Catéchisme catholique
de la crise dans l’Église
par l’abbé Matthias Gaudron
L’étude que nous publions ici constitue la version française du Katholischer Katechismus zur kirchlichen Krise rédigé par M. l’abbé Matthias Gaudron, professeur au séminaire de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X à Zaitzkofen, en Allemagne. La version originale a été éditée en 1997 par les éditions Rex regum, avec une préface de M. l’abbé Franz Schmidberger. Le texte en a été mis à jour, complété et adapté à la situation française pour la présente édition.
On trouvera ci-dessous les deux premiers chapitres, soit les quinze premières questions. Chacune d’elle est suivie d’une première réponse, courte et claire, puis d’une série de questions et réponses en caractères plus petits qui viennent justifier et préciser la réponse générale.
Le Sel de la terre.
*
— I —
La crise dans l’Église
n 1. Y a-t-il aujourd’hui une crise dans l’Église ?
Il faudrait se boucher les yeux pour ne pas voir que l’Église catholique subit une grave crise. On espérait dans les années 1960, lors du concile Vatican II, un nouveau printemps pour l’Église, mais c’est le contraire qui est arrivé. Des milliers de prêtres ont abandonné leur sacerdoce et des milliers de religieux et de religieuses sont retournés à la vie séculière. En Europe et en Amérique du Nord, les vocations se font rares et l’on ne peut déjà plus compter le nombre de séminaires, de couvents et de maisons religieuses qui ont dû fermer. Beaucoup de paroisses restent sans prêtre et les congrégations religieuses doivent abandonner écoles, hôpitaux et maisons pour personnes âgées. « Par quelque fissure, la fumée de Satan est entrée dans le temple de Dieu », telle était la plainte du pape Paul VI le 29 juin 1972 [1].
: Sait-on combien de prêtres ont abandonné leur sacerdoce dans les années 1960 ? — Dans l’ensemble de l’Église, entre 1962 et 1972, 21 320 prêtres ont été réduits à l’état laïc. Ne sont pas compris dans ce nombre ceux qui ont négligé de demander une réduction officielle à l’état laïc [2]. Entre 1967 et 1974, trente à quarante mille prêtres auraient abandonné leur vocation. Ces faits catastrophiques peuvent à peine être comparés avec les événements qui ont accompagné la soi-disant « Réforme » protestante du 16e siècle.
: Y eut-il un désastre analogue dans les congrégations religieuses ? — En ce qui concerne les congrégations religieuses féminines, renvoyons à ce que le cardinal Ratzinger raconte, en précisant que ce n’est qu’un exemple. Le Québec, province francophone du Canada, était au début des années 60 la région qui comptait, proportionnellement, le plus de religieuses au monde.
Entre 1961 et 1981, à cause des départs, des décès et de l’arrêt du recrutement, le nombre de religieuses est passé de 46 933 à 26 294. Une chute de 44%, qui semble impossible à enrayer. Les nouvelles vocations, en effet, ont diminué pendant la même période d’au moins 98,5%. Il s’avère ensuite qu’une bonne partie de ce 1,5% restant est constituée non par de très jeunes, mais par des « vocations tardives ». Au point que les simples prévisions permettent à tous les sociologues de s’accorder sur cette conclusion brutale mais objective : « D’ici peu (sauf renversement de tendance tout à fait improbable, du moins à vue humaine), la vie religieuse féminine telle que nous l’avons connue ne sera plus qu’un souvenir au Canada » [3].
: La situation ne s’améliore-t-elle cependant pas aujourd’hui, et ne peut-on pas considérer que la crise est maintenant derrière nous ? — Il y avait en France, dans les années 1950, environ un millier d’ordinations sacerdotales par an. Dans les années 1990, il n’y en avait plus qu’une centaine par an ; or les entrées dans les séminaires continuent à décroître. En Allemagne, l’année 1996 a représenté un nouveau record minimal chez les candidats au sacerdoce. Les séminaires et ordres religieux allemands ne comptaient que 232 entrées. En 1986, il y en avait encore 727 [4]. Le nombre des religieux dans le monde continue à diminuer [5].
: Cette crise touche-t-elle aussi les fidèles ? — En 1958, 35% des Français assistaient à la messe chaque dimanche ; aujourd’hui, ils sont moins de 5% à le faire, et souvent âgés. En 1950, plus de 90 % des Français étaient baptisés enfants ; aujourd’hui, moins de 60 % le sont.
: N’y a-t-il pas cependant une augmentation, en France, des baptêmes d’adultes ? — Quelques milliers de baptêmes d’adultes ne sauraient compenser une baisse de centaines de milliers de baptêmes d’enfants (d’autant plus que la persévérance des nouveaux baptisés laisse souvent à désirer). Par ailleurs, s’il y a, en France, une moyenne de 12 500 conversions au catholicisme par an, il y a plus du double de conversions à l’islam (30 000 par an).
: Le cas de la France est-il vraiment caractéristique ? — On trouve le même désintérêt pour l’Église ailleurs en Europe. Entre 1970 et 1993, 1,9 million d’Allemands ont officiellement quitté l’Église catholique. La haine ou la colère n’en sont pas les motifs les plus fréquents, mais tout simplement l’indifférence. L’Église ne dit plus rien aux hommes, elle n’a plus d’importance pour eux dans leur vie et c’est pour cela qu’on l’abandonne, pour économiser l’impôt ecclésiastique. A ce rythme-là, la religion catholique va devenir la religion d’une petite minorité. L’Allemagne, selon un mot de Karl Rahner, court le danger de devenir une terre païenne au passé chrétien avec quelques restes de christianisme.
