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Les saintes,mères des saints (fin)

par Dom Bernard Maréchaux O.S.B.

 

Nous  publions ici la dernière partie du travail de Dom Bernard Maréchaux O.S.B. sur « les saintes, mères des saints ». Les quatre premières parties ont paru dans le nº 67 du Sel de la terre, p. 91-104, le nº 68, p. 92-97, le nº 69, p. 140-156, le nº 71, p. 150-160. 

Ces textes sont extraits du Bulletin de Notre-Dame de la Sainte-Espérance (Mesnil-Saint-Loup) entre les années 1881 et 1884.

Le Sel de la terre.

 

La bienheureuse Alette, mère de saint Bernard

Saint Bernard (1091-1153)

Saint Bernard, vu de loin, nous apparaît simplement comme l’apôtre de la croisade, comme un des géants du Moyen Age, dont la stature épouvante notre petitesse. Si nous l’étudions de plus près, nous le voyons, avec son corps exténué de veilles et de jeûnes, renouveler à Clairvaux les merveilles de la Thébaïde : cette austérité effraie notre mollesse. Mais si, à l’aide de ses écrits, de ses lettres et des documents contemporains, nous pénétrons jusqu’au fond de ce grand cœur, nous sommes rassurés, attirés, charmés : car nous y trouvons l’humilité d’un petit enfant, l’amour d’une mère pour les âmes, la douceur et la pureté d’une vierge.

L’homme qui disait au postulant de Clairvaux : Laisse ton corps à la porte, les âmes seules entrent ici, écrivait aux parents alarmés d’un jeune novice : Rassurez-vous, je lui serai non seulement père, mais encore mère. Et il tenait parole ; il était mère pour les âmes.

Les contemporains ne savent comment rendre le charme céleste qui s’échappait de sa personne. Ils nous disent qu’il avait des yeux de colombe, que sa chair transparente laissait rayonner la secrète beauté de son âme, que cette âme elle-même débordait de compassion et de tendresse, en un mot que dans sa poitrine la pureté et la suavité s’étaient donné rendez-vous. Aussi a-t-on pu écrire de lui, mieux encore que de Salomon, que la terre entière désirait contempler son visage, et que jamais homme vivant n’a éveillé plus de respect et plus d’amour.

Dans la formation de cet homme admirable, de ce cœur si grand, si doux et si pur, on sent la main, on sent le cœur d’une mère. Et en effet, à côté de saint Bernard, nous distinguons deux mères.

La première est la mère céleste, c’est Marie. Parler de saint Bernard, c’est évoquer le nom de Marie. Dante, le grand poète italien du Moyen Age, fait apparaître saint Bernard, au troisième chant de son poème, comme l’introducteur des âmes auprès de la reine du ciel.

Je vis, dit-il, un vieillard vêtu, comme le sont les phalanges glorieuses ; dans ses yeux et sur ses joues était répandue une joie douce, avec un air de compassion, ainsi qu’il sied à un tendre père. Et il me dit : « Pour monter au sommet de toute perfection, apprends ton chemin ; la reine du ciel, pour qui je brûle d’amour, t’obtiendra toute grâce, car je suis son fidèle Bernard. »

L’autre mère est le reflet de la première ; c’est la mère terrestre qui veille sur le berceau du saint ; c’est la bienheureuse Alette, dont nous écrivons la vie. La tâche sera facile : car le biographe Guillaume nous a laissé un portrait achevé de cette sainte mère.

 

Tescelin et Alette

Le village de Fontaine, où naquit saint Bernard, s’élève à mi-côte d’une colline au nord-ouest de Dijon, dont il est distant de trois kilomètres. Au point culminant de cette colline était situé un château féodal, dans lequel, vers la fin du 11e siècle, vivaient de pieux seigneurs, Tescelin et Alette.

Tescelin, surnommé le Roux, était de la maison de Tonnerre, et portait le titre de seigneur de Fontaine : on le dépeint comme un homme juste, loyal, un vrai chevalier. Alette était fille de Bernard, seigneur de Montbard ; elle était alliée à la maison de Bourgogne, et même à plusieurs familles régnantes. Son père lui fit donner une éducation soignée, dans l’espérance qu’elle serait un jour religieuse : ses vœux et ses désirs étaient tournés de ce côté. Mais Dieu disposa les choses de telle manière qu’elle accepta la main de Tescelin.

Ils eurent sept enfants, six garçons et une fille.

Alette, dit le biographe, les mit au monde non tant pour son mari que pour Dieu : car les six garçons se firent moines et la fille religieuse. Aussitôt leur naissance, la sainte dame les élevait de ses mains vers le ciel, en les offrant au Seigneur. Elle ne les confia pas à des nourrices ; car elle voulait, en leur donnant son propre lait, faire passer dans leur âme la piété qui remplissait la sienne. Quand ils grandissaient, tout le temps qu’elle les gardait sous sa main, elle les élevait pour la solitude du cloître, plutôt que pour les délices de la Cour : dans ce but, elle ne souffrait pas qu’on les habituât à une table délicate, mais elle leur servait des aliments communs. C’était Dieu qui lui inspirait cette éducation sobre et sévère, propre à former des hommes de prière et de pénitence.

