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Ce que saint Pie X a voulu pour l’Église


par S.E. Monseigneur Bernard Tissier de Mallerais

 

L’année 2003 a vu le centenaire de l’élection de saint Pie X au souverain pontificat. Mais l’année 2004, qui voit le cinquantenaire de la canonisation du pape antimoderniste (et le centenaire de son encyclique sur la sainte Vierge, Ad diem illum du 2 février 1904), mérite aussi d’être une année saint Pie X. Nous reproduisons ici le panégyrique prononcé le 16 novembre 2003, à l’oratoire Saint-Joseph de Colmar, devant cinq cents fidèles, par Mgr Tissier de Mallerais.

Pour conserver le style propre de l’homélie, nous avons maintenu le style parlé ; le texte a cependant été revu par l’auteur, que nous remercions de sa gracieuse autorisation [1].

Le Sel de la terre.

 

*

  

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

 

Chers fidèles, c’est un grand plaisir pour moi de me trouver parmi vous pour présider, par une messe pontificale – cette sainte messe qui est le cœur de l’Église – cette célébration en l’honneur du saint patron de notre Fraternité : saint Pie X. Pourquoi une célébration en 2003 ? Parce que nous fêtons cette année le centième anniversaire de l’élection de saint Pie X au souverain pontificat. C’est en 1903 que saint Pie X succéda au pape Léon XIII. Et il régna de 1903 à 1914, donc tout juste onze ans. Ce fut un règne très court. Et cependant, on peut dire qu’en onze ans il a fait un travail que nul autre pape, au moins tout récemment, n’avait fait. Il a renouvelé, c’est peut-être trop dire, il a ramené l’Église à ce qui est essentiel : Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Vous vous souvenez qu’il avait pris pour devise pontificale : Omnia instau­rare in Christo. « Tout restaurer dans le Christ », ou, plus exactement, « tout  ra­mener sous un seul chef, sous une seule tête, le Christ ». Et Monseigneur Lefebvre, notre vénéré fondateur, admirait beaucoup cette devise de saint Pie X. Et je crois qu’il faisait lui-même de cette devise, sa vie spirituelle, sa vie inté­rieure, le mot d’ordre de son épiscopat. Que de fois aux séminaristes, comme aux fidèles, il a rappelé cette phrase de saint Paul (Ep 1, 10) que saint Pie X avait choisie comme sa devise : Tout ramener sous ce seul chef : Notre Seigneur Jésus-Christ, l’unique sauveur, l’unique médiateur, entre Dieu et les hommes. Mais en fait de médiateur, saint Pie X n’oubliait pas la médiatrice, la très sainte Vierge Marie, comme je vais vous l’expliquer.

Notre vénéré patron, saint Pie X, a donc voulu restaurer toutes choses dans le Christ, et pour cela il disait : c’est l’Église qui est le grand moyen pour tout rame­ner à Jésus-Christ. Pour ramener les brebis dispersées, même les incroyants, les non-chrétiens, que nous appelons les infidèles, il faut que l’Église soit digne, soit belle.

Et je crois que nous pouvons ramener cette œuvre de saint Pie X à quatre mots :

— que l’Église soit plus belle,

— qu’elle soit plus apte,

— qu’elle soit plus forte,

— et qu’elle soit plus sainte !

 

Et tout d’abord que l’Église soit plus belle.

 

Plus belle

 

Pour cela, saint Pie X a fait écrire par une des congrégations romaines un motu proprio [2] sur la musique sacrée et spécialement sur le chant grégorien, in­sistant afin que le chant grégorien fût le chant paroissial, que tous les fidèles puissent chanter le chant grégorien. A cette époque-là, ce n’était pas très courant, malgré les efforts de Dom Guéranger, malgré la belle réforme liturgique com­mencée par l’abbaye de Solesmes et menée aussi par le père Emmanuel à Mesnil-Saint-Loup. Le père Emmanuel était arrivé à faire de sa paroisse – une petite pa­roisse de campagne comme les autres – une paroisse grégorienne où l’on vivait à l’heure monastique et grégorienne, où les fidèles venaient chanter tous les soirs avec leur curé, à l’église, les complies en grégorien ; tous les fidèles connaissaient bien évidemment le kyriale, c’est-à-dire Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus et Agnus dans tous les modes possibles, mais ils pouvaient aussi chanter le propre de cer­taines messes, le propre des dimanches de l’année. Œuvre magnifique, qui n’était pas répandue vraiment dans l’Église. A l’époque, nous avions certes, dans d’autres pays que le nôtre, en Angleterre par exemple, grâce au renouveau catho­lique dans ces contrées, un renouveau grégorien, avec des chorales grégo­riennes exercées. Mais on ne trouvait pas le chant grégorien pratiqué dans le peuple. En Allemagne, dans certaines paroisses – et c’était même courant –, la messe était chantée en langue vulgaire par le peuple. Le chant grégorien n’était pas pratiqué.

