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Courrier des lecteurs

 

Lettres de l’abbé Berto (suites)

 

L’ABBÉ VICTOR-ALAIN BERTO (qui ne fut pas seulement théologien de Mgr Lefebvre au Concile, mais aussi, entre autres, grand bienfaiteur de la jeunesse abandonnée, fondateur des dominicaines de Pontcalec, ter­tiaire dominicain, codirecteur de La Pensée catholique et collaborateur remarqué de la revue Itinéraires) suscite décidément beaucoup d’intérêt, et l’on ne peut que s’en réjouir.

Suite à la controverse déclenchée par les textes inédits publiés dans notre nu­méro 43 (voir Le Sel de la terre 45, p. 9-46), plusieurs lecteurs nous ont communi­qué, à son sujet, des documents fort intéressants.

M. l’abbé Pivert [1] (de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X) nous adresse un exemplaire du Vade-mecum du catholique fidèle que l’abbé Coache fit signer par cent cinquante prêtres en 1968. Mgr Lefebvre y donna publiquement son soutien (son message est publié page 23). Or l’abbé Berto y souscrivit aussi, mais après coup (son adhésion est mentionnée sur un additif inséré entre les pages 20 et 21 du livret, car elle parvint au secrétariat après envoi à l’impression) : preuve évi­dente de son union avec Mgr Lefebvre, dans le combat de la foi, jusqu’à ses der­niers jours. (L’abbé Berto est décédé cette même année 1968, le 17 décembre. La messe de funérailles fut célébrée par Mgr Lefebvre, à Pontcalec.)

 

Les passages censurés

 

Un autre lecteur nous fournit de nouveaux documents inédits : le texte intégral de quelques-unes des lettres de l’abbé Berto partiellement publiées par les domini­caines de Pontcalec dans le volume Notre-Dame de Joie [2].

La comparaison est instructive à plus d’un titre [3]. On ne reprochera évidem­ment pas aux sœurs dominicaines d’avoir omis (en le signalant) certains passages concernant la vie privée de tel ou telle. D’autres coupures sont plus surprenantes, surtout lorsque rien ne les signale au lecteur. A la page 324 de l’ouvrage, par exemple, une lettre donne une série de conseils aux sœurs enseignantes. L’un d’eux concerne la façon d’enseigner le catéchisme. Mais, sans que rien n’indique l’omission, au milieu du texte, la phrase suivante a été supprimée :

 

Vous ne pouvez absolument pas vous fier aux prétendus « nouveaux catéchismes », qui proposent sournoisement à vos enfants une religion radicalement différente de la reli­gion catholique romaine. Je sais ce que je dis.

 

Pourquoi avoir supprimé ce passage ? Fut-ce pour obtenir l’imprimatur de l’évêque de Vannes ? En tout cas, cette appréciation de l’abbé Berto sur la nouvelle religion « radicalement différente de la religion catholique romaine », quoique « sournoisement proposée », est bonne à connaître.

A la page 250 du même ouvrage, les sœurs de Pontcalec ont reproduit une ex­cellente explication sur la laïcité et le laïcisme, qui s’achève par le constat suivant, toujours terriblement vrai :

 

De tous les pays du « monde libre », la France est probablement le plus infecté de laï­cisme. Vous vous plaignez de beaucoup de choses qui ne vont pas. Dites-vous bien que les choses ne vont pas, et vont de mal en pis, pour une seule raison profonde, pas trois, ni deux, mais une seule, qui est qu’en France, l’État n’est pas chrétien et refuse de l’être. Alors Dieu punit ce refus criminel de la royauté de son Fils Notre-Seigneur.

