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Essai de doctrine

sociale et politique

 

à l’école de saint Thomas d’Aquin

 

 

 

par l’abbé Guillaume Devillers

 

 

 

Après avoir étudié la société en général (numéro 26) et son gouvernement (numéro 30), la société familiale (numéro 34) et la société économique (nº 45), M. l’abbé Devillers, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, traite, dans l’article qui suit, de la société politique. Il restera, à aborder, dans une ultime question, la société religieuse : la sainte Église.

Comme les précédentes, cette étude s’efforce de suivre saint Thomas d’Aquin, tant dans la doctrine que dans la méthode d’exposition.

Le Sel de la terre.

 

*

  

 

 

Cinquième question :

La société politique

 

 

DE MÊME QU’IL EXISTE une philosophie chrétienne, magnifiquement décrite par le pape Léon XIII dans son encyclique Æterni Patris, il existe également, sans aucun doute, une politique chrétienne, tout ordonnée au règne social de notre roi et sauveur Jésus-Christ et au salut des âmes.  En effet le militant chrétien n’a pas plus le droit de faire abstraction de sa foi lorsqu’il s’adonne à la politique, que le philosophe chrétien lorsqu’il fait de la philosophie. C’est en confrontant constamment leur pensée à la lumière de l’Évangile que l’un et l’autre se maintiendront dans le chemin de la vérité et de la justice, et c’est la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui rendra leur action fé­conde. La présente étude s’efforce donc de dégager les principes fondamentaux de la politique, conformément à l’enseignement traditionnel de l’Église. Nous nous poserons pour cela six questions :

 

1. — La fin principale de l’État est-elle de faire en sorte que le bien et la vérité soient honorés et récompensés, le mal et l’erreur punis et détestés ?

2. — L’erreur et le mal ont-ils un droit à être tolérés ?

3. — Le meilleur gouvernement est-il le gouvernement d’un seul (ou monarchie) ?

4. — Le chef d’État doit-il veiller à tout ?

5. — Tout homme doit-il se consacrer entièrement à l’action politique et au bien de sa patrie, jusqu’au sacrifice de sa vie s’il le faut ?

6. — Le seul gouvernement mondial légitime est-il celui de Jésus-Christ et de son Église ?

 

 

Article 1

 

La fin principale de l’État est-elle de faire en sorte que le bien et la vérité soient honorés et récompensés, le mal et l’erreur détestés et punis ?

 

Objections :

 

1. Ce qui est la fin de toute société ne peut être la fin propre de l’État. Or pro­pager la vérité et le bien est la fin de toutes les sociétés et même de tout homme, « car Dieu aime la miséricorde et la vérité, et le Seigneur donnera la grâce et la gloire », comme il est dit dans les psaumes [1]. Ce n’est donc pas la fin spécifique de l’État.

2. C’est l’Église qui a reçu de Dieu la mission d’enseigner les peuples dans la vérité et de les éduquer dans le bien, selon l’ordre du Sauveur : « Allez donc, en­seignez toutes les nations, etc. [2]. » Donner cela comme fin de l’État, c’est donc confondre les deux pouvoirs.

 

Cependant :

 

Nous lisons dans la sainte Écriture :

 

Soyez donc soumis à toute créature humaine à cause de Dieu : soit au roi comme à celui qui préside ; soit à ses ministres comme envoyés par lui pour tirer vengeance des malfaiteurs, et pour la louange des bons [I P 2, 13].

 

Or la Bible entend par malfaiteurs aussi bien ceux qui font le mal que ceux qui propagent l’erreur, et spécialement l’erreur religieuse. La fin de l’État et de ses ministres est donc bien de faire en sorte que le bien et la vérité soient honorés et récompensés, le mal et l’erreur punis et détestés.

 

Réponse :

 

La nature de l’homme étant ce qu’elle est, il est nécessaire que les familles et les associations professionnelles ou autres se regroupent dans une société plus vaste, capable d’ordonner les rapports entre les hommes et de subvenir aux be­soins de tous : c’est ce que l’on appelle communément l’État ou la société poli­tique. L’État est donc la société suprême dans l’ordre humain, à laquelle toutes les autres associations doivent être soumises comme les parties au tout.

Or il faut remarquer que l’ordre des causes correspond à l’ordre des fins, et qu’en toutes choses la cause supérieure tend à une fin supérieure, la cause se­conde à une fin secondaire. C’est pourquoi la fin propre de l’État doit être, parmi tous les biens humains, ceux qui sont les plus excellents et les plus universels, c’est-à-dire les biens de l’âme. Or ceux-ci sont au nombre de deux : la connais­sance de la vérité et la pratique de la vertu. Voilà donc ce dont doivent avant tout s’occuper ceux qui ont reçu la charge de l’État : que la vérité soit connue et honorée, et la vertu pratiquée. Et ils manquent très gravement aux devoirs de leur charge si, délaissant le souci de ces biens essentiels, ils ne se préoccupent que de choses secondaires. C’est l’enseignement du pape Léon XIII :

 

Les gouvernements ont l’obligation stricte de procurer à la société, par une action législative prudente, non seulement les biens extérieurs, mais aussi et principalement les biens de l’esprit [3].