Aussi saint Pie X insista-t-il pour que, dans tous les pays, non seulement en Italie, mais en France et dans le monde entier, les fidèles puissent chanter en chant grégorien. C’est le chant propre de l’Église, et il insistait, sans négliger certes la polyphonie, pour que le grégorien eût la préférence et fût vulgarisé dans le peuple chrétien.

Il y est arrivé. Avant le Concile, toutes les paroisses françaises chantaient la messe en grégorien. C’est seulement vers la fin des années cinquante que l’on a remplacé, avant le Concile, l’introït et le graduel par des cantiques en français, misérables tant par leur texture, leur facture, que par leur thème. Les plus anciens d’entre vous se souviennent de tout cela. La révolution antigrégorienne avait commencé dans les années 55-60.

Grâce à Dieu, nous avons repris les bonnes traditions de saint Pie X avec nos scholas et avec tous nos fidèles capables de chanter le kyriale, le Sanctus, le Credo. Tout cela, nous le devons à saint Pie X. Il a voulu rendre l’Église plus belle, qu’on puisse y prier sur de la beauté.

Évidemment, quand nous comparons – nous ne pouvons pas nous empêcher de comparer ce que nous faisons très modestement dans nos églises, dans nos missions, avec ce qui se passe dans les paroisses officielles –, on peut dire que ces paroisses ne supportent pas la comparaison. Elles ont perdu le grégorien. Leurs messes sont réduites à être dirigées par des animateurs qui doivent, par des mouvements des bras et des mains, essayer d’arracher quelques syllabes chantées à de malheureux fidèles clairsemés. Voilà l’effet d’une fausse réforme. Alors, soyons fiers, bien chers fidèles, d’être revenus à la fidélité à saint Pie X, à la fi­délité grégorienne.

 

Rendre l’Église plus belle.

Saint Pie X a voulu également rendre l’Église plus apte à remplir sa mission.

 

 

Plus apte

 

Plus apte, par la réforme – vous ne devinerez pas, parce que c’est peu connu – la réforme du Droit canon. Saint Pie X a fait une œuvre quasi révolu­tionnaire en codifiant les multiples lois de l’Église qui existaient depuis le début de son histoire. Non seulement les décrétales des papes, ces fameuses collections du Haut Moyen Age qui rassemblaient déjà des lois de l’Église, mais aussi toutes les lois qui, au cours des siècles, s’étaient accumulées et, évidemment, prêtaient souvent à confusion. Comment démêler une telle quantité de lois qui, quelque­fois, n’étaient pas en concordance les unes avec les autres ?

Alors saint Pie X, tel que nous le connaissons, homme d’ordre et de méthode, comme il l’avait montré déjà à Mantoue et ensuite à Venise, à peine élevé au trône pontifical à Rome, a demandé et organisé une réforme du Droit canon.

Vous me direz : c’est qu’il était un homme d’ordre qui voulait que les choses fonctionnassent en ordre et comme il faut. Oui, mais ce n’est pas seulement à cause de cela. Saint Pie X a réformé le Droit canon d’abord et avant tout parce qu’il était un saint. Il savait que l’ordre est le fruit de la vertu de justice, et avant tout le fruit de la vertu de charité qui ordonne toutes choses à Dieu ; et que si l’Église est en ordre, c’est pour servir Dieu, et pour mener les âmes à Dieu. L’ordre n’est pas d’abord une chose statique, une discipline comme il en existe quelquefois, une discipline pour la discipline, l’ordre pour l’ordre. L’ordre est d’abord finalisé. Il n’y a pas d’ordre s’il n’y a pas un but, une fin. Tout ordre est fondé sur un but et une fin. Et dans l’Église le bon ordre est fondé sur cette fin, qui est le salut des âmes, Dieu lui-même. C’est pourquoi saint Pie X, parce qu’il était un saint, a compris qu’il fallait mettre de l’ordre, que l’Église vécût d’une bonne formulation de ses lois.

