Oui, la vraie religion est facile à trouver
par le frère Louis-Marie O.P.
Reconnaître quelle est la vraie religion n’est pas difficile à quiconque voudra en juger avec prudence et sincérité. En effet, des preuves très nombreuses et éclatantes, la vérité des prophéties, la multitude des miracles, la prodigieuse célérité de la propagation de la foi même parmi ses ennemis et en dépit des plus grands obstacles, le témoignage des martyrs et d’autres arguments semblables, prouvent clairement que la seule vraie religion est celle que Jésus-Christ a instituée lui-même, et qu’il a donné mission à son Église de garder et de propager.
Léon XIII, encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885).
C'est l'un ou l'autre, et il n’y a pas d’échappatoire. Soit Dieu a révélé aux hommes qui il est et comment les hommes doivent l’honorer, soit non.
— Dans le premier cas, il existe une religion absolument vraie qui fait connaître Dieu avec certitude et progresser vers lui par un chemin sûr.
— Dans le deuxième cas, Dieu reste le grand inconnu vers lequel on ne peut que tâtonner. Toutes les religions ne sont que des constructions humaines, plus ou moins intelligentes ou absurdes, généreuses ou malfaisantes, mais toujours humaines, et donc irrémédiablement faillibles.
De ces deux solutions, rien ne permet d’exclure la première. Elle jouit même, a priori, d’une forte probabilité (ne serait-il pas convenable que l’Être supérieur qui domine le monde fasse connaître aux hommes ce qu’il attend d’eux ?). Pourtant, sans toujours s’en rendre compte, les hommes sont poussés vers la deuxième option. L’idéologie laïciste [1], qui règne jalousement sur la société française, impose le préjugé selon lequel la religion serait uniquement affaire d’héritage culturel, de sentimentalité personnelle ou d’opinion privée – et non de vérité absolue et universelle. C’est un des principaux conditionnements imposés au citoyen français : respiré inconsciemment dès sa naissance, à la maternité, rabâché pendant toute sa scolarité et imposé dans toute la vie civile.
A la chasse aux préjugés
Préjugés laïcistes
Les « bien-pensants » de la laïcité ne se demandent plus, comme au 18e siècle, comment l’on peut être persan [2], mais ils peinent à admettre qu’un homme sensé et cultivé puisse encore considérer une religion comme la seule vraie, à l’exclusion de toutes les autres. Qu’il ait ses croyances, c’est son affaire, mais qu’il ne les considère pas comme une vérité absolue ! Il en va de la religion comme de la gastronomie ou de la littérature : à chacun ses goûts et ses choix, qu’on peut afficher et défendre à l’occasion, mais tout en sachant bien, au fond, que ceux du voisin sont également valables et respectables. Pas de vérité universelle et définitive.
Ces partisans du relativisme religieux sont généralement assez fiers de leur largeur de vue ; ils éprouvent une commisération marquée pour les siècles obscurs où un dogme religieux était imposé par voie d’autorité à toute la population.
Le plus comique est qu’ils peuvent passer leur vie entière sans jamais apercevoir qu’ils sont possédés eux aussi par cette intransigeance, cette étroitesse de vue et cette docilité aveugle qu’ils trouvent si stupéfiantes chez les croyants.
Absolument certains qu’il n’y a pas de certitude absolue en matière religieuse (tout doute à ce sujet leur paraîtrait ridicule), ils mettent en cette conviction une foi tellement candide qu’ils ne s’aperçoivent même pas que c’est précisément une croyance, et ne s’interrogent jamais sur ses fondements.
Tenant comme un dogme qu’il n’y a pas de dogme – paradoxe assurément plus déroutant pour l’intelligence que tous les mystères de la foi catholique –, ils n’y voient aucune contradiction, parce que, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose [3], ils adhèrent à des dogmes sans s’en rendre compte ! La preuve ? Poussez-les dans leurs retranchements. Pressez-les de vous expliquer d’où vient leur conviction. Demandez-leur ce qu’il y a d’absurde dans l’idée que la vérité religieuse est unique. Une fois passés quelques clichés qui ne prouvent rien (du type : chacun croit vraie la religion de son enfance), vous constaterez vite qu’ils n’ont aucun argument décisif. Ce n’est pas chez eux une conviction raisonnée mais une croyance, une foi (irréligieuse), produite par la pression sociale. Plongés depuis leur petite enfance dans une société qui se proclame « laïque » et qui refuse par principe tout dogme religieux, ils en reçoivent tout naturellement la marque (même s’ils sont convaincus de penser par eux-mêmes). Leur premier pas vers la vérité sera de prendre conscience de ce préjugé, afin de pouvoir s’en libérer.