 

Pour mieux comprendre comment peut s’exercer ce rôle décisif de l’État dans l’ordre moral et spirituel, il nous faut remarquer que tout acte bon ou mauvais a, du fait de la vie en société, des conséquences qui vont bien au-delà de son objet propre. Car chacun tend naturellement à imiter ce qu’il voit faire, surtout si l’acte posé attire son attention par ses qualités peu communes ou par la dignité de ce­lui qui l’accomplit. Ainsi, par exemple, l’héroïsme des martyrs et les manifesta­tions de foi des premiers empereurs chrétiens ont, en peu de temps, converti le monde au christianisme. En sens contraire, nous voyons que  les mauvais exemples d’un supérieur temporel ou religieux entraînent de nombreuses per­sonnes à leur ruine. C’est pourquoi la propagation du bien dans une société peut se comparer à la propagation du feu dans un tas de bois ou à la réaction en chaîne dans un engin nucléaire : même si le bois est humide, si l’on parvient à enflammer un petit nombre de branches bien sèches et bien disposées, le feu s’étendra ensuite facilement à tout le reste. Voilà ce que doit s’efforcer de réaliser un gouvernement ou même quiconque désire se dévouer à l’action politique : que la vérité et le bien brillent de tout leur éclat dans un petit nombre, de façon qu’ils s’étendent ensuite sans peine à tout le peuple. Notre-Seigneur lui-même nous a d’ailleurs enseigné cette loi fondamentale de toute action sociale efficace lorsqu’il forma soigneusement ses douze apôtres avant de les lancer ensuite à la conquête du monde : « Je suis venu jeter le feu sur la terre, et combien je désire qu’il soit déjà allumé [4] ! »

 

Solution des objections :

 

1. Le bien et la vérité sont la fin ultime et générale de tout l’ordre moral et de toutes les sociétés, mais ils sont la fin prochaine et spécifique de cette société suprême qui est l’État.

2. Comme l’enseigne saint Thomas après Aristote, « la Cité est la société par­faite, ordonnée à ce que l’homme possède tout ce qui est nécessaire à la vie [5] », et donc, en particulier, ces biens supérieurs que sont la connaissance de la vérité et la pratique du bien. L’élévation de l’homme à l’ordre surnaturel et l’institution de l’Église n’ont pas modifié cette loi de l’ordre naturel. Mais, l’État ne pouvant réaliser sa mission par ses seules forces, Dieu lui-même est venu à son aide par la fondation d’une société supérieure. C’est seulement en se soumettant à l’Église et en la secondant au mieux dans son rôle bienfaisant d’éducatrice du genre hu­main que l’État retrouvera sa dignité et sa grandeur originelles. En rejetant l’ordre surnaturel et en se séparant de l’Église, selon les « grands principes » de 1789, la corruption rapide de l’État et de toute la société humaine était rendue inévitable, ce qui est arrivé en effet.

 

 

Article 2

 

L’erreur et le mal ont-ils un droit à être tolérés * ?

 

Objections :

 

1. Si l’erreur et le mal n’avaient pas de droit, il faudrait condamner tous les hérétiques et punir tous les vices, ce qui conduirait à des catastrophes.

2. Notre-Seigneur s’est montré souvent très indulgent envers le mal, par exemple dans le cas de la femme adultère, en empêchant les juifs de la lapider conformément à la loi. Il semble donc reconnaître un certain droit à l’erreur et au mal.

3. Les lois humaines peuvent et doivent souvent tolérer l’erreur et le mal. Dans ce cas, le mal et l’erreur jouissent bien d’un certain droit, au moins d’un droit civil.

 

Cependant :

 

Le pape Pie XII affirme clairement : « Ce qui ne correspond pas à la vérité et à la norme morale ne jouit objectivement d’aucun droit, ni à l’existence, ni à la propagande, ni à l’action [6] ».

 

Réponse :

 

Comme il a été dit dans l’article précédent, la fin de l’État est de mettre en honneur le bien et la vérité. C’est pourquoi il est nécessaire que tout ce qui est juste, vrai et bon ait la faveur des lois et du droit, et que cette faveur soit refusée à l’erreur et au mal.

Il est important de noter ici une déviation des langues modernes, source de nombreuses confusions. En effet les mots droit et juste sont souvent pris de nos jours dans un sens large, comme objets de ce que saint Thomas appelle « la vertu générale de justice » ou encore, ce qui revient au même, comme objets de n’im­porte quelle vertu. Le droit n’est plus alors que ce qui peut ou doit être fait dans des circonstances données. Or il est clair que l’erreur et le mal peuvent et doivent souvent être tolérés. On dira donc qu’ils y ont « droit ». Cette déviation du lan­gage est très néfaste, car elle fait perdre de vue la notion précise du droit, objet de la vertu particulière de justice, et règle fondamentale de tout l’ordre politique. Cette imprécision du langage est aussi à l’origine de nombreuses confusions, et en particulier de la doctrine trompeuse des Droits de l’homme.

Il importe donc au plus haut point de remettre en valeur la vraie notion du droit. En effet, au-dessus de ce qu’il convient de faire ou de ne pas faire selon les circonstances de temps ou de personnes, il existe un ordre objectif des choses selon lequel certains actes sont de soi droits et justes, tandis que d’autres ne le sont pas. C’est ainsi par exemple que l’union de l’homme et de la femme est de soi juste, comme conforme à la nature, de même que le droit de propriété ainsi que l’exercice de l’autorité légitime du père sur ses enfants ou du supérieur sur ses inférieurs. D’autres choses sont de soi mauvaises et injustes comme le men­songe, le vol, la prostitution, l’homosexualité ou l’hérésie. Peu importe que, dans certaines circonstances, ce qui est de soi juste et bon doive être omis ou que ce qui est de soi mauvais et injuste doive être toléré ou permis. Il est absolument nécessaire que le mot et le titre de droit soit réservé à ce qui est objectivement juste et bon, et refusé à ce qui ne l’est pas.