Or vous savez ce qui s’est passé après le Concile : on a fait juste le contraire. On a réformé le Droit canon – certes c’est bien nécessaire quand les mœurs changent –, mais on l’a fait dans un esprit opposé : libéral, œcuménique. Et on peut dire que le nouveau Droit canon n’est pas une œuvre d’ordre, mais de dés­ordre, pas une œuvre de vie, mais une œuvre de mort ! Une œuvre de mort !

Remercions saint Pie X d’avoir fait œuvre de vie en réformant le Droit canon, en réunissant toutes ces lois en un seul code, par une vue complète qui permet aux âmes de vivre, qui place les âmes dans la vérité et qui les met sur les rails de l’éternité. Et ça, on ne le sait pas. Cette réforme du Droit canon qui fut promul­guée par son successeur Benoît XV en 1917, c’est l’œuvre de saint Pie X.

 

Que l’Église soit plus belle, que l’Église soit plus apte à remplir sa mission, qui est de sauver les âmes. Que l’Église, aussi, soit plus forte.

 

 

Plus forte

 

Ut fortes efficiamur in fide – Faites que nous soyons forts dans la foi.

C’est la postcommunion de la messe de saint Pie X, cette belle prière que nous allons chanter tout à l’heure. Et l’oraison de cette même messe nous dit :

Deus, qui ad tuendam catholicam fidem, et universa in Christo instauranda sanctum Pium pontificem [... ]

Dieu qui avez suscité saint Pie X, notre pontife, d’abord ad tuendam catholi­cam fidem, pour protéger la foi catholique, afin que l’Église soit forte par sa foi. Ce qui fait la force de l’Église, c’est une foi intègre. C’est le premier bien de l’Église. Le trésor de l’Église, avant tout, c’est sa foi, c’est que les chrétiens aient une foi intègre, et saint Pie X l’a bien compris. C’est pourquoi il a pris des me­sures très concrètes pour maintenir l’Église dans son unité intérieure fondée sur la foi catholique. Vous savez qu’il a écrit cette fameuse encyclique Pascendi dé­crivant et disséquant l’hérésie moderniste, et il a écrit ensuite un décret Lamentabili condamnant une série d’erreurs, et un motu proprio [3] envoyé aux évêques pour punir, oui, punir, sanctionner les modernistes, pour les retirer des chaires d’enseignement, des charges de curé et les mettre de côté. Et il fut obéi ; ces lois furent observées. De nombreux théologiens modernistes furent mis à l’écart sous saint Pie X.

On le lui a reproché, et combien, en disant : « Ce pape a été méchant ! » Non, chers fidèles, il n’a pas été méchant, il a été juste ! Il a fait œuvre de justice et de vérité, et avec quel tact et quelle bonté ! Chaque fois qu’il  devait excommunier un théologien moderniste – car il en a excommunié – il lui envoyait un prêtre de la part du pontife romain, personnellement, pour lui dire l’affection du père en­vers son fils et combien il attendait le retour, la conversion du prêtre dévoyé par le modernisme. Voilà une attitude noble : sévère, ferme envers l’hérésie, mais bon et doux envers les hérétiques. C’était la conduite de saint Pie X. Et cette fa­meuse encyclique sur le modernisme, Pascendi, je souhaite, bien sûr, chers fi­dèles, que vous la lisiez tous. Elle est un peu difficile, mais avec un petit peu d’effort on peut la comprendre, et je vais vous la résumer brièvement.

 

La foi vue par les modernistes

 

Que nous dit le modernisme ?