Préjugés catholiques ?
On objectera sans doute qu’un chrétien reçoit lui aussi, dans sa famille et son école catholique, des préjugés qui influencent sa vision du monde. Sans répondre sur le fond [4], contentons-nous de trois remarques :
1. — L’enfant catholique sait parfaitement qu’il reçoit un enseignement catholique. S’il est orienté vers Dieu, c’est en toute connaissance de cause. Tandis que l’idéologie laïque prétend, au contraire, n’influencer en rien les consciences, et impose son option en faisant mine d’être neutre. Mensonge, assurément, comme l’ont reconnu, mais après coup, certains des promoteurs de l’école sans Dieu. (La neutralité est, elle fut toujours un mensonge, peut-être un mensonge nécessaire, disait René Viviani, qui fut ministre de l’Instruction publique de la 3e République [5]).
2. — Si les écoles « catholiques », aujourd’hui, transmettent des préjugés, ce sont généralement les mêmes que ceux de l’école sans-Dieu, tant la plupart d’entre elles se sont alignées sur l’idéologie officielle (n’y ajoutant, en fait de christianisme, qu’une vague teinture sentimentale). Le catholicisme n’y est plus présenté comme la religion révélée par Dieu – la vérité absolue et définitive en matière religieuse – mais comme une des diverses manières dont les hommes expriment collectivement leur sentiment religieux, une famille spirituelle parmi d’autres – qui se trouve, c’est comme ça, être la nôtre.
3. — Paradoxe : beaucoup de Français d’origine catholique en viennent finalement à s’imaginer qu’ils font preuve de liberté intellectuelle et de largeur d’esprit en rejetant comme « préjugés » les quelques vestiges chrétiens qu’ils ont encore, sans s’apercevoir que c’est précisément à ce moment qu’ils abdiquent tout jugement propre pour se soumettre entièrement aux préjugés du temps et à l’idéologie au pouvoir.
La pression laïciste est telle, en tous les secteurs de la société, qu’elle impose son idéologie à peu près partout, et jusqu’à l’intérieur de l’Église, comme un axiome indiscutable. Et pourtant, répétons-le, cette option n’a rien d’une évidence. Tout homme sensé échappant au prêt-à-penser laïc et obligatoire doit convenir que non seulement une intervention de Dieu révélant qui il est et comment on peut entrer en relation avec lui n’a rien d’absurde, mais qu’elle est même plutôt probable.
Mais comment en être sûr ? Et, surtout, comment discerner la vraie religion, parmi toutes celles qui exercent leur culte sur la planète Terre ?
Ici encore, les préjugés laïcistes jouent à plein. Toutes les religions sont présentées, par principe, comme également crédibles, également honorables, également bénéfiques. Osez, après cela, sans être un spécialiste, choisir l’une plutôt que l’autre !
C’est cet autre préjugé qu’il faut maintenant examiner.
Le facile et le difficile
La vraie religion, si elle existe, est difficile à discerner. Tellement difficile qu’il est sage de réserver son jugement et de ne pas se prononcer catégoriquement.
Tel est le préjugé courant. Pour l’appuyer, on souligne que la science, l’intelligence et l’honnêteté se rencontrent dans tous les cultes. Si les grands esprits n’ont jamais pu se mettre d’accord sur la vraie religion, n’est-ce pas la preuve absolue qu’elle est très difficile à discerner ?
En réalité, il y a difficulté et difficulté :
— Pour M. Dutronsec, il est très difficile de faire une aumône de 20 euros. Il est pourtant richissime et il a le billet sous la main. L’action est difficile non pas en soi, mais à cause d’un vice très particulier : l’avarice.