 

Naissance et enfance de saint Bernard

La naissance des grands saints se présente rarement sans un caractère merveilleux : ce caractère n’a pas manqué à celle de saint Bernard.

Tandis que sa mère, la pieuse Alette, le portait dans son sein, elle eut un songe étrange ; elle croyait porter un petit chien tout blanc, roux sur le dos, et qui aboyait. Fort effrayée de ce présage, elle alla consulter un solitaire en réputation de sainteté. Celui-ci, animé d’un esprit prophétique, répondit à la mère anxieuse et troublée : « Rassurez-vous, car votre enfant, pareil à un excellent chien, sera le gardien de la maison de Dieu, et jettera de grands aboiements contre les ennemis de la foi. Il deviendra grand prédicateur, et sa langue aura la vertu de guérir les maladies des âmes. » Alette reçut cette réponse comme venant de Dieu : elle fut éprise d’un grand amour pour l’enfant qui n’était pas encore né, et songea dès lors à le faire instruire dans les saintes lettres. Quand elle en fut heureusement accouchée (l’an 1091), elle ne se contenta pas de l’offrir à Dieu, comme ses autres enfants ; elle alla le plus tôt possible le présenter à l’Église, comme fit Anne pour le jeune Samuel. Dès qu’il fut en âge d’étudier, elle le confia aux prêtres pieux et savants qui tenaient l’école annexée à l’église de Châtillon-sur-Seine. Plein de grâce et doué d’un heureux naturel, l’enfant dépassait tous ses condisciples, et répondait à merveille aux désirs de sa mère.

Dans sa conduite au milieu du monde, dit le biographe Guillaume, il inaugurait comme naturellement cette mortification qui devait le rendre parfait religieux. Il était d’une simplicité admirable, recueilli en lui-même, absorbé par ses pensées, obéissant et soumis à ses parents, bon et gracieux à tous, ennemi des réunions mondaines, et d’une retenue qui dépasse toute idée ; il parlait peu et priait Dieu assidûment pour qu’il lui conservât le trésor d’une angélique pureté ; en même temps, il s’adonnait de tout cœur à l’étude des saintes lettres, par le désir qu’il avait de connaître Dieu et les choses divines. Il y fit en peu de temps un progrès merveilleux ; car il y apportait une pénétration qui tenait du prodige.

 

Traits héroïques et visions célestes

Les saints jettent dès leur bas âge des étincelles d’une vertu héroïque, quosdam velut igniculos, disait un ancien. Le trait suivant nous montre la grande foi de saint Bernard tout enfant.

Un jour, tourmenté d’un grand mal de tête, il dut se mettre au lit. On lui amena une femme, qui se flattait de lui enlever son mal par certains enchantements. Mais, sitôt qu’il la vit s’approcher avec les instruments de son art criminel, il poussa un cri d’indignation et l’obligea de s’enfuir au plus vite. Le zèle du saint enfant attira la miséricorde divine : il sentit qu’une vertu se répandait en lui, et, se levant dans le mouvement qui l’agitait, il s’aperçut qu’il était guéri. Cet événement l’affermit dans la foi. Alors Dieu daigna lui apparaître et lui manifester sa gloire, comme autrefois au jeune Samuel à Silo. C’était le nuit de Noël ; chacun se préparait à assister aux vigiles solennelles de la fête. Comme l’heure de l’office tardait un peu, il arriva que Bernard s’assoupit légèrement. En ce moment, Jésus lui révéla le mystère de sa sainte naissance. Il lui apparut comme l’époux qui sort de la chambre nuptiale. Il lui apparut dans l’état où il était en quittant le sein de la Vierge sa mère ; lui, le Verbe enfant, lui dont la beauté efface toute beauté ; et il captiva à tout jamais les affections nullement enfantines du saint enfant. Ceux qui ont entendu parler saint Bernard savent de quelle bénédiction il fut alors prévenu ; car, chaque fois qu’il touchait au mystère de Noël, sa doctrine était plus profonde, et son langage ne tarissait pas.

C’est ainsi que la Mère céleste mettait elle-même la main à la formation de Bernard, son enfant de prédilection. Elle complétait l’œuvre de la pieuse Alette.

 

Précieuse mort d’Alette

Celle-ci voyait ses enfants grandir et prendre chacun une carrière dans le monde. Sa tâche était finie. Bernard franchissait le seuil de l’enfance pour entrer dans l’adolescence, quand elle passa de cette vie mortelle à une vie meilleure.

Unie à un homme juste et craignant Dieu, elle avait toujours rempli ses devoirs d’épouse d’une manière irréprochable ; mais dans son cœur persistait le secret désir d’un genre de vie plus parfait. Aussi plusieurs années avant sa mort, autant que le peut une femme placée sous puissance d’homme, donna-t-elle à ses enfants l’exemple des vertus qu’on observe dans les monastères. Par la sobriété des repas, par la pauvreté des habits, par son éloignement du monde, par son horreur de toute vanité, par son assiduité aux jeûnes, aux veilles et à la prière, elle menait sous le toit conjugal la vie religieuse ; et ce qu’elle ne pouvait accomplir, elle le compensait par des aumônes et par des œuvres de miséricorde. C’est en faisant de continuels progrès vers Dieu qu’elle arriva à sa dernière heure ; et le ciel lui donna en un moment cette perfection suprême, dont le désir incessant la dévorait.

Elle mourut le 1er septembre, jour où l’on fêtait saint Ambroise ou Ambrosinien, patron du village de Fontaine. En ce jour, elle avait coutume de réunir des prêtres et des clercs, auxquels, après la célébration des saints offices, elle servait un modeste repas. Elle s’endormit au milieu de la psalmodie de ces clercs, psalmodiant elle-même, si bien que, n’entendant plus sa voix, on voyait remuer ses lèvres, et sa langue s’agiter pour bénir le Seigneur. Tandis que l’entourage disait les litanies, à ces mots : Par votre passion et votre croix, délivrez-la, Seigneur, elle souleva sa main pour faire le signe de la croix, et en même temps rendit son âme à Dieu ; elle n’eut pas même le temps de replacer la main qu’elle avait soulevée.

Aussitôt que se fut répandu le bruit de sa mort, l’abbé de Saint-Benigne de Dijon, nommé Géran, homme saint et vénérable, accourut et demanda le corps de la défunte, l’estimant le plus précieux des trésors. Il l’obtint, et l’emporta processionnellement à Dijon : le peuple accourut avec des cierges allumés à la rencontre du cortège ; et les restes de la pieuse dame furent déposés en grande pompe à côté des reliques de saint Bénigne. En mémoire de ses six fils, l’abbé Géran fit sculpter six images saintes sur son tombeau. Un siècle plus tard, une sépulture encore plus chère à son cœur lui fut donnée ; mais n’anticipons pas.

 

Apparitions d’Alette à saint Bernard

Saint Augustin enseigne que les âmes des morts, en règle générale, ne s’occupent plus des choses de ce monde. Et il en donne une raison touchante.

Autrement, dit-il, toutes les nuits ma mère serait à mon chevet, elle qui, durant sa vie, m’a suivi partout sur terre et sur mer. Elle viendrait me consoler, chaque fois que je suis affligé, moi qu’elle aimait uniquement [1].

Saint Augustin veut parler d’une ingérence des morts qui serait continuelle et se produirait à tout propos ; il a raison de la nier. Mais il ne récuse nullement le pieux intérêt que nous gardent nos morts bien-aimés, dans l’ordre du salut ; et il convient que Dieu leur permette quelquefois d’intervenir, et même sensiblement, auprès de nous, pour le bien de notre âme.

Nous lisons dans la vie de saint Anschaire que, tout enfant, il vit sa mère, morte depuis peu, lui apparaître dans un cortège de dames en tête desquelles figurait la sainte Vierge. C’est ainsi que la bienheureuse dame Alette apparut plusieurs fois à saint Bernard et à ses frères, pour les exciter à se donner à Dieu.

Elle les avait offerts au Seigneur aussitôt nés ; elle lui avait consacré plus spécialement Bernard : passée à une vie meilleure, Dieu la délégua vers eux, pour leur faire prendre le chemin du monastère, alors qu’ils s’attardaient dans le monde. Bernard avait toujours eu le désir et même un désir héroïque de la vie religieuse.

Mais, dit son biographe, ses frères et ceux qui l’aimaient d’un amour charnel cherchaient à le retenir par l’appât des études littéraires et de la culture des sciences. Et il avouait lui-même avoir éprouvé un moment d’hésitation.

Alors Alette intervint.

La mémoire de sa sainte mère, dit Guillaume, se présentait à l’esprit de Bernard jusqu’à l’importuner : il lui semblait souvent qu’elle venait à sa rencontre, et lui faisait de vifs reproches, en lui représentant qu’elle ne l’avait pas élevé pour de pareilles bagatelles.

Enfin, un jour que ces pensées l’obsédaient – il allait rejoindre ses frères qui étaient au siège de Grancey –, il entra dans une église, et pria pleurant à chaudes larmes ; alors toute hésitation disparut de son cœur.