La foi n’est plus la foi catholique ; la foi c’est le fruit du « besoin du divin », un sentiment du cœur qui nous fait dire que nous avons besoin de quelque chose de divin. C’est ce qui fait la foi pour les modernistes : le besoin du divin pour ré­pondre aux aspirations religieuses du cœur humain.

Bien sûr, chers fidèles, la foi répond à nos aspirations religieuses, mais ce n’est pas sa définition. Qu’est-ce que la foi ? C’est l’adhésion de l’intelligence à la vérité divine, selon la définition de saint Thomas d’Aquin, docteur de l’Église. Magnifique définition qui détruit toutes les erreurs modernistes : la foi est un acte d’intelligence, et non pas un sentiment.

Vous le voyez maintenant partout dans l’Église, on ne nous parle que de foi sentimentale, d’un attachement sentimental. « Vous êtes attachés sentimentale­ment à la messe de St Pie V ». Question de sentiment. Non ! Nous y sommes atta­chés pour des raisons de foi, la foi étant l’adhésion de l’intelligence à la vérité di­vine. Alors si l’on s’écarte de cette définition, la foi devient simplement le fruit du besoin du divin ou l’épanouissement de nos aspirations religieuses.

 

La Révélation vue par les modernistes

 

Ensuite la Révélation divine, que devient-elle ? Selon la foi catholique, la Révélation divine est la parole de Dieu ; elle nous révèle son  mystère par les prophètes, par Notre-Seigneur Jésus-Christ, et par les Apôtres, jusqu’à la mort du dernier d’entre eux, saint Jean. Après, elle est close. On a le dépôt de la Révélation divine.

Qu’est-ce qu’elle devient chez les modernistes ? Elle devient la conscience, le fruit de la conscience, être conscient que Jésus-Christ est Sauveur. C’est ça, la Révélation. C’est une prise de conscience. Je prends conscience de ce que Jésus-Christ est mon sauveur. Mais quant à savoir s’il y a une révélation avec des dogmes, on n’en parle plus. Donc la mission de l’Église serait de faire prendre conscience à tous les hommes de ce qu’ils sont « un en Christ ». Vous n’y com­prenez rien ? Moi non plus, rassurez-vous !

 

Le Christ vu par les modernistes

 

Ensuite, application à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Qui est Notre-Seigneur Jésus-Christ ? Pour nous catholiques, c’est le Fils de Dieu fait homme. Pour eux, non, nous ne savons pas. Est-ce que Jésus-Christ était vraiment le Fils de Dieu ? Ce n’est pas évident. Est-ce que Jésus-Christ a vraiment fait des miracles, ressus­cité des morts ? Non, ce serait contraire à la raison humaine. Est-ce que Jésus-Christ a même existé historiquement ? Ce n’est pas sûr. Non, nous le savons seu­lement par la foi. Le « Christ de la foi », c’est le Christ qui était Dieu, qui a fait des miracles. Mais le « Christ de l’histoire » n’est rien de cela. Le Christ scientifique ne faisait pas de miracles, n’était pas le Fils de Dieu ; et a-t-il même seulement existé en réalité ?

Voilà, c’est le modernisme. On sépare un prétendu « Christ de la foi » du pré­tendu « Christ de l’histoire ».

Or ni l’un ni l’autre ne sont Notre-Seigneur Jésus-Christ. Donc on divise Notre-Seigneur Jésus-Christ, on dissout Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Vous comprenez bien que saint Pie X ait réagi énergiquement contre ces er­reurs très graves qui sont actuellement répandues dans l’Église. Beaucoup de prêtres ne croient plus que Jésus est vraiment le Fils de Dieu. Ils sont devenus pratiquement musulmans. Ils ne croient plus à la divinité de Jésus-Christ. Et c’est pourquoi ils ont mauvaise conscience face à une science orgueilleuse, à une fausse science ; ils finissent par avoir mauvaise conscience et ils ont peur de confesser la foi catholique ; donc ils vont l’agrémenter ou l’adapter au climat de cette fausse science humaine. En renonçant à se fonder sur Dieu, ils se fondent sur le sable de l’humain.

Ce n’est plus Dieu, ce ne sont plus sa Loi, ses commandements, ce sont les Droits de l’homme ; on remplace Dieu par l’homme. Et ainsi, la maison n’est plus construite sur le roc qui est Dieu, qui est le Christ : la maison est construite sur le sable de l’humain. Et donc cette maison s’écroule.

