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A Mesnil-Saint-Loup :

 

La restauration d’une paroisse et d’une chrétienté

 

 

 

par le frère Marie-Dominique O.P.

 

 

 

 

Dans La Liberté de l’Yonne, le 15 février 1920, on pouvait lire ce qui suit :

 

Existe-t-il encore en France – en ce pays de chrétienté par excel­lence – des villages corporativement chrétiens ? dans lesquels la pa­roisse couvre la même superficie que la commune ; dans lesquels on ne dise pas (en baissant la voix) : « Tel homme va à la messe », mais où l’on dise avec commiséra­tion : « Un tel n’est pas chrétien. » […] Existe-t-il encore des villages où la vie banale de chaque jour et de chacun, et de tous, soit entièrement surnaturalisée par la foi et informée de christianisme ?

J’en connais un : c’est dans le diocèse de Troyes – près d’Estissac – à la lisière de la Pouille et du pays d’Othe, le petit village de Mesnil-Saint-Loup.

[…] C’est le dimanche qu’on peut le mieux prendre contact avec la vie du Mesnil, parce que les pays chrétiens sont depuis longtemps accoutumés à réserver ce jour au Seigneur qui guide leur vie. Ce jour-là, personne ne travaille au Mesnil, les champs sont déserts, mais l’église n’est jamais vide, car ces chrétiens non seulement s’abstiennent d’œuvres serviles, mais emploient la journée entière à louer Dieu. Les plus fervents sont à la messe dès les premières heures du jour, jeunes gens, hommes, femmes, y communient avec un respect impressionnant. Tout le monde assiste à la grand’messe : les hommes avec leurs garçons occupent le bas de la nef et chantent entièrement la messe ; les femmes se placent avec leurs filles derrière eux [1]. Tous suivent dans leur paroissien le déroulement de l’office et il en est une bonne part qui sait suffisamment le latin pour comprendre les formules liturgiques les plus usuelles.

La sortie (les hommes les premiers, les femmes ensuite) se fait dans un ordre, un silence et un recueillement tels que tous les étrangers font cette remarque : ce village se comporte comme un monastère bien réglé. Du reste, la simplicité des vêtements donne la même note : les fantaisies de la mode ne pénètrent pas dans le village ; toutes les femmes sont vêtues du costume sombre et non ajusté des paysannes d’autrefois et coiffées de bonnets blancs (les filles se marient là comme ailleurs) et beaucoup portent le crucifix sur la poitrine. Tous se retrouvent le soir aux vêpres et aux complies. Aux heures libres qu’on ne passe pas en famille, les jeunes gens jouent aux jeux de leur âge sur la place de l’église, car le village n’a pas de cabaret, faute de clients, donc pas de bals et de cinémas. C’est pour la même raison (le manque d’élèves) que l’institutrice a dû fermer l’école laïque [2] et bénir le ciel des vacances qu’il lui donne [3]

 

 

Préambule

 

La paroisse de Mesnil à l’arrivée du père Emmanuel :

Noël 1849

 

A première vue, l’on pourrait peut-être penser qu’il n’y a rien eu de si extra­ordinaire à Mesnil-Saint-Loup, car au dix-neuvième siècle, une foi profonde ré­gnait encore dans nos campagnes. Ce serait méconnaître la situation réelle de certaines régions de France, dans le siècle qui a suivi la Révolution.

Mesnil-Saint-Loup était un petit village champenois de 325 à 350 âmes. Mais la Champagne n’était pas la Bretagne ou la Vendée. C’était au contraire l’une des régions de France où la crise d’irréligion sévissait le plus fort.

Quel était l’état de la paroisse ?

 

Les femmes faisaient généralement leurs Pâques et leurs Noëls. Plusieurs s’approchaient de la sainte table aux principales fêtes ; quatre enfin communiaient publiquement tous les dimanches à la grand’messe, et elles étaient édifiantes en toute leur conduite. […] C’était là le noyau de la paroisse. […] Malheureusement elles n’étaient qu’une élite. A côté d’elles il y avait quantité de pauvres âmes que la Révolution avait touchées, et dont les habitudes religieuses ne reposaient pas sur un fondement solide. […] Tous les hommes, à très peu d’exceptions près, assistaient à la messe, et presque tous à vêpres. Mais c’est à peine si trois ou quatre remplissaient le devoir pascal ; et tous fréquentaient le cabaret. […] Ensuite, la danse était en vi­gueur tous les dimanches ; et elle seule eût suffi à ruiner les efforts du curé. On ne portait pas de chapeaux, parce que ce n’était pas la mode ; mais on s’enrubannait avec coquetterie. Bien plus, il paraît que les femmes et les filles ne faisaient pas trop de difficulté d’aller au cabaret avec les hommes et les garçons, pour peu qu’on les en priât [4].

 

Le père Emmanuel écrira lui-même :

 

L’œuvre de Notre-Dame de la Sainte-Espérance à Mesnil-Saint-Loup, […] c’était simplement le rétablissement du christianisme, et cela parmi des hommes bapti­sés. Ici, comme ailleurs, tout, à peu près, était envahi par ce froid et bas naturalisme qui ne permet pas à l’homme d’élever ses pensées au-dessus de ce qu’il sent. Ici comme ailleurs, la raison humaine – et quelle raison ! – l’emportait sur la raison di­vine, c’est-à-dire sur la foi. La grâce, la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ était une sublime inconnue. Les âmes en étaient à la doctrine de Pélage, et encore que ces erreurs ne fussent pas à l’état avoué qui aurait constitué l’hérésie formelle, toujours est-il que les esprits en étaient dupes et victimes. Toutes les vertus chrétiennes étaient méconnues et remplacées par cette vertu également facile et universelle que le monde appelle l’honnêteté. […] Ah ! quand des âmes baptisées ont pendant long­temps fait les actes extérieurs de la religion par un mouvement tout naturel, ce qui est extrêmement facile, combien il est difficile de les amener à faire ces mêmes actes par un mouvement surnaturel, avec et par la grâce de Dieu [5]  !

 

Bref, la vie chrétienne à Mesnil était en train de mourir. Une fois décédées les quelques femmes encore pieuses, la paroisse aurait vu se perdre peu à peu toute pratique, comme il est arrivé pour tant d’autres en ce temps-là [6].

Comment le père Emmanuel s’y prit-il ?

A ceux qui s’étonneront de la transformation de Mesnil, il répondra simple­ment : « Que parlez-vous de chose extraordinaire ? Il n’y a rien d’extraordinaire dans mon œuvre. Je n’ai fait que mettre en action les moyens que Notre-Seigneur a remis à tous les prêtres pour faire le bien et un bien durable, à savoir la prière, la prédication, l’administration des sacrements [7]. Je n’ai rien employé autre chose [8]. »

Évidemment, il a su appliquer ces principes avec une sainteté et un génie ex­ceptionnels.

Voyons maintenant le père à l’œuvre. Son exemple est une lumière pour re­christianiser le monde moderne.

 

 

La première communion des enfants

 

Le père Emmanuel (qui était encore l’abbé André) fut nommé curé de Mesnil-Saint-Loup l’avant-veille de Noël 1849.

Mais par où fallait-il commencer ? Comme il y avait des premières commu­nions à préparer, il s’occupa d’abord des enfants. Il s’y donna avec son zèle de jeune prêtre, voulant que ce sacrement transforme désormais toute leur vie : « Mes enfants, vous avez communié, vous n’êtes plus au monde, vous appartenez à Notre-Seigneur Jésus-Christ », leur dit-il au soir de la cérémonie.

Pour entretenir les bonnes dispositions de ceux qui voulaient persévérer dans une vraie vie chrétienne, l’abbé André pensa à instaurer pour eux la prière du dimanche soir à l’église. Il leur dit : « Ce sera notre prière. » Toutes les filles vin­rent et plusieurs garçons. Et leurs parents les accompagnèrent. Un premier pas important venait d’être franchi pour la restauration de la paroisse [9].

Malgré d’inévitables défections, le nombre des jeunes enfants fervents ne cessa d’augmenter. Le jeune curé se faisait leur père et leur ami, se mêlant même à leurs jeux sur la place avec un entrain inimaginable.

Bien sûr, il ne se borna pas aux enfants. Aussitôt arrivé, il se mit à visiter tous ses paroissiens, et ses chaudes exhortations commençaient à toucher les cœurs.

Mais il manquait encore quelque chose. « J’allais à l’aventure, je ne savais pas m’y prendre. Un entraînement (comme pour les grands jeunes gens) qui aboutit à une communion de rencontre : cela ne peut suffire à faire un chrétien. Il faut un autre travail pour greffer la vie surnaturelle sur le tronc du vieil Adam. Non, en ce temps-là, je ne savais pas [10]. »

 

 

Notre-Dame de la Sainte-Espérance

 

Durant la troisième année de son ministère à Mesnil, l’abbé André, profondé­ment romain, se décida à partir pour la Ville éternelle afin d’implorer du souve­rain pontife, le pape Pie IX, une bénédiction pour son ministère.

C’est alors qu’au début même de son voyage, il eut l’inspiration très forte et très claire de demander au pape le nom de Notre-Dame de la Sainte-Espérance pour la Vierge honorée dans son église [11]. Contre toute vraisemblance, il obtint aussitôt du pape lui-même, lui jeune curé de campagne de vingt-cinq ans, non seulement le nom demandé, mais aussi une fête en son honneur et une indul­gence plénière à gagner par les fidèles le même jour. C’était le lundi 5 juillet 1852.

Lorsqu’il annonça la nouvelle à sa paroisse, le 15 août suivant, l’auditoire fondit en larmes. On invoqua Notre-Dame de la Sainte-Espérance de toutes les manières. Mais une invocation rallia aussitôt tous les suffrages : Notre-Dame de la Sainte-Espérance, convertissez-nous [12] !

L’œuvre du Mesnil était née. Désormais, Notre-Dame de la Sainte-Espérance va être la lumière de tout l’apostolat de l’abbé André.

Il était arrivé au milieu de baptisés qui avaient encore la foi, mais une foi qui était morte chez la plupart. Ils allaient encore à la messe, mais y communier leur eût paru invraisemblable. Tout son travail va désormais consister à s’appuyer sur ces deux fondements : la foi et la liturgie, pour réveiller l’espérance de ses chré­tiens, c’est-à-dire les faire prier. Et il explique précisément les prières de la litur­gie pour montrer ce qu’il faut demander dans nos prières : la grâce de Dieu. Il obtiendra ainsi pour ses fidèles la charité qui renouvellera leurs cœurs et fera de Mesnil une vraie chrétienté. C’est pourquoi il parle non seulement de l’espérance, mais de la sainte espérance, parce qu’il s’agit d’une espérance vivifiée, sanctifiée par la grâce divine, par l’amour surnaturel de Dieu et du prochain.

C’est donc l’organisme spirituel reçu au saint baptême, en commençant par les vertus les plus hautes, les vertus théologales, que l’abbé André cherchera à déve­lopper chez ses chrétiens.

 

Sans elle [la Sainte-Espérance], je n’étais rien, je ne voyais pas, je ne pouvais pas. Si j’ai fait quelque chose, c’est par elle que je l’ai fait. Elle m’a donné de com­prendre ce qu’est un chrétien, de travailler dans le sens du baptême, de mettre en valeur les richesses qu’il contient. Ayant eu des chrétiens, j’ai eu une chrétienté. Auparavant, j’avais à façonner une matière amorphe, des hommes faisant quelques œuvres chrétiennes mais païens d’âme. Dieu a fait surgir de ce fond obscur et trou­blé une terre ferme et consistante, apte à fructifier pour la vie éternelle [13]

 

De la dévotion à Notre-Dame de la Sainte-Espérance naquit une association, dénommée De la Prière perpétuelle à Notre-Dame de la Sainte-Espérance [14]. S’étendant peu à peu de la paroisse au monde entier, elle devint l’instrument d’innombrables grâces de conversion [15]. « C’était comme un parfum céleste qui se répandait d’âme en âme. On était profondément touché, on priait, on pleurait, dans un sentiment de contrition sans doute, mais aussi par l’infusion d’une joie inconnue à la terre. Le père Emmanuel appelait l’invocation la petite prière que l’on pleure. C’était une prise de contact avec le Cœur Immaculé et tout aimant de Marie [16]. »

Voyons maintenant plus en détail ce que Notre-Dame de la Sainte-Espérance fera comprendre et réaliser au père Emmanuel.

