+ Mgr François Pallu
(1626-1684) ou les Missions Étrangères en Asie au XVIIe siècle
Ce livre captivera tous ceux qui s’intéressent aux missions.
Le récit y est vivant, circonstancié, écrit dans un français excellent.
Dom Guy-Marie Oury, moine bénédictin de Solesmes, maintenant décédé, qui avait eu la mauvaise idée, il y a quelques années, de publier un livre [1] pour tenter de défendre la nouvelle messe œcuménique, et donc anti-missionnaire, a été mieux inspiré avec cet ouvrage. Nous voici en effet ici en pleine épopée missionnaire de l’Église avec la fondation de la Société des Missions Étrangères pour l’Extrême-Orient.
L’esprit, la manière de faire de cette institution, méritent toute notre attention dans la mesure où le plan inauguré par Mgr Pallu en Asie au prix de tant d’efforts et de difficultés, sera finalement appliqué par l’Église avec persévérance, non seulement en Extrême-Orient, mais aussi en Afrique, en Amérique et en Océanie, comme l’indique l’ouvrage La Société des Missions Étrangères [2] que nous avons consulté pour cette recension (et que nous signalerons par les lettres SME) Cette méthode est en fait la manière de faire qui fut celle des apôtres et que Rome encouragera toujours de toutes ses forces : « La Société des Missions Étrangères a pour but d’organiser des Églises sur le modèle des Églises établies dans le monde chrétien, c’est-à-dire gouvernées par des évêques et des prêtres séculiers ; et de former un clergé indigène séculier [3], qui soit en droit et en fait le clergé de l’Église ou de la mission dans laquelle il travaille » (SME page 25).
Origine des Missions Étrangères
Dom Guy Oury n’y insiste peut-être pas assez, mais « un des côtés particuliers, et non le moins digne de considération, des origines de la Société, [...] est qu’ordinairement le fondateur d’une société religieuse, sous l’impulsion du Saint-Esprit, décide lui-même du but et de la constitution de son œuvre pour laquelle il sollicite ensuite l’approbation de l’Église ; mais ici, c’est l’Église [Rome] qui a vu et voulu l’œuvre ; et cette œuvre est la sienne par excellence : l’évangélisation du monde, la diffusion du sacerdoce, la création d’Églises qui assureront sa catholicité » (SME page 7). Quelques âmes généreuses et courageuses se proposeront, nous allons le voir, mais ces héros de la foi n’auront fait qu’offrir au pape leur dévouement et mettre leur vie à sa disposition. C’est le mouvement de ferveur et de zèle suscité dans l’Église de France par les Aa et la Compagnie du Saint-Sacrement (infra), qui va éveiller leur vocation missionnaire.
Sur la montagne Sainte-Geneviève à Paris, à l’auberge de la Rose Blanche, logeaient en 1647 François Pallu, le Bx François de Laval (futur évêque de Québec) et trois autres amis, tous se préparant au sacerdoce. C’était le premier berceau de la Société des bons amis (Associatio amicorum, ou Aa) dont les cinq compagnons furent le premier noyau. Tous membres de la congrégation de la Sainte Vierge du collège de Clermont à Paris, fondée par les jésuites, ils employaient leurs temps libres à la prière, à l’oraison, à la lecture spirituelle et à la visite des pauvres. D’autres compagnons se joignirent à eux, ce qui fait que le groupe augmenta et dut déménager rue saint Dominique. L’âme de cette petite société était un jésuite, le père Bagot.
A la fin de 1652 ou en janvier 1653, il leur amena le père de Rhodes, fondateur de l’Église du Tonkin (Vietnam), chargé par Rome de recruter des auxiliaires dont il pouvait avoir besoin pour sa mission. Alors que l’Amérique du Sud avait été pourvue de diocèses avec leurs évêques et un clergé séculier et régulier, dans l’Asie extrême-orientale la hiérarchie n’était pas implantée. Rome « jugeait avec raison que les conquêtes apostoliques ainsi faites manqueraient de solidité. La Propagande avait devant les yeux la ruine de la mission du Japon, que le martyre et l’expulsion des ouvriers évangéliques européens avaient privée de pasteurs. Elle indiqua, en 1630, le moyen de combler la grave lacune laissée dans l’organisation de l’apostolat : la formation de prêtres chinois, japonais, annamites [vietnamiens], c’est-à-dire l’institution d’un clergé indigène, dont le recrutement régulier permettrait de pourvoir aux besoins des chrétiens, même en temps de persécution, et d’assurer la perpétuité des Églises. Ce clergé ne pouvait être établi que par des évêques » (SME page 4).
