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Prier avec les psaumes graduels

Le psaume 120 :

Le divin gardien des âmes

 

 

 

Une présentation générale des « psaumes graduels » ou « des montées » a paru dans le numéro 52 de la revue (page 18 et suivantes), et l’étude du premier psaume de la série figure dans le numéro 54 (pages 20 à 40). Voici le commentaire du deuxième psaume : Levavi oculos meos.

 

 

Présentation d’ensemble

 

Ce deuxième psaume des montées (numéro 120 dans le latin, 121 dans l’hébreu) chante l’absolue confiance en Dieu, le divin gardien d’Israël, c’est-à-dire le gardien de l’Église et des âmes qui espèrent en lui. On retrouvera ce thème dans plusieurs autres psaumes de la série, notamment dans le psaume 130 (qu’on a justement appelé « le psaume de l’enfance spirituelle »).

C’est un chant de consolation destiné, à l’origine, à encourager les pèlerins juifs en route vers Jérusalem (ou les exilés rentrant de Babylone [1]). Au sens spirituel, il s’adresse aux baptisés en marche vers le ciel, en les assurant que Dieu veille constamment sur eux et ne les abandonnera jamais.

Chrétiens, voyageurs exilés ici-bas, nous devons avoir bon courage, nous ne sommes pas seuls : le Seigneur veille sur nous et nous garde. Comme pour monter à Jérusalem, la route qui nous mène au ciel est un chemin escarpé et périlleux ; nous avons besoin du secours divin. Dieu nous le promet. Alors, disons-lui notre confiance. Au cours de nos journées, levons nos yeux en esprit vers la montagne de l’autel où se tient notre divin Gardien, pour qu’il nous protège et que nous ne tombions pas en chemin.

 

*

 

Ce poème est composé en forme de dialogue. Il comprend quatre petites strophes.

Dans la première strophe (versets 1-2 : Dieu, secours du pèlerin), le psalmiste fait parler un pèlerin (ou un exilé) au nom de tous ceux qui partagent son sort : ce « soliste » représente l’homme « viateur », qui ressent l’absolue nécessité du secours et de la grâce de Dieu dans sa pérégrination terrestre, et qui lève les yeux vers le ciel pour réclamer ce secours.

Dans les trois strophes suivantes (versets 3-4 : Dieu, gardien d’Israël ; 5-6 : Dieu, protecteur de tous les instants ; 7-8 : Dieu, qui préserve de tout mal et pour toute la vie), le psalmiste (ou un chœur) lui répond et l’engage à une entière confiance et à une ferme espérance parce que Dieu est son gardien fidèle. Toute une suite de consolations vient prouver à l’homme pèlerin que ce n’est pas en vain qu’il accorde sa confiance à un Dieu si bon et si proche de lui : Dieu ne laissera pas trébucher son pied ; il veillera sur lui ; il le protègera dans les périls ; il le gardera de tout mal ; il sera toujours avec lui …

 

*

 

Au point de vue littéraire, ce psaume est tenu pour l’un des joyaux du psautier. La cadence « élégiaque » y est parfaitement régulière, et l’utilisation du « parallélisme graduel » (la reprise « en escalier » d’expressions marquantes), qui caractérise la plupart des psaumes graduels, atteint ici un sommet inégalé. On notera :

— Auxilium mihi, « le secours, pour moi » (v. 1)… Auxilium meum, « mon secours » (v. 2) ;

— Neque dormitet, « qu’il ne s’endorme point » (v. 3)… Non dormitabit neque dormiet, « il ne sommeillera ni ne dormira » (v. 4) ;

— Mais c’est surtout la répétition du mot custodit (rmv), repris sous diverses formes (« gardien », « il garde », « il gardera ») qui est frappante : qui custodit te (v. 3) ; qui custodit Israël (v. 4) ; Dominus custodit te (v. 5) ; Dominus custodit te…, custodiat animam tuam (v. 7) ; Dominus custodiat introitum tuum… (v. 8). Six fois en huit petits versets ! C’est presque une litanie. Cette insistance souligne l’idée principale du psaume et manifeste la conviction, mieux, la foi que le psalmiste veut communiquer.

 

En lisant ce petit psaume, comment ne pas penser à ces paroles prononcées par Notre-Seigneur sur le Mont des Béatitudes :

 

C’est pourquoi, je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre âme de ce que vous mangerez ou de ce que vous boirez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. L’âme n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent ni n’amassent rien dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? Qui d’entre vous, à force d’inquiétude, pourrait ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie ? Et pourquoi vous inquiéter du vêtement ? Observez les lis des champs, comme ils croissent : il ne peinent ni ne filent. Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas vêtu comme l’un d’eux. Que si Dieu revêt ainsi l’herbe des champs, qui est aujourd’hui et demain sera jetée au four, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi ? Ne vous inquiétez donc pas, en disant : Qu’allons-nous manger ? qu’allons-nous boire ? de quoi allons-nous nous vêtir ? c’est de toutes ces choses, en effet, que les païens sont en quête, car votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît. Ne vous inquiétez donc pas du lendemain, car demain s’inquiétera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. [Mt 6, 25-34.]

 

Le texte et ses strophes

 

Comme nous l’avions fait pour le psaume précédent, nous donnons le texte sur trois colonnes : le texte latin de la Vulgate ; la traduction française sur le latin ; enfin, en italique, la traduction française sur l’hébreu.

 

Texte latin de la Vulgate

Traduction française

sur le latin

Traduction française

sur l’hébreu

1ère strophe : Dieu, secours des pèlerins (c’est un pèlerin qui parle)

120, 1 Canticum graduum

120, 1 Cantique des degrés

121, 1 Cantique des degrés

Levávi óculos meos in montes, unde véniet auxílium mihi.

J’ai levé mes yeux vers les montagnes d’où me viendra le secours.