: Ne peut-on cependant dire que cette terrible crise est seulement locale, frappant l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord, mais épargnant l’Amérique latine, l’Afrique et l’Asie, où, au contraire, le catholicisme semble particulièrement dynamique ? — Certains chiffres pourraient faire croire que la crise n’est que locale. L’Annuaire pontifical souligne, par exemple, que l’augmentation des séminaristes et des ordinations dans les pays du Tiers-Monde compense largement la baisse constatée dans les pays occidentaux. En réalité, la crise est universelle, même si elle ne se manifeste pas partout de la même manière (les pays pauvres, où le sacerdoce représente une promotion sociale, recrutent assez facilement des vocations ; mais de quelle qualité ?). L’Amérique latine, par exemple, qui passe pour un bastion du catholicisme, est actuellement en train de passer au protestantisme plus rapidement que l’Allemagne ne l’a fait au XVIe siècle. En 1900, on comptait au Brésil 3% de protestants. Ils sont actuellement 16 % et leur nombre ne cesse de croître. Cinq églises pentecôtistes sont créées en moyenne à Rio chaque semaine. Le père Franc Rodé, secrétaire du conseil pontifical pour le Dialogue avec les non-croyants, estimait en 1993 que l’Église perdait chaque année 600 000 fidèles latino-américains. D’autres sources fournissent des estimations plus graves encore : 8 000 catholiques passeraient chaque jour aux sectes [6]. On considère qu’au Chili, depuis 1960, 20% de la population a rejoint les sectes protestantes et 30% au Guatemala (en vingt-cinq ans, de 1960 à 1985, le nombre de protestants a été multiplié par sept dans ce dernier pays).
n 2. Cette crise est-elle une crise de la foi ?
La foi chrétienne semble en train de disparaître en Europe. Les vérités fondamentales comme la foi en Dieu, la divinité de Jésus-Christ, le ciel, le purgatoire et l’enfer sont de moins en moins crues. Le plus inquiétant est que ces articles de foi sont niés même par des personnes qui se disent catholiques et fréquentent régulièrement l’église.
: A-t-on des chiffres pour illustrer cette crise de la foi ? — Sans être parfaitement fiables, les sondages sont représentatifs des grandes tendances de la société. Selon un sondage récent [7], 58% des Français seulement croient l’existence de Dieu certaine ou probable (contre 61% en 1994) ; 65% (et 80% des 18-24 ans) disent « ne pas croire du tout » en un Dieu en trois personnes, et 67% « ne pas croire du tout » à l’enfer (contre 48% en 1994) ; 12% seulement des catholiques disent croire « tout à fait » à l’enfer (16% y croient « un peu » ; 72% n’y croient pas) ; même chez les catholiques pratiquants réguliers, les chiffres sont catastrophiques : 23% seulement croient fermement à l’enfer, tandis que 54% n’y croient pas ; en revanche, 34% de ces mêmes pratiquants réguliers croient « tout à fait » que Mahomet est un prophète, tandis que seulement 28% n’y croient pas (35% le croient « un peu » ; les autres ne savent pas). Aujourd’hui, seuls 10% des catholiques français estiment que leur religion est la seule vraie. « On mesure l’ampleur du changement si l’on sait que la moitié des catholiques pensaient en 1952 qu’il existe une seule vraie religion » souligne le sociologue Yves Lambert [8]. De même, en Valais, 81,3% des catholiques estiment que toutes les religions mènent au salut éternel [9].
: Quelle leçon peut-on tirer de ces chiffres ? — Ces chiffres manifestent que la crise est d’abord une crise de la foi. Non seulement le nombre de ceux qui estiment appartenir à l’Église diminue, mais même la majorité de ceux qui sont officiellement membres de l’Église ne possède plus la foi catholique ! Celui qui nie une vérité de foi a perdu la foi, car celle-ci est un tout et doit être reçue comme un tout. Si donc 72% refusent de croire à l’enfer, il n’y a même plus un catholique sur trois qui a encore la foi.
n 3. Cette crise est-elle aussi une crise morale ?
La crise des mœurs accompagne la crise de la foi. Tandis que saint Paul rappelle aux chrétiens qu’ils doivent par leur manière de vivre briller au milieu d’une génération corrompue comme les étoiles dans l’univers (Ph 2, 15), on peut dire des chrétiens actuels que leur genre de vie ne diffère en rien de celui des enfants de ce monde, des incroyants. Leur foi faible et vidée de sa substance n’a plus la force d’influencer leur vie, encore moins de la façonner.
: Quel est le lien normal entre la foi et la morale ? — L’homme affaibli par le péché originel a toujours tendance à laisser libre cours à ses passions et à perdre ainsi la maîtrise de soi. La foi chrétienne, au contraire, montre à l’homme ce que Dieu attend de lui et comment il doit conduire sa vie conformément à la volonté de Dieu. L’homme connaît par la foi les promesses qu’il peut espérer s’il observe les commandements de Dieu, mais aussi les peines dont Dieu le punira s’il s’en détourne. La foi et les sacrements donnent aussi à l’homme la force de vaincre ses mauvaises inclinations et de se livrer tout entier au bien et à l’amour de Dieu.
: Quelles sont les conséquences morales d’une crise de la foi ? — Si la foi disparaît, l’homme ne croyant plus être appelé à la perfection morale et à la vie éternelle auprès de Dieu, se livrera toujours davantage au plaisir déréglé de cette vie.
: L’actuelle crise des mœurs atteint-elle aussi les catholiques ? — C’est ce que nous expérimentons aujourd’hui. Fidélité, pureté, justice, esprit de sacrifice, etc. ne sont plus, même chez les chrétiens, des valeurs incontestables. Un mariage sur trois se termine aujourd’hui après cinq à dix années par un divorce, et il est connu que le « remariage » après le divorce est demandé par un nombre toujours plus grand de catholiques. La revue Herderkorrespondenz de mars 1984 faisait connaître que, dans le Tyrol catholique, 84% de la population rejette l’enseignement de l’Église sur la contraception, et que, parmi les 18-30 ans, la pleine adhésion est à peu près nulle (1,8%). En Valais, 81,5% des catholiques estiment que les personnes divorcées et « remariées » doivent pouvoir communier [10]. En France, en 2003, un quart des catholiques pratiquants déclarent que, pour eux, « l’idée de péché ne signifie pas grand chose ».
n 4. Y a-t-il aussi aujourd’hui une crise du clergé ?
Le manque de vocations au sacerdoce et à la vie religieuse ainsi que les nombreuses défections manifestent la crise profonde qui sévit là aussi. Le clergé, dont de nombreux membres ont perdu la foi, n’est plus en mesure de communiquer cette foi et d’enthousiasmer les hommes pour elle.
: Quel est le lien entre la crise de la foi et la crise du clergé ? — La crise du clergé est la cause de la crise de la foi chez les fidèles. Si la foi des catholiques qui assistent régulièrement à la messe dominicale est dans un état si lamentable, la cause ne peut venir que d’une prédication défectueuse. Si les prêtres enseignaient régulièrement la foi catholique, la situation serait tout autre. Les hommes n’ont pas perdu la foi tout seuls ; on la leur a ôtée au catéchisme et du haut de la chaire. Lorsque dans le sermon, pendant des années, les vérités de foi sont mises en question, relativisées ou même ouvertement niées, comment s’étonner que les simples fidèles perdent la foi ? Les plus jeunes ne l’ont pas même connue.
: Pouvez-vous donner un exemple de ce mauvais enseignement dispensé par le clergé ? — Aujourd’hui, il n’est pas rare qu’un enfant faisant sa première communion ignore que Notre-Seigneur Jésus-Christ est vraiment, réellement et substantiellement présent dans l’Eucharistie ; il l’ignore parce que son curé lui-même ne croit plus à ce mystère. Dans Comment nous vivons, livre de l’instruction religieuse en Allemagne, on peut lire : « Quand les chrétiens partagent leur repas avec Jésus, ils vont à l’autel. Le prêtre leur donne un petit morceau de pain. Ils mangent le pain [11]. » Ce livre d’instruction religieuse a reçu l’imprimatur et a été autorisé par les évêques allemands !
: La situation n’est-elle pas meilleure en France ? — Si 34% des catholiques pratiquants réguliers français croient « tout à fait » que Mahomet est un prophète, et 35% le croient « un peu » (soit un total de 69%), on note que le chiffre est beaucoup plus bas chez les catholiques non pratiquants (21% et 22%, soit un total de 43%). Sur ce point, les non-pratiquants sont donc plus catholiques que les pratiquants. Cela vient à l’évidence de l’enseignement dispensé à l’église. De fait, plusieurs évêques français ont donné des églises aux musulmans, et le pape Jean-Paul II a embrassé le Coran le 14 mai 1999 [12].
: La crise du clergé est-elle aussi une crise morale ? — La crise est d’abord une crise de la foi, mais un clergé dont la foi est si faible n’a évidemment plus la force de garder le célibat, car cela n’est possible qu’à celui qui est animé d’une foi vivante et d’un grand amour de Notre-Seigneur. Il ne fait mystère pour personne qu’un grand nombre de prêtres aujourd’hui entretiennent des relations peccamineuses avec une femme, de façon plus ou moins publique ; on apprend régulièrement qu’un prêtre a abandonné son poste, avouant qu’il ne gardait plus le célibat depuis des années. Et, à cet égard, la situation du clergé du Tiers-Monde (dont le nombre est en augmentation) n’est, hélas, pas meilleure.
: Ces défections de prêtres ne sont-elles pas volontairement médiatisées afin d’obtenir la suppression du célibat des prêtres ? — Il est évident que le célibat détourne de nombreux jeunes gens du sacerdoce ; mais au lieu de polémiquer sur ce sujet, il faudrait se demander pourquoi de nombreux hommes offraient autrefois volontiers ce sacrifice, alors que ce n’est plus le cas aujourd’hui.
n 5. En quoi la présente crise diffère-t-elle de celles que l’Église a subies dans le passé ?
La présente crise dans l’Église se distingue des précédentes, principalement en ce que ce sont les plus hautes autorités de l’Église qui l’ont déclenchée, qui l’entretiennent et qui empêchent que des mesures efficaces soient prises pour la résoudre.
: N’y a t-il pas déjà eu de très graves crises dans l’Église ? — Il y a souvent eu des crises dans l’Église. Des prêtres, des évêques et même des papes n’ont pas toujours mené une vie conforme à l’Évangile. L’immoralité et l’indiscipline du clergé ont souvent nui à l’Église. De temps à autre des prêtres et des évêques se sont écartés de la vraie foi. Mais jamais comme à notre époque les erreurs et la négation publique des vérités de foi n’ont été répandues grâce à la tolérance, l’approbation et même l’activité des autorités romaines et de l’épiscopat mondial. C’est ce qui fait le caractère particulier de la crise actuelle, qui est favorisée par les plus hautes autorités de l’Église, pape inclus.
: Ce caractère singulier de la crise actuelle a-t-il été reconnu par les autorités de l’Église ? — Paul VI lui-même a prononcé en 1968 la phrase bien connue, où il dit que l’Église se trouve dans une phase d’« autodestruction » :
L’Église se trouve en une heure d’inquiétude, d’autocritique, on dirait même d’autodestruction. C’est comme un bouleversement intérieur, aigu et complexe, auquel personne ne se serait attendu après le Concile […]. Comme si l’Église se frappait elle-même [13].
— II –
La foi
n 6. Qu’est-ce que la foi?
La foi est une vertu surnaturelle par laquelle, appuyés sur l’autorité de Dieu même et mus par sa grâce, nous tenons pour absolument vrai tout ce qu’il a révélé [14].
: La foi présuppose-t-elle donc une révélation divine ? — Oui, la foi est la réponse de l’homme à la révélation de Dieu.
: Comment Dieu s’est-il révélé aux hommes ? — Dieu a parlé aux hommes par Moïse, les prophètes et surtout par son Fils unique, Notre-Seigneur Jésus-Christ.
: Quelles sont les vérités que l’homme connaît grâce à la Révélation divine ? — Grâce à la Révélation, l’homme connaît les attributs de Dieu et son essence trinitaire ; il connaît aussi sa propre destinée éternelle : la vision de Dieu dans le Ciel. La Révélation lui montre enfin le chemin à prendre pour parvenir à cette fin : l’observation des commandements de Dieu et la réception des sacrements, qui sont les moyens de salut institués par Dieu.
: Pourquoi la foi est-elle dite surnaturelle ? — Les vérités révélées par Dieu, qui sont l’objet de la foi, dépassent la capacité naturelle de notre intelligence. Il n’est donc pas possible d’y adhérer sans un secours surnaturel de Dieu, qu’on appelle la grâce.
: Quel est le motif qui nous fait adhérer aux vérités révélées par Dieu ? — Le motif de la foi est uniquement l’autorité de Dieu qui se révèle. Nous croyons les vérités de foi parce que Dieu les a affirmées et non parce que nous en aurions eu connaissance par nous-mêmes. Nous croyons par exemple à la Sainte Trinité ou à la divinité de Jésus-Christ, non parce que nous aurions découvert ces vérités par notre intelligence, mais parce que Dieu nous les a ainsi révélées.
n 7. Comment la foi nous est-elle communiquée ?
Une source de la foi est la sainte Écriture ou Bible. Elle se divise en deux parties : l’ancien Testament qui contient la Révélation de Dieu au peuple juif avant la venue du Christ, et le nouveau Testament qui transmet explicitement la Révélation chrétienne.
: En quoi l’Écriture sainte se distingue-t-elle d’autres écrits religieux ? — L’Écriture sainte est inspirée par le Saint-Esprit. Cela veut dire qu’elle n’est pas un simple écrit humain, mais que, à travers l’auteur humain, c’est Dieu qui est l’auteur principal, ayant guidé l’homme de façon mystérieuse pour la rédiger. Pour cette raison, l’Écriture sainte est, au sens propre, la Parole de Dieu.
n 8. La sainte Écriture est-elle l’unique source de la Révélation ?
Dire que la sainte Écriture est l’unique source de la Révélation est une erreur protestante. L’enseignement livré oralement par les Apôtres, qu’on appelle la Tradition apostolique, est aussi, à côté de la sainte Écriture, une véritable source de la Révélation [15].
: Peut-on trouver dans la sainte Écriture elle-même la mention d’une autre source de la Révélation ? — Tout ce que Jésus a dit et ordonné ne se trouve pas dans la sainte Écriture. La sainte Écriture elle-même le dit : « Il y a encore beaucoup d’autres choses que Jésus a faites ; si l’on voulait les raconter en détail, je crois que le monde ne pourrait pas contenir tous les volumes qu’il faudrait écrire » (Jn 21, 25). A cette époque, on écrivait beaucoup moins qu’aujourd’hui ; aussi la Tradition orale reçut-elle une plus grande place.
: Quelle autre raison peut-on invoquer pour montrer la nécessité de la Tradition ? — C’est uniquement par la Tradition que nous connaissons certaines vérités révélées par Dieu, et notamment quels livres appartiennent à l’Écriture sainte. Il y a en effet d’autres « Évangiles » et de prétendues lettres des Apôtres qui ne sont pas d’authentiques écrits bibliques. Les protestants, qui ne veulent reconnaître que la Bible comme source de la foi, doivent au moins en cela se rapporter à la Tradition, car c’est d’elle seule qu’ils reçoivent la sainte Écriture [16].
: Quelle est la première des deux sources de la Révélation, l’Écriture sainte ou la Tradition apostolique ? — La Tradition est la première des deux sources de la Révélation par l’antiquité (les Apôtres ont commencé par prêcher), par la plénitude (étant elle-même à l’origine de l’Écriture, la Tradition contient toutes les vérités révélées par Dieu) et par la suffisance (la Tradition n’a pas besoin de l’Écriture pour fonder son autorité divine ; au contraire, c’est elle qui donne la liste des livres inspirés par Dieu et qui permet d’en connaître le sens authentique).
n 9. Qui peut nous dire avec autorité ce qui appartient à la Révélation ?
Seul le magistère de l’Église, qui réside principalement dans le pape, peut nous dire avec certitude dans les questions disputées ce qui est à croire et ce qui est erroné. C’est à Pierre en effet, et, en lui, à ses successeurs, que le Christ a dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle » (Mt 16, 18). Il a donné à Pierre également la mission de confirmer ses frères dans la foi : « J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas, mais toi quand tu seras converti, confirme tes frères » (Lc 22, 32).
Une doctrine dont l’Église a défini qu’elle appartient infailliblement à la Révélation divine, est appelée dogme.
: Que nous dit la sainte Écriture sur la façon dont elle doit elle-même être interprétée ? — Saint Pierre dit dans sa deuxième épître :
Avant tout, sachez-le : aucune prophétie d’Écriture n’est objet d’interprétation personnelle. Car ce n’est pas d’une volonté humaine qu’est jamais venue aucune prophétie, c’est poussés par l’Esprit-Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu. [2 P 1, 20-21].
Ce passage illustre en même temps l’inspiration de la sainte Écriture par le Saint-Esprit et le fait que l’on ne doit pas l’interpréter comme il nous plaît. C’est pourtant exactement ce que font les protestants : chacun interprète la Bible ; et, naturellement, chacun la comprend de façon différente.
: Peut-on prouver d’une autre façon l’institution d’un magistère infaillible dans l’Église ? — La simple réflexion suffit à montrer la nécessité d’un magistère infaillible. Le Christ n’a pas voulu parler seulement à ses contemporains de Palestine, mais à tous les hommes de toutes les époques à venir et de toutes les régions de la terre. Or sa doctrine n’aurait pu être conservée sans altération au cours des siècles, s’il n’avait institué une autorité compétente pour trancher les disputes à venir. Donc cette autorité a été instituée.
: A-t-on d’autres signes de la nécessité de cette institution ? — L’exemple des protestants montre par la pratique ce que nous venons d’expliquer. Chez eux, pas de magistère, mais chacun est en quelque sorte son propre pape. C’est pourquoi les protestants sont divisés en une multitude de groupements, qui croient tous différemment les uns des autres. L’Église catholique, au contraire, a conservé intacte la foi des premiers chrétiens.
n 10. Quelle est la conséquence de la négation d’un dogme ?
Celui qui nie ne serait-ce qu’un seul dogme, a perdu la foi, car il ne reçoit pas la Révélation de Dieu, mais s’établit lui-même juge de ce qui est à croire.
: Ne peut-on nier un dogme et continuer à croire aux autres, et donc conserver, au moins partiellement, la foi ? — Comme nous l’avons vu plus haut, la foi ne repose pas sur notre jugement personnel, mais sur l’autorité de Dieu qui se révèle et qui ne peut ni se tromper ni nous tromper. Aussi faut-il recevoir tout ce que Dieu a révélé et ne pas prendre seulement ce que bon nous semble. Par conséquent celui qui fait un choix parmi le dépôt révélé et ne veut pas tout accepter, impose à Dieu une limite, car il laisse sa raison avoir le dernier mot. Celui qui agit ainsi n’a plus la foi surnaturelle, mais seulement une foi humaine, quelque nombreux que soient les points où elle est encore en accord avec la foi surnaturelle.
: Peut-on citer, sur ce point, des enseignements des papes ? — Le pape Pie IX, lors de la définition du dogme de l’immaculée conception de la Vierge Marie en 1854, disait :
C’est pourquoi, si quelques-uns avaient la présomption, ce qu’à Dieu ne plaise, de penser contrairement à notre définition, qu’ils apprennent et qu’ils sachent que, condamnés par leur propre jugement, ils ont fait naufrage dans la foi et cessé d’être dans l’unité de l’Église [17].
Léon XIII enseigne la même chose :
Celui qui, même sur un seul point, nie une des vérités de foi, perd en réalité la foi tout entière, car il se refuse à respecter Dieu comme vérité suprême et motif formel de la foi [18].
Et le pape cite saint Augustin qui disait à propos des hérétiques :
C’est en bien des choses qu’ils sont d’accord avec moi, et en peu de choses qu’ils ne le sont pas. Mais à cause de ce peu de choses dans lesquelles ils ne sont pas d’accord avec moi, les nombreux points d’accord ne leur servent de rien [19].
: En matière de foi, c’est donc tout ou rien ? — On ne peut pas être catholique à 70 ou 99% ; on accepte toute la Révélation ou on ne l’accepte pas, auquel cas on ne possède qu’une foi humaine que l’on s’est fabriquée soi-même. Le fait de choisir quelques vérités parmi l’ensemble des vérités de foi est ce qu’on appelle l’hérésie (en grec, « choix »).
: Que faut-il penser du slogan couramment répandu selon lequel, dans nos rapports avec les « chrétiens séparés », nous devons regarder ce qui nous unit plutôt que ce qui nous sépare ? — Il est absolument faux et contraire à l’enseignement traditionnel de l’Église de dire, à propos des non-catholiques, qu’il faut regarder ce qui nous est commun plutôt que ce qui nous divise. On donne ainsi l’impression que les différences ne porteraient que sur des détails sans importance, alors qu’il s’agit en réalité de la plénitude de la vérité révélée.
n 11. La foi n’est-elle pas principalement un sentiment ?
C’est une des erreurs du modernisme, condamné par saint Pie X en 1907 dans l’encyclique Pascendi, de dire que la foi est un sentiment issu du subconscient qui exprime le besoin du divin. En vérité l’acte de foi n’est pas un sentiment, mais la réception consciente et volontaire de la Révélation divine, telle qu’elle se présente à l’homme dans la sainte Écriture et la Tradition.
: Qu’est-ce que la Révélation pour les modernistes ? — Pour les modernistes, la Révélation se produit quand le sentiment religieux passe de la sphère du subconscient à celle de la conscience. La foi ne serait alors que quelque chose de sentimental et de subjectif. La Révélation ne serait pas donnée de l’extérieur (d’en haut), mais monterait de l’intérieur de l’homme.
: Quel est donc, pour les modernistes, le rôle du Christ dans la Révélation ? — A l’origine du christianisme, il y a pour les modernistes l’expérience religieuse de Jésus-Christ (qui, bien sûr, n’est pas considéré ici comme vrai Dieu). Celui-ci a partagé ses expériences avec d’autres qui en ont vécu eux-mêmes et les ont communiquées à leur tour. De ce besoin des fidèles de communiquer à d’autres leurs expériences religieuses et de former une communauté, est née l’Église. L’Église n’est donc pas une institution divine ; elle n’est, comme les sacrements, la papauté, les dogmes, que le résultat des besoins religieux des croyants.
: N’est-il pas vrai que l’homme a naturellement un sentiment religieux ? — Le sentiment religieux naturel doit être soigneusement distingué de la foi surnaturelle du catholique. Il y a certes dans le cœur humain un besoin de Dieu, mais si Dieu ne répond pas réellement à ce besoin, il reste un sentiment vide. De plus, comme tout ce qui est naturel en nous, le sentiment religieux est blessé par le péché originel : il peut facilement mener à l’erreur et même au péché (superstition, idolâtrie, etc.).
: La foi n’est-elle cependant pas liée au sentiment religieux ? — Il est exact qu’un sentiment de sécurité et de bien-être est lié à la foi, mais là n’est pas l’essence de la foi. Ce sentiment, comme tous les autres sentiments, est changeant et sera tantôt plus fort tantôt plus faible ; il peut même pendant quelque temps complètement disparaître. De grands saints, comme Vincent de Paul ou Thérèse de l’Enfant-Jésus, ont été parfois privés de cette certitude sensible, sans pour autant devenir hésitants dans leur conviction sur la vérité et la certitude de la foi.
: Où peut-on trouver, sur ce point, l’enseignement certain de l’Église ? — Dans le serment antimoderniste que, jusqu’en 1967, tous les prêtres devaient prononcer avant leur ordination, il est dit :
Je tiens en toute certitude et je professe sincèrement que la foi n’est pas un sentiment religieux aveugle surgissant des profondeurs ténébreuses de la subconscience sous la pression du cœur et l’impulsion de la volonté moralement informée ; mais bien qu’elle est un véritable assentiment de l’intelligence à la vérité reçue du dehors ex auditu [20], assentiment par lequel nous croyons vrai, à cause de l’autorité de Dieu souverainement véridique, tout ce qui a été dit, attesté et révélé par le Dieu personnel, notre créateur et notre maître [21].
n 12. La foi peut-elle changer ?
D’après la doctrine moderniste, la foi peut changer, car les dogmes ne sont que l’expression d’un sentiment de foi intérieur et d’un besoin religieux. Ils doivent donc être adaptés et formulés de manière nouvelle, lorsque changent les sentiments et les besoins religieux.
Si en revanche les dogmes expriment de manière infaillible les vérités de foi, comme l’Église l’enseigne, il est évident qu’ils ne peuvent pas être changés, car ce qui était vrai hier ne peut pas être faux aujourd’hui et inversement. Tout comme la vérité est immuable, ainsi la vraie foi. C’est pourquoi saint Paul écrit : « Si nous-même ou un ange venu du ciel vous annonçait un autre Évangile que celui que nous vous avons enseigné, qu’il soit anathème ! » (Ga 1, 8). « Jesus Christus heri et hodie, ipse et in sæcula – Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui et pour l’éternité » (He 13, 8).
: N’y a-t-il pas un progrès de la foi ? — Un progrès de la doctrine de foi est possible seulement dans le sens que les vérités de foi sont mieux saisies et expliquées. Un tel développement a été prédit par Jésus-Christ à son Église, lorsqu’il dit :
Le Paraclet, l’Esprit-Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit [Jn 14, 26].
: Le Saint-Esprit ne peut-il pas enseigner à l’Église de nouvelles vérités ? — La Révélation est close depuis la mort des Apôtres [22]. Depuis lors, le Saint-Esprit n’enseigne pas de nouvelles vérités, mais il fait entrer l’Église toujours plus profondément dans la vérité apportée par le Christ. Des vérités révélées qui, à une certaine époque, n’ont joué qu’un rôle de second plan dans la vie de l’Église, peuvent donc passer au premier plan à une autre époque. Les controverses qui ont opposé l’Église aux hérétiques l’ont aussi forcée à exposer de manière toujours plus précise et claire les vérités de foi, à rendre explicites des vérités jusqu’alors conservées implicites, mais sans jamais rien ajouter au dépôt révélé aux Apôtres.
: Quelles sont les règles de ce développement de la foi ? — Le développement de la doctrine peut préciser ce qui a été enseigné auparavant, mais jamais le contredire ni le modifier. Il ne peut y avoir d’opposition. Une fois qu’un dogme a été défini, il ne peut pas devenir plus tard faux, sans valeur, ou prendre un nouveau sens.
: Quand elle définit un nouveau dogme, l’Église ne découvre-t-elle pas de nouvelles vérités ? — Quand l’Église définit un nouveau dogme, elle ne découvre pas de nouvelles vérités, mais elle explique et met l’accent d’une manière nouvelle sur ce qui, au fond, a toujours été cru ; c’est toujours « la même croyance, le même sens et la même pensée [23] ». Le concile Vatican I enseigne clairement :
Le Saint-Esprit n’a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu’ils fassent connaître sous sa révélation une nouvelle doctrine, mais pour qu’avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la Révélation transmise par les Apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la foi [24].
n 13. Plusieurs religions peuvent-elles posséder la vraie foi ?
Du fait que les diverses religions se contredisent entre elles sur des points fondamentaux, il ne peut y en avoir plusieurs qui soient vraies. Une seule religion peut être la vraie, et c’est la religion catholique. Dieu s’est révélé en Jésus-Christ, non en Bouddha ou Mahomet, et le Christ n’a fondé qu’une seule Église qui doit communiquer aux hommes jusqu’à la fin du monde son enseignement et sa grâce. La foi au Dieu trinitaire, la foi au Christ et la foi à l’Église forment donc une unité indivisible.
: Les diverses religions se contredisent-elles vraiment ? — Soit Dieu est Trinité, soit il ne l’est pas. S’il est Trinité, toutes les religions non-chrétiennes sont fausses. Mais les confessions chrétiennes elles aussi se contredisent mutuellement : certaines ne croient pas à la vraie divinité du Christ, beaucoup ne croient pas à la présence réelle du corps et du sang du Christ dans le sacrement de l’Eucharistie, etc. Des croyances si opposées sont incompatibles.
n 14. Comment pouvons-nous reconnaître que la foi catholique est la vraie ?
Le Christ a prouvé la vérité de sa mission par les miracles qu’il a opérés. C’est pourquoi il dit : « Ne croyez-vous pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Croyez-le du moins à cause de mes œuvres » (Jn 14, 11). Les Apôtres aussi se sont manifestés par leurs miracles : « Ils s’en allèrent prêcher en tout lieu, le Seigneur agissant avec eux et confirmant la Parole par les miracles qui l’accompagnaient » (Mc 16, 20). Les miracles sont donc la preuve de la mission divine de l’Église.
: Peut-on être certain de l’existence des miracles ? — Il y a toujours eu des miracles dans l’Église, et l’existence de ces miracles n’a jamais été aussi certaine qu’aujourd’hui, où l’on peut, grâce aux connaissances et moyens d’investigation scientifiques, exclure les explications naturelles avec beaucoup plus de facilité qu’auparavant. L’autosuggestion et l’hallucination n’ont pas leur place ici. Une multiplication de nourriture constatée par de nombreuses personnes qui n’ont été aucunement influencées, la résurrection d’un mort ou la guérison soudaine d’un organe presque complètement détruit ne peuvent être expliquées ainsi. L’Église ne reconnaît jamais un miracle lorsque demeure la moindre possibilité d’explication naturelle.
: Tous les miracles sont-ils d’ordre physique ? — A côté des miracles dits « physiques » (des faits qui sont physiquement inexplicables par les seules forces de la nature), il y a aussi ceux qu’on appelle miracles « moraux » (des faits qui sont moralement inexplicables par les seules forces de la nature).
: Donnez des exemples de miracle moral. — La diffusion du christianisme est un miracle moral, car aucune explication naturelle ne peut rendre compte du fait que douze pêcheurs sans instruction et sans influence aient pu convertir en peu de temps une grande partie de l’univers, et cela malgré l’opposition des puissants et des riches. La sainteté multiforme qui fleurit sans interruption dans l’Église depuis deux mille ans est également un miracle moral.
: Les miracles prouvent-ils les vérités de foi ? — Les miracles ne peuvent directement prouver les vérités de foi, ni forcer à croire, car alors la foi ne serait plus la foi, mais une science. Ils montrent cependant que la foi n’est pas une confiance aveugle et sans fondement, qu’elle ne s’oppose pas à la raison, et qu’il est au contraire tout à fait déraisonnable de ne pas croire !
: A part les preuves de la véracité du catholicisme, a-t-on des preuves directes de la fausseté du protestantisme ? — Que les fractions protestantes du christianisme ne puissent pas être dans la vérité ressort du simple fait que ce sont de tardives divisions de l’Église du Christ. Luther n’a pas réformé l’Église, comme il l’a prétendu, mais il a inventé de nouvelles doctrines qui sont opposées à ce que les chrétiens ont toujours cru auparavant. Les chrétiens ont toujours été convaincus, par exemple, que l’eucharistie ne peut être célébrée que par un homme ordonné prêtre et que la sainte messe est un véritable sacrifice : comment peut-il être vrai de prétendre tout à coup, mille cinq cents ans après, quelque chose de différent ? Comment l’Église anglicane peut-elle être la vraie, alors qu’elle ne doit son existence qu’à l’adultère du roi Henri VIII ?
: On peut donc facilement trouver la vraie religion ? — Nous devons constater avec le pape Léon XIII :
Reconnaître quelle est la vraie religion n’est pas difficile à quiconque voudra en juger avec prudence et sincérité. En effet des preuves très nombreuses et éclatantes, la vérité des prophéties, la multitude des miracles, la prodigieuse célérité de la propagation de la foi, même parmi ses ennemis et en dépit des plus grands obstacles, le témoignage des martyrs et d’autres arguments semblables, prouvent clairement que la seule vraie religion est celle que Jésus-Christ a instituée lui-même, et qu’il a donné mission à son Église de garder et de propager [25].
: S’il est si aisé de trouver la vraie religion, comment expliquer que tant d’hommes la méconnaissent ? — Si tant d’hommes méconnaissent la vraie religion, c’est surtout parce que beaucoup pèchent par négligence à ce sujet. Ils ne se soucient pas de connaître la vérité sur Dieu mais se contentent soit des plaisirs de ce monde, soit des habitudes et superstitions du milieu dans lequel ils vivent et qui suffisent à satisfaire leur sentiment religieux ; ils n’ont pas la soif de la vérité. Beaucoup pressentent, de plus, que la vraie religion exigera d’eux des sacrifices, et ils n’en veulent pas. Enfin, l’homme est naturellement un « animal social » : il a besoin d’aide en tous domaines (physique, technique, intellectuel et moral) et dépend beaucoup de la société où il vit. Si celle-ci est islamique ou athée (comme la nôtre), si l’école et les médias le détournent du christianisme (et, en plus, l’abrutissent pour l’empêcher de réfléchir), il lui sera très difficile de nager à contre-courant.
n 15. La foi est-elle nécessaire au salut ?