— Madame Timého pourrait très facilement, si elle le voulait, écraser l’araignée trouvée dans son évier, plutôt qu’appeler son mari à l’aide. Sa difficulté est psychologique, due à une passion non maîtrisée : la peur.
— S’il se comportait raisonnablement, Modeste admettrait que Victor est plus fort que lui au jeu d’échecs, plutôt que de l’accuser violemment de tricherie à la fin de chaque partie. Seul son orgueil lui rend subjectivement difficile un constat objectivement évident.
— De même, madame Philogène n’aurait absolument aucune difficulté à voir aussi bien que le reste du monde les gros défauts de Matthieu, si celui-ci ne se trouvait pas être son fils.
Bref, des actions ou des constats qui sont en soi faciles – faciles dès qu’on les veut vraiment – peuvent être, auparavant, difficiles à vouloir.
Il en va de même de la vraie religion : de soi, elle est facile à discerner, mais à condition qu’on le veuille vraiment. Et il n’est pas toujours facile de le vouloir.
On peut distinguer deux sortes d’obstacles.
L’obstacle extérieur
Premier obstacle : la pression sociale. Son poids a été confirmé au 20e siècle par des expériences cyniques, mais révélatrices. Le principe général était de placer un individu « innocent » au milieu d’un groupe dont tous les autres membres étaient de mèche pour affirmer une erreur ou prôner un comportement aberrant. Résultat : le « cobaye », ignorant la cause de cette unanimité, a tendance à se ranger à l’avis des autres, même s’il a sous les yeux la preuve du contraire, et même si, laissé seul, il trouverait immédiatement la bonne réponse [6]. Cette version moderne et scientifique du conte d’Andersen (Les habits neufs de l’Empereur) est à la fois inquiétante et rassurante. Inquiétante, car les pouvoirs politiques et médiatiques ont aujourd’hui, bien plus qu’autrefois, les moyens administratifs et techniques de créer artificiellement une fausse unanimité, de type totalitaire, qui exerce sur chaque individu une énorme pression morale.
Et cependant – c’est l’aspect rassurant – cette pression peut certes empêcher le bon sens de s’exprimer (personne n’ose crier : Le roi est nu) ou même de s’exercer (personne n’ose s’avouer à lui-même qu’il voit le roi nu), mais elle ne peut supprimer radicalement ce bon sens. A quiconque veut s’affranchir de la tyrannie de l’opinion et voir la réalité telle qu’elle est, il demeure toujours aussi facile de constater que, de fait, le roi est nu. C’est en ce sens qu’il est facile de discerner la vraie religion, pourvu seulement qu’on le veuille vraiment.
L’obstacle intérieur
A l’obstacle extérieur de la pression sociale peut s’ajouter un obstacle intérieur, qui empêche, lui aussi, de vouloir vraiment connaître la vérité : c’est la passion, qui empêche la raison de fonctionner normalement.
— Tel vieillard refuse systématiquement la religion, au motif qu’un prêtre a été dur avec lui quand il était jeune. Attitude psychologiquement compréhensible, mais fondamentalement irrationnelle, car la valeur de la religion est indépendante des défauts ou des qualités humaines de ce prêtre. Inutile cependant d’essayer de le lui expliquer : il ne vous écoutera pas. La passion est la plus forte.
— Tel autre fait un blocage sur la confession. Le seul fait de devoir avouer telle faiblesse honteuse à un prêtre lui est insupportable. La difficulté n’est pas intellectuelle, mais morale.
— Tel autre est passionné de tranquillité. S’il est né dans la vraie religion, tant mieux pour lui. Sinon, tant pis, car il ne fera pas le moindre effort pour aller voir ailleurs. Rompre avec son milieu, sa famille, ses habitudes pour une question de vérité religieuse ne lui vient même pas à l’esprit. (Les fauteuils sont-ils donc tellement meilleurs dans la vraie religion ?)
— Tel autre est si attaché à cette personne avec qui il n’est pas légitimement marié, ou à ce plaisir coupable, ou à cet argent mal gagné, qu’il ne peut envisager d’y renoncer. Il ne peut même pas admettre qu’il s’agisse d’un péché. Difficulté d’ordre intellectuel, en partie, mais dont la racine est morale. Là encore c’est la passion qui, fondamentalement, détourne de la vérité.