Je lèverai mes yeux vers les monts : d’où viendra-t-il, mon secours ?

2. Auxílium meum a Dómino, qui fecit cælum et terram.

2. Mon secours vient du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

2. Mon secours vient de Yahvé, qui a fait le ciel et la terre.

2e strophe : Dieu, gardien d’Israël (le psalmiste – ou un chœur – répond)

3. Non det in commotiónem pedem tuum : neque dormítet qui custódit te.

3. Qu’il ne permette pas que ton pied chancelle, et que celui qui te garde ne s’endorme point.

3. Qu’il ne laisse pas ton pied chanceler ; qu’il ne s’assoupisse pas, ton gardien !

4. Ecce non dormitábit neque dórmiet, qui custódit Israël.

4. Non, il ne sommeille ni ne dort, celui qui garde Israël.

4. Non, il ne s’assoupit pas, il ne dort pas, le gardien d’Israël.

3e strophe : Dieu, protecteur de tous les instants

5. Dóminus custódit te, Dóminus protéctio tua, super manum déxteram tuam.

5. Le Seigneur te garde, le Seigneur te protège, se tenant à ta droite.

5. Yahvé est ton gardien, Yahvé est ton ombrage, sur ta droite.

6. Per diem sol non uret te : neque luna per noctem.

6. Pendant le jour le soleil ne te brûlera pas, ni la lune pendant la nuit.

6. De jour, le soleil ne te frappera pas, ni la lune, pendant la nuit.

4e strophe : Dieu, qui préserve de tout mal et pour toute la vie

7. Dóminus custódit te ab omni malo : custódiat ánimam tuam Dóminus.

7. Le Seigneur te garde de tout mal ; que le Seigneur garde ton âme.

7. Yahvé te gardera de tout mal, il gardera ton âme.

8. Dóminus custódiat intróitum tuum, et éxitum tuum : ex hoc nunc et usque in sæculum.

8. Que le Seigneur garde ton entrée et ta sortie, dès maintenant et à jamais.

8. Yahvé gardera ta sortie et ton entrée, dès maintenant et pour toujours.





 

 

Bref commentaire

 

— 1ère strophe. Verset 1 :

J’ai levé mes yeux vers les montagnes d’où me viendra le secours.

Le premier psaume graduel commençait par les mots évocateurs : Ad Dominum, « vers le Seigneur », pour indiquer le but ultime de l’ascension de l’âme ; celui-ci débute par : Levavi oculos meos, « j’ai levé les yeux ». Ces mots traduisent le premier mouvement que doit faire le pèlerin sur le point de partir : avant même d’entamer sa marche, il doit lever les yeux, c’est-à-dire diriger son intention, orienter son âme, aiguiser son désir, et se remettre totalement entre les mains du Dieu tout-puissant et miséricordieux vers lequel il chemine. Le psaume 122 récapitulera les deux expressions, en disant : Ad te levavi oculos meos…, « vers vous, j’ai levé les yeux ».

« Lever les yeux » est l’expression de la prière et de la supplication, mais avec une note de confiance et d’abandon. (Quand la prière se tourne en adoration et s’accompagne de révérence, le mouvement est plutôt celui de la prostration.)

Cassiodore commente : A la première marche de l’ascension (c’est-à-dire dans le premier psaume graduel), « le prophète était en proie à la tribulation – comme le publicain de l’Évangile qui, en se frappant la poitrine, n’osait pas lever les yeux au ciel. Il demandait d’être délivré des lèvres iniques et de la langue trompeuse. Maintenant, rasséréné et monté sur la deuxième marche, il lève les yeux vers les montagnes, vers ses intercesseurs – les saints, surtout – par le suffrage desquels il pourra obtenir les dons célestes [2]. »

Saint Jean Chrysostome fait le même lien avec le psaume précédent et nous livre, à cette occasion, une pensée qui nous sera très utile au milieu de nos épreuves : quand tout fait défaut, Dieu est toujours là !

 

Voici l’âme qui, accablée de maux, ne peut se débarrasser ni trouver une issue, et qui se tourne vers Dieu pour y puiser sa consolation. Constatons de nouveau l’avantage des épreuves : elles élèvent et fortifient l’âme, elles la portent à implorer le secours d’en haut et la détachent de tout ce qui appartient à cette vie. Si les Juifs grossiers et attachés à la terre étaient rendus meilleurs par la douleur de leur captivité, au point de tourner ainsi leurs regards vers le ciel, il est bien juste que dans nos maux, nous les imitions en recourant au Seigneur, car nous sommes tenus à une plus grande perfection. […] Accablés sous le poids de leurs malheurs, ils recouraient à une force invincible, et privés de tout secours humain, ils trouvaient dans cet abandon même le principe de leur force, en disant à Dieu : « J’ai levé les yeux vers les montagnes d’où me viendra mon secours. » En d’autres termes : Tout ce que les hommes peuvent nous procurer nous manque ou bien nous a abandonné, nous avons tout perdu, il ne nous reste désormais qu’un moyen de salut : c’est Dieu [3].

 

Les « monts » vers lesquels le pèlerin lève les yeux désignent ceux de Jérusalem où Dieu réside (voir le Psaume 124, 2 : Mons Sion, « la montagne de Sion »), c’est-à-dire, en fin de compte, Dieu lui-même [4]. La hauteur et la majesté de ces monts symbolisent et la puissance et la vigilance de Dieu à qui rien n’échappe. Le pèlerin les contemple mentalement, dans sa prière, parce que c’est de là qu’il attend le secours. En effet, le secours est dit venir à la fois des monts (verset 1) et de Dieu (verset 2) comme d’une seule et même source.

Certains commentateurs comprennent plus prosaïquement que le pèlerin, à l’approche de la Ville sainte, considère les monts de Judée qu’il lui faut traverser pour atteindre la cité (Jérusalem est à 750 m d’altitude, soit plus de 1100 m au-dessus du niveau de la Mer morte). Ces collines arides et escarpées sont en effet infestées de brigands et malfamées (voyez la parabole du bon Samaritain, en saint Luc 10, 30 [5]). C’est pourquoi le voyageur s’inquiète et se demande d’où lui viendra le secours. Il prie donc et remet son sort entre les mains de Dieu qui ne manquera pas de le secourir.

 

— Verset 2 :

Mon secours vient du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Dieu de qui viendra le secours attendu est appelé le Dieu « qui a fait le ciel et la terre » : expression courante qu’on trouve souvent dans les psaumes (voir, par exemple les Ps 123, 8 ; 133, 3, etc.) et qui est passée dans la liturgie. Celui qui a fait le ciel et la terre, c’est, en d’autres termes, le Dieu tout-puissant dont les œuvres visibles prouvent surabondamment la toute-puissance. L’hébreu dit même, mot à mot : « faisant les cieux et la terre » (hce[o, ‘oshèh), au participe présent, comme pour signifier que l’action créatrice et conservatrice de Dieu se continue sans interruption : toujours, il tient tout dans sa main. « C’est moi – dit Dieu dans le prophète Isaïe [45, 12] – qui ai fait la terre et créé l’homme qui l’habite, c’est moi qui, de mes mains, ai déployé les cieux et qui ai donné des ordres à toute leur armée. » Et Moïse, sur le point de mourir, encourageait ainsi le peuple élu qu’il avait conduit aux portes de la Terre promise : « Nul, ô Jesurûn [6], n’est pareil à Dieu ; il chevauche les cieux pour te secourir et les nuées dans sa majesté » (Dt 33, 26). On pourrait, dans le même sens, citer bien des passages du livre de Job [7].

Autrement dit, commente saint Jean Chrysostome :

 

Contre ce secours de Dieu [qui a fait le ciel et la terre], rien ne peut prévaloir, il est irrésistible ; et non seulement irrésistible, mais encore prompt et facilement à notre portée. Pour l’obtenir, point n’est besoin d’aller loin, de flatter des huissiers de palais, de dépenser beaucoup d’argent, d’envoyer des ambassades. Chacun peut, tout en restant chez soi, s’attirer l’aide de Dieu, pourvu qu’il se détache des choses humaines et s’attache aux espérances d’en haut, en se faisant un regard plus pénétrant, capable de contempler les choses du ciel [8].

 

Avec un tel secours, Israël – c’est-à-dire l’Église, l’âme fidèle – n’a donc vraiment rien à craindre. Isaïe l’a chanté en des termes émouvants dans la partie de son livre qu’on a si bien nommée « le livre de la consolation d’Israël » :

 

Et toi, Israël, mon serviteur, Jacob, que j’ai choisi, race d’Abraham, mon ami ! […] Ne crains pas, car je suis avec toi ; ne te laisse pas ébranler, car je suis ton Dieu ; je t’ai fortifié et je t’ai aidé, je t’ai soutenu de ma droite victorieuse. Voici qu’ils seront honteux et humiliés, tous ceux qui s’enflammaient contre toi. Ils seront réduits à rien et périront, ceux qui te cherchaient querelle. Tu les chercheras et tu ne les trouveras pas, ceux qui te combattaient ; ils seront réduits à rien, anéantis, ceux qui te faisaient la guerre. Car moi, Yahvé, ton Dieu, je te saisis par la main droite, je te dis : « Ne crains pas, c’est moi qui te viens en aide. » Ne crains pas, vermisseau de Jacob, et vous, pauvres gens d’Israël. C’est moi qui te viens en aide, oracle de Yahvé ; celui qui te rachète, c’est le Saint d’Israël (Is 41, 8 et 10-14).

 

On croirait entendre le Sauveur lorsqu’il vint retrouver ses apôtres en marchant sur les eaux. Ils traversaient le lac de Génésareth et le croyaient dans la montagne où il s’était retiré seul, pour prier. Quand ils l’aperçurent, depuis la barque où ils se trouvaient, ils furent épouvantés, se disant : C’est un fantôme ! Mais Jésus leur dit aussitôt : « Ayez confiance : c’est moi, ne craignez pas ! Habete fiduciam : ego sum, nolite timere » (Mt 14, 27). Le père Emmanuel a donné sur cette parole de Notre-Seigneur l’explication que voici :

 

Si c’était tout autre que lui, nous pourrions avoir peur. Un autre que lui n’aurait pas pour nous l’amour dont il nous aime, les tendresses dont il nous environne. Un autre que lui pourrait manquer ou de vouloir ou de pouvoir pour nous secourir : mais lui ne peut manquer ni de l’un ni de l’autre. Il veut et il peut : la conséquence, c’est que nous n’ayons point peur de lui. Il nous le dit : Ne craignez pas, c’est moi. C’est lui, et cela nous suffit. C’est lui, et avec lui tout nous est donné : c’est lui, et en lui nous avons tous les biens, toutes les grâces, les dons de la vie présente et ceux de la vie éternelle. Donc, ayons confiance, c’est lui [9] !

 

— 2e strophe. Verset 3 :

A partir de ce verset, le psalmiste parle en son nom propre ; il s’adresse au pèlerin ou à l’exilé qu’il a fait parler aux deux premiers versets.

 

Qu’il ne permette pas que ton pied chancelle…

L’hébreu dit mot à mot : « Qu’il ne donne pas à trébucher ton pied », c’est-à-dire : « qu’il ne laisse pas ton pied trébucher ». Le danger de heurter du pied contre quelque pierre ou de glisser sur quelque rocher est bien connu des randonneurs de montagne et de tous ceux qui ont fréquenté les sentiers rocailleux des monts de Judée. Saint Augustin l’applique à l’ascension de l’âme :

 

Si tu veux savoir comment poser le pied avec assurance sur les degrés, pour ne pas te fatiguer dans l’ascension, ne pas glisser, ne pas tomber, dis la prière du psalmiste : Non det in commotionem pedem tuum ! Comment perdrons-nous pied ? Comment l’homme a-t-il perdu pied, dans le paradis [terrestre] ? Mais regarde d’abord comment a bronché un ange parmi les anges, comment il a perdu pied, et d’ange s’est retrouvé diable ! Oui, il a perdu pied, il est tombé. Cherchons d’où il est tombé : il est tombé de sa superbe. Il n’y a que la superbe pour perdre pied, il n’y a que la superbe pour faire tomber. Quand il s’agit de marcher, de monter, c’est la charité qui mène ; mais pour tomber, c’est la superbe [10].

 

Cette métaphore de Dieu qui garde les pas de ses amis pour qu’ils ne tombent pas, est assez fréquente dans la Bible : Anne, dans son célèbre cantique qui annonce déjà le Magnificat de la Vierge, chante la bonté de Dieu qui « garde les pas de ses fidèles » (1 S 2, 9) ; le livre des Proverbes, dans sa série des béatitudes du sage, insère celle-ci : « Tu iras ton chemin en sécurité, ton pied n’achoppera pas ; […] car Yahvé sera ton assurance, il préservera tes pas du piège » (Pr 3, 23 et 26) ; le psalmiste, de son côté, déclare que Dieu donnera des ordres à ses anges « pour qu’ils portent le Messie sur leurs mains de peur que son pied ne heurte quelque pierre » (Ps 90, 11-12 ; cf. Mt 4, 6). Bien d’autres exemples pourraient encore être cités [11].

 

… Et que celui qui te garde ne s’endorme point.

Mais si la marche de jour a ses périls, la halte de nuit a aussi les siens. Le campement des voyageurs attire les voleurs et les bêtes féroces. Pour s’en protéger, une sentinelle veille toute la nuit.

Eh bien, Dieu est aussi, pour l’âme, ce gardien vigilant : il la protège contre les surprises nocturnes du Tentateur qui « rôde comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer » (1 P 5, 8).

« Celui qui te garde », dans l’hébreu, est encore un participe présent ; littéralement, le texte porte : le « gardant toi » (Ú˝r<êm]voê). En d’autres termes, Dieu est notre gardien en acte continuel d’assistance, pourvoyant à tout, protecteur souverainement efficace. Il est à la fois, à l’image des mœurs nomades, celui qui guide la caravane le jour et qui veille sur elle la nuit. Telle était, en effet, la signification de la colonne de nuée qui précédait la marche du peuple élu dans sa traversée du désert, et qu’un feu rendait lumineuse la nuit (Ex 40, 38).

Un tel gardien ne saurait donc s’assoupir ni relâcher sa vigilance : « Il prend [ses fidèles], les entoure et les garde comme la prunelle de son œil. Pareil à l’aigle qui veille sur sa couvée et plane au-dessus de ses petits, il déploie ses ailes et les prend, il les porte sur son pennage » (Dt 32, 10-11).

A ces affirmations si consolantes, on pourrait objecter la plainte exhalée dans le Psaume 43, verset 23 : « Exsurge, quare obdormis Domine ? Levez-vous ! Pourquoi dormez-vous, Seigneur ? » C’est aussi ce que criaient les apôtres à Notre-Seigneur dans l’épisode évangélique de la tempête apaisée : Levez-vous ; nous périssons ! Les flots submergeaient la barque et lui, Jésus, dormait ! « Ipse vero dormiebat » (Mt 8, 24). N’y a-t-il pas dans ces paroles une contradiction avec ce qui est affirmé ici ?

La contradiction n’est qu’apparente. Car si parfois Dieu paraît se détourner ou dormir (comme dans la tempête apaisée), ce n’est pas qu’il cesse d’être là et de veiller, ni qu’il se désintéresse du sort de ses fidèles, mais c’est pour raffermir leur foi chancelante, conforter leur persévérance dans la prière, ou châtier leur infidélité coupable. « Quid timidi estis, modicæ fidei ? Pourquoi êtes-vous timorés, hommes de peu de foi ? » (Mt 8, 26). Ce n’est qu’après avoir guéri les âmes des disciples de leur peu de foi que Jésus commande à la tempête ; et il le fait magistralement, avec une puissance souveraine : « Il se leva, il commanda au vent et à la mer, et il se fit un grand calme. Et tous furent dans l’admiration. » Les mystiques ont ainsi constaté que Dieu n’est jamais si près qu’à l’instant où on le juge éloigné et où l’on se croit délaissé par lui. Sainte Angèle de Foligno qui se plaignait à Dieu de se sentir abandonnée, reçut cette réponse : « Plus tu te crois abandonnée, plus tu es aimée de Dieu et serrée contre lui. […] Sache qu’en cet état, Dieu et toi, vous êtes plus intimes l’un à l’autre que jamais [12]. »

Le sommeil de Dieu n’est donc qu’une image. « On dit par métaphore que Dieu dort lorsqu’il permet que nous tombions, écrit saint Robert Bellarmin, comme s’il détournait son attention, car celui qui dort n’est pas présent à ce qui se passe [13]. »

On notera que les verbes du verset 3, dans l’hébreu, sont précédés de la particule ’al (adverbe de négation exprimant une volonté ou un vœu). Ainsi construits, ce sont ce que les grammairiens appellent des « jussifs » ; ils expriment un souhait, une prière : « Puisse-t-il ne pas permettre que ton pied… Puisse-t-il ne pas s’assoupir, celui qui te garde… » La tournure montre que la défaillance ne vient jamais du côté de Dieu, mais de l’homme : l’homme ne trébuche pas parce que Dieu l’aurait abandonné, mais Dieu peut permettre que l’homme trébuche [14], parce que l’homme, le premier, a abandonné Dieu et trahi son alliance. Le psalmiste prie donc pour qu’une telle chose n’arrive pas, pour que Dieu ne le permette pas, c’est-à-dire, au fond, pour que l’homme ne se relâche pas de sa fidélité envers son divin Gardien. Et il le demande sous forme de prière, car c’est une grâce, un don de Dieu.