 

Mais ensuite, les sœurs ont supprimé l’exemple concret dont l’abbé Berto illus­trait son propos. Il reste pourtant très actuel (et plus que jamais en 2004, à l’heure où la franc-maçonnerie s’emploie à faire sauter le lundi de Pentecôte ; on verra d’ailleurs que le mal vient de loin). Il s’agit du ministre de l’éducation nationale André Boulloche [4] qui avait, en 1959, modifié le calendrier scolaire, remplaçant les vacances de Pâques par les vacances de printemps :

 

Voyez ce qui s’est passé, il y a deux ans. Un inconnu, et d’ailleurs un incapable, un nommé Boulloche, qui aurait dû s’appeler Fantoche, car il n’était que cela, un fantoche passé ministre pour être l’instrument de la franc-maçonnerie, Boulloche donc, puisque Boulloche il y a, a pu supprimer toute l’influence de la fête de Pâques sur l’année civile. C’était un outrage sans nom à Notre-Seigneur ressuscité, c’était une insulte à l’Église, c’était la destruction d’un grand morceau du règne social de Notre-Seigneur. Il y a seule­ment quarante ans [5], il y aurait eu une telle colère des catholiques que jamais une loi si impie n’aurait pu être promulguée. En 1959, cela a passé comme une lettre à la poste ; pas un murmure ! Et beaucoup de chrétiens ont même trouvé cela tout naturel, puisque l’État est laïque !

Alors qu’il ne s’agissait pas de laïcité, mais du plus monstrueux laïcisme.

Le laïcisme franc-maçon de Boulloche a été supporté par les catholiques, eux-mêmes pourris de laïcisme.

 

Supprimé aussi (p. 310), ce beau développement, à propos de la loi Debré, dans une lettre du 16 janvier 1968 :

 

– La loi Debré ? Keksékça, la loi Debré ? Nous ne voyons vraiment pas…

– Justement, vous allez voir. La loi Debré, c’est la trop fameuse loi sur les contrats scolaires qui est en train de dénaturer l’école chrétienne, en attendant de l’étrangler sournoisement.

L’école Notre-Dame-de-Joie n’a aucun contrat avec l’État. Je n’en ai pas voulu, je continue à n’en pas vouloir ; je ne remettrai pas une parcelle de mon indépendance aux mains de l’État. Un de mes confrères me disait récemment qu’il me trouvait « un peu anarchiste sur les bords ». Je ne serais pas anarchiste, même sur les bords, à l’égard d’un État honnête, juste, « bon paroissien » comme disait Péguy, et qui ne marcherait pas tout le temps sur les pieds des gens. Mais en face d’un État rapace, suceur, dévorateur, oppres­seur, tyrannique, et athée par dessus le marché, oui, je suis « un peu anarchiste sur les bords » et même un peu plus que sur les bords. Je n’ai jamais crié : Vive la Liberté, parce que cette Liberté dans les nuages, avec sa majuscule, n’est qu’un attrape-nigaud. Mais je dis hautement : Vive ma liberté, de citoyen, de chrétien, de prêtre ; et : Vivent les libertés de l’Église et des honnêtes gens. D’ailleurs « anarchiste » ne me convient pas ; le nom qui me va, c’est chouan. Je suis chouan comme les libres paysans, mes ancêtres. Chouan je suis et, avec l’aide de Dieu, chouan je mourrai. J’en paraîtrai plus tranquille devant le Souverain Juge et je vous recommande la recette. Je n’aurai pas vécu couché devant l’État comme un chien devant son maître pour recevoir sa pâtée ; c’est toujours cela de moins que Dieu aura à me reprocher […].

 

La personne qui nous envoie ces documents commente :

 

Oh ! Les sœurs de Pontcalec ont bien raison de refuser l’accès de leurs trésors à Mgr Tissier de Mallerais. Que de textes désagréables pour les oreilles de Mgr l’évêque de Vannes !

L’école Saint-Pie X de Saint-Cloud envoie une Lettre aux anciennes environ une ou deux fois l’an. Cette lettre donne les nouvelles de l’école et, de plus en plus, un cours de recyclage « vaticandeux », avec des cris de joie sur le merveilleux nouveau catéchisme, la merveilleuse encyclique sur le rosaire, etc. […]

 

Pour notre part, le dernier texte cité (« chouan je suis, chouan je reste »), nous rappelle un épisode trop peu connu de la vie de l’abbé Berto. Il remonte au début des années 1960, et fut ainsi raconté par André Figueras dans Présent du 29 juin 1989 :

 

Lors des immenses manifestations paysannes bretonnes d’alors, c’est au château de Pontcallec, dans le bureau de l’abbé Berto, que se rencontraient et se concertaient les chefs du mouvement. Par exemple, pour organiser l’investissement de Pontivy par 500 trac­teurs, montés chacun par trois hommes – une véritable armée motorisée.