 

 

La prière liturgique et

la sanctification du dimanche

 

Le père Emmanuel avait une très haute idée de la paroisse. Incorporé à Notre-Seigneur par son baptême, le chrétien est membre du Corps mystique, il n’est plus seul, il est uni à d’autres âmes sanctifiées comme lui par le baptême, nour­ries du même enseignement et vivant de la même vie divine. La paroisse est un petit corps mystique dans le grand Corps mystique de l’Église :

 

Il me faut, s’était dit le père Emmanuel, non pas seulement des chrétiens indi­viduels, chacun l’étant pour son propre compte et isolément, mais une paroisse chrétienne. Une paroisse qui n’est pas chrétienne comme telle n’est pas une paroisse. Pour qu’elle ait ce caractère, elle doit être spirituellement homogène [17].

 

Messe et office divin

 

Ce qui fait l’unité de la paroisse, c’est d’abord la liturgie, « culte intégral du Corps mystique de Jésus-Christ, c’est-à-dire du Chef et de ses membres [18] », et dont le pape saint Pie X écrit qu’elle est la « source première et indispensable du véritable esprit chrétien [19] ».

La vie liturgique, et spécialement la messe du dimanche, était donc le cœur de la vie paroissiale à Mesnil. L’âme bénédictine du père Emmanuel n’y était pas pour rien.

La grand-messe était la fête de la semaine, elle y était intégralement chantée en grégorien par les paroissiens eux-mêmes, et bien chantée : « A leur place, les rudes paysans suivent sur leur paroissien noté et chantent sans hésitation et sans défaillance, non seulement l’ordinaire de la messe, mais l’introït, le graduel et la communion du jour [20]. »

Le père Emmanuel explique l’importance de faire chanter les fidèles à la messe :

 

Le chant, dit saint Hilaire, est nécessaire au chrétien. Nécessaire, cela veut dire qu’un chrétien qui ne chante pas manque de quelque chose s’il n’a pas le goût du chant, s’il ne sent pas le besoin de chanter, si rien ne remue dans son âme qui ait be­soin d’être chanté. Il manque à quelque chose si, pouvant rendre à Dieu la gloire de chanter sa grandeur, sa bonté, il ne rend point à son Créateur cet hommage si jus­tement dû [21].

 

Ce serait une chose stupéfiante que nous ayons des chants d’une telle beauté, et que nous y soyons indifférents et insensibles. N’avoir plus le sentiment du beau, c’est un des effets du péché. Sortons du péché, et par la grâce de Dieu, rentrons dans l’intelligence du vrai, du bien et du beau [22].

 

Le père Emmanuel avait coutume de dire que l’allégresse pour le chant était le thermomètre de la vie paroissiale.

Mais pour le père Emmanuel, la sanctification du dimanche, ce n’est pas seu­lement l’assistance à la messe. C’est toute la journée qui doit être sanctifiée en paroisse : il faut donc aller aux vêpres, toute la Tradition de l’Église l’enseigne. Dans les temps modernes, on a voulu remplacer les vêpres par des réunions di­verses pour les différentes catégories de fidèles : ouvriers, jeunes gens, militaires, dames, demoiselles, etc. Quant à ceux qui n’étaient pas intéressés par ces ré­unions, ils se sont retrouvés pour la plupart au cabaret. Le résultat, c’est que la paroisse a perdu son unité, elle a été morcelée, et finalement ruinée. Et la ruine des paroisses a entraîné celle de la société chrétienne tout entière. Très lucide sur la nocivité de ces innovations, le père Emmanuel rétablit donc les vêpres à Mesnil [23].

Mais il tenait à marquer plus spécialement encore les grandes solennités de l’Église :

 

Heures de tierce et sexte aux fêtes, plus none aux plus grandes. Matines de Noël, messe de minuit et laudes ; les leçons sont lues par des hommes de tous les corps de métiers (ô saveur !), les psaumes chantés par les fidèles. De même pour les matines de la sainte Semaine ; et l’effet en est si touchant et si beau que nous avons une amie qui, à l’autre bout du diocèse, se lève à quatre heures pour pouvoir y assis­ter chaque année depuis près de vingt ans [24] .

 

Citons encore cet autre témoignage :

 

Au chant des psaumes, à chaque gloria, toutes les voix se font plus nourries, comme d’une flûte octaviante. Tous les petits enfants qui ne savent pas lire ou qui n’ont pas encore de livre et ne savent pas les psaumes par cœur, tous ceux aussi qui, en été, lassés par le travail de la semaine, dorment un peu par les grosses chaleurs, tous à ce moment, heureux de savoir ce mystère, élèvent la voix et bénissent la Sainte Trinité [25].

 

Un hôte de passage au temps du père Emmanuel notera : « Dans le chœur du petit couvent de moines, j’ai assisté pour la première fois de ma vie à l’office monastique ; à côté de moi, un enfant de douze ans, élevé dans le couvent, m’aidait à découvrir les psaumes du bréviaire [26]. »

Oui, en plein XIXe siècle, dans une région déchristianisée, le père Emmanuel avait reconstitué avec ses paysans une paroisse des temps patristiques.

On a dit, au moment du concile Vatican II, qu’il y avait un décalage entre la liturgie traditionnelle et le monde moderne. Il y aura toujours un décalage entre l’Église et le monde. Ce décalage existait tout autant à l’époque du père Emmanuel, dans cette France déjà bien gâtée par les erreurs de la Révolution et où la politique anticléricale de Gambetta précipita le déclin de la religion [27]. Mais au lieu d’adapter, c’est-à-dire de rabaisser la liturgie au monde, le père Emmanuel a employé toutes ses forces à élever l’homme moderne à la liturgie de l’Église éternelle et immuable.

 

Abstention des œuvres serviles

 

La sanctification du dimanche, c’est aussi l’abstention des œuvres serviles. A Mesnil-Saint-Loup, le père Emmanuel abolit le travail dominical.

 

Je n’ai pas qualité, disait-il, pour accorder des exemptions au repos dominical : l’un permet une heure de travail, celui-ci deux heures ; c’est du pur arbitraire. Il faut rester dans la règle qui est formelle. Celui qui met son petit doigt dans l’engrenage du travail du dimanche, y laissera prendre son corps tout entier [28].

 

Il mit en telle lumière ces vérités pratiques, que la mentalité des gens en fut im­prégnée. Ils reconnurent que la nécessité de travailler le dimanche en réalité n’existe pas. Vous les entendez dire qu’ils n’ont jamais eu à se repentir d’avoir chômé le di­manche, qu’ils ont toujours trouvé le moyen de rentrer leurs récoltes en de bonnes conditions, que le repos n’est jamais plus nécessaire que dans les grands travaux, etc. [29]

 

Même les incroyants se rangèrent à son avis.

Cependant, si l’on s’abstient de travail servile le dimanche, c’est pour consa­crer ce jour totalement à Dieu. Point donc de divertissements qui nous en éloi­gnent. Comme le saint curé d’Ars, le père Emmanuel combattra la danse et le ca­baret. Et comme l’on ne supprime bien que ce que l’on remplace, le père Emmanuel organisa lui-même les jeux du dimanche après-midi sur la place du village, entre les vêpres [30] et la prière du soir, et il y participa. On y voyait la joie simple qui provient d’une vie vraiment chrétienne :

 

Les hommes aux boules, les garçons au « bouchon », les filles au croquet, les pe­tites aux rondes ou « à la queue de mon loup », les gamins à la course, enfin les femmes dont j’étais, aux quilles. Et avec quel entrain, quelle passion souvent de tous côtés : le père disait naguère connaître à l’ardeur du jeu sur la place l’état moral de ses paroissiens : plus ils s’amusaient de bon cœur, plus il sentait que tout allait bien dans les âmes. C’était tout à fait cela ; et tout s’y passait bravement de toute façon : quand une jeune femme avait apporté son dernier poupon, son tour venu de jouer, vite elle le jetait dans les bras d’une autre si celle-ci ne le lui avait déjà arraché pour que rien de cet heureux temps ne fût perdu [31].

 

Les jeux sont pour le père Emmanuel le complément des offices, un moyen supplémentaire de resserrer les liens entre ses fidèles [32].

Ainsi, à partir de la paroisse et autour de la messe, c’est toute la vie sociale de Mesnil qui commençait à se transformer, une chrétienté qui renaissait.

 

 

La prédication

du père Emmanuel

 

La sainte espérance et la charité sont fondées sur la foi. C’est elle qui montre leur objet à ces deux vertus, qui leur dit ce qu’il faut espérer de nos prières et ce qu’il faut aimer.

 

La mission du père Emmanuel allait être d’enseigner que si la foi sans les œuvres est une foi morte, la grande œuvre de la foi est de donner naissance à la vertu théologale d’espérance ; l’œuvre de la sainte Vierge dans sa paroisse fut de former les âmes à ordonner leur vie en vue du ciel [33].

 

C’est pourquoi, « à quelqu’un qui lui demandait comment il fallait s’y prendre pour faire prier les âmes, le père Emmanuel répondit, brièvement comme tou­jours : “Instruisez !” […] On fait prier quand on inculque fortement aux âmes la nécessité de la grâce de Dieu. Celui qui ne parle point, ou qui parle trop peu de cette nécessité pour commencer, continuer et parfaire le bien, celui-là n’arrivera pas à susciter dans les cœurs une vraie prière [34]. »

C’est dans cet esprit, par exemple, qu’il commenta pour ses fidèles les orai­sons des dimanches après la Pentecôte [35].

 

Sermons et conférences

 

• Un principe : prêcher les grandes vérités

 

Le père Emmanuel prêchait le dogme. Dans ses instructions, il n’hésitait pas à parler à ses paroissiens des vérités les plus hautes :

 

Le père Emmanuel a poussé aussi loin que possible l’instruction du chrétien. […] Il estimait que la grâce de la foi est un stimulant poussant les intelligences à la conquête de toutes les vérités ; que les dons du Saint-Esprit, dont quatre sont pour l’intelligence, habilitaient l’âme à entendre les plus hauts mystères. A ce point de vue, il ne faisait pas de distinction entre gens plus ou moins cultivés. Cela, c’est une distinction humaine, qui vise une instruction humaine. Elle n’a que faire dans les choses divines. Un chrétien, pourvu d’une instruction toute rudimentaire, est ca­pable de la plus haute science des mystères de la foi [36]

 

Ce n’est qu’une conséquence du baptême, expliquait le père Emmanuel : « Dieu ayant par le baptême versé dans l’âme de l’enfant l’habitude [37] de la foi, il s’ensuit infailliblement que cette âme a une inclination très puissante pour les vérités de la foi, et un besoin très pressant de les recevoir pour se les assimiler, s’en nourrir, et passer, dans la foi, de l’habitude à l’acte [38]. » C’est pourquoi seule la prédication de la vérité intégrale peut former des vrais chrétiens, ceux qu’il appellera les « chrétiens de l’Évangile [39] ». C’est à cela que parviendront ses pa­roissiens de Mesnil.

