+ L’année liturgique
en chant grégorien
Offrir aux fidèles de la Tradition catholique et aux amateurs de chant grégorien l’intégralité du propre du Temps de l’année liturgique en chant grégorien, selon le missel dit de saint Pie V, est une entreprise sans équivalent que nous devons à M. l’abbé Lorber, alors qu’il était prieur de la Fraternité Saint‑Pie‑X à Bruxelles.
Certes, les rayons des disquaires abondent de disques de chant grégorien, mais, outre qu’il s’agit le plus souvent d’enregistrements conformes au missel de Paul VI, ils offrent généralement les mêmes pièces, à savoir la liturgie des grandes fêtes (Noël, Pâques, Pentecôte, etc.) et semblent s’adresser davantage au mélomane et au curieux qu’au fidèle soucieux d’approfondir la liturgie catholique.
Tout autre est le propos de la Schola Bellarmina de Bruxelles qui nous offre, en quatorze CD regroupés en sept volumes, l’intégralité des pièces du propre (introït, graduel, alleluia ou trait, offertoire et communion) de la messe de chaque dimanche de l’année. Il n’entre pas dans notre propos de discuter ici des mérites et des limites musicologiques de cette entreprise. D’autres, plus savants que nous en ces matières, s’en chargeront peut-être. Qu’il nous suffise de dire que la Schola de Bruxelles, composée pour ces enregistrements réalisés dans la Chapelle du Très Saint‑Sacrement d’Anvers, de quatre chantres, donne une lecture extrêmement claire des pièces liturgiques interprétées. Elle bénéficie du soutien discret de l’organiste Frédéric Moreau‑Saran qui offre également quelques pièces pour orgue seul, en guise d’accompagnement de la procession d’entrée de certains dimanches. Chaque coffret comprend également un livret de 12 pages, présentant pour chaque dimanche la traduction française des textes latins ainsi que quelques commentaires sur la liturgie, tirés essentiellement de l’ouvrage de Dom Schuster, OSB, Liber Sacromentorum, (Éditions Vromant, Bruxelles, 1925). S’il est permis d’exprimer un seul regret, c’est qu’il n’ait pas été possible d’inclure les partitions dans ces livrets. Cela aurait permis aux fidèles ne possédant pas de Liber usualis (communément appelé 800), de profiter encore plus pleinement de ces enregistrements.
En tout état de cause, les mérites de cette entreprise sont nombreux et l’intérêt qu’elle présente est d’abord d’ordre spirituel. Chaque disque est en effet un instrument de travail et de méditation, qui, missel en main, permet de préparer plus profondément l’assistance à la messe dominicale. Cette préparation, indispensable pour tirer tout le profit spirituel de la liturgie catholique, se limite généralement aux grandes lectures (épître et évangile), et aux oraisons. Mais les pièces chantées, qui sont le plus souvent tirées du Livre des Psaumes, ne sont pas moins riches et offrent une très belle matière pour la prière personnelle et la méditation. L’ornement du chant grégorien en éclaire et en approfondit le sens.
Il n’est pas douteux non plus que ces disques soient d’un précieux secours pour les chantres amateurs qui, dans des chapelles et prieurés souvent isolés et dépourvus de moyens, trouveront un appui à leur travail pour tenter de rehausser de chants la beauté de la liturgie traditionnelle. Enfin, ces enregistrements pourraient également permettre aux fidèles de joindre leurs voix à celles de la schola dans des pièces comme les alleluias et les antiennes de communion, comme cela était le cas il y a quelques décennies, avant que les ravages de la réforme liturgique ne déracinent de la culture catholique le chant multi-séculaire de l’Église.
Souhaitons que le travail de la Schola Bellarmina, dont il faut espérer qu’il sera un jour complété par l’enregistrement du propre des grandes fêtes, reçoive une large diffusion dans les foyers de la Tradition catholique et qu’il contribue à réaliser le vœu du saint pape Pie X : que les fidèles puissent prier sur de la beauté.
J. Daire
L’année liturgique en chant grégorien, 7 volumes de 2 CD, Schola Bellarmina, Bruxelles, sous la direction de M. l’abbé Bernard Lorber.