Il y avait en fait une exception en Extrême-Orient : les Philippines, devenues une chrétienté-modèle après seulement 50 ans de travail missionnaire. Mais au moment de leur découverte, elles n’étaient pas un royaume constitué. Ce n’étaient que des îles peuplées par des tribus sauvages indépendantes, où les religions orientales gnostiques (bouddhisme, hindouisme), si opposées à la pénétration de l’Évangile, n’étaient pas représentées. Il avait donc été facile de convertir ces peuplades et d’en faire une nation sous administration espagnole, avec une organisation ecclésiastique normale. Mais pour les autres royaumes de l’Asie, qui n’étaient pas des peuplades barbares mais des pays fiers de leur civilisation et de leur religion, et méfiants à l’égard de l’étranger, la pénétration était plus difficile. Pour les aborder, il valait même mieux que les missionnaires apparaissent indépendants à l’égard des pouvoirs politiques de leur propre pays et ne relever que du chef de l’Église catholique. Cela n’empêchera pas les persécutions, mais au moins les gouvernements locaux pourront plus difficilement accuser les missionnaires d’être les espions de puissances étrangères toujours soupçonnées de vouloir les envahir.
Le père de Rhodes passa une journée inoubliable et décisive avec le groupe des bons amis. Ceux-ci furent conquis par les missions, et le père de Rhodes vit aussitôt parmi eux les futurs évêques qu’il cherchait. Cette rencontre marquait un tournant dans l’histoire de l’apostolat catholique au-delà des mers. Les premiers vicaires apostoliques pour l’Extrême-Orient seront François Pallu, Lambert de la Motte et Ignace Cotolendi.
Ils ne savaient pas quelles difficultés les attendaient.
Mais avant de voir les obstacles, parlons des soutiens.
Pour financer les expéditions, les nouveaux évêques d’Asie eurent l’appui considérable de la Compagnie du Saint-Sacrement jusqu’à sa dissolution en 1660-1661. Élément important de la renaissance catholique au XVIIe siècle, la Compagnie du Saint-Sacrement, dont faisait d’ailleurs partie Mgr Pallu, avait été fondée sous le roi Louis XIII, avec son soutien et l’autorisation des évêques. Elle encourageait toutes les œuvres ayant pour but de promouvoir la gloire de Dieu.
Mais il faut aussi signaler l’aide de saint Vincent-de-Paul. Son âme missionnaire ne pouvait pas rester insensible aux besoins de l’Asie. Aussi, il permit volontiers à Mgr Pallu d’envoyer ses Amis se former auprès des Lazaristes, l’apostolat laborieux des campagnes étant une excellente préparation aux missions lointaines. Cette entraide deviendra une tradition aux Missions Étrangères.
Énormes difficultés
1. Les communications au XVII e siècle
Aujourd’hui, depuis Paris, il suffit de 11 heures dans un avion confortable pour se trouver au cœur de l’Asie, à Singapour.
A l’époque, il y avait seulement deux possibilités pour se rendre en Asie.
Ce pouvait être d’abord la voie de terre, à pied ou à cheval. Le voyage coûtait une fortune et était une équipée interminable aux mille dangers. Ainsi Mgr Cotolendi, parti avec quelques prêtres en septembre/octobre de l’année 1661 par la Syrie et la Perse, mourra d’épuisement en Inde à l’âge de 33 ans le 16 août 1662 avant d’avoir pu arriver au terme de son voyage.
Il y avait aussi la solution maritime. Tout d’abord Mgr Pallu, nommé vicaire apostolique du Tonkin, de la Chine du Sud-Est et du Laos, pensa créer une compagnie. Mais le premier navire de la nouvelle Compagnie des Indes fut détruit au port par un ouragan, remettant le voyage sine die. La seule solution était de trouver un navire pour s’embarquer. Mais lorsqu’on ne mourait pas du scorbut pendant la traversée, c’était un naufrage qui pouvait mettre fin à l’équipée. Mgr François Pallu arriva quand même au Siam (Thaïlande) le 27 janvier 1664, après 2 ans et 3 semaines de voyage, la plupart de ses compagnons étant morts.
Ajoutons à cela qu’arrivés au but, les missionnaires devaient s’habituer à un climat tropical extrêmement pénible, et à une nourriture difficile ou même insupportable pour un européen, sans compter les maladies locales auxquelles leurs organismes pouvaient facilement succomber.
2. L’opposition du Patronat (Padroado)
Depuis les grandes découvertes des XVe et XVIe siècles, l’organisation des missions avait été assumée par les rois de Portugal et d’Espagne à qui le Saint-Siège, depuis Alexandre VI (1492-1503), avait reconnu un droit de patronage sur les terres conquises, d’où le nom de Patronat. Ces deux pays avaient le devoir de convertir à la foi catholique les pays découverts, et ils le firent avec un zèle admirable.
Cependant, la faiblesse humaine étant là, les gouvernements espagnols et portugais verront d’un mauvais œil ces vicaires apostoliques dépendant directement du Saint-Siège, traversant les territoires du Patronat et ayant tous pouvoirs pour l’administration des nouvelles chrétientés. Les évêques allaient pourtant dans des régions échappant à l’influence politique du Portugal et de l’Espagne, mais les bulles papales des XVe et XVIe siècles partageaient le monde en deux zones d’influence sans en exclure aucun territoire. Cependant, il était clair qu’au XVIIe siècle, une révision s’imposait, puisque ces deux pays ne pouvaient pas étendre leur action sur les nouvelles terres découvertes, et que d’autres nations s’étaient alors lancées à la conquête de l’Orient : la France, et hélas l’Angleterre et la Hollande protestantes. Les deux puissances catholiques voyaient malgré tout dans la nouvelle institution une atteinte à leurs privilèges. Les conséquences dans les missions étaient dramatiques : arrestation et détention de missionnaires français, interdit jeté par l’archevêque de Goa (Inde) sur les vicaires apostoliques, excommunication de Mgr Lambert de la Motte par le chapitre de Goa après l’ordination de 7 prêtres, divisions suscitées au Vietnam parmi les catéchistes et les fidèles, intervention de l’Inquisition dénonçant un empiètement de juridiction, etc. Les missions étaient près de sombrer.
La situation se compliquait lorsque les missionnaires appartenaient à un pays en guerre avec l’Espagne et le Portugal, puisqu’hélas les princes catholiques, au lieu de resserrer leur alliance en face des royaumes protestants, n’hésitaient pas à entrer en conflit armé. François Pallu fit les frais d’une telle situation au moment où l’Espagne venait de rejoindre la coalition contre la France à l’occasion de la seconde guerre de Hollande. Son navire ayant dû faire une escale aux Philippines à cause d’une tempête, il y fut fait prisonnier par le gouverneur espagnol, et au lieu de pouvoir rejoindre sa terre de mission, il dut partir défendre sa cause à Madrid via le Mexique. Le résultat fut deux années de perdues à cause de la lenteur des voyages.
Les difficultés avec le Patronat eurent leurs répercussions à Rome où l’Espagne et le Portugal comptaient des cardinaux protecteurs. Ceux-ci avaient beau jeu de dire que François Pallu avait en fait été envoyé par la seule Propagande (ou sacrée congrégation pour la Propagation de la foi), fondée pour les missions depuis le 6 janvier 1622 seulement. Quel poids pouvait-elle avoir en face des anciennes et vénérables congrégations romaines ? Les cardinaux protecteurs arguaient aussi du fait que la politique romaine à l’égard des missions n’avait pas encore été clairement définie. Le Saint-Siège n’avait pas en effet signalé formellement à l’Espagne et au Portugal la révocation au moins partielle de leurs privilèges.
3. La résistance du gallicanisme français
En France, les dispositions romaines heurtaient le gallicanisme du roi et du clergé. S’adressant à l’Assemblée générale du clergé de France après ses deux années de captivité espagnole, François Pallu eut un accueil glacial. La revendication d’un droit immédiat du pape sur les Églises, d’une juridiction directe exercée par les vicaires, ne plaisait pas du tout. Le serment imposé aux missionnaires, et spécialement aux jésuites, de ne pas accueillir les revendications des princes chrétiens qui se prétendraient lésés par la nouvelle organisation des missions, fut condamné par la Sorbonne, et une véritable tempête se déclencha contre les Missions Étrangères.