— Le révolté par principe est à peu près dans le même cas. Il a souffert, il souffre et il bute sur le mystère de la souffrance. Mais au lieu de rechercher la lumière qui permettrait de comprendre et de dépasser son épreuve, il la refuse par principe, parce que la lumière risquerait de justifier cette souffrance contre laquelle il a dressé l’étendard de la révolte. Il peut multiplier les arguments rationnels, en réalité il y a toujours, en arrière-fond, un refus volontaire : celui d’un malheureux qui s’enferme sur lui-même au lieu de s’ouvrir à la vérité.
— Achevons cette énumération par une passion plus élevée : la piété filiale (ou nationale). Il est naturel d’être attaché à la religion de ses pères. Un hérétique à qui saint Pie X demandait pourquoi il était protestant répondit que c’était la religion héritée de ses parents. C’est la meilleure raison que vous puissiez donner, convint le pape. Et cependant, cette piété filiale, si noble qu’elle soit, doit céder devant la vérité. S’il n’y a pas de religion révélée par Dieu, si les différents cultes ne sont tous que des coutumes humaines, il est normal que chacun honore l’Être divin selon les traditions de ses ancêtres. Mais si Dieu s’est révélé, la vérité doit primer. Il faut nécessairement préférer la religion de notre Père céleste à celle de nos parents de la terre.
Malheureusement, le chauvinisme peut étouffer tout souci de discerner la vraie religion. Au lieu d’ouvrir l’esprit, la passion enferme dans les préjugés nationaux ou raciaux. On est fidèle de sa religion à peu près comme on est supporter de l’équipe nationale de football. On y met beaucoup d’ardeur et de conviction, mais l’intelligence et l’élévation de l’âme vers Dieu n’ont plus grand-chose à y voir. C’est ce qu’on appelle communément le fanatisme, qui peut souiller même les meilleures causes. (L’identification entre religion et communauté politique – ou familiale – est particulièrement forte dans l’islam, qui ne distingue pas le spirituel du temporel. Cela rend difficile la conversion des musulmans.)
Facile à reconnaître, mais pas forcément à croire
Une dernière précision s’impose.
Dire que la porte d’une maison est facile à trouver ne signifie pas nécessairement qu’elle sera facile à ouvrir et à franchir (elle peut être barricadée). De même, dire que la vraie religion est facile à reconnaître ne signifie aucunement qu’elle sera nécessairement facile à croire, et encore moins que tout ce qu’elle enseigne sera évident.
Il existe une grande différence entre :
1 . — discerner de l’extérieur, par la raison, que telle religion est effectivement crédible (digne de foi) et qu’elle est la seule à l’être ;
2. — entrer concrètement dans cette religion, en se soumettant complètement à son enseignement (qui, sans contredire la raison, peut la dépasser sur de nombreux points, vu que Dieu nous dépasse).
La première étape est facile pour quiconque jouit d’une certaine liberté intellectuelle (même si cette liberté, elle, n’est pas toujours facile dans le monde contemporain). Elle ne requiert en soi que le bon sens (mais il n’est pas superflu de demander l’aide de Dieu pour que ce bon sens puisse s’exercer librement, vainquant à la fois les préjugés et les passions).
La seconde étape exige davantage, puisqu’elle fait pénétrer dans la Révélation divine – c’est-à-dire, d’une certaine façon, en Dieu. Il faut un secours spécial de Dieu, qu’il convient de demander dans la prière. C’est en ce sens que saint Paul enseigne que la foi est un don de Dieu.
Lumineux comme le soleil
Le terrain étant déblayé, le plus important reste à faire : prouver le mouvement en marchant – autrement dit : prouver la facilité de la découverte de la vraie religion en faisant, de fait, découvrir celle-ci.
Là encore, il s’agira surtout d’écarter les préjugés. De purifier son regard, pour voir tout simplement les choses telles qu’elles sont, comme avec un œil neuf.
Aussitôt, la vérité resplendira.
Peut-on cacher le soleil ?
Car il faut le clamer haut et fort à tous ceux qui doutent et tâtonnent : Oui, la vraie religion est facile à discerner.
Comme le soleil en son midi fait pâlir par sa seule présence toutes les lueurs de la terre, manifestant sa supériorité de façon littéralement éblouissante, ainsi la vraie religion au milieu des fausses.