L’erreur et le mal n’ont donc jamais le moindre droit au sens strict, et leur at­tribuer les mêmes droits qu’à la vérité et au bien est le plus grand scandale qui soit, puisque cela remet en question les fins mêmes de tout l’ordre moral et politique.

 

Solution des objections :

 

1. Ce qui doit être fait est objet de la prudence, alors que le droit est objet de la justice. Or il est souvent prudent et nécessaire de tolérer un mal afin d’en évi­ter un pire, à cause de l’imperfection intrinsèque de toutes les choses créées. Dieu lui-même nous en donne l’exemple en permettant de nombreux maux phy­siques et moraux, afin de ne pas empêcher ou diminuer ce bien immensément plus grand que sera le bonheur et la gloire éternelle des élus. Ce qui nous montre la règle à suivre dans ce domaine : la tolérance doit être limitée à ce qui est utile ou nécessaire au bien commun et à la défense de la vérité et de la justice.

2. Notre-Seigneur n’est aucunement indulgent envers le mal, puisqu’il affirme en de nombreuses occasions que non seulement l’adultère, mais encore tout mauvais désir et toute faute contre la loi morale ou contre la vraie foi seront pu­nis par la géhenne de feu. Et dans le cas de la femme adultère, le Sauveur ne dit pas qu’elle ne doit pas être lapidée, ce qui aurait pu être cause de scandale en incitant au mépris de la loi, mais : « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ». Et à la femme : « Va et ne pêche plus ». Conformément aux exemples du Maître, l’Église et les États chrétiens ont toujours uni une condamna­tion sévère du mal à une grande miséricorde dans sa répression. Les États mo­dernes révolutionnaires et antichrétiens adoptent souvent l’attitude opposée : in­différence de principe qui favorise la divulgation des pires aberrations morales, et répression extrêmement sévère contre certaines déviations jugées inopportunes.

3. Lorsque la loi doit tolérer quelque mal, elle doit se garder de lui reconnaître un droit. C’est pourquoi la notion de « droit civil » (à l’erreur ou au mal) est fausse et trompeuse. Malheureusement, le concile Vatican II est allé encore plus loin dans la voie de l’erreur, puisqu’il reconnaît un « droit naturel à ne pas être empê­ché » de professer l’erreur en privé comme en public.

 

 

Article 3

 

Le meilleur gouvernement est-il

le gouvernement d’un seul (ou monarchie) * ?

 

Objections :

 

1. Il semblerait que le gouvernement du peuple ou démocratie soit préférable au gouvernement monarchique. En effet le monarque se voit attribuer un pouvoir très étendu. Or seuls les hommes vertueux sont capables de bien gérer la bonne fortune, comme le dit Aristote [7]. C’est pourquoi la monarchie dégénère facile­ment en tyrannie si le prince n’est pas d’une vertu et d’une intégrité parfaites.

2. En outre, le meilleur régime politique est celui qui a Dieu lui-même pour auteur. Or nous voyons que la loi ancienne, donnée par Dieu au peuple d’Israël, pourvoyait à son gouvernement non par un roi doté de pleins pouvoirs, mais par un juge et un gouverneur.

3. Cependant :

Dieu étant le souverain bien et le modèle parfait de toutes choses, les biens créés seront d’autant meilleurs qu’ils imiteront plus parfaitement les biens divins. Or le gouvernement divin est une monarchie par laquelle un seul Dieu gouverne le monde depuis son commencement. Par conséquent le bon ordre d’une cité ou d’un peuple demande dans tous les cas qu’il soit gouverné par un seul roi.

 

Réponse :

 

Les questions exposées dans les deux articles précédents admettent une ré­ponse universelle et valable pour tous les temps et tous les lieux. Il n’en est pas de même pour la question présente. En effet l’expérience des siècles montre que les trois principaux systèmes de gouvernement que sont la monarchie, l’aristocra­tie et la démocratie [8] ont eu chacun leurs jours de gloire et leurs jours sombres. Il est cependant possible de donner quelques principes généraux. Ce sera à ceux qui ont en leurs mains les destinées des peuples de les interpréter au mieux, en fonction des circonstances et des indications de la divine Providence, et surtout en respectant les coutumes et traditions locales [9]. L’importance de cette question est évidemment immense puisque, comme le dit Aristote, « l’ordonnancement d’un peuple dépend principalement du pouvoir suprême [10] ».