Ce n’était pas tout : il fallut que ses frères le suivissent dans sa nouvelle carrière. Il entreprit hardiment leur conversion. Gaudry, son oncle, se rendit le premier à ses exhortations, puis Barthelemy, son cinquième frère. André, le quatrième, qui venait de prendre l’épée, ne voulait pas se rendre ; tout à coup il s’écrie : « je vois ma mère ! » Et, en effet, Alette lui apparut souriante et encourageante ; dès lors il fut conquis à la milice du Christ. Les deux frères aînés, Gui et Gérard, furent d’une capture plus difficile ; mais enfin ils se joignirent aux autres. Quant au dernier, au petit Nivard, on connaît son mot ; il protesta qu’il ne voulait pas que ses frères prissent le ciel, en lui laissant la terre ; et ils les suivit dès que son âge le permit.

C’est ainsi que les enfants d’Alette, avec trente autres jeunes gens, ayant à leur tête saint Bernard, quittèrent triomphalement le monde, pour embrasser à Cîteaux, sous la conduite de l’abbé saint Étienne, la vie des pénitents et en même temps la vie des anges.

 

Sépulture d’Alette à Clairvaux

Dans sa retraite paisible, saint Bernard n’oubliait pas sa mère ; l’amour de Dieu ne chasse pas du cœur les affections légitimes, mais il les transforme. Le monastère, a dit quelqu’un, est un sol privilégié où germent toutes les charités.

Bien qu’il eût confiance que sa mère était au ciel, Bernard, jeune novice, s’était empressé de dire chaque jour, pour le repos de son âme, les sept psaumes de la pénitence.

Or un jour, ayant commencé ces psaumes après complies, il omit de les achever, et prit son sommeil sans avoir réparé l’omission. L’abbé saint Étienne eut connaissance de cet oubli, par une lumière d’en haut ; et le lendemain, allant trouver son novice, il lui dit : Frère Bernard, à quel endroit avez-vous laissé vos psaumes hier après complies ? A qui les avez-vous confiés ? A ces paroles, le saint, qui était fort impressionnable, rougit, et se jeta aux pieds de son abbé en demandant pardon de sa négligence.

Cette anecdote est un touchant témoignage de l’amour filial de saint Bernard pour sa chère mère.

Les moines de Clairvaux partageaient cet amour et cette vénération. L’an 1250, saint Bernard étant mort depuis près d’un siècle et canonisé, ils voulurent que le corps d’Alette prît place à côté du sien. Elle fut donc transférée de Dijon à Clairvaux et inhumée dans la chapelle de Saint-Sauveur, tout près des reliques de son fils. Là elle retrouvait son époux Tescelin. Elle fit désormais partie de la glorieuse phalange des saints de Clairvaux.

Nous avons donné à cette sainte dame le titre de bienheureuse, sans ignorer qu’elle n’a jamais eu proprement de culte dans l’Église. Nous avons suivi la manière de parler des hagiographes. Deux de ses enfants, outre saint Bernard, jouissent d’un culte public : saint Gérard, cellérier de Clairvaux, et sainte Hombeline, abbesse de Jully.

 

 

Raingarde, mère de Pierre le Vénérable

Saint Bernard avait pour ami Pierre, abbé de Cluny, plus connu sous le nom de Pierre le Vénérable : cette sainte amitié est une des plus touchantes que nous offre l’histoire de l’Église.

Pierre le Vénérable gouvernait la célèbre abbaye de Cluny, de laquelle dépendaient plusieurs centaines de prieurés. Saint Bernard avait fondé ou agrégé à Clairvaux environ cent monastères. Ils étaient, pour parler le langage du temps, pareils à deux béliers magnifiques marchant à la tête des troupeaux du Seigneur.

De même qu’il s’élevait des querelles entre les bergers d’Abraham et ceux de Loth, il s’élevait parfois des contestations entre les moines de Cîteaux, dits les moines blancs, et les moines de Cluny, dits les moines noirs. L’homme ne disparaît pas toujours, hélas, dans le moine. Mais ces contestations demeuraient dans les régions inférieures ; elles ne troublaient pas la paix des hauteurs qu’habitaient saint Bernard et Pierre son ami. Dieu, dit l’Écriture, établit la concorde dans les lieux élevés qui lui appartiennent : Qui facit concordiam in sublimibus suis. (Jb 25, 2).

Il est admirable de voir quels assauts d’humilité et de charité se livrent les deux saints dans leurs lettres respectives ; les anges assistaient avec délices à ce tournoi d’un nouveau genre.

Nous avons parlé de la mère de saint Bernard ; nous allons tracer une biographie rapide de Raingarde, mère de Pierre le Vénérable, appelée bienheureuse et sainte par plusieurs auteurs.

Elle était enceinte de ce fruit de bénédiction, lorsqu’elle alla faire visite au grand abbé de Cluny, saint Hugues, qui porta la célèbre abbaye à l’apogée de sa splendeur, et commença d’y bâtir une si étonnante basilique qu’on l’appelait le lieu de promenade des anges. Saint Hugues, voyant cette mère, lui dit :

Sachez, madame, que le fruit que vous portez est consacré au Seigneur et voué à saint Pierre. (Saint Pierre était le patron de Cluny). Elle répondit : Seigneur, si c’est un garçon, que votre volonté s’accomplisse ! C’en est un, reprit le saint, tenez-vous en pour assurée.

L’enfant fut nommé Pierre ; et, dès son jeune âge, présenté, à titre d’oblat, au monastère de Sauxillange.

Raingarde avait un époux digne d’elle, nommé Pierre Maurice, seigneur de Montboisier. Elle en eut huit enfants, dont cinq se firent moines ou clercs. Elle était elle-même éprise d’un si vif sentiment de la vie religieuse, qu’elle pleurait souvent devant Dieu de ne pouvoir le satisfaire. Un jour le château seigneurial reçut la visite de Robert d’Arbrissel, ermite austère et célèbre prédicateur, dont la parole véhémente avait peuplé d’une foule de pénitents le désert de Fontevrault. Raingarde fut si touchée des exhortations de ce saint homme, qu’elle y puisa la force de gagner son mari à l’idée d’embrasser la vie religieuse, et tous deux convinrent de se retirer, après un certain laps de temps, chacun dans un monastère.

Cependant, Pierre Maurice n’attendit pas le délai marqué : il tomba malade et bientôt fut aux portes du tombeau. Raingarde fit paraître une foi héroïque ; sa douleur était absorbée par la pensée du salut de son époux ; l’œil sec pendant que tous pleuraient, elle l’exhortait en lui montrant le ciel. Aussitôt mort, elle le revêtit de l’habit monastique, qu’il avait fait vœu de prendre ; puis elle le conduisit au monastère de Sauxillange pour être inhumé parmi les moines.

Bientôt, ses amis du monde lui conseillèrent de se remarier. « Je le ferai, répondait-elle, et j’ai même fixé mon choix. » Un matin, après avoir passé la nuit sur la tombe de son époux, elle annonça qu’elle partait en pèleri­nage à Cluny. Un nombreux cortège la suivit. Après avoir fait ses dévotions et ses offrandes à cette abbaye, elle voulut s’arrêter à Marcigny, monastère de femmes qui en dépendait. Là, se tournant vers les seigneurs qui l’accompagnaient, elle leur dit :

Qu’avez-vous fait pour l’âme de mon époux ? Rien. Souffrez donc que, ne pouvant compter sur vous après ma mort, je pense moi-même au bien de mon âme. Vous voyez cette porte, elle va se refermer sur moi : je choisis ce cloître pour mon tombeau.

Les seigneurs, furieux, ne parlaient de rien moins que de démolir le couvent. « Allez leur dit gaiement Raingarde, cette douleur passera vite : retournez à vos occupations du siècle ; pour moi, je vais à Dieu. »

Nul à Marcigny n’était prévenu de l’arrivée de Raingarde. Seulement, la veille, un saint moine nommé Gérard, qui célébrait la messe au monastère et qui priait pour le besoin des sœurs, qui étaient pauvres, avait entendu une voix qui lui disait : Tu es exaucé ! Et la nuit, il avait vu en songe voltiger autour de lui une colombe, c’était Raingarde, la sainte veuve, pure comme une vierge, qui allait s’abriter sous la sainte clôture.

Elle vécut dans le monastère environ vingt années : les sœurs la vénéraient comme sainte. Si quelques échos du dehors franchissaient le seuil du cloître, ils lui annonçaient les grands travaux de Pierre son fils, devenu abbé de Cluny, pour le bien de l’Église. Mais elle prêtait plutôt l’oreille aux harmonies du ciel qu’aux bruits de la terre.

Quelques jours avant sa mort, étant encore en bonne santé, elle aperçut par trois fois devant son lit une dame d’une grande beauté qui, de la main, lui faisait signe de la suivre. Par trois fois, elle crut qu’une sœur venait ainsi l’éveiller. Elle comprit à la fin que l’inconnue descendait du ciel, et l’invitait à y monter. Aussitôt, elle annonça joyeusement sa mort, se fit donner les saintes onctions, puis, prenant un crucifix, entama de pieux et enflammés colloques avec Jésus. On l’étendit sur un cilice couvert de cendres ; et, au point du jour, elle rendit doucement le dernier soupir. Aussitôt, son corps parut brillant de jeunesse, et son visage, comme celui de saint Martin, jeta des reflets lumineux.

Pierre le Vénérable reçut la nouvelle de cette mort, étant en route d’Italie en France. Il accourut, et, pour soulager sa peine, écrivit, sous forme de lettre, une vie de sa sainte mère. Il envoya aussi une circulaire aux prieurs de son ordre pour leur demander, en mémoire de Raingarde et pour le repos de son âme, de faire dire trente messes et de nourrir douze pauvres. Lui-même mourut très saintement, également sans maladie, le jour de Noël, environ vingt ans après ; des prodiges signalèrent sa mort.

 

 

Mabyle, mère de saint Edme

Sur la route de Troyes à Auxerre, ancienne voie romaine, à quatre lieues de cette dernière ville, s’élève l’abbaye de Pontigny, l’une des quatre premières filles de Cîteaux, fondée par Hugues de Mâcon, ami de saint Bernard. L’église abbatiale est demeurée debout parmi les ruines du monastère ; c’est une des premières et des plus pures productions de l’art gothique, dans sa primitive austérité. Au-dessus du maître-autel, sous un dais grandiose, on vénère les restes précieux de saint Edme, archevêque de Cantorbéry, mort en exil à Pontigny.

Saint Edme naquit à Abingdon, petite ville d’Angleterre voisine d’Oxford, vers la fin du 12e siècle, d’une famille médiocrement fortunée, mais riche de vertus chrétiennes. Mais, hélas ! en venant au monde il ne donnait pas signe de vie ; on se préparait à l’ensevelir quand sa mère s’y opposa, et l’énergie maternelle lui valut la vie et le baptême : c’est de là qu’était sortie la coutume d’apporter à son tombeau les enfants morts-nés, qui souvent revinrent à la vie par la protection du saint. L’enfant fut nommé Edme ou Edmond, parce que, né le jour de saint Edmond, roi d’Angleterre, sa mère l’avait senti tressaillir dans son sein le jour de saint Edmond, martyr.

Il est temps de faire connaissance avec les parents de notre saint Edme. Son père se nommait Raynald Rich, et sa mère Mabyle. Dieu leur donna quatre fils et deux filles ; Edme était l’aîné de tous. Admirable famille ! Mabyle était la femme forte des Écritures ; son mari se reposait auprès d’elle des agitations du commerce par de pieux entretiens ; et les enfants grandissaient autour d’eux comme des rejetons d’olivier.

Quand ils furent sortis de la première enfance, Raynald, encouragé par la pieuse Mabyle, prit le parti de quitter le monde et de s’enfermer dans un monastère. Mabyle devint ainsi veuve, avant la mort de son époux ; elle se donna tout entière à cultiver l’âme de ses enfants, et spécialement d’Edme, son aîné. Non seulement elle les élevait sans vaine délicatesse, mais elle les animait à la pénitence et leur en procurait les instruments par manière de cadeau. Elle-même portait un cilice, et sur le cilice une cotte de mailles, et dessous deux lames de fer qui laissaient sur sa chair leurs empreintes sanglantes. O femme vraiment virile ! comme elle condamnera, au jour du jugement, la folie des mères qui tuent l’âme de leurs enfants en flattant leur corps !

Dieu lui avait fait connaître la future sainteté d’Edme. Une nuit, elle l’avait vu en songe portant sur sa tête une couronne d’épines vivement embrasée, dont la flamme montait jusqu’au ciel : touchant symbole des épines de la pénitence dont le jeune homme entourait le lys de sa chasteté, comme aussi des tribulations de sa vie épiscopale ! Animée par ces célestes indices, Mabyle ne négligea rien pour faire instruire Edme dans toutes les sciences divines et humaines.

Elle le mit à l’Université voisine d’Oxford. Dès lors, il fut initié à la cléricature. Il joignait à une rare intelligence un cœur d’une exquise pureté. La beauté de son âme rejaillissait sur son corps et le rendait aimable à tous. Sa sainte mère ne le quittait pas de vue. Un jour, raconte son biographe, il fut pris d’un violent mal de tête qui menaça, en se prolongeant, d’interrompre ses études : « Mon fils, lui dit alors Mabyle, votre couronne cléricale ne me semble pas régulière ; voyez si ce ne serait pas la cause de votre mal. » Edme reçut l’avis de sa mère comme venant de Dieu ; il retrancha le superflu de sa chevelure, et la souffrance disparut comme si le fer l’avait enlevée. Bien des clercs, dit à ce sujet un historien, pourraient profiter de la leçon de la pieuse Mabyle.

Paris était alors comme aujourd’hui, et même plus qu’aujourd’hui, la grande attraction des étudiants de tous pays. Hélas ! la corruption y était lamentable comme aujourd’hui, moins toutefois l’impiété. O Paris, criait Pierre de Celles, repaire de vices, source des crimes, flèche de l’enfer, comme tu transperces le cœur des insensés ! Mabyle se décida, malgré l’exiguïté de ses ressources, à envoyer à Paris Edme et Robert, son plus jeune frère. Dans sa naïve et sainte sollicitude, elle glissa dans le petit bagage des jeunes gens deux cilices ; c’est le même présent que saint Louis faisait aux princes, ses enfants. Pour corriger l’aiguillon du plaisir, dit le P. Lacordaire, il faut l’aiguillon de la douleur. Donner un cilice à saint Edme, c’était verser de l’huile sur le feu ; l’amour de la souffrance était chez lui à l’état de soif dévorante. En ce temps-là, il mérita d’avoir une vision de l’enfant Jésus, qui lui apprit à se marquer au front du nom de Jésus, pour se garantir de la mort subite.