Mais l’idéologie officielle multiplie les fumées et les faux-semblants pour donner l’impression contraire.
Sans dissimuler totalement l’existence du soleil, elle empêche de le voir tel qu’il est. Elle enferme dans des caves et des salles obscures, multiplie les écrans et les lumières artificielles, et ne vous laisse mettre le nez dehors qu’à la nuit tombée ou les jours de grand brouillard. Elle présente le soleil comme une source de lumière parmi d’autres, dans la même catégorie que l’ampoule électrique, le néon, la bougie, la lampe à pétrole et le ver luisant. (Classification qui n’est pas absolument fausse, surtout considérée le soir à la clarté d’une lampe de chevet, mais dont le caractère réducteur apparaît tout de même assez nettement dès que le soleil paraît.)
Il en va de même du Christ comparé à Bouddha, Confucius, Mahomet ou Charles T. Russell (fondateur des « Témoins de Jéhovah »). On peut les ranger tous dans une même catégorie qu’on nommera « les fondateurs de religion » – et c’est ce que fait la république laïque dans ses lois, ses encyclopédies, ses manuels scolaires, ses émissions télévisées et les schémas mentaux qu’elle impose aux esprits dès le plus jeune âge –, mais cette classification est gravement réductrice.
Tout est vicié par un préjugé idéologique : d’avance et par principe, on veut mettre toutes les religions sur un même plan, parce qu’on refuse a priori l’existence d’une religion révélée, nettement supérieure aux autres. Aucune tête ne doit dépasser, et surtout pas celle de l’Église catholique. Le parti pris est plus ou moins conscient, mais toujours opérant. Dès l’origine, il influence clandestinement toute la présentation des « religions » : schémas réducteurs, parallélismes en trompe-l’œil, tableaux comparatifs sans échelle de proportion, etc. A la fin, sortant de sa cachette, le préjugé de départ apparaît triomphalement comme une conclusion démontrée, alors qu’il est le fondement caché de l’ensemble.
Rompons ces cadres mensongers : la vraie religion apparaît aussitôt, brillante comme le soleil.
Car l’Église fondée par Notre-Seigneur Jésus-Christ possède des caractéristiques absolument uniques.
1. — Jésus : seul fondateur de religion annoncé et attendu
Commençons par deux constats historiques, purement rationnels :
1. — Pendant près d’un millénaire, en Judée, un petit peuple est resté farouchement monothéiste au milieu de l’idolâtrie générale, grâce à l’action des prophètes (Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, Daniel, etc.). Affirmant parler au nom de Dieu, ces hommes prêchaient à la fois l’adoration du Dieu unique et l’attente d’un « Messie » qui devait répandre dans le monde entier la foi en ce Dieu unique [7].
2. — Jésus s’est présenté comme ce Messie, ses Apôtres ont étendu au monde entier la foi au Dieu unique, et, parmi tous ceux que l’on range dans la catégorie si souple et si pratique des « fondateurs de religion », il est le seul à pouvoir se prévaloir d’une telle annonce et d’une telle attente.
Insistons. Même si l’on refuse de croire à l’inspiration divine de la Bible et des prophètes juifs, il demeure que :
a) pendant des siècles, les prophètes hébreux ont annoncé la venue d’un Messie qui établirait le « royaume de Dieu » ;
b) Jésus, qui s’est présenté comme ce Messie, a accompli ce qu’annonçaient ces prophètes.
Qu’on le veuille ou non :
a) l’existence des prophéties de l’ancien Testament est incontestable ; elles ont été prononcées et mises par écrit plusieurs siècles avant la venue du Christ, et leur texte est garanti par les ennemis mêmes du Christ – les juifs qui ont refusé de croire en lui –, non seulement de façon privée et individuelle, mais publique et officielle, dans le livre sacré de tout un peuple ;
b) la réalisation de ces prophéties par le Christ peut être aisément constatée par tous, puisqu’elle demeure vivante jusqu’à nos jours : c’est tout simplement l’Église catholique (les arguments que les rabbins juifs emploient pour nier cette réalisation viennent, en réalité, la confirmer [8]).
Le fait est absolument unique.