Saint Thomas enseigne donc que deux choses doivent être prises en considé­ration en vue du bon gouvernement d’une cité ou d’un peuple. La première est que tous aient quelque participation au gouvernement. Cela contribue en effet à conserver la paix du peuple, et tous aiment une telle disposition et s’y soumet­tent volontiers, comme le dit Aristote [11]. La deuxième chose à considérer est qu’il est plus utile à la multitude vivant en société d’être gouvernée par un seul que par plusieurs. Cela est, en effet, plus propre à conserver l’unité de la paix dans le peuple, et l’expérience montre que les provinces ou les cités qui ne sont pas gouvernées par un seul souffrent de divisions intestines, ne jouissent pas de la paix, et sont ballottées de côté et d’autre, en sorte que semble s’accomplir la plainte du Seigneur par la bouche de son prophète : « De nombreux pasteurs ont ruiné ma vigne [12] ». C’est pourquoi le meilleur gouvernement devrait être une al­liance harmonieuse entre les trois systèmes, c’est à dire : un royaume en tant qu’il sera gouverné par un seul homme ; une aristocratie en tant que le prince sera aidé par plusieurs notables, gouvernant selon la vertu ; et une démocratie en tant que les princes seront choisis parmi le peuple ou éventuellement élus par le peuple. Et tel est le gouvernement que Dieu avait donné au peuple d’Israël. Telle était également l’organisation politique médiévale résumée ainsi par Vazquez de Mella [13] : « La démocratie au niveau municipal, l’aristocratie dans la région, la monarchie dans l’État ».

 

Solution des objections :

 

1. En soi, la démocratie est le pire mode de gouvernement, puisque c’est celui qui est le plus éloigné de l’unité. Et l’observation des choses de la nature nous le montre clairement. En effet la nature œuvre toujours de la meilleure manière. Or tous les gouvernements naturels sont monarchiques : parmi les différents membres du corps, il en est un qui meut tous les autres, le cœur ; et entre les parties de l’âme une puissance préside principalement, c’est-à-dire la raison. Les abeilles ont également une seule reine, et dans tout l’univers un seul Dieu a créé et gouverne toutes choses. Et cela est facile à comprendre. Car toute multitude dérive de l’unité. C’est pourquoi, si l’homme imite dans son art les choses de la nature, et si les choses artificielles sont d’autant meilleures qu’elles sont plus semblables aux choses naturelles, alors il est nécessaire que le meilleur gouver­nement de la multitude soit le gouvernement d’un seul. Il faut reconnaître ce­pendant que la monarchie devient le pire de tous les gouvernements lorsqu’elle dégénère en tyrannie, car elle est plus efficace pour le mal, et elle s’éloigne da­vantage du bien commun que la démocratie. Cependant la démocratie elle-même engendre, plus souvent encore que la monarchie, la tyrannie, et une tyrannie pire. C’est pourquoi, tout bien considéré, le gouvernement d’un seul est préfé­rable au gouvernement de beaucoup, même si aucun des deux n’est exempt de danger.

2. La monarchie dégénère facilement en tyrannie, surtout parmi les peuples cruels et enclins à l’avarice. C’est pourquoi le Seigneur n’avait pas institué au dé­but en Israël un roi doté de pleins pouvoirs. Or le pouvoir du prince peut être limité de deux manières : par ses inférieurs, comme c’est le cas dans l’aristocratie ou la démocratie, ou par un pouvoir supérieur. Le pouvoir des juges de l’ancien Testament n’était pas limité de la première manière, car ils ne recevaient pas leur pouvoir du peuple mais de Dieu. Il était limité de la seconde manière en ce sens que les juges étaient choisis et envoyés par Dieu, et même au besoin corrigés et punis par Lui. Car Dieu prenait un soin particulier du gouvernement de ce peuple. Quelque chose de semblable avait lieu dans la société chrétienne lorsque l’Église avait le pouvoir de réprimer les princes temporels.

3. Quant à l’argument donné en sens contraire, en faveur de la monarchie, il vaudrait d’une manière absolue si l’homme n’était pas pécheur : le monarque se­rait alors saint comme Dieu est saint, et tout danger de tyrannie serait écarté. Dans la condition actuelle de l’humanité pécheresse, cet argument n’a plus qu’une valeur relative. Dans sa réponse, saint Thomas nous indique les vertus les plus nécessaires au bon roi selon les saintes Écritures : crainte de Dieu, amour de son peuple, pauvreté, chasteté, humilité et méditation constante de la loi de Dieu afin de s’y soumettre entièrement [14].

 

 

Article 4

 

Le chef d’État doit-il veiller à tout * ?

 

Objection :

 

Aristote affirme  : « il est mieux que quelque chose soit fait par un seul que par plusieurs [15] ». Il est donc préférable que le soin du bien commun tout entier soit confié au chef de l’État. Or toutes choses peuvent avoir leur répercussion sur le bien commun. Donc le chef d’État doit veiller à tout.

 

Cependant :

 

Aucun chef d’État ne peut veiller à tout, d’où l’adage de la sagesse antique : De minimis non curat prætor ; celui qui commande ne s’occupe pas des choses de moindre importance. Il est nécessaire qu’il délègue partie de ses pouvoirs à d’autres comme le fit Moïse dans le désert [16].

 

Réponse :

 

Le gouvernement du prince comprend deux choses bien distinctes : la pre­mière consiste à prévoir et organiser toutes choses en vue de la fin. La seconde est la réalisation concrète de ce qui a été projeté. La première se situe au niveau de la pensée ; elle est appelée « providence » par les philosophes. La seconde se situe au niveau de l’exécution, et c’est elle que nous appelons gouvernement au sens strict.

Si donc nous parlons de la providence, il est clair que le meilleur gouverne­ment est celui qui pourvoit le plus possible à toutes choses, sans négliger le moindre détail. Et c’est en cela que se trompent gravement ceux que nous appe­lons libéraux, lorsqu’ils prétendent soustraire totalement à la providence des gouvernements la religion, l’éducation, les échanges économiques, l’information ou tout autre secteur de l’activité humaine. En effet aucune de ces choses ne peut être abandonnée au hasard, puisque de leur bon ordre dépend le bonheur et le salut du peuple, qui doit être la fin poursuivie par n’importe quel gouvernement.

Le meilleur gouvernement est donc celui qui pourvoit le plus possible à toutes choses. Ces mots « le plus possible » sont ici essentiels, car aucun homme ne peut de fait s’occuper en même temps d’un grand nombre d’affaires. C’est pourquoi la sagesse du prince consiste en grande partie à déterminer ce qui est le plus impor­tant dans des circonstances données, abandonnant le reste à des hommes dignes de confiance ou à la divine providence. L’un consacrera donc le meilleur de son activité à la guerre en vue de réaliser l’unité et l’indépendance de son pays, un autre à l’éducation, un troisième à l’assainissement des finances de l’État. Le roi Salomon quant à lui, ayant demandé et reçu de Dieu la sagesse, s’occupa en premier lieu de la construction du temple et de l’établissement du culte du vrai Dieu.

Si maintenant nous considérons la réalisation concrète ou exécution, alors il est essentiel que le prince ne fasse pas tout par lui-même, mais qu’il gouverne les inférieurs par les supérieurs. Et cela non seulement parce qu’aucun homme ne peut de fait s’occuper en même temps d’un grand nombre d’affaires, comme nous venons de le dire, mais encore en raison de la fin même du gouvernement qui est le bien et la perfection des sujets : le gouvernement sera d’autant meilleur qu’il communiquera à ses sujets une plus grande perfection. Or il y a davantage de perfection à être bon en soi et, de plus, cause de la bonté chez les autres, qu’à être simplement bon en soi-même. En déléguant partie de ses pouvoirs à ses inférieurs, le prince les ennoblit et contribue à augmenter la beauté, la cohésion et la force de son royaume. C’est pourquoi le chef d’État doit respecter en parti­culier l’autorité des chefs de famille, le droit à la propriété privée, et la légitime autonomie des autorités naturelles telles que celles qui président aux entreprises de production, aux universités ou aux corporations.

De tout cela le Roi des rois Jésus-Christ nous donne l’exemple le plus frap­pant : étant venu fonder un royaume qui devait rapidement s’étendre à toute la terre, il a limité étroitement son action à l’essentiel, et en premier lieu à la forma­tion de ses douze apôtres. Et il a laissé le soin des choses secondaires à d’autres, comme par exemple l’administration du baptême à ses disciples ou l’intendance de la communauté apostolique aux saintes femmes [17]. Et il a donné à ses apôtres la règle fondamentale de la distinction des pouvoirs qui est encore une applica­tion du même principe : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

 

Solution de l’objection :

 

L’objectant a oublié de citer en entier la phrase d’Aristote : « Il est mieux que quelque chose soit fait par un seul que par plusieurs, chaque fois que cela est possible ». La politique est l’art du possible, et perdre de vue cette vérité essen­tielle conduit facilement à des catastrophes. Cela dit, il est bien vrai que presque toutes les choses humaines peuvent avoir leur répercussion sur le bien commun. Il s’en suit donc qu’elles doivent y être ordonnées, sinon par l’action directe de l’État, au moins par celle des bienfaisantes autorités naturelles ou par l’agir ver­tueux de chaque individu. L’exemple du prince et de ses ministres a ici une im­portance capitale comme il a été dit dans le premier article de cette question.

 

 

Article 5

Tout homme doit-il se préoccuper du bien de sa patrie

jusqu’au sacrifice de sa vie s’il le faut ?

 

Objection :

 

Il ne semble pas que tout homme doive se préoccuper du bien de sa patrie, au moins en ce qui concerne la France et les Français. En effet, comme le montre Jean de Viguerie dans son livre Les deux patries, la France est « morte » :

 

Les guerres, les discordes et les épurations du patriotisme révolutionnaire l’ont vi­dée de sa substance. Le sacrifice des Français a préparé celui de la France [18].

 

Il est donc inutile de chercher à la servir.

 

Réponse :

 

Tout le monde admet, en général, que l’action politique a pour but le bien de la patrie, mais tous n’entendent pas ce bien de la même manière. Plusieurs en ef­fet le réduisent aux biens purement matériels, à l’intégrité du territoire ou à la dé­fense des prétendus Droits de l’homme, fondés sur une idéologie fausse et anti­chrétienne. Il est évident que le bien de la patrie ainsi entendu ne mérite aucu­nement que l’on y consacre son temps et ses forces, et que faire le sacrifice de sa vie pour la défense des faux Droits de l’homme ne serait pas du tout un acte de vertu.

Il en va tout autrement si nous entendons par « patrie » ce merveilleux héri­tage que nous avons reçu de nos pères, qui consiste dans l’unité de foi catho­lique et dans les trésors de culture et de vertu qui en sont nés, incarnés dans des légions de saints et de héros. Le bien de la patrie ainsi entendu est vraiment digne d’être aimé par-dessus tout autre bien créé, et une action politique tendant à le conserver ou à le restaurer mérite bien que l’on y consacre sa vie.

Cependant, même en comprenant le bien de la patrie dans ce sens véritable, il ne serait pas juste de dire que tout homme doive consacrer entièrement sa vie à l’action politique, et cela pour deux raisons.

Premièrement parce que le bien même de la patrie requiert la diversité des of­fices, et, s’il est nécessaire que certains se dévouent au gouvernement de la cité, il ne l’est pas moins que d’autres assurent la production des biens matériels, l’en­seignement de la jeunesse et tous les autres genres d’activité nécessaires à la vie humaine. Et il est nécessaire également que chacun remplisse convenablement ses propres obligations, telles que l’éducation de ses enfants et le soin de sa maison [19].

Deuxièmement parce qu’au-dessus de tous les biens créés, et donc au-dessus du bien de notre patrie terrestre, se trouve le Bien incréé, cause première et fin ultime de toutes choses, que nous devons aimer par-dessus tout. C’est pourquoi le religieux qui s’enferme dans un monastère ne peut aucunement être accusé de manquer à ses devoirs de citoyen, et jamais il n’est permis d’offenser Dieu par le moindre péché, en prétextant que ce serait « pour la bonne cause ». Ce principe a d’ailleurs des conséquences très importantes. Par exemple que toute guerre n’est pas nécessairement juste par le seul fait qu’elle est utile au pays. Ou encore que l’obéissance due aux gouvernants a ses limites, et qu’il est parfois non seulement permis mais même obligatoire de leur résister selon les règles de la prudence, comme il a été exposé dans une étude précédente [20].

Cherchons premièrement à glorifier Dieu par une conduite irréprochable et par l’observation exacte de ses préceptes : nous ne saurions rien faire de plus utile à notre patrie, à notre famille et à nous-mêmes.

 

Solution de l’objection :

 

Jean de Viguerie s’élève avec raison contre des tueries comme celle de 1914 où des centaines de milliers d’hommes ont été immolés sans aucun profit au nom d’un faux patriotisme, au service de la Révolution. Cependant les traditions fran­çaises et catholiques de notre patrie sont encore bien vivantes en de nombreuses familles et institutions, et nous devons tout faire pour les défendre, ne serait-ce justement que pour empêcher ou au moins gêner la formation de la nouvelle « patrie » mondialiste antichrétienne. Il ne s’agit pas de se faire tuer dans n’im­porte quelle guerre, mais de bien comprendre ce qu’est la patrie, de l’aimer et de la défendre dans ce qu’elle a d’essentiel. Voici à ce sujet un beau texte tiré d’une harangue du chevalier de Charette à ses hommes, pendant la guerre de Vendée :

 

QU’EST-CE QUE LA PATRIE ?

Notre patrie à nous, ce sont nos villages, nos autels, nos tombeaux, tout ce que nos pères ont semé devant nous. Notre patrie, c’est notre foi, notre terre, notre roi.

Mais leur patrie à eux, qu’est-ce que c’est ? Vous le comprenez, vous ? Ils veulent détruire les coutumes, l’ordre, la tradition. Alors, qu’est-ce que c’est que cette patrie narguante de son passé, sans fidélité, sans amour ? Cette patrie d’irréligion ? Beau dis­cours, n’est-ce pas ?

Pour eux, la patrie semble n’être qu’une idée, pour nous elle est une terre. Ils l’ont dans le cerveau ; nous, nous l’avons sous nos pieds, c’est plus solide ! Et il est vieux comme le diable leur monde qu’ils disent nouveau et qu’ils veulent fonder dans l’ab­sence de Dieu. Vieux comme le diable. On nous dit que nous sommes les suppôts des vieilles superstitions… Il faut rire !

Mais en face de ces démons qui renaissent de siècle en siècle, nous sommes une jeunesse, Messieurs ! Nous sommes la jeunesse de Dieu, la jeunesse de fidélité ! Et cette jeunesse veut préserver, pour elle et pour ses fils, la croyance humaine, la liberté de l’homme intérieur.

 

 

Article 6

Le seul gouvernement mondial légitime est-il

celui de Jésus-Christ et de son Église ?

 

Objections :

 

1. Il semblerait qu’un gouvernement mondial soit nécessaire, outre le gouver­nement spirituel de l’Église. En effet un tel gouvernement est le seul moyen de réaliser l’unité du genre humain et d’obtenir ainsi une paix durable, comme l’a fait remarquer plusieurs fois le pape actuel dans ses encouragements à l’Organi­sation des Nations Unies. D’autre part, la multiplication des échanges et les nou­veaux moyens de communication ont fait du monde un « village planétaire » dans lequel l’ordre ne peut être assuré que par des règlements mondiaux, et donc par une autorité mondiale.

2. Les religions en général, et l’Église catholique, tendent facilement à l’intolé­rance ; elles ont pour cela été bien souvent causes de guerres. Elles doivent donc être exclues du gouvernement mondial, lequel doit s’édifier selon le modèle laïc de la démocratie libérale qui a fait la prospérité et la paix des États-Unis d’Amérique.

3. Tout gouvernement doit être en mesure de faire respecter ses lois et d’ob­tenir l’obéissance. Or l’Église ne dispose d’aucun pouvoir de coaction sur les nations.

4. L’Église a non seulement permis, mais encore favorisé l’existence d’un pou­voir temporel en quelque sorte universel, celui du Saint-Empire. Il n’est donc pas juste de dire que le seul gouvernement mondial légitime est celui de l’Église.

 

Cependant :

 

Le gouvernement mondial, s’il existe, est nécessairement unique. Or il en existe déjà un qui est celui de Jésus-Christ et de son Église, selon ce qui est dit dans l’Évangile de saint Matthieu :

 

Tout pouvoir m’a été donné au Ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à ob­server tout ce que je vous ai commandé. Et soyez certains que je serai continuellement avec vous jusqu’à la consommation des siècles [Mt 27, 18].

 

Réponse :

 

Comme il a été dit plus haut, la légitimité ou non-légitimité d’un gouverne­ment doit être déterminée en fonction de ce qui convient au bien commun [21]. Or le bien de l’homme est double : spirituel et temporel. Et les biens temporels sont presque sans aucune valeur si on les compare aux biens spirituels et éternels. C’est pourquoi il est dit au livre de la Sagesse : « Tout l’or du monde n’est rien qu’un peu de sable par rapport à la Sagesse » (Sg 7, 9). Afin de pourvoir au mieux aux intérêts supérieurs des hommes, il est donc essentiel que l’autorité su­périeure dans le gouvernement des sociétés humaines ait pour objectif principal le bien spirituel et le salut des âmes, et ne s’intéresse aux biens temporels qu’in­directement, dans la mesure où ils sont utiles au bien spirituel.

C’est pourquoi la divine Providence qui veille sur toutes choses et ne néglige rien de ce qui peut être utile à ses créatures, a pourvu au mieux au gouverne­ment des choses humaines en établissant, au-dessus de tous les princes et gou­vernements temporels, le gouvernement spirituel du Roi des rois et Seigneur des seigneurs, Jésus-Christ, et de son Église. Nous ne pourrions faire mieux que de renvoyer le lecteur aux textes magnifiques du magistère de l’Église sur ce sujet [22], ainsi qu’à l’opuscule 20 de saint Thomas (De Regimine principum).

Le gouvernement mondial existe déjà, institué par Dieu même. Toute tentative d’en instaurer un autre, comme celle du mondialisme actuel, est donc subversive et impie, tendant par sa nature même à renverser l’ordre des valeurs et à détour­ner les hommes de la recherche des biens véritables. C’est pourquoi Dieu ne peut permettre le succès du nouvel ordre : le projet des mondialistes aboutira né­cessairement à la plus horrible confusion, à l’instar de celui des constructeurs de la tour de Babel [23]. Car ce n’est que dans la mesure de leur soumission à Jésus-Christ que les peuples connaîtront la paix et le bonheur : « Bienheureux le peuple qui a Dieu pour Seigneur » (Ps 143, 15).

 

Solution des objections :

 

1. La paix et la facilité des échanges sont sans doute de grands biens, mais ils ne doivent pas être achetés à n’importe quel prix. Comme le dit saint Thomas, « il ne faut jamais faire un mal en vue d’un bien, surtout lorsque ce mal est pire que le bien espéré ». Or c’est le cas ici : l’établissement d’un pouvoir mondial anti­chrétien tel qu’il est en train de se réaliser sous nos yeux, et le mal qui en résul­tera pour l’Église et pour les âmes est bien pire que n’importe quelle guerre, même atomique. La guerre n’est qu’un mal physique, tandis que le scandale d’un gouvernement apostat étendu au monde entier sont un mal moral et spirituel in­commensurable. Ceux qui auront collaboré à son établissement en porteront la terrible responsabilité devant Dieu et devant l’histoire. Quant à l’argument qui se fonde sur les déclarations du pape Jean-Paul II, il faut malheureusement ré­pondre que, par sa défense inconditionnelle des doctrines libérales et révolution­naires, le pape actuel a perdu son droit à la confiance des catholiques fidèles, au moins dans tout ce qui a trait à la politique.

2. La vraie religion est de soi cause d’unité et de paix. Si elle pousse parfois à la guerre, c’est accidentellement, afin de défendre la vérité et le bien contre ses injustes agresseurs. Il est en revanche bien vrai, malheureusement, que les fausses religions et l’impiété sont, par leur nature même, la cause de nombreuses dissensions et guerres [24]. Quant à la religion démocratique américaine que l’on nous présente aujourd’hui comme la panacée universelle, il ne faudrait tout de même pas oublier qu’elle ne cesse depuis deux siècles de financer toutes les ré­volutions. Cependant, même si le libéralisme américain était vraiment favorable à la paix et à la prospérité économique, il n’en serait pas moins détestable en rai­son de l’indifférentisme et du matérialisme qui lui sont intrinsèques.

3. L’Église a été dotée par son divin fondateur d’un double pouvoir de coac­tion, comme l’explique le pape Boniface VIII dans sa bulle Unam sanctam du 18 novembre 1302 :

 

Deux glaives sont au pouvoir de l’Église : le spirituel et le temporel. Mais le premier doit être employé par l’Église, le second pour l’Église. Celui-ci par la main du prêtre, ce­lui-là par celle des rois et des soldats, mais selon ce que le prêtre ordonne ou permet. Or il est nécessaire que l’un des glaives obéisse à l’autre, et que l’autorité temporelle soit soumise au pouvoir spirituel.