Il écrivait d’ailleurs aux jeunes gens :

 

Considérez bien attentivement, mes chers amis, le besoin de savoir qui se révèle en vous dans la seconde dizaine de vos années. Vous entrez alors dans la vie réelle : tout est nouveau pour vous, mais tout est mystère. Souvent, vous craignez de de­mander, il se pourrait bien que vous rencontriez des gens maladroits qui, au lieu de vous instruire, se moqueraient de votre ignorance. Rien n’est comparable aux souf­frances d’une âme jeune encore qui a besoin de savoir, et qui ne sait à qui révéler son besoin. Celui qui vous écrit a passé par ces états de souffrance incompréhensible ; et il sait quel service on lui aurait rendu si l’on était venu avec précaution au-devant de ses ignorances [40].

 

• Le mal d’aujourd’hui : le chrétien du jour demeure étranger à la sainte Écriture ; il n’a pas faim et soif de la vérité

 

Le père Emmanuel gémissait sur le peu de désir qu’ont souvent les catho­liques de connaître la vérité : « Nul mieux que lui n’a sondé cette plaie d’igno­rance résultant du péché originel, et qui est, non pas une simple nescience, mais une difficulté à apprendre, une répugnance à savoir [41]. »

 

Nos chrétiens du jour […] connaissent Dieu à peu près, et ne cherchent nulle­ment à le connaître davantage : ils reçoivent l’eucharistie, sans rien y goûter, et s’en vont après cela mendier des douceurs au péché. Pauvres chrétiens [42] !

[…Notre-Seigneur disait à sainte Thérèse d’Avila :] « Tous les malheurs qui ar­rivent dans le monde viennent de ce qu’on n’y connaît pas les vérités de l’Écri­ture [43]. »

[…] Il est de la dignité de l’homme, il est du devoir du chrétien, de savoir ce qu’il fait, et de le savoir bien. C’est à cette fin que Dieu nous a donné la raison, la foi, les commandements : l’Église a pour mission, avant tout, d’instruire : Euntes docete [allez, enseignez !], dit le Sauveur (Mt 28, 19).

[…] Le chrétien du jour n’a pas cette faim [de la vérité] à laquelle Notre-Seigneur promet le rassasiement éternel. Si peu qu’il sache, il croit toujours en savoir assez, si ce n’est trop. Entendre la prédication est pour lui une œuvre de suréroga­tion, une affaire de luxe.

[…] Nous avons des chrétiens qui auront vécu quatre-vingts ans sans rien ap­prendre, et qui, arrivés au terme de leur vie, n’en sauront pas plus qu’au commen­cement. C’est à se demander quel usage ils font, et même s’ils font usage de leur in­telligence. Il y en a assurément beaucoup qui se contentent de vivre de leur imagina­tion et de leur sensibilité.

[…] C’est un des grands malheurs du temps présent : les intelligences demeu­rent abandonnées et sans culture, tout semble s’adresser aux volontés. On les fouette […] pour les faire avancer, et si peu qu’elles soient mises en œuvre, il semble que tout est gagné. Mais qu’est-ce que le mouvement d’une volonté, quand l’esprit n’est pas éclairé [44] ?

 

Comme on lui parlait d’une revue ecclésiastique toute de dévotion mais qui ne cherchait pas à fonder la piété sur la doctrine, il répondit : « Cette revue est bonne pour des gens à qui on a coupé la tête [45] ! »

 

• L’enseignement de la doctrine à Mesnil-Saint-Loup

 

Comment se déroulait l’enseignement de la doctrine à Mesnil ?

Chaque dimanche, le père Emmanuel donnait deux instructions : l’une au sermon de la grand-messe, l’autre, d’un quart d’heure, à la prière du soir, avant le salut du Saint-Sacrement qui clôturait la journée.

Après les vêpres, avaient lieu aussi les conférences, faites alternativement aux hommes, aux femmes, aux garçons, aux jeunes filles, ce qui lui permettait de proportionner sa prédication à son auditoire.

Quel était le thème de ses instructions ?

Elles partaient de la liturgie : l’Évangile souvent, mais aussi l’épître, quelque­fois une oraison, une pièce chantée. Pour les expliquer, il commentait les pas­sages de la sainte Écriture contenus dans ces textes :

 

Il n’est rien de la sainte Écriture qu’il n’ait, au moins par fragments détachés, expliqué à son peuple : Évangiles, épîtres de saint Paul, psaumes, proverbes de Salomon. Il voulut même commenter publiquement en chaire le Cantique des Cantiques ; mais il ne le fit pas, il se contenta d’en donner privément connaissance à des âmes choisies.

[…] Que de prédications surprenantes fit cet homme de Dieu !

[…] Le mois de Marie lui devenait une occasion d’ouvrir les grandes écluses de la parole divine, et d’arroser largement le champ des âmes. […] Au sortir de ces mois de Marie, dans les beaux jours de la Sainte-Espérance, on se groupait pour épancher mutuellement sa joie ; on attendait avec impatience l’instruction du lendemain [46].

 

Par-dessus tout, il s’appliquait à faire découvrir dans la liturgie le mystère de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui en est le centre. Il n’en séparait pas sa très sainte Mère, Notre-Dame de la Sainte-Espérance, dont le cycle des fêtes s’entrelace avec celui de son Fils.

 

Il s’agissait pour le grand pasteur, non seulement de faire entrer Jésus et Marie dans le cœur par des pratiques de dévotion ; mais encore d’en graver dans les esprits la connaissance dogmatique, profonde et indélébile. Il estimait que rien de durable n’est fait, tant que l’intelligence n’est pas saisie et conquise ; et que c’est la dignité de l’homme qu’il comprenne ce qu’il profère de bouche, ce qu’il chante des lèvres ; que la gloire de Dieu est intéressée à ce que sa louange soit consciente et spirituelle. Psallam spiritu, psallam et mente, disait l’Apôtre (1 Co 14, 15). Ces deux expressions s’entendent d’un élan de dévotion, spiritu, et d’une connaissance, mente. Je psalmo­dierai avec dévotion, je psalmodierai avec intelligence [47].

 

De cette prédication sur Notre-Seigneur et Notre-Dame, le père Emmanuel descendait à la pratique des vertus. Il excellait à mettre en relief le caractère sur­naturel des vertus théologales, « montrant comment la foi diffère toto cælo d’une religiosité superficielle, l’espérance d’une vague tendance à un bonheur non dé­fini, la charité d’une sentimentalité inefficace contre le péché. Il insistait enfin sur les promesses du baptême, qui impliquent un renoncement aux dires et façons de faire du monde, une séparation morale et, en un sens, effective d’avec le monde. Il écrivait à un ami : “Oui, cher monsieur, Notre-Seigneur est venu sépa­rer, le mot est très évangélique ; et quand Notre-Seigneur reviendra, ce sera en­core pour séparer. La grâce est une séparation, la gloire en sera une autre. Qui ne comprend pas cela ne comprend rien au christianisme” [48]. »

Les conférences de l’après-midi étaient d’un style plus familier. Elles portaient sur les questions que ses fidèles venaient lui apporter. On ne s’ennuyait pas à ces conférences, il arrivait même qu’on y rît à plein cœur, ce qui ne les empêchait pas d’être très sérieuses. « Elles établissaient des rapports de respectueuse amitié entre le pasteur et ses brebis [49]. »

Ce furent ces conférences qui lui donnèrent l’idée d’apprendre le latin ecclé­siastique à son peuple : non pas jusqu’à une compréhension intégrale, mais suffi­samment pour saisir le sens de ce qui se lit ou se chante à l’église. Ce n’est pas le moins étonnant de l’œuvre paroissiale du père Emmanuel [50].

 

Les catéchismes

 

Le père Emmanuel fut un grand catéchiste.

Dans son bulletin, l’on peut trouver Le Catéchisme des plus petits enfants, Le Catéchisme de la famille chrétienne, Le Catéchisme des mystères de Notre-Seigneur, Le Catéchisme de la vie chrétienne [51]. Il faudrait aussi mentionner le Catéchisme de persévérance aux jeunes filles du Mesnil-Saint-Loup [52]. On pourrait y ajouter les Lettres à la conférence des jeunes gens chrétiens [53] et les Lettres aux jeunes filles de la paroisse [54]. Il publia même un Catéchisme des Grecs schisma­tiques.

Comment le père Emmanuel enseignait-il le catéchisme ?

 

• Le principe de base

 

Il est bien sûr le même que pour ses sermons et conférences : il faut s’adres­ser à la foi des baptisés.

 

Il y a trois manières ou méthodes d’enseigner la religion. La première serait une méthode qui irait de votre mémoire à la mémoire de votre enfant. […] Si vous ne vous adressez qu’à sa mémoire, si vous faites apprendre à l’enfant son catéchisme comme vous lui faites apprendre sa grammaire, […] vous aurez fait le plus grand tort à son intelligence qui, ne recevant pas l’aliment et le stimulant qui lui sont in­dispensables, s’affaissera nécessairement et tombera d’inanition.

La seconde méthode l’emporte de beaucoup sur la précédente. […] Elle force à travailler l’intelligence de l’enfant, elle l’habitue au raisonnement, elle lui fait sentir la puissance d’une démonstration. Avec tout cela, elle ne peut toujours faire que des savants ; elle ne répond pas à tous les besoins de l’âme d’un baptisé. Si à force de vouloir donner de la science à votre élève, vous oubliez les aspirations de son âme chrétienne ; si vous ne travaillez pas à vivifier la foi de son baptême, les trésors de grâce déposés dans cette âme par le baptême, la confirmation, l’Eucharistie, iront en s’épuisant, et à un jour donné, l’homme que vous aurez instruit aura cessé de croire. […] Si la première méthode fait tort à l’intelligence, la seconde fait tort à la foi.

Il vous faut donc, ô mères chrétiennes, sans négliger la mémoire, sans négliger aucune des ressources de votre esprit et de l’esprit de votre enfant, il vous faut une méthode plus puissante, plus sûre, plus adaptée à la fin que vous vous proposez. Ce sera la méthode qui va droit de votre foi à la foi de votre enfant [55]

 

Le père reprend cette doctrine dans son ouvrage Le Naturalisme :

 

Pour combattre l’ignorance dans les chrétiens, il ne suffit pas d’exposer devant eux la vérité, de la leur enseigner dans des termes exacts ; il ne suffit pas de la leur faire connaître avec précision : il est, en outre, nécessaire, indispensable, de dévelop­per en eux la foi, cette disposition surnaturelle à recevoir comme révélées de Dieu les vérités saintes enseignées par l’Église. […] Qu’elle parle, cette bouche humaine, qu’elle enseigne, qu’elle exhorte, son rôle est grand et beau ; mais Dieu s’est réservé dans notre éducation chrétienne un rôle plus grand et plus beau encore, celui de nous parler au cœur, celui d’élever nos intelligences jusqu’à la participation de la raison divine, jusqu’à cette région sublime qui se nomme la foi. Quand donc l’édu­cateur chrétien, qu’il soit la famille, ou l’école, ou l’Église ; quand l’éducateur chré­tien parle à une âme baptisée pour travailler à la tirer de plus en plus de l’ignorance, il doit, sous peine de ne rien comprendre à la besogne qu’il entreprend, prier en même temps qu’il parle, et demander à Dieu de verser en l’âme du baptisé la grâce in­térieure de la foi, en même temps que, de son côté, il fera parvenir aux oreilles du ca­téchisé l’expression humaine de la vérité divine. […] Combien d’enfants, dans les écoles ou dans les catéchismes, apprennent, récitent et savent bien la lettre du caté­chisme, et qui pourtant ne deviennent pas des chrétiens dignes de ce nom ! […] On les a faits sachants, on ne les a pas faits croyants. […] Pour travailler efficacement à combattre l’ignorance, il faut des hommes sachant bien et croyant bien ; il nous fau­drait des saints qui fussent savants, et des savants qui fussent saints. Plaise à Dieu de nous les donner [56] !