On peut chercher : Bouddha, Confucius, Mahomet ou Joseph Smith (fondateur des Mormons) n’ont été attendus ni annoncés par personne [9]. Rien chez eux, absolument rien qui ressemble à cette longue attente par tout un peuple, cette solennelle annonce par toute une série de prophètes, et cette rigoureuse authentification des prophéties par les adversaires mêmes de celui qui les accomplit.
Les comparer au Christ, c’est comparer le lever du soleil – attendu par tous, prévu à la minute près par les savants, annoncé de même dans le calendrier de la Poste et préparé de façon splendide par l’aube blanchissant la campagne – avec l’allumage plus ou moins matinal de la lampe de chevet de Corentin Lambda, étudiant en sociologie à l’université de Rennes.
2. — Jésus : seul fondateur de religion prouvant sa mission
De tous les « fondateurs de religion », Jésus est le seul qui ait été annoncé et attendu pendant des siècles.
Il est aussi le seul à avoir présenté des miracles pour prouver sa mission.
Pour le cacher, l’idéologie officielle répand du brouillard.
Noyant tout dans le flou, elle souligne que « le merveilleux » est largement répandu dans toutes les religions et laisse plus ou moins entendre que les miracles du Christ ne mériteraient guère plus de considération que les tours des fakirs indiens ou les sorcelleries des derviches tourneurs.
C’est oublier qu’il est des degrés dans le merveilleux. Certains « prodiges » sont possibles à un homme habile et ingénieux (exemple : la prestidigitation), tandis que d’autres ne sont réalisables que par Dieu (exemple : la vraie résurrection d’un vrai mort) [10].
Si Dieu s’est révélé aux hommes, il convient qu’il ait accompagné cette révélation de signes proportionnés à l’importance du message, afin qu’on puisse y croire en toute sécurité. Un homme qui prétend parler au nom de Dieu doit fournir des titres certains de sa mission.
Or c’est là encore un constat historique : parmi les « fondateurs de religion » seul Jésus-Christ a authentifié son enseignement par des miracles qu’il a présentés lui-même comme des preuves de sa mission divine.
Ni Bouddha, ni Confucius, ni Mahomet, ni Luther, ni Calvin n’ont rien fait de semblable. Certaines traditions tardives leur attribuent parfois des prodiges, mais toujours anecdotiques et secondaires, sans lien avec l’enseignement dispensé et sans jamais être présentés comme la preuve officielle et solennelle d’une mission divine.
La chose est très claire pour Bouddha et Confucius, puisque ni l’un ni l’autre n’ont revendiqué une mission divine.
La situation de Mahomet n’est guère meilleure. Il est vrai que la tradition musulmane lui attribue un certain nombre de prodiges, mais les récits sont tardifs [11], sans aucune garantie critique [12], et souvent contestés par les musulmans eux-mêmes [13].
Surtout, le Coran lui-même montre Mahomet refusant explicitement de faire des miracles, sous le facile prétexte que, de toute manière, on n’y croira pas [14]. Il affirme que la grande preuve de la mission de Mahomet, c’est … le Coran lui-même, œuvre tellement merveilleuse qu’elle ne peut venir que de Dieu [15] !
En face, Jésus-Christ présente constamment ses miracles comme la preuve de sa mission divine (« Afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de remettre les péchés : Lève-toi, dit-il au paralytique. Prends ton grabat et va dans ta maison [16] »). Lorsqu’il ressuscite Lazare (dont le cadavre commençait déjà à se décomposer, et qui était suffisamment connu pour que le fait soit absolument incontestable), il le fait explicitement pour prouver qu’il est envoyé par Dieu (Jn 10, 37-38). Aux Juifs qui lui demandent un signe, il annonce sa résurrection à venir (Mt 12).
Et il ressuscite.