 

Les dogmes vus par les modernistes

 

Que deviennent les dogmes dans cette théorie moderniste, dénoncée par saint Pie X dans Pascendi ?

 Les dogmes doivent changer, puisque toutes les religions sont l’efflorescence du sentiment religieux, puisque les vérités de foi sont seulement des vérités is­sues de la conscience. Comme la conscience change, les dogmes doivent évo­luer. C’est la fameuse idée de l’évolution des dogmes que plusieurs cardinaux, à Rome, acceptent. Selon eux, la doctrine de l’Église évolue selon un mouvement dialectique : thèse, antithèse, synthèse. C’est la pensée du cardinal Ratzinger. C’est celle du cardinal Kasper. Ça n’a rien à voir avec la foi catholique.

 

La Tradition vue par les modernistes

 

Que devient la Tradition, chez les modernistes, selon saint Pie X ?

Pour eux, la Tradition n’est rien que la transmission de l’expérience religieuse. Vous avez votre expérience religieuse que vous allez transmettre. Les boud­dhistes ont leur tradition religieuse, qui est digne de respect, paraît-il. Les musul­mans ont aussi leur tradition religieuse qu’ils transmettent, leur propre tradition, ils sont dignes de respect.

Et voilà comment on relativise toutes les religions. Toutes les religions sont une expérience religieuse. Voyez à quel niveau est rabaissée l’Église catholique, au même niveau que toutes les fausses religions. Si ce fondement sert de base à l’Église de Notre-Seigneur Jésus-Christ, on va la mettre au même niveau que les faux dieux et les fausses religions.

Malheureusement le Saint-Père Jean-Paul II a dit : Ma foi, la foi que j’avais, était tout entière le fruit de ma propre recherche [4]. Voilà une expression de style moderniste.

Car notre foi n’est pas le fruit de notre recherche ; notre foi, nous l’avons re­çue de nos parents au berceau. C’est notre maman qui nous a fait prier. Nous avons reçu notre foi de nos parents. La foi n’est pas le fruit de la recherche. Nous l’avons reçue au catéchisme, de l’Église. Nous ne l’avons pas cherchée, elle nous a été donnée. Donc notre foi n’est pas le fruit de notre propre recherche. Dire cela, c’est déjà avoir une foi moderniste. La foi, ce n’est pas le fruit d’une re­cherche, d’une expérience personnelle, ça n’a rien à voir avec une expérience personnelle. La foi c’est l’adhésion de notre intelligence à la vérité divine. C’est oui ou non. Vous voyez donc, dans la bouche de Jean-Paul II, une déclaration qui n’est pas claire, au sujet de la foi catholique.

 

Jean-Paul II et les fausses religions

 

Ensuite, Jean-Paul II a écrit plusieurs documents dont un, le 10 novembre 1994, à l’approche de la fin du siècle dernier, Tertio millennio adveniente pour préparer le troisième millénaire. C’est une lettre apostolique dans laquelle il a écrit ceci, je vous cite, pour vous faire comprendre la gravité de la situation, car rien n’est changé encore maintenant, dix ans après :

 

Le Christ est la réalisation de l’aspiration de toutes les religions du monde. Et par cela même, il en est l’aboutissement unique et définitif [n°6].

 

Donc deux affirmations :

— D’abord : « Le Christ est la réalisation de l’aspiration de toutes les religions du monde ». Ce qui est, objectivement, complètement erroné, puisque nous sa­vons bien que toutes ces religions du monde, qui sont fausses, n’ont pas pour but Notre-Seigneur Jésus-Christ, et même qu’elles le nient et le refusent. Comment peut-on dire que Notre-Seigneur Jésus-Christ est la réalisation de l’aspi­ration de toutes les religions du monde ? Toutes ces religions refusent Notre-Seigneur Jésus-Christ. Elles ne peuvent pas aspirer à Jésus-Christ si elles le refu­sent. Comment peut-on aspirer à quelque chose si on ne le veut pas ?

J’étais un jour dans le train – ça m’arrive souvent – avec des musulmans. Quand ils voient ma soutane, ils ne sont pas contents. J’essaie de leur expliquer : « Si le bon Dieu veut nous sauver, il faut qu’il fasse tout ce qu’il peut pour cela ; il faut, au besoin, qu’il vienne sur la terre. » Qu’est-ce que je n’avais pas dit ? J’avais prétendu que Dieu pouvait se faire homme, c’était un blasphème !

Et l’on vient nous dire que, pour ce musulman, Jésus-Christ est la réalisation de son aspiration ? Mais bien au contraire !

 

— Et ensuite, malheureusement, Jean-Paul II dit que « le Christ est l’aboutis­sement unique et définitif de l’aspiration de toutes les religions du monde ».

Peut-on dire de l’islam, du bouddhisme, que leurs aspirations aboutissent à Jésus-Christ ? Mais non ! Leurs aspirations sont un mur qui coupe l’accès à Notre-Seigneur Jésus-Christ ! Ils refusent sa divinité, ils refusent la Sainte Trinité. Les bouddhistes, même, ne croient pas en Dieu. Comment peut-on dire que le Christ est l’aboutissement de l’aspiration de leur religion ? Ça n’a pas de sens. C’est même bien plus grave. Ça pourrait être condamné. C’est une proposition condamnable. Or on la trouve dans un document pontifical, un siècle après saint Pie X ! La situation est très grave, bien chers fidèles.

Ce n’est pas seulement une question de messe en latin. Ce n’est pas seule­ment la question d’accorder aux prêtres la « faculté » de dire la messe de saint Pie V. Il y a des hérésies professées publiquement à Rome, et qui se répandent dans le monde entier ! Si le pontife romain affirme des choses pareilles – que les aspirations de toutes les religions aboutissent au Christ –, tous les évêques, tous les prêtres vont le répéter, et tous les fidèles vont l’accepter et perdre la foi !

Comment leur rappeler qu’il n’y a qu’une seule vraie religion qui va à Dieu, et dont le Christ est la voie, le chef, auquel il faut être incorporé comme un membre pour être sauvé ? Nous sommes écartelés, nous sommes séparés par un abîme.

 

Alors, vous voyez combien nous avons besoin du remède apporté par saint Pie X, qui a voulu que l’Église fût forte dans la foi. Eh bien, reprenons notre ca­téchisme comme saint Pie X l’a voulu ! Il a voulu que le catéchisme fût enseigné dans l’église le dimanche. Nous ne pouvons pas faire ça partout, malheureuse­ment, mais, au moins, que le vrai catéchisme soit enseigné à nos enfants dans nos écoles, c’est ce que nous voulons. Et saint Pie X a voulu également organiser les études des séminaristes, des futurs prêtres, selon saint Thomas d’Aquin, doc­teur de l’Église, dominicain du Moyen Age, lumière de l’Église. C’est le plus sûr moyen d’exposer la foi de façon catholique.

 

Voilà la force de saint Pie X : la condamnation du  modernisme, l’enseigne­ment du catéchisme et les études des prêtres selon saint Thomas d’Aquin, afin que l’Église soit plus forte.

Dernier point : saint Pie X a voulu que l’Église soit plus sainte.

 

 

Plus sainte

 

C’est si important !

Plus sainte, de trois manières :

 

La sainteté du sacerdoce

 

D’abord que le sacerdoce soit plus saint. Pour cela saint Pie X a écrit une ma­gnifique exhortation au clergé catholique [5] que je vous invite à lire aussi, chers fidèles. Le recueil de toutes les œuvres de saint Pie X a été réédité par les Publications du Courrier de Rome. Parmi les plus importantes, vous avez cette belle exhortation au clergé, insistant pour que les prêtres aient une vie inté­rieure ; c’est très beau.

 

La sainte eucharistie

 

Également, il a pris des décrets sur la sainte eucharistie. Il n’en a pas pris sur la messe, il n’y avait rien à changer à la messe. Vous ne trouverez pas, dans l’œuvre de saint Pie X, quelque chose sur la messe. Mais il a pris des mesures sur la réception de l’eucharistie, sur la sainte communion. Parce que le jansénisme persévérait ; les gens n’osaient pas communier fréquemment, et les petits enfants n’étaient pas admis à la communion avant l’âge de dix ans. Saint Pie X lui-même regrettait amèrement de n’avoir pas pu communier avant cet âge.

