lu certainement l’article de Sì sì no no qui a été traduit heureuse­ment par le Courrier de Rome, qui montre très bien que ce n’est pas d’au­jourd’hui que nous avons ces choix à faire. Ce n’est pas depuis les sacres, c’est depuis le Concile. Cet article « Ni schis­matiques, ni excommuniés » est très bien rédigé à mon sens. […]

Il a été rédigé d’une façon admirable à mon sens ; cela résume absolument toute notre position depuis le début, et cela jus­tifie notre position depuis le début, y compris les sacres. […] C’est admirable, je trouve que c’est vraiment un article ex­traordinaire.

Ainsi, quand ils disent au début : « catholiques écartelés » ; c’est vrai, qu’est-ce que vous voulez !

Pour nous limiter à quelques exemples : Il a fallu opter entre l’ency­clique Pascendi de saint Pie X condamnant le modernisme et l’actuelle orientation ecclésiale ouver­tement moderniste.

Il a fallu choisir…, il [le catholique] a dû choisir entre le Monitum du Saint-Office de 1962 condamnant les œuvres du jésuite Teilhard de Chardin et l’actuel courant ecclésial qui n’hésite pas à citer ces œuvres jusque dans les discours pontificaux…

Il a dû opter entre l’invalidité déjà définie des ordinations anglicanes et l’actuelle orientation ecclésiale, en vertu de laquelle, en 1982, un pontife romain a, pour la première fois, parti­cipé à un rite anglican, dans la cathé­drale de Cantorbéry, bénissant la foule avec le primat laïc de cette secte héré­tique et schismatique…

Il a dû opter entre la condamnation ex cathedra de Martin Luther et l’actuel courant ecclésial qui, « célébrant » le 5e centenaire de la naissance de l’héré­siarque allemand, déclarait par lettre si­gnée de S.S. Jean-Paul II qu’au­jourd’hui, grâce aux « recherches communes de savants catholiques et protestants... est apparue la profonde religiosité de Luther »…

Et ainsi de suite…

Il a dû choisir entre l’historicité des Évangiles… et l’actuelle orientation ecclésiale… Il a dû opter entre la sainte Écriture qui déclare les juifs incrédules à Dieu, et l’actuelle orientation ecclé­siale, qui, dans le discours du premier pape à se rendre dans la synagogue de Rome, découvre dans les juifs, toujours incrédules, les « frères aînés » des ca­tholiques ignares…

Et ainsi de suite….

C’est tout à fait exact, c’est vrai, il a fallu choisir entre la foi de toujours [et le courant nouveau]. C’est pourquoi [j’ai dit dans] la déclaration que j’ai eu l’occasion de faire après la première visite des prélats belges qui sont venus en 1974, la déclaration que j’ai cru devoir faire le 21 novembre : « Nous choisissons la Rome de toujours. Nous ne voulons pas de la Rome moderniste, nous ne voulons pas de la Rome nouvelle qui est moder­niste »…

 

Suivons le conseil de Mgr Lefebvre. Li­sons cette brève étude théologique.

Car la Tradition catholique est au­jourd’hui dans la situation de saint Pierre et saint Jean sommés par le Sanhédrin de taire le nom de Jésus-Christ : « Jugez s’il est juste devant Dieu de vous obéir plutôt qu’à Dieu. Pour nous, nous ne pouvons pas ne pas dire ce que nous avons vu et entendu » (Ac 4, 19-20).

 

Fr. E.-M.

 

 

La tradition « excommuniée », Publica­tions du Courrier de Rome, BP 44, 78001 Versailles Cedex, 2001, 117 p. (avec une nouvelle préface datée du 1er novembre 1999).


[1] — Comme l’explique l’avertissement, au début de l’ouvrage, conformément à la volonté du fondateur de Sì sì no no , Don Francesco Putti, les articles de la revue ne sont pas signés (ou alors, ils portent un pseudonyme). Don Putti voulait en effet que l’auteur s’effaçât devant la vérité qu’il défend, comme le recommande l’Imitation de Jésus-Christ : « Considérez ce qu’on vous dit, sans chercher qui le dit – Non quæras quis hoc dixerit, sed quid dicatur attende » (Livre I, chapitre 5, nº 6).

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 41

p. 252-254

Les thèmes
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Histoire de la Tradition : Le Combat pour la Messe et la Foi depuis 1970

La Crise dans l'Église et Vatican II : Études et Analyses Traditionnelles

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