La sainte Écriture enseigne que la foi est absolument nécessaire pour obtenir le salut éternel. « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné » a dit Notre-Seigneur (Mc 16, 16). Saint Paul enseigne : « Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu » (He 11, 6).
: Quelle est cette foi nécessaire au salut ? — La foi nécessaire au salut n’est pas n’importe quelle foi, mais la vraie foi, celle qui adhère de façon surnaturelle à la vraie doctrine révélée par Dieu.
: Cette nécessité de la vraie doctrine est-elle visible dans la sainte Écriture ? — La nécessité de garder la vraie doctrine est manifeste dans les avertissements répétés des Apôtres à l’égard des mécréants et des hérétiques : « Un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l’oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité et détourneront l’oreille de la vérité pour se tourner vers les fables » (2 Tm 4, 3).
: Ceux qui, sans faute de leur part, n’adhèrent pas aux vérités révélées sont-ils donc nécessairement damnés ? — Dieu donne à tout homme la possibilité de se sauver. Celui qui méconnaît les vérités de foi sans faute de sa part obtiendra de Dieu, à un moment ou à un autre, s’il fait tout son possible pour vivre bien, la possibilité de recevoir la grâce sanctifiante. Mais il est évident que celui qui par sa propre faute ne professe pas la vraie religion, se perdra éternellement.
: La vraie foi est donc d’une souveraine importance ? — Effectivement. Il ne s’agit pas, en cette question, d’une vaine controverse entre théologiens, mais du salut ou du malheur éternel des âmes immortelles.
(à suivre)
*
[1] — DC 1972, n° 1613, p. 658.
[2] — Georg May, Die Krise der nachkonziliaren Kirche und wir, Vienne, Mediatrix-Verlag, 1979, p. 50.
[3] — Cardinal Ratzinger et Vittorio Messori, Entretien sur la foi, Paris, Fayard, 1985, p. 117-118.
[4] — Osterhofener Zeitung, 19 avril 1996.
[5] — Deutsche Tagespost, 13 août 1998.
[6] — Présent, 22 mai 1993.
[7] — Sondage CSA – La Vie – Le Monde, réalisé en mars 2003.
[8] — Rapport de l’INSEE, Données sociales – La société française, (éd. 2002-2003), étude d’Yves Lambert (du CNRS) sur « La religion en France des années soixante à nos jours ». L’auteur note que la grande rupture remonte aux années soixante-cinq, avec un recul tant des attitudes que des pratiques par rapport à la religion. L’appartenance religieuse résiste cependant dans un premier temps et ne connaît un premier décrochage qu’en 1975-1976.
[9] — Sondage réalisé par l’institut Link, en septembre 1990.
[10] — Institut Link, 1990.
[11] — Wie wir Menschen leben, Ein Religionsbuch, Herder, 1972, p. 78. L'imprimatur a été donné le 17 janvier 1972 par le vicaire général du diocèse de Fribourg-en-Brisgau, Dr. Schlund.
[12] — Voir Le Sel de la terre 31, p. 186. (NDLR.)
[13] — Paul VI, discours du 7 décembre 1968, in DC 1969, nº 1531, p. 12.
[14] — Le concile de Trente enseigne que la foi est « une vertu surnaturelle par laquelle, attirés et aidés par la grâce de Dieu, nous croyons vrai ce qu’il nous a révélé, non parce que ces choses, considérées à la lumière naturelle de notre raison, s’imposeraient d’elles-mêmes comme vraies, mais à cause de l’autorité de Dieu même qui nous les révèle et qui ne peut ni se tromper ni nous tromper. » (DS 3008.)
[15] — Le concile de Trente enseigne que la Révélation est contenue « dans les livres écrits [la sainte Écriture] et dans les traditions non écrites que les apôtres ont reçues de la bouche du Christ lui-même, ou qu’ils ont transmises comme de main en main après qu’elles leur aient été dictées par l’Esprit-Saint, et qui sont parvenues jusqu’à nous. » (DS 1501.) Cet enseignement est repris par Vatican I (DS 3006).
[16] — Voir l’article « Les erreurs de Luther et l’esprit du monde actuel » par M. l’abbé Franz Schmidberger, dans Le Sel de la terre 4, p. 15-17. (NDLR.)
[17] — DS 2804.
[18] — Léon XIII, encyclique Satis cognitum, 29 juin 1896.
[19] — Saint Augustin, Commentaire sur le psaume 54, n.19 (PL 36, 641).
[20] — Ex auditu : par l’audition. « Fides ex auditu » Rm 10, 17.
[21] — DS 3542.
[22] — Parmi les propositions modernistes condamnées en 1907 par le pape saint Pie X figure l’erreur suivante : « La Révélation, qui est l’objet de la foi catholique, n’a pas été achevée avec les Apôtres. »
[23] — « In eodem scilicet dogmate, eodem sensu eademque sententia. » Concile Vatican I, DS 3020. Le Concile cite ici saint Vincent de Lérins, Commonitorium primum 23, n.3 ; PL 50, 668A.
[24] — DS 3070.
[25] — Léon XIII, encyclique Immortale Dei.

