Vatican II désavoué par
saint François Xavier
En novembre prochain, nous fêterons le 450e anniversaire de la mort de saint François Xavier.
Le saint est mort le dimanche 27 novembre 1552 [1], âgé de 46 ans, à San Choan (ou Sancian), île située en face de la rade de Canton. Abandonné par les marchands portugais qui l’avaient conduit là, aux portes de la Chine qu’il rêvait d’évangéliser comme il avait fait pour l’Inde, Ceylan, Malacca, les Moluques et le Japon, le missionnaire, épuisé, rendit son âme à Dieu, privé de tout, à des milliers de kilomètres de ceux qu’il aimait, n’ayant pour recueillir son dernier soupir que son interprète chinois, Antoine, qui a laissé de la mort de son maître un récit poignant [2].
En hommage à celui qui fut comme un autre saint Paul par l’ampleur de son œuvre missionnaire, nous donnons quelques extraits du célèbre livre du père A. Brou, Saint François Xavier (tome I : 1506-1548, 445 pages ; tome II : 1548-1552, 487 pages ; Paris, Beauchesne, 1912).
Nous avons choisi de préférence des passages où l’auteur fait parler le saint, notamment les endroits où il cite abondamment ses lettres de mission. Comme nos lecteurs s’en rendront tout de suite compte, saint François Xavier n’hésitait pas à dénoncer les fausses religions qu’il connaissait pour les côtoyer quotidiennement, et en qui il voyait l’œuvre du diable, ni à condamner les méfaits du paganisme. On remarquera encore l’exposé de sa méthode d’évangélisation volontiers directive et profondément surnaturelle, fort éloignée de la « catéchèse » actuelle, et les remontrances qu’il osait faire au roi, au sujet des lacunes de la politique coloniale portugaise. A tous ces points de vue, il est clair que l’esprit de saint François Xavier était vraiment aux antipodes de l’esprit d’Assise, de la liberté religieuse, du dialogue interreligieux et de la nouvelle évangélisation de Jean-Paul II : preuve supplémentaire, s’il en est encore besoin, que depuis le concile Vatican II, Rome a officialisé une nouvelle religion.
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Dans la Déclaration Nostra ætate du concile Vatican II sur « l’Église et les religions non chrétiennes », on lit précisément ce qui suit :
« Depuis les temps les plus reculés jusqu’à aujourd’hui, on trouve dans les différents peuples une certaine sensibilité à cette force cachée qui est présente au cours des choses et aux événements de la vie humaine, parfois même une reconnaissance de la Divinité suprême, ou encore du Père. Cette sensibilité et cette connaissance pénètrent leur vie d’un profond sens religieux. Quant aux religions liées au progrès de la culture, elles s’efforcent de répondre aux mêmes questions par des notions plus affinées et par un langage plus élaboré. Ainsi, dans l’hindouisme, les hommes scrutent le mystère divin et l’expriment par la fécondité inépuisable des mythes et par les efforts pénétrants de la philosophie ; ils cherchent la libération des angoisses de notre condition, soit par les formes de la vie ascétique, soit par la méditation profonde, soit par le refuge en Dieu avec amour et confiance. Dans le bouddhisme, selon ses formes variées, l’insuffisance radicale de ce monde changeant est reconnue et on enseigne une voie par laquelle les hommes, avec un cœur dévot et confiant, pourront acquérir l’état de libération parfaite, soit atteindre l’illumination suprême par leurs propres efforts ou par un secours venu d’en haut. De même aussi, les autres religions qu’on trouve de par le monde s’efforcent d’aller, de façons diverses, au-devant de l’inquiétude du cœur humain en proposant des voies, c’est-à-dire des doctrines, des règles de vie et des rites sacrés.
« L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu’elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d’annoncer sans cesse, le Christ qui est “la voie, la vérité et la vie” (Jn 14, 6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s’est réconcilié toutes choses.
« Elle exhorte donc ses fils pour que, avec prudence et charité, par le dialogue et par la collaboration avec ceux qui suivent d’autres religions, et tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socioculturelles qui se trouvent en eux. » (Nostra ætate, n. 2.)
Ce n’est certes pas la même idée que saint François Xavier se faisait de l’hindouisme et du bouddhisme, comme on va le voir. Il ne pensait pas que ces religions ont par elles-mêmes quoi que ce soit de vrai ou de saint, et s’il prêchait Jésus-Christ à leurs adeptes, ce n’était pas pour qu’ils trouvent seulement la plénitude de la vie religieuse, dont ils auraient déjà eu, en quelque sorte, des rayons cachés dans leurs propres religions [3], mais bien pour qu’ils se convertissent de l’erreur à la vérité, pour qu’ils soient libérés de l’esclavage du démon.
D’ailleurs, les pratiques missionnaires de l’apôtre des Indes, dont on trouvera plus loin quelques exemples, ne tomberaient-elles pas aujourd’hui sous les condamnations portées par Nostra ætate ou Dignitatis humanæ ? La réponse est évidemment affirmative ; qu’on en juge par ces quelques phrases du Concile :
« L’Église réprouve donc, en tant que contraire à l’esprit du Christ, toute discrimination ou vexation opérée envers des hommes en raison de leur race, de leur couleur, de leur classe ou de leur religion. En conséquence, le Concile, suivant les traces des saints apôtres Pierre et Paul, adjure ardemment les fidèles du Christ “d’avoir au milieu des nations une belle conduite” (1 P 2, 12), si c’est possible, et de vivre en paix, pour autant qu’il dépend d’eux, avec tous les hommes, de manière à être vraiment les fils du Père qui est dans les cieux. » (Nostra ætate n. 5.)
Il faudra se souvenir de ce texte en lisant, plus loin, les récits de châtiments des idolâtres récidivistes. Lisons encore :
« C’est donc faire injure à la personne humaine et à l’ordre même établi par Dieu pour les êtres humains que de refuser à l’homme le libre exercice de la religion sur le plan de la société (liberum in societate religionis exercitium), dès lors que l’ordre public juste est sauvegardé. […] Les groupes religieux ont aussi le droit de ne pas être empêchés d’enseigner et de manifester leur foi publiquement, de vive voix et par écrit… » (Dignitatis humanæ n. 3 et 4.)
Si le saint avait pu deviner qu’un jour, un concile romain demanderait la liberté de culte public pour les brahmes et les bonzes… – il n’en n’aurait pas cru ses oreilles ! Au reste, saint François Xavier ne s’est pas seulement préoccupé d’évangéliser les âmes ; en vrai pasteur, il a travaillé aussi, selon ses forces, à leur procurer un cadre politique vraiment chrétien. Loin de partager l’idée actuellement dominante de l’incompétence de l’État en matière religieuse, il exhorta souvent le roi et les gouverneurs à faire leur devoir de princes chrétiens en faveur de la vraie foi, allant même jusqu’à réclamer l’institution de l’Inquisition (mais oui !) dans les Indes, pour réprimer les abus des mauvais colons dont l’exemple entraînait le mépris de la foi chez les païens.
Le Sel de la terre.
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Omnes dii gentium dæmonia
Récit de conversion entre Comorin et Tuticorin *
« POURSUIVANT ma route, j’arrivai à une localité de païens. Il n’y avait là aucun baptisé. Ils n’avaient pas voulu se laisser faire, quand leurs voisins se convertirent à la foi. Ils disaient qu’ils étaient vassaux d’un seigneur idolâtre, lequel ne voudrait pas qu’ils fussent chrétiens. Or il y avait là une femme qui, depuis trois jours, était dans les douleurs de l’enfantement. Beaucoup désespéraient de sa vie. »
Autour de la malade, on multipliait les superstitions. Dans l’Inde comme ailleurs, les maladies passent pour être l’œuvre des mauvais esprits. Pour les guérir, c’est peu d’être médecin, il faut surtout être sorcier, connaître les formules magiques, les mantram, propres à chaque infirmité. A la naissance des enfants, la mère et le nouveau-né sont plus que jamais exposés au mauvais œil, à l’influence des planètes et des jours néfastes. Elle aussi, par conséquent, la sage-femme est par excellence la diseuse de mantram.
Comme les prières de ces infidèles déplaisaient à Dieu, parce que omnes dii gentium dæmonia [Tous les dieux des gentils sont des démons, Ps 95, 5], leurs demandes n’étaient ni écoutées ni regardées in conspectu Domini [en présence de Dieu]. Avec un des clercs, mes compagnons, j’allai à la case de cette femme. J’y entrai, et cœpi confidenter invocare magnum Christi nomen nihil cogitans quod eram in terra aliena, sed potius judicans quia Domini est terra et plenitudo ejus, orbis terrarum et universi qui habitant in ea [Je commençai à invoquer avec confiance le grand nom du Christ, oubliant que j’étais sur une terre étrangère, et me disant plutôt que la terre est au Seigneur et tout ce qu’elle renferme, l’univers et tous ceux qui l’habitent.]. Je commençai par réciter le Credo. Le clerc, mon compagnon, traduisait à mesure. Cette femme en vint per Dei clementiam [par la clémence de Dieu], à croire les articles de la foi : « Voulez-vous être chrétienne ? » lui demandai-je. Elle répondit qu’elle le désirait grandement. Alors je lus les Évangiles dans cette case où, je crois, jamais on n’en avait entendu parler, et puis je la baptisai. Quid plura ? Post baptismum, subito peperit, quæ confidenter in Christo Jesu speravit et credidit [Quoi de plus ? aussitôt baptisée, elle enfanta, elle qui avait eu pleine confiance, espéré et cru dans le Christ Jésus]. Je baptisai ensuite le mari, les fils, les filles et infantem illo die natum [et l’enfant né ce jour-là [4]]. Le bruit se répandit par la bourgade de ce que Dieu avait opéré en cette cabane. Alors j’allai trouver les notables, les requérant de la part de Dieu de croire en Jésus-Christ, son Fils, in quo unico est salus [en qui seul est le salut]. Ils me répondirent qu’ils n’osaient pas sans la permission du seigneur. J’allai trouver un homme dudit seigneur, venu là pour lever quelques impôts. Je lui parlai. Il déclara que le christianisme était une bonne chose et qu’il leur permettait de se faire chrétiens. Cet homme faible leur donna un bon conseil qu’il ne sut pas prendre pour lui. Alors je baptisai les principaux avec toute leur maison ; puis ceux du village, grands et petits.
Le paganisme populaire des pêcheurs de perles *
Ainsi enserrés au milieu des autres castes, les Paravers [pêcheurs de perles] étaient comme noyés dans le paganisme. Xavier ne put faire dix pas sur la côte sans le constater. Partout, petites chapelles obscures, grossières idoles enfumées et frottées d’huile, Pulléars ventrus à tête d’éléphant, cônes de boue badigeonnés de rouge et de blanc, chevaux d’argile à l’usage des dieux qui voudront galoper dans les ténèbres, cent autres inventions grotesques et obscènes. Cela, c’était l’idolâtrie qu’il fallait attaquer. […]
[François] ne voyait en tout cet étalage mythologique que le triomphe insolent du démon et l’abrutissement des créatures faites à l’image de Dieu.
C’est une triste chose que l’idolâtrie hindoue. Je ne parle pas du brahmanisme pittoresque cher aux touristes, ni du brahmanisme transcendant, avec sa métaphysique abstruse, qui, après coup, donne un sens élevé aux rites impurs et aux légendes sottes. Seul le culte populaire importe ici, tel qu’il s’étale dans le brouhaha des fêtes en plein vent, tel qu’on l’entrevoit dans le mystère des pagodes.
Jungle inextricable de superstitions ; chaos d’esprits, de démons, de demi-dieux, de saints déifiés, de dieux domestiques, de dieux locaux, de dieux universels, de dieux des dieux. Chaque race y a mis du sien. Les vaincus des temps préhistoriques, aborigènes ou Dravidiens, ont fourni ce qu’il y a de plus impur et de plus cruel : culte du serpent, sorcelleries, emblèmes dégradants. Les brahmes, arrivés avec des croyances panthéistes encore élevées et un culte relativement chaste, ont tout accepté, tout justifié, tout fondu dans une mythologie précise et absurde. Il fallait cela, pensaient-ils, pour le peuple. Aux esprits cultivés, une doctrine ésotérique faite de métaphysique et de mysticisme ; au populaire, les avatars de Vichnou et les caprices honteux de Siva. Et voici, dans l’entassement mystérieux des temples, les Sivas au collier de crânes, les Râmas colossaux au regard stupide, les Pulléars obèses à califourchon sur un rat ; les dieux à trois têtes symboles d’intelligence, les dieux à quatre bras symboles de puissance, les dieux à quatre jambes symboles de vitesse ; et Vichnou lion, Vichnou sanglier, Vichnou tortue, etc. Vichnou poisson était jadis le dieu des Paravers.
Passons sur les infamies. Tout est ignoble à qui sait regarder, et les sculptures dévergondées qui, du haut en bas, couvrent d’une dentelle de pierre la pyramide rouge des temples ; et les symboles inoffensifs qui partout, sur les collines, au détour des routes, au fond des chapelles, attirent le regard, et jusqu’aux signes mystérieux que les dévots portent sur le front. Avec quel accent, dans les baptêmes solennels, Xavier devait lancer l’anathème de l’Église : « Fuge, immunde spiritus ! » [Fuis, esprit immonde !].
La laideur impure ne va guère sans dureté de cœur, et les dieux de séduction sont frères des dieux atroces. Siva, dieu de la production, est aussi le « grand destructeur », le seigneur des troupeaux, entendez, maître du bétail humain. Il est le chef des esprits malfaisants, qui hantent les places d’exécution et celles où l’on brûle les morts, et il rôde avec eux à l’entrée de la nuit. Il est le dieu de la folie furieuse et aussi le dieu de l’ascétisme et des austérités. Ce sont les dévots de Siva, ces ermites vagabonds qu’on rencontre çà et là, hirsutes, des amulettes sur la poitrine, enguirlandés de crânes, dédaigneux des ablutions, gourmands de charognes. La déesse Kâli, sa femme, est plus farouche encore. Il lui fallait, il y a cent ans encore, des sacrifices humains. Ses grands dévots étaient les Tugs étrangleurs. En son honneur, des victimes volontaires se laissaient enlever, au-dessus d’une foule en délire, à l’extrémité d’une longue poutre, par des crocs de fer enfoncés dans les épaules. Jusqu’en 1744, à Tiruwella, tous les ans, l’on immolait à Kâli une jeune mère enceinte de son premier enfant.
Ces diaboliques inventions sont comme des accidents au milieu de la vie ordinairement indolente et douce des Indiens. Plus impitoyables en somme, parce que leur action est plus continue, sont les sacrifices de tous les instants que les mœurs imposent à certaines catégories de personnes. Nous aurons à parler de l’abjection qui est le lot des très basses castes. Quant à la femme et à son esclavage, tout a été dit sur ce triste sujet. Si le sort de l’épouse aux Indes n’est pas en somme plus dur qu’il ne l’était en Grèce, si elle ne connaît pas les hontes du harem, avec le veuvage, c’est pour elle l’enfer qui commence. Avant la conquête anglaise, dans les familles nobles, on gardait scrupuleusement l’usage abominable de brûler les veuves sur le bûcher du mari. A toutes, les secondes noces sont interdites. Quel que soit leur jeune âge, eussent-elles été mariées tout enfants, il n’y a pour elles que deuil, solitude, et par suite désordre et infanticide.
Ce n’est pas tout. Ces pauvres gens se sentent parfois en contact immédiat avec le démon. Aussi bien le démon est là chez lui. Des missionnaires, même protestants, le constatent. Un ministre presbytérien écrivait naguère : « Dans les contrées païennes comme celle-ci, Satan exerce encore maintenant un pouvoir qui lui était anciennement accordé, mais dont il est actuellement en grande partie privé dans les pays chrétiens. » Nous ignorons quelles étaient au juste les superstitions propres aux Paravers. Mais leurs proches voisins, les Sanars, rendent un culte très net au démon, ou, si l’on veut, aux fantômes, aux mauvais génies qui errent par le monde, hantent les cimetières et possèdent le corps des hommes. L’idolâtre indien est sous la main d’une puissance mauvaise qui le déprime. A ce terrible inconnu, il attribue les maladies inexpliquées. Il le voit dans les spectres de la nuit et les hallucinations du jour. Il l’entend qui, dans l’ombre, hurle de douleur pour attirer à l’écart et massacrer les gens compatissants. […]
Aussi on cherche à l’apaiser par des sacrifices, des formules magiques, des prières. On lui consacre les enfants. Qu’un homme tombe frappé d’une maladie inconnue, c’est un possédé à exorciser. Le diseur de formules, convoqué, récite des textes ; parents et amis se mettent à chanter, à sauter, à pousser des cris ; ils questionnent le démon, lui présentent des friandises et recueillent comme des oracles les paroles incohérentes échappées au patient.
Comme les autres, les pêcheurs de perles étaient esclaves de cette tyrannie. […] C’était la paix de l’âme que Xavier leur apportait.
L’extirpation de l’idolâtrie
chez les pêcheurs du cap Comorin *
[Pour parachever leur instruction qu’il savait sommaire, François Xavier agissait en s’appuyant sur les enfants de ses premiers convertis pour extirper l’idolâtrie :]
J’ai confiance en Dieu Notre-Seigneur qu’ils seront meilleurs que leurs parents. Ils montrent une grande bonne volonté pour notre loi, pour savoir les prières, pour les enseigner. Ils ont en abomination les idolâtries des païens, à ce point que, souvent, ils leur cherchent querelle, reprenant leurs pères et mères quand ils les voient adorer les idoles et viennent me les dénoncer. Quand je reçois avis de quelque acte de ce genre commis au dehors (car on n’ose plus en commettre dans les villages, par crainte des enfants), je les réunis tous et vais avec eux là où l’on a adoré les idoles. Et le diable reçoit d’eux plus d’injures qu’il n’avait reçu d’honneur de leurs parents au temps où ils fabriquaient et adoraient les idoles. Les petits prennent les idoles, les broient menu comme de la cendre, les jettent au feu, leur brisent la tête, crachent dessus, les foulent aux pieds. Ils leur font encore une foule d’autres affronts que je ne veux pas préciser. Mais cela fait honneur à ces enfants d’accabler ainsi celui qui a poussé l’audace jusqu’à se faire adorer de leurs parents.
Les supercheries des brahmes
La caste la pire *
Notre saint n’exagérait pas quand il écrivait :
Il y a ici une race d’hommes qui s’appellent les brahmes. Toute la gentilité se charge de leur entretien. Ils ont soin des édifices où sont les idoles [5]. C’est la plus perverse race du monde. On peut dire d’eux avec le psaume : De gente non sancta, ab homine iniquo et doloso eripe me [6]. Ces gens-là ne disent jamais la vérité. Ils n’ont qu’une chose en tête, inventer de subtiles impostures pour tromper les pauvres, simples et ignorants. Les brahmes affirment que leurs idoles exigent telles offrandes : c’est justement ce dont les brahmes ont besoin pour s’entretenir, eux, leurs femmes, leurs enfants, leurs maisons. Ils font croire aux simples que les idoles mangent ; de là vient que beaucoup, avant chaque repas, offrent une pièce de monnaie pour l’idole. Les brahmes mangent deux fois le jour. Pendant ce temps, les tambours font grand tapage comme pour une fête. C’est, dit-on aux pauvres, que les idoles prennent leur repas. Quand les brahmes voient que leurs provisions sont presque épuisées, ils disent au peuple que les idoles sont irritées, parce qu’on ne leur envoie pas ce qu’elles ont demandé. Si on ne se hâte pas, il y a à craindre de leur part, la mort, les maladies, ou encore une invasion de démons dans les maisons. Les pauvres gens croient tout cela et, craignant tout de leurs dieux, envoient ce que les brahmes désirent.
Ainsi les vieilles supercheries que raillaient les Pères de l’Église chez les prêtres des faux dieux, on les retrouve chez les brahmes, plus enfantines et plus impudentes : faux oracles, faux possédés, faux prodiges, comédies de résurrection, idoles parlantes, idoles qu’on trouve un matin couvertes de chaînes parce qu’elles ont des créanciers impitoyables, idoles malades et qu’on frotte d’onguents. Le culte de Vichnou consiste à reproduire toutes les phases de la journée humaine. On réveille l’idole, on lui fait sa toilette, on lui apporte ses repas, on lui fait faire sa sieste, et nous supprimons quantité de détails réalistes, grotesques, honteux [7].
A chaque instant, l’Indien consultera le brahme, pour une maladie, une chute, un procès, une maison à bâtir, un rêve, etc., etc. Le brahme répondra toujours sans sourciller, inventera des histoires à dormir debout, qu’il débitera avec emphase ; après cela, il faudra payer la consultation. Comme charlatan, il en est sans rival. L’Indien ment avec ingénuité. Le brahme ment plus que n’importe quel Indien et s’en fait gloire. Xavier avait donc parfaitement raison quand il représentait les brahmes comme d’effrontés exploiteurs de la naïveté publique […].
Ce qui leur manque en vertus, écrit encore Xavier, est compensé, et au-delà, par la méchanceté et l’injustice. Ceux de cette côte où je vais, sont fort ennuyés de ce que ma grande occupation est de dévoiler leur malice. Quand nous sommes en tête à tête, ils m’avouent la vérité : ils trompent le peuple. Mais ils n’ont d’autre patrimoine que ces idoles de pierre, et c’est d’elles qu’ils vivent à force de mensonges. Ils me considèrent comme en sachant plus long qu’eux tous. Ils me font visiter, me font porter des présents et sont fort mortifiés de ce que je ne les accepte pas. Ils voudraient m’empêcher de dévoiler leurs secrets. Ils savent bien, disent-ils, qu’il n’y a qu’un seul Dieu et ils promettent de le prier pour moi. En retour je leur dis ce qui me paraît bon ; et ensuite, aux pauvres sots (tristes simplices) qui ne leur sont dévoués que par crainte, je dévoile, jusqu’à m’en fatiguer, leurs menteries, leurs faussetés. Beaucoup perdent la dévotion qu’ils avaient au démon et se font chrétiens. Sans les brahmes, tous les gentils se convertiraient à notre foi.
Controverse avec les brahmes *
Tandis que je visitais les chrétientés, j’ai dû passer près de nombreuses pagodes. Dans l’une d’entre elles [à Trichandur sans doute] vivaient plus de 200 brahmes. Ils vinrent me voir. Entre autres choses, je leur posai la question suivante :
« Qu’est-ce que les dieux et les idoles que vous adorez vous ordonnent de faire pour aller au ciel ? » — Là-dessus, grande contestation pour savoir qui me répondrait. Un des plus vieux en fut chargé. Il avait plus de 80 ans. Il demanda que, tout le premier, je dise ce qu’ordonnait le Dieu des chrétiens. Je vis le piège et refusai de rien dire avant qu’il n’eût répondu. Il fut forcé de mettre à nu son ignorance. « Les dieux, répondit-il, ordonnent à qui veut mériter d’aller là où ils sont, 1º de ne pas tuer les vaches, mais de les adorer, eux, en elles ; 2º de faire des aumônes et cela, aux brahmes des pagodes. » Sur cette réponse, attristé de voir cet empire des démons aller jusqu’à se faire adorer des hommes à la place de Dieu, je me dressai, disant aux brahmes de rester assis, et, élevant la voix, je récitai le Credo et les commandements en leur langue, m’arrêtant un peu à chaque précepte. Cela fait, j’ajoutai une exhortation, toujours en leur langue, leur expliquant ce qu’est le ciel et l’enfer, qui va d’un côté et qui tombe de l’autre. Mon sermon achevé, tous se levèrent, me firent de grandes caresses, disant que vraiment le Dieu des chrétiens est le Dieu véritable, puisque ses préceptes sont si conformes à la droite raison.
Ces derniers mots prouvent que Xavier n’avait point affaire à des brahmes lettrés. Ceux-là, s’il les avait entretenus, l’eussent peut-être étourdi dans le tourbillon de leurs théories panthéistiques et mystiques. Rien de tel ici : c’est de la psychologie enfantine.
Ils me demandaient : « Quand un homme meurt, par où l’âme sort-elle ? Quand il dort et qu’il rêve être quelque part avec ses amis et connaissances (que de fois cela m’est arrivé, d’être ainsi avec vous, frères bien-aimés !), l’âme s’en va-t-elle et cesse-t-elle d’informer le corps ? » Ils me demandèrent encore : « Dieu est-il blanc ou noir ? » Les hommes sont différents de couleur. Sur cette terre de l’Inde, ils sont noirs. Cela semble bien être la couleur de Dieu. « Oui, Dieu est noir », concluaient-ils, et toutes leurs idoles sont noires. Et ils ne cessent de les frotter d’huile. Aussi sentent-elles affreusement mauvais, et sont-elles laides à faire peur.
A toutes leurs questions, je répondis de manière à les satisfaire. Et, quand j’en vins à cette conclusion : « Il faut vous faire chrétiens, puisque vous connaissez la vérité », ils répondirent (et beaucoup chez nous font la même réponse) : « Que dira le monde si nous changeons à ce point de manière de vivre ?… » Voilà quelle est leur tentation : se faire chrétien, ce serait s’exposer à manquer du nécessaire.
Résistance à la grâce *
Le brahme, poursuit Xavier, me demanda de lui dire les points principaux de la doctrine chrétienne et me promettait de me garder le secret. Je lui dis que je n’en ferais rien si tout d’abord il ne s’engageait à proclamer ce que je lui dirais. Il me le promit. Alors je lui dis et exposai avec une vraie joie ces importantes paroles de notre loi : Qui crediderit et baptizatus fuerit, salvus erit [celui qui aura cru et aura été baptisé, sera sauvé]. Il les écrivit en sa langue avec le commentaire ; je lui exposai tout le Credo et, comme tout se tient, j’y joignis les commandements.
Il me dit qu’une nuit il rêva, et avec un grand plaisir, qu’il était chrétien, qu’il voudrait s’en aller avec moi et être mon compagnon. Il me demanda de le faire chrétien en secret, et de plus sous certaines conditions inacceptables. J’espère en Dieu qu’un jour il le sera sans conditions. Je lui dis d’enseigner aux simples à n’adorer qu’un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre et vivant aux cieux. Lui, retenu par son serment et par crainte d’être tué du démon, s’y refusa.
Énergique formation des néophytes *
Xavier ne reculait pas devant les châtiments, et telle de ses exécutions ne laisse pas que de surprendre. Dès qu’il s’agissait d’actes idolâtriques, il était impitoyable : mais pouvait-il être compris s’il ne frappait fort ? Un chrétien s’obstinait dans ses superstitions. « Le père, dit Bartoli, trouva pour le convaincre et effrayer les autres, un moyen proportionné à sa sottise. Il fit mettre le feu à la hutte du coupable [8]. » C’était une de ces misérables paillotes qui ne coûtent que la peine de les élever. On supplia le saint, le mobilier fut sauvé, mais la case eut vite disparu et avec elle les idoles. L’homme se le tint pour dit, « il avait compris quel autre feu plus terrible eût mérité son infidélité [9] ».
Il est à noter que les Indiens n’étaient aucunement choqués du procédé. Un petit seigneur déclarait plus tard à l’abbé Perrin : « Mon père, vous demeureriez vingt ans parmi nous que votre zèle serait sans succès. — Comment cela ? — Parce que vous ne voulez pas nous frapper autrement que par vos discours. Sachez que pour nous rendre bons, il faut que les avis entrent dans nos têtes à mesure que le sang sort de nos veines. Les jésuites, qui nous gouvernent depuis si longtemps, savent ce qui nous convient ; aussi nous mènent-ils comme il leur plaît [10]. » […]
Avec le temps, ces rudes leçons portèrent leur fruit. L’apôtre eut enfin la joie d’écrire :
Soyez bons pour eux. Je suis heureux de voir qu’ils ne boivent plus d’arak, ne font plus de pagodes, et, le dimanche, vont à la prière. Si, au temps où ils ont été baptisés, on les avait instruits comme vous le faites maintenant, ils seraient bien meilleurs qu’il ne sont.
L’ivrognerie disparut : on n’entend plus parler de ce vice dans les lettres des missionnaires [11].
Le catéchisme de
saint François Xavier *
Voici la méthode d’enseignement catéchétique que saint François Xavier mit au point à Goa, au début de son ministère en Inde, et qu’il continua ensuite d’utiliser parmi les Indiens paravers du cap Comorin.
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François lui-même rédigea plus tard, à l’usage des Pères, un petit manuel où nous trouvons détaillée sa méthode.
Le peuple une fois réuni, dit-il, le catéchiste, tête nue, fera le signe de la croix, lèvera les mains vers le ciel, et, à voix haute et distincte, récitera le Notre Père. Deux enfants convenablement stylés, répéteront après lui chacun des mots de la prière ; puis il dira : « Mes frères, faisons profession de notre foi. Exerçons-nous à poser des actes des trois principales vertus qu’on appelle théologales, foi, espérance, charité. » Alors, commençant par la foi, il interrogera les assistants : « Croyez-vous en un seul vrai Dieu, tout-puissant, éternel, immense, sage infiniment ?... » Et la foule répondra : « Oui, Père, par la grâce de Dieu, nous croyons. — Eh bien ! dites tous en même temps avec moi : Seigneur Jésus-Christ, fils du Dieu vivant, donnez-nous la grâce de croire fermement cet article de notre sainte foi, et, pour l’obtenir, récitons un Notre Père. » Et toute l’assemblée priera en silence. Le maître, élevant de nouveau la voix : « Allons, dites avec moi : sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, obtenez-nous de Dieu la grâce de croire fermement cet article de notre sainte foi. Et, pour l’obtenir, disons tout bas ensemble un Ave. »
Le catéchiste devait passer alors à un autre point : « Croyez-vous, mes frères, que ce vrai Dieu est un seul et unique Dieu en essence, un en trois personnes, Dieu le Père, Dieu le Fils, Dieu le Saint-Esprit ? » Et la foule de répondre : « Nous croyons » ; et l’on priait pour obtenir le don de la foi. Et ainsi d’article en article.
Arrivé au bout, il ajoutait : « Nous allons dire sept Pater et sept Ave en l’honneur de l’Esprit-Saint, pour qu’il daigne enrichir nos âmes de ses sept dons, de ceux-là surtout qui peuvent nous aider à croire fermement ce que nous enseigne la sainte foi catholique. »
Les sept Pater et Ave récités, le catéchiste concluait : « Nous avons fini, mes frères, notre profession de foi. » Et il ajoutait : « Il nous reste à exercer les actes des deux autres vertus, l’espérance et la charité. » Suivaient d’autres prières. Ce n’était encore que le prélude. Il fallait maintenant expliquer plus à fond un point de doctrine, article de symbole, sacrements, vertus, textes d’une prière. François le faisait aussi simplement que possible, dans une langue comprise de tous, sorte de patois, mêlé de portugais et d’indien, et il concluait par une histoire.
Enfin, il répétait une méthode de confession générale que les enfants redisaient après lui, point par point. Il leur faisait faire à tous un acte de contrition parfaite. On récitait trois Ave Maria, le premier pour les personnes présentes, les deux autres à d’autres intentions, au gré de chacun.
Tels étaient les catéchismes de saint François Xavier, exercices essentiellement populaires, mais exercices de prière autant que d’enseignement. Là est leur grande originalité. Xavier était pénétré de cette vérité que la foi est un don de Dieu. S’il y faut un effort des facultés naturelles, il y faut surtout la grâce, et par conséquent, il faut redire le mot des Apôtres : Adauge nobis fidem.
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Chez les bonzes japonais *
Mœurs des bonzes
A qui sait lire entre les lignes, il n’est pas besoin de grande imagination pour entrevoir la vérité, et la vérité est laide. Saint François Xavier savait à quoi s’en tenir. Depuis longtemps, on lui avait dit que ces graves ascètes, éducateurs de la jeunesse noble, étaient ostensiblement adonnés à des pratiques honteuses. Qu’on nous pardonne de parler de ces tristes choses ; le saint n’a pas craint de renseigner sur la matière ses correspondants d’Europe. Après tout, si nous voulons rendre justice à ceux qui ont cultivé, au Japon, tant de fleurs de pénitence et de chasteté, il est bon d’entrevoir dans quel sol de pourriture la grâce a opéré ces merveilles.
Passons sur les bonzes et bonzesses de bas étage. Bien des histoires courent sur leur compte ; rien n’y manque, pas même l’infanticide, et Xavier nous déclare : « Par ce que j’ai vu de mes yeux, le public ne se trompe pas à leur sujet ! » Mais il y a l’aristocratie de la secte, les bonzes noirs, avec leur semblant de décorum et leur dérisoire vœu de continence. Ils ne valent pas mieux que les autres. Chez eux, le célibat idolâtrique portait tous ses fruits de honte contre nature ; et, dans un peuple chrétien, ils seraient de ceux que la cour d’assises juge à huis clos. « En somme, déclarait Xavier, les séculiers se conduisent mieux, je les vois plus soumis à la raison que leurs prêtres. » Plus brutalement, le proverbe populaire disait de la secte des Fokekio : « Quand un bonze de cette secte deviendra bouddha, la bouse de vache se changera en sauce de fèves [12]. » Avant le bouddhisme, assure-t-on, certains excès étaient inconnus au Japon, et c’est elle, la religion qu’on nous dit si bienfaisante, qui a mis cette tare dans la race. On en parle, on en rit, on s’en vante. « Les bonzes, dit saint François Xavier, ne songent même pas à le nier. Le fait est si notoire, si connu de tous, hommes et femmes, grands et petits, si bien passé en coutume, qu’il n’excite ni étonnement, ni horreur. » Du reste, pour eux, prêtres et docteurs de la nation, c’est là comme un privilège et la compensation de leur vie austère. Ce bouddhisme de pourriture n’est pas sans doute celui des érudits et des artistes, mais c’est le bouddhisme vivant, l’éducateur du vieux Japon. […]
Discussions avec les bonzes
Saint François Xavier ne se contentait plus maintenant de prêcher dans la rue et à la porte des bonzeries ; il pénétrait résolument chez les moines, provoquait les controverses, allait et venait, « entrait et sortait, dit le frère Fernandez, comme s’il eût été chez lui ».
Il ne craignait pas de reprocher en face, à ces vénérables personnages, l’infamie dont ils ne faisaient pas mystère. A la longue, cette audace pouvait devenir dangereuse. Mais il avait pour lui ce reste de bon sens naturel et de sens moral qui, chez les laïques, surnageait encore à fleur de conscience. « Ceux qui ne sont pas bonzes, écrit-il, sont heureux de nous entendre attaquer cet abominable péché. Ils avouent que nous avons grandement raison de traiter de misérables ceux qui le commettent. » Souvent, les prêtres bouddhistes ne s’irritaient pas encore ; ils s’étonnaient et, aux attaques du saint, répondaient par des rires et des haussements d’épaules.
Et pourtant, Xavier s’était fait des amis jusque parmi ces étranges ascètes. « J’ai causé souvent avec certains bonzes plus instruits, dit-il, surtout l’un d’eux, très respecté de ses confrères pour sa doctrine, sa vie, sa dignité et aussi son âge, quatre-vingts ans. Il s’appelle Ninjit, c’est-à-dire, en japonais “cœur de vérité”. Il est comme leur évêque ; heureux si son nom lui convenait ! Il se montre tellement mon ami, que c’est merveille. » Ninjit était un vieillard naturellement affable et doux, faisant le bien. Il aimait la conversation du père, goûtait ses enseignements qu’il déclarait conformes à la raison. Il s’ouvrait à lui en toute sincérité. Il avouait, et cet aveu devait coûter à sa fierté de Japonais, que le bonze étranger en savait plus long que lui.
Xavier amenait volontiers la discussion sur la vie future. Le bonze admettait une certaine survivance de l’être humain. Mais, lorsque le saint lui demandait en quoi cela consistait, il ne recevait que des explications flottantes. Sa précision de théologien occidental donnait aux horizons philosophiques une netteté de contours déconcertante pour l’esprit bouddhique. Que répondre à cette question : croyez-vous l’âme immortelle ? quand on admet à peine la personnalité, quand le repos définitif du nirvâna ne comporte ni la persistance d’un moi conscient, ni l’anéantissement, mais son absorption dans l’absolu ? Xavier ne se doutait guère de ce qui se cachait d’illogisme, aimé pour son propre charme, sous les incertitudes du Todô de la grande bonzerie, quand il écrivait : « Nous avons souvent causé tous les deux. Je l’ai trouvé hésitant sur le point de savoir si l’âme est immortelle ou si elle meurt avec le corps. Tantôt il me dit oui, et tantôt non. Ainsi doivent être tous leurs lettrés. »
Les missionnaires qui viendront plus tard diront plus crûment : « Pour ces Jenxus [la secte du vieux Ninjit], naître et mourir, c’est tout. Pas d’autre vie. Ni châtiment pour les mauvais, ni récompense pour les bons. Point de Créateur. Point de Providence. » Sous cette forme un peu brutale, le résumé est exact. Les Jenxus professaient un bouddhisme radical, athée et matérialiste. Pour eux, le nirvana est l’anéantissement pur et simple. Pareil état d’esprit ne laissait pas que de déconcerter les prêtres européens, et ils se demandaient ce que cachaient ces théories extrêmes. Ce qu’ils savaient des mœurs « monastiques » au Japon n’était pas pour leur faire prendre au sérieux les transcendances métaphysiques dont s’enveloppaient ces négations. Ils remarquèrent qu’elles étaient chose aristocratique. C’était le credo des seigneurs, qui avaient besoin de n’être pas trop gênés ici-bas dans l’usage et l’abus des choses terrestres ; et les missionnaires concluaient qu’en tout cela, de la part des bonzes, il n’y avait que basse concupiscence. Ils flattaient les passions des grands pourqu’on leur rendît la pareille.
Le père Louis Frois écrivait encore : « Cent fois par an, ils se livrent à l’exercice du zagen, sorte de méditation d’une heure ou deux. Ils réfléchissent sur cette axiome : “Il n’y a rien”. Pourquoi cet exercice ? Évidemment c’est pour étouffer les remords de conscience. » François reçut un jour une confidence curieuse. Voyant des bonzes accroupis qui semblaient contempler, immobiles, dans l’attitude hiératique de leurs bouddhas, il s’enquit de ce qu’ils faisaient. Le vieux Ninjit fut franc : « Les uns calculent ce que, le mois passé, ils ont tiré de leurs paroissiens ; les autres, comment s’habiller, se régaler, s’amuser. Pas un ne songe à chose d’importance. »
Il y songeait, lui parfois, le supérieur de ces charlatans. Les entretiens du père François avaient éveillé en son âme des préoccupations nouvelles. « J’aurais bien voulu, disait-il plus tard, savoir tout ce que le père François venait prêcher au Japon, mais, faute d’interprète, je n’arrivais pas à le comprendre. » Cependant, malgré la difficulté qu’ils pouvaient avoir à se communiquer leurs pensées, Xavier et lui, la parole du saint répondait trop à de secrets appels de la conscience pour que l’inquiétude ne finît pas par entrer dans cette âme. Un jour Xavier lui demanda : « Quel temps préférez-vous, la jeunesse passée ou bien la vieillesse où vous voilà ? — La jeunesse, répondit Ninjit. — Pourquoi ? — Parce que le corps est bien dispos et que l’on peut faire tout ce que l’on désire. » — François reprit : « Quand des navigateurs vont d’un port à un autre, quel moment préfèrent-ils ? Celui où, en pleine mer, ils se voient exposés aux tempêtes, ou celui où ils se voient près du but ? — Je vous comprends, répliqua le bonze ; mais cela n’est pas pour moi ; je ne sais pas vers quel port je vais. Pour qui le sait, et à qui le port est ouvert, s’en approcher est le meilleur. Moi, j’ignore où et comment j’aborderai. »
Ainsi causaient le bonze et le missionnaire. Bien des fois, la grâce dut frapper à la porte de ce cœur, « humble pour un Japonais », disait de lui plus tard un missionnaire qui le vit en passant ; et le cœur tardait toujours à s’ouvrir. Mais que de prétextes pour différer ! passions mal éteintes, nécessité de se déjuger et de condamner son passé, et, s’il abandonnait sa position de supérieur, la perspective assurée de déchoir. Bref, lui aussi, « s’en allait triste, parce qu’il était riche » (Mc 10, 21). […]
Persécutions
[Mais] François avait des ennemis. Pour quelques moines d’esprit large et touchés par la grâce, combien d’autres s’inquiétaient de l’influence grandissante du prêtre européen et du progrès lent mais réel du christianisme ! « Sans eux, déclarait le saint, Paul de Sainte-Foi [le premier compagnon japonais converti du saint] eût conquis à Jésus-Christ toute la ville. »
Comment les bonzes n’eussent-ils pas fait opposition ? Ces étrangers attaquaient tout chez eux, infamie des mœurs, absurdité des doctrines, hypocrisie de la conduite. Donc, pour sauver la « confrérie » bouddhique, à tout prix, il fallait forcer les « barbares » de l’occident à disparaître. Ce n’était pas que la communauté chrétienne fût considérable. Une centaine de baptisés : voilà le résultat d’une année de prédication en ce pays où tout d’abord on avait espéré faire si ample moisson.
Mais le prestige des bonzes allait s’évanouissant, et, avec le prestige, les ressources. La conversion d’une noble japonaise et de sa famille mit le comble aux fureurs. La lutte éclata. Les bonzes agitèrent l’opinion ; ils excommunièrent ceux qui osaient écouter les étrangers. Quand le saint prêchait, un moine venait près de lui et criait à la foule : « C’est un démon à forme humaine. » A ses sermons ils opposèrent les leurs.
Dans le public, on racontait de Xavier des faits extraordinaires. Il avait, à distance, rappelé à la vie une enfant qu’on disait morte. Un lépreux, qui vivait à l’écart, l’avait prié de venir le guérir : Xavier, trop occupé ailleurs, avait envoyé un de ses compagnons. Trois fois celui-ci avait demandé à l’infirme s’il voulait être chrétien. Sur la réponse affirmative, il avait fait le signe de la croix et la lèpre avait disparu. « Sorcelleries ! » disaient les bonzes. Mais cette réplique ne suffisant pas à désabuser le peuple, ils contèrent que les missionnaires se nourrissaient de chair humaine ; et, la nuit, des inconnus jetaient devant la porte des chiffons ensanglantés. A ce coup, un revirement se fit. Les hostilités éclatèrent. Les étrangers furent bloqués dans leur maison. S’ils s’aventuraient au dehors, pluie d’injures et grêle de pierres. Pendant leur sommeil les projectiles défonçaient portes et fenêtres.
Tout n’allait pas cependant au gré des meneurs. Le gouverneur de la ville, sachant que le daimyô [prince local] protégeait Xavier, résistait à cette brutale pression. L’on s’adressa plus haut. Les bonzes, au nom des divinités outragées, sommèrent le prince d’expulser les missionnaires.
Shimatzu [nom du daimyô] était-il très sensible à l’honneur de ses dieux ? Il pouvait bien être de ces puissants pour lesquels la religion était question négligeable, et qui, jaloux du prestige des bonzes, n’étaient pas fâchés de les voir humiliés. D’après certains biographes, il répondit aux accusateurs, en opposant leurs vices aux vertus de l’Européen, sa modestie à leur orgueil, son désintéressement à leur avarice ; il les renvoya confondus et fit dire à Xavier d’avoir bon courage et de compter sur lui.
Les documents contemporains ne parlent pas de cette résistance. Sans doute elle ne fut pas de longue durée, et elle dut vite céder à un irrésistible argument. On apprit qu’un vaisseau portugais venait de paraître, et cette fois encore à Firando. Décidément la faveur accordée au prêtre européen par Shimatzu ne servait de rien ; les « barbares du Sud » n’en tenaient compte, ils s’éloignaient de ses États. En conséquence, défense fut faite aux habitants de passer à la religion des étrangers, et cela sous peine de mort.
Les missionnaires n’étaient pas directement menacés, non plus que les indigènes déjà baptisés ; mais tout apostolat devenait impossible. Fallait-il attendre un revirement chimérique et s’enfermer dans le cercle étroit de la chrétienté ? Xavier jugea que mieux valait s’éloigner. […]
« Nous quittâmes donc les chrétiens, écrit simplement Xavier ; ce fut avec beaucoup de larmes de leur part. Ils nous remercièrent des peines que nous avions prises pour leur apprendre la voie du salut. » le départ eut lieu en septembre 1550 ; il y avait un an et un mois que les pères étaient au Japon.
« Vous avez charge d’âmes et Dieu,
un jour, vous en demandera compte… »
La lettre de 1545 au roi *
C’est l’honneur de Jean III [roi du Portugal] d’avoir su écouter les rudes leçons que, de l’autre côté des mers, lui envoyait parfois le grand apôtre :
Mettez-vous bien en tête, disait Xavier, et répétez-vous souvent, que, si Dieu vous a donné l’empire des Indes, c’est pour vous éprouver, pour voir le fond de votre cœur, quelle reconnaissance vous aurez pour lui. Il s’agit beaucoup moins de remplir vos trésors des richesses de l’Orient, que de montrer à Dieu votre zèle en aidant les missionnaires. Cela, vous l’avez compris, de là les recommandations que vous faites à vos officiers. Vous sentez que vous avez charge d’âmes et que Dieu, un jour, vous demandera compte de toutes celles qui se perdent faute d’avoir qui les enseigner.
[…] Le vicaire général, don Michel Vaz, allait partir pour Lisbonne. Il portait au roi des rapports exacts sur l’état spirituel des Indes, les obstacles, les espérances de progrès. Xavier faisait de lui un éloge dont il faudra se souvenir quand nous entendrons les historiens protestants le traiter de vulgaire persécuteur [13] :
On le regrette ici, disait le saint. Il faut nous le renvoyer dans un an. C’est un devoir de conscience. Nul ne vous aidera mieux à remplir vos obligations envers les Indes, que ce ministre très fidèle. Il a pour lui la vertu, l’expérience de nombreuses années, la vénération acquise auprès du peuple, le zèle à saisir toutes les occasions de procurer la gloire de Dieu.
Si donc le roi veut prendre les intérêts de Dieu et de l’Église, être agréable à tous les gens de bien qui vivent aux Indes, aux néophytes, à Xavier lui-même, il faut que Michel Vaz revienne sans faute, une fois sa mission accomplie. Encore un coup, c’est pour le roi un devoir de conscience.
Dieu m’en est témoin, ajoute Xavier, on ne peut se passer de lui ici, car lui, du moins, a le courage de s’opposer, sans faiblir, à tous les persécuteurs des chrétiens.
On ne peut compter sur l’évêque, poursuit le saint. Il a une vertu très haute ; « l’esprit chez lui est complètement victorieux de la chair », mais il est vieux, infirme, et les forces du corps ne sont pas à la hauteur de celles de l’âme. Raison de plus pour ne pas le priver de son bras droit.
Ce point réglé, François abordait le sujet qui lui tenait le plus à cœur, les réformes à apporter dans l’administration, au point de vue des intérêts chrétiens. Les nations protestantes qui plus tard, aux Indes, se disputeront les dépouilles du Portugal, poseront, très net, le principe de l’indifférence en matière d’apostolat. Elles seront marchandes et rien de plus, quitte à se départir de cette ligne de conduite, quand il leur sera utile de s’en prendre aux papistes. Pareil scepticisme mercantile eût paru monstrueux aux Espagnols et aux Portugais contemporains de Xavier : ils n’oubliaient jamais complètement le mot d’ordre, « unir la croisade à la conquête ». Quant à eux, les missionnaires, et Xavier en tête, n’hésitaient pas, quand il le fallait, à réclamer un appui qu’on avait le devoir de leur offrir : subsides, intervention diplomatique, et même, en certains cas, protection armée. Puisqu’il y avait dans l’Inde un pouvoir civil chrétien, on devait pouvoir s’en ressentir. Puisque, à Lisbonne, le roi faisait tant de déclarations en faveur de la propagation de la foi, aux Indes on devait en constater les effets. Or, en pratique, ce n’était que lacunes et contradictions. Mauvaises mœurs des colons entraînant le mépris pour la foi chrétienne ; l’idolâtrie publique tolérée en plein Goa, les brahmes tout-puissants sur le territoire portugais ; une seule chose considérée, l’argent ; les plus honorables charges et les plus lucratives vendues aux musulmans, inabordables aux chrétiens indigènes ; les employés du fisc si durs pour les pêcheurs paravers, qu’on les prendrait pour des pillards ; les esclaves chrétiens vendus à des idolâtres sans souci des âmes ; l’insouciance des autorités portugaises laissant le roi [païen] de Cochin confisquer les biens de ses sujets qui passaient au christianisme. Ces plaintes, don Michel Vaz allait en porter le détail au roi. Pour lui, Xavier s’en tient, dans sa lettre, à une conclusion qui lui paraît s’imposer à la conscience royale. Exhorter, par lettres régulières, ses officiers à mieux agir, c’était bien ; mais il fallait des actes, il fallait savoir châtier [14]. Le saint avait raison. Un des vices de l’administration coloniale, c’était l’impunité des coupables. […] Xavier continuait donc :
Le jour du jugement est proche, il viendra plus vite qu’on ne croit. Mais alors, lorsque le Seigneur examinera l’âme du roi, il lui reprochera d’avoir laissé impunies aux Indes les fautes commises contre son saint nom au lieu qu’il était si sévère dans les impôts et la perception des revenus royaux. Sera-ce une réponse que de dire : « J’écrivais tous les ans ? ».
Et Xavier se demande comment on pourrait bien rendre plus efficace la protection royale en matière religieuse. Ce qui entrave l’action des gouverneurs les mieux intentionnés, n’est-ce pas que leurs pieuses intentions sont trop souvent en désaccord avec la politique ou les intérêts d’argent ? Ne pourrait-on séparer les deux domaines et donner pleine autonomie à la religion ? Pourquoi ne pas envoyer aux Indes un officier revêtu de l’autorité même du roi, ne s’occupant que de religion, chargé de supprimer les scandales et autres obstacles au progrès de la foi ; constituer par conséquent une haute police religieuse ? Au fond, ce que Xavier demande, c’est une extension, aux pays d’outre-mer, de l’Inquisition du Portugal. Il menacera bientôt le capitan de Tuticorin de le dénoncer au grand Inquisiteur, frère du roi.
L’objet propre de cette institution nouvelle, plus que la surveillance des hérétiques et des judaïsants, serait la répression de ces officiers prévaricateurs dont les crimes entravent le progrès de l’Évangile. […]
[A ce sujet] un des passages les plus célèbres de ses lettres date précisément de cette époque :
Ne permettez à aucun de vos amis, écrit-il au père Simon Rodriguez, de venir aux Indes comme officier du roi. C’est à la lettre qu’on peut appliquer à ces gens le mot : « Deleantur de libro viventium et cum justis non scribantur [15]. » En vain vous vous confierez à leur vertu ; s’ils ne sont confirmés en grâce comme les apôtres, n’espérez pas qu’ils feront leur devoir. Ici c’est si bien la coutume de ne pas faire ce que l’on doit, qu’on n’en a cure, et tous vont par le chemin de rapio, rapis. Et j’admire comme ceux qui nous arrivent de là-bas, inventent des temps, modes et participes nouveaux à ce verbe rapio, rapis. Et ils font si belle diligence, ceux qu’on nous dépêche de là-bas avec ces charges, qu’ils ne lâchent jamais ce qu’ils ont pris. Par où vous voyez comme ils s’en vont mal dépêchés de cette vie en l’autre [16].
[Aussi], toujours plus hardi et sûr d’être compris, François poursuit [sa lettre au roi] :
Que le roi compare les immenses richesses que Dieu lui a données dans les Indes et le peu qu’il a fait jusqu’à présent pour lui ; qu’il fasse cet examen en conscience et qu’il conclue à être plus généreux quand il s’agit des intérêts éternels.
Si, lui, ose parler de la sorte, c’est qu’il aime profondément le roi ; c’est qu’il lui semble qu’une voix s’élève des Indes reprochant au prince d’être avare envers cet empire dont les besoins spirituels sont immenses.
[…] Le 16 mai 1546, il écrivit [encore] au roi :
Il est une autre chose nécessaire, pour qu’on vive aux Indes en bon chrétien, c’est que votre Altesse y institue la sainte Inquisition. Beaucoup, en effet, y vivent dans la loi mosaïque ou dans la secte de Mahomet, sans aucune crainte de Dieu ou vergogne du monde. Or ils sont nombreux, épars dans toutes les forteresses. Il nous faut donc la sainte Inquisition et de nombreux prédicateurs. Que votre Altesse pourvoie ses loyaux et féaux sujets des Indes de choses si nécessaires.
Au moment où cette requête partait d’Amboine, à Lisbonne, on lui donnait un commencement d’exécution. Don Michel Vaz revenait aux Indes armé du titre d’inquisiteur.
[Fin des extraits du livre Saint François Xavier du père Brou.]
Reliques de saint François Xavier à Goa.
[1] — Cependant, sa fête liturgique est reportée au 3 décembre.
Saint François Xavier est né en 1506 près de Pampelune (Espagne). Étudiant, puis jeune professeur à Paris, il fut « converti » par son compagnon de chambre, Ignace de Loyola. Renonçant au monde, il suivit le fondateur des jésuites et s’adjoignit au groupe de ses premiers compagnons. Sur l’ordre de Paul III, il fut envoyé aux Indes en 1541. Les dix années qu’il passa en Extrême-Orient constituent l’une des épopées les plus fantastiques de l’histoire des missions catholiques.
[2] — Voir A. Brou, Saint François Xavier, t. II : 1548-1552, Paris, Beauchesne, 1912, p. 360-369.
[3] — Le Décret Ad gentes, sur l’activité missionnaire de l’Église, dans son chap. 2, article 1 (« Le témoignage chrétien »), déclare : « [Les enfants de l’Église] doivent être familiers avec leurs traditions nationales et religieuses [celles des autres hommes], découvrir avec joie et respect les semences du Verbe qui s’y trouvent cachées » (AG 11). L’expression, tirée de saint Justin (« la semence du Verbe innée dans tout le genre humain », 2 Apol. 8), donne lieu, chez les théologiens conciliaires, à une fausse interprétation : ils l’entendent de vérités chrétiennes surnaturelles alors que saint Justin ne l’entendait que de vérités naturelles partielles : « Les écrivains [païens] ont pu voir confusément la vérité, grâce à la semence du Verbe qui a été déposée en eux. Mais autre chose est de posséder une semence et une ressemblance proportionnée à ses facultés, autre chose l’objet même dont la participation et l’imitation procèdent de la grâce qui vient de lui » (2 Apol. 13). Voir Le Sel de la terre 26, p. 29-30 et Le Sel de la terre 38, éditorial.
* — Tome I, p. 195-196. Pour ne pas alourdir le texte, nous avons supprimé les références que le père Brou donne systématiquement pour étayer toutes ses citations et affirmations. Les lecteurs désireux de connaître les sources pourront se reporter au livre du père Brou. Au reste, les paroles du saint sont presque toutes tirées de Monumenta Xavierana, tomus primus, Madrid, 1899-1900 et du livre en deux volumes du père L. J. M. Cros S.J., Saint François de Xavier, sa vie et ses lettres, Toulouse-Paris, 1900. Le père Brou a aussi utilisé largement les anciens biographes du saint : Valigano, Historia del principio de la C. de Jesus en las Indias orientales ; Tursellini, De vita Fr. Xaverii qui primus e Societate Jesu in India et Japonia Evangelium promulgavit, Rome, 1594 ; Lucena, Historia da vida do Padre Francisco de Xavier e do que fizerão na India os mais religiosos da Companhia de Jesu, Lisbonne, 1600 ; Gonçalvez, Historia da Companhia na India (écrite à Goa entre 1593 et 1619) ; Bartoli, Dell’istoria della Compagnia di Gesù, 1653 ; F. de Sousa, Oriente conquistado a Jesu Christo pelo Padres da Companhia de Jesus da Provincia de Goa, Lisbonne, 1710.
[4] — Il est intéressant de noter que cette délivrance d’une femme en mal d’enfant fut racontée au procès de 1616 par des témoins qui ne pouvaient guère la connaître que par tradition. […] Or, dans leur récit, comparé à celui de Xavier, on ne discerne pas trace de développement légendaire. Sans prétendre exagérer l’importance de cette constatation, ne peut-on y trouver un commencement de garantie pour la fidélité générale des souvenirs enregistrés au procès, soixante et soixante-dix ans après les événements ? (Note du père Brou.)
* — Tome I, p. 189-193.
* — Tome I, p. 208.
* — Tome I, p. 211-213.
[5] — Plus exactement peut-être, ils vivent sur les revenus des pagodes. Il y a dans les temples beaucoup d’autres prêtres qu’eux. (Note du père Brou.)
[6] — « De la race impie, de l’homme pervers et menteur, délivrez-moi » Ps 42, 1.
[7] — Dubois, P. III, ch. IV – Gr. Encyclopédie, t. XX, p. 102-103 – Le père Balt. Nunez, compagnon de Xavier, donne des détails plus précis et plus crus. Sel. Ind. Ep. p. 40. (Note du père Brou.)
* — Tome I, p. 214-215.
* — Tome I, p. 218.
* — Tome I, p. 245-246.
[8] — Heureusement que saint François Xavier ignorait Dignitatis humanæ ! Tout comme Notre-Seigneur lui-même qui n’hésita pas à exercer la contrainte physique à l’égard de Saul en le jetant à bas de cheval…
[9] — Bartoli, Dell’ istoria della Compagnia di Gesù. L’Asia, l. I, n. 31. (Note du père Brou.)
[10] — Perrin, Voyage dans l’Indoustan, Paris, 1807, t. II, p. 200, 208, 210. (Note du père Brou.)
[11] — Plus tard seulement, après la suppression de la Compagnie, les Paravers, abandonnés aux prêtres goanais, retombèrent dans le même péché. Quand les Jésuites revinrent, il fallut reprendre les procédés énergiques de saint François Xavier : organisation d’une police spéciale et pénitence publique, y compris les verges. Or c’était les Indiens eux-mêmes qui avaient pris l’initiative des sévérités et se faisaient, même en l’absence du Père, les exécuteurs des sentences (Bertrand, lettre du 6 août 1841. Lettres des nouv. Missions du Maduré, t. II, p. 238). (Note du père Brou.)
* — Tome I, p. 163-164.
* — Tome II, p. 149-150 et 163-169. Saint François Xavier passa deux ans au Japon, d’août 1549 à novembre 1551. Il débarqua le 15 août 1549 à Cangoxima, au Sud de l’île de Kyûshû, accompagné de deux missionnaires et de trois Japonais.
[12] — Le miso, sauce de fèves, était un plat très recherché.
* — Tome I, p. 303-309.
[13] — Ce qui valut à Michel Vaz cette réputation, ce fut sa sévérité à l’égard des judaïsants. (Note du père Brou.)
[14] — Monumenta Xaveriana, p. 358.
[15] — « Qu’ils soient effacés du livre des vivants, et ne soient pas inscrits parmi les justes. »
[16] — « Os que de lá vem despechados com estes cargos… por iso podeis ver quam mal despachados vão as almas… » Ce passage a été commenté par le père Antoine Vieyra dans son célèbre sermon sur le bon Larron, et appliqué aux officiers du Brésil. (Note du père Brou.)