 

Le père Emmanuel se situe à un sommet entre deux erreurs opposées : celle qui ne voit que la mémoire et l’intelligence, et celle qui ne voit que l’expérience (la catéchèse moderniste actuelle). Lui se place au-dessus, au plan surnaturel, ce­lui de la vertu théologale de foi.

Voyons maintenant plus précisément comment il conçoit son enseignement. Nous parlerons ici du Catéchisme de la famille chrétienne [57] et du Catéchisme des plus petits enfants [58].

 

• La pédagogie du père Emmanuel

 

Laissons-le parler. C’était au début de son ministère, lorsqu’il était encore l’abbé André :

 

Nous traiterons […] le catéchisme sous une forme nouvelle, qui permettra aux pères et aux mères, non seulement de se faire les premiers catéchistes de leurs en­fants, mais encore les répétiteurs des leçons que les enfants auront entendues à l’église. Notre catéchisme ne sera pas sans utilité pour les instituteurs et les institu­trices qui ont à cœur de remplir tous leurs devoirs vis-à-vis des enfants [59]

 

L’abbé André pensa d’abord confier la rédaction de son premier catéchisme à l’un de ses amis, Mgr Martin, vicaire général du diocèse d’Avignon [60]. Celui-ci es­saya de rédiger un Catéchisme de la mère chrétienne en suivant les indications de l’abbé André. Mais l’allure était trop professorale. L’abbé se mit donc lui-même au travail [61] :

 

Nous laisserons de côté les formes savantes, les locutions abstraites, et voulant avant tout nous faire comprendre des enfants, nous nous ferons enfants avec eux. Puissions-nous […] nous pénétrer bien de l’enseignement de saint Augustin, quand il dit : « S’il nous est pénible de souvent répéter des choses rebattues et bonnes pour des enfants, mettons-nous à leur portée par un amour fraternel, paternel, maternel, et quand nous serons ainsi unis à leurs cœurs, ces choses nous paraîtront nouvelles, à nous comme à eux. Une affection sympathique est un sentiment si puissant que, nos auditeurs étant touchés de nos paroles et nous de leur avancement, nous entrerons en quelque sorte les uns dans les autres : par suite, nos auditeurs parleront pour ainsi dire en nous, et ce que nous leur enseignerons, nous croirons l’apprendre en eux [62]. »

 

Voyons comment le père s’y prend dans le Catéchisme de la famille chré­tienne : il garde la bonne méthode des questions et réponses, mais en faisant parler les parents et les enfants :

 

Le père. Mes enfants, nous allons parler du mystère de la Sainte Trinité.

Marie. Maman nous l’a promis, et nous allons bien écouter.

Pierre. Cela me paraît si grand, qu’avant de commencer, je voudrais bien, papa, faire une prière.

Le père. Mes chers enfants, mettons-nous à genoux et prions : « Dieu tout-puissant et éternel qui nous avez créés pour vous connaître et vous aimer, versez en nos âmes la pure lumière de la foi dont vous nous avez donné le commencement : faites, Seigneur, que nos âmes vous connaissent, vous Père notre Créateur, vous Fils unique du Père, notre Rédempteur, vous Esprit-Saint, source de toute sainteté, et qu’en vous connaissant ici-bas, nous méritions de vous voir en la vie éternelle. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur. »

Pierre et Marie. Ainsi soit-il ! Ainsi soit-il !

Le père. Mes enfants, quand nous serons au paradis, nous verrons Dieu tel qu’il est ; mais ici-bas nous ne pouvons le voir en lui-même ; nous ne le connaissons que par ses œuvres. Heureusement que dans ses œuvres, il y en a une plus spécialement créée à son image, et c’est avec cette belle image que nous allons apprendre à connaître la Sainte Trinité [63]

 

Le plan du Catéchisme de la famille chrétienne est le suivant :

1. Le Credo ; 2. Le Pater ; 3. Dieu et l’homme : cette troisième partie étudiant l’Histoire sainte, les sacrements, les commandements de Dieu et de l’Église, la prière, le péché et les remèdes au péché [64].

On y retrouve les grandes divisions du Catéchisme du concile de Trente, qui traite du Credo, puis des sacrements, du décalogue, et enfin de la prière. C’est à propos du décalogue que le Catéchisme du concile de Trente étudie les différents péchés.

Dans le Catéchisme des plus petits enfants, l’intention était de former les jeunes mamans à être les premières catéchistes des tout petits. « Le père Emmanuel enseigne donc aux mamans comment elles doivent enseigner elles-mêmes en commençant par les grandes vérités, et explique ce qui pourrait trom­per les enfants. C’est le guide précieux des jeunes mères qui veulent contribuer au salut de leurs enfants et aujourd’hui de l’Église même [65]. »

 

— Le bon Dieu, qui est-ce ?

— Une chose si bonne qu’il n’y en a point de meilleure.

— Qui est-ce encore, le bon Dieu ?

— C’est le Créateur de toutes choses.

— Combien y a-t-il de personnes en Dieu ?

— Trois.

— Comment les appelle-t-on ?

— Le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

— Je dis toujours « le bon Dieu », pourquoi cela ?

— Parce que c’est son nom.

— Et pourquoi est-ce son nom ?

— Parce que, vraiment, il est bon.

— Comment est-il bon, le bon Dieu ?

— Plus que tout.

— Et pourquoi est-il bon plus que tout ?

— Parce que c’est lui qui a fait tout.

— Faut-il aimer ce qui est bon ?

— Oui, maman.

— Faut-il aimer bien le sucre ?

— Non, maman.

— Pourquoi donc ?

— Le sucre est pour manger, pas pour aimer.

— Alors, aimerons-nous bien le bon Dieu ?

— Oui, maman, de tout mon cœur.

— Comment faut-il aimer le bon Dieu ?

— Plus que tout.

— Plus que maman ?

— Oui, maman.

— Plus que papa ?

— Oui, maman.

— Et pourquoi ?

— Parce que Dieu est bon, plus que maman, plus que papa, et plus que tout [66].

 

Tout au long du catéchisme, le père Emmanuel accompagne la maman pas à pas pour lui apprendre comment doit se faire l’éducation religieuse de son petit : « Quand vous voudrez, mère chrétienne, parler à votre enfant du bon Dieu, […] vous le direz toujours avec une attitude religieuse, et un sentiment profond de respect et d’adoration. Votre enfant, tout d’abord, ne comprendra pas les raisons de ce respect, mais il en sera touché, pénétré. Votre attitude, le ton de votre voix, serviront merveilleusement à faire naître en lui l’idée de Dieu, de sa grandeur, de sa bonté. La religion passera ainsi du cœur de la mère au cœur de l’enfant ; et ce sera une joie très grande pour la mère et pour l’enfant [67]. »

Le plan de ce petit catéchisme est le suivant : le signe de la croix, Jésus et Marie, le mystère de la Sainte Trinité, Jésus dans le mystère de la Sainte Trinité, le mystère de l’incarnation, la vie de Jésus, le mystère de la rédemption, les anges, la création, Adam et Ève, le péché et la rédemption. C’est une approche des plus grands mystères chrétiens.

Manifestation touchante de son zèle pour toutes les âmes : le dimanche de Laetare 1902, alors qu’il approchait de la fin de sa vie [68] et déjà ne prêchait plus que rarement, laissant cette tâche à son vicaire, le père Emmanuel monta en chaire à l’étonnement de tous : « Mes frères, je voudrais vous entretenir des joies de Jérusalem, mais j’ai autre chose à vous dire, j’ai un mea culpa à faire devant vous. » Et il s’accusa d’avoir négligé l’instruction des tout petits, « de ceux qui quittent les bras de leur mère pour marcher tout seuls, qui commencent à écouter et à parler [69] ». Dès le jeudi suivant, les mamans lui amenèrent leurs plus petits, et les leçons commencèrent. Il expliqua aux enfants comment il les avait bapti­sés, recommençant sur eux les gestes. Il souffla sur eux, ce qui les amusa beau­coup. Pour leur parler de Notre-Seigneur, il leur montra de grandes images colo­riées représentant les mystères de la vie du Sauveur.

 

 

A l’assaut de l’orgueil

 

Sans la grâce, nous ne pouvons rien. Mais c’est l’humilité seule qui attire la grâce. C’est donc du progrès de cette vertu que dépend notre croissance dans l’amour de Dieu et du prochain.

En bon fils de saint Benoît, le père Emmanuel avait d’ailleurs souvent médité le chapitre VII de la Règle, consacré aux douze degrés d’humilité.

Un jour qu’on lui demandait : « Quand donc une âme est-elle dans la voie du salut ? », il répondit : « Quand elle accepte d’être humiliée, quand elle plie sous la réprimande. » Il disait d’ailleurs à ses religieux : « Si nous ne sommes pas humbles, nous sommes damnés [70]. »

Mais pour faire grandir les âmes dans l’humilité, il faut travailler sans cesse à y déraciner l’orgueil. Et pour déraciner l’orgueil, le père Emmanuel s’attaqua au respect humain. Il s’employa à le combattre chez les hommes et chez les femmes.

 

La communion et le chapelet des hommes

 

Les paroissiens de Mesnil, à l’arrivée de l’abbé André, n’étaient pas habitués à communier le dimanche, sauf quelques dévotes. Le bon curé exhorta, pressa ses fidèles. Les femmes se rendirent sans difficulté. Mais il en était autre chose pour les hommes [71]. L’abbé André voulut profiter de la première fête de Notre-Dame de la Sainte-Espérance pour mettre ce combat sous la protection de la Vierge Marie. La plupart des jeunes gens vinrent se confesser la veille au soir. L’abbé sut les convaincre de communier en public le lendemain. Ce fut la première victoire de Notre-Dame à Mesnil. Le respect humain en fut foulé aux pieds.

Bientôt, l’abbé André mit des chapelets aux mains de ses communiants, et ceux-ci se joignirent à la prière des dames et des jeunes filles. A partir de ce moment, on peut dire que, chez les hommes, le respect humain fut tué radicale­ment.

Mais une autre bataille était à mener.

 

La modestie des femmes

 

A la première apparition des modes mondaines dans la paroisse, le père Emmanuel comprit qu’il fallait réagir énergiquement. Deux jeunes personnes du pays avaient été mises en pension à Troyes. Elles en revinrent porteuses des te­nues nouvelles et d’un luxe de vêtements inconnu à Mesnil. C’était en 1868.

« Si je laisse passer ces modes, c’en est fait de la vraie piété, c’en est fait de la chasteté à Mesnil-Saint-Loup, où Marie veut être reine [72] », comprit-il.

Le père mena le combat de la modestie avec l’énergie d’un lion. Il instruisit courageusement, avec force, mais aussi avec patience. Il s’appuyait sur l’autorité des apôtres saint Pierre et saint Paul, mais aussi sur celle des Pères de l’Église [73].

Recueillons quelques-unes de ses maximes :

 

— Il y a parenté entre luxe et luxure.

— Là où la vanité entre, la piété s’en va [74].

— La modestie est une des marques de la présence du Saint-Esprit dans une âme.

— Le renoncement à la vanité et aux vanités fait partie intégrante des promesses du baptême.

— Les hommes ne sauraient en général être chastes, si les femmes en général ne sont pas modestes.