Alors, aussitôt devenu pape, un de ses premiers décrets est celui qui invite tous les fidèles à la communion fréquente et quotidienne s’ils le désirent, pourvu qu’ils soient en état de grâce, décret libérateur [6]. Ensuite il admit les petits en­fants, à partir de l’âge de raison, à la sainte communion [7]. On ne peut pas se fi­gurer la situation à cette époque.

 Maintenant on arrive à l’extrême opposé : tout le monde, dans l’Église mo­derniste, va en rang serré recevoir le pain de vie dans la main, sans respect – qu’est-ce que c’est ? –, sans se confesser jamais.

Alors tenons le juste milieu, chers fidèles, allons recevoir la sainte communion fréquemment, même tous les jours, mais allons aussi fréquemment au sacrement de pénitence.

 

La dévotion mariale

 

Enfin, troisième moyen pour rendre l’Église plus sainte, le plus beau : la dévo­tion mariale.

Le 2 février 1904, pour le cinquantième anniversaire de la proclamation du dogme de l’immaculée conception par le pape Pie IX : 1854-1904, saint Pie X écrivit une encyclique sur la sainte Vierge, Ad diem illum, on peut dire la der­nière grande encyclique sur la sainte Vierge. Pie XII a défini le dogme de l’As­somption, mais la dernière grande encyclique, le dernier grand document sur le culte de la sainte Vierge, c’est saint Pie X qui l’a publié. Il n’y en a pas eu d’autre après. Et s’il y en a eu d’autres, ils ne tiennent pas devant cette encyclique de saint Pie X qui a vraiment, sans que ce fût une définition solennelle, insisté sur la maternité spirituelle et la corédemption. Le fondement de la maternité spirituelle de la sainte Vierge sur nos âmes est sa maternité divine, puisqu’elle est la mère de Notre-Seigneur Jésus-Christ, la mère de Dieu et la mère des hommes, attentive à nos besoins, prête à nous secourir par sa prière, par son intercession.

Le fondement de sa corédemption est le suivant : Notre-Dame au pied de la croix, méritant avec son divin Fils. Tout ce que Jésus-Christ a mérité sur la croix, la sainte Vierge l’a mérité à sa manière. Jésus-Christ méritait en pleine justice parce qu’homme, il est Dieu ; la sainte Vierge méritait en convenance parce qu’elle n’est qu’un être humain.

C’est un fait : tout ce que Jésus-Christ nous a gagné de mérites sur la croix, la sainte Vierge l’a gagné avec lui au pied de la croix. Et ça, c’est saint Pie X qui l’a affirmé. Des saints l’avaient déjà dit, de nombreux saints de la tradition de l’Église, en particulier saint Louis-Marie Grignion de Montfort, mais saint Pie X, comme pape, l’a affirmé. C’est magnifique !

Et de ce double fondement, Marie mère de Dieu et mère des hommes, Marie corédemptrice (saint Pie X ne dit pas corédemptrice, il dit réparatrice, associée au Rédempteur), de ce double fondement découle la médiation universelle de la sainte Vierge qui est médiatrice et avocate et qui est dispensatrice, qui distribue les grâces de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Cette belle doctrine est développée dans l’encyclique Ad diem illum de 1904 dont nous fêtons le centenaire le 2 fé­vrier 2004.

Cette encyclique est toute centrée sur la sainte Vierge. Elle prend le contre-pied du défaut des « dévots scrupuleux [8] » qui n’osent pas trop avoir une dévo­tion plus grande à la sainte Vierge, de peur de nuire à la dévotion envers Jésus-Christ. Comme si, en honorant la Mère, vous déshonoriez le Fils ! C’est le contraire, chers fidèles. Honorez beaucoup la sainte Vierge, c’est la meilleure manière d’honorer son Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ.