Bientôt, cependant, l’abbé Berto dit à ces meneurs : « En barrant les routes et les voies ferrées, vous dérangez tout le monde, et vous allez vite devenir impopulaires. Au surplus, vous n’obtiendrez rien. Faites tout autre chose : investissez nuitamment les per­ceptions, jetez par les fenêtres tous les papiers, mettez-y le feu, et retirez-vous. Comme tout le monde doit peu ou prou de l’argent au fisc, tous les contribuables seront ravis, et le gouvernement devra bientôt mettre les pouces. »

Bien qu’ils vénérassent l’abbé Berto, les paysans ne l’écoutèrent point : ils préférèrent le « cinéma ». Et bientôt le gouvernement trouva la parade : les CRS se mirent systémati­quement, lors des manifestations, non à matraquer les hommes, mais à casser les tracteurs, quasi tous achetés à crédit.

Alors les paysans s’arrêtèrent, et l’élan qui aurait pu renverser le Système cessa. […]

 

Une autre lettre du Concile

 

Un autre lecteur nous signale qu’une lettre du Concile de l’abbé Berto (jusqu’ici inédite) a été publiée par l’historien italien Alberigo, dans le quatrième tome de son Histoire du concile Vatican II (d’esprit conciliaire, mais bien documentée).

La traduction française de ce volume est parue en 2003. Voici donc le texte de cette lettre, que l’abbé Berto écrivit à Mgr Carli, évêque de Segni, le 5 août 1964, à la réception du texte du De libertate religiosa proposé par le Secrétariat en vue de la troisième session :

 

Le dessein se fait de jour en jour plus manifeste. Il ne s’agit plus désormais de doc­trine, de justice, de tradition catholique. Il s’agit d’introduire, d’imposer, sous prétexte d’aggiornamento, un changement substantiel du catholicisme [6], et comme celui-ci ne peut advenir per arma lucis [7], on cherche à le faire par des moyens violents, aujourd’hui le va­carme, demain le silence, aujourd’hui la précipitation, demain la lenteur, aujourd’hui le secret, demain l’obscurité, tout cela calculé pour le triomphe de l’erreur.

Que votre Excellence prenne (parmi tant d’autres !) l’exemple du schéma De libertate religiosa. Il a été modifié, certes. Mais n’était-ce pas une violence que le premier texte, qui aurait pu être signé de J.-J. Rousseau ou de Mazzini [8], ait été élevé au rang de schéma conciliaire ? N’était-ce pas une violence, ce discours de Mgr De Smedt, qui demandait que cette énorme question, si violemment reliée au schéma De œcumenismo et présentée neuf jours avant la fin de la session, soit discutée et le schéma voté dans ce délai ? [... [9]]

Ici, l’objectif particulier (l’objectif général étant de changer substantiellement la doc­trine, voire la foi catholique elle-même) est de détruire complètement les principes les plus fondamentaux du droit naturel pour les remplacer par le pseudo-droit rationaliste, avec l’avantage supplémentaire de renverser tout l’édifice des pontifes romains, jusqu’à Quanta cura et au Syllabus. Pie IX s’est trompé en matière de doctrine [...].

Du oui au non, d’une proposition à la proposition contraire, y aurait-il seulement un aggiornamento ? Ne serait-ce pas un changement substantiel ? A mon avis, Eccellentissimo e Reverendissimo Signore, les adversaires savent qu’il s’agit d’un changement substantiel, ils le savent et le veulent. Ils ne veulent pas discuter, ils veulent imposer [10].