Tous les efforts visant à amalgamer les différents « fondateurs de religion » se brisent devant cette résurrection. Bouddha, Confucius ou Mahomet n’ont rien fait de comparable. Or le corps de Jésus-Christ a bel et bien disparu, malgré tous les efforts des Juifs et des Romains (il n’est pas si facile de faire disparaître un cadavre ! Surtout gardé par des soldats !) Diverses personnes, puis dix Apôtres (sans Thomas), puis onze (avec Thomas), puis des centaines de disciples ont proclamé avoir vu (vu de leurs yeux, vu, ce qui s’appelle vu), avoir entendu, avoir même touché Jésus ressuscité. L’avoir ainsi rencontré pendant 40 jours, en des lieux très divers. Avoir parlé, mangé, marché avec lui. L’avoir enfin vu s’élever dans les cieux, promettant de revenir à la fin du monde.
Éplorés, tremblants, fuyants, ces Apôtres et ces disciples sont tout à coup devenus joyeux, sûrs d’eux-mêmes, conquérants – comme s’ils participaient déjà eux-mêmes à la résurrection qu’ils annonçaient. Sans avoir rien à y gagner (mais au contraire, tout à perdre), et sans que rien ne permette de suspecter ni leur honnêteté ni leur bon sens, ils ont porté leur témoignage jusqu’aux extrémités de la terre. Ainsi dispersés, ils ont continué à affirmer nettement qu’ils avaient vu Jésus ressuscité. Et sans qu’aucun ne renie, recule ou fléchisse, ils ont, aux quatre coins du monde (Jacques à Jérusalem, Pierre à Rome, Thomas en Inde, Jude en Arménie, etc.), signé leur témoignage de leur sang.
Et maintenant, réfléchissons un instant.
Tout est clair et lumineux dès qu’il paraît. Tout devient obscur et ténébreux s’il est absent. Qui est-ce ? (Devinette pour enfants de trois ans et demi.)
Le soleil ? Oui, assurément.
Mais c’est aussi, en matière de religion, le Christ ressuscité.
Il suffit de relire les données de départ : le tombeau vide malgré les gardes ; le corps introuvable ; les femmes, les Apôtres, les disciples qui affirment avoir vu, entendu, touché le Christ, dans des circonstances et des lieux très divers (et souvent au moment où ils s’y attendaient le moins) ; leur passage immédiat de l’abattement craintif à la joie calme et rayonnante ; la fermeté avec laquelle tous soutiennent leur témoignage jusqu’à la mort ; la force de persuasion avec laquelle ils communiquent leur certitude au milieu des persécutions (aucune autre religion ne s’est répandue dans ces conditions – jusqu’à devenir la plus répandue de toutes [17]).
Si le Christ est ressuscité, tout est clair, intelligible, lumineux.
Mais s’il ne l’est pas, comment expliquer ces faits ? Tout devient obscur, ténébreux, incompréhensible.
Des deux côtés, il y a mystère. D’un côté, le mystère de la résurrection du Christ : lumière aveuglante comme le soleil, impossible à regarder en face, mais qui éclaire parfaitement tout le reste. Ou bien, en face, le refus de la résurrection : abîme d’absurdité et de contradictions en tous genres.
Qu’on le veuille ou non, c’est le choix devant lequel se trouve toute raison humaine.
Et n’est-il pas évident qu’auprès de cette grande lumière rayonnant du Christ – sa résurrection, plus brillante que le soleil –, Bouddha, Confucius, et tous les autres fondateurs de religion n’ont à proposer que la fantastique lueur d’une cigarette allumée, aperçue de loin, la nuit, dans le brouillard ?
3. — Jésus : seul fondateur de religion véritablement saint
De tous les « fondateurs de religion », Jésus est le seul qui ait été annoncé et attendu pendant des siècles.
Il est le seul à avoir fourni des preuves proportionnées à sa mission.
Il est enfin le seul à présenter une vie et une doctrine dignes d’une révélation divine.
Là encore, le fait s’impose avec une évidence solaire dès qu’on échappe aux préjugés officiels, et, surtout, à ce qu’on pourrait nommer le complexe d’anti-supériorité inculqué aux jeunes générations européennes.