Cependant, une triste nouvelle lui parvint à l’improviste. Mabyle était gravement malade. Edme et Robert revinrent à Abingdon, et trouvèrent leur mère dans un état désespéré. La mourante tressaillit en voyant Edme, comme Jacob en voyant Joseph. Elle voulut le bénir. « Ma mère, dit Edme, bénissez aussi mes frères et mes sœurs. — Ne vous ai-je pas béni, répondit-elle, mon fils bien-aimé ? — Sans doute, reprit Edme. — Eh bien ! sachez, répartit Mabyle, que j’ai béni en vous vos frères et vos sœurs. » Et elle remit paisiblement son âme à Dieu.

En mourant, elle laissait à Edme la cotte de mailles dont elle était revêtue ; elle lui laissait aussi, ainsi qu’à Robert, les deux lames de fer qui macéraient sa chair innocente ; quant à son cilice, il fut couvert d’ornements d’or et conservé comme une relique dans une famille d’Oxford, puis suspendu comme un trophée à une statue de saint Edme. Son corps repose dans la chapelle Sainte-Croix de l’abbaye d’Oxford, avec cette simple et touchante épitaphe : Ci-gît Mabyle, la fleur des veuves !

Après la mort de sa mère, Edme plaça ses deux sœurs, Alice et Marguerite, au monastère de bénédictines de Catseby, où elles moururent en odeur de sainteté et en réputation de miracles, mais longtemps après leur saint frère. Pour lui, il fit vœu de chasteté ; et, par la plus touchante naïveté, prenant deux anneaux autour desquels il avait fait graver la salutation angélique, il en mit un au doigt d’une statue de la sainte Vierge et garda l’autre à son doigt pour ne le quitter, après sa mort, que par un miracle. Comme Mabyle dut sourire, du haut du ciel, à ces épousailles mystiques !

Dieu voulait qu’elle continuât, alentour de son cher fils, ses soins maternels, témoin l’anecdote suivante. Edme, de retour à Paris, enseignait la géométrie. Sa chère mère lui apparut en songe ; il la reconnut à ces charmes de la physionomie maternelle que le cœur n’oublie pas : « Mon fils, lui dit-elle, que veulent dire toutes ces figures que vous étudiez avec tant d’application ? » Edme le lui indiqua rapidement. Alors elle lui prit tendrement la main droite, sur laquelle elle figura trois cercles portant ces noms : Père, Fils et Saint-Esprit. « Mon cher fils, lui dit-elle, ce sont là les figures qui doivent seules vous occuper désormais ; laissez toutes les autres. » Edme comprit…

Il succéda au siège et à la sainteté de saint Thomas de Cantorbéry ; comme lui, il connut l’exil pour la justice, comme lui, il se réfugia sous le toit hospitalier de Pontigny. Il n’y mourut pas, cependant ; sa vie angélique s’éteignit au prieuré de Soisy, près de Provins, le 16 novembre 1240 ; mais il fut incontinent transporté dans l’abbaye cistercienne. Peu de saints laissèrent une mémoire aussi vénérée parmi le peuple. Aujourd’hui encore, ses reliques sont l’objet d’un pieux pèlerinage.

 

 

Conclusion

I

Nous pourrions ajouter, aux portraits que nous avons tracés, bien d’autres figures non moins touchantes, même contemporaines. Mais il faut se borner.

De notre travail ressort, en conclusion, que le christianisme, qui a tout transfiguré, a donné à la femme un rôle qu’elle n’aurait jamais eu sans lui.

De la femme était venue la chute : un opprobre pesait sur elle. Elle avait besoin d’être réhabilitée, à un double titre : comme être faible, et comme auteur de la prévarication.

La faiblesse la disposait à être écrasée par l’homme ; et la séduction qu’elle avait exercée sur lui, la rendait digne d’être écrasée sans pitié.

Aussi voyons-nous que, dans les sociétés antiques, et encore aujourd’hui chez les peuples orientaux, la femme est irrémédiablement abaissée. Dans le sens élevé du mot, elle n’est ni épouse, ni mère, c’est une servante : c’est un instrument fragile aux mains de fer de l’homme.

Marie, mère de Jésus, a relevé la femme de sa dégradation. Épouse vierge, elle a ennobli l’épouse. Mère vierge, elle a ennobli la mère.

L’épouse chrétienne a pour type, non plus Ève, mais Marie. Sa faiblesse même lui forme une auréole de respect : car Jésus-Christ est venu pour sauvegarder, pour consacrer toutes les faiblesses. Oui, l’être faible, en raison des divines faiblesses de Jésus, est devenu un être sacré : or, l’être faible, c’est l’enfant, c’est aussi la femme.

Le Moyen Age nous montre la femme honorée par l’homme, qui se fait son chevalier : elle l’est d’autant plus qu’elle est chaste, plus vierge, plus Marie.

Nous avons remarqué que les livres saints, en exaltant une épouse sage et pudique comme une perle hors de prix, ne nous présentent pas le tableau de la mère qui élève ses enfants, qui en fait des hommes. C’est que cette fonction sublime de la maternité, cette influence pénétrante de la mère sur l’enfant, n’existait pas dans sa plénitude avant Marie, mère de Jésus. C’est de Marie que les mères ont appris à être vraiment mères : car c’est d’elle qu’elles ont appris à former dans leurs enfants l’image de l’homme céleste, de l’homme régénéré, en un mot de Jésus-Christ.

Joseph de Maistre dit quelque part que les femmes n’ont pas gagné la bataille de Rocroy, qu’elles n’ont fait ni Polyeucte, ni Athalie, ni Télémaque, ni le Discours sur l’histoire universelle ; mais qu’elles font tous les jours un bien autre chef-d’œuvre : car c’est sur leurs genoux que se forment l’homme et le chrétien.

 

II

Il est une mère dont nous ne pouvons taire le nom dans ces pages, parce qu’il est sur toutes les lèvres : c’est Blanche de Castille, mère de saint Louis.

Blanche de Castille, telle que nous l’a dépeinte la plume naïve de Joinville, n’était pas une sainte : non, elle n’avait pas ce fini de perfection qui caractérise la sainteté, témoins les querelles qu’elle suscitait à sa bru, Marguerite de Provence. Mais c’était une grande chrétienne.

Chacun connaît là le langage qu’elle tenait à saint Louis : « Beau et cher fils, rien au monde ne m’est plus cher que vous, mais j’aimerais mieux vous perdre de mort que de vous voir souillé d’un péché mortel . » Cette parole, digne d’une sainte, était bien faite pour former un saint.

Nos lecteurs ignorent peut-être un autre trait de Blanche de Castille, qui nous a profondément frappé. Cette reine tenait à nourrir son fils de son propre lait ; un jour qu’elle avait eu un évanouissement, une de ses suivantes allaita l’enfant : quand Blanche l’eut appris, dans sa jalousie maternelle, elle fit rejeter au petit prince ce lait étranger.

Assurément, nous ne prétendons pas proposer à l’imitation des mères ce trait où respire la fierté castillane. Mais enfin, nous avouons sans détour qu’il nous semble beau, d’une beauté un peu sauvage et qu’il nous saisit.

Blanche de Castille était jalouse de son fils, non pour le refuser à Dieu, mais pour ne le donner qu’à Dieu. Elle craignait que ces gouttes d’un lait étranger ne fissent passer dans son cœur quelque chose qui ne fût pas chrétien, qui ne fût pas royal. Elle entendait être mère tout à fait.

Dans cette pensée, elle voulut aussi être précepteur de son fils. Et l’histoire nous rapporte les graves et saintes paroles par lesquelles elle lui traçait les devoirs d’un prince chrétien.

Puissent les mères se sentir prises de cette sublime jalousie qui remplissait l’âme de Blanche de Castille !

Elles ont reçu de Dieu un dépôt à garder, ce sont les âmes précieuses rachetées et lavées par le sang de l’Agneau : qu’elles veillent elles-mêmes à ce dépôt, et ne s’en remettent pas à d’autres yeux ! Elles ont une mission à remplir ; elles doivent modeler ces âmes tendres encore, et y former l’image de Jésus-Christ, ce qui est, remarque saint Jean Chrysostome, une œuvre mille fois plus délicate que tout le travail d’un peintre ou d’un sculpteur : qu’elles ne laissent pas des mains profanes et sacrilèges toucher à cette œuvre qui est la leur.

Si on prétend leur enlever leurs enfants, pour graver en eux ce que l’Écriture nomme le caractère de la Bête, qu’elles deviennent comme cette mère de Florence qui arracha son enfant à la gueule d’une lionne ; la lionne n’osa pas résister.

 

III

Nous traversons une phase qui rappelle la persécution de l’impie Antiochus. Ce prince, fourbe et cruel, voulut – qu’on nous pardonne cette expression moderne – laïciser le peuple juif, en lui enlevant son caractère essentiellement religieux et sacerdotal. Il porta un édit, où il défendait entre autres choses de circoncire les enfants mâles. Or, qu’arriva-t-il ? Les mères résistèrent au tyran. On vit deux femmes, qui avaient circoncis elles-mêmes leurs enfants, promenées dans la ville et précipitées du haut des remparts avec leurs petits à la mamelle.

Aujourd’hui, la situation est la même, le danger est le même : il faut que la résistance soit la même, et qu’elle vienne du cœur indomptable des mères.

Le jour où les femmes chrétiennes se lèveront en face du danger comme les femmes juives en face de l’impie Antiochus, les enfants seront sauvés, et la société chrétienne le sera avec eux.



[1]  — Lib. De Cura pro mortuis.

Informations

L'auteur

Dom Bernard Maréchaux (1849-1927) fut l'adjoint, puis le successeur du père Emmanuel André en son abbaye bénédictine de Mesnil-Saint-Loup.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 73

p. 118-131

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