 

Ce pouvoir qui a été confié à l’Église est souverainement efficace : le jour où les prêtres voudront bien reprendre en mains le glaive de la doctrine et faire bon usage des pouvoirs dont ils ont reçu la charge, le monde sera peut-être bien prêt de retrouver la paix véritable.

4. Rien n’empêche qu’il existe, outre le pouvoir spirituel de l’Église, un pou­voir temporel universel, à condition que l’Empereur soit parfaitement soumis au pape en vue du salut des âmes. Sans cette condition, l’Empire devient un mal plutôt qu’un bien [25].

 

 

 

 

 

 


 


[1] — « Quia misericordiam et veritatem diligit Deus, gratiam et gloriam dabit Dominus. » Ps 83, 12.

[2] — « Euntes ergo docete omnes gentes, baptizantes eos in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti, docentes eos servare omnia quæcumque mandavi vobis. » Mt 28, 19.

[3] — Léon XIII, Libertas præstantissimum, vers le milieu.

[4] — Lc 12, 49.

[5] — Aristote, Polit., livre 1, lect. 1, n. 23.

* — Voir « Essai de doctrine sociale et politique », q. 2, a. 3, dans Le Sel de la terre, nº 30, p. 39.

[6] — Pie XII, discours à l’union des juristes catholiques italiens, 6 décembre 1953, D.C., 1953, col. 1606.

* — Le présent article est tiré presque mot à mot des deux textes suivants de saint Thomas : I-II, q. 105, a. 1 ; De Regimine Principum, lib. 1, cap. 2, 3, 4, 5, 6.

[7] — Aristote, 10 Ethicor. cap. 8

[8] — Le mot démocratie est l’un de ces mots « piégés » par la Révolution, de même que : liberté, Droits de l’homme, discrimination, etc. La majorité de nos contemporains entend par démocratie ce régime libéral dans lequel il n’existe plus ni ordre naturel ni lois immuables, tout devant être soumis à la volonté générale. Un tel régime est évidemment mauvais et pervers. Il a été maintes fois condamné par l’Église et est exclu par les deux premiers articles de notre étude. Dans ce troisième article, nous considérons la démocratie telle que l’entendaient Aristote et saint Thomas : gouvernement par le peuple, subordonné comme il se doit à l’ordre naturel et au gouvernement divin.

[9] — I-II, q. 97, a. 2 et 3.

[10] — Aristote, 3 Polit. cap. 4, circ. princ.

[11] — Aristote, 2 Polit. cap. 1.

[12] — Jr 12, 10.

[13] — Juan Vázquez de Mella y Fanjul (1861-1928), député carliste de 1893 à 1916, chef de file du catholicisme antilibéral en Espagne. Grand orateur, il défend la monarchie traditionnelle contre la démocratie libérale et le système des partis. On trouve un bon exposé de sa pensée dans le livre de P. Osvaldo Lira Pérez SS.CC., Nostalgia de Vázquez de Mella, Editorial Andrés Bello, Santiago, Chile, 1979.

[14] — I-II, q. 105, a. 1, ad 2.

* — I, q. 22, a. 3 ; I, q. 103, a. 6  ; II-II, q. 104, a. 5.

[15] — Aristote, VIII Phys. (text. 48), cité par saint Thomas en I, q. 103, a. 6, ad 2.

[16] — Ex. 18, 13 -27.

[17] — Nous serions même tentés d’ajouter : « et les finances à Judas ! »

[18] — Jean de Viguerie, Les deux patries, Bouère, DMM, 1998, p. 9-10.

[19] — Ce point de doctrine est d’une grande importance de nos jours où l’action politique (souvent plus ou moins naturaliste, d’ailleurs) est souvent un prétexte dispensant des premiers devoirs concernant la famille. Il serait bon de rappeler à certains de nos militants l’enseignement de saint Paul selon lequel celui qui ne s’occupe pas de gouverner sa famille est pire qu’un infidèle (I Tim 5, 8). Pour avoir manqué à ce devoir, plusieurs ont eu l’amère déception de voir leurs propres enfants passer à l’ennemi. Ajoutons que l’action politique proprement dite ne convient pas à tous. Il y faut certaines dispositions particulières et en particulier, selon Aristote, une vertu solide et éprouvée.

[20] — « Essai de doctrine sociale et politique », q. 2, a. 7, dans Le Sel de la terre nº 30.

[21]Ibid.

[22] — En particulier les encycliques Immortale Dei de Léon XIII du 1er novembre 1885, et Quas primas de Pie XI (11 décembre 1925).

[23] — Gn 11, 1-9.

[24] — Que l’on pense par exemple aux sanglantes guerres de religion causées en Europe par la réforme protestante. L’Espagne et son empire d’Amérique en ont été heureusement préservés par l’action bienfaisante de l’Inquisition.

[25] — C’est la raison pour laquelle, selon Mgr Delassus, la divine Providence a dû s’armer du bras des barbares afin de détruire le vieil Empire romain : même chrétiens, les empereurs n’avaient pas su se libérer de la conception antique et prétendaient gouverner les affaires de l’Église comme les empereurs païens gouvernaient celles de la religion païenne. (Mgr Delassus, La Mission posthume de la bienheureuse Jeanne d’Arc, chap. 20 et 21.)

Informations

L'auteur

Membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), l'abbé Guillaume Devillers exerce son ministère en France.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 48

p. 32-47

Les thèmes
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