Ce complexe interdit de dire, de penser, et même d’oser imaginer que la civilisation chrétienne puisse être supérieure aux autres. Une telle supposition doit être rejetée immédiatement, sans discussion ni examen, comme une idée déshonnête, honteuse, obscène. Si vous insistez, on vous traitera – au choix – de naïf (incapable de vous libérer de votre conditionnement culturel), de chauvin (prenant l’Europe pour le centre du monde), voire de raciste (et de colonialiste). L’égalité des civilisations et des cultures, élevée au rang de dogme, interdit de mettre au premier plan (sur quelque point que ce soit) l’héritage de l’Europe chrétienne, ou de souligner les tares ou les vices des autres civilisations – qu’elles soient islamiques, bouddhistes, hindouistes, animistes ou confucianistes. Et pourtant, le dogme égalitariste a ses limites. Le christianisme, lui – ce pelé, ce galeux d’où venait tout le mal [18] – peut être impunément critiqué. Tandis que les autres cultures et religions peuvent, elles, être prônées sans complexe [19]. Comme chez Orwell : tous sont égaux, mais certains sont plus égaux que les autres [20]. Et l’on s’aperçoit vite que, sous différents prétextes, c’est une véritable haine de la civilisation chrétienne qui est à l’œuvre. La néo-barbarie des grands barbares blancs [21] a ceci de caractéristique qu’ils haïssent aujourd’hui leur propre civilisation, celle dont ils ont tout reçu. (A cet égard, le complexe d’anti-supériorité n’est nullement un complexe d’infériorité. Les grands barbares blancs se sentent très supérieurs à toutes les générations antérieures qui croyaient, les malheureuses, à la supériorité du christianisme.)
Avoir l’audace de ne pas rejeter sans examen l’hypothèse que la religion héritée de nos ancêtres puisse être la vraie. Échapper à la fièvre de repentance qui ravage l’Occident (Vatican compris), et qui est, curieusement, inconnue partout ailleurs. Accepter de braver le politiquement correct, pour voir les choses comme elles sont. C’est peut-être beaucoup demander. Mais c’est le seul moyen d’écarter les verres anti-soleil que l’idéologie officielle fournit généreusement (laïquement, gratuitement et obligatoirement) à toutes les paires d’yeux passant à sa portée.
Alors, on peut se permettre d’appeler un chat, un chat ; L. Ron Hubbard (fondateur de la prétendue « Église de scientologie »), un dangereux escroc [22] ; Joseph Smith (fondateur des Mormons), un coureur de jupons [23] ; Charles T. Russell (fondateur des Témoins de Jéhovah), un goujat [24] ; Mahomet, un condensé de tous les cas précédents [25] ; Confucius, un honnête mais vaniteux ministre [26] ; Bouddha, un agnostique illuminé [27].
Jeu de massacre ? Assurément, mais pourquoi compliquer ce qui est simple ? Tout métier à risque requiert une sélection serrée. Quand il s’agit d’organiser une mission aérospatiale, une seule déficience physique suffit à écarter, sans autre examen, des candidats très bien doués par ailleurs (on n’enverra pas un cardiaque sur la planète Mars). Il en va de même ici. Il ne s’agit pas de porter un jugement complet et nuancé sur chacun de ces « fondateurs de religion », mais uniquement de répondre à la question : a-t-il, oui ou non, la perfection requise pour être le digne représentant de Dieu en ce monde – l’homme choisi par l’Éternel pour transmettre son message aux hommes ? Une seule faiblesse suffit pour empêcher la perfection. Et comme il n’y a, de toute manière, qu’un seul poste à pourvoir (Dieu ne peut pas être l’auteur de plusieurs révélations contradictoires), il convient d’être le plus exigeant possible.
Passe encore que Bouddha soit mort d’une indigestion de riz et de porc (alors que le Christ est mort crucifié pour expier les péchés des hommes) [28]. Mais comment prendre au sérieux un « fondateur de religion » incapable de donner la moindre certitude sur l’existence et la nature de Dieu ? (Cela rappelle le slogan prêté ironiquement aux sionistes athées : Dieu n’existe pas, mais nous sommes son peuple élu.) Autant décerner le prix Nobel de médecine à un penseur qui refuserait par principe toute distinction entre la maladie et la santé ! Mahomet demeure, à cet égard, incomparablement plus crédible, même si ses mœurs le disqualifient totalement par ailleurs.
Essayons maintenant de soumettre le fondateur de l’Église catholique à ce jeu de massacre. De trouver une faiblesse morale qui pourrait facilement le discréditer. L’entreprise n’est pas nouvelle, et bien des ennemis du christianisme s’y sont cