Vraie ou fausse charité ?
Mère Teresa de Calcutta (1910-1997)
par le frère Marie-Dominique O.P.
L’année 2010 verra le centenaire de la naissance de Mère Teresa, morte en 1997 et « béatifiée » en 2003 par le pape Jean-Paul II. Déjà les préparatifs de la célébration de ce centenaire ont commencé dans l’Église conciliaire. Il faut s’attendre à des éloges dithyrambiques. Mais un examen plus attentif de la vie et de l’œuvre de Mère Teresa conduit à de graves r éserves. C’est ce que montre cet article.
Le Sel de la terre
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« Les témoignages des saints ont de la valeur ; et notre époque a eu celui de Mère Teresa de Calcutta : humble fille d’Albanie, devenue, par la grâce de Dieu, un exemple pour tout le monde dans l’exercice de la charité et dans le service de la promotion humaine » (Benoît XVI, 8 mars 2009 [1]).
« Chaque matin, nous rejoignions la maison mère, et nous avions le bonheur de nous mettre à genoux au pied du tombeau de Mère Teresa. « Ce qui est impressionnant, c’est de voir un bouddhiste en position de lotus, aux côtés d’un musulman la face contre terre, et de voir à ses côtés un chrétien à genoux. Il y a là un mystère ! Ils sont là tous les trois et ils ne se tapent pas dessus ; mieux encore, ils travaillent ensemble : c’est la charité qui les rassemble » (père Benoît-Joseph, de la communauté des Béatitudes [2]).
Éléments biographiques
Enfance
C'est le 26 août 1910, que naquit Gonxha (Agnès) Bojaxhin, à Skopje – alors appelée Üsküb – en Macédoine, alors sous domination turque [3]. Les catholiques y étaient minoritaires, noyés au milieu d’orthodoxes hostiles et de musulmans.
Les parents de Gonxha étaient des émigrés d’Albanie. Ils avaient déjà donné le jour à Aga et Lazare, lorsque Gonxha, leur dernière, vint au monde.
Très vite, elle se révéla de santé fragile : rhumes, troubles respiratoires. Lorsqu’elle fut en âge d’aller en classe, ses parents la mirent d’abord dans une petite école tenue par des religieuses, puis à l’école laïque sans Dieu, comme son frère et sa sœur, et, plus tard, au lycée d’État : les catholiques étaient trop peu nombreux à Skopje pour pouvoir disposer d’un établissement confessionnel assurant toute la scolarité.
Kollë (Nicolas), le père, était entrepreneur en construction. L’entreprise marchait bien et lui avait acquis une bonne fortune. Profondément chrétien, il inculqua très tôt à Agnès l’amour des pauvres : « Ma fille, n’accepte jamais de porter à ta bouche un morceau de pain, sans être disposée à le partager avec d’autres [4] », lui répétait-il souvent.
Kollë était aussi très actif sur le plan politique. Il participait avec ardeur à la vie publique de la cité et était conseiller municipal. Sa maison abritait de nombreuses réunions des nationalistes albanais locaux, ce qui lui suscitait l’hostilité des Serbes et des Bulgares, toutes ces nationalités se déchirant dans ce pays. Kollë devenait l’homme à abattre. En 1919, il se rendit à Belgrade pour plaider la cause de la minorité albanaise. Mais, à son retour à Skopje, il fut pris d’un malaise, et succomba à l’hôpital où il avait été transporté. On parla d’empoisonnement, de crime politique, mais la question n’a jamais été tranchée.
Quoi qu’il en soit, la mère de Gonxha, Drana, dut alors réaliser des prouesses pour subvenir aux besoins de la famille : elle ouvrit un commerce de broderie. Catholique fervente, elle était très active à la paroisse et s’occupait d’œuvres de charité. Le frère de Gonxha, Lazare, dira d’elle : « Notre mère était une femme forte, à la trempe d’acier. Elle était en même temps humble, généreuse, soucieuse des pauvres et profondément religieuse. Je crois que nous lui devons tout [5]. » Après la mort de son mari, elle avait dit à ses enfants : « Moi aussi, j’exigerai que vous soyez bons et que vous serviez d’exemple à tous [6]. » De fait, dira Lazare : « Beaucoup de pauvres de Skopje et des environs connaissaient notre porte. Jamais personne ne repartait les mains vides [7]. »
Pieuse, Gonxha entra aux Enfants de Marie et fit partie de la chorale de la paroisse, dont elle était l’une des meilleures chanteuses. En même temps, elle se révélait vivante, spontanée, malicieuse, et organisatrice née. A l’école, elle était la première de sa classe, toujours prête à aider les autres.
Personne n’est déterminé par son enfance. L’homme reste libre et, avec la grâce de Dieu, peut redresser une mauvaise orientation initiale. Mais il reste utile, pour comprendre certains comportements, d’aller voir ce qui s’est passé dans les premières années de la vie. Nous verrons plus loin que ce qui caractérise Mère Teresa est vraiment sa « charité » œcuménique. Or, son frère Lazare dira de sa sœur, dans son enfance : « Elle était très sociable et elle ne se préoccupait ni de la religion, ni de la langue, ni de la nationalité [8]. » Gonxha a vécu toute sa jeunesse dans un milieu où les catholiques étaient une minorité noyée au milieu d’une population composée d’orthodoxes et de musulmans, comme nous l’avons dit. Par la force des choses – car il faut bien avoir une vie sociale – les contacts avec les membres des autres religions étaient quotidiens. Aux obsèques de son père, seul catholique du conseil municipal, musulmans et orthodoxes étaient présents. Dans un tel contexte, il faut avoir un esprit de foi vraiment très profond pour ne pas tomber au moins dans un certain relativisme religieux. Mère Teresa poussera ce relativisme à l’extrême.
Vocation religieuse
C’est à l’âge de douze ans que Gonxha ressentit pour la première fois l’appel du Seigneur : elle se passionnait pour la revue Missions catholiques, où écrivaient certains missionnaires croates et slovènes de l’Inde. « Je peux affirmer en toute certitude que c’est ce journal qui suscita l’ardeur de Gonxha pour les missions et qui l’aida à développer sa vocation », témoignera Lazare [9].
Mais elle ne parla pas de ses désirs à sa famille.
C’est à l’âge de dix-huit ans, lors d’un pèlerinage au sanctuaire marial de Notre-Dame de Letnice, qu’elle se décida définitivement à entrer en religion, chez les sœurs de Notre-Dame de Lorette (les lorettines), congrégation missionnaire de spiritualité jésuite vouée à l’éducation, de l’enseignement primaire à l’enseignement supérieur, et qui travaillait au Bengale [10]. Ce choix fut sans doute influencé par son confesseur, le père Jambrekovic S.J., curé de sa paroisse.
Mais il fallait se rendre à la maison-mère à Rathfarnam, près de Dublin, en Irlande. Gonxha quitta donc Skopje le 26 septembre 1928, en compagnie d’une autre jeune fille. A la gare, il y avait une centaine de personnes venues lui dire au revoir. Elle ne reverra jamais sa mère.
Elle reçut le saint habit religieux le 12 octobre, avec le nom de sœur Maria-Teresa de l’Enfant-Jésus, sous le triple patronage de Notre-Seigneur, de Notre-Dame et de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Elle fit son noviciat à Darjeeling [11], à 600 km de Calcutta, en Inde, fleuron de la couronne britannique à l’époque. Pendant sa traversée de la Méditerranée, elle avait écrit à ses proches : « Priez pour votre missionnaire, afin que Jésus l’aide à sauver des ténèbres de l’incroyance le plus possible d’âmes immortelles [12]. »
Après 18 mois, sœur Teresa prononça ses vœux temporaires. C’était le 25 mai 1931.
La rencontre avec la misère matérielle de l’Inde avait été pour elle un véritable choc, comme pour tous ceux qui arrivent dans ce pays pour la première fois. La colonisation britannique protestante, seulement préoccupée qu’elle était des intérêts économiques de Londres, n’avait rien fait pour civiliser le pays. Mais que dire de la misère morale, et surtout spirituelle de ces âmes prisonnières du démon dans ces fausses religions ?
Premiers pas en Inde
Aussitôt après ses vœux, sœur Teresa fut affectée à un petit centre missionnaire du Bengale où un poste de santé avait été établi. Là, elle aidait à soigner les malades de toute confession qui affluaient. C’était le premier contact avec toutes les religions de l’Inde.
Cependant, après quelques mois, ses supérieures, sachant sa santé fragile, et remarquant sa vive intelligence, estimèrent que ses talents seraient mieux employés en ville dans l’un des établissements scolaires tenus par les « dames irlandaises ». Elle fut affectée au collège Lorento Entally, école gratuite pour les enfants pauvres. On lui demanda d’enseigner l’histoire et la géographie, tout en poursuivant ses études pour passer le diplôme de professeur. Très vite, elle parvint à se faire aimer de ses élèves. Dans ses temps libres, elle faisait des visites de charité dans les bidonvilles de Calcutta.
Le 24 mai 1937, ce furent ses vœux perpétuels à Darjeeling. Selon la coutume de Lorette, elle prenait désormais le nom de « Mère Teresa ».
A la rentrée scolaire, nouvelle affectation : elle fut envoyée à l’école Sainte-Marie, établissement scolaire privé payant, que fréquentaient des jeunes filles de la haute société indienne, auxquelles leurs parents entendaient donner une éducation européenne de qualité. Elle en fut nommée directrice des études. Elle se donna avec cœur à cette nouvelle tâche, y créant une section des Enfants de Marie. Écrivant à sa mère qu’elle se plaisait dans ce nouveau poste, elle reçut cette réponse qui fut, pour elle, un coup de semonce : « Ma chère enfant, n’oublie pas que, si tu es partie dans un pays si lointain, c’est pour les pauvres [13]. »
Un appel dans l’appel
Cependant, les années passèrent. La Seconde Guerre mondiale arriva, pendant laquelle elle fit, en avril 1942, le vœu privé, « sous peine de péché mortel, de donner à Dieu tout ce qu’il pourrait demander, de ne rien lui refuser [14] ». Elle prit alors l’habitude de répondre immédiatement aux exigences du moment présent. Poussée par son vœu, tout ce qu’elle entreprenait se signalait par un fort désir d’agir sans délai.
Vinrent les bouleversements de l’indépendance de l’Inde : chaos et guerre civile. Des centaines de milliers de réfugiés arrivaient à Calcutta.
Le 10 septembre 1946, dans le train qui la conduisait au couvent de Lorette à Darjeeling pour suivre une retraite, elle ressentit très nettement un nouvel appel de Dieu : « Tandis que je priais à l’intime de moi-même et en silence, j’ai perçu très nettement un appel dans l’appel. Le message était très clair : je devais quitter le couvent de Lorette pour me consacrer au service des autres en vivant au milieu d’eux. […] J’ai senti intensément que Jésus voulait que je le serve dans les pauvres, les abandonnés. […] Jésus m’invitait à le servir et à le suivre dans une pauvreté réelle, en embrassant un genre de vie qui m’assimile aux nécessiteux, dans lesquels il est présent, dans lesquels il souffre, dans lesquels il vit [15]. »
Elle en parla d’abord à son confesseur, le père van Exem, jésuite belge. Celui-ci l’invita surtout à prier, à patienter, pour s’assurer de la volonté de Dieu. Cependant, il accepta d’en parler à l’archevêque de Calcutta, Mgr Fernand Périer, jésuite français. Sa réponse fut négative. Il y avait d’ailleurs déjà à Calcutta une congrégation diocésaine, les Filles de Sainte-Anne, bengalaises, qui visitaient les zones les plus misérables de la ville, vivant très pauvrement, et portant, comme habit religieux un sari indien de couleur bleue.
De toute façon, Mère Teresa avait un début de tuberculose et était condamnée à l’inaction pour un certain temps.