A la protection de Dieu, il y a donc toujours une condition morale, à savoir : la fidélité du protégé à l’égard de son Protecteur [15].

 

— Verset 4 :

Non, il ne sommeille ni ne dort, celui qui garde Israël.

Le verset 4 répète la même idée que le verset précédent, mais cette fois, on quitte le mode volitif : le psalmiste est tellement sûr que son souhait sera réalisé, qu’il l’exprime maintenant de manière catégorique et absolue : « Voici [c’est-à-dire : à coup sûr, évidemment], il ne s’assoupit pas et ne dort pas, celui qui garde Israël [16] ! » Supposer, ne serait-ce qu’un instant, que Dieu fasse défaut, est impensable. Comme dit saint Paul : Absit !

C’est toute la différence avec les idoles des païens. Aux « prêtres » de Baal qui criaient en vain : « Baal, réponds-nous ! » en « sautant devant l’autel qu’ils avaient fait » pour que leur faux dieu fît descendre le feu du ciel, Élie adressait ces paroles ironiques : « Criez à haute voix, car c’est un dieu : il est en méditation, ou il est occupé, ou il est en voyage ; peut-être dort-il, et il se réveillera. » Mais il n’y eut « ni voix, ni réponse, ni signe d’attention », ajoute le texte sacré (1 R 18, 26-29).

Saint Augustin donne ce commentaire moral : « Dieu ne dort jamais : si tu veux avoir un gardien qui ne dorme pas : choisis Dieu comme gardien ! […] Mais si votre foi dort, alors le Christ dort en vous ; celui en qui la foi ne dort pas, en lui le Christ veille [17] ! » Le sommeil de Dieu dans l’âme, c’est donc l’indifférence ou l’infidélité du croyant. S’il nous arrive d’être surpris, ce n’est pas que celui qui nous garde dort ; c’est qu’ayant refusé un certain nombre de fois de l’écouter, nous avons fini par ne plus l’entendre.

On notera la gradation des verbes : de « s’assoupir » (ou sommeiller : racine µwn – Vulgate : dormitare ; versets 3 et 4), on passe à « dormir » d’un profond sommeil (ˆvy – Vulgate : dormire ; verset 4). Il y a un progrès dans l’expression. Dieu, non seulement n’est pas négligent ou relâché dans sa vigilance, si l’on peut parler ainsi, mais il n’y manque jamais et, comme le dira la suite, il l’exerce en tous temps et jusque dans les moindres circonstances de la vie. « Les cheveux mêmes de votre tête sont tous comptés ! » (Lc 12, 7).

 

— 3e strophe. Verset 5 :

Dieu est ton ombrage, (se tenant) sur ta droite.

Cette nouvelle expression, imagée comme très souvent dans les psaumes, souligne que la protection que Dieu exerce à l’endroit du pèlerin est « rapprochée », attentionnée. « De son plumage, il te protègera et tu t’abriteras sous ses ailes » dit de la même manière le Psaume 90 (verset 4).

Cette protection de Dieu, dans l’hébreu, est dite un « ombrage [18] » (lxe, tsèl), figure particulièrement expressive dans ces pays où le soleil est impitoyable et où la plus petite ombre paraît délicieuse.

Et Dieu ombrage du côté droit, ce qui, d’après la manière de parler des Hébreux, représente le Sud, c’est-à-dire le côté le plus ensoleillé, d’où vient la chaleur accablante. C’est aussi une manière de désigner, en langage militaire, le côté qui est à la fois le plus noble et le plus exposé (le bouclier se tient de la main gauche), et aussi le plus vigoureux (c’est la main droite qui tient l’épée, c’est pourquoi, dans la langue biblique, « la droite » symbolise la puissance). Fréquemment, dans les psaumes, le protecteur se tient ainsi à la droite de celui qu’il protège ou encore c’est le protégé qui s’abrite à la droite de son gardien [19].

Cette présence protectrice de Dieu, qui tient lieu d’abri tutélaire à l’âme fidèle, entend signifier également l’intimité profonde qui les unit : « Toi qui habites dans le secret [Vulgate : in adiutorio] du Très-Haut, toi qui demeures à l’ombre [in protectione] de Chaddaï [20] », chante le psaume 90 (verset 1) ; « Yahvé m’a appelé dès le ventre de ma mère, […] Il m’a caché dans l’ombre de sa main », dit le Serviteur de Yahvé (Is 49, 2) [21]. Il y a là une sorte de prolongement de la promesse faite à Abraham : « Voici, je suis avec toi et je te garderai partout où tu iras » (Gn 28, 15).

 

— Verset 6 :

Pendant le jour le soleil ne te brûlera pas, ni la lune pendant la nuit.

L’« ombrage » de Dieu protégera le pèlerin de jour, contre les insolations de l’implacable soleil d’Orient [22], et de nuit, contre les « coups de lune » [23]. Autrement dit, le pèlerin de Dieu ne saurait redouter ni la chaleur du jour ni le froid (ou les « frayeurs », timor nocturnus, Ps 90, 5) de la nuit, qui sont les deux incommodités du voyageur d’Orient, et qui sont ici l’image des divers périls qui menacent l’homme en route vers le ciel.

Cette protection divine (l’ombre protectrice du soleil et de la lune, tant de jour que de nuit), explique saint Robert Bellarmin, « signifie la grâce de Dieu qui garde le pèlerin [du ciel] et dans la prospérité et dans l’adversité, car ordinairement, dans ce voyage, le jour de la prospérité n’attire pas moins de blessures à l’âme que la nuit de l’adversité [24]. » Notre vie chrétienne, en effet, a elle aussi ses jours de grand soleil et ses nuits de dangereuses froidures. Elle a ses heures d’exaltation et de succès, où s’embusque l’orgueil, aussi dangereuses et parfois aussi mortelles pour l’âme que l’insolation l’est pour le corps. Elle a également ses moments d’obscurité, de découragement et de dégoût, tout à fait comparables à l’insomnie et la dépression physique que produit la fièvre. Contre l’un et l’autre péril, nous ne saurions nous défendre sans le secours de la grâce d’en haut.

 

— 4e strophe. Verset 7 :

Dieu te gardera de tout mal, il gardera ton âme [25].

Non seulement la protection de Dieu s’étend à tous les instants, mais elle s’applique encore à tous les maux et à toutes les situations de la vie. Car « l’âme », ici, est mise pour la vie ou la personne (en hébreu, l’expression « gardera ton âme » n’a pas le sens exclusif qu’elle a en français). Il reste cependant que, pour nous chrétiens, c’est bien l’âme qui est le tout de notre vie : « Que servira à l’homme de gagner l’univers s’il vient à perdre son âme ? » (Mt 16, 26). C’est pourquoi, quand nous demandons à Dieu de nous garder de tout mal, nous le demandons surtout pour notre âme : nous ne le prions pas d’être épargné de toute épreuve, mais de nous défendre contre notre seul vrai mal, contre le péché délibéré, contre le péché mortel.

Il faut relire ici les treize premiers versets du Psaume 90, dont nous avons déjà cité plusieurs bribes, parce qu’ils sont le meilleur commentaire de notre verset (traduction sur la Vulgate) :

 

1. Qui habite sous l’assistance du Très-Haut demeurera sous la protection du Dieu du ciel.

2. Il dira au Seigneur : Vous êtes mon défenseur et mon refuge ; mon Dieu, j’espérerai en lui !

3. C’est lui qui m’a délivré du filet des chasseurs, et de la parole âpre et piquante.

4. Il te mettra à l’ombre, sous ses épaules, et sous ses ailes tu seras plein d’espoir.

5. Sa vérité t’environnera comme un bouclier. Tu ne craindras ni les frayeurs de la nuit,

6. ni la flèche qui vole pendant le jour, ni les maux qui s’avancent dans les ténèbres, ni les attaques du démon de midi.

7. Il en tombera mille à tes côtés et dix mille à ta droite, mais toi, tu resteras hors d’atteinte.

8. Et même, tu contempleras de tes yeux, tu verras le châtiment des pécheurs.

9. Car tu as dit : Vous êtes, Seigneur, mon espérance ! Tu as fait du Très-Haut ton refuge.

10. Le mal ne viendra pas jusqu’à toi, et les fléaux ne s’approcheront pas de ta tente.

11. Car il a donné pour toi ordre à ses anges de te garder en toutes tes voies.

12. Sur leurs mains ils te porteront de peur que ton pied ne heurte contre la pierre.

13. Tu marcheras sur l’aspic et le basilic, tu fouleras au pied le lion et le dragon.

 

— Verset 8 :

Dieu gardera ta sortie et ton entrée, dès maintenant et pour toujours.

Comment comprendre cette dernière formule, assez insolite : « ta sortie et ton entrée » – ou « ton entrée et ta sortie », puisque la Vulgate, à la suite des Septante, a inversé les deux mots (sans que cela change le sens) ?

Des auteurs modernes pensent que l’expression désigne l’aller et le retour du pèlerinage à Jérusalem, que le pèlerin accomplira sans encombre grâce à la protection divine. Ce sens, qui s’accorde au contexte, est néanmoins trop restrictif.

Car cet idiotisme désigne les démarches de la vie courante, faite de multiples allées et venues, tout l’ensemble des activités d’une existence [26]. L’expression est même passée dans le nouveau Testament : « Il faut – dit saint Pierre avant de procéder à l’élection qui mit saint Matthias au nombre des douze apôtres – il faut que de ces hommes qui nous ont accompagnés tout le temps que le Seigneur Jésus est entré et sorti du milieu de nous […], il y en ait un qui devienne avec nous témoin de sa résurrection » (Ac 1, 21). Est entré et sorti – intravit et exivit – c’est-à-dire : « a séjourné au milieu de nous [27] ».

Saint Jean Chrysostome explique que toute notre vie se compose en effet d’entrées et de sorties, bien plus, qu’elle est tout entière contenue entre ces deux termes :

 

L’entrée et la sortie de la vie n’indiquent-elles pas un secours [de Dieu] continuel et incessant ? Y a-t-il rien de comparable à une pareille charité, à une pareille miséricorde ? Le psalmiste embrasse ici toute la vie, car elle est renfermée tout entière entre ces deux termes, l’entrée et la sortie. Et pour nous le faire comprendre plus clairement encore il a ajouté : « Dès maintenant et jusque dans l’éternité. » Ce n’est point un jour, dit-il, ni deux, ni trois, ni vingt, ni cent, mais toujours. Les hommes seraient incapables de pareilles choses, étant sujets, comme ils le sont, à des changements nombreux, à une grande instabilité, à des vicissitudes continuelles. Tel est aujourd’hui votre ami, qui demain sera votre ennemi, et celui qui vous secourt en ce moment vous abandonnera bientôt après. Souvent même, il ne se contente pas de vous abandonner, mais il vous opprime et vous tend des pièges plus dangereux que ceux de n’importe lequel de vos ennemis. Mais, en Dieu, tout demeure immobile, perpétuel, immortel, stable et sans fin [28].

 

Si, d’ailleurs, on entend la formule du début et de la fin de la vie terrestre, on remarquera que les deux tournures, l’hébraïque et la latine, conviennent parfaitement ; car l’entrée dans la vie d’ici-bas correspond à la sortie du sein maternel, et la sortie de ce monde s’identifie, du moins pour l’âme sainte, avec ce que sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus appelait « l’entrée dans la vraie vie ».

