Les indulgences
dans la vie de l’Église,
et leur destruction par le pape Paul VI
par le frère Marie-Dominique O.P.
AVANT D’ABORDER directement la question des indulgences, il importe de les replacer dans le plan général de la rédemption, à la fois pour mieux comprendre leur importance exacte, et aussi en raison des erreurs protestantes et de leur influence dans l’Église depuis le concile Vatican II. C’est justement l’incompréhension des notions qui suivent, qui a abouti à la quasi suppression des indulgences par les hommes d’Église actuels.
Nous n’en conclurons pas que le nouveau code des indulgences est invalide, mais nous verrons la perte considérable qu’il cause à la piété catholique. Nous examinerons aussi dans quelle mesure les anciennes indulgences peuvent conserver quelque valeur.
Préambule : la satisfaction
Notion
Le terme satisfaction vient des mots latins satis et facere, ce qui veut dire : faire assez.
Le Droit romain employait ce mot à propos des créances, des offenses. Satisfaire, c’était faire assez pour que le créancier consentît à accorder remise de tout ou partie de la dette, pour qu’un offensé renonçât à tirer vengeance ou à poursuivre le châtiment de l’injure reçue. Saint Thomas d’Aquin voit dans la satisfaction une sorte de paiement [1]. Notre-Seigneur ne nous fait-il d’ailleurs pas dire dans le Pater Noster : Dimitte nobis debita nostra sicut et nos dimittimus debitoribus nostris (remettez-nous nos dettes comme nous les remettons à ceux qui nous ont offensé) ? Il n’est d’ailleurs pas nécessaire en soi que le paiement soit complet, car remise peut en être faite, en tout ou en partie, par égard pour l’attitude, l’intention, la bonne volonté du débiteur.
La satisfaction de Notre-Seigneur
Le témoignage de saint Paul
La satisfaction est au cœur du christianisme, au cœur du mystère de notre rédemption. Pourquoi Notre-Seigneur est-il venu sur cette terre ? Saint Thomas répond : « Le motif que partout la sainte Écriture donne de l’incarnation, c’est le péché du premier homme [2] ». « Il est certain que le Christ est venu en ce monde pour effacer non seulement la faute originelle, mais aussi tous les péchés commis ultérieurement. [...] Il a offert une satisfaction suffisante pour l’expiation de tout péché [3] ». L’apôtre saint Paul le dit très clairement :
Le Christ ayant paru comme grand prêtre des biens à venir, c’est en passant par un tabernacle plus excellent et plus parfait, qui n’est pas construit de main d’homme, c’est-à-dire qui n’appartient pas à cette création-ci, et ce n’est pas avec le sang des boucs et des taureaux, mais avec son propre sang qu’il est entré une fois pour toutes dans le Saint des saints, après avoir acquis une rédemption éternelle. [...] Et c’est pour cela qu’il est médiateur d’une nouvelle Alliance, afin que, sa mort ayant eu lieu pour le pardon des transgressions commises sous la première Alliance, ceux qui ont été appelés reçoivent l’héritage éternel qui leur a été promis. [...] Il s’est montré une seule fois dans les derniers âges, pour abolir le péché par son sacrifice. [...] C’est pourquoi le Christ dit en entrant dans le monde : « Vous n’avez voulu ni sacrifice ni oblation, mais vous m’avez formé un corps ; vous n’avez agréé ni oblations, ni holocaustes, ni sacrifices pour le péché. Alors j’ai dit : me voici [4] » (He 9, 11-12. 15. 26 ; 10, 5-7).
Il y a un seul Dieu et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus fait homme, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous : c’est là un fait attesté en son temps, et c’est pour en témoigner que j’ai été établi prédicateur et apôtre – je dis la vérité, je ne mens pas – docteur des nations dans la foi et la vérité (I Tm 2, 5).
L’ordre de la nature et de la surnature restauré par Notre-Seigneur
Avant d’aller plus loin et de rentrer dans le raisonnement théologique, signalons que notre discours sur Dieu est analogique.
Expliquons-nous : les mots dont nous nous servons expriment des concepts tirés des créatures, donc limités. Ils ne peuvent donc cerner totalement le mystère divin. Ainsi, sous un certain rapport, la justice divine et la justice humaine ont la même signification : il s’agit bien d’acquitter une dette. Mais sous d’autres rapports, la justice divine dépasse totalement la justice humaine :
Dieu n’est proprement le débiteur de personne. [... Mais comme] il est dû à une créature qu’elle ait ce qui lui est destiné selon l’ordre [5], comme à l’homme d’avoir des mains [...], Dieu accomplit la justice quand il donne à chacun ce qui lui est dû selon ce que comporte sa nature et sa condition [6].
De même, l’offense causée à Dieu par le péché, comme la satisfaction opérée par Notre-Seigneur, ne peuvent être conçues selon nos seuls critères humains. Rentrons plus en détails :
Dieu n’est pas atteint en lui-même par le péché, car il est impassible et immuable. Cependant, par le fait que le pécheur refuse sa subordination à Dieu, principe suprême de l’univers, tout l’ordre de la nature et de la surnature est attaqué, et la faute est d’une gravité infinie « en raison de l’infinité de la majesté divine [7] ».
Dieu, qui est le juge suprême, aurait pu effacer le péché de l’homme par une simple condonation ou en demandant une réparation proportionnée à nos forces [8]. Mais afin de mieux faire resplendir sa justice, il a voulu une satisfaction adéquate. Or, « aucun homme ne peut réparer un tel désordre à égalité de proportion, à moins d’être lui-même placé à la tête de cet ordre, d’en être l’Alpha et l’Omega : le Verbe incarné [9] ».
Étant Dieu, Notre-Seigneur offrait à son Père une satisfaction infinie qui réparait surabondamment tous les crimes du genre humain : « Il est lui-même une victime de propitiation pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais pour ceux du monde entier » (I Jn 2, 2) [10].
D’autre part, son humanité étant unie à une personne divine, Notre-Seigneur pouvait offrir cette réparation parfaite au nom de tous les hommes, à leur place [11] : « L’homme, simplement homme, ne pouvait pas satisfaire pour tout le genre humain ; Dieu, lui, ne devait pas satisfaire ; il fallait donc que Jésus-Christ fût à la fois Dieu et homme. [12] » Et comme, par le baptême, Notre-Seigneur nous a constitués membres de son Corps mystique dont il est la tête, la satisfaction de sa passion nous profite à tous, ainsi que le dit saint Thomas d’Aquin : « La tête et les membres forment comme une seule personne mystique ; aussi la satisfaction du Christ s’étend-elle à tous les fidèles, comme à ses membres [13] ».
Vraiment, c’était nos infirmités qu’il portait, et nos douleurs dont il s’était chargé. [...] Il a été transpercé à cause de nos péchés, broyé à cause de nos iniquités. [...] Nous étions tous errants comme des brebis, chacun de nous suivait sa propre voie ; et Yahweh a fait retomber sur lui l’iniquité de tous (Is 53, 4-6).
Saint Thomas d’Aquin nous donne une magnifique synthèse de ce mystère :
Il convenait à la justice et à la miséricorde du Christ qu’il délivrât l’homme par sa passion. A la justice, car par sa passion le Christ a satisfait pour le péché du genre humain ; l’homme a donc été libéré par la justice du Christ. A la miséricorde, car par lui-même l’homme ne pouvait pas satisfaire pour le péché de toute la nature humaine. [...] Aussi Dieu lui a-t-il donné son Fils en vue de cette œuvre satisfactoire, d’après la parole de saint Paul aux Romains : « Tous ont été gratuitement justifiés en vue de la rédemption qui est dans le Christ Jésus. Dieu l’a établi d’avance comme moyen de propitiation en son sang » (Rm 3, 24-25). La miséricorde fut même plus abondante que si le péché avait été remis sans satisfaction, comme le remarque l’Apôtre dans sa lettre aux Éphésiens : « Dieu qui est riche en miséricorde, à cause de la grande charité dont il nous a aimés, nous qui étions morts du fait de nos chutes, nous a rendus à la vie avec le Christ » (Ep 2, 4-5) [14].
Avant de conclure ce paragraphe, n’oublions pas de mentionner que Notre-Seigneur a voulu associer sa très sainte Mère à l’œuvre de notre rachat : « En s’unissant à la passion et à la mort de son Fils, [Notre-Dame] a souffert comme à en mourir [...] pour apaiser la justice divine, dit le pape Benoît XV ; autant qu’elle le pouvait, elle a immolé son Fils, de telle façon qu’on peut dire qu’avec lui elle a racheté le genre humain [15]. » Nous savons en outre que, de par sa médiation universelle, aucune des grâces venant de la passion ne nous est accordée sans l’intervention de Marie [16]. Écoutons saint Pie X se faisant d’ailleurs l’écho de toute la Tradition de l’Église : « La conséquence de cette communauté de douleurs et de sentiments entre Marie et Jésus, c’est que Marie “mérita largement de devenir la réparatrice de l’humanité déchue [17]”, et partant la dispensatrice de tous les trésors que Jésus nous a acquis par sa mort et par son sang. [... Elle est] auprès du Fils unique la très puissante médiatrice et avocate du monde entier [18] ». Gardons cette doctrine à la pensée dans les pages qui suivent.
La satisfaction de Notre-Seigneur appliquée à nos âmes
Notre-Seigneur et Notre-Dame ayant satisfait surabondamment pour nos péchés, il ne s’ensuit pas que nous n’ayons plus rien à faire.
Pour Luther, Jésus ayant satisfait à la justice divine pour toutes nos fautes, non seulement nous n’avons plus aucune dette à payer, mais notre salut ne peut faire aucun doute pourvu que nous croyions que nous sommes sauvés. Cette erreur rabaisse l’homme considérablement, ne laissant plus guère de place à son intelligence et à sa volonté libre pour coopérer par ses œuvres à son propre salut. Mais écoutons le concile de Trente répondre admirablement à l’hérésiarque :
La divine clémence se doit de ne pas nous remettre nos péchés sans aucune satisfaction [de notre part] ; il serait à craindre autrement, que prenant occasion de cela pour en sous-estimer la gravité, et devenant en quelque sorte « ingrats et injurieux envers le Saint-Esprit » (He 10, 19), nous ne tombions dans des fautes plus graves et ne nous « amassions ainsi un trésor de colère pour le jour de colère » (Rm 2, 5. Jc 5, 3). Il n’y a pas de doute, en effet, que ces peines satisfactoires ne contribuent grandement à détourner du péché ; elles sont comme un frein qui retient, et elles rendent les pénitents plus attentifs et plus vigilants pour l’avenir. Elles sont aussi un remède [19] contre les restes du péché : les habitudes vicieuses contractées par suite d’une vie déréglée sont détruites par la pratique des vertus contraires. Aussi, dans l’Église de Dieu, n’a-t-on jamais pensé que, pour écarter les châtiments divins, il existât aucun moyen plus sûr que celui des œuvres de pénitence accomplies avec une véritable douleur de l’âme. A cela s’ajoute encore que les souffrances ainsi endurées afin de satisfaire pour nos péchés nous donnent avec Jésus-Christ, qui a satisfait pour tous nos péchés (Rm 5, 10 ; I Jn 2, 1 et suivants) et « de qui vient toute notre suffisance » (2 Co, 3, 5), une conformité qui nous devient un « gage très certain de la gloire à partager avec lui si nous partageons ses souffrances » (Rm 8, 17) [20].
Et le canon 13 affirme solennellement :
Si quelqu’un dit qu’on ne saurait nullement, grâce aux mérites du Christ, satisfaire à Dieu pour ses péchés quant à la peine temporelle, soit par les épreuves envoyées par lui et patiemment supportées, soit par les peines que le prêtre impose, soit même encore par celles qu’on prend sur soi de s’infliger, comme le sont les jeûnes, les prières, les aumônes et autres œuvres de piété, en sorte qu’il n’y ait de bonne pénitence qu’une vie nouvelle, qu’il soit anathème [21].
Telle est la sage pédagogie divine, qui est la pédagogie d’un père. Pour reprendre saint Augustin, « Dieu qui t’a créé sans toi, ne te sauvera pas sans toi ».
Mais comment la vertu de la passion de Notre-Seigneur est-elle communiquée à nos âmes ? « Par la foi et les sacrements », répond saint Thomas [22].
Une condition sine qua non : avoir la foi
La première étape, pour profiter de la satisfaction du Christ, est la foi [23]. Comme le dit saint Thomas d’Aquin : « De même que les patriarches furent sauvés par la foi dans le Christ à venir, ainsi nous sauvons-nous par la foi dans le Christ qui est né et a souffert [24]. » Le concile de Trente dit que « la foi est le commencement du salut de l’homme, le fondement et la racine de toute justification [25], “sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu” (He 11, 6) et de parvenir à partager le sort de ses enfants [26] ». Elle est le premier degré d’union au Christ-Sauveur [27]. Mais elle ne suffit pas au salut. Il faut encore les sacrements [28].
Satisfaction et sacrements
« Les sacrements de l’Église, dit saint Thomas d’Aquin, tiennent spécialement leur vertu de la passion du Christ : c’est la réception des sacrements qui nous met en communication avec la vertu de la passion du Christ [29] », et ainsi nous purifient du péché et nous font vivre de la vie divine : « Vidi aquam egredientem de Templo, a latere dextro, alleluia : et omnes ad quos pervenit aqua ista, salvi facti sunt et dicent : alleluia, alleluia [30] ».
Nous n’allons pas passer en revue tous les sacrements, mais seulement ceux qui ont un rapport spécial avec la réparation de nos péchés.
— Le baptême :
Au traité du baptême, saint Thomas a de fortes paroles qui nous montrent que la communication réalisée par les sacrements avec le Christ du Calvaire, doit être entendue dans un sens extrêmement réaliste : « Les souffrances de la passion du Christ sont communiquées à celui qui est baptisé pour autant qu’il devient un membre du Christ, comme si lui-même avait supporté ces souffrances, et par conséquent tous ses péchés sont remis par les souffrances de la passion du Christ [31] » : pour le petit enfant, c’est le péché originel ; pour l’adulte baptisé, ce sont aussi tous les péchés qu’il a pu commettre avant son baptême, quels qu’ils aient pu être. Ceux-ci sont non seulement effacés, mais la peine temporelle qu’ils ont méritée est entièrement remise [32]. C’est pourquoi il est inutile d’imposer des œuvres satisfactoires aux pécheurs qui reçoivent le baptême. « La grâce de Dieu ne demande dans le baptême ni gémissements, ni lamentations, ni une œuvre quelconque », dit saint Ambroise, « mais la foi seule, et c’est un pardon complet qu’elle accorde [33] ». Saint Thomas dit même que, si l’on imposait une pénitence à un baptisé adulte, « on ferait injure à la passion et à la mort du Christ en agissant comme si elles ne suffisaient pas à satisfaire pleinement pour les péchés des baptisés [34] ».
Il faut encore ajouter que, par rapport à la satisfaction de nos péchés, le martyre et la profession religieuse perpétuelle ont le même effet que le baptême d’eau :
– le martyre, ou baptême du sang, parce qu’« on peut recevoir l’effet du sacrement de la passion du Christ en s’y configurant en souffrant pour le Christ » (III q. 66, a. 11) ;
– la profession religieuse perpétuelle parce que « par l’entrée en religion, on obtient la remise de tous ses péchés. Si l’on peut satisfaire pour ses péchés moyennant quelques aumônes [35], selon cette parole : “Rachète tes péchés par des aumônes” (Dn 4, 24), à plus forte raison doit-on considérer comme une suffisante satisfaction la totale consécration de soi-même au service de Dieu par l’entrée en religion. Cette manière de satisfaire surpasse toutes les autres, y compris la pénitence publique. Saint Grégoire précise : “comme l’holocauste surpasse le sacrifice”. Aussi lisons-nous dans les Vies des Pères que ceux qui entrent en religion reçoivent la même grâce que les baptisés [36] » (II-II q. 189, a. 3, ad. 3).
— L’eucharistie :
C’est le sacrement de l’eucharistie qui manifeste de manière la plus éclatante le lien entre la passion et les sacrements de l’Église : « Le corps et le sang du Christ étant une représentation [37] parfaite du Fils de Dieu immolé sur le Calvaire, ils assurent ainsi à l’âme le contact le plus immédiat et le plus complet avec toute la vertu salvifique du Golgotha [38] ». Citons encore saint Thomas d’Aquin : « L’eucharistie est le sacrement parfait de la passion du Seigneur en tant qu’elle contient le Christ qui a lui-même souffert [39] », et « l’homme y est rendu parfait par son union au Christ dans la passion [40] ».
Pour comprendre les effets de l’eucharistie quant à la réparation de la peine due à nos péchés, il faut considérer qu’elle est « tout ensemble sacrifice et sacrement. Elle est sacrifice [41] en tant qu’elle est offerte, sacrement en tant qu’elle est mangée [42]. »
En tant que sacrifice, elle a directement le pouvoir de satisfaire pour nos péchés, selon bien sûr la ferveur avec laquelle nous assistons à la messe.
En tant que sacrement, cependant, son effet direct et premier est de produire en nous une certaine réfection ou nutrition spirituelle. Elle ne répare ici la peine due à nos péchés qu’indirectement, en augmentant en notre âme la charité, qui nous aidera à satisfaire plus efficacement [43].
*
Par le baptême, l’homme naît à la vie chrétienne ; par la confirmation, il y grandit ; par l’eucharistie il s’y conserve. Et si, une fois établi dans la vie chrétienne, il ne pouvait plus la perdre, tout serait dit désormais dans l’ordre des sacrements destinés à promouvoir l’être humain dans cette vie. Mais dès lors qu’il est possible de perdre cette vie surnaturelle par le péché, il était nécessaire que deux autres sacrements fussent institués : l’un pour lui rendre cette vie quand il l’a perdue, l’autre pour le rétablir définitivement avant l’éternité dans cette vie retrouvée. Ces deux sacrements s’appellent la pénitence et l’extrême-onction.
— La pénitence :
« La seconde planche [de salut] après le naufrage, dit saint Jérôme, c’est la pénitence [44] ». Si Notre-Seigneur a institué le sacrement de baptême principalement pour nous délivrer du péché originel [45], il a institué le sacrement de pénitence principalement pour détruire le péché mortel [46]. Dès que le sacrement est réalisé – par l’application de la matière [47] et de la forme [48] – son effet principal est obtenu : la destruction du péché par la rentrée en grâce de l’homme avec Dieu. Cependant, contrairement au baptême, le sacrement de pénitence ne nous remet pas par sa seule efficacité toute la peine temporelle méritée à cause de nos péchés. Saint Thomas en donne l’explication suivante :
« Dans le baptême, l’homme entre en participation totale de la vertu de la passion du Christ, en tant que par l’eau et l’Esprit du Christ, il est mort avec le Christ au péché, et régénéré dans le Christ pour une vie nouvelle. C’est pourquoi, dans le baptême, l’homme obtient la rémission de toute la dette de peine. Dans [le sacrement de] pénitence, au contraire, l’homme obtient le bénéfice de la vertu de la passion du Christ selon la mesure de ses actes propres qui sont la matière de la pénitence [49], comme l’eau est matière du baptême [50] ».
Le baptême agit de lui-même et tout seul, indépendamment du sujet qui le reçoit, pourvu seulement [pour le baptême d’adulte] que celui-ci ne pose pas d’obstacle [51]. Dans le sacrement de pénitence, au contraire, les actes du pénitent font partie du sacrement lui-même, à tel point qu’ils en constituent la quasi-matière. Et par suite, le sacrement n’agit, pour détruire la peine temporelle, que selon la ferveur de ces actes-là.
Pourquoi Notre-Seigneur a-t-il disposé les choses de cette manière ? Nous touchons ici un point capital, et c’est encore saint Thomas qui va nous donner les principes de la réponse : « Dans le baptême, l’homme recevant une nouvelle vie devient, par la grâce baptismale, un nouvel homme, et par conséquent il ne reste rien en lui de la dette due pour le péché précédent [52]. Dans [le sacrement de] pénitence, au contraire, il n’y a pas changement introduisant une vie nouvelle, car [le sacrement de] pénitence n’est pas une régénération, mais une certaine guérison [53]. » Le sacrement de pénitence est un remède donné à un malade, et il est nécessaire pour la santé du malade, que celui-ci coopère à son propre rétablissement. Il doit y coopérer à tel point que ses propres actes, c’est-à-dire sa conversion, entrent dans le sacrement lui-même en en constituant la matière. Expliquons-nous :
– Tout d’abord, le premier acte du pénitent est la contrition. Le mot vient du latin conterere, qui veut dire briser, pour montrer que notre cœur doit être comme broyé d’avoir offensé Dieu. La contrition est la douleur d’avoir péché, accompagnée du ferme propos d’aller se confesser [54], de réparer ses fautes (satisfaction) et de prendre des moyens efficaces pour ne plus y retomber. La contrition est un acte de la volonté. Elle n’est donc pas nécessairement sensible. Cependant, saint Thomas remarque qu’il peut y avoir une telle répercussion de la contrition sur la sensibilité, qu’elle est alors une pénitence qui suffit à effacer aussi bien la faute que la peine [55].
– Mais la confession (ou accusation de nos fautes) peut contribuer elle aussi à la satisfaction. Elle est en elle-même, en effet, une démarche pénible et humiliante qui, lorsqu’elle est faite loyalement et sans chercher à se justifier, est une peine qui diminue certainement nos dettes à l’égard de Dieu [56]. C’est l’une des raisons pour lesquelles il peut être conseillé, dans des confessions ultérieures, de réaccuser des péchés anciens déjà pardonnés.
– Enfin le troisième acte du pénitent (la satisfaction sacramentelle) est, comme le dit son nom, ordonnée directement à la réparation de nos fautes. Elle se définit : une compensation apportée volontairement par le pénitent en échange du désordre causé par son péché. Cette compensation consiste dans l’accomplissement des œuvres (prières ou actions) données en pénitence par le confesseur, et qui doivent être considérées comme une peine infligée à la volonté : « Il est juste en effet, dit saint Thomas, que celui qui a accordé à sa volonté plus de plaisir qu’il ne devait, ait à souffrir quelque chose de contraire [pour réparer]. “Autant il s’est glorifié et a vécu dans les délices, autant devez-vous lui donner de tourments et de larmes” (Ap 18, 7) [57]. »
Si ces trois actes que sont la contrition, l’accusation de nos fautes et la satisfaction sacramentelle, sont accomplis avec la plus grande ferveur, ils peuvent suffire à réparer non seulement la faute, mais aussi toute la peine due à nos péchés. Il en fut ainsi de sainte Marie Madeleine lorsqu’elle « oignit les pieds de Jésus [et les] lui essuya avec ses cheveux » (Jn 12, 3). Saint Thomas dit que cette confession sincère la rétablit dans « une parfaite santé spirituelle [58] ». Cependant, hélas, notre ferveur n’est pas toujours si grande. Aussi, il nous reste à continuer à faire pénitence après nos confessions pour achever la réparation de nos péchés.
Le rite selon lequel le sacrement de pénitence est administré, est d’ailleurs une invitation claire à continuer nos œuvres de satisfaction après l’obtention du pardon sacramentel. La dernière prière que le prêtre prononce sur le pénitent, et qui est un sacramental [59], dit en effet : « Que la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, les mérites de la bienheureuse Vierge Marie et de tous les saints, tout ce que vous aurez fait de bien et tout ce que vous aurez supporté de pénible, vous soient appliqués pour la rémission des péchés, l’accroissement de la grâce et la récompense de la vie éternelle [60] ».
— L’extrême-onction :
« Quelqu’un parmi vous est-il malade [61] ? Qu’il appelle les prêtres de l’Église, et que ceux-ci prient sur lui, en l’oignant d’huile au nom du Seigneur. Et la prière de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le rétablira, et s’il a commis des péchés, ils lui seront pardonnés » (Jc 5, 13-15).
Le concile de Trente dit que l’extrême-onction est « la consommation non seulement de la pénitence, mais aussi de toute la vie chrétienne qui doit être une pénitence perpétuelle [62] ».
Saint Thomas explique ainsi cette doctrine : « Parce que l’homme, soit négligence, soit multiplicité de ses occupations, soit même brièveté de la vie, ou pour toute autre cause de ce genre, n’arrive pas [à réparer tous ses péchés pendant son existence terrestre], il a été pourvu de manière avantageuse à ce que cette guérison s’accomplisse par le moyen d’un sacrement, [l’extrême-onction] et qu’ainsi l’on soit libéré du châtiment de la peine temporelle, au point qu’il ne reste plus rien qui puisse empêcher l’âme, lors de sa sortie du corps, d’atteindre la gloire [63]. »
L’extrême-onction a pour effet principal et direct d’affermir l’âme, de la guérir de la débilité spirituelle causée en elle par le péché tant actuel qu’originel [64] : les mauvaises habitudes contractées, les impuissances de la volonté, la répugnance à l’effort, etc. La matière de ce sacrement – l’huile d’olive – manifeste bien cet effet du sacrement : de la même manière que l’huile adoucit et fortifie, l’extrême-onction allège les peines et donne la force de résister au démon [65], de surmonter les souffrances physiques et morales et de les unir à celles de Notre-Seigneur pendant sa passion, méritant par là la rémission des peines dues au péché. Peccati reliquias abstergit : ce sacrement nettoie les séquelles du péché [66]. C’est pourquoi il est important d’administrer ce sacrement au plus tôt, dès qu’il y a danger de mort. Ainsi le malade pourra plus facilement donner une valeur satisfactoire à ses souffrances [67] et aller très vite au ciel après son décès. L’extrême-onction est alors le sacrement de l’ultime configuration au Christ souffrant et mourant sur la croix pour ressusciter dans la gloire.
*
Mais il est un autre moyen que les sacrements, pour profiter de la satisfaction de Notre-Seigneur : ce sont les œuvres satisfactoires que nous pouvons accomplir en lui étant unis par l’état de grâce :
Les œuvres satisfactoires
La première condition pour qu’une action contribue à la réparation de nos péchés, est qu’elle soit faite en état de grâce [68]. Comment, en effet, Dieu l’accepterait-il, si nous ne sommes pas en amitié avec lui, si nous sommes ses ennemis par le péché mortel ?
Cependant la charité ne suffit pas. Il faut en outre que l’action posée soit pénale [69], c’est-à-dire qu’elle nous cause quelque peine, quelque souffrance afin de compenser le plaisir désordonné, indu, que nous a causé l’action mauvaise : « Une pénalité est requise pour la satisfaction, par mode d’une certaine compensation pour la délectation du péché », dit saint Thomas [70].
Le Catéchisme du concile de Trente enseigne que « tous les genres de satisfaction peuvent se ramener à trois sortes d’œuvres : la prière, le jeûne et l’aumône [71] ». Saint Thomas justifie cette classification par trois sortes d’arguments que nous recopions tant ils sont admirables :
La satisfaction doit être telle, qu’elle nous enlève quelque chose au profit de l’honneur de Dieu. Or nous n’avons que trois genres de biens, ceux de l’âme, ceux du corps et ceux de la fortune ou biens extérieurs. Nous nous enlevons quelque chose des biens de la fortune par l’aumône, et des biens du corps par le jeûne. Quant aux biens de l’âme, nous ne devons pas nous les enlever en touchant à leur essence ou en les diminuant, puisque c’est par eux que nous sommes agréables à Dieu, mais en les soumettant totalement à Dieu, ce qui se fait par la prière.
Cette énumération est justifiée aussi du point de vue de l’action de la satisfaction sur les causes du péché qu’elle extirpe. Ces racines du péché sont au nombre de trois, d’après saint Jean : « La concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et l’orgueil de la vie [72] ». Le jeûne combat la concupiscence de la chair ; l’aumône, la concupiscence des yeux ; et la prière, l’orgueil de la vie, comme le dit saint Augustin commentant saint Matthieu [73].
Elle s’harmonise aussi très bien avec cet autre caractère de la satisfaction, qui est de fermer l’entrée de notre âme aux suggestions du péché. Tout péché en effet est commis contre Dieu, contre le prochain ou contre nous-mêmes. Aux premiers s’oppose la prière, aux seconds l’aumône, aux troisièmes le jeûne [74].
On voit bien, ici encore, le caractère médicinal de la satisfaction. C’est pour cela que Dieu, qui est un Père et le meilleur des éducateurs, nous l’impose, plutôt que de remettre nos fautes sans rien exiger de nous en retour.
Signalons ici de nouveau – mais brièvement puisque nous en avons déjà parlé : les œuvres satisfactoires trouvent leur perfection et leur couronnement dans le martyre et l’entrée en religion.
Peut-on satisfaire pour un autre ?
C’est la dernière question qu’il nous faut poser avant d’arriver aux indulgences.
« Portez les fardeaux les uns des autres », dit l’apôtre saint Paul [75]. Étant tous les membres d’un même corps, nous pouvons nous soulager les uns les autres : si, dans un corps humain, « le pied, par exemple, ne remplit pas ses fonctions uniquement pour lui, mais encore au profit des yeux, et si les yeux ne voient pas pour eux seuls mais aussi pour l’avantage commun de tous les membres, les œuvres satisfactoires peuvent être également communes entre nous tous [76] ».
Il existe entre tous les membres de l’Église militante, souffrante et triomphante, une société spirituelle qui les unit entre eux, les rattache au Christ comme à leur chef, et leur permet de mettre en commun un certain nombre de biens, dont en particulier le mérite des œuvres satisfactoires.
Il y a cependant une différence, c’est que la peine que nous portons à la place de notre frère ne sera pas médicinale pour lui. Elle ne l’est que pour nous : notre jeûne ne domptera pas sa chair, ni nos bonnes actions ne lui donneront de bonnes habitudes. Mais nous aurons réparé pour lui.
Saint Thomas fait remarquer en outre que, lorsqu’on satisfait pour un autre, la peine que nous avons à porter est moindre que celle qui aurait dû être acquittée par notre frère coupable : « C’est la charité, surtout, qui donne à la peine sa valeur satisfactoire, et comme la charité, dans celui qui satisfait pour un autre, paraît plus grande que s’il satisfaisait pour lui-même, la peine que la justice lui demande est moindre que celle exigée du débiteur principal [77] ».
En confirmation et couronnement de cette doctrine de la satisfaction, tournons-nous vers :
Les demandes du Sacré-Cœur de Jésus
et du Cœur Immaculé de Marie
Il est important de noter ici que les deux grandes dévotions au Sacré-Cœur de Jésus et au Cœur Immaculé de Marie, qui sont le sommet de la piété catholique, sont essentiellement des dévotions réparatrices [78].
Le message de Notre-Seigneur à Paray-le-Monial
Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour ; et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce sacrement d’amour [79]. Mais ce qui m’est encore plus sensible, c’est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi. (Message du 16 juin 1675 à sainte Marguerite-Marie.)
Cet incompréhensible mépris de l’amour divin appelle une réparation. Jésus la demande à sa servante, et par elle à toutes les âmes généreuses :
Toi du moins, donne-moi ce plaisir de suppléer à leur ingratitude, autant que tu en pourras être capable.
L’idée de réparation, dans le culte du Sacré-Cœur, est bien l’idée dominante indiquée par Notre-Seigneur lui-même à sainte Marguerite-Marie.
Mais il ne s’agit pas d’un acte qui viendrait se surajouter à l’acte d’amour envers le Cœur de Jésus comme une pratique de supplément. Il s’agit d’un unique acte qui se revêt d’une modalité spéciale. L’acte essentiel est bien l’amour : mais parce qu’il a pour objet l’amour divin méconnu, il prend la forme d’un acte réparateur [80]. Et c’est dans cet esprit que doit s’accomplir la pratique de la dévotion des premiers vendredis de chaque mois.
L’oraison liturgique de la fête du Sacré-Cœur de Jésus confirme cette doctrine :
Dieu, qui nous prodiguez avec miséricorde, dans le Cœur de votre Fils blessé par nos péchés, des trésors infinis de charité, faites qu’en lui rendant le fervent hommage de notre amour, nous lui offrions aussi nos devoirs de juste réparation [81].
Le message de Notre-Dame à Fatima
Les trois petits voyants y furent préparés par les apparitions de l’ange du Portugal en 1916. L’aspect réparateur se dégage aussitôt ; tout d’abord dans la prière qu’il leur enseigne à sa première apparition au printemps :
Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime. Je vous demande pardon pour tous ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas et qui ne vous aiment pas.
Puis l’ange se fait plus précis lors d’une seconde apparition au cœur de l’été :
De tout ce que vous pourrez, offrez un sacrifice en acte de réparation, pour les péchés dont [le Très-Haut] est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs. De cette manière, vous attirerez la paix sur votre patrie. Je suis son ange gardien, l’ange du Portugal. Surtout acceptez et supportez avec soumission les souffrances que le Seigneur vous enverra.
Enfin, dans sa troisième apparition, en automne de la même année, l’ange enseigne aux trois petits voyants une prière de réparation envers la sainte Eucharistie qui est semblable au message de Paray-le-Monial :
Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément et je vous offre les très précieux corps, sang, âme et divinité de Jésus-Christ, présents dans tous les tabernacles de la terre, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences par lesquels il est lui-même offensé. Par les mérites infinis de son très saint Cœur et du Cœur Immaculé de Marie, je vous demande la conversion des pécheurs [82].
Puis, après que les enfants ont été éduqués à l’esprit de sacrifice par les multiples pénitences qu’ils se sont imposées en réponse aux demandes de l’ange, Notre-Dame vient leur dire son grand message au monde :
— Le 13 mai 1917 :
« Voulez-vous vous offrir à Dieu pour supporter toutes les souffrances qu’il voudra vous envoyer, en acte de réparation pour les péchés par lesquels il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs ? »
— Le 13 juin 1917 :
Écoutons sœur Lucie : « Devant la paume de la main droite de Notre-Dame se trouvait un Cœur, entouré d’épines qui semblaient s’y enfoncer. Nous avons compris que c’était le Cœur Immaculé de Marie, outragé par les péchés de l’humanité, qui demandait réparation. »
— Le 13 juillet 1917, Notre-Dame demande elle-même :
« Sacrifiez-vous pour les pécheurs, et dites souvent, spécialement lorsque vous ferez un sacrifice : “O Jésus, c’est par amour pour vous, pour la conversion des pécheurs, et en réparation des péchés commis contre le Cœur Immaculé de Marie”. »
Rappelons aussi que le 10 décembre 1925 à Pontevedra, Notre-Dame demandera à sœur Lucie de répandre la dévotion aux cinq premiers samedis du mois « en esprit de réparation [83] ». La chose est claire. Nous arrêtons là les citations.
*
Ici se termine notre préambule.
Il nous a montré que nous pouvons profiter de la satisfaction de Notre-Seigneur par les sacrements et les œuvres satisfactoires accomplies en lui étant unis par l’état de grâce.
Mais n’y a-t-il pas un autre canal qui puisse nous communiquer les mérites de Notre-Seigneur pour la réparation de nos péchés ?
Oui, et ce sont :
Les indulgences
Un trésor inépuisable :
les mérites de Notre-Seigneur et des saints
L’ Église est tellement sainte que les œuvres de pénitence des justes, des saints, des martyrs, leurs tribulations, leurs mérites, ont surpassé bien souvent la dette stricte qu’ils avaient encourue pour leurs péchés. A plus forte raison les mérites du Christ, spécialement par sa passion, ont-ils excédé les peines justement encourues par les pécheurs. Ils l’ont même fait de façon infinie. Tout cela constitue un trésor [84]. Le trésor de l’Église est donc constitué par les mérites de Notre-Seigneur et de la Vierge Marie, et par les mérites des œuvres satisfactoires des justes qui ont excédé leur dette.
Or, Notre-Seigneur et les fidèles forment un seul Corps mystique : le Christ « est la tête du corps de l’Église [85] ». « De même que nous avons plusieurs membres dans un seul corps, et que tous les membres n’ont pas la même fonction, ainsi, nous qui sommes plusieurs, nous ne faisons qu’un seul corps dans le Christ, et chacun en particulier nous sommes membres les uns des autres [86]. » La conséquence de cette union profonde entre le chef et les membres de l’Église, est que les mérites des œuvres satisfactoires peuvent être mis en commun. Notre-Seigneur, la Vierge Marie, les justes, ont satisfait pour toute l’Église : « Je suis plein de joie dans mes souffrances pour vous, et ce qui manque aux souffrances du Christ en ma propre chair, je l’achève pour son corps qui est l’Église [87] ». Les mérites de ces satisfactions, qui constituent un trésor, peuvent être distribués. Par qui ? Par celui qui possède les clefs de l’Église, c’est-à-dire le souverain pontife. Relisons à ce propos ce qu’écrivait le pape Clément VI dans sa bulle jubilaire Unigenitus Dei Filius du 27 janvier 1343. Cela résume tout ce que nous venons de dire :
Le Fils unique de Dieu [...] « qui est devenu pour nous sagesse, justice, sanctification et rédemption » (1 Co 1, 30), « non pas avec le sang des boucs ou des veaux, mais avec son propre sang, est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire et nous a acquis une rédemption éternelle » (He 9, 12). Car ce n’est par rien de corruptible, or ou argent, mais par son sang précieux, le sang de l’agneau pur et sans tache, qu’il nous a rachetés ; et ce sang, nous le savons, il l’a répandu, innocent immolé sur l’autel de la croix, non pas en une infime goutte, qui pourtant aurait suffi en raison de son union avec le Verbe à la rédemption de tout le genre humain, mais en abondance, comme un fleuve, tellement que « de la plante des pieds au sommet de la tête plus rien d’intact » (Is 1, 6) ne se trouvait en lui.
Il a donc acquis un trésor si grand à l’Église militante, pour que la miséricorde d’une telle effusion ne soit pas inutile, superflue ; en bon Père, il a voulu amasser des trésors pour ses fils, afin que par là « les hommes eussent un inépuisable trésor, où ceux qui puisent aient part à l’amitié de Dieu » (Sg 7, 14).
Ce trésor, il a voulu qu’il soit dispensé aux fidèles pour leur salut par le bienheureux Pierre, porteur des clefs au ciel [88], et ses successeurs, ses vicaires sur terre, et que, pour des motifs justes et raisonnables, afin de remettre tantôt partiellement tantôt complètement la peine temporelle due au péché, il soit appliqué miséricordieusement, en général comme en particulier (comme ils estimeraient devant Dieu qu’il serait utile) à ceux qui, vraiment pénitents, se seraient confessés.
A l’abondance de ce trésor contribuent, nous le savons, les mérites de la bienheureuse Mère de Dieu et de tous les élus, du premier jusqu’au dernier, et il ne faut pas craindre qu’il s’épuise ou qu’il diminue, aussi bien en raison des mérites infinis du Christ (comme il a été dit) que parce que plus il y a d’hommes amenés à la justice, lorsqu’on applique ce trésor, plus s’accroît l’abondance des mérites [89].
Une question importante : puisque les indulgences [90] ont le pouvoir de satisfaire pour nos péchés, nous dispensent-elles de faire pénitence ?
Saint Thomas répond qu’« il faut conseiller à ceux qui obtiennent des indulgences, de ne pas laisser pour cela les œuvres de la pénitence qui leur sont enjointes : afin qu’elles leur servent de remède [...] et surtout parce que quelquefois ils ont à l’endroit de la justice divine plus de dettes qu’ils ne croient [91] ». D’autre part, il ajoute : « Bien que les indulgences soient de grande valeur pour la remise des peines, cependant les autres œuvres de satisfaction sont d’un plus grand mérite pour la récompense essentielle ; ce qui est infiniment meilleur que la remise d’une peine temporelle [92]. »
En effet, « Les indulgences valent selon ce qui est indiqué [93] [dans l’acte de concession]», dit encore saint Thomas [94]. Ceci veut dire que la valeur de l’indulgence ne dépend pas de la dévotion de celui qui la gagne, ni de l’œuvre accomplie en elle-même, mais de ce que le pape puise dans le trésor de l’Église pour nous le donner.
Le gain des indulgences ne remplace donc pas la remise de peines que nous pouvons obtenir par la réception fervente des sacrements et par les œuvres satisfactoires, toutes choses qui, par elles-mêmes, causent le progrès moral et spirituel, font grandir la charité et la récompense éternelle, ce que n’obtient pas en soi la rémission obtenue par les indulgences.
En fait, l’indulgence a valeur de complément : elle complète la satisfaction personnelle. Par elle, l’Église parfait cette réparation pour libérer le fidèle des dernières séquelles du péché. Ce n’est pas inutile, car ce que nous n’aurons pas réparé sur terre par nos satisfactions volontaires, nous aurons à l’expier au purgatoire d’une manière beaucoup plus rigoureuse [95].
Un peu d’histoire
La compréhension de la doctrine des indulgences, et leur distribution aux fidèles s’est faite en trois étapes. Dans les premiers siècles, son équivalent semble être la réconciliation anticipée des pénitents publics, puis au Moyen Age ce sont les rédemptions, enfin au XIe siècle apparaissent les indulgences proprement dites telles que nous les connaissons aujourd’hui.
Les billets de paix
Les premiers faits connus concernent des chrétiens tombés dans l’apostasie au cours des persécutions, appelés lapsi. Ils pouvaient obtenir leur réconciliation anticipée grâce à l’intervention des fidèles qui attendaient le martyre en prison ou qui avaient souffert pour la foi (les confesseurs). Ceux-ci délivraient aux apostats qui les visitaient des billets par lesquels la paix leur était donnée, des libelli pacis. Il ne s’agissait pas d’une intercession, de prières que les martyrs promettaient aux pécheurs, mais bien d’une distribution des mérites de leurs souffrances.
Les évêques n’admettaient pas que les martyrs aient le pouvoir direct d’accorder la paix aux lapsi. Eux seuls avaient juridiction pour réduire ou supprimer le temps de la pénitence. Mais ils prenaient en compte les souffrances offertes par les martyrs pour la réconciliation des pénitents. Quelle était la valeur de cette rémission ? N’avait-elle pour effet qu’une réintégration dans la communauté chrétienne, ou était-ce aussi une remise de la peine aux yeux de Dieu ? « Nous croyons, écrit saint Cyprien dans son De lapsis, que les mérites des martyrs et les œuvres des justes ont une grande puissance auprès du souverain juge. [...] Le Seigneur peut pardonner dans sa clémence à celui qui fait pénitence, et le prouve par ses actes comme par ses supplications. Il peut ratifier ce que les martyrs ont demandé, et ce que les évêques ont fait [96] ».
Au début du IVe siècle, les conciles d’Ancyre (314) et de Nicée (325) affirment très nettement le pouvoir qu’a l’évêque de mitiger la pénitence et de hâter la réconciliation finale [97]. Au Ve siècle, les papes saint Innocent 1er et saint Léon le Grand laissent également à l’évêque le soin de proportionner la durée des exercices pénitentiels au zèle des coupables [98]. La remise des peines fut donc un usage courant à l’époque patristique. Mais ce n’était pas encore l’indulgence parce que l’on supposait la peine déjà remise devant Dieu lorsque l’évêque intervenait [99], et que cette intervention épiscopale précédait la réconciliation ou se confondait avec elle [100].
Le développement de la pénitence du Ve au VIIIe siècle va amener, avec la pratique des rédemptions, un usage plus proche de notre discipline actuelle.
Les rédemptions
A partir du Ve siècle, le caractère public de la pénitence s’estompe. Celle-ci devient surtout privée. Pour aider les confesseurs, apparaissent en même temps des livres pénitentiels qui leur permettent de proportionner les peines aux péchés. Et les pénitences s’atténuent. Alors que l’ancienne discipline obligeait les grands pécheurs à un ascétisme rigoureux (jeûne) et à des humiliations publiques [101], les confesseurs reçoivent le pouvoir de commuer ces peines sévères en bonnes œuvres (prières, aumônes) de réalisation plus aisée mais considérées comme équivalentes aux yeux de Dieu. On parle de rédemptions [102] ou rachats : par ces œuvres, le pénitent rachète ses fautes.
La rédemption est plus proche de nos indulgences parce qu’elle est postérieure au pardon, qu’elle n’est pas une remise pure et simple mais exige une œuvre. Cependant elle en diffère parce que l’œuvre à accomplir est déterminée par le prêtre dans chaque cas.
Les premières indulgences
Au milieu du XIe siècle, nous voyons apparaître des rémissions générales accordées à tous les fidèles sans que le confesseur ait à intervenir dans chaque cas, par exemple à l’occasion de la consécration d’une église. Ces premières indulgences étaient partielles, ne remettant qu’une partie de la peine : du quart jusqu’à la moitié, puis on commença à compter en jours. Il ne s’agissait pas de remettre un certain nombre de jours de purgatoire comme le pensent beaucoup [103], mais de remettre l’équivalent d’autant de jours de sévère pénitence. Gagner une indulgence de cent jours, par exemple, c’est obtenir une remise de peine correspondant à un jeûne sévère que nous aurions fait pendant cent jours, avec d’autres pénitences, pour expier nos péchés.
L’indulgence plénière apparaît avec les Croisades, pour inciter les fidèles à prendre la croix et à combattre les Sarrasins en Espagne ou à partir délivrer le tombeau du Christ à Jérusalem. Il est attesté que le pape Urbain II l’accorde lors du concile de Clermont (1095) en faveur des croisés de Terre sainte. Par la suite, les indulgences, qui ont maintenant tous leurs éléments constitutifs, ne cesseront de se multiplier, tandis que les conditions pour les acquérir s’adouciront progressivement. De plus, elles ne seront plus l’apanage des grands pécheurs, mais les fidèles fervents en seront avides.
Qu’en est-il de l’indulgence du jubilé ? C’est le 22 février 1300 que le premier jubilé, ou année sainte, est promulgué par le pape Boniface VIII. Le jubilé ainsi proclamé est une indulgence plénière qui, moyennant un certain nombre de pratiques, concède aux fidèles en état de grâce la rémission complète des peines dues aux péchés. Les fidèles répondirent avec enthousiasme à l’offre pontificale, et affluèrent en foule à Rome de toutes les régions de l’Europe. En 1343, Clément VI fixe le jubilé tous les 50 ans, et Urbain VI en 1389 tous les 30 ans. C’est le pape Paul II qui, en 1470, arrête la périodicité du jubilé à 25 ans.
Quant aux indulgences applicables aux défunts, il faudra attendre le XVe siècle pour qu’elles soient concédées. Ainsi en 1457, Calixte III, dans une lettre à Henri IV de Castille, encourage la croisade contre les Maures par une indulgence plénière qu’on peut gagner en faveur des âmes du purgatoire. Mais les théologiens, comme saint Bonaventure [104] et saint Thomas [105], avaient évoqué depuis longtemps cette possibilité : puisque les prières et satisfactions des vivants peuvent être appliquées aux âmes du purgatoire, pourquoi n’en serait-il pas de même de celles qui constituent le trésor de l’Église ? [106].
