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Saint Maximilien-Marie Kolbe

Le Chevalier de l’Immaculée (1894-1941)

 

Fr. M.-D. O.P.

Les cassettes et CD (audio) de vies de saints sont souvent décevants : la vie des héros de l’Église y est racontée de façon souvent sommaire et trop extérieure, tandis que l’effort principal des réalisateurs semble s’être surtout concentré sur les effets sonores et musicaux, plus ou moins heureux d’ailleurs. Les exceptions sont rares. En voici une, que nous tenons à signaler, et qui nous est offerte par les capucins de Morgon en collaboration avec les Petites Sœurs de Saint-François d’Assise du Trévoux (29). Un récit de 79 minutes, sur fond musical simple, nous fait pénétrer profondément l’âme du père Maximilien Kolbe, le chevalier de l’Immaculée.

En 1917, pour célébrer le deuxième centenaire de sa fondation officielle, la franc-maçonnerie choisit la ville de Rome comme théâtre de ses parodies sacrilèges. Partout apparaissaient des drapeaux et des pancartes représentant l’archange saint Michel vaincu et terrassé par Lucifer. Sur la place Saint-Pierre, le frère Maximilien-Marie, alors étudiant en théologie à l’Université Grégorienne [1], put lire sur une banderole : « Satan doit régner au Vatican, le pape sera son esclave ». Le jeune franciscain avait là l’illustration du combat gigantesque qui se livrait entre l’Église de Notre-Seigneur Jésus-Christ et la contre-Église de Satan, combat qui atteint son apogée dans la « bataille finale » actuelle, selon les termes mêmes de la Vierge Marie (entretien de sœur Lucie de Fatima avec le père Fuentès en 1957).

« Est-il possible, écrivit-il alors, que nos ennemis déploient tant d’activité pour nous dominer, tandis que nous, nous restons oisifs, tout au plus appliqués à prier, sans passer à l’action ? Ne possédons-nous pas des armes encore plus puissantes alors que nous pouvons compter sur le Ciel et l’Immaculée ? »

Contemplant le mystère de l’immaculée conception, prophétisé dès le Livre de la Genèse (« Elle t’écrasera la tête » Gn 3, 15), le jeune religieux en vint à conclure : « La Vierge sans tache, victorieuse de toutes les hérésies, ne cédera pas le pas à son ennemi qui relève la tête. Si elle trouve des serviteurs fidèles, dociles à son commandement, elle remportera de nouvelles victoires, plus grandes que celles que nous pourrions imaginer. »

Le 16 octobre 1917, en la fête de l’apparition de saint Michel Archange au Mont Tombe [2], et trois jours après le miracle du soleil à Fatima – qu’il ne connaîtra jamais – frère Maximilien-Marie fondait avec quelques compagnons la Milice de l’Immaculée :

1. Le but : chercher la conversion des pécheurs, hérétiques, schismatiques, juifs, etc., et spécialement des franc-maçons, et la sanctification de tous sous la protection et par la médiation de la Vierge immaculée ;

2. Les conditions : se consécrer totalement soi-même à la bienheureuse Vierge immaculée comme instrument dans ses mains immaculées, et porter la Médaille miraculeuse ;

3. Les moyens : si possible, au moins une fois par jour, réciter l’invocation jaculatoire : « Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous et pour tous ceux qui n’ont pas recours à vous, spécialement pour les francs-maçons ». Et utiliser tous les moyens légitimes dans la mesure du possible, selon la diversité des états de vie, conditions et circonstances de chacun, et cela avec zèle et prudence.

Dans l’esprit du père Kolbe, la Milice de l’Immaculée n’est pas tant une organisation qu’un esprit pouvant pénétrer toutes les œuvres et organisations : des simples fidèles aux communautés religieuses, tous peuvent militer sous la bannière de Marie. Cela explique les trois degrés de la Milice :

— M. I. 1 : ce sont les membres isolés, qui se consacrent en privé à l’Immaculée, prient et agissent seuls ;

— M. I. 2 : ce sont ceux qui se groupent en association dans une paroisse, un quartier, une ville, etc.

— M. I. 3 : ce sont les communautés religieuses qui se consacrent à cet apostolat de l’Immaculée.

« Seuls, nous ne sommes capables de rien, écrit le père Kolbe, mais avec l’aide de l’Immaculée, nous convertirons le monde entier. Oui, je vous le dis, nous jetterons le monde à ses pieds. Seulement, soyons à elle, en tout à elle, sans limites à elle. »

Dès lors, l’apostolat du père Kolbe prit l’allure d’une extraordinaire épopée relatée par le CD des pères de Morgon :

— en quelques années, son journal, Le Chevalier de l’Immaculée, fit la conquête de la Pologne et étendit son influence jusqu’au Japon ;

— des vocations le rejoignirent en si grand nombre qu’il faudrait sans doute remonter au Moyen Âge pour trouver un tel afflux : en peu de temps, c’est plus de neuf cents frères qui peuplent le couvent-maison d’éditions de Niepokalanow.

Sans le connaître, le père Kolbe vivait du message de Fatima – mais c’est la même Vierge Marie qui était apparue à la Cova da Iria et qui, à la même époque, lui avait inspiré son œuvre ; et Notre-Dame voulait montrer au monde, par la fécondité de cet apostolat, quels fruits l’on pouvait espérer lorsqu’on se consacrait tout entier, et ses œuvres, à son Cœur Immaculé.

Mais la vie des plus grands saints trouve sa consommation sur la croix. Pour le père Kolbe, ce fut en la vigile de l’Assomption 1941, dans un bunker de la faim, au camp de concentration d’Auschwitz.

Après sa mort, fécondée par le sacrifice de son fondateur, la Milice de l’Immaculée ne cessera de s’étendre. A la veille du concile Vatican II, répandue sur les cinq continents, bénie par le pape Pie XII, elle comptait trois millions de membres. Comme tant d’autres institutions, elle ne résista pas à la bourrasque révolutionnaire du funeste concile. Rebaptisée Mission de l’Immaculée – parce que le mot de milice fait sans doute peur aux novateurs, comme celui de croisade, inquisition, etc., – ce qui se réclame encore officiellement du père Kolbe n’a plus grand chose à voir avec ce qu’a fondé le saint religieux (voir le livret explicatif accompagnant le CD de Morgon).

Mais la flamme ne s’est pas éteinte. Reconstituée selon l’esprit et la lettre de ses statuts primitifs par l’abbé Stehlin, supérieur de la Fraternité Saint-Pie X en Pologne, la branche française traditionnelle a été confiée par Mgr Fellay aux pères capucins de Morgon. C’est à eux qu’il faut s’adresser pour en devenir membre.

La Milice de l’Immaculée et le CD qui la fait connaître, s’inscrivent pleinement dans le cadre de la croisade de chapelets et de sacrifices lancée par Mgr Fellay pour obtenir la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie par le pape et les évêques du monde entier, selon les demandes de Notre-Dame à Fatima.

Nous nous permettons cependant une remarque. Elle concerne le titre du CD : « Saint Maximilien-Marie Kolbe ». S’il est une personne récemment canonisée par l’Église conciliaire et dont on ne peut douter de la sainteté, c’est bien le père Maximilien Kolbe, comme le Padre Pio. Cependant, il nous plaît de rappeler ici ce que l’abbé de Cacqueray avait écrit dans son éditorial de Fideliter 182 (mars-avril 2008) : « Accepter ces nouveaux saints en bloc ? Ce serait risquer d’avaler l’erreur au milieu de la vertu la plus héroïque. Sélectionner les saints qui nous plaisent, en rejetant ceux que nous estimons indignes d’être saints ? Ce serait nous substituer au Magistère, seul compétent. La Fraternité Saint-Pie X a choisi de ne pas choisir, et d’attendre les décisions d’un Magistère redevenu clair. Lors du chapitre de 2006, elle a rappelé faire ce non-choix “afin de ne pas tomber dans la nécessité de choisir et de tomber dans l’arbitraire” » (p. 2).

 

Saint Maximilien-Marie Kolbe, Le chevalier de l’Immaculée.

Compact-Disque, 79 minutes.

Couvent Saint-François




[1]— Célèbre université des Jésuites à Rome.

[2]—Appelé depuis le Mont Saint-Michel.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 71

p. 195-198

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