On peut encore entendre cette expression du progrès de la vie chrétienne, comme l’explique saint Robert Bellarmin : « Nous progressons dans la voie de la vie spirituelle lorsque nous commençons et que nous menons à la perfection des œuvres bonnes. Or commencer, c’est entrer ; achever, c’est sortir – inchoare enim intrare ; perficere, exire est [29]. » Saint Grégoire de Nysse, développant cette interprétation, l’élargit aux « sorties » de soi-même que l’âme chrétienne doit opérer pour « entrer » plus avant dans les richesses du royaume de la grâce et de la vie divine : « Le Seigneur gardera ton entrée, ta sortie : la sortie de l’état terrestre présent conditionne l’entrée dans les biens supérieurs de l’âme. Et c’est en prenant le Verbe de Dieu pour guide que l’âme effectue cette sortie… Elle ne cesse jamais d’entrer, dans la mesure où elle ne s’arrête jamais de sortir ; car pour entrer toujours plus avant en progressant vers ce qui est d’en haut, elle sort continuellement de ce qu’elle a déjà saisi [30]. »

Saint Augustin, de son côté, accommode cette entrée et cette sortie à la tentation : Dieu garde nos âmes au début comme à la fin de la tentation ; au début, en ne nous laissant pas y entrer ou succomber ; à la fin, en nous accordant d’en sortir victorieusement [31].

 

*

 

Que conclure ?

La confiance chantée par ce petit psaume est grandement justifiée, surtout pour l’âme en état de grâce : Dieu n’abandonne jamais l’homme avant que celui-ci l’ait abandonné le premier.

Redisons donc avec saint Paul : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rm 8, 31). Et reposons-nous entièrement sur le divin Gardien de nos âmes.

 

 

Utilisation liturgique

 

Ce psaume se récite aux vêpres du lundi (c’est le 3e psaume), avec le verset 2 pour antienne.

Il se dit aux vêpres des défunts, avec le verset 7 pour antienne. En effet, la première strophe s’applique parfaitement à « la prière de l’âme rachetée soupirant après la vue de Dieu dans la Jérusalem céleste » et, aux strophes suivantes, « l’Église fait des vœux et offre à Dieu ses prières pour cette âme [32] ».

Il est encore utilisé dans la liturgie de la bénédiction d’une église.

Dans la liturgie dominicaine, il se récite à la bénédiction fratribus egredientibus (pour les frères qui partent en prédication), et l’Église en a repris des fragments dans son Itinerarium (la prière des voyageurs, qui figure au bréviaire).

(à suivre.)

 

*

  


[1] — Selon l’interprétation littérale qu’on donne à l’expression : « psaumes graduels ». Voir l’introduction générale parue dans Le Sel de la terre 52.

[2] — Primo enim in tribulatione positus propheta, ad exemplum publicani illius qui tunso pectore oculos elevare non audebat ad coelum, liberare se petit a labiis iniquis et a lingua dolosa. Nunc autem respirans ad secundum gradum provectus, oculos levavit ad montes, ad intercessores utique sanctos, quorum suffragio munera superna mereretur. (In Expositio in psalterium, PL 70, 905 C.)

[3] — Saint Jean Chrysostome, Œuvres complètes traduites sous la direction de M. Jeannin, Bar-le-Duc, Guérin, 1865, t. VI, p. 172.

[4] — Cependant, Origène y voit la figure des anges ; Rupert de Deutz et Cassiodore, des saints ; saint Robert Bellarmin, des saints apôtres.

[5] — La route qui monte de Jéricho à Jérusalem a toujours eu la réputation d’être propice aux embuscades. Josué la nomme la « montée d’Adummîm », c’est-à-dire la « montée rouge » ou « du sang versé » (Jos 15, 7 ; 18, 17). L’historien antique Strabon rapporte que Pompée dut, en ces lieux, « démanteler divers repaires de brigands », et Eusèbe de Césarée dit que les Romains furent contraints d’y établir « un poste militaire de surveillance » (Onomasticon, 219). Saint Jérôme l’appelle lui aussi la « montée du sang » : « Locus Adomim quod interpretatur sanguinum, quia multus in eo sanguis crebris latronum fundebatur incursibus – c’est le site d’Adomim, ce qui veut dire du sang versé, parce que, en ce lieu, par leurs fréquentes incursions, les brigands ont versé le sang » (PL 22, 887).

[6] — Surnom d’Israël qu’on ne trouve qu’en Dt 32, 15 ; 33, 5 et 26 et Is 44, 2.

[7] — Voir aussi le livre de Job, chap. 38 sq.

[8] — Œuvres complètes, ibid., t. VI, p. 173 (traduction modifiée par nos soins).

[9] —Le Sel de la terre 44, p. 199-200. Le père Emmanuel développe longuement cette maxime de Notre-Seigneur, en expliquant que la peur de Dieu est un effet du premier péché. C’est pourquoi, toutes les fois que Dieu s’est manifesté aux hommes dans sa miséricorde, il a commencé par les rassurer. A Abraham : Ne crains pas, je suis ton protecteur (Gn 15, 1) ; à Jacob : Ne crains pas, je suis avec toi (Gn 26, 24) ; l’ange Gabriel, apparaissant à Daniel, lui dit : N’aie pas peur (Dn 10, 19) ; il dit la même chose à Zacharie (Lc 1, 13), et la même chose encore à la sainte Vierge (Lc 1, 30). Pour nous ôter cette peur, nous donner à la place la crainte salutaire et l’amour plus salutaire encore, le Fils de Dieu s’est fait homme comme nous, petit enfant dans la crèche.