Pallu voulut ménager Louis XIV en proposant d’insérer dans le serment une incise disant que le roi permettait de le prêter. Apaisant momentanément le prince, Pallu indisposa Rome. Un peu plus tard, la Propagande manifestait son inquiétude de voir tant de français dans les missions, et François Pallu, ayant renseigné Colbert sur les possibilités d’expansion coloniale française, fut suspecté de gallicanisme.
Il n’était pas facile d’être vicaire apostolique !
4. Conflits avec les ordres religieux
Une autre source de difficultés vint des Ordres religieux. Leur rivalité avait empêché jusqu’ici une œuvre d’ensemble. Il manquait en Extrême-Orient une autorité épiscopale pour organiser l’apostolat des différents Ordres et mettre fin à leurs querelles. Des règlements pourtant fort sages avaient été édictés par le Saint-Siège, mais ils avaient été rarement appliqués.
Cependant, les religieux qui se trouvaient dans les missions, refusèrent catégoriquement d’obéir aux nouveaux vicaires apostoliques. Ils affirmaient ne relever que de leurs propres supérieurs réguliers et n’acceptaient pas la nouvelle situation. Il fallut que Mgr Pallu fit intervenir Rome. Le Saint-Siège trancha le 13 septembre 1669 en faveur des vicaires apostoliques, en confirmant leur entière juridiction. Mais en 1684, année de la mort de Pallu, les jésuites reconnaissaient encore difficilement son autorité. Les dominicains l’acceptaient, les franciscains espagnols aussi, mais sans vouloir prêter le serment, ne sachant ce que Madrid pensait. Quant aux augustins, ils agissaient comme si Rome n’avait pris aucune mesure.
5. Difficultés internes
Le séminaire des Missions Étrangères, nommé au début séminaire pour la conversion des infidèles, et situé rue du Bac à Paris, fut inauguré le 27 octobre 1663. Il avait fallu obtenir des lettres patentes de l’abbé de Saint-Germain des Prés, sous la juridiction duquel était le quartier. Ce séminaire fut « le moyen principal que la Propagande prescrit pour perpétuer l’œuvre [des vicaires apostoliques] » (SME page 6).
Mais quelle règle de vie donner aux missionnaires ? Mgr Lambert de la Motte voulait pour les prêtres des Missions Étrangères une austérité de moine, celle qu’il avait personnellement pour l’édification de tous. Il voulait qu’ils soient une congrégation religieuse. Rome refusa de fonder un nouvel institut religieux, et à Paris, au séminaire lui-même, cela souleva une tempête qui faillit produire une scission au sein de la jeune société.
Survint aussi un grave problème d’autorité : les prêtres du séminaire de Paris voulaient dicter aux vicaires apostoliques leur ligne de conduite, et prétendaient gouverner les missions. Pallu dut les renvoyer à leurs fonctions propres : ils devaient être recruteurs des missions, formateurs des futurs missionnaires, procureurs temporels pour administrer les biens des missions et obtenir les ressources complémentaires nécessaires, procureurs spirituels en veillant à l’expédition des affaires de la mission à Rome et auprès des évêques de France. Quant au gouvernement des missions, il était l’affaire du pape par le moyen de la Propagande et des vicaires apostoliques, vicaires du pape en Extrême-Orient.
Portrait d’un homme
d’Église éminent
La mission de Mgr François Pallu fut ingrate. Il n’eut guère le loisir de se consacrer à l’évangélisation des territoires qui lui étaient confiés. Il passa son temps en voyages incessants de l’Asie à l’Europe et de Rome à Paris, pour régler les mille difficultés qui surgissaient sans cesse et menaçaient l’avenir des missions. Mais étant né en Touraine, au pays des châteaux de la Loire, Mgr Pallu avait appris qu’autre est celui qui pose les fondements, autre celui qui couronne les édifices.
On peut dire que ses vertus dominantes furent la patience et la persévérance.
Physiquement, il était infatigable. Spirituellement, il était homme d’oraison et d’étude. Il réagissait immédiatement à l’évènement, et alors les idées jaillissaient. Il appartenait au siècle de l’ordre, faisait partie de la grande génération du classicisme. Aussi, il aimait bien codifier. A Rome, on le trouvait fatigant. Il demandait de légiférer, voulait des décrets. Il était cependant davantage homme d’action que d’administration et n’avait qu’un seul but : l’extension du royaume de Dieu.
Ceux qui l’approchaient étaient impressionnés par sa stature morale. M. de Lyonnes, le jeune fils du ministre de Louis XIV, écrivait à sa sœur : « Je vous dirai pour votre édification et votre consolation que je suis sous la conduite d’un saint. Toutes ses actions sont parfaites, et non seulement je n’ai pas remarqué un seul défaut, mais depuis le peu de temps que je suis avec lui, il nous a donné des marques qu’il possède toutes les vertus à un degré éminent. Dieu me fasse la grâce de profiter comme je dois d’un si bel exemple ».
La Providence lui réserva une dernière consolation : il put entrer en Chine et exercer dans le Fo-Kien huit mois de mission effective (enfin !) avant de mourir d’épuisement le 29 octobre 1684 à l’âge de 58 ans. Un beau monument lui fut érigé sur place, puis en 1912 ses restes furent transférés à Hong-Kong dans la maison des prêtres des Missions Étrangères qui, depuis 1843, n’avaient plus la charge des missions du Fo-Kien. Depuis 1854, ils reposent à Paris, au séminaire de la rue du Bac, dans la crypte de la chapelle.
De Mgr François Pallu, l’histoire retiendra qu’il fut « le principal instrument de la Propagande pour exécuter les desseins de la Providence et établir la société des Missions Étrangères » (SME page 7). Bien fondée, celle-ci pourrait alors écrire, avec le sang de ses missionnaires, une page parmi les plus glorieuses de l’histoire de l’Église.
*
Nous voulons signaler une faiblesse de l’ouvrage de Dom Oury. On peut regretter que l’auteur se soit laissé influencer par les calomnies répandues contre l’œuvre de civilisation chrétienne accomplie par l’Espagne et le Portugal catholiques.
Ainsi pages 87-88 : « Les consignes étaient de tout mettre en œuvre pour éviter de reproduire ce qui s’était fait en Amérique, à Goa, à Macao et aux Philippines : la transplantation d’une culture européenne dans un milieu qui n’était pas le sien, et la création de chrétientés par destruction du substrat humain » ; ou encore page 153 : « Le patronage devenait caduc faute d’avoir pu remplir son véritable rôle ».
Il faudrait relire ici les ouvrages de l’historien Jean Dumont : L’Église au risque de l’histoire, Paris, Critérion, 1981, le chapitre intitulé L’Église, oppresseur des Indiens d’Amérique ? pages 107-167 ; et son autre livre : La vraie controverse de Valladolid, Paris, Critérion, 1995, où il démontre, documents historiques en main, que la mission propre de la Propagande s’ajoute, sans les révoquer et les annuler, aux Patronats et Vicariats apostoliques espagnols et portugais.
Le DTC, article « Asie », (missions catholiques de l’), ne blâme pas non plus le Patronat lorsqu’il parle des missions portugaises. Il évoque une période d’abus et de décadence, mais souligne aussitôt qu’elle fut de courte durée grâce, justement, au pieux roi du Portugal, Jean III, qui fit appel au zèle de nombreux missionnaires, dont saint François Xavier qu’il seconda de toutes ses forces (col. 2100-2101).
La fondation de la Propagande et de son instrument privilégié, la Société des Missions Étrangères, ne furent donc pas un blâme jeté au Patronat, mais une nouvelle organisation rendue nécessaire dans des pays ne relevant pas de son influence, et où les conditions d’apostolat étaient fort différentes.
[1] — Dom Guy Oury, La Messe, de saint Pie V à Paul VI, Sablé, Solesmes, 1975. Une excellente réfutation de cet ouvrage était parue dans Le Courrier de Rome n° 147 du 20 septembre 1975, sous le pseudonyme de Funditor. L’article avait été publié en brochure par les Éditions de la Nouvelle Aurore, Paris, 1976, sous le titre Réponse à Dom Oury sur La Messe de saint Pie V à Paul VI ou : La Messe au coeur de la Tradition.
[2] — Paris, Letouzey et Ané, 1923, p. 14.
[3] — On voit que l’Église n’avait pas attendu le concile Vatican II pour cela.