— La crise de la vanité chez une femme est décisive ; est-elle heureusement surmontée, pour elle c’est le salut [75]

 

Notons encore cette remarque pertinente : « Demandez à une femme de pas­ser de longues nuits près des malades ; elle le fera. Demandez-lui de renoncer à une vanité, à une indécence ; à moins d’être sérieusement chrétienne, elle ne le fera pas [76]. »

Un jour, un prédicateur de passage développa ce thème devant le père Emmanuel : « L’homme se perd par la femme, il se sauve par la femme ; celle-ci perd l’homme par l’étalage de sa vanité, elle le sauvera par la vertu de sa modes­tie. Le monde moral oscille entre Ève et Marie [77]. Tant que la modestie ne sera pas prêchée partout comme elle l’est ici, la société ne se relèvera pas [78]. »

Le père Emmanuel « fit pour la modestie ce qu’il avait fait pour l’observation du dimanche. Ne pas dérober à Dieu une parcelle du jour qui lui est consacré, c’est le devoir du chrétien ; ne rien accorder à l’esprit du monde pour ses vête­ments et sa toilette, c’est le devoir de la chrétienne [79]. »

Il y eut bien sûr des résistances. Mais le père ne voulut pas céder. Vis-à-vis des rebelles, il disait : « J’aime mieux que quelques-unes se retirent, que de tout perdre [80]. »

Pour consolider son action, et fort du soutien enthousiaste de son évêque, Mgr Cortet, le père Emmanuel fonda, le 18 mars 1878, la Société de Jésus cou­ronné d’épines [81] : « Faire de la modestie une pratique d’amour envers Jésus souf­frant et mourant pour nous, arrêter les yeux intérieurs des âmes sur le spectacle de sa tête tuméfiée et saignante sous les épines qui le percent, amener ainsi les femmes chrétiennes à rougir de livrer leurs têtes à de folles vanités : cette conception est de tout point admirable et émouvante [82]. » Bien sûr, le père Emmanuel ne prend la modestie que comme un moyen de développer la charité dans les âmes, de les rendre plus attentives à l’accomplissement des promesses de leur baptême, spécialement celle de renoncer aux pompes du monde.

 

A la première réunion de la Société, écrit le père Emmanuel, d’un commun ac­cord on convint de garder dans les habits une modestie telle que les pauvres n’auraient pas à jalouser les riches, ni les riches à mépriser les pauvres : on reconnut que c’était nécessaire pour accomplir le commandement de Notre-Seigneur : Aimez-vous les uns les autres. La joie des âmes fut telle qu’elle ne put se contenir, et se tra­duisit par des larmes d’abord, et peu après par la formule indiquée dans saint Paul : Saluez-vous mutuellement par le saint baiser. Une des sociétaires fit spontanément la proposition de s’embrasser comme les premiers chrétiens. Aussitôt dit, aussitôt fait, et chacune embrassa sa voisine de droite et de gauche. Ce fut là un jour de bonheur qui ne coûta rien à personne : il était puisé dans le trésor de Dieu, et c’était une des grâces méritées par Jésus couronné d’épines [83].

 

Les femmes et les jeunes filles reprirent la pèlerine noire et le bonnet blanc de leurs grand-mères. Ces petits bonnets blancs devinrent, à vingt lieues à la ronde, le signalement des femmes et des jeunes filles de la Sainte-Espérance. Quant à la pèlerine, elle avait pour but de cacher modestement les formes du corps.

 

Croirait-on qu’avec tout cela, il voulait […] que ses filles fussent belles, mais en étant modestes et par leur modestie même. Il n’admettait pas que les bonnets, pour simples qu’ils fussent, ressemblassent à des bonnets de nuit. On est bien obligé de le reconnaître, les petits bonnets blancs donnent aux filles un tout autre cachet de fraî­cheur et de grâce naïve, que les chapeaux du jour mal en équilibre et les ajustements à la mode d’un goût douteux [84]

 

Le père Emmanuel mettait aussi en garde les parents sur leurs responsabilités vis-à-vis de leurs enfants. Il recommandait aux mères de former leurs filles à la modestie dès le premier âge : « Il y a une différence qui saute aux yeux entre la petite fille qui porte ingénument des vêtements modestes, et celle qui, coquette­ment vêtue, s’observe déjà. Là où le ver de la vanité existe, le fruit se gâte rapi­dement [85]. »

 

• Conséquence de la modestie des femmes :

elles conservent leur piété et les hommes restent purs

 

Grâce au courage et à la persévérance du père, la grâce triompha pleinement. La Société sauva Mesnil-Saint-Loup de la contagion de l’esprit du monde : les femmes et les jeunes filles conservèrent leur piété ; les hommes et les jeunes gens furent chastes.

 

Les mœurs étaient pures, le contraire, exceptionnel, envisagé avec charité : on n’en parlait pas. Les garçons ne faisaient leur cour qu’en présence des futurs beaux-parents. De cela je suis sûre aussi pour avoir observé deux fiancés au cours d’un pè­lerinage où toute notre jeunesse était allée pour chanter. Je me disais : « Ici, ils vont pouvoir trouver à se parler ! » Eh bien non ; j’en fus pour ma curiosité ; ce qui arriva, c’est que, comme il y avait des boutiques, le promis acheta un morceau de pain d’épices pour la belle-mère. Qu’il porta le soir même.

Et dès le premier janvier de notre arrivée, j’eus un choc. J’étais allée souhaiter la bonne année à un ménage ami, assez âgé. […] C’est papa Louis qui me fait entrer, tout seul dans la cuisine. Il me fait poliment asseoir, m’écoute balbutier mes sou­haits, puis me dit : « Attendez, je vas la chercher. » Et quand il revient avec sa femme, il me dit gentiment : « Maintenant on va pouvoir s’embrasser… » Il avait de soixante-cinq à soixante-dix ans, et moi j’avais largement l’âge canonique : je réalisai la délicatesse de fidélité conjugale de ces paroles, la longue fidélité.

Certain prédicateur de mission […] s’avisa, à une réunion des hommes, de leur dire que sûrement plus d’un, convoitant la femme du prochain, avait dû succomber à la tentation. La réaction avait d’abord été scandale, indignation ; puis, la chose pa­raissait tellement saugrenue qu’elle avait fini en risée, et d’aucuns disaient à leur femme : « Tu me vois faire la cour à celle-ci, à celle-là ? » […] Cependant, d’autres en avaient gardé gros sur le cœur et dans l’esprit. « Pour qui nous prend-il ? », di­saient-ils du prédicateur [86].

 

Le père Emmanuel confia un jour : « Je ne crois pas que, parmi mes chrétiens, mes vrais chrétiens, il en soit un seul qui commette le péché mortel [87]. »

Une autre fois, il fut interrogé par un directeur de patronage :

 

— Mon père, comment faites-vous avec vos jeunes gens ?

— Que voulez-vous dire par là ? reprit le père.

— Comment les admettez-vous aux sacrements avec des habitudes vicieuses ?

— Mes jeunes gens, déclara le père, n’ont pas d’habitudes vicieuses [88].

 

Dom Bernard Maréchaux pouvait témoigner : « Il nous attesta que les jeunes gens de la paroisse, formés par lui à la piété, rentraient de la caserne indemnes dans les mœurs, comme dans la foi [89]. »

 

• Une paroisse séparée du monde

 

En tout cela, Mesnil-Saint-Loup tranchait complètement avec la physionomie de la France de ce temps-là. C’est ce que visait le père Emmanuel. Cette sépara­tion du monde était pour lui une conséquence directe du baptême.

 

Grouper les chrétiens et les isoler des non-chrétiens, ce travail parut toujours de première nécessité à l’abbé André. « Quand Dieu, disait-il, s’employa à l’œuvre des six jours, il commença par diviser la lumière et les ténèbres ; puis il sépara des eaux la terre ferme. Qu’a de commun, déclare saint Paul, la lumière avec les ténèbres (2 Co 6, 14) ? Que peut produire la terre si elle n’est pas séparée des eaux ? Sans cette division préalable, sans cette séparation qui s’impose, on travaille dans les té­nèbres, dans le chaos ; on n’aboutit à rien [90]. » Mais au sujet de cette séparation, en­tendons-nous ; les bons chrétiens doivent être pleins de charité et de serviabilité pour les non-chrétiens : ce que nous voulons dire, c’est qu’ils ne peuvent se lier avec eux par une intimité qui suppose communauté de pensées et d’aspirations. Autres mœurs, autre vie, autres fréquentations. Pour les chrétiens, point de cabaret ; pour les femmes et filles chrétiennes, point de bals, point d’étalage de vanité dans le cos­tume. Qu’on attire les non-chrétiens à l’église, à la bonne heure ; mais qu’on ne les suive pas dans les lieux où règne la licence. […L’abbé André] voulait constituer une paroisse homogène : les impies seraient tous invités à y entrer, et on prierait pour qu’ils y entrent ; mais ils n’y entreraient que par une conversion foncière, par un changement total de vie qui réjouirait les anges au ciel, et sur terre les enfants de Dieu [91]

 

 

Les épreuves d’une paroisse

 

Il ne faudrait pas croire que tout se passa sans difficulté. L’ennemi du genre humain, le diable, qui se manifesta à Ars, qui essaya de mettre des bâtons dans les roues à l’abbé Desgenettes à Notre-Dame des Victoires [92], ou qui souffla sur la paroisse d’Houville [93], ne devait pas épargner Mesnil-Saint-Loup. Le démon tenta donc divers moyens pour enrayer l’œuvre.

La première opposition eut lieu au début de l’année 1853, lorsque l’abbé André annonça son projet d’ériger dans l’église un autel dédié à Notre-Dame de la Sainte-Espérance. En un autre temps, cet événement serait passé inaperçu, l’é­rection d’un autel relevant directement des pouvoirs d’un curé. Mais le démon comprit là qu’il s’agissait d’une prise de possession de la paroisse de Mesnil par la Reine du ciel. Les incroyants s’élevèrent contre l’autel avec un acharnement étonnant. Il y eut réunion extraordinaire du conseil municipal, on projeta de por­ter plainte à Troyes, à Paris, à l’évêché, à la préfecture, et même au ministre ! L’abbé André restait impassible, faisait prier les âmes de bonne volonté, et spécia­lement les enfants. L’opposition, ne trouvant finalement aucun moyen efficace pour s’opposer au projet, finit par désarmer. L’autel fut érigé et bénit le jour de l’Assomption 1853. L’événement avait même soudé les paroissiens autour de leur curé.

Plus grave fut, toujours au début du ministère de l’abbé André, une tentative de perversion de la paroisse. Écoutons-le raconter lui-même cette nouvelle crise :

 

Il se développa au sein même de la paroisse du Mesnil un esprit d’opposition, de libertinage et d’impiété, auquel on n’aurait pu croire. Des jeunes gens égarés, ne sachant assurément pas ce qu’ils faisaient, trouvèrent bon de transformer une écurie en salle de danse ; on comprend le reste. Mais ce que l’on ne soupçonnait pas, c’est que, sentant le besoin d’accentuer la résistance, car Notre-Dame de la Sainte-Espérance se montrait terrible et puissante comme une armée rangée en bataille, on en vint à parodier et à contrefaire d’une façon horriblement sacrilège le chapelet, le Magnificat, et le Pater noster. Notre-Dame de la Sainte-Espérance ne se laissa pas vaincre. Elle jeta les yeux sur le héros, d’autres disent le chef de l’opposition. Un di­manche soir, il allait avec quelques amis en partie de plaisir dans un village voisin ; chemin faisant, il fut touché d’en haut par une visite on ne peut plus inattendue. « C’était, disait-il, comme si la médaille de la sainte Vierge fut tombée sur moi. » […] Il cessa immédiatement ses relations avec le monde, disait jour et nuit des cha­pelets sur ses doigts, et s’entretenait avec Dieu dans un état d’oraison continuelle [94].

 

Quelques mois après, il communia publiquement, et un peu plus tard entra comme frère convers chez les bénédictins de La Pierre-Qui-Vire, où il fit l’édifica­tion de ses frères en religion. Cette conversion spectaculaire mit fin aussitôt à la crise.

En 1859, alors que la paroisse était déjà presque entièrement convertie, ce fut une épidémie de crises nerveuses qui avaient quelque chose de démoniaque.