Pour terminer ce bref aperçu historique, disons un mot des attaques de Luther au XVIe siècle contre les indulgences, puisqu’elles sont régulièrement mises en avant par les ennemis de l’Église et, ce qui est nouveau maintenant, même par la hiérarchie officielle de l’Église conciliaire [107] depuis Vatican II. La meilleure réponse à ce sujet est la suivante :
Qu’il se soit produit des abus particuliers, [...] soit ; mais il n’est pas prouvé que ces abus aient été si nombreux et révoltants qu’on a osé l’affirmer. Les abus auraient-ils été réels dans leur ensemble, ce qui demeure certain, c’est que Luther ne s’en est pas pris aux abus, mais à la doctrine même de l’Église sur les indulgences, parce qu’elle était en contradiction évidente avec ses idées sur l’inexistence du libre-arbitre, et sur les bonnes œuvres. La réaction de Luther fut en fait une tentative en vue de fonder un système hétérodoxe de la manière la plus perfide, la plus outrageante, la plus désastreuse pour l’Église, la plus capable d’égarer le peuple chrétien [108].
Quelques définitions et précisions
Citons d’abord cette magnifique sentence du code de Droit canonique de Benoît XV [109], au canon 911 :
« Que tous fassent grand cas des indulgences, qui sont la rémission devant Dieu, de la peine temporelle due aux péchés déjà pardonnés quant à la faute, rémission que l’autorité ecclésiastique accorde en puisant dans le trésor de l’Église et qu’elle applique [110] aux vivants par manière d’absolution [111], et aux défunts par manière de suffrage [112] ».
Ce texte doit être complété par celui du canon 930 :
« Personne ne peut gagner d’indulgences pour d’autres vivants [113] ; mais, à moins d’une indication contraire, toutes les indulgences accordées par le pape [114], sont applicables aux âmes du purgatoire ».
Les indulgences pour les vivants ne peuvent être appliquées qu’à la personne qui accomplit l’œuvre demandée. C’est la discipline actuellement en vigueur.
Toute indulgence peut être appliquée aux défunts si on le désire, à moins qu’il en soit spécifié autrement dans la concession de l’indulgence. On peut l’offrir soit aux défunts en général, soit à tel défunt.
Conditions d’obtention des indulgences
— Conditions générales (C 925) :
§ 1. Pour être capable d’obtenir des indulgences, il faut être baptisé, non excommunié, en état de grâce au moins à la fin de l’œuvre prescrite, et sujet de celui qui a accordé ces indulgences [115].
§ 2. Mais pour que le sujet capable les gagne vraiment, il doit avoir l’intention au moins générale de les acquérir, et accomplir les œuvres enjointes selon le temps et le mode prescrits par la teneur de la concession.
S’il est préférable d’avoir l’intention précise de gagner telle indulgence au moment où l’on accomplit l’action demandée, néanmoins l’intention générale d’obtenir toutes les indulgences attachées aux œuvres que l’on peut faire, suffit pour les acquérir, même si l’on ignore par quelle action ou prière particulière nous les obtiendrons.
— Confession :
La confession, lorsqu’elle est requise pour le gain d’une indulgence, peut se faire dans les huit jours qui précèdent immédiatement le jour auquel l’indulgence est attachée ; elle peut se faire aussi dans tout l’octave qui suit. (C. 931 § 1.)
Cette confession est requise même si l’on ne se souvient pas d’avoir commis de fautes mortelles depuis la dernière absolution reçue. Mais les fidèles qui ont coutume de s’approcher du sacrement de pénitence au moins deux fois par mois ou reçoivent quotidiennement la sainte communion en état de grâce [116], sont dispensés de la confession demandée pour gagner l’indulgence, sauf disposition contraire (C. 931 § 3).
— Communion :
Lorsque la communion est prescrite, elle peut se faire la veille du jour auquel est fixé l’indulgence (C. 931 § 1).
— La prière aux intentions du pape :
S’il a été prescrit, pour gagner des indulgences, de prier en général aux intentions du souverain pontife, la seule prière mentale n’est pas suffisante ; mais la prière vocale est laissée au choix des fidèles [117], sauf mention contraire (C. 934 § 1).
Prier aux intentions du souverain pontife ne veut pas dire prier aux intentions des papes de Vatican II (liberté religieuse, œcuménisme, etc), mais prier aux intentions que tout pape devrait normalement avoir, c’est-à-dire : l’exaltation de l’Église, la propagation de la foi, l’extirpation de l’hérésie, la conversion des pécheurs, la concorde entre les princes chrétiens et les autres biens du peuple catholique [118]. Cependant, il n’est pas nécessaire de mentionner ces intentions ni de les connaître. Il suffit de prier avec l’intention de faire ce qui est requis pour le gain de l’indulgence.
— Cumul d’une indulgence avec une œuvre obligatoire :
Une œuvre qui est déjà obligatoire en vertu d’une loi ou d’un précepte, ne peut servir pour gagner une indulgence, à moins que le contraire ne soit dit expressément dans l’acte de concession (C. 932).
Ceci veut dire que l’œuvre prescrite pour gagner une indulgence doit être surérogatoire.
Ainsi, on ne peut en même temps remplir le précepte de l’assistance à la messe le dimanche, et faire la visite de la même église dans le but de gagner l’indulgence. Il faut que la visite de l’église soit faite à un autre moment.
— Récitation en groupe :
Pour gagner les indulgences, il est possible de réciter les prières prescrites alternativement avec quelqu’un d’autre, et même de les suivre mentalement pendant que quelqu’un d’autre les récite (C. 934 § 3).
— Commutation des œuvres prescrites :
Les confesseurs peuvent commuer les œuvres prescrites pour obtenir des indulgences, pour ceux qui ne peuvent les accomplir en raison d’un empêchement légitime (C. 935).
— Libre choix de la langue :
Si une prière particulière a été assignée, on peut gagner l’indulgence quelle que soit la langue dans laquelle on récite cette prière, pourvu que la traduction soit garantie par la sacrée pénitencerie ou par l’ordinaire du lieu (C. 934 § 2).
Différentes catégories d’indulgences
— Indulgences plénières :
Une indulgence plénière est celle qui remet la totalité de la peine temporelle encourue à cause de nos péchés. Si cependant la personne garde quelque péché véniel qui n’aurait pas été remis, ou est attachée à ce péché, elle n’obtiendra qu’une indulgence partielle accordée selon les dispositions de son âme (C. 926).
De fait, rares sont les personnes qui sont dans l’état nécessaire à l’obtention d’une indulgence plénière. Ainsi, lors de l’ouverture de l’année sainte 1575, le pape Grégoire XIII, entouré de saint Charles Borromée et de saint Philippe Néri, contemplant le nombre de fidèles qui passaient la porte sainte, se réjouit du nombre d’indulgences plénières reçues. Mais saint Philippe le reprit aussitôt : de tous les pénitents, seule une vieille femme de Rome avait gagné l’indulgence. Les autres n’avaient eu que des indulgences partielles.
« L’indulgence plénière, sauf mention expresse contraire, ne peut être obtenue qu’une seule fois par jour, même si l’on répète plusieurs fois l’œuvre prescrite » (C. 928 § 1). Parmi les exceptions, on rencontre par exemple l’indulgence toties quoties, ainsi nommée parce qu’elle est obtenue à chaque fois que (toties quoties) l’action demandée est accomplie ; ainsi la visite d’une église, d’un oratoire public ou semi-public le jour de la commémoraison de tous les fidèles défunts, y priant aux intentions du souverain pontife.
Un cas particulier est celui de l’autel privilégié : la faveur de l’autel privilégié consiste en ce que la messe célébrée à cet autel s’accompagne d’une indulgence plénière applicable aux défunts (exceptionnellement aux vivants).
— Indulgences partielles :
L’indulgence partielle est celle qui ne remet qu’une partie de la peine temporelle. Ainsi, on a des indulgences de cent jours, de trois années, etc. Ceci ne veut pas dire que la peine du purgatoire sera diminuée d’autant [119], mais que l’on obtient une remise équivalente à cent jours, trois années, etc. de pénitence selon les règles antiques (jeûne, abstinence, longues prières, etc.)
Une indulgence partielle, à moins d’exception expresse, peut être gagnée dans une même journée aussi souvent que l’on répète l’œuvre prescrite (C 928 § 2).
— Indulgences personnelles, réelles et locales :
Les indulgences sont appelées personnelles si elles sont concédées à des personnes [120] ; réelles si elles ont accordées à l’usage d’un objet [121] ; locales si elles ont accordées à la visite d’un lieu [122].
Exemples d’indulgences
Nous donnons maintenant, à titre d’exemples, quelques prières et œuvres permettant d’obtenir des indulgences. Bien entendu, la liste suivante est loin d’être exhaustive [123]. Elle n’est donnée qu’à titre indicatif.
Nous avons tiré ces indulgences de l’Enchiridion indulgentiarum, preces et pia opera publié par ordre du pape Pie XII [124].
Nous parlerons seulement ici d’indulgences pouvant être obtenues par tous les fidèles ; car il existe aussi des indulgences accordées à des catégories spéciales de clercs, de religieux, aux membres de tiers-ordres, confréries, etc. Le cadre de cet article ne permet pas d’en parler.
D’autre part, ces indulgences étant accordées par le pape, peuvent être appliquées aux défunts (aux défunts en général ou à un défunt en particulier).
La liste de ces prières et œuvres indulgenciées est parlante par elle-même : si l’Église, en Mère sage et miséricordieuse, a puisé largement au cours des siècles [125] dans le trésor des mérites de Notre-Seigneur et des saints, c’est non seulement pour permettre à ses enfants d’obtenir plus facilement la rémission des peines dues aux péchés, mais aussi pour réchauffer leur ferveur en encourageant certaines dévotions et actions très méritoires. On voit ainsi combien la pratique des indulgences peut devenir un magnifique stimulant de la vie chrétienne, à condition bien sûr de les accomplir dans les meilleures dispositions intérieures.
Lorsque dans la liste suivante, on verra la formule indulgence plénière pendant un mois, il faudra comprendre : si cette prière est récitée chaque jour pendant un mois, elle obtient une indulgence plénière.
Prières indulgenciées
• Invocations :
– « Dieu, venez à mon aide ; Seigneur, hâtez-vous de me secourir ! » (Deus, in adjutorium meum intende, Domine ad adjuvandum me, festina [126] !) : 50 jours ; indulgence plénière pendant un mois;
– « Que votre volonté soit faite ! » (Fiat voluntas tua) : mêmes indulgences que précédemment.
– « Mon Dieu, je vous aime ! » : 300 jours.
– « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (Dominus meus et Deus meus) : 7 ans si cette invocation est faite à l’élévation de l’hostie ou lorsqu’on vénère le Saint-Sacrement exposé ; indulgence plénière pendant une semaine dans les circonstances ci-dessus.
– Les fidèles qui font le signe de la croix avec l’invocation « Au nom du Père, etc. », obtiennent une indulgence de 3 ans.
– « O Croix, mon unique espérance ! » (O Crux Ave, spes unica !) : 50 jours ; indulgence plénière pendant un mois.
– « Cœur de Jésus, j’ai confiance en vous ! » : 300 jours ; indulgence plénière pendant un mois.
– « Jésus, doux et humble de Cœur, rendez notre cœur semblable au vôtre » (Jesu mitis et humilis corde, fac cor nostrum secundum cor tuum) : 50 jours ; indulgence plénière pendant un mois.
– « Cœur de Jésus, que votre règne arrive » : 300 jours.
– « Cœur Sacré de Jésus, protégez nos familles ! » : 300 jours ; indulgence plénière pendant un mois.
– « Sauveur du monde, sauvez la Russie » (Salvator mundi, salva Russiam) : 300 jours.
– « Ô Marie, reine du clergé, priez pour nous ; obtenez-nous de nombreux et saints prêtres » : 300 jours.
– Les fidèles qui, le cœur contrit, feront un acte acceptant le genre de mort que Dieu voudra bien leur envoyer, avec toutes ses angoisses, ses peines et ses douleurs, obtiendront une indulgence de 7 ans ; et une indulgence plénière au moment de la mort s’ils ont déjà fait cet acte au moins une fois dans leur vie.
• Notre-Seigneur Jésus-Christ et Saint-Sacrement :
– Litanies du Saint Nom de Jésus : 7 ans ; indulgence plénière pendant un mois.
– Litanies du Sacré-Cœur (avec le verset et l’oraison) : 7 ans ; indulgence plénière pendant un mois (par exemple en juin).
– Consécration d’une famille, d’un institut [127], au Sacré-Cœur de Jésus : 7 ans ; 3 ans au jour de la rénovation. Indulgence plénière si l’on se confesse, communie et prie aux intentions du souverain pontife.
– Hymne Vexilla Regis prodeunt : 5 ans ; indulgence plénière pendant un mois.
– Les fidèles qui salueront une croix de mission par tout signe extérieur et réciteront un Pater, Ave et Gloria en mémoire de la passion du Seigneur, obtiendront une indulgence de 5 années.
– Prière « Âme du Christ » (Anima Christi) : 300 jours, indulgence de sept années si elle est récitée après la sainte communion, indulgence plénière pendant un mois.
– Motet O salutaris hostia , etc. : 5 ans ; 7 ans s’il est récité devant le Saint-Sacrement exposé ; indulgence plénière pendant un mois.
– Hymne Pange lingua gloriosi, corporis mysterium : 7ans, 10 ans s’il est récité devant le Saint-Sacrement exposé, indulgence plénière pendant un mois (ou au moins les deux dernières strophes Tantum ergo).
– Séquence Lauda Sion Salvatorem : 7 ans le jour de la fête du Saint-Sacrement et pendant l’octave, indulgence plénière si elle est récitée le jour de la fête et chaque jour de l’octave.
– Heure sainte devant le Saint-Sacrement : indulgence plénière si, en outre, l’on se confesse, communie et prie aux intentions du souverain pontife.
– Trois Domine non sum dignus (avant la communion) : 50 jours ; indulgence plénière si l’on communie tous les jours pendant un mois.
– Les fidèles qui récitent à genoux, avec le célébrant, les prières après la messe lue (prières de Léon XIII), obtiennent une indulgence de 10 ans. Une indulgence de 7 ans est accordée à la récitation des trois invocations Cor Jesu sacratissimum, miserere nobis qui suivent.
• Saint-Esprit :
– Séquence Veni Sancte Spiritus et emitte cœlitus : 5 ans ; indulgence plénière pendant un mois.
– Hymne Veni creator Spiritus (avec le verset et l’oraison) : 5 ans ; indulgence plénière pendant un mois.
– Prière Veni Sancte Spiritus avant le travail (avec le verset et l’oraison) : 5 ans ; indulgence plénière pendant un mois.
• Très sainte Vierge Marie :
– Chapelet : 5 ans ; chapelet en famille : 10 ans [128].
– Prière de l’Angelus avec le verset et l’oraison (et Regina cæli pendant le temps pascal) : 10 ans à chaque fois ; indulgence plénière pendant un mois.
– Litanies de la sainte Vierge (avec le verset et l’oraison) : 7 ans ; indulgence plénière pendant un mois.
– Cantique Magnificat : 3 ans ; indulgence plénière pendant un mois.
– Hymne Ave maris stella : mêmes indulgences.
– Séquence Stabat mater : 7 ans ; indulgence plénière pendant un mois.
– Antiennes Alma redemptoris mater, Ave regina cælorum, Salve regina : 5 ans ; indulgence plénière pendant un mois.
– Antienne Sub tuum : 5 ans ; indulgence plénière pendant un mois.
– Prière « Souvenez-vous » (Memorare) : 3ans ; indulgence plénière pendant un mois.
– Petit office de la sainte Vierge : 7 ans ; indulgence plénière pendant un mois.
– Consécration de soi-même à Jésus-Christ la Sagesse incarnée par les mains de Marie (selon saint Louis-Marie Grignion de Montfort) : indulgence plénière si elle est faite ou renouvelée le 8 décembre, et aussi le 28 avril (jour de la fête du saint).
• Saint Joseph :
– Litanies de saint Joseph (avec le verset et l’oraison) : 5 ans ; indulgence plénière pendant un mois (par exemple en mars).
– Prière à saint Joseph, gardien des vierges, pour obtenir la pureté (Virginum custos et pater) : 3 ans ; indulgence plénière pendant un mois.
– Prière « Glorieux saint Joseph, modèle de tous ceux qui sont voués au travail » : 50 jours.
• Saint Michel archange :
– Prière à saint Michel (celle qui figure à la fin de la messe lue) : 3 ans ; indulgence plénière pendant un mois.
• Prières et œuvres obtenant des indulgences pour les défunts :
– Psaume De profundis avec verset requiem æternam : 3 ans ; indulgence plénière pendant un mois.
– Psaume 50 (Miserere mei, Deus) : mêmes indulgences.
– Séquence Dies iræ : mêmes indulgences.
– Le 2 novembre, les fidèles qui visitent une église, ou un oratoire public ou semi-public, obtiennent une indulgence plénière applicable aux âmes du purgatoire, s’ils se confessent, communient et récitent six Pater, Ave et Gloria aux intentions du souverain pontife. Pendant l’octave du 2 novembre, ils peuvent obtenir une indulgence identique, s’ils visitent un cimetière et y prient pour les défunts, même mentalement.
Autres œuvres indulgenciées
– Lecture de la sainte Écriture pendant au moins un quart d’heure : 3 ans ; plénière si pendant un mois.
– Les fidèles qui donnent ou écoutent avec attention un cours de doctrine chrétienne, obtiennent une indulgence de 3 ans ; plénière si deux fois par mois.
– Examen de conscience avec contrition sincère et ferme propos de se corriger : 50 jours ; indulgence plénière pendant un mois.
– Participation à une retraite spirituelle : 7 ans.
– Oraison mentale d’au moins un quart d’heure : 5 ans ; indulgence plénière si pendant un mois.
– Rénovation solennelle des promesses du baptême (à la vigile pascale, à la fin d’une retraite spirituelle ou d’une mission) : indulgence plénière si l’on communie, se confesse et prie aux intentions du souverain pontife.
– Première communion : indulgence plénière pour celui qui reçoit la sainte eucharistie la première fois, et pour ceux qui assistent à la cérémonie.
– Assistance à l’office des ténèbres les trois jours saints : indulgence plénière si l’on y assiste chaque jour, s’étant confessé, et recevant la sainte communion, et si l’on prie aux intentions du souverain pontife.
– Chemin de la croix : indulgence plénière.
– Assistance à la première messe d’un nouveau prêtre : 7 ans ; indulgence plénière pour les membres de sa famille jusqu’au troisième degré de consanguinité, s’ils se sont confessés, ont communié et prient aux intentions du souverain pontife.
– Les fidèles qui baisent les mains d’un nouveau prêtre le jour de son ordination ou de sa première messe, obtiennent une indulgence de 100 jours.
– Aux fidèles baisant l’anneau d’un évêque : une indulgence de 50 jours.
Conclusion
Omnes magni fiant indulgentias
(Que tous fassent grand cas des indulgences [129])
La connaissance des indulgences est infiniment précieuse pour les chrétiens fervents.
1. Elle excite, en effet, à la pratique de la vertu. Sachant que nous obtiendrons des indulgences d’autant plus étendues que nous nous serons purifiés davantage et que nous accomplirons avec plus de soin les œuvres prescrites, nous sommes portés à nous approcher mieux et plus souvent des sacrements, et à exercer sur nous-mêmes une surveillance plus constante et plus attentive.
2. Le gain des indulgences n’est-il pas aussi un placement spirituel à gros intérêt dont nous toucherons le bénéfice au moment de notre entrée dans l’éternité ? Lors de cette grave échéance, il nous sera fort agréable de constater que nous avons déjà satisfait en partie, peut-être pleinement, aux comptes rigoureux que nous aurons à rendre.
3. Mais une raison plus impérieuse milite en faveur du gain des indulgences : c’est l’importance qu’y attache l’Église. Mère tendre et généreuse, l’Église n’hésite pas à nous ouvrir chaque jour avec plus d’abondance le riche trésor que lui ont légué, par ses mérites infinis, Notre-Seigneur Jésus-Christ, et par la surabondance de leurs mérites, la très sainte Vierge et la légion innombrable des saints qui ont rempli le monde de leurs vertus. Elle nous fait ainsi sentir que le besoin des indulgences devient chaque jour plus considérable. En effet, nos tempéraments se sont affaiblis et ne nous permettent plus les sévères pénitences imposées autrefois, ni souvent même la simple observance des commandements de l’Église [130] ; nous sommes obligés de demander des adoucissements qui, par suite, appellent des compensations ; mais, d’autre part, les rigueurs de la justice divine ne se sont pas modifiées, et c’est pourquoi Notre-Seigneur enseigne dans son Évangile qu’il sera demandé compte même « de toute parole oiseuse » (Mt 12, 36).
Aussi, et pour répondre aux désirs si souvent exprimés par notre divin Maître, et pour consoler son Cœur Sacré des outrages dont il est accablé, l’Église veut surtout encourager, par l’octroi de précieuses indulgences, les œuvres destinées à la réparation de nos fautes et à celles d’autrui.
4. Nous avons encore une autre raison non moins grave de puiser au trésor des divines indulgences [: c’est le soulagement et la délivrance des âmes du purgatoire [131]...] Des millions de frères souffrants implorent et attendent notre charité. Comment ne pas rappeler ici ces paroles de saint Léonard de Port-Maurice : « Délivrer une âme du purgatoire, dit-il, c’est un bienfait immense. Croyez-vous qu’elle se donne du repos, jusqu’à ce qu’elle ait obtenu à son libérateur les bienfaits de la grâce et de la gloire ? Oh ! quels précieux amis l’on se fait lorsqu’on soulage les âmes du purgatoire, lorsqu’on abrège le temps de leurs soufrances et qu’on leur procure le bonheur du ciel ! » Commentant ce texte, M. le chanoine Vandamme ajoute avec beaucoup d’à-propos : « [...] C’est nous assurer [aussi] la bienveillance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et le prédisposer à nous accorder à nous-mêmes tout ce que nous solliciterons de sa bonté toute-puissante. N’a-t-il pas dit dans l’Évangile : « Tout ce que vous ferez au moindre des miens, c’est à moi que vous l’aurez fait » [132].
Le prochain article traitera de la révolution de Paul VI.
[1] — III q. 48, a. 4 : pretium quoddam dicitur.
[2] — III q. 1, a. 3.
[3] — III q. 1, a. 4.
[4] — Ainsi que nous le montrent ces paroles de saint Paul, nous voyons ici que la satisfaction n’est qu’une partie du mystère de notre rédemption ou rachat. Celui-ci est à la fois : satisfaction ; sacrifice (« ce qui est accompli pour rendre à Dieu l’honneur qui lui est dû en propre, afin de l’apaiser », Aliquid factum in honorem proprie Deo debitum, ad eum placendum – III q. 48, a. 3) ; délivrance (du péché, des peines du péché, de l’esclavage du démon) ; restauration (en méritant que nous soient redonnées la grâce et la gloire). Toutes ces notions sont expliquées en détail dans le livre du P. Hugon O.P., Le Mystère de la rédemption, Paris, Téqui, 1916.
[5] — Cet ordre ayant été établi lui-même par Dieu.
[6] — I q. 21, a. 1, ad 3.
[7] — I-II q. 87, a. 1 ; III q. 1, a. 2, ad 2.
[8] — III q. 46, a. 2, ad 3 ; P. Garrigou-Lagrange O.P., De Christo Salvatore, p. 38. Nous avons développé cette question dans Le Sel de la terre nº 1, « La passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ d’après saint Thomas d’Aquin », p. 51-57.
[9] — Jean-Marc Rulleau, Le Sacrifice, Bulle (Suisse), Publications du Journal Controverses, 1990, p. 30-35.
[10] — Comment la peine peut-elle rétablir l’ordre ? « Tout ce qui s’insurge contre un ordre de choses, doit s’attendre à une répression au nom de l’ordre même, par celui qui en est le chef », dit saint Thomas d’Aquin (I-II q. 87, a. 1). Et encore : « Ce qui semble s’éloigner de la volonté de Dieu selon un ordre particulier, y retombe selon un autre ordre : ainsi le pécheur qui, quant à lui, s’éloigne de la volonté divine par son péché, retourne à l’ordre de cette divine volonté lorsqu’il est puni par sa justice » (I q. 19, a. 6). C’est cette réaction qui cause le retour à l’ordre : « L’homme qui manque à la subordination au réel par la voie directe de l’obéissance, y retourne par la voie indirecte de la passivité [c’est-à-dire en subissant une peine] » (Philippe Besnier, Faute et peine chez saint Thomas d’Aquin, Montsurs, Résiac, 1989, p. 61).
[11] — On parle de satisfaction vicaire, mot venant du latin vicarius qui veut dire remplaçant. Notons ici que, depuis le concile Vatican II, on assiste à une ré-interprétation du mystère de la rédemption, destinée à en écarter toute idée d’expiation, ce qui remet en cause la notion de satisfaction-vicaire. La mort de Notre-Seigneur devient la simple révélation de l’amour que Dieu nous porte. Mgr Tissier de Mallerais a mis en relief cette grave erreur dans son sermon des ordinations à Écône le 27 juin 2002 (reproduit dans Le Sel de la terre nº 42. On se reportera spécialement aux p. 9-10).
[12] — III, q. 1, a. 2.
[13] — III, q. 48, a. 2, ad 1.
[14] — III, q. 46, a. 1, ad 3.
[15] — Lettre Inter sodalicia citée par le P. Garrigou-Lagrange O.P. dans La Mère du Sauveur et notre vie intérieure, Lyon, Éditions de l’Abeille, 1941, p. 219.
[16] — On peut se reporter aux articles de Filius Ancillæ parus dans Le Sel de la terre.
[17] — Eadmer de Cantorbéry, De excellentia Virginis Mariæ, c. 9, PL 159, 573 D.
[18] — Saint Pie X, Ad diem illum, 2 février 1904, FC 405, DS 3370, EPS– Notre-Dame 233.
[19] — Pour approfondir cet aspect médicinal de la peine, on peut se référer à l’ouvrage déjà cité de Philippe Besnier, p. 108-119.
[20] — Session XIV, chapitre VIII, Nécessité et effets de la satisfaction, DS 1690, FC 832-833.
[21] — DS 1713, FC 848.
[22] — III, q. 62, a. 6.
[23] — Il ne s’agit pas ici de n’importe quelle croyance, mais bien de la foi surnaturelle, vertu théologale qui fait adhérer notre intelligence à toute la Révélation de Notre-Seigneur transmise par l’Église catholique qu’il a fondée. Ceci est important à noter car, pour les protestants par exemple, la foi est une simple confiance naturelle dans l’action salvatrice de Dieu.
[24] — III, q. 61, a. 4.
[25] — Justification, venant des mots latins justum et facere (rendre juste), est ici synonyme de sanctification. Mgr Fellay a longuement étudié cette question, en réponse aux erreurs protestantes et aux scandaleux « accords » luthéro-catholiques de 1999, dans Le Sel de la terre nº 38 et nº 39.
[26] — « Fides est humanæ salutis initium, fundamentum et radix omnis justificationis, “sine qua impossibile est placere Deo” et ad filiorum ejus consortium pervenire » (Session VI, Décret sur la justification, ch. 8, DS 1532, FC 567).
[27] — Saint Thomas écrit : « Il faut donc regarder ceux qui sont membres du Corps mystique [...] ceux qui le deviennent en acte à un moment donné [...] par le moyen de la foi » (III, q. 8, a. 3).
[28] — Nous avons traité cette question en détails dans Le Sel de la terre 2, « La croix dans notre vie », p. 84-95.
[29] — III, q. 62, a. 5.
[30] — Antienne pour l’aspersion de l’eau bénite, le dimanche en temps pascal : « J’ai vu une eau sortir du Temple [le corps de Notre-Seigneur], du côté droit alleluia : et tous ceux qui furent touchés par cette eau furent sauvés, et ils chantent : alleluia, alleluia ».
[31] — III, q. 69, a. 2, ad 1.
[32] — Si un adulte mourait aussitôt après son baptême (et, bien sûr, sans avoir d’attache au péché), il irait aussitôt au ciel sans passer par le purgatoire.
[33] — Commentaire de l’épître de saint Paul aux Romains, à propos de « Les dons et la vocation de Dieu sont sans repentance » (Rm 11, 29), cité par saint Thomas d’Aquin dans III, q. 68, a. 5, Sed contra.
[34] — III, q. 68, a. 5.
[35] — Nous le verrons plus loin à propos des œuvres satisfactoires.
[36] — Elle ne dispense, pas bien sûr, de la confession de ses fautes mortelles à un prêtre, tandis que le catéchumène qui reçoit le baptême d’eau n’a pas à se confesser.
[37] — Pour la signification du mot représentation, on peut se reporter à l’article du P. Pierre-Marie dans Le Sel de la terre 45, p. 54-107.
[38] — Dom Vonier, La Clef de la doctrine eucharistique, Lyon, L’Abeille, 1942, p. 133-134.
[39] — III, q. 73, a. 5, ad 2.
[40] — III, q. 73, a. 3, ad 3.
[41] — Dans la nouvelle conception de la rédemption issue de Vatican II (supra), l’eucharistie n’est plus elle aussi que révélation de l’amour de Dieu. Elle n’est qu’un signe qui contient, sous le voile du symbole, la réalité sacrée, à savoir le Christ glorieux. Elle n’est plus sacrifice. On peut se reporter aux ouvrages : La Messe en question, Actes du 5e congrès théologique de Si si No no, Versailles, Publications du Courrier de Rome, 2002. — Le Problème de la réforme liturgique, Étampes, Clovis, 2001.
[42] — III, q. 79, a. 5.
[43] — « C’est la charité surtout, qui donne à la peine sa valeur satisfactoire », dit saint Thomas d’Aquin (Suppl. q. 13, a. 2). Nous y reviendrons plus loin en parlant des conditions nécessaires pour qu’une œuvre soit satisfactoire.
[44] — Épître 130, citée par saint Thomas d’Aquin dans III, q. 84, a. 6, Sed contra.
[45] — III, q. 66, a. 9.
[46] — III, q. 84, a. 2, ad 3.
[47] — Ce que l’on appelle de manière analogique la matière des sacrements est la chose sensible qu’on emploie pour les faire : comme par exemple, l’eau naturelle dans le baptême, l’huile et le baume dans la confirmation. Nous allons voir pourquoi, dans le sacrement de pénitence, ce sont les actes humains qui tiennent lieu de « matière ».
[48] — La forme des sacrements consiste dans les paroles qu’on prononce pour les faire.
[49] — Il s’agit ici des actes du pénitent que sont la contrition, la confession (ou accusation de nos fautes) et la satisfaction. Nous en donnerons les définitions plus loin.
[50] — III, q. 86, a. 4, ad 3.
[51] — Pour recevoir le baptême validement, il suffit d’avoir la foi et d’avoir l’intention de recevoir le sacrement. Si le sujet reste attaché au péché mortel, il ne reçoit pas la grâce, mais son âme est néanmoins marquée du caractère de fils de Dieu. Ce caractère lui permettra de recevoir la grâce dès qu’il quittera le péché.
[52] — C’est le péché d’une ancienne vie qui a disparu, qui n’existe plus.
[53] — Suppl., q. 18, a. 2.
[54] — Strictement obligatoire seulement en cas de péché mortel.
[55] — « Ex parte doloris sensibilis quem voluntas in contritione excitat : illa etiam pœna quædam est, tantum potest intendi quod sufficiat ad deletionem culpæ et pœnæ » (Suppl., q. 5, a. 2).
[56] — Suppl., q. 10, a. 2 : « La confession [en tant qu’accusation de nos péchés] diminue la dette de peine en vertu même de la nature de son acte auquel est jointe la peine de la honte [de nos fautes], et de là vient que, plus on se confesse souvent de ses péchés, plus on diminue sa dette de peine ».
[57] — III, q. 86, a. 4.
[58] — III, q. 86, a. 5, ad 1.
[59] — Un sacramental est une chose [par exemple l’eau bénite] ou une action [par exemple une prière] dont l’Église se sert, à l’imitation des sacrements, pour obtenir des effets surtout spirituels non par sa propre efficacité [comme les sacrements], mais par l’efficacité de la prière de l’Église elle-même. On peut dire que les sacramentaux ont été institués par Notre-Seigneur dans la mesure où il a donné à son Église le pouvoir de les instituer.
[60] — Passio Domini nostri Jesu Christi, merita beatæ Mariæ Virginis et omnium sanctorum, quidquid boni feceris et mali sustinueris, sint tibi in remissionem peccatorum, augmentum gratiæ, et prœmium vitæ æternæ. Amen. Au rite dominicain, le prêtre dit : « Que la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, les mérites de la bienheureuse Marie toujours Vierge, de saint Dominique notre père, et de tous les saints, tout ce que vous ferez et aurez l’intention de faire de bien, tout ce que vous supportez et supporterez de pénible, vous soient appliqués pour la rémission de vos péchés, l’accroissement de la grâce et la récompense de la vie éternelle », et il termine par une nouvelle bénédiction (Passio Domini nostri Jesu Christi, et merita beatæ Mariæ semper Virginis, et beati Dominici patris nostri et omnium sanctorum, et quidquid boni feceris et intendis facere aut mala quæ sustines et sustinebis, sint tibi in remissionem peccatorum, in augmentum gratiæ et prœmium vitæ æternæ. In nomine Patris, etc.).
[61] — Il s’agit ici d’une maladie grave qui met la vie en danger. Ainsi en est-il d’après la pratique constante de l’Église. L’habitude post-conciliaire de donner l’extrême-onction systématiquement à toutes les personnes âgées est un abus et rend le sacrement invalide.
[62] — XIVe session, Doctrine sur le sacrement d’extrême-onction, Prœmium, DS 1694, FC 878.
[63] — C.G. IV, c. 73.
[64] — Suppl. q. 30, a. 1.
[65] — « En effet, si notre adversaire cherche, et s’efforce de saisir, durant toute notre vie, les occasions de dévorer nos âmes par tous les moyens possibles, il n’est cependant aucun temps où il tende plus violemment les forces de sa ruse, pour nous perdre totalement et, s’il le peut, nous détourner même de la confiance en la divine miséricorde, que lorsqu’il voit imminente la fin de notre vie » (concile de Trente, ibid., DS 1694, FC 878).
[66] — Concile de Trente, DS 1696, FC 880.
[67] — Il faut bien constater ici qu’il y a beaucoup de négligence parmi les fidèles qui attendent très souvent le dernier moment pour appeler le prêtre, sous divers prétextes : s’imaginant que la venue du ministre de l’Église va faire peur au malade, ou attendant qu’il n’y ait plus aucun espoir de guérison (comme si l’extrême-onction allait faire mourir). Et pendant ce temps, le cher malade est privé des secours qui pourraient lui permettre d’être réconforté et de faire une fin vraiment chrétienne. Quelle cruauté finalement, sous couvert de bonté ! Il y a là un manque grave d’esprit chrétien. Le Catéchisme du concile de Trente dit même que « c’est une faute très grande de ne donner l’extrême-onction au malade qu’au moment où tout espoir de guérison est perdu, et où la vie semble déjà l’abandonner avec l’usage de la raison et de ses sens » (2e partie, ch. 25, § 2). C’est aussi oublier que ce sacrement a la vertu de guérir le corps si cela est utile à l’âme. On a vu ainsi des personnes profiter du temps supplémentaire que Dieu leur accordait, pour réparer par une vie vraiment sainte les péchés de leur vie passée. Cette guérison n’est cependant pas un miracle proprement dit : elle ne dépasse pas les possibilités de la nature. En renforçant considérablement les capacités naturelles de l’organisme, l’extrême-onction lui permet de retrouver la santé de façon imprévue, mais à condition que le sacrement soit administré suffisamment tôt pour qu’il n’y ait pas de lésions corporelles irréversibles.