[10] — Canta ergo quod sequitur : si vis audire ut firmissime ponas pedes in gradibus, ne in illa ascensione aut fatigeris, aut lapsus cadas, dic quod sequitur, Ne des ad movendum pedem meum. Unde moventur pedes ? Unde motus est pes illi qui erat in paradiso. Sed prius attende unde motus est illi qui erat inter Angelos, et moto pede cecidit, et de angelo factus est diabolus : moto enim pede cecidit. Quaere unde cecidit : superbia cecidit. Non ergo movet pedem, nisi superbia : ad ruinam non movet pedem, nisi superbia. Ad ambulandum et proficiendum et ascendendum charitas movet ; ad cadendum superbia movet. (In Psalmum 120 enarratio ; PL 37, 1608.)

[11] — Ps 54, 23 ; 65, 9, etc.

[12] — Visions et Révélations. Cité par L. Jacquet, Les psaumes et le cœur de l’homme, Duculot, 1977, t. II, p. 684.

[13] — Saint Robert Bellarmin, Explanatio in psalmos, editio critica, Romæ, Pont. Univers. Gregorianæ, 1931, t. II, p. 716.

[14] — Saint Robert Bellarmin (ibid., p. 716) : « Commoveri pedes pro labi in peccatum dicitur – trébucher se dit pour tomber dans le péché (cf. Ps 17, 37 ; 72, 2). »

[15] — Voir Dt 11, 26-28 : « Voyez ! Je vous offre aujourd’hui bénédiction et malédiction. Bénédiction si vous obéissez aux commandements de Yahvé votre Dieu que je vous prescris aujourd’hui, malédiction si vous désobéissez… ». Tout le passage qui va du chap.10, v. 12, jusqu’au chap. 11, v. 32, développe la même pensée : si vous gardez les commandements de Dieu, Dieu vous gardera ; sinon, il vous abandonnera à vos dérèglements. Dans le même sens, voir aussi les chap. 28 à 30.

[16] — Les verbes de l’hébreu sont à l’inaccompli, c’est pourquoi la Vulgate les a traduit par des futurs. Mais il s’agit d’une affirmation générale, que les traducteurs font bien de rendre en français par des présents.

[17] — « Deus numquam est dormiens : si vis habere custodem non dormientem, Deum elige custodem… Sed si dormiat fides vestra, dormit Christus in vobis… ; in quo non dormit fides, vigilat Christus ! » (PL 37, 1609, 1611).

[18] — Voir Is 25, 4 : « Yahvé, vous êtes mon Dieu. […] Vous êtes une forteresse pour le faible, une forteresse pour le pauvre dans sa détresse, un abri contre l’orage, un ombrage contre l’ardeur du soleil. Car le souffle des tyrans est comme l’ouragan qui bat une muraille. » A l’inverse, dans le livre des Nombres, Josué dit des Cananéens idolâtres : « Leur ombre protectrice les a quittés, tandis que Yahvé est avec nous » (Nb 14, 9). Voir encore Lm 4, 20 ; Ps 35, 8 ; 62, 8.

[19] — Ps 15, 8 : « Je place constamment le seigneur devant mes yeux ; puisqu’il est à ma droite, je ne serai pas ébranlé » ; Ps 108, 31 : « je louerai le Seigneur, parce qu’il s’est tenu à la droite du pauvre pour sauver son âme de ceux qui la persécutent » ; Ps 16, 8 (selon l’hébreu [17, 7], car il y a une variante dans la Vulgate) : « Vous qui sauvez de leurs agresseurs ceux qui s’abritent à votre droite » ; Ps 109, 5 : « Dominus a dextris tuis – le Seigneur est à votre droite [la droite du Messie] », etc.

[20] — Antique appellation de Dieu qu’on rencontre dans la Genèse et dans Job et qu’on traduit par « Tout-Puissant ».

[21] — Même expression en Is 51, 16.

[22] — On se souvient de l’épisode de Jonas accablé parce que le ricin qui l’abritait avait séché : « Le soleil darda ses rayons sur la tête de Jonas qui défaillit » (Jon 4, 8). Voyez aussi l’accident survenu au mari de Judith : « Comme il surveillait les moissonneurs […] dans les champs, l’ardeur du soleil le frappa à la tête, il dut s’aliter et il mourut » (Jdt 8, 3).

[23] — Les anciens attribuaient aux rayons de la lune les accès de fièvre, souvent accompagnés de cécité passagère, qui, au matin, retiennent grelottant et impuissant le voyageur qui s’était étendu la veille au soir plein de vie sur sa natte. L’écrivain latin Macrobe (vers 400 après J.-C.), dans ses Saturnales, écrit : « La lune a des effets bienfaisants ou nuisibles, tout comme le soleil » (I, 17, 11).

[24] — Saint Robert Bellarmin, ibid., p. 717.

[25] — La Vulgate, ici, a mis le premier membre du verset à l’indicatif présent et le deuxième au subjonctif, en répétant le mot « Seigneur » : « Le Seigneur te garde de tout mal ; que le Seigneur garde ton âme. » L’hébreu a tout mis au futur. Mais le sens est le même.

[26] — Voir Gn 8, 7 ; Dt 28, 6 ; 31, 2 ; 2 S 3, 25 ; 1 R 3, 7.

[27] — Voir aussi Ac 9, 28.

[28] — Saint Jean Chrysostome, Œuvres complètes, t. VI, p. 174.

[29] — Saint Robert Bellarmin, ibid., p. 717.

[30] — Saint Grégoire de Nysse, Homélie 12 sur le Cantique, PG 44, 1024-1026.

[31] — Saint Augustin, In Ps. 120 enarratio, PL 37, 1616.

[32] — Père Emmanuel, Nouvel essai sur les psaumes étudiés au triple point de vue de la lettre, de l’esprit et des applications liturgiques, Mesnil-Saint-Loup, 1869, p. 268.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 56

p. 10-24

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