 

A l’église, plusieurs femmes en étaient saisies : on les voyait se débattre, elles imitaient, disait le père Emmanuel, le cri de tous les animaux de l’arche de Noé ; il fallait les emporter, après l’une c’était l’autre. Ces accidents se produisaient surtout pendant la prédication : un jour même, l’abbé André dut descendre de chaire. Cette épidémie, née sans cause apparente, dura ce qu’elle dura ; et elle finit sans cause ap­parente [95]

 

Nous avons parlé de l’incident au sujet de la mode, qui se situa vers 1867-1868, lorsque deux jeunes filles de Mesnil revinrent de Troyes porteuses de te­nues peu chrétiennes. Le père Emmanuel réagit énergiquement, et ce ne fut pas sans résistances.

Plus grave fut la crise paroissiale qui sévit après la guerre de 1870 jusqu’en 1880 et au-delà [96]. Il se fit alors à Mesnil tout un travail satanique pour perdre les âmes. L’initiateur en fut un étranger établi au pays, hostile aux choses d’Église bien qu’ayant gardé la foi, et qui ne pouvait supporter l’esprit que le père Emmanuel mettait à Mesnil. Il exerçait une sorte de fascination sur une certaine jeunesse, et fomenta avec elle une conjuration pour faire partir le père [97]. L’un des comploteurs, par exemple, écrivit un jour à Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans, sans doute parce qu’il était connu comme libéral. Il le pressait d’inter­venir. Ce dernier répondit que l’affaire concernait l’évêque de Troyes. La Providence permit que la réponse fut envoyée par erreur… au père Emmanuel, et la mèche fut éventée. Mais il y eut aussi une violente campagne de presse ou­verte contre le curé de Mesnil-Saint-Loup, dans le journal antireligieux du dépar­tement. Elle dura plusieurs années. Les attaquants ne réussissaient cependant à alléguer aucun fait sérieux.

En même temps, plusieurs hommes ou jeunes gens de Mesnil s’étaient mis à lire des livres de sorcellerie. L’un d’eux s’en trouva possédé du démon, et il ne parlait de rien moins que de tuer le père Emmanuel. Celui-ci dut se tenir pru­demment sur ses gardes. Puis ce fut au tour d’une bonne fille, Ernestine C., de manifester des signes de possession non équivoques. C’était en 1875. Vingt ans après, le diable tenait toujours la malheureuse. Même l’évêque de Troyes avait essayé, avec courage, mais en vain, de chasser le démon. Celui-ci dit un jour au père Emmanuel au cours d’un exorcisme : « Tu me dis de m’en aller ; va-t’en toi-même, et je m’en irai tout de suite ; mais si tu restes, je resterai [98]. » Il y eut des périodes d’accalmie, mais le démon ne put être chassé que bien après la mort du père.

Puis il y eut une conjuration contre les jeux du dimanche après-midi. Certains groupes furent entraînés à se retrouver dans des maisons particulières pour jouer aux cartes et boire. Le père dut pousser un cri d’alarme au sermon.

Mais ce qui le contrista le plus, ce fut de découvrir tout un travail pour cor­rompre et perdre les enfants qui étaient en âge de se préparer à la première communion. Le dimanche suivant, dans le temps de l’Épiphanie, il monta en chaire un papier à la main et lut son sermon, ce qu’il ne faisait jamais : « Hérode n’est pas mort, et il tend toujours des embûches à l’Enfant-Jésus [99]. » Le père dut alors redoubler de précautions pour s’assurer de l’intention droite des enfants voulant s’approcher pour la première fois de la sainte Table. Il décida même que, comme aux premiers siècles de l’Église, un scrutin public déciderait de l’admis­sion aux premières communions, tous les fidèles étant invités à donner leur avis sur les candidats à l’aide d’un billet à remettre au curé. Les paroissiens se firent un devoir d’aider leur pasteur dans cette enquête. Des communions furent retar­dées. Le soir du 21 avril 1878, qui était le jour de Pâques, alors que les premières communions avaient eu lieu le matin, le père prononça d’un ton véhément un sermon qui dura une grande heure. Il frappait la chaire à coups de poing reten­tissants, et les éclats de sa voix portaient jusqu’au bout de la rue. Tout le monde tremblait. Ses coups portaient sur les hommes qui cherchaient à miner et à ruiner l’œuvre de la Sainte-Espérance en corrompant les enfants. C’est cette énergie qui, une fois de plus, sauva la situation. Le père Emmanuel put alors dire à Mgr l’évêque de Troyes dans un rapport : « Le bien n’est pas entamé [100]. »

Il devra cependant rester toujours vigilant. Il dira lui-même : « Je me vois sans cesse occupé à éteindre quelque commencement d’incendie [101]. »

 

 

 

Fruits de sainteté

 

Le fruit le plus important est la conversion profonde de toute la paroisse, la conversion des familles.

Le dimanche est sanctifié, les mœurs sont très pures, les jurons ont disparu, les commerçants et les artisans sont honnêtes [102].

Les communions s’élevaient à quatre chaque dimanche à l’arrivée de l’abbé André. Vers la fin de son ministère, il pouvait noter cent soixante-dix pâques tous les ans. En 1921, sur les deux cent soixante-quinze habitants, vingt-cinq seule­ment ne font pas leurs pâques, et il y a onze mille communions par an [103], dont les conseillers municipaux, qui donnent l’exemple. L’action de grâces après la messe, très recueillie, dure un bon quart d’heure.

La natalité aussi a augmenté, surtout de 1870 à 1880, conséquence des prédi­cations du père. En très peu de pays, la natalité s’est maintenue à un pareil ni­veau qu’à Mesnil : neuf naissances en moyenne par an pour une population de trois cent cinquante âmes [104]. La paroisse était réputée pour ses familles nom­breuses. Et il y eut des vocations. Si la population ne s’est pas davantage accrue, c’est en raison de la mortalité infantile, encore très importante à l’époque, et aussi parce qu’un certain nombre de jeunes ménages furent contraints de quitter Mesnil-Saint-Loup pour trouver leur subsistance ailleurs [105]. Le pays était le plus pauvre de la contrée. En 1972, cependant, alors que tous les villages alentour dépérissaient, Mesnil était arrivé à cinq cents habitants [106].

L’esprit profondément chrétien des paroissiens de Mesnil se rencontrait aussi dans leur façon d’appréhender la mort. Citons ce court dialogue :

 

— Tu veux quelque chose, Pierre, dit une épouse à son mari agonisant qui ve­nait de recevoir l’extrême-onction.

— Le paradis ! 

 

A ce moment, le premier son de l’angélus tintait. Et il est mort [107].

Enfin, nous l’avons dit, un aspect non moins admirable, c’est que ces fruits de sainteté continuèrent après la mort du père Emmanuel. C’est en fait le concile Vatican II et la nouvelle messe, moyennant l’évêque de Troyes et les prêtres et religieuses issus de Mesnil [108] qui détruisirent la paroisse en quelques années.

Mais il y eut aussi des fruits de sainteté exceptionnels. Ils doivent beaucoup au père Emmanuel directeur de conscience. Il avait su remarquer quelques âmes d’élite auxquelles il se consacra tout particulièrement et qui furent la fleur de son ministère, la parure de la paroisse. Citons surtout les noms d’une jeune fille, Delphine Legrand ; et d’une femme mariée, Célérine Bonjour.

La vie de Delphine était toute centrée sur l’eucharistie. Il n’y eut pas en elle de dons extraordinaires, sauf des larmes qu’elle ne pouvait s’empêcher de verser quand elle priait ou communiait. Elle voua sa virginité, et Dieu viendra cueillir ce lys à l’âge de vingt-quatre ans. Le père Emmanuel raconta ainsi sa mort : « Elle leva les yeux, écarta les deux bras, retourna ses mains à peu près comme on re­présente les mains de la sainte Vierge sur la médaille miraculeuse, et se tint là comme pour recevoir l’embrassement d’une personne aimée. Elle baissa douce­ment les yeux et expira [109]. » C’était le 29 janvier 1869.

L’âme de Célérine Bonjour brillait par sa paix intérieure. Jeune fille, elle exerça un grand ascendant sur ses compagnes du même âge. Mariée, elle fut une épouse exemplaire, et eut cinq enfants. Elle vécut dans une sérénité continuelle, plus joyeuse au début de sa vie, plus héroïque quand vinrent les épreuves de santé qui la conduisirent à la mort en quatre ans, sans que rien parût à l’exté­rieur. Comme un jour on pliait du linge qui venait d’être blanchi, elle avait dit : « Que cela sent bon ! Cela sent bon comme une âme pure. » Quelque temps avant sa mort – à l’âge de trente-neuf ans – elle fit ses recommandations pour son ensevelissement : « Que tout soit bien blanc ! Vous me mettrez un mouchoir blanc sur la poitrine, et vous le placerez bien. » Avant d’entrer en agonie, elle dit : « Il faut que je prenne toutes mes armes. » Elle parlait de la foi, de la Sainte-Espérance et de la charité. Après deux heures d’une agonie très douloureuse, elle rendit son âme à Dieu. C’était le 11 septembre 1873.

Le père Emmanuel écrivit la biographie de ces deux chrétiennes exem­plaires [110]. De ces récits, se dégage la physionomie des âmes formées par la Sainte-Espérance :

 

Rien d’apprêté, de conventionnel : l’amour de la vie cachée, l’humilité sou­riante, la douceur exquise, la simplicité du regard vers Dieu ; et puis quelque chose d’élevé, d’intellectuel, un besoin de lumière, l’attrait ingénu de la beauté. Quand l’épreuve venait parfaire de telles âmes, il en émanait un parfum céleste. Elles révé­laient quelque chose de cette suavité, de cette sérénité, nous dirions volontiers de cette fluidité lumineuse, qu’on admire dans les saints et les anges qui décorent les ta­bleaux des vieux maîtres. Le père Emmanuel suivait ces âmes du regard jusque dans l’éternité où elles entraient l’une après l’autre. Il nous disait un jour avec une émo­tion intense, en levant ses yeux vers le ciel : « J’ai là-haut une paroisse qui m’attend. » Et cette paroisse, il la sentait même tout près de lui, quoique de l’autre côté du voile [111]

 

 

Conclusion

 

Nous l’emprunterons au père Emmanuel lui-même, dans une conférence qu’il fit à ses religieux en 1896 :

 

A chaque [cérémonie de] confirmation je constate un nouveau degré d’indiffé­rence religieuse. Que deviendrons-nous si le bon Dieu ne nous vient en aide ? Depuis que je suis à même d’étudier la situation du christianisme, j’ai vu avec dou­leur les peuples se séparer de Notre-Seigneur Jésus-Christ. La décadence continue et, je le crains bien, elle n’est pas près de s’arrêter. Jusqu’où irons-nous ? Dieu seul le sait. Pour moi, je serai parti, mais vous qui resterez, vous verrez de bien tristes choses. D’où vient donc cette déchristianisation ? D’où vient que nos populations baptisées vivent comme des païens ? La cause du mal présent, c’est le naturalisme. Le naturalisme est la grande hérésie des temps présents. Ce fléau date de bien loin. Son origine remonte à la Renaissance. Oui, cette époque a bien mérité ce nom de Renaissance ; elle fut une résurrection du paganisme. […] Travaillons mes frères, à enrayer, selon nos forces, les progrès du mal. Soyons des hommes de foi, des hommes de prière, des hommes de la grâce, des hommes de Dieu.

                                                                                                   Ainsi soit-il [112].