Début 1948, cependant, Mgr Périer finit par donner son accord. Mais on ne quitte pas une congrégation si facilement quand on y a fait des vœux perpétuels. Rome accorda un décret d’exclaustration valable pour un an [16] : pendant ce temps, Mère Teresa vivrait sous l’autorité directe de l’archevêque de Calcutta.
Nouvelle vie au service des plus pauvres
Le 16 août 1948, Mère Teresa quittait la maison des sœurs de Lorette. Pour nouvel habit religieux, elle prenait un sari blanc orné d’un liséré bleu (en l’honneur de Notre-Dame) avec un petit crucifix fixé sur le drapé de l’épaule gauche.
Cependant, Mgr Périer lui avait demandé d’acquérir des connaissances médicales qui lui permettraient de soigner les pauvres. Elle partit donc à l’hôpital de la Sainte-Famille à Patna, à 500 km de Calcutta, pour un stage de trois mois. En même temps, elle obtenait la nationalité indienne, ce qui devait faciliter son travail.
Revenue à Calcutta avant Noël, elle s’installa provisoirement chez les Petites Sœurs des Pauvres. Elle se mit sans tarder à parcourir les rues de cette cité qui n’est qu’un immense bidonville, où l’on meurt sur les trottoirs sans que personne ne s’en soucie : l’hindouisme est certainement la religion la plus désastreuse sur le plan social.
Touchée par l’abandon des enfants des rues, elle improvisa une école sur un terrain vague. Elle écrivait par terre avec un bâton, et effaçait avec ses sandales. Elle eut 23 élèves le premier jour, et 41 dès le lendemain. Elle ouvrit en même temps un dispensaire de fortune en plein air.
Quelque temps après, en février 1949, par l’intermédiaire du père Van Exem, Mère Teresa entra en contact avec un certain Michael Gomez, catholique, qui mit à sa disposition le dernier étage de sa maison au 14 Creek Lane, qui s’emplit bien vite de pauvres recueillis dans les rues et les bidonvilles.
La congrégation des Missionnaires de la Charité
C’est alors que les événements se précipitèrent.
Le 19 mars 1949, une ancienne élève, Shubashini Das, vint proposer son aide à Mère Teresa. En décembre, trois jeunes filles étaient avec elle.
L’expérience étant concluante, Mgr Périer accepta en août de renouveler le statut d’exclaustration pour un an.
Cependant, l’idée de fonder une congrégation faisait son chemin : pour que l’œuvre se développât, il lui fallait une stabilité, et l’on ne pouvait continuer à s’appuyer seulement sur des secours et un bénévolat occasionnels.
Au début des années 50, avec l’aide du père van Exem pour la partie juridique, Mère Teresa se mit à rédiger les statuts de la Congrégation des Missionnaires de la Charité. Elle y écrivit :
Notre mission spécifique est de travailler au salut et à la sanctification des plus pauvres d’entre les pauvres.. […] Notre devoir particulier sera de proclamer Jésus-Christ aux hommes de toutes les nations, et surtout aux personnes confiées à nos soins [17]. Nous nous appelons « Missionnaires de la Charité ». Dieu est amour. La missionnaire doit être missionnaire de l’amour. Au plus profond d’elle-même, elle doit être pleine d’amour et le répandre aussi dans les âmes des autres, qu’ils soient chrétiens ou non [18].
Nous verrons plus loin ce que Mère Teresa entendait par ces propos.
Aux vœux habituels de pauvreté, chasteté et obéissance, les sœurs ajoutaient prononcer celui de se consacrer aux plus pauvres : « Ce quatrième vœu est essentiel à notre congrégation. Nous ne pouvons rien accepter qui supposerait sa transgression [19]. »
La journée type des Missionnaires de la Charité est bien remplie : lever à 4 h 40 ; prière à 5 heures ; à 5 h 45 (même les jours de fête) messe avec prédication. Puis, petit déjeuner et ménage. De 8 h à 12 h 30, service des pauvres et des nécessiteux. A 12 h 30, repas suivi d’une petite sieste. De 14 h 30 à 15 heures : lecture et méditation. A 15 heures : thé. De 15 h 15 à 16 h 30 : adoration du Saint Sacrement. De nouveau, service des pauvres jusqu’à 19 h 30. A 19 h 30, repas. Puis a lieu le conseil, durant lequel les religieuses se répartissent le travail du lendemain. Vers 20 h 30, petite récréation, puis une prière du soir clôture la journée. Une fois par semaine, a lieu une journée entière de récollection.
Mgr Périer soumit les statuts à la Congrégation des Religieux à Rome. L’approbation arriva à Calcutta le 7 octobre 1950. Les Missionnaires de la Charité étaient déjà douze.
Le foyer pour les mourants
Il n’est pas inutile, ici, de décrire à quoi peut ressembler la ville de Calcutta. Cela va nous permettre de réaliser dans quel cadre vont œuvrer les Missionnaires de la Charité. Autrefois appelée le « Paris de l’Orient », voici ce que l’hindouisme en a fait depuis l’indépendance en 1947, d’après la description – toujours actuelle – d’un voyageur :
Calcutta est l’un des plus grands désastres urbains du monde. Une ville rongée de décrépitude où dix mille maisons et des immeubles neufs de douze étages ou plus, menaçaient à tout moment de se lézarder et même de s’écrouler. Façades fissurées, toits branlants, murs dévorés par la végétation tropicale, certains quartiers semblaient sortir d’un bombardement. […] Faute d’un service de ramassage adéquat, mille huit cents tonnes d’ordures s’accumulaient chaque jour dans les rues, attirant des multitudes de mouches, de moustiques, de rats, de cancrelats et autres bestioles. […] Les articles et les reportages de la presse locale ne cessaient de dénoncer ce dépotoir empoisonné de fumées, d’effluves et de gaz nauséabonds, ce décor ravagé de chaussées défoncées, d’égouts crevés, de conduites d’eau éclatées, de lignes téléphoniques arrachées [20].
Un jour, se trouvant avec Michael Gomez, Mère Teresa aperçut sur le trottoir, non loin d’un hôpital, un homme en train d’agoniser. Elle tenta, en vain, d’obtenir l’aide du personnel hospitalier : mais sans ressources, le mourant ne put être admis. Elle se précipita alors à la pharmacie la plus proche. Mais il était trop tard : le malheureux venait de mourir, sans qu’un passant ne s’arrête ni ne tente de lui venir en aide. Un autre jour, elle découvrit avec horreur une femme encore vivante, dont le corps avait commencé à être dévoré par les rats. Ce fut le déclic pour Mère Teresa : il fallait faire quelque chose pour les mourants, car ce genre de scène est quotidien en Inde. Une idée lui vint : trouver un local où les agonisants seraient amenés et où ils pourraient mourir en paix. « Il faut qu’ils sentent qu’il y a des gens qui les aiment vraiment, au moins pendant les heures qui leur restent à vivre, qu’ils connaissent enfin l’amour humain et divin, qu’eux aussi sachent qu’ils sont des enfants de Dieu, qu’ils ne sont pas oubliés, qu’ils sont aimés, qu’ils comptent, et que de jeunes existences sont là, à leur service [21]. »
Le 22 août 1952, jour de la fête du Cœur Immaculé de Marie, Mgr Éric Barber, vicaire général du diocèse, inaugurait officiellement le Nirmal Hriday, la Maison du Cœur Pur, appelée ainsi en l’honneur du Cœur Immaculé de Marie. Il s’agissait d’un foyer pour les mourants abandonnés, installé dans un bâtiment vétuste fourni par les autorités municipales de Calcutta. Le local avait servi autrefois d’accueil pour les « pèlerins » de la déesse Kâlî, déesse de la mort [22], dont le temple est contigu. La présence de religieuses catholiques dans un tel lieu entraîna aussitôt des menaces de la part des hindous. Celles-ci ne cessèrent que le jour où Mère Teresa accueillit au mouroir un « prêtre » de Kâlî qui mourra dans ses bras.
Les sœurs auront besoin d’un courage assez héroïque pour se dévouer à une telle œuvre : les agonisants qu’on amène au Nirmal Hriday sont, le plus souvent, dans un état de crasse repoussante. Leurs membres sont parfois gangrenés, dévorés par les vers. Le spectacle est insoutenable pour les étrangers.
Cependant, il faut aller voir de plus près ce qui se passe au Nirmal Hriday sur le plan religieux. Laissons parler Mgr di Falco dans son ouvrage sur Mère Teresa :
Elle accueille sans distinction catholiques, protestants, musulmans, hindous et parsis [23]. Pour les catholiques, des prêtres sont là pour administrer les derniers sacrements. Pour les autres, ce qui compte, c’est de mourir en paix avec eux-mêmes et avec Dieu. Après leur mort, les pensionnaires du Nirmal Hriday sont enterrés selon les rites de leur religion. Il y a là une admirable et grande leçon de tolérance et d’humanité qui est proprement révolutionnaire. Mère Teresa, volontiers accusée de conservatisme, n’a pas attendu le concile Vatican II pour pratiquer l’œcuménisme et pour être à l’écoute des religions non chrétiennes. Et ce comportement n’a pas été sans lui valoir quelques critiques à ses débuts de la part de certains membres du clergé, qui lui reprochaient de négliger sa fonction de missionnaire [24].
Expansion de l’œuvre
L’œuvre s’étend. Au début de l’année 1953, ce fut le déménagement de la maison mère, nom d’ailleurs bien pompeux pour l’humble appartement de Michael Gomez.
A la fin d’une neuvaine à sainte Cécile, Mère Teresa trouva une maison à vendre en plein cœur des quartiers populaires et miséreux de Calcutta, au 54 Lower Circular Road. Mgr Périer débloqua aussitôt les fonds nécessaires à l’acquisition. Les sœurs s’y installèrent en février.
En 1955, ce fut l’ouverture d’un foyer pour les enfants abandonnés : le Nirmala Shishu Bavan. Au long des années, il recueillera des milliers d’enfants :
En 1957, ce fut l’installation d’un village lépreux, Shantinagar (village de la paix), à 250 km de Calcutta. Quatre cents familles de lépreux y furent regroupées, chacune possédant une maison et un lopin de terre. Une école y fut construite. Shantinagar fut à l’origine de nombreuses expériences similaires en Inde.
En 1959, Mère Teresa obtint l’autorisation d’ouvrir de nouvelles maisons en dehors de Calcutta. Dans les cinq années qui suivirent, quinze nouvelles maisons furent fondées en Inde. Dans le même temps, les vocations affluaient pour les Missionnaires de la Charité.
En 1963 – c’était l’époque du Concile – la congrégation comportait une centaine de sœurs. Le 25 mars, une dizaine de jeunes Indiens réunis autour de Mère Teresa et du nouvel archevêque de Calcutta, Mgr Albert de Souza, formèrent le premier noyau d’une branche masculine. Elle sera confiée au père Ian Travers-Ball (qui prendra le nom de frère Andrew). Jésuite australien, il obtiendra la permission de quitter l’Ordre avant sa profession perpétuelle, pour devenir le supérieur de l’Institut naissant, qui n’aura d’ailleurs jamais le succès des sœurs [27]. Le devoir des Frères Missionnaires de la Charité consiste à travailler là où les sœurs ne peuvent absolument pas aller ou ne le peuvent qu’avec d’énormes difficultés. Au Foyer des mourants, ils s’occupent surtout des hommes, tandis que les sœurs s’occupent surtout des femmes. Ils prennent aussi soin des orphelins, des mineurs abandonnés et des grands infirmes. Beaucoup travaillent au milieu des lépreux.
En 1964, ce fut la visite spectaculaire de Paul VI en Inde. Le pape ne put rencontrer Mère Teresa, mais lui fit don de sa voiture Lincoln blanche, aussitôt vendue pour les pauvres. Paul VI voulut récompenser Mère Teresa : en 1965, la congrégation des Missionnaires de la Charité fut reconnue de droit pontifical, ce qui lui donnait la possibilité d’ouvrir des maisons dans le monde entier, partout où un évêque lui ouvrirait ses portes.
Son amitié intime avec le pape Jean-Paul II, qui visita le Nirmal Hriday en 1986, facilita encore l’extension de l’œuvre. Tous les continents accueillirent les missionnaires de mère Teresa. La congrégation s’étendit partout où il y avait des pauvres à secourir, même dans les pays riches.
Elle se diversifia en plusieurs branches : les sœurs Missionnaires de la Charité (actives), les sœurs Missionnaires du Verbe [28], les frères Missionnaires de la Charité (actifs) , les frères Missionnaires du Verbe [29], les pères Missionnaires de la Charité [30], les coopérateurs ordinaires [31], les coopérateurs malades et souffrants [32]. Ces derniers, hommes et femmes « de toutes les religions », comme le disent les textes de la congrégation [33], sont au moins 200 000 aujourd’hui.
Mais il y eut « mieux » :
Environ quatre-vingts jeunes filles hindoues vinrent exprimer leur désir d’être accueillies dans la congrégation. Elles étaient disposées à la vie en commun, à l’acceptation des vœux et des autres devoirs, tout en refusant de cesser d’être hindoues. Mère Teresa en fut heureuse et surprise, et elle les aurait volontiers acceptées, mais elle ne voulut pas précipiter les choses. Suivant sa vieille habitude, elle commença par prendre conseil, puis elle se tourna vers Rome en expliquant le cas. [Nous étions sous le pontificat de Jean-Paul II]. L’année même (1981), on lui fit savoir que sa demande était acceptée. Les non-chrétiennes pouvaient aussi faire partie des Missionnaires de la Charité à condition qu’elles acceptent complètement le style de vie des sœurs [34].
A la mort de Mère Teresa en 1997, les Missionnaires de la Charité étaient presque 4000, répartis dans près de 600 fondations, dans 123 pays du monde.
Notoriété mondiale
Sans qu’elle l’ait recherché, semble-t-il, Mère Teresa se vit attribuer tous les honneurs que le monde peut aujourd’hui accorder.
En 1962, le gouvernement indien lui accorda le Lotus d’Or, une des plus hautes distinctions du pays.
La conférence des chefs d’État asiatiques lui décerna le prix Magsaysay [35], doté de 50 000 roupies qui lui permettront d’ouvrir un nouveau foyer pour les enfants abandonnés.
A la Noël 1970, le pape Paul VI lui attribua le prix de la paix Jean XXIII, et présida lui-même la cérémonie de remise du prix le 6 juin 1971, en présence de tous les membres du corps diplomatique en poste auprès du Saint-Siège. Le secrétaire général de l’O.N.U., le Birman U. Thant, envoya à cette occasion un télégramme de félicitations.
La même année, Mère Teresa reçut à Boston le prix du Bon Samaritain, créé par la famille Kennedy.
En 1972, l’Inde lui décerna le prix Nehru pour son action lors de la guerre du Bangladesh.
En 1973, la Grande-Bretagne l’honorait par le très gnostique prix Templeton [36], prix que lui remit le duc d’Édimbourg en présence de la reine Élisabeth.
Nous ne pouvons citer tous les prix qu’elle reçut.
Le 16 octobre 1979, ce fut la distinction suprême, le couronnement : le Prix Nobel de la paix. Elle le reçut à Oslo en décembre. L’évêque de sa ville natale, Skopje, était présent, ayant été vivement encouragé à s’y rendre par les autorités communistes yougoslaves. La remise du prix fut précédée par une journée œcuménique : après une messe solennelle en la cathédrale catholique, ce fut une cérémonie en la cathédrale luthérienne en présence des représentants de toutes les confessions religieuses de Norvège, puis l’on se rendit au Centre pastoral luthérien où Mère Teresa reçut le prix du Peuple [37]. Le 10 décembre, ce fut la remise du Prix Nobel à l’université d’Oslo en présence de la famille royale et de tout le corps diplomatique. Le maréchal Tito, le tyran communiste yougoslave, avait envoyé un message de félicitations à Mère Teresa : « Votre noble activité […] va réveiller l’intérêt que le monde doit avoir pour le bien-être de l’homme [38] ».
Ces honneurs l’ont consacrée comme modèle. Elle fut élevée, au cours des années soixante-dix, à une célébrité universelle sans doute contraire à ses désirs. Elle a été choisie comme le symbole moderne de l’engagement humanitaire et de la « solidarité », elle est une figure emblématique. L’« establishment » international fait d’elle un mythe vivant, et cette quasi-sainteté lui attire une grande vénération. De son vivant déjà, on lui a conféré la qualité de sainte. Lorsqu’elle reçut le Prix Nobel, le New York Times inventa pour elle une catégorie inédite en titrant : Mother Teresa, a secular saint, c’est-à-dire une sainte reconnue par le monde profane ou laïque. Le titre de « sainte » lui avait déjà été conféré lorsqu’elle fut désignée comme « femme de l’année » par le magazine Time (29 décembre 1975). Le Nouvel Observateur l’appelle « la plus grande femme vivante » (4 novembre 1983). Et lorsque Javier Perez de Cuellar l’accueille en octobre 1984 à l’assemblée générale des Nations Unies, il la qualifie de « femme la plus puissante de la terre » [39].
Rapports avec les gouvernements
Avant l’obtention du Prix Nobel, Mère Teresa était déjà une personnalité influente, mais cette distinction lui conféra une autorité plus grande qui la fit traiter avec les chefs d’État eux-mêmes pour étendre son œuvre d’assistance aux malheureux.
Elle traita avec tous les régimes, même les moins recommandables, et à accepter certaines compromissions. Elle ne semble pas s’être rendu compte qu’elle servait finalement de caution et d’image de marque à ces gouvernements :
En juillet 1985 [40], elle a visité Cuba pour préparer une fondation dans cette île. Elle était apparemment enchantée de sa visite à La Havane et de son entrevue avec Fidel Castro, le bourreau qui a fait de Cuba un immense goulag, avec ses milliers de détenus dans les camps de concentration. Le moins qu’on puisse dire est qu’il s’agit de naïveté politique. Mère Teresa s’est rendue en Union Soviétique en 1987, à l’invitation des camarades soviétiques, et elle a parlé à la presse sous le portrait de Karl Marx (ou de Lénine, selon les sources). Au terme de sa visite, le Comité soviétique pour la Paix lui a décerné la médaille d’or du « combattant de la paix » [41]. Elle n’a pas dit un mot du régime communiste. Pourquoi ce silence quand elle avait une occasion d’user du crédit dont elle jouit pour faire honte à ce régime ? De fait, elle a plutôt apporté son aide aux dirigeants du Kremlin. Quoiqu’il en soit de ses intentions, il faut bien constater qu’elle a manqué de discernement, elle est tombée dans le piège des machinations politiques des apparatchiks communistes, elle leur a servi objectivement d’« idiot utile ». Elle est un personnage d’un grand prestige moral, et pour les communistes, de telles visites sont un succès et une belle victoire de propagande [42].
Ajoutons que, début décembre 1990, Mère Teresa s’était rendue dans son pays, encore sous le joug communiste, où elle reçut la médaille de l’Ordre de Naim Frasheri des mains de la veuve d’Enver Hoxda, femme sanglante qui dirigeait le Front démocratique populaire, façade du parti communiste [43].
Rappel à Dieu
Ce fut dans la soirée du 5 septembre 1997, dans un hôpital de Calcutta, que Mère Teresa rendit son âme à Dieu, à la suite d’une maladie cardiaque remontant à 1983 [44]. Elle était âgée de 87 ans.
Depuis le chapitre général de mars 1997, convoqué en hâte à cause de la détérioration de la santé de Mère Teresa, c’était sœur Mary Nìrmala Joshi, 64 ans, hindoue convertie, supérieure de la branche contemplative, qui la remplaçait à la tête des Missionnaires de la Charité.
Les funérailles furent célébrées dans la matinée du 13 septembre, dans le stade Netaji de Calcutta « au cours d’une célébration interreligieuse [45] », et en présence de chefs d’États et de chefs de gouvernement du monde entier. Le corps de Mère Teresa fut transporté en procession dans les rues de Calcutta, escorté par l’armée, sur le camion militaire qui avait aussi transporté les dépouilles mortelles de Gandhi et de Nehru.
Une étrange nuit
Dix ans après la mort de mère Teresa, la publication de quarante-quatre de ses lettres causa une certaine émotion dans le monde, même chez les plus proches collaborateurs de Mère Teresa qui n’avaient jamais soupçonné les ténèbres intérieures dans lesquelles avait vécu la fondatrice [46]. On y lisait en effet des phrases assez surprenantes :
Seigneur mon Dieu, qui suis-je pour que vous me rejetiez ? L’enfant de votre amour – et maintenant devenue comme la plus haïe – celle que vous avez rejetée. […] Les ténèbres sont si sombres – et je suis seule – indésirable, abandonnée. […] Où est ma foi ? Même au plus profond, tout au fond, il n’y a rien d’autre que le vide et l’obscurité. […] Je n’ai pas la foi [47]. Maintenant, Père – depuis 49 ou 50, cette terrible sensation de perte – ces ténèbres indicibles – cette solitude – ce continuel désir de Dieu – qui me fait si mal au fond de mon cœur – les ténèbres sont telles que je ne vois vraiment pas – ni avec mon esprit ni avec ma raison. – La place de Dieu dans mon âme est vide. – Il n’y a pas de Dieu en moi. – Quand la douleur du désir est si grande – je ne fais que désirer Dieu encore et encore – et c’est là que je sens. – Il ne veut pas de moi. – Il n’est pas là. Le Ciel, les âmes, eh bien ! ce ne sont que des mots qui n’ont aucun sens pour moi. Ma vie elle-même semble si contradictoire. J’aide les âmes – à aller où ? Pourquoi tout ceci ? […] Dieu ne veut pas de moi [48]. Si jamais je deviens sainte, je serai certainement une sainte des « ténèbres ». Je serai continuellement absente du Ciel – pour allumer la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres sur terre [49].
Bien sûr, il faut lire le livre en entier. On trouve alors des passages tels que ceux-ci :
Vous serez très heureuse d’apprendre que le jour où vous avez célébré votre sainte messe pour l’âme de notre Saint-Père [50] dans la cathédrale, j’ai prié pour qu’il me donne une preuve que Dieu était content de la congrégation. Et tout de suite, ces longues ténèbres ont disparu, cette douleur de la perte, de la solitude, de cette étrange souffrance de dix années. Aujourd’hui, mon âme est remplie d’amour, d’une joie indicible, d’une union d’amour intacte [51]. Je désire Dieu ardemment. Je brûle de l’aimer d’un amour profond et personnel. Je ne peux pas dire que je sois distraite. Mon esprit et mon cœur sont habituellement avec Dieu [52]. Ma volonté est fermement liée à Jésus [53].
Dans le livre, on parle même de locutions (paroles) intérieures, d’extases, d’apparitions de Notre-Seigneur et de Notre-Dame :
Le 10 septembre [1946], Mère Teresa commença à recevoir une série de locutions intérieures qui se poursuivirent jusqu’au milieu de l’année suivante. Elle entendait réellement la voix de Jésus et entretenait une conversation intime avec lui [54]. « Tu t’habilleras de vêtements indiens simples, ou plutôt comme s’habillait ma Mère – avec simplicité et pauvreté. […] Ton sari deviendra saint parce qu’il sera mon symbole [55]. » L’état d’extase pourrait être atteint très bientôt, car l’union avec Notre-Seigneur est continuelle, et si profonde et violente que le ravissement ne semble guère éloigné [56]. Dans la deuxième vision, elle était avec Notre-Dame qui la suppliait : « Amène [les pauvres] à Jésus. Porte-leur Jésus ». Marie l’encourageait à répondre à ces deux supplications, indiquant un moyen pour que tout aille bien : apprendre aux pauvres à dire le chapelet en famille, avec l’assurance que Notre-Dame serait présente [57].
Les premières citations semblent indiquer une nuit causée par la perte de la foi. Les autres semblent refléter une telle vie mystique, que les épreuves de Mère Teresa apparaissent plutôt comme des ténèbres purificatrices. Comment discerner ?
Avant d’aller plus loin, il nous faut d’abord examiner la question des faveurs extraordinaires.
Les faveurs extraordinaires
Tout d’abord, les paroles intérieures, les extases, les visions de Notre-Seigneur et de Notre-Dame sont-elles une preuve évidente de la sainteté d’une personne ?
Les faveurs extraordinaires qui accompagnent parfois la contemplation infuse [58], c’est-à-dire les révélations privées, les paroles surnaturelles, les visions, saint Jean de la Croix en traite longuement dans La Montée du Carmel, ch. IX à XXX, en les distinguant avec grand soin de la contemplation infuse qui, elle, se rattache à la grâce des vertus et des dons, ou grâce sanctifiante [59].
Ces faveurs extraordinaires peuvent donc accompagner la sainteté, mais elles ne la constituent pas. « Le moindre degré de grâce sanctifiante est infiniment supérieur au phénomène de l’extase, à la vision prophétique des événements futurs », écrit encore le père Garrigou-Lagrange [60], parce que ces phénomènes ne sont surnaturels que par leur cause, leur mode de production [61], tandis que la grâce sanctifiante et son cortège de vertus et de dons sont du surnaturel par essence.
La sainteté consiste essentiellement dans l’état de grâce et la pratique héroïque des vertus morales et théologales avec le secours des dons du Saint-Esprit. Ce sont ces vertus qu’il faut surtout examiner pour proclamer la sainteté d’une personne.
Il faut ajouter que ces phénomènes extraordinaires sont un terrain facile pour l’illusion, et un domaine où le démon peut se glisser aisément pour tromper les hommes.
Les locutions, visions, etc., dont Mère Teresa dit avoir été l’objet, ne sont donc pas en soi une preuve de sa sainteté. Abordons maintenant la question de son étrange nuit.
Les purifications ou nuits obscures de l’âme
La perfection chrétienne consiste principalement dans la charité. Il ne suffit pourtant pas, c’est trop évident, d’avoir cette vertu, d’être en état de grâce, pour avoir atteint la perfection proprement dite [62].
On ne peut arriver en effet à la pleine perfection de la charité sans passer par les purifications passives des sens et de l’esprit [63].
Les purifications des sens sont nécessaires pour purifier l’âme des complaisances qu’elle prend dans les consolations sensibles. Les purifications de l’intelligence délivrent l’âme de l’orgueil spirituel. Les purifications de la volonté la libèrent de l’amour-propre. Toutes sont admirablement décrites par saint Jean de la Croix dans ses ouvrages La Nuit obscure et Vive Flamme d’amour.
Lorsque l’âme est suffisamment purifiée, Dieu peut alors la faire entrer dans une autre nuit, plus réparatrice que purificatrice, qui est une participation à l’état de victime de Notre-Seigneur pour le salut des pécheurs [64].
Les ténèbres que Mère Teresa décrit dans sa correspondance, seraient-elles alors les nuits purificatrices et réparatrices dont parle la théologie mystique ? Les éditeurs de l’ouvrage Mère Teresa l’affirment sans hésiter, s’appuyant sur le père Garrigou-Lagrange lui-même :
Lorsque la nuit de l’esprit est surtout purificatrice, sous l’influence de la grâce qui s’exerce principalement par le don d’intelligence, les vertus théologales et l’humilité sont purifiées de tout alliage humain. […] Alors, malgré toutes les tentations contre la foi et l’espérance, l’âme croit fermement par un acte direct d’une façon très pure et très haute qui survole la tentation. […] Lorsque cette épreuve est surtout réparatrice, lorsqu’elle a principalement pour but de faire travailler l’âme déjà purifiée au salut du prochain, alors elle conserve les mêmes caractères fort élevés que nous venons de dire, mais elle prend un autre caractère qui fait davantage penser aux souffrances intimes de Jésus et de Marie qui n’avaient pas besoin d’être purifiés [65].
Le père Garrigou-Lagrange ajoute que les souffrances de la purification passive de l’esprit « durent parfois toute la vie [66] », comme ont duré, de 1950 jusqu’à son décès, les épreuves intérieures de Mère Teresa.
Le père Bryan Kolodiejchuk trouve même une clef pour expliquer les nuits de Mère Teresa :
Mère Teresa prit conscience que ses ténèbres étaient le côté spirituel de son œuvre, une participation à la souffrance rédemptrice du Christ, [mais que ce n’était pas] une purification des imperfections caractéristiques des débutants dans la vie spirituelle, ou même des imperfections communes à ceux qui sont les plus avancés sur le chemin de l’union à Dieu. […] Ses ténèbres étaient une identification avec ceux qu’elle servait : elle était entraînée de façon mystique dans la douleur profonde qu’ils éprouvaient parce qu’ils se sentaient indésirables et rejetés et, par-dessus tout, parce qu’ils vivaient sans la foi en Dieu [67].
Il s’agirait donc d’une nuit réparatrice.
Cependant, pour discerner les vrais des faux prophètes, Notre-Seigneur nous donne un moyen infaillible :
Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre porter de bons fruits. […] C’est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Ce ne sont donc pas tous ceux qui me disent : « Seigneur ! Seigneur ! » qui entreront dans le royaume des Cieux, mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les Cieux, celui-là entrera dans le royaume des Cieux (Mt 7, 18-21).
Quels sont les fruits de la purification de la foi ?
Au terme d’une pareille épreuve, la foi est considérablement augmentée, elle est décuplée et plus encore. La nuit de l’esprit devient une nuit étoilée où l’on entrevoit les profondeurs du firmament ; il fallait pour cela que le soleil se soit caché [68]. Cette transformation n’est autre chose que l’illumination de l’entendement par la lumière surnaturelle, de telle sorte qu’il est uni au divin et devient divin [69].
La purification passive de l’esprit a donc pour effet une foi décuplée. Or, les lignes qui suivent vont montrer que l’attitude de Mère Teresa à l’égard des fausses religions fut aux antipodes de la foi catholique, comme nous avons déjà commencé à le constater. On doit même dire que, jamais, dans l’histoire de l’Église, on n’a vu un saint ou un bienheureux se comporter de telle manière. La moindre chose qu’on puisse donc dire, est qu’on ne rencontre pas, chez Mère Teresa, l’augmentation de la foi caractéristique des nuits passives de l’esprit. C’est même le contraire. Voyons-le sans tarder.
La « sainte » de l’œcuménisme
Un vingt-cinquième anniversaire mémorable
Du 28 septembre au 7 octobre 1975, pour le vingt-cinquième anniversaire de la fondation des Missionnaires de la Charité, Mère Teresa fut invitée à des cérémonies organisées à cette occasion dans les temples des dix-huit religions présentes à Calcutta.
Un compte-rendu de cette semaine étonnante fut rédigé par une religieuse à l’usage exclusif des sœurs de la congrégation. La revue Missi en publia néanmoins des extraits illustrés de photographies, qui donnent une idée des « fastes » de ces journées.
[Ce fut une semaine] absolument unique dans l’histoire spirituelle de l’humanité [70] par la participation des dix-huit religions présentes à Calcutta : bouddhistes, divers jaïns vêtus de blanc ou vêtus d’espace [c’est-à-dire entièrement nus], sikhs, parsis, musulmans, juifs, diverses confessions chrétiennes [c’est-à-dire protestantes], un carrousel de cérémonies, jusqu’à cinq dans la même journée, qui obligeait Mère Teresa et sa brigade de jeunes religieuses, au sari blanc et bleu, à courir aux quatre coins de l’immense ville de la terrible déesse Kâlî, d’où son nom Kâlîcatta (Calcutta) [71].
Donnons quelques détails pour mieux apprécier cette semaine unique en son genre.
Tout commença le matin du 28 septembre dans l’église arménienne. Puis, après une visite chez les protestants méthodistes :
La Mère se précipita au temple Digambard Jaïn avec un groupe de religieuses [72]. A leur entrée, sept tambours, deux cymbales et trois paires de « Jerry Jerries » les accueillirent. C’était une grande pièce carrée ; des tapis étaient étalés par terre. On nous a d’abord conduites aux quatre digambards (moines jaïns). Ces moines appartiennent à la secte la plus stricte des jaïns, et sont des contemplatifs qui observent cinq vœux : de non-violence, de respect de la propriété, de fidélité, de célibat et de pauvreté, y compris les vêtements (ils sont entièrement nus). Ils ne mangent qu’une fois par jour, et debout. Tous les quatre étaient assis à gauche de l’autel, alors qu’à droite se tenaient les religieuses jaïn, vêtues de saris blancs. Cinq jeunes filles chantèrent « Meri Bhaivana » (ma contemplation [73]), et l’assemblée reprit en chœur[74]. Puis ce fut la procession et la mise sur le trône de la statue de Mahariva. Cinq adorateurs, vêtus de beaux vêtements, baignèrent la statue en versant de l’eau avec des coupes d’argent, tandis que l’assemblée acclamait. Après quoi, la Mère parla du « service à son prochain ». Le moine digambard principal dit quelques mots sur les principaux enseignements de Mahariva : « Vivez et laissez vivre les autres. »
Cette première journée s’acheva à l’église Saint-Jammes toute illuminée, où l’on pénétra au son de l’accordéon.
Le 3 octobre, on se rendit chez les hindouistes pour assister à la prière solennelle de Brahmo Samaj.
Puis on alla au temple hindou de Sree Iakshmi Narayaun :
Les personnes les plus riches de Calcutta se trouvaient rassemblées pour attendre la Mère. Tous touchèrent les pieds de la Mère et la conduisirent au sanctuaire. Tous les assistants invoquèrent les cent noms de Dieu avec beaucoup de dévotion. Tout était en sanskrit et très solennel. Ce même soir, à 16 h 40, nous étions avec les parsis [75] en train de louer le Seigneur pour sa bonté.
Le 5 octobre, il y eut une messe solennelle d’action de grâces en la cathédrale catholique de Calcutta, messe concélébrée par l’archevêque entouré de vingt prêtres. Puis la Mère et les religieuses se rendirent à une cérémonie organisée chez un autre groupe jaïniste de la ville.
Le 6 octobre, le service d’action de grâces eut lieu à la synagogue Maghen David. Mère Teresa eut le privilège unique d’être admise à entrer dans le « saint des saints » avec un groupe de sœurs. Puis on lut une prière composée pour la circonstance :
Nous, les juifs de Calcutta, nous nous unissons à l’action de grâces et prions pour que le Père, dans sa miséricorde, préserve Mère Teresa et ses religieuses, les garde et les délivre de tout souci et de toute peine. Que vienne le jour où les enfants des hommes comprendront qu’ils ont un Père, qu’un seul Dieu les a créés [76]. Alors la lumière de la justice universelle illuminera le monde, et la connaissance de Dieu couvrira la terre, comme l’eau couvre la mer. Amen.
Nous sommes onze ans avant le sommet inter-religieux d’Assise organisé par Jean-Paul II (27 octobre 1986). On comprend que Mère Teresa s’y soit rendue. Pour elle, cette journée fut « le plus beau don de Dieu [77] ».
Quelle différence avec l’attitude de saint François Xavier (1506-1552), le grand apôtre de l’Asie :
Saint François Xavier ne se contentait plus maintenant de prêcher dans la rue et à la porte des bonzeries ; il pénétrait résolument chez les moines, provoquait les controverses, allait et venait, entrait et sortait comme s’il était chez lui. Il ne craignait pas de reprocher en face à ces vénérables personnages l’infamie [78] dont ils ne faisaient pas mystère [79]. […] [François Xavier] fit proclamer par Fernandez [son compagnon] que le Dai-Nitchi [ou Bouddha primordial] des moines Shingon était une invention du diable. Immédiatement, les bonzeries se fermèrent devant lui et la lutte commença. […] Souvent, il a été frappé de coups de bâton, injurié, et il supportait tout pour l’amour de Dieu. […] Ils opposèrent prédication à prédication. La foule se pressait à leurs sermons. Là, ils disaient tout le mal possible de notre Dieu. […] Mais rien n’y faisait, les conversions continuaient, et c’est justement dans l’entourage des bonzes qu’elles allaient se multipliant. Les jeunes gens, leurs élèves, les quittaient en foule et s’en venaient révéler au père des mystères de débauche et de fourberie [80].
Le péché d’idolâtrie et l’assistance aux cultes idolâtriques
Le comportement de Mère Teresa nous amène à parler du péché d’idolâtrie chez les adeptes des fausses religions, et de la licéité de l’assistance à de tels cultes. Ceci est d’autant plus nécessaire que, depuis la déclaration Nostra Aetate [81] du concile Vatican II et ses conséquences pratiques que furent le rassemblement inter-religieux d’Assise en 1986 et les cérémonies semblables qui se multiplient, l’idolâtrie a été comme banalisée et ne scandalise plus.
Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face, dit Dieu (Ex 20, 3). Le Dieu suprême a droit à un hommage spécialement réservé, sa perfection le mettant à un titre unique au-dessus de tout [écrit saint Thomas d’Aquin (II-II, q. 94, a. 2)]. A regarder le péché en lui-même, l’idolâtrie sera jugée d’une gravité suprême. Ne nous paraît-il pas qu’ici-bas, dans un État, le plus grand des crimes est de rendre à un autre que le roi véritable les honneurs royaux ? Celui qui fait cela trouble, autant qu’il est en lui, l’ordre entier de l’État. Ainsi en est-il des péchés contre Dieu. Ce sont les plus graves de tous ; et pourtant parmi eux il en est un d’une gravité suprême : c’est celui qui consiste à rendre à une créature les honneurs divins. Qui fait cela dresse dans le monde un autre Dieu, et porte atteinte, autant qu’il est en lui, à la souveraineté de son empire [II-II, q. 94, a. 3].
Le père Pègues fait le commentaire suivant :
Il est certain que, pour saint Thomas, de tous les péchés, au sens le plus absolu du mot, à comparer les péchés entre eux en raison de leurs objets, le plus grave est celui de l’idolâtrie, plus grave même que les autres péchés qui sont contre Dieu, sans en excepter les péchés qui s’opposent directement aux trois vertus théologales [foi, espérance et charité]. Et la raison en est très simple : c’est que l’idolâtrie comprend ces péchés et y ajoute quelque chose, à savoir la protestation extérieure que constitue le culte idolâtrique. Car de lui-même, et quelle que soit l’intention intérieure de celui qui agit, le culte idolâtrique est une négation et une destruction de l’Être divin en ce qui le distingue proprement lui-même, qui est précisément d’être unique et absolument sans rival : négation et destruction qui ont ce caractère particulier de gravité qu’elles s’affirment extérieurement sous la forme la plus grave et la plus solennelle qui est celle de la religion [82].
Que penser maintenant de catholiques qui assisteraient à un culte idolâtrique ?
La participation des fidèles aux cérémonies d’un culte non catholique [83] peut être active et formelle, ou passive et matérielle. Elle se présente sous la première forme quand un catholique participe à un culte hétérodoxe avec l’intention d’honorer Dieu par ce moyen, à la manière des non-catholiques. La participation est passive et seulement matérielle lorsqu’un catholique prend part à une cérémonie d’un culte hétérodoxe pour des raisons sérieuses tirées des convenances sociales, mais sans avoir l’intention de participer à ce culte en y associant sa pensée. « Il est défendu aux fidèles d’assister activement de quelque manière que ce soit ou de prendre une part active quelconque aux cérémonies publiques d’un culte non catholique [schismatique, hérétique ou païen] [84]. » Une telle participation est interdite parce qu’elle implique profession d’une fausse religion et partant, reniement de la foi catholique. Elle offre en tous cas, même si toute idée de reniement pouvait être écartée, un danger de perversion pour son auteur, un danger de scandale pour les fidèles, et une approbation extérieure des croyances erronées qui inspirent les cultes dissidents [85].
Le père Prümmer fait remarquer qu’ « il n’est jamais permis de simuler extérieurement l’adoration d’une idole, même pour éviter la mort [86] ». Que de chrétiens sont d’ailleurs morts martyrs sous l’empire romain pour avoir refusé de jeter un grain d’encens aux faux dieux ! Ceux qui en avaient la faiblesse étaient même très sévèrement punis dans l’Église primitive. Il n’existe plus de peines canoniques spécifiques pour ce péché dans le Droit actuel, mais comme de tels péchés sont fréquemment conjoints avec l’hérésie, leurs auteurs encourent les peines portées contre les hérétiques, en particulier l’excommunication.
Il ne semble pas, à lire le compte rendu écrit par une de ses religieuses, que Mère Teresa se soit contentée d’une simple participation passive pour raisons de convenance. Une telle attitude, qui est une approbation au moins extérieure des cultes idolâtres, est un immense scandale pour l’Église.
Mais il faut aller plus loin.
Refus de convertir à la vraie foi
On entend parfois dire, que, si Mère Teresa ne baptisait pas, n’évangélisait pas, c’est parce que cela lui était impossible.
Il est vrai qu’en Inde, existent des lois « anti-conversion » qui rendent très difficile l’évangélisation directe [87]. Un missionnaire imprudent risque aujourd’hui l’expulsion ou l’assassinat. Si une personne veut se convertir au catholicisme, elle doit prendre contact avec les officiers de police supérieurs trente jours avant son baptême, et le prêtre doit envoyer la liste des catéchumènes pour approbation. Il faut avoir au moins 18 ans pour être autorisé à se convertir à la religion catholique.
Mère Teresa confia d’ailleurs un jour au père Le Joly :
Voyez-vous, il se peut que nous ne prêchions pas le Christ comme nous le voudrions, parce que nous acceptons l’aide du gouvernement et de plusieurs organismes. Alors, nous avons les mains liées [88].
A cela l’on peut répondre : Mère Teresa devait-elle se rendre la tâche d’évangélisation encore plus difficile en acceptant l’aide du gouvernement ? Le missionnaire n’a pas à enchaîner l’Évangile, fût-ce avec une chaîne d’or. Ce qui est le plus précieux pour l’Église, c’est la liberté de la prédication pour le salut des âmes.
D’autre part, que veut dire Mère Teresa lorsqu’elle confie qu’elle ne peut prêcher le Christ comme elle le veut ?
Laissons la parler pour connaître sa conception de l’évangélisation :
A un journaliste qui lui demandait : « Votre exemple peut-il convertir ? », Mère Teresa répondit :
Oh ! J’espère que je convertis ! Mais je ne l’entends pas dans le même sens que vous. Ce que nous essayons de faire, ce que nous essayons tous de faire par notre travail en servant les gens, c’est de nous rapprocher de Dieu. Si, placés face à Dieu, nous l’acceptons dans nos vies, alors nous nous convertissons, nous devenons un meilleur hindou, un meilleur musulman, un meilleur catholique. De quelle approche userais-je ? Pour moi bien sûr, ce serait l’approche catholique, pour vous ce pourrait être une approche hindoue, pour quelqu’un d’autre ce serait une approche bouddhiste. Selon votre conscience propre, ce que Dieu est dans votre esprit, c’est cela que vous devez accepter [89].
C’est la négation de l’obligation de croire à la Révélation divine pour être sauvé. Selon le nouveau dogme du primat de la conscience subjective, chacun croit à l’image de Dieu qu’il s’est faite dans son esprit, et tout est bien. Telle est la religion de Mère Teresa.
Mais continuons les citations :
Jésus ne dit pas : « Attachez-vous au monde », mais : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Vous ne pouvez aimer comme il l’a fait sans la prière. Quelle que soit votre manière de prier et quelle que soit votre religion, priez ensemble [90].
Que vous soyez hindou, musulman ou chrétien, la manière dont vous vivez est la preuve que vous appartenez totalement à Dieu ou non [91]. Vous l’appelez Ishwar, certains l’appellent Allah, d’autres Dieu, mais nous devons tous reconnaître qu’il est celui qui nous a faits pour de plus grandes choses : aimer et être aimé. Le père de notre patrie, Gandhi [92], a dit : « Celui qui sert le pauvre, sert Dieu ». […] Je prie pour que vous ordonniez une journée de prière pour tout le pays. Les catholiques de notre pays ont demandé que le vendredi 6 avril, ait lieu [pour leur communauté] une journée de jeûne, prière et sacrifice, afin de maintenir la paix et l’harmonie communes, et pour que soit garantie à l’Inde la liberté religieuse. Je vous demande de proposer une journée semblable pour toutes les communautés [de diverses religions] de notre pays, pour que nous obtenions la paix, l’unité et l’amour ; pour que nous devenions un seul cœur plein d’amour, et ainsi que nous devenions le soleil de l’amour de Dieu, l’espoir du bonheur éternel et de la flamme brûlante de l’amour de Dieu et de la compassion, dans nos familles, notre pays et le monde [93].
C’est dans le même esprit que Mère Teresa ne cherchait pas à convertir et baptiser les païens moribonds hébergés dans ses refuges :
Non. Les baptiser, non. Je ne cherche pas à convertir au christianisme mes malades. Il est essentiel que chacun trouve Dieu à travers la pratique de sa religion. Mais je mets un billet dans les mains de chacun. C’est le billet d’entrée pour le paradis [94].
« Les hindous [mourants] reçoivent de l’eau du Gange sur leurs lèvres ; aux musulmans, on lit des extraits du Coran [95]. » Une fois morts, « ils sont enterrés selon les rites de leur religion [96] ».
Ce n’est pas la couleur de la peau, la religion, la nationalité, qui doivent nous diviser, nous sommes tous enfants de Dieu [97].
Pour résumer en quelques lignes :
Le rôle [de Mère Teresa] n’était absolument pas de faire du prosélytisme ni de provoquer des conversions. […] Sa règle constante dans le travail était d’aider les hindous à être de bons hindous et les musulmans à être meilleurs musulmans dans leur foi en Allah [98].
Tout ceci est pire que les visites scandaleuses de Mère Teresa dans les temples des fausses religions pour le vingt-cinquième anniversaire de sa congrégation. Ses déclarations continuelles comme sa manière constante d’agir montrent un indifférentisme religieux de principe. Et ce qui touche les principes est toujours beaucoup plus grave qu’une action dont on n’a peut-être pas vu les conséquences sur le moment et qui a pu venir d’une imprudence passagère, même grave [99].
Or l’Église est très sévère pour les propagateurs de l’indifférentisme religieux :
Nous arrivons maintenant à une autre cause des maux dont Nous gémissons de voir l’Église affligée en ce moment, savoir, à cet « indifférentisme » ou à cette opinion perverse qui s’est répandue de tout côté par les artifices des méchants, et d’après laquelle on pourrait acquérir le salut éternel par quelque profession de foi que ce soit, pourvu que les mœurs soient droites et honnêtes [100]. Il ne vous sera pas difficile, dans une matière si claire et si évidente, de repousser une erreur aussi fatale du milieu des peuples confiés à vos soins. Puisque l’Apôtre nous avertit qu’« il n’y a qu’un seul Dieu, une foi, un baptême » (Ep 4, 5), ceux-là doivent craindre, qui s’imaginent que toute religion offre les moyens d’arriver au bonheur éternel, et ils doivent comprendre que, d’après le témoignage du Sauveur lui-même, « ils sont contre le Christ puisqu’ils ne sont point avec lui » (Lc 11, 23), et qu’ils dissipent malheureusement puisqu’ils ne recueillent point avec lui ; et par conséquent qu’« il est hors de doute qu’ils périront éternellement s’ils ne tiennent la foi catholique et s’ils ne la gardent entière et inviolable » (Symbole de saint Athanase) [101].
Vraie ou fausse charité ?
Vraie ou fausse charité ? Nous avons posé cette question en sous-titre du présent article. Nous pouvons maintenant essayer d’y répondre. Nous parlons ici de la charité envers le prochain.
La raison d’aimer le prochain, dit saint Thomas d’Aquin, c’est Dieu : car ce que nous devons aimer dans le prochain, c’est qu’il soit en Dieu (II-II, q. 25, a. 1). Nous devons aimer le prochain pour qu’il soit en Dieu et pour qu’il glorifie Dieu maintenant et dans l’éternité – commente le père Garrigou-Lagrange. Ainsi nous aimons le prochain à cause de Dieu : parce qu’il est aimé de Dieu et qu’il est ordonné à Dieu comme nous le sommes. […] Nous devons aimer le prochain pour qu’il adhère à Dieu en tant que fin ultime, pour que Dieu soit aimé, loué et glorifié par le prochain à cause de sa bonté infinie. Il en ressort que la raison formelle qui nous fait aimer le prochain, est la bonté infinie de Dieu en elle-même, aimable pour elle-même. […] Le motif formel de tous les actes des vertus théologales doit en effet être quelque chose de surnaturel et d’incréé. C’est ici qu’apparaît merveilleusement la hauteur de la charité fraternelle : on doit prêcher que nous devons aimer le prochain d’un amour non seulement surnaturel, mais théologal : pour qu’il soit en Dieu. Le premier corollaire est qu’aimer le prochain pour un autre motif n’est pas l’amour de charité, mais un simple amour naturel. […] Le second corollaire est qu’il ne faut pas confondre la charité envers le prochain avec l’humanitarisme ou la philanthropie, ce qui est confondre les objets formels et les essences des choses. […] C’est la corruption de la notion de charité. L’humanitarisme est le culte de l’humanité, la philanthropie est l’amour de l’humanité pour elle-même [et non pour Dieu] [102].
Il est vrai que Mère Teresa déclarait sans cesse que c’était Dieu qui la faisait agir, et qu’elle agissait uniquement pour Dieu :
Je ne fais rien, aime répéter la Mère, c’est Lui qui fait tout.
Mais il est difficile de croire que Dieu lui ait inspiré les paroles suivantes, qui donnent le vertige lorsqu’elles viennent d’une religieuse catholique :
Des milliers d’affamés sont morts dans nos bras, heureux, dans la paix du Dieu auquel ils croyaient [103].
Mère Teresa ne parlait de Notre-Seigneur qu’aux catholiques [104]. Lorsqu’elle était avec les païens, elle ne leur apportait pas le nom de leur seul Sauveur. En travaillant à ce qu’ils soient de meilleurs hindous, musulmans, etc., Mère Teresa les laissait en dehors de la seule voie qui pouvait les conduire à Dieu : Notre-Seigneur Jésus-Christ, unique médiateur entre Dieu et les hommes.
Cette charité qui ne conduit pas à Dieu n’est qu’une caricature de la charité surnaturelle. « Quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, […] si je n’ai pas la charité, tout cela ne me sert de rien » (1 Co 13, 3).
Mère Teresa semble d’ailleurs avoir eu à certains moments l’intuition de l’inefficacité de son œuvre, malgré l’immense succès médiatique :
Parfois, la Mère avait l’air triste. Plusieurs fois, elle dit : « Père, nous faisons si peu de chose. On fait l’éloge de notre action, mais ne c’est pas plus qu’une goutte d’eau dans l’océan. Cela ne change pratiquement rien à l’immensité de la souffrance humaine ». De fait, l’immensité des drames humains dans de nombreux pays d’Asie ont de quoi décourager, sinon effrayer. Les sœurs travaillent peut-être dans vingt zones de taudis de Calcutta, mais une estimation officielle parle, pour Calcutta, de trois mille taudis. De plus, il y a un minimum de cent mille personnes qui vivent dans la rue. Et si les sœurs touchent cent mille lépreux, il y en a deux millions dans le pays, et deux millions d’aveugles ; et selon une déclaration officielle de mai 1976, sept cent cinquante mille errants et vagabonds. […] La Mère reprit : « Père, notre œuvre en faveur des enfants des taudis est sans espoir. Quand nous avons réussi l’éducation d’un enfant, il va habiter dans un meilleur endroit, et les gens du taudis n’ont toujours pas d’élite capable de les promouvoir ». […] Une autre fois, la Mère dit un peu tristement : « Père, je ne construis pas l’Église [105]. »
Oui, c’est bien là le problème. En n’annonçant pas Notre-Seigneur, en ne faisant pas progresser l’Église en Inde, Mère Teresa ne pouvait apporter aucun remède de fond à la misère matérielle du pays. La misère matérielle de ce pays est en effet la conséquence de sa misère spirituelle : sa fausse religion hindoue [106]. En disant aux hindous de devenir de meilleurs hindous, Mère Teresa ne faisait que les enfoncer dans leur malheur et dans leur détresse spirituelle et matérielle.
Le salut de l’Inde ne peut être que dans le règne social de Notre-Seigneur, dans la civilisation chrétienne. Pour en trouver la confirmation par les faits, il suffit de se rendre à Goa, ancienne enclave portugaise, autrefois appelée « La Rome de l’Orient ». Goa est à la fois un État et une ville qui porte le même nom. Pour le voyageur qui arrive de Bombay ou de Calcutta, la découverte de Goa est un enchantement, et laisse voir ce que le catholicisme peut apporter à l’Inde : rues propres, visages souriants, églises nombreuses ; calvaires et oratoires blanchis à la chaux, décorés de guirlandes de fleurs et illuminés la nuit. Mais depuis que le Portugal a été contraint militairement de quitter les lieux [107], les hindous ne cessent d’envahir peu à peu la ville, construisant un peu partout leurs temples et oratoires avec leurs dieux horribles [108], amenant leurs « vaches sacrées », etc. Misère et saleté progressent avec l’hindouisme : contra factum, non fit argumentum [109]. Le nombre de catholiques est maintenant passé de 60 à 40 %. Bientôt il ne restera plus rien de l’ancienne splendeur de Goa.
Ce ne sont pas la liberté religieuse et l’œcuménisme de Vatican II et de Mère Teresa qui sortiront l’Inde de son impasse, au contraire. Ces doctrines de mort ne font qu’en précipiter la ruine.
Une béatification hâtive et douteuse
En mars 2001, trois ans et demi seulement après la mort de Mère Teresa, l’archevêque de Calcutta, Mgr Henry Sebastian Da Souza, adressait une requête auprès du pape Jean-Paul II pour qu’un procès de béatification fût commencé plus tôt qu’il n’est prescrit [110]. L’autorisation fut immédiatement accordée.
Dans l’ancienne procédure, l’examen de la cause débutait par un examen extrêmement sévère de l’orthodoxie des écrits du serviteur de Dieu, par au moins deux docteurs en théologie. Et un « avocat du diable » se chargeait de trouver tous les empêchements possibles à l’élévation du serviteur de Dieu sur les autels. La constatation d’une seule erreur sur la foi, d’une opinion nouvelle, étrange, ou contraire au sentiment de l’Église, suffisait à arrêter immédiatement le procès [111], et les vertus n’étaient même pas examinées.
C’est ici qu’il faut rappeler l’adage : « Bonum ex integra causa, malum ex quocumque defectu [112] » :
Les vertus portées à leur perfection sont nécessairement connexes [liées ensemble], de sorte que, si une seule fait défaut, aucune n’est parfaite, et l’on ne peut parler de sainteté. Mon maître vénéré, le père Garrigou-Lagrange O.P., sous la direction duquel j’ai rédigé ma thèse de doctorat, précisément sur le thème de la connexion des vertus, insistait – dans une leçon donnée aux postulateurs [113] des différents ordres [religieux] – sur le point que, dans les procès de canonisation, il fallait examiner à fond, pour juger si les vertus avaient atteint dans le sujet le degré de perfection, leur cohésion vitale, leur commune synergie, car si une n’est pas parfaite, aucune d’elles ne le sera. Par conséquent, si un homme possède la plus grande charité mais manque de courage moral, de la vertu de force, ou de la clairvoyante prudence, celui-là sera un homme bon, un excellent chrétien, mais certainement pas un saint dans le plein sens du terme [114].
Il est évident que Mère Teresa n’aurait pu être béatifiée si son procès avait eu lieu avant le concile Vatican II. Si une faiblesse dans une seule vertu suffit à ne pouvoir mettre une personne sur les autels, que dire des paroles invraisemblables et du comportement de Mère Teresa par rapport au salut dans les fausses religions [115].
La nouvelle procédure de béatification demande bien aux évêques d’examiner « si rien qui soit contraire à la foi et aux bonnes mœurs ne se trouve dans les écrits [116] ». Mais à la lumière de quelle doctrine la cause sera-t-elle étudiée ? Tout le problème est là aujourd’hui. On voit, par l’exemple de Mère Teresa, que c’est maintenant au crible de la nouvelle théologie de Vatican II [117].
L’enquête sur la vie et les vertus de mère Teresa dura trois ans et demi, et aboutit à une déclaration d’héroïcité de ses vertus.
La dernière étape fut de trouver un miracle. Dans la nouvelle législation, un miracle suffit, alors qu’autrefois il en fallait de deux à quatre suivant les circonstances. Le cas présenté fut celui de Monika Besra, une jeune femme indienne âgée de 30 ans. Mariée et mère de deux enfants, elle souffrait de tuberculose et d’une tumeur cancéreuse à l’abdomen. Les médecins estimaient que les métastases étaient trop avancées et qu’elle était trop affaiblie pour être opérée. Monika fut transportée dans une des maisons de Mère Teresa. Elle affirme que le 5 septembre 1998, dans la chapelle, elle vit un rayon de lumière provenant d’une photographie de Mère Teresa, et elle fut guérie. Cependant, des médecins indiens ont affirmé en octobre 2002 – donc pendant le procès informatif – que Monika avait été délivrée de sa tumeur grâce à des médicaments très puissants et par un traitement de plusieurs jours à l’hôpital de Balurghat dans l’État du Bengale occidental. C’est ce que déclara à l’Agence France Presse M. Partho, l’ancien ministre de la Santé de cet État [118].
La cérémonie de béatification se déroula à Rome, sur la place Saint-Pierre, le 19 octobre 2003, retransmise par télévision dans le monde entier.
Ce fut une liturgie hindouisée [119]. Différents rites, accomplis habituellement dans les temples païens, furent intégrés ce jour-là à la messe papale [120].
Après le Kyrie et la béatification, eut lieu une cérémonie pûjâ : adoration d’une idole avec offrande de fleurs et de lampes allumées.
Dans certains cultes, pour apaiser la colère des divinités, c’est-à-dire des démons, on offre du sang d’animaux sacrifiés [121]. Est-ce en réminiscence de ces coutumes ? En tous cas, après le pûjâ, on apporta en procession, contenue dans un grand cœur, une ampoule contenant du sang de Mère Teresa [122]. Le « reliquaire » fut placé sur une petite table à côté de l’autel.
Après une prière universelle à saveur très maçonnique [123], eut lieu le canon.
Juste avant le Pater, des femmes hindoues s’approchèrent de l’autel pour effectuer un arati. Dans cette cérémonie, on balance des corbeilles de fleurs, de l’encens, un brûleur de camphre symbolisant le cycle des réincarnations purificatrices [124], tout cela accompagné d’un hymne tamoul et de cloches produisant le son OM [125]. Bien sûr, les chants s’adressaient au « Seigneur [126] », mais les danses, la musique, reproduisaient fidèlement ce que les hindous accomplissent dans leurs temples… en l’honneur des démons, il faut dire les choses comme elles sont : « Ce que les païens immolent en sacrifice, c’est à des démons et non à Dieu qu’ils l’immolent », dit saint Paul (1 Co 10, 20). Car « tous les dieux des païens sont des démons » dit le psaume (95, 5).
Une nouvelle conception de la sainteté et de la mission
Il faut d’abord replacer le cas de Mère Teresa dans la nouvelle conception de la sainteté, issue du dernier concile :
Depuis Vatican II, la sainteté est devenue œcuménique : c’est un des éléments qui concourent à l’unité des religions. Le Christ Rédempteur opère le salut et la sainteté en révélant aux hommes la dignité de leur condition, laquelle trouve son fondement dans la liberté de conscience : le principe fondamental, ce n’est plus la vérité à laquelle l’homme adhère librement, ce n’est plus l’objet auquel la conscience individuelle se soumet ; c’est la liberté de la conscience humaine, c’est le sujet. Or, cette conscience individuelle de l’homme est ce qui fait qu’un homme croit que Dieu est ce qu’il n’est pas pour un autre homme. L’homme professe une religion quelconque, et dans cette profession il est de toutes façons respectable parce qu’il célèbre sa liberté. Par conséquent, toutes les religions se valent et ne sont que diverses expressions de la dignité acquise à l’homme par le Christ. Le saint est l’homme qui professe librement sa religion et qui a conscience de la dignité que cette profession libre lui confère. Or cette sainteté peut se réaliser dans toute religion : en plénitude dans la religion catholique, de manière partielle mais néanmoins réelle ailleurs. Il y a donc communion de sainteté qui transcende les différentes religions, et cette transcendance manifeste l’action rédemptrice du Christ et l’effusion de son esprit sur toute l’humanité, préparant ainsi la voie à l’unité œcuménique parfaite [127] .
A cette nouvelle conception de la sainteté et donc du salut, devait correspondre une nouvelle manière d’envisager la mission.
Jusqu’ici, était mission « toute expédition apostolique dont l’objet est de conquérir au Christ [128] », selon le commandement donné par Notre-Seigneur lui-même : « Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » (Mt 28, 19).
Mais maintenant que toutes les croyances se valent, la foi catholique devient facultative, et c’est une charité privée de son fondement qui prend la première place : « La charité est le don premier et le plus nécessaire », dit la constitution Lumen Gentium de Vatican II (n° 42) [129]. La mission consiste donc à répandre la charité, l’amour :
Notre but est de porter l’amour de Dieu aux plus pauvres d’entre les pauvres, quelle que soit leur origine ethnique ou la foi qu’ils professent, disait Mère Teresa. […] Nous n’essayons jamais de convertir au christianisme ceux qui reçoivent notre aide, mais dans notre travail nous portons témoignage de l’amour de la présence divine, et si des catholiques, des protestants, des bouddhistes ou des agnostiques en deviennent meilleurs – simplement meilleurs – nous serons satisfaits. En grandissant en amour, ils seront plus près de Dieu et ils le trouveront dans sa bonté. […] Que vous soyez un hindou, un musulman ou un chrétien, la façon dont vous vivez votre vie prouve que vous êtes pleinement sien ou non. […] Certains l’appellent Ishwar, d’autres Allah, d’autres simplement Dieu, mais nous devons tous reconnaître que c’est lui qui nous a faits pour de plus grandes choses : aimer et être aimés. Ce qui compte, c’est que nous aimions. Nous ne pouvons aimer sans prier, aussi, quelle que soit notre religion, nous devons prier ensemble [130].
La sœur Mary Nìrmala Joshi, qui a succédé à Mère Teresa, déclarait dans le même sens, dix ans après la mort de la fondatrice :
Nous apportons à tous la bonté de l’amour de Dieu à travers notre prière et nos humbles travaux. Nos petits actes d’amour montrent à nos frères et sœurs souffrants le tendre amour que Dieu leur porte, et ils se repentent de leurs mauvaises actions, pardonnent à ceux qui leur ont fait du mal, retournent au Cœur de Dieu et reçoivent sa paix. Cette forme d’évangélisation est acceptée partout, par tous les peuples, en tout temps [131].
C’est cette nouvelle forme d’évangélisation que Jean-Paul II a voulu consacrer en béatifiant Mère Teresa.
Le titre : Missionnaires de Charité, indique d’ailleurs bien ce changement radical de la mission : les nouveaux missionnaires ont pour fonction de répandre la charité, mais une charité sans la foi, qui n’est qu’une caricature de la charité surnaturelle et en est même l’opposé, puisque cet apostolat d’un nouveau genre encourage les âmes à rester dans leurs fausses croyances et donc dans la voie de la perdition.
Le père Garrigou-Lagrange ne trouvait pas de mots trop sévères pour fustiger une telle corruption de l’apostolat :
Il existe une fausse charité, faite d’indulgence coupable, de faiblesse, comme la douceur de ceux qui ne heurtent personne parce qu’ils ont peur de tout le monde. Il y a aussi une prétendue charité, faite de sentimentalisme humanitaire, qui cherche à se faire approuver par la vraie et qui souvent, par son contact, entache celle-ci. Un des principaux conflits de l’heure actuelle est celui qui s ’élève entre la vraie et la fausse charité. Celle-ci fait penser aux faux christs dont parle l’Évangile ; ils sont plus dangereux avant d’être dévoilés que lorsqu’ils se font connaître pour les vrais ennemis de l’Église. « Corruptio optimi pessima », la pire des corruptions est celle qui s’attaque en nous à ce qu’il y a de meilleur, à la plus haute des vertus théologales. Le bien apparent qui attire le pécheur, est, en effet, d’autant plus dangereux qu’il est le simulacre d’un bien plus élevé ; tel l’idéal des panchrétiens qui cherchent l’union des Églises [132] au détriment de la foi que cette union suppose. Si donc, par sottise ou lâcheté plus ou moins consciente, ceux qui devraient représenter la vraie charité approuvent ici et là ce que dit la fausse, il peut en résulter un mal incalculable, plus grand parfois que celui que feraient des persécuteurs déclarés, avec lesquels il est manifeste qu’on ne peut plus avoir rien de commun [133].
La béatification de Mère Teresa, qui nous donne en exemple une telle corruption de la charité, nous conduit sur la voie large qui mène à l’apostasie [134].
Et cette nouvelle conception de la mission ne pouvait, bien sûr, que plaire au monde.
Conclusion
Figure emblématique de l’œcuménisme conciliaire, adulée par les médias et les personnalités politiques, Mère Teresa – à son corps défendant sans doute – rendit le meilleur des services à la franc-maçonnerie internationale. Celle-ci cherchant, pour son Nouvel Ordre Mondial, une spiritualité œcuménique capable d’unir tous les hommes, sut exploiter à son profit le comportement de Mère Teresa.
Qu’une telle conception de la mission, non seulement n’ait pas été condamnée énergiquement par la hiérarchie, mais ait été consacrée par une béatification, montre à quel point l’intelligence des hommes d’Église est aujourd’hui enténébrée. On ne peut s’empêcher de penser aux graves paroles de sœur Lucie de Fatima :
Il est douloureux de voir une si grande désorientation, et en tant de personnes qui occupent des places de responsabilité ! […] De bon cœur, je me sacrifie et offre à Dieu ma vie pour la paix de son Église, pour les prêtres et pour toutes les âmes consacrées, surtout pour celles qui sont tellement trompées et égarées ! […] Le pire est que [le démon] a réussi à induire en erreur et à tromper des âmes ayant une lourde responsabilité par la place qu’elles occupent ! Ce sont des aveugles qui guident d’autres aveugles [135]. Que l’on récite le chapelet tous les jours. Notre-Dame a répété cela dans toutes ses apparitions, comme pour nous prémunir contre ces temps de désorientation diabolique, pour que nous ne nous laissions pas tromper par de fausses doctrines et que, par le moyen de la prière, l’élévation de notre âme vers Dieu ne s’amoindrisse pas [136].
Le cas de Mère Teresa est une illustration (parmi d’autres) du drame qui frappe les hommes d’Église en punition de ne pas avoir répandu la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis du mois et de ne pas avoir consacré la Russie au Cœur Immaculé de Marie comme Notre-Dame l’avait demandé expressément à Fatima pour sauver le monde :
Fais savoir à mes ministres, étant donné qu’ils suivent l’exemple du roi de France en retardant l’exécution de ma demande, qu’ils le suivront dans le malheur. Jamais il ne sera trop tard pour recourir à Jésus et à Marie [137].
Cette dernière phrase fonde notre espérance.
[1] — Benoît XVI, Angelus du 8 mars 2009 pour la « Journée de la femme » (ORLF, 10 mars 2009, p. 1).
[2] — Témoignage du p ère Benoît-Joseph, « berger » d’une maison de la communauté des Béatitudes (charismatique) après un voyage à Calcutta (Revue Feu et Lumière, n° 176, septembre 1999, p. 48).
[3] — Neuf ans plus tard, au traité de Versailles, Skopje sera attribuée à la Yougoslavie.
[4] — Mgr Jean-Michel di Falco, Mère Teresa, Les miracles de la foi, Paris, Éditions 1, 2003, p. 38. — Ordonné prêtre en juin 1968, Mgr di Falco fut porte-parole de l’épiscopat français de 1987 à 1996. Il fut sacré évêque auxiliaire de Paris en 1997, puis nommé au siège de Gap.
[5] — Mgr di Falco, Mère Teresa, p. 38.
[6] — Lush Gjergji, Une Vie, Mère Teresa, Paris, Cerf, 1985, p. 17. Témoignage de Lazare. Cette biographie de Mère Teresa, écrite à sa demande, est la seule qui ait été rédigée par un de ses compatriotes.
[7] — Lush Gjergji, Une Vie, p. 17.
[8] — Lush Gjergji, Une Vie, p. 19.
[9] — Lush Gjergji, Une Vie, p. 23.
[10] — Cette congrégation fut fondée au dix-neuvième siècle par une irlandaise, Mary Ward, après un pèlerinage au sanctuaire marial de Lorette. On appelle les sœurs : « Les dames irlandaises ».
[11] — Darjeeling est connu pour ses productions de thé. C’est là, à deux mille mètres d’altitude, que la haute société britannique de Calcutta allait se réfugier pendant la saison chaude pour y mener une vie très mondaine.
[12] — Mère Teresa, Viens, sois ma lumière, Les écrits intimes de « la sainte de Calcutta », textes édités et commentés par le père Brian Kolododiejchuk, Missionnaire de la Charité, Paris, Lethielleux, 2007, p. 35. Nous verrons plus loin que Mère Teresa a une conception tout à fait spéciale de la mission.
[13] — Mgr di Falco, Mère Teresa, p. 68.
[14] — Mère Teresa, Viens, p. 50, extrait d’une lettre à Mgr Périer.
[15] — Mgr di Falco, Mère Teresa, p. 75.
[16] — L’indult d’exclaustration est l’autorisation de résider pendant un temps déterminé ou indéterminé en dehors des maisons d’un institut, sans être soumis à l’autorité des supérieurs religieux propres, mais bien sûr sous l’autorité de l’évêque diocésain.
[17] — Mgr di Falco, Mère Teresa, p. 91.
[18] — Lush gjergji, Une Vie, p. 56.
[19] — Cité par Mgr di Falco, Mère Teresa, p. 92.
[20] — Dominique Lapierre, La Cité de la joie, Paris, Robert Laffont, 1992, cité par Mgr di Falco, Mère Teresa, p. 104-105.
[21] — Cité par Mgr di Falco, Mère Teresa, p. 109-110.
[22] — Les divinités hindoues sont le sommet de l’horreur. Kâlî la Noire, aux traits négroïdes, est le symbole de la mort et de la destruction. Elle est dotée de quatre bras. Ses sculptures portent souvent un collier de têtes coupées ou de petits crânes en pierre. A Calcutta, son temple est fréquenté par des milliers d’Hindous, que guettent des hordes de mendiants et de voleurs. Non loin du temple, brûlent en quasi-permanence des bûchers funéraires sur lesquels se consument les corps des défunts. En Inde, expirer en face d’une statue de Kâlî est considéré comme une insigne faveur.
[23] — Il est normal d’accueillir toutes les misères corporelles, mais à quoi cela sert-il si l’on ne tente rien pour guérir la misère spirituelle incomparablement plus grave et dangereuse ? (NDLR)
[24] — Mgr di Falco, Mère Teresa, p. 117. — Cette réflexion est très importante. Il n’est pas rare d’entendre que l’œuvre de Mère Teresa a été dévoyée par les erreurs du concile Vatican II. On voit ici que c’est dès le début, et bien avant le concile, que Mère Teresa a renoncé à convertir les âmes à la vraie religion, ce qui lui valut des critiques dans le clergé. Mère Teresa fut un précurseur audacieux de l’œcuménisme conciliaire.
[25] — A l ’article de la mort.
[26] — Mgr di Falco, Mère Teresa, p. 130.
[27] — Il faut aussi noter que les relations entre les deux branches seront difficiles, le père Ian insistant moins sur la prière et la vie communautaire, et préférant que ses religieux ne portent pas l’habit.
[28] — Etablies à New York en 1976, ces religieuses ont une vie plus contemplative, adorant Jésus-Hostie et méditant la Parole de Dieu dans la sainte Écriture, tout en consacrant quelques heures par jour à s’occuper des pauvres.
[29] — Congrégation masculine parallèle à celle des sœurs Missionnaires du Verbe, fondée peu de temps après à Rome.
[30] — Ils ont été établis en 1984 par le père Joseph Langford.
[31] — Ce sont des laïcs qui ont la même vie de prière que les frères et les sœurs, et qui s’occupent des pauvres. Les coopérateurs ordinaires eurent leurs débuts en Inde en 1954, à l’initiative d’une dizaine d’Européennes groupées autour de Mme Ann Blaikie, de nationalité anglaise. Ce qui était devenu l’Association internationale des coopérateurs de Mère Teresa fut affilié en 1969 à la congrégation des Missionnaires de la Charité. Les statuts furent approuvés par le pape Paul VI.
[32] — Ils furent établis par Mlle Jacqueline de Drecker, de nationalité belge, en 1958. Elle ne put rejoindre Mère Teresa, à son grand regret, à cause de sa santé très délabrée. Cette dernière lui proposa de fonder une œuvre de coopérateurs souffrants.
[33] — Ce mélange de toutes les religions détruit complètement le but surnaturel qu’aurait pu avoir cette œuvre. Les malades, par la communion des saints, s’ils sont en état de grâce et unissent leurs souffrances à la croix de Notre-Seigneur, sont de précieux auxiliaires de l’apostolat. Mais, s’ils n’ont pas la foi en Notre-Seigneur, leurs souffrances ne servent, hélas, à rien sur le plan surnaturel. Il est intéressant de noter que dans l’Opus Dei aussi, dont le fondateur, Jose-María Escrivá de Balaguer, a été « canonisé » en 2002 par Jean-Paul II, les membres coopérateurs qui participent aux « œuvres collectives de l’apostolat », peuvent ne pas être chrétiens (voir l’article de Nicolas Dehan, « Un étrange phénomène pastoral : l’Opus Dei », Le Sel de la terre 11, p. 138).
[34] — Lush Gjergji, Une Vie, p. 123-124. La vie religieuse est essentiellement imitation du Christ par les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. On se demande quelle conception de la vie religieuse peut régner à Rome et parmi les Missionnaires de la Charité pour accepter la venue d’idolâtres dans une congrégation de sœurs catholiques. Que veut dire l’exigence d’avoir le même « style de vie » que les sœurs ? La vie de ces hindoues ne peut être qu’une caricature extérieure, purement matérielle, de la vie religieuse.
[35] — Du nom d’un président philippin catholique, mort peu de temps avant dans un accident d’avion d’origine criminelle.
[36] — Ce prix a été institué par Sir John Templeton en 1972 pour être le pendant religieux du prix Nobel, afin de récompenser « le progrès dans la religion ». Il a pour but de récompenser les travaux accomplis pour la conquête de la liberté de conscience. Il est intéressant de noter que ce prix a été remis à des membres de toutes les religions, au pasteur Schutz de Taizé, au cardinal Suenens, à Chiara Lubich, fondatrice des Focolari, mouvement militant pour l’« unité », ouvert aux personnes de toutes convictions (voir l’article du docteur Regina Hinrichs, « Le mouvement des Focolari et ses ramifications internationales », dans Le Sel de la terre 25, spécialement les pages 68-76).
[37] — Mgr di Falco, Mère Teresa, p. 212.
[38] — Mgr di Falco, Mère Teresa, p. 216.
[39] — L’abbé Hervé Gresland (FSSPX), « Mère Teresa, une béatification équivoque », Nouvelles de Chrétienté n°84, p. 6.
[40] — D’après Mgr di Falco (Mère Teresa, p. 259), les premiers contacts avec Fidel Castro eurent lieu en 1985, mais la visite officielle se déroula seulement au début de l’année 1986. Elle aboutit à l’ouverture d’une maison sur l’île, le 7 octobre suivant. (NDLR.)
[41] — La visite de Mère Teresa lui a permis d’envoyer huit religieuses à Moscou au début de l’année 1989. L’accord a été passé avec le ministre soviétique de la santé. « Pour la première fois depuis la révolution d’octobre 1917, une institution caritative religieuse étrangère vient d’être autorisée à travailler de façon permanente sur le territoire d’Union soviétique », commentait La Documentation Catholique n° 1977 du 5 février 1989 (p. 147).
[42] — Abbé Hervé Gresland, « Mère Teresa, une béatification équivoque », p. 7-8 — Mgr di Falco (Mère Teresa, p. 256) reconnaît lui-même, à propos de l’Allemagne de l’Est communiste, qu’y « autoriser [les Missionnaires de la Charité] ne comportait aucun danger [pour le gouvernement] et pouvait même être utilisé – cela fut le cas – pour démontrer que la liberté religieuse existait bien en RDA. »
[43] — On peut se reporter à l’article de Danièle Martin : « Aider l’Albanie à sortir du cauchemar », paru dans le journal Monde et Vie n° 507, du 20 décembre 1990, p. 8.
[44] — Le 6 septembre 2001, au lendemain d’une cérémonie qui avait rassemblé plusieurs milliers de personnes à l’occasion du quatrième anniversaire de la mort de Mère Teresa, Mgr Henry Sebastian Da Souza, archevêque de Calcutta, fit la révélation suivante sur les derniers instants de Mère Teresa : « Mère Teresa et moi étions dans le même hôpital. J’ai noté qu’elle devenait très agitée la nuit, alors que, le jour, elle était très calme. Comme il n’y avait pas d’explication médicale, j’en ai conclu qu’elle était sous l’emprise du diable. J’ai alors demandé à un prêtre d’effectuer une prière d’exorcisme. Cela a duré une demi-heure. » Le père Dominique Emmanuel, porte-parole de la conférence épiscopale d’Inde, a déclaré à ce sujet que les paroles de l’archevêque de Calcutta ne remettaient pas en cause la « sainteté » de Mère Teresa. Ces informations ont parues dans le quotidien Présent du 15 septembre 2001. N’ayant pas plus de détails, nous ne pouvons porter aucun jugement de valeur sur ce fait, mais nous avons voulu le citer pour être complet.
[45] — DC n° 2167, du 5 octobre 1997, p. 841.
[46] — Il s’agit de l’ouvrage de Mère Teresa, Viens, que nous avons déjà cité. Notons que Mère Teresa avait demandé explicitement à ses correspondants de détruire ses lettres, ce qu’ils n’ont pas jugé devoir faire. Voir cet ouvrage aux pages 27, 217, 232, 243, 248, par exemple.
[47] — Mère Teresa, Viens, p. 14.
[48] — Mère Teresa, Viens, p. 244, lettre au père Joseph Neuner S. J., non datée, probablement écrite au cours de sa retraite spirituelle d’avril 1961.
[49] — Mère Teresa, Viens, p. 266, lettre au père Joseph Neuner S. J., 6 mars 1962.
[50] — Il s’agit du pape Pie XII, qui avait été rappelé à Dieu le 9 octobre 1958.
[51] — Mère Teresa, Viens, p. 207, lettre à Mgr Périer, 16 novembre 1958.
[52] — Mère Teresa, Viens, p. 236, lettre au père Picachy, 20 octobre 1960.
[53] — Mère Teresa, Viens, p. 294, lettre au père Joseph Neuner, 24 juillet 1967.
[54] — Père Brian Kolodiejchuk, dans Mère Teresa, Viens, p. 66.
[55] — Locution reçue pendant la communion par Mère Teresa, et qu’elle attribue à Notre-Seigneur (Mère Teresa, Viens, p. 123). C’est Lui qui aurait donc indiqué à Mère Teresa comment devraient s’habiller les Missionnaires de la Charité.
[56] — Mère Teresa, Viens, p. 108, lettre du père van Exem à Mgr Périer, 8 août 1947.
[57] — Père Brian Kolodiejchuk dans Mère Teresa, Viens, p. 127-128.
[58] — La contemplation infuse, ou surnaturelle, est le sommet de la vie spirituelle. Elle est dite infuse ou passive, en ce sens qu’il n’est pas au pouvoir de l’homme de la produire à volonté. Elle est une connaissance simple et affectueuse de Dieu et de ses œuvres, provenant d’une inspiration divine. On pourra se reporter à l’ouvrage du père Garrigou-lagrange o.p., Perfection chrétienne et contemplation, Milicia INC, 1923, t. 1, p. 272-290.
[59] — Père Garrigou-Lagrange o.p., LesTrois âges de la vie intérieure, Paris, Cerf, 1951, t. 2, p. 749-750.
[60] — Père Garrigou-Lagrange o.p., Perfection chrétienne et contemplation, ibid., t. 1, p. 58-59.
[61] — Une parole, par exemple, n’est pas quelque chose qui, par essence, est surnaturel. Mais si cette parole est entendue à l’intérieur de nous-mêmes, par exemple, c’est la manière dont nous parvient cette parole qui est surnaturelle, à moins qu’elle ne vienne du démon, et alors ce n’est plus un mode surnaturel, mais préternaturel diabolique.
[62] — Père Garrigou-Lagrange o.p., Perfection chrétienne et contemplation, ibid., t. 1, p. 174.
[63] — On parle de purifications passives parce que l’homme n’en est pas l’auteur, il les subit. C’est Dieu qui les cause.
[64] — Voir le père Garrigou-Lagrange o.p., L’Amour de Dieu et la Croix de Jésus, Paris, Cerf, 1953, t. 2, p. 625-631.
[65] — Père Garrigou-Lagrange o.p., Les Trois âges de la vie intérieure, Paris, Cerf, 1938, t. 2, p. 668-669, cité dans Mère Teresa, ibid., p. 253, note 9.
[66] — Père Garrigou-Lagrange o.p., ibid., édition de 1951, t. 2, p. 552.