On n’aura jamais trop d’audace en se donnant tout entier à la sainte Vierge pour appartenir davantage à Notre-Seigneur Jésus-Christ. N’ayez pas peur ! La sainte Vierge n’est pas un écran, elle est un écho. Vous criez : Marie, comme dit saint Louis-Marie de Montfort, elle répond : Dieu. Vous criez : Marie et l’écho vous revient : Jésus, et jamais Marie. Si vous passez par elle, dit saint Pie X, c’est « la voie la plus sûre et la plus facile » pour accéder à Notre-Seigneur.

Voyez, en contraste avec une telle doctrine, et c’est bien regrettable, la doc­trine de la dernière lettre mariale du pape Jean-Paul II [9], qui, tout en citant saint Louis-Marie de Montfort, manifeste finalement une certaine crainte que les catho­liques, en honorant exclusivement la très sainte Vierge, nuisent à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Alors le pape a voulu rendre le rosaire plus « christologique ». Il le dit en ces termes : « Afin de donner une consistance nettement plus christolo­gique au rosaire [...] » il convient d’y ajouter cinq mystères « de lumière » tirés de la vie publique de Notre-Seigneur (nº 19). Qu’est-ce que cela veut dire ? Centrer le rosaire, dit le texte, plutôt sur Jésus-Christ que sur la sainte Vierge, comme si la sainte Vierge était un obstacle à Jésus-Christ. C’est vraiment une mauvaise parole à l’adresse de la très sainte Vierge [10].

Aussi, nous n’admettons pas ce terme : « rendre le rosaire plus christologique ». Nous n’avons pas accepté cette nouvelle manière de dire le chapelet. Nous avons les mystères traditionnels. Ce sont les mystères de la très sainte Vierge, et c’est tout. Et nous sommes bien convaincus que la très sainte Vierge, par elle-même, sans artifice « christologique », nous mène toute seule à Jésus-Christ.

 

Voilà, bien chers fidèles ; et cela c’est l’œuvre de saint Pie X. Nous lui devons cette belle encyclique, cette belle doctrine mariale. Une belle doctrine de la très sainte Vierge, mère de Dieu, mère des hommes, corédemptrice, médiatrice.

 

Nous devons remercier Dieu de nous avoir donné un tel pape, et de nous avoir donné un tel patron pour la Fraternité. Demandons aujourd’hui la grâce d’être fidèles à ces principes. Un des effets de la reconnaissance est bien la fidé­lité aux principes qu’on a reçus : nous ne devons pas perdre le souci de la beauté de l’Église, du bon ordre dans l’Église, orientée vers Dieu, de la force de la foi, une foi bien intègre, et de la sainteté de l’Église, spécialement la sainteté de nos âmes par la médiation de la très sainte Vierge Marie. Ainsi soit-il.

 

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

 



[1] — Les titres sont de notre rédaction.

[2]Tra le sollecitudini, 22 novembre 1903.

[3] — Motu proprio Sacrorum antistitum, 1er septembre 1910.

[4] — « Je ne pense pas que ma foi puisse être dite “traditionnelle” […] je dois constater en toute conscience que cet ensemble de convictions et d’attitudes qui me donnent le droit et le devoir de me considérer comme chrétien est en même temps et d’un bout à l’autre le fruit de ma propre pensée et de mon choix personnel. » Jean-Paul II, propos transcrit par André Frossard, N’ayez pas peur, Dialogue avec Jean-Paul II, Paris, Robert Laffont, 1982, p. 68. Ce texte est cité plus largement dans Le Sel de la terre 47, p. 8. (NDLR.)

[5]Hærent animo, 4 août 1908, à l’occasion de ses cinquante ans de sacerdoce.

[6]Sacra tridentina synodus, 20 décembre 1905, sur la communion quotidienne.

[7] — Décret Quam singulari, 8 août 1910, sur la première communion des enfants.

[8] — C’est l’expression de saint Louis-Marie de Montfort : « Les dévots scrupuleux sont des gens qui craignent de déshonorer le Fils en honorant la Mère, d’abaisser l’un en élevant l’autre. » Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge § 94. (NDLR.)

[9] — Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariæ du 16 octobre 2002 sur le rosaire.

[10] — Sur cette lettre apostolique et le nouveau rosaire de Jean-Paul II, voir le dossier publié dans Le Sel de la terre 45, p. 123-166. (NDLR.)

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 48

p. 20-31

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