 

 

 



[1] — Le père Emmanuel avait préféré faire ainsi plutôt que de mettre les hommes à droite et les femmes à gauche ; sans doute pour favoriser la piété des hommes, toujours plus rudes à se convertir, et pour leur éviter toute distraction. A cette époque, les hommes étaient même tentés de se placer au fond de l’église. Aussi, en fin pasteur, le père Emmanuel les mit-il devant. Cela changea aussitôt beaucoup de choses. (NDLR.)

[2] — Le père Emmanuel avait en effet ouvert une école catholique pour soustraire les enfants au laïcisme. (NDLR.)

[3] — Extrait d’un article paru dans le journal La Liberté de l’Yonne, du 15 février 1920, et cité dans le Bulletin de l’Œuvre de Notre-Dame de la Sainte-Espérance, t. XIV, p. 329 (mars-avril 1920).

[4] — Dom Bernard Maréchaux, Le Père Emmanuel, abbé de Notre-Dame de la Sainte-Espérance, curé de Mesnil-Saint-Loup, Mesnil-Saint-Loup, 1935, p. 43-45.

[5] — « L’œuvre de Notre-Dame de la Sainte-Espérance », Bulletin, t. I, p. 550 (janvier 1880). Ce texte est reproduit intégralement en annexe de la rubrique précédente.

[6] — Il est intéressant de noter que pendant ce XIXe siècle, la divine Providence, au moment où sa justice permettait la déchristianisation de tant de régions, suscita par miséricorde d’autres exemples de paroisses profondément ferventes pour inviter à la conversion :

– la paroisse d’Ars (Mgr Francis Trochu, Le Curé d’Ars, saint Jean-Marie-Baptiste Vianney, Montsurs, Résiac, 1979) : saint Jean-Marie Vianney fut curé à Ars de 1818 à sa mort en 1859 ;

– Notre-Dame des Victoires à Paris (Sœur Marie-Angélique de la Croix, L’abbé Desgenettes serviteur et apôtre de Marie, Saint-Parres-lès-Vaudes, CRC, 2000) : il occupa la cure de Notre-Dame-des-Victoires de 1832 à sa mort en 1859 ;

– la paroisse d’Houville dans la Beauce, dont l’abbé Mercier fut curé de 1833 à 1858 (abbé L. Houzé, Conversion de la paroisse d’Houville, Chartres, Laffray, sans date).

[7] — Le père Emmanuel a étudié cette hiérarchie des devoirs du prêtre dans son admirable bro­chure Traité du ministère ecclésiastique, examinée plus loin dans le présent numéro du Sel de la terre.

[8] — Cité par Dom Bernard Maréchaux, « La paroisse de Mesnil-Saint-Loup », article écrit en 1925, paru dans La Vie Spirituelle (t. XII, 1925, p. 67-79 et 456-471), et reproduit intégralement dans Le Sel de la terre 26 à 28. La présente citation est extraite du Sel de la terre 26, p. 118.

[9] — On se rappelle qu’à Ars, saint Jean-Marie Vianney instaura la prière du dimanche soir à la paroisse pour commencer à établir le règne de Dieu dans les cœurs. La prière attira la foule. Le bal n’y résista pas.

[10] — Cité par Dom Bernard Maréchaux, Le Sel de la terre 26, p. 121.

[11] — On pense à l’abbé Desgenettes, curé de Notre-Dame des Victoires. Alors que son apostolat était un échec dans ce quartier de Paris déchristianisé par la Révolution, une voix intérieure lui dit au cours de la messe de consacrer sa paroisse au Cœur Immaculé de Marie. Dès lors, les miracles de la grâce ne cesseront de se produire dans cette église.

[12] — On peut se reporter ici à l’article sur « Notre-Dame de la Sainte-Espérance », dans le présent numéro du Sel de la terre.

[13] — Cité par Dom Bernard Maréchaux, Le Sel de la terre 26, p. 123.

[14] — Lors de l’audience qu’il a accordée le 18 septembre 1904 à l’abbé Thiriot, successeur du père Emmanuel, saint Pie X a accordé la bénédiction papale aux associés de la Prière perpétuelle (Bulletin, t. X, p. 164, novembre 1904).

[15] — On a un exemple tout à fait similaire avec la fondation de l’Archiconfrérie du très saint et Immaculé Cœur de Marie par l’abbé Desgenettes.

[16] — Dom Bernard Maréchaux, Le Sel de la terre 26, p. 124.

[17] — Mgr P. F. Écalle, Le Père Emmanuel d’après sa biographie par le Rme père Dom Bernard Maréchaux, Troyes, Gustave Frémont, 1911, p. 14. Vicaire général de Troyes, auteur d’une édition complète des œuvres de saint Augustin, Mgr Écalle a très bien connu le père Emmanuel. Il présente son étude comme un résumé de l’ouvrage de Dom Maréchaux, mais Dom Maréchaux disait lui-même qu’il avait appris, en la lisant, des choses qu’il ignorait.

[18] — Pie XII, Lettre encyclique Mediator Dei, du 20 novembre 1947.

[19] — Saint Pie X, Motu proprio sur la musique sacrée, du 22 novembre 1903.

[20] — Article du Bulletin des professeurs catholiques de l’université signé « Chrestien de Troyes » reproduit dans le Bulletin, t. XIV, p. 330 (mars-avril 1920).

[21]Bulletin, t. I, p. 47 (avril 1877).

[22]Bulletin , t. VII, p. 32 (février 1895).

[23] — Nous n’en disons pas plus. Nous conseillons vivement au lecteur de se reporter à l’excellent texte du père Emmanuel, « Allons à vêpres », Bulletin, t. I, p. 357-361 (janvier 1879), intégralement re­produit dans la rubrique « Le latin et la sainte liturgie » du présent numéro du Sel de la terre.

[24] — Claude Franchet, « Ma paroisse pittoresque : Le Mesnil-Saint-Loup », Itinéraires 118, dé­cembre 1967, p. 222-223. Épouse d’Henri Charlier, Claude Franchet écrivait soixante-cinq ans après la mort du père Emmanuel. La vitalité de Mesnil était encore grande.

[25] — D. Minimus (pseudonyme d’Henri Charlier), « La Sainte Trinité », Itinéraires 3, mai 1956, p. 87. Henri Charlier a vécu à Mesnil de 1925 à sa mort, le 24 décembre 1975, sauf pendant la guerre, où il avait dû se réfugier en Auvergne auprès d’Henri Pourrat. Son témoignage mérite donc d’être cité. Sur Henri Charlier, on peut se reporter au n° 216 de la revue Itinéraires, qui lui a été consacré.

[26]Bulletin, t. XVI, p. 124 (mars-avril 1930).

[27] — En certaines contrées, c’est à partir de 1870 que les hommes cessèrent en majorité de fré­quenter les offices le dimanche, lit-on dans le Bulletin, t. XIV, p. 309 (mars-avril 1920). Pour bien comprendre le contexte anticlérical dans lequel se trouvait la France à cette époque, on se reportera à la chronologie donnée en tête du présent numéro du Sel de la terre.

[28] — Cité par Dom Bernard Maréchaux, Le Sel de la terre 27, p. 102.

[29]Ibid., p. 102.

[30] — « Les vêpres étaient suivies de complies, faisant corps avec elles dans les habitudes régio­nales auxquelles le père Emmanuel n’avait pas cru devoir déroger. Le chapelet, additionné d’un can­tique en français, terminait l’office auquel se pressait, à quelques personnes près, la même assistance qu’à la grand’messe. » (Bulletin, t. XIV, p. 549 [septembre/octobre 1922].)

[31] — Claude Franchet, « Ma paroisse pittoresque », p. 210-211.

[32] — Dans sa paroisse d’Houville, l’abbé Mercier avait lui aussi organisé la détente du dimanche après-midi : « Avant et après les offices, le presbytère était ouvert aux hommes et aux jeunes gens. Ils y trouvaient toutes sortes de jeux : cartes, boules, quilles ; et merveilleux était l’entrain qu’ils y met­taient. Au jeu succédait la conversation ; elle était intarissable. […] Dans ces entretiens, le curé excel­lait, par des mots toujours spirituels et quelquefois mordants, à entretenir la gaieté dans les âmes et à y ramener le courage. N’était-ce pas là le cercle paroissial idéal pour les hommes ? Et les jeunes filles, que devenaient-elles pendant que leurs pères et leurs frères se rendaient à la cure ? Elles se rendaient chez une demoiselle qui […] entretenait dans son cœur la flamme de l’apostolat. » (Abbé L. Houzé, Conversion de la paroisse d’Houville, p. 14.)

[33] — Henri Charlier, Itinéraires 163, mai 1972, p. 193.

[34]Bulletin, t. IX, p. 547 (novembre 1903).

[35] — Voir les textes donnés dans la rubrique « Le latin et la liturgie » de ce numéro.

[36] — Dom Bernard Maréchaux, « L’instruction chrétienne d’après le père Emmanuel », Bulletin, t. IX, p. 499 (août 1903).

[37] — Le père Emmanuel emploie ici le mot habitude au sens philosophique d’habitus, c’est-à-dire de disposition permanente inclinant l’âme à agir rapidement, facilement et avec délectation.

[38] — Père Emmanuel, Lettres à une mère sur la foi, Grez-en-Bouère, Dominique Martin Morin, 1993, Introduction, p. 6.

[39] — Le père Emmanuel oppose le « chrétien de l’Évangile » au « chrétien du jour » qui est le chrétien d’aujourd’hui. Nous en parlons un peu plus loin. Il a écrit une excellente petite brochure sur ce sujet : Le Chrétien du jour et le chrétien de l’Évangile, Grez-en-Bouère, DMM, 1973.

[40] — Cité par Dom Bernard Maréchaux, Le Père Emmanuel, p. 312-313.

[41]Bulletin, t. IX, p. 500 (juillet 1903).

[42] — Pour saint Jean-Marie Vianney, l’indifférence en matière de religion – et non pas l’incroyance, car ils avaient conservé la foi – était aussi le grand mal de ses fidèles. Dans cette igno­rance, il voyait plus qu’une lacune : un péché. « Nous sommes sûrs, disait-il en chaire, que ce seul péché en damnera plus que tous les autres ensemble ; parce qu’une personne ignorante ne connaît ni le mal qu’elle fait ni le bien qu’elle perd en péchant. » De là la sainte passion qu’il mit à instruire ses paroissiens, et en premier lieu la jeunesse (on peut se reporter à l’ouvrage de Mgr Francis Trochu, Le Curé d’Ars, p. 165).

[43] — Sainte Thérèse d’Avila, Vie par elle-même, ch. XI.

[44] — Père Emmanuel, Le Chrétien du jour et le chrétien de l’Évangile, p. 23-28.

[45]Bulletin, t. IX, p. 501 (juillet 1903).

[46] — Dom B. Maréchaux, Bulletin, t. IX, p. 499 (juillet 1903).

[47] — Dom B. Maréchaux, Le Sel de la terre 27, p. 105.

[48] — Dom B. Maréchaux, ibid., p. 109-110.

[49] — Dom B. Maréchaux, ibid., p. 105.

[50] — Se reporter à l’article de M. Bedel dans ce même numéro du Sel de la terre.

[51] — On pourra se référer au texte de Dom Bernard Maréchaux, « Les catéchismes du père Emmanuel », reproduit en annexe dans le présent numéro.

[52] — Nous l’avons publié dans les numéros 6, 7 et 8 du Sel de la terre et dans un tiré à part.

[53] — Publiées dans Le Sel de la terre 9.

[54] — Publiées dans Le Sel de la terre 11.

[55] — Père Emmanuel, Lettres à une mère sur la foi, Grez-en-Bouère, DMM, 1993, p. 7-9.

[56] — Père Emmanuel, Le Naturalisme, Grez-en-Bouère, DMM, 1998, « De l’ignorance chez les chrétiens », p. 75-78.

[57] — Publié dans le Bulletin , t. II à IV, de novembre 1881 à novembre 1888.