 

Nous ne commenterons pas ici ce texte en détail. On remarquera seulement combien l’abbé Berto insiste sur la violence employée par les meneurs de Vatican II : ce fut une violence que d’élever au rang de schéma conciliaire sur la li­berté religieuse un texte qui aurait pu être signé de Jean-Jacques Rousseau. C’est avec violence que cette question fut jointe à celle de l’œcuménisme. Et c’est encore avec violence que, à la fin de la deuxième session, Mgr De Smedt prétendit en im­poser le débat en neuf jours.

Un mois après cette lettre, débutait la troisième session du Concile (14 sep­tembre-21 novembre 1964) qui fut sans doute la plus douloureuse pour l’abbé Berto (il n’assista pas à la quatrième et dernière session, celle de 1965) [11].

 

 

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Qui a censuré saint Louis-Marie ?

 

La Lettre des dominicains d’Avrillé, a montré, dans son numéro 27 (septembre 2003), les modifications infligées par les éditions Téqui à la Consécration à la sainte Vierge de saint Louis-Marie de Montfort [12]. Là où le saint disait se consacrer « en qualité d’esclave » à Notre-Dame « Mère et Maîtresse », la nouvelle version parle de consécration « en toute soumission et amour » à Marie « Mère et Reine ». Un lecteur nous signale que cette nouvelle version n’est pas propre aux éditions Téqui. Et il nous envoie la copie d’une image qui comporte, effectivement, la nouvelle version.

 

Veuillez trouver ci-joint la copie d’une image de Notre-Dame de Châteauneuf-de-Galaure, siège des Foyers de charité fondés, comme vous le savez, par Marthe Robin et le père Finet. Cette image date de 1983, et donc la version modifiée de la consécration du père de Montfort date d’au moins vingt ans (en fait, il faudrait vé­rifier sur place, mais certainement des années 1970). Quand vous écrivez dans votre Lettre nº 27 que : « Saint Louis-Marie est censuré par Téqui », cela est vrai et faux. Vrai, car il s’agit bien d’une censure par Téqui (certainement pour ne pas of­fenser ou blesser la sensibilité de l’homme-roi), mais faux, car Téqui n’est pas, semble-t-il, le premier falsificateur ; voir ci-dessus pour tracer le « coupable » : pro­bablement le père Finet. Cela dit, la diffusion de cette consécration est grande par les foyers, et nous pouvons espérer que, malgré ces deux faux, la très sainte Vierge saura tirer un bien de cette diffusion. Le diable porte pierre. […]

[Lettre signée.]

 

 

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Le Lebensborn sous le régime nazi

 

A propos d’une lettre publiée dans Le Sel de la terre 41, p. 260-261, ce té­moignage de Jean-François Mouroux :

 

Dans le Courrier du nº 41, un de vos lecteurs présente le Lebensborn comme « une institution d’assistance sociale », et nie l’existence des « haras humains ».

Je ne doute évidemment aucunement de sa bonne foi, et je comprends qu’il veuille réagir aux falsifications si courantes aujourd’hui, notamment sur la déporta­tion ou la résistance. Cependant l’objectivité requiert qu’on se garde des excès d’un côté comme de l’autre : ce n’est pas parce que la mode est à l’exagération vis-à-vis des agissements allemands pendant la seconde Guerre qu’il faut les innocenter à outrance.

L’auteur du courrier en question termine ainsi : « La vérité nous intéresse et non la calomnie, fût-elle des plus appétissantes. Dieu daigne nous accorder de recher­cher le vrai en tout domaine. » Tel est aussi mon objectif en vous communiquant les élements qui suivent.

D’abord, il faudrait distinguer le Lebensborn d’avant le nazisme et le Lebensborn des nazis. Tout ce que dit votre correspondant est certainement vrai du Lebensborn d’avant le nazisme, mais cette œuvre sociale n’a-t-elle pas été transformée par eux ?

En tout cas, que ce soit ou non dans le cadre du Lebensborn, l’existence de centres de reproduction humaine était déjà connue des Alsaciens sous l’Occupa­tion, alors qu’ils ne subissaient pas l’influence de la presse américaine. La propa­gande anti-nazie ne saurait donc suffire à expliquer l’idée qu’ils s’en faisaient.

Voici, à ce sujet, des témoignages directement recueillis.

Ma grand-mère est née le 5 novembre 1918, dans un village nommé Bischeim, situé à 7 km de Mulhouse. Pendant la guerre, comme elle était présidente de la Croix Rouge, les Allemands ont voulu l’envoyer, sous prétexte d’un stage de forma­tion, dans un village allemand de la Forêt Noire, appelé Herrenalp. Elle en parla à son médecin qui l’incita à refuser catégoriquement, car ce village, dont certains Alsaciens avaient entendu parler, était justement un de ces centres de reproduc­tion. L’avertissement se révèlera justifié. En 1945, mon grand-père (né en 1921) était chef de char dans la 1e Division Blindée de la première Armée. Après avoir pénétré en Allemagne, il passa par ce village d’Herrenalp. Les Français y découvri­rent des hôtels très luxueux composés de suites regroupées par deux et dont l’une des deux suites contenait de la lingerie féminine de luxe (celle-ci passa d’ailleurs par les fenêtres, et servit à nettoyer les chars).

L’idéologie nazie comporte – c’est incontestable – des théories raciales. Il est logique qu’elles aient été mises en pratique. (Je note au passage qu’elles n’étaient pas récentes chez le peuple allemand. L’oncle de ma grand-mère a fait partie mal­gré lui de la garde personnelle de Guillaume II ; les critères de recrutement n’étaient pas ceux de simples gardes du corps : on enquêtait sur les origines fami­liales, et on sélectionnait d’après la couleur des cheveux, des yeux, etc. Il fallait être aryen.)

Si ce n’était pas le cas de tous les Allemands, un grand nombre d’entre eux ad­héra au nazisme et fut complètement fanatisé. Hitler était leur dieu vivant et la race aryenne supérieure à toutes les autres. A ce propos, je lis, dans la chronique du ré­cent ouvrage de M. François-Marie Algoud, Histoire et Actualité du Satanisme – La Démoncratie, à la date du 13 septembre 1936 :

 

Élargissement du statut du Lebensborn (Fontaine de Vie), imposant à chaque SS d’engendrer au minimum 4 enfants, dans le cadre ou non du mariage. Les enfants adulté­rins peuvent être élevés dans des structures spécialisées, les maisons du Lebensborn. Au nombre de 13 en 1944, elles compteront jusqu’à 11 000 enfants.

 

Encore une fois, je ne prétends pas que tous les éléments apportés par votre lecteur soient faux. Je ne dis pas non plus que les propagandes américaine et autres n’ont pas exagéré les choses. Par exemple, ces « haras humains » étaient or­ganisés seulement pour les officiers et non à une échelle plus importante comme certains veulent peut-être le faire croire. On peut d’ailleurs se demander si ces pra­tiques concernaient tous les officiers ou seulement les officiers SS, et jusqu’à quel point elles étaient vraiment obligatoires ; il faudrait de même préciser les chiffres, les lieux, etc. Mon propos n’est pas d’entrer dans ces détails, sur lesquels je n’ai aucune compétence particulière (le sujet nécessiterait à lui seul un ouvrage résul­tant d’une étude sérieuse). Mais faire croire à l’inexistence totale des « haras hu­mains » de Hitler me paraît une affirmation peu fondée, fausse, et même une désin­formation historique. Voilà ce que je voulais faire remarquer.

 

 

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Un lecteur vigilant

 

De M. l’abbé Philippe Godard (de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X) :

 

[…] I. — Au nº 44, page 71, vous présentez un office de Notre-Dame de la Sainte Espérance comme étant celui d’avant la réforme de saint Pie X, au motif des quatre leçons par nocturne. Or le bréviaire de saint Pie V (jusqu’à saint Pie X) ne comprenait que trois leçons par nocturne. Au XIIIe siècle, à l’époque de saint Thomas d’Aquin (composant l’office de la Fête-Dieu), l’office romain ne compre­nait que trois leçons par nocturne. Et je ne pense pas me tromper en disant que ce devait être ainsi depuis saint Grégoire le Grand (auteur de l’office romain en vi­gueur jusqu’à saint Pie X). En revanche, l’office bénédictin comprend, au moins pour les offices doubles de la moitié hivernale de l’année, quatre leçons par noc­turne. Il s’agit donc de l’office bénédictin, qui date donc d’après l’affiliation de la communauté à l’ordre bénédictin, lequel office bénédictin n’est probablement que l’adaptation de l’office romain concédé à l’origine de la fête de Notre-Dame de la Sainte Espérance.

II. — Au numéro 45, pages 251 et 252, vous citez un texte comme concernant le patriarche assyrien (nestorien). Or, d’après la titulature, il est évident qu’il s’agit du patriarche syrien jacobite (monophysite). En effet il est dit syrien et non assy­rien, patriarche d’Antioche et non d’une ville de Mésopotamie.

Ce qui ne retire rien à la gravité de la communication dans les choses sacrées.

III. — Permettez que je continue avec une question :

Au numéro 44, page 461, vous citez un texte du père Emmanuel en suppléant une syllabe qui vous semble manquer (transformant un adjectif en adverbe) : « […] Ce premier, qui se nomme Pierre, est-il donc nécessaire[ment] de droit divin ? Nous l’affirmons sans hésiter […] ». Si c’est un adverbe, comme vous le pensez, la phrase a le sens suivant : « L’existence du pape est par nécessité de droit divin et non de droit humain » (l’adverbe porte sur le complément « de droit divin »).

Si c’est un adjectif, comme apparemment le portait le texte primitif, la phrase signifie : « De droit divin l’existence du pape est nécessaire, c’est-à-dire que le pape ne peut pas ne pas exister » (l’adjectif est épithète de « ce premier » qui est le pape, par l’intermédiaire du verbe être qui a en ce cas le sens plein d’exister).

A mon humble avis, ce second sens est plus fort que le premier et est très pro­bablement celui qu’a voulu le père Emmanuel. Que vous en semble ? […]

 

Ces remarques nous semblent très judicieuses, et nous remercions leur auteur de sa bienveillante attention.

 

 

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Sur César, chef de guerre

 

A propos de l’ouvrage César, chef de guerre, recensé dans notre numéro 43 (p. 260-262), le général Jean Quélennec (CR) nous écrit :

 

[…] C’est avec grand intérêt que j’ai lu César chef de guerre. Il m’a ramené soixante cinq ans en arrière lorsque dans le De Bello gallico, on s’échinait à tra­duire ce qui suivait Et Cæsar animadvertit

Ce monsieur Le Bohec est un historien sérieux, qui n’avance que ce qu’il peut prouver par des textes. Mais il en a trouvé assez pour faire de César un portrait vi­vant de chef de guerre et aussi d’homme politique, car son livre aurait bien pu s’intituler : César, ou la guerre au service d’une ambition politique. D’autres après lui se sont servis de la guerre pour assouvir leur ambition politique, je pense en particulier au général De Gaulle, mais aucun ne l’a égalé dans la conduite de la guerre.

Les principes généraux de celle-ci sont de tous les temps, et César n’a fait que les appliquer : rapidité de la manœuvre (celeritas), concentration des efforts, re­cherche du renseignement, logistique préparée de longue main, etc. Mais Napoléon disait que la guerre est un art simple et tout d’exécution. César a excellé dans la mise en œuvre de ses plans.

On demeure étonné, surtout dans le De Bello gallico, de la disproportion des ef­fectifs ; César a vaincu avec des effectifs bien inférieurs à ceux des Gaulois, le dixième de ceux-ci quelquefois. Il l’a dû à l’entraînement poussé de ses légions, à leur discipline et à la technique (tactique et armement [13]). Le sentiment de supério­rité des Romains sur les Barbares renforçait aussi leur moral.

On est également surpris de l’énormité des pertes chez les vaincus, au point que l’on se prend à douter des chiffres avancés. Mais on les comprend mieux lorsque l’on remarque que souvent un premier ébranlement dans l’armée adverse produisait un effet de panique se traduisant en fuite immédiatement exploitée, dans laquelle il n’était pas fait de quartier. Ces armées, les légions comme les uni­tés barbares, avaient appris l’ordre serré où les hommes s’appuyaient l’un l’autre, mais non le combat de petites unités capables d’agir isolément et donc aptes à prendre d’elles-mêmes des initiatives. Une fois la ligne percée ou l’aile enfoncée, c’était tout le dispositif qui était ébranlé, et le sauve-qui-peut s’emparait des soldats réduits à eux-mêmes. Les légions romaines étaient plus aptes que les Barbares à garder cette cohésion garante de leur sécurité, cohésion qu’illustre magnifiquement le dispositif de la tortue.

Cette supériorité face aux Barbares, César ne l’a pas retrouvée dans la guerre civile où il s’est battu contre des légions égales aux siennes, d’où sa plus grande difficulté à vaincre. Il dut alors, face à Pompée, déployer ses talents de stratège et de tacticien et il prouva qu’à troupes de valeurs égales, c’est l’art du chef qui fait la différence.

Encore merci pour ces bons moments passés avec César grâce à l’érudition et l’intelligence de M. Yann Le Bohec.

 

 

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[1] — M. l’abbé François Pivert est l’éditeur du bulletin Le Combat de la foi (fondé par M. l’abbé Coache), dont nous avons déjà eu l’occasion de recommander la bonne doctrine (Le Combat de la foi catholique, Le Moulin-du-Pin, 53290 Beaumont-Pied-de-bœuf. — Abonnement annuel : 16 .).

[2] — Paris, NEL, 1974.

[3] — On se rappelle comment les textes inédits publiés dans le numéro 43 du Le Sel de la terre, furent immédiatement accusés par les « ralliés » (La Nef, etc.) d’être « tronqués » (ces accusations calomniatrices n’ont d’ailleurs jamais été rétractées). Vous avez dit « tronqué » ?

[4] — André Boulloche (1915-1978), polytechnicien, déporté en Allemagne en 1944 pour faits de « résistance », membre de la SFIO (ancêtre du Parti Socialiste), fut, après 1958, appelé deux fois au gouvernement par le général De Gaulle. Il démissionna du ministère de la prétendue « Éducation nationale » pour protester contre des mesures qu’il jugeait trop favorables à l’enseignement catholique.

[5] — L’abbé Berto écrit en 1961. Ces quarante ans en arrière renvoient donc à 1921 ! (NDLR.)

[6] — On rapprochera cette phrase (« imposer, sous prétexte d’aggiornamento, un changement substantiel du catholicisme ») de celle que nous avons citée plus haut : les nouveaux catéchismes « proposent sournoisement […] une religion radicalement différente de la religion catholique romaine ». (NDLR.)

[7]Par des armes de lumière. Voir Rm 13, 12 : Induamur arma lucis. (NDLR.)

[8] — Giuseppe Mazzini (1805-1872), révolutionnaire italien et fondateur de sociétés secrètes, il dirigea la République romaine, en 1848, quand il eut chassé Pie IX qui s’enfuit à Gaète (novembre 1848).

[9] — Les passages omis, ici comme ci-dessous, le sont par Alberigo. (NDLR.)

[10]Histoire du concile Vatican II (1959-1965) sous la direction de Giuseppe Alberigo, t. IV (septembre 1964 – septembre 1965), Paris (Cerf) Louvain (Peeters), 2003, p. 148-149. — Avec la référence : Fonds Carli, 15.35, lettre du 5 août 1964.

[11] — Les appréciations portées par l’abbé Berto sur la troisième session figurent dans Le Sel de la terre 43, p. 32-52.

[12] — Yves Chiron s’en est fait l’écho, dans Présent du samedi 8 novembre.

[13] — César, notamment, était maître, comme Vauban plus tard, dans l'art de l'attaque des places (poliorcétique) comme il le montra entre autres à Bourges et Alésia.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 48

p. 243-251

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