[68] — Suppl. q. 14, a. 2.
[69] — Suppl. q. 15, a. 1.
[70] — De Veritate, q. 26, a. 6, ad 4 in contrarium.
[71] — Deuxième partie, Des sacrements, ch. 24, § 4. Au jeûne peuvent se rattacher toutes les mortifications corporelles ; à l’aumône les œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle envers le prochain ; à la prière tout ce qui nous place dans la dépendance de Dieu, lui soumettant notre esprit, notre volonté, notre cœur.
[72] — 1 Jn 2, 16.
[73] — Enarratio in ps. 42, in fine, où il s’appuie sur l’évangéliste.
[74] — Suppl. q. 15, a. 3.
[75] — Ga 6, 2.
[76] — Catéchisme du concile de Trente, ibid.
[77] — Suppl. 13, 2.
[78] — Notons ici que l’Église conciliaire fait totalement silence sur cette question qu’elle est incapable de comprendre avec sa nouvelle théologie.
[79] — Notre-Seigneur parle ici du sacrement de l’eucharistie.
[80] — On pourra se reporter à l’article du fr. M.J. Carme O.P., « La pratique de la dévotion au Sacré-Cœur », La Vie spirituelle, 10 juin 1920, p. 216-228.
[81] — Deus qui nobis, in Corde Filii tui, nostris vulnerato peccatis, infinitos dilectionis thesauros misericorditer largiri dignaris : concede quæsumus, ut illi devotum pietatis nostræ præstantes obsequium, dignæ quoque satisfactionis exhibeamus officium.
[82] — On peut consulter le livre du fr. Michel de la Sainte-Trinité, Toute la vérité sur Fatima, Saint-Parres-lès-Vaudes, CRC, 1986, t. 1, « Le message [de l’ange], prière et sacrifice », p. 152-155.
[83] — On pourra se reporter à l’ouvrage du fr. Michel de la Sainte-Trinité, Toute la vérité sur Fatima, ibid., t. 2, 1987, « L’esprit de la dévotion réparatrice », p. 166-172.
[84] — On a dit que la doctrine du trésor a été inventée au XIIIe siècle. Peut-être est-il vrai que le mot trésor a été introduit à cette époque, mais la doctrine était là en substance dès les débuts de l’Église. On peut se référer à ce sujet à la Nouvelle Revue Théologique, 1922, p. 306. Il faut de plus signaler que le magistère de l’Église a défendu la notion de trésor dans sa condamnation de Luther (DS 1448) et des jansénistes (DS 1026).
[85] — Col 1, 18.
[86] — Rm 12, 4-5.
[87] — Col 1, 24.
[88] — Le pouvoir de délier qui a été remis à Pierre et aux apôtres (Mt 16, 18 et 18, 18), concerne tout ce qui empêche de rentrer dans le Royaume des cieux. Si l’Église a le pouvoir de remettre la peine éternelle, elle a celui de remettre la dette temporelle, selon l’adage : qui peut le plus, peut aussi le moins. En accordant une indulgence, l’Église use de son pouvoir des clefs pour délier le pécheur de l’obligation de subir une peine temporelle, et elle le fait en payant sur son trésor une satisfaction d’une valeur équivalente. L’Église use ici de son pouvoir discrétionnaire de juridiction : l’usage de la clef de la juridiction est laissé à la discrétion de l’Église.
[89] — DS 1025-1027.
[90] — Du latin indulgere, qui veut dire remettre.
[91] — Suppl. q. 25, a. 1, ad 4.
[92] — Suppl. q. 25, a. 2, ad 2.
[93] — Indulgentiæ valent tantum quantum pronuntiantur.
[94] — Suppl. q. 25, a. 2.
[95] — Sur terre, on emploie le mot de satisfaction. Au purgatoire, on emploie le terme de satispassion, pour signifier que la première est méritoire et que la seconde ne l’est pas, puisqu’après la mort la charité ne peut plus augmenter, ayant été fixée à son degré définitif à l’instant de la séparation de l’âme et du corps. Au purgatoire la peine est subie, l’âme ne peut faire autrement que de l’accepter, même si elle le fait volontiers pour se soumettre à la volonté divine. Mais il est moins parfait de subir, que de s’imposer librement une réparation. Aussi l’expiation exigée est-elle stricte, beaucoup plus rigoureuse que celle qui est nécessaire sur terre (DTC, Purgatoire, col. 1240 et 1295).
[96] — P.L., t. IV, col. 95.
[97] — HÉFÉLÉ, Histoire des conciles, t. 1, p. 303-311 et 591-593.
[98] — P.L., t. LVI, col. 517 et t. LIV, col. 635. 1138.
[99] — Dans l’indulgence, nous le verrons, c’est le pape ou l’évêque qui provoquent la remise en distribuant au pécheur les mérites du Christ et des saints.
[100] — Tandis que pour acquérir l’indulgence, il faut d’abord être revenu en grâce avec Dieu par la confession et la pénitence sacramentelle. Sans rémission de la faute, il ne peut y avoir rémission de la peine. L’indulgence suit la réconciliation, elle la complète mais ne la provoque pas. Nous y reviendrons.
[101] — « Le pénitent était revêtu du sac ou du cilice en présence de toute l’assemblée, [...] devait couper ses cheveux et porter des vêtements de deuil, [...] ne pouvait plus ni porter les armes, ni se livrer au négoce, ni se marier ou user du mariage » (J. Tixeront, Histoire des dogmes dans l’antiquité chrétienne, 1912, t. III, p. 391-392).
[102] — Du latin redimere, qui veut dire racheter.
[103] — Le temps est la mesure du mouvement des choses matérielles. Après cette vie, il n’y a plus de temps. On parle d’ævum.
[104] — IV Sent. D. 20/2, art. un., q. 5.
[105] — IV Sent. D. 45, q. 2, a 3, sol. 2.
[106] — Pour plus de détails sur l’histoire des indulgences, on pourra se référer au Dictionnaire de théologie catholique, Indulgences, col. 1594-1621.
[107] — Ainsi le pape Paul VI dans la constitution apostolique Indulgentiarum doctrina du 1er janvier 1967 promulguant le nouvel Enchiridion des indulgences : « Par des indulgences abusives et superflues, on a tourné en dérision les clefs de l’Église et on a perdu de vue la satisfaction pénitentielle » (DC 1487 du 5 février 1967, col. 210-211). Il a pu y avoir quelques abus, il ne faudrait pas les majorer au point de discréditer l’Église. Nous reparlerons de cette constitution dans notre prochain article.
[108] — Charles-Joseph Héfélé, Histoire des conciles, Paris, Letouzay et Ané, 1921, t. VIII, 2e partie, p. 631-632.
[109] — Pour le moment, nous ne parlons ici que de ce code. Nous ne parlerons du nouveau code de 1983 que dans le prochain article. Nous avons aussi consulté les ouvrages : B. Naz, Traité de Droit canonique, Paris, Letouzay et Ané, 1947, t. II, n° 203-230. — A. Cance, Le Code de Droit canonique, commentaire succinct et pratique, Paris, Lecoffre, 1942, t. II.
[110] — L’Église, par sa propre autorité, intervient en tant que ministre de la rédemption du Christ, pour dispenser et appliquer aux fidèles les satisfactions du Christ et des saints. Dans les sacrements, c’est au contraire Notre-Seigneur qui agit à travers le ministre. Pour les indulgences, l’Église exerce en propre ce pouvoir d’attribution qu’elle a reçu de son divin fondateur.
[111] — L’absolution est un acquittement en raison d’un paiement (solutio) fait par d’autres.
[112] — Pour les défunts, l’Église ne peut faire autrement que supplier Dieu, car ils ne sont plus ses sujets à proprement parler : elle n’a plus juridiction sur eux. Elle ne peut donc qu’offrir à Dieu les satisfactions des saints, en le priant de les appliquer aux âmes du purgatoire. Voici le texte latin de ce canon : Omnes magni fiant indulgentias seu remissionem coram Deo pœnæ temporalis debitæ pro peccatis, ad culpam quod attinet jam deletis, quam ecclesiastica auctoritas ex thesauro Ecclesiæ concedit pro vivis per modum absolutionis, pro defunctis per modum suffragii.
[113] — En soi, en raison de la communion des saints, on pourrait gagner une indulgence pour une autre personne vivante (nous avons parlé des « billets de paix »). Cependant, ce n’est pas accordé par la discipline actuelle.
[114] — Celui-ci peut les accorder directement lui-même, ou par la sacrée pénitencerie.
[115] — L’exercice du droit de conférer des indulgences est un acte de juridiction. Mais celui qui les reçoit doit avoir un certain nombre de dispositions morales.
[116] — Même s’ils ne se confessent pas si souvent.
[117] — Un Pater, Ave et Gloria Patri, par exemple, ou une prière équivalente.
[118] — Ces intentions sont mentionnées par le pape saint Pie X, par exemple, en conclusion de son encyclique Ad diem illud (ibid.) lorsqu’il proclame un certain nombre d’indulgences pour le cinquantième anniversaire de la définition de l’immaculée conception.
[119] — Ce ne serait pas possible, puisqu’il n’y a pas de temps au purgatoire, nous l’avons vu plus haut en note.
[120] — Il s’agit par exemple des indulgences accordées aux membres d’une pieuse union, d’un tiers-ordre, etc.
[121] — Par exemple si l’on possède un chapelet rosarié, ou une croix indulgenciée. L’indulgence attachée à un chapelet cesse si celui-ci est détruit. On entend par là qu’il est brisé et que la moitié des grains a été perdue. Le renouvellement successif des grains ne fait pas perdre l’indulgence.
[122] — Ainsi la visite des basiliques romaines pendant une année jubilaire.
[123] — Les lecteurs pourront en trouver d’autres dans leurs missels et livres de piété. L’ouvrage le plus complet à ce sujet, est celui du P. Beringer S.J., Les indulgences, leur nature et leur usage, Paris, Lethielleux, en deux tomes. En 1925, il en était à la quatrième édition.
[124] — Rome, Typis polyglottis Vaticanis, 1950. Nous ne parlerons du nouvel Enchiridion que dans le prochain article. Avant d’aborder la révolution conciliaire et de mieux en évaluer les dégâts, il nous faut d’abord faire connaître la Tradition de l’Église.
[125] — Sauf depuis Vatican II, hélas, nous le verrons dans le prochain article.
[126] — Cette ancienne invocation récitée par les prêtres et les religieux au début de chaque heure du bréviaire, était utilisée constamment dans la journée par les pères du désert.
[127] — Communauté religieuse, paroisse, collège, école, etc.
[128] — De nombreuses indulgences ont été accordées à la méditation du chapelet, spécialement pour les membres de la Confrérie du rosaire. Nous ne pouvons les détailler ici.
[129] — Cette incise du code de Droit canonique traditionnel (C 911) a été supprimée dans le nouveau code de 1983. Nous en reparlerons.
[130] — L’auteur fait allusion aux difficultés à pratiquer le jeûne, par exemple. L’Église a dû apporter des adoucissements à l’ancienne discipline.
[131] — Il faut ajouter qu’elles n’ont jamais été tant abandonnées que depuis le funeste concile Vatican II, la prédication conciliaire n’invitant plus à prier pour elles, ni à faire célébrer des messes pour elles.
[132] — Paul Féron-Vrau, Petit traité pratique des indulgences, Paris, Maison de la Bonne Presse, 1924, honoré d’une recommandation du cardinal Gasparri, au nom du pape Pie XI.
Informations
L'auteur
Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).
Le numéro

p. 23-53
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