[58] — Publié dans le Bulletin , t. II, de mars 1880 à mai 1881.

[59] — Cité par Henri Charlier dans Les Catéchismes du père Emmanuel, Chiré-en-Montreuil, Diffusion de la Pensée Française, sans date, p. 2.

[60] — Mgr Martin était un Troyen. Quand l’évêque de ce temps (Mgr Debelay) quitta Troyes pour être archevêque d’Avignon, il emmena l’abbé Martin (1847). Le jeune abbé André, encore séminariste, dont l’évêque devinait la valeur, fut sollicité de même mais refusa (note 1, p. 3, de la brochure d’Henri Charlier déjà citée).

[61] — Le Bulletin, t. II, p. 98-101 (septembre 1880), fait état d’un Catéchisme de saint Augustin (Sancti Augustini doctrinæ christianæ praxis catechistica), qu’un certain Martin Beaugrand, prêtre troyen, fit imprimer en 1678. Ce catéchisme est tiré tout entier des œuvres de saint Augustin. Il est divisé en cinq parties. La première traite de la foi et explique le Credo. La seconde parle de l’espé­rance et explique le Pater. La troisième explique la charité et expose les commandements de Dieu. La quatrième partie traite des sacrements. La cinquième de la justice chrétienne et des œuvres, et l’on y trouve les vertus, les dons, les béatitudes. Il se termine par les fins dernières. Visiblement, ce caté­chisme a été l’un des modèles dont le père Emmanuel s’est inspiré.

[62] — Père Emmanuel, Introduction au « Catéchisme de la famille chrétienne », Bulletin, t. II, p. 535 (décembre 1882). Cette introduction du père Emmanuel n’a malheureusement pas été reprise dans l’édition de ce catéchisme par Dominique Martin Morin.

[63] — Page 24. On aimerait tout citer. Nous invitons nos lecteurs à se procurer, s’ils ne l’ont pas, le Catéchisme de la famille chrétienne du père Emmanuel, Grez-en-Bouère, DMM, 1977.

[64] — Cette partie sur les remèdes ne se trouve pas traitée dans le Catéchisme du concile de Trente ni dans le Catéchisme de saint Pie X ; l’ouvrage du père Emmanuel est donc un complément précieux pour la vie chrétienne de chaque jour.

[65] — Henri Charlier, Les Catéchismes du père Emmanuel, p. 8.

[66] — Père Emmanuel, « Catéchisme des plus petits enfants », publié en annexe des Lettres à une mère sur la foi, Grez-en-Bouère, DMM, 1993 (réédition), p. 63-64.

[67] — Père Emmanuel, « Catéchisme des plus petits enfants », p. 54-55.

[68] — Le père Emmanuel mourut en effet le 31 mars 1903.

[69] — Cité par Henri Charlier dans Les Catéchismes du père Emmanuel, p. 8.

[70] — Dom B. Maréchaux, Le Père Emmanuel, p. 488.

[71] — Pour se rendre compte de l’esprit qui régnait à ce sujet dans les régions de France où le christianisme se relâchait, citons ce fait arrivé à la paroisse d’Houville : son saint curé, M. l’abbé Mercier, avait réussi à convaincre de bons paroissiens de communier à la grand-messe du dimanche : « Le spectacle était inattendu ; aussi ce fut de la part des gens un étonnement indescriptible, quand au Domine non sum dignus, s’avança vers la sainte table, lentement, pieusement, tout un groupe d’une vingtaine de personnes, dont six ou sept hommes âgés de 25 à 30 ans. Ils n’en pouvaient croire leurs yeux, ils se levaient sur leurs bancs pour mieux voir, ils riaient, ils chuchotaient. La messe achevée, la foule s’était massée au dehors, sur deux rangs, attendant avec impatience la sortie des communiants restés à leur place pour terminer leur action de grâces. A peine eurent-ils paru sur le seuil de l’église, que de toutes parts éclatèrent des ricanements. Il leur fallait passer au milieu de cette haie vivante, sous une avalanche de sarcasmes. » (L. Houzé, Conversion de la paroisse d’Houville, p. 8.)

[72] — Cité par Dom B. Maréchaux, Bulletin, t. XIII, p. 5 (janvier 1913).

[73] — Le saint curé d’Ars mena contre les modes mondaines une campagne semblable à celle du père Emmanuel, tant il est vrai que les saints se ressemblent. On peut se reporter à sa vie par Mgr Trochu (ibid.) au chapitre 5.

[74] — « Le démon se cache sous le chapeau », dit un jour le père Emmanuel à son évêque ; en­tendons : le démon de la vanité. (Cité dans Les Vieux saints, le père Emmanuel et les premiers moines de Notre-Dame de la Sainte-Espérance, supplément au Bulletin, n° 3, mars 1972, sans nom d’auteur, p. 62.)

[75] — Cité par Dom B. Maréchaux, Bulletin, t. XII, p. 485 (juillet 1903).

[76] — Cité par Dom B. Maréchaux, Bulletin, t. XIII, p. 551, (septembre-octobre 1916).

[77] — Sur la vocation de la femme chrétienne, on peut se reporter au très bel article de D. Minimus, « Ô Femmes chrétiennes ! », paru dans Itinéraires 81 de mars 1964, p. 105-119.

[78] — Cité par Dom Bernard Maréchaux, dans Le Père Emmanuel, p. 210. Il est à noter ici que, depuis Jean XXIII, les papes conciliaires, dans leur prédication, ont renoncé à leur devoir grave de prêcher la modestie chrétienne. Le dernier pape à en avoir parlé, et admirablement, est le pape Pie XII. Comme intervention épiscopale récente, citons Féminisme et pantalon de Mgr Williamson, Villegenon, éd. Sainte-Jeanne-d’Arc, 1999. Cette brochure reprend une série de textes sur la question, publiés dans la Lettre aux amis et bienfaiteurs du séminaire de Winona (USA). Elle a fait beaucoup de bien aux catholiques traditionalistes des États-Unis.

[79] — Dom B. Maréchaux, Bulletin, t. XIII, p. 6 (janvier 1913).

[80] — Père Emmanuel, cité par Dom B. Maréchaux, Le père Emmanuel, p. 210.

[81] — Elle fut approuvée par saint Pie X au cours de l’audience du 18 septembre 1904 racontée dans le Bulletin, t. X, p. 163-164 (novembre 1904). Le récit de cette audience est donné plus loin, en annexe.

[82] — Dom B. Maréchaux, Le Père Emmanuel , p. 204.

[83] — Cité par Dom B. Maréchaux, Le Père Emmanuel , p. 205.

[84]Ibid., p. 209. Le père Emmanuel avait tellement ancré la modestie dans les âmes qu’en 1927 un recteur breton, prédicateur de passage, pouvait encore dire : « Vous demeurez fidèles, femmes et filles, à cette belle et magnifique tradition de votre bonnet blanc, je vous en félicite ! Vous avez en horreur le principe même de la mode, vous conservez les vêtements amples et longs de vos aïeules, des temps plus délicats que le nôtre dans la réserve sainte. Soyez fières de la distinction qui en rejail­lit sur vous et de la sauvegarde nécessaire que vous y trouvez. » (Bulletin, t. XV, p. 454, septembre-octobre 1927.)

[85] — Dom B. Maréchaux, Le Père Emmanuel, p. 209.

[86] — Claude Franchet, « Ma paroisse pittoresque », p. 216-217.

[87] — Cité par Dom B. Maréchaux, Sel de la terre 26, p. 132.

[88]Ibid., p. 132.

[89]Ibid., p. 132.

[90] — Dom B. Maréchaux, en bon disciple du père Emmanuel, écrira : « Le mal du jour est celui-ci : que la ligne de démarcation tend de plus en plus à s’effacer entre chrétiens et non-chrétiens. […] Ceux qui se disent chrétiens vivent trop souvent comme ceux qui ont renoncé à ce titre. […] Les premiers chrétiens, par leur conduite, tranchaient sur les païens comme des flambeaux sur un fond obscur, et le spectacle de leurs vertus austères attirait puissamment les idolâtres à la foi. » (Dom B. Maréchaux, « La vénérable Élizabeth Canori Mora », La Vie spirituelle, 1928, p. 495-496). Ce texte sur « La ligne de démarcation » a été reproduit intégralement dans Le Sel de la terre 9, p. 1-2.

[91] — Dom B. Maréchaux, Le Père Emmanuel, p. 76-77. Du père Emmanuel, on pourra lire dans le même esprit Les Deux cités, Grez-en-Bouère, DMM, 1973.

[92] — Voir Sœur Marie-Angélique de la Croix, L’Abbé Desgenettes, ch. 27 : « Sous l’étendard de l’Immaculée : la guerre contre Satan », p. 213-220.

[93] — Il s’y produisit en effet un cas d’obsession diabolique dûment constaté par les autorités ec­clésiastiques, et qui s’aggravait dès qu’une conversion était sur le point de se produire (abbé L. Houzé, Conversion de la paroisse d’Houville, p. 5-6).

[94] — Cité par Dom B. Maréchaux, Le Père Emmanuel, p. 83-84.

[95] — Dom B. Maréchaux, Le Père Emmanuel, p. 88.

[96] — On peut se référer au chapitre XXI de l’ouvrage de Dom B. Maréchaux, Le Père Emmanuel, p. 211-221.

[97] — Dans la vie du saint curé d’Ars, on se rappelle cette pétition qui circula pour le faire partir. Le texte étant arrivé dans ses mains, le bon curé… la signa lui-même. Bien sûr, il n’y eut aucun effet.

[98] — Cité par Dom B. Maréchaux, Le Sel de la terre 28, p. 119.

[99] — Cité par Dom B. Maréchaux, Le Père Emmanuel, p. 216.

[100] — Cité par Dom B. Maréchaux, Le Sel de la terre 28, p. 113.

[101]Ibid., p. 122.

[102] — « Plus d’une fois Aloyse, à qui j’achetais mes œufs, a voulu et l’a fait, me rendre deux sous sur la douzaine de la semaine précédente : elle avait appris que le ramasseur les avait payés moins cher qu’elle ne me l’avait demandé. […] Les artisans qui travaillent au dehors font leur travail au juste prix, ne perdent pas une minute du temps qui leur est payé, ne fument pas pendant le travail, ne vont pas boire, sont polis. » (Cité par Claude Franchet, « Ma paroisse pittoresque », p. 218-219.)

[103] — Chiffres cités dans le Bulletin, t. XIV, p. 427 (mai-juin 1921).

[104] — Chiffres donnés par Dom B. Maréchaux, Le Sel de la terre 28, p. 117.

[105] — Les curés qui les accueillaient se félicitaient de voir arriver de tels paroissiens.

[106] — Chiffre donné par Henri Charlier, « Troisième lettre [à l’évêque de Troyes] », Itinéraires 165, juillet-août 1972, p. 295.

[107] — D’après Claude Franchet, « Ma paroisse pittoresque », p. 207-208.

[108] — Déformés par le modernisme dans leurs séminaires et maisons religieuses, ils exercèrent une très mauvaise influence sur les paroissiens de Mesnil, remettant en question toute l’œuvre du père Emmanuel.

[109] — Cité par Dom B. Maréchaux, Le Père Emmanuel, p. 136.

[110] — On trouve la vie de Delphine Legrand dans le Bulletin, t. I, de décembre 1877 à février 1878 ; celle de Célérine Bonjour dans le Bulletin, t. II, mars et avril 1880. Pour cette dernière, voir les extraits qui en sont donnés dans les textes annexés à la rubrique précédente de ce numéro.

[111] — Dom B. Maréchaux, Le Père Emmanuel, p. 139.

[112] — Cité par Henri Charlier dans Les Catéchismes du père Emmanuel, p. 9-10.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 44

p. 107-136

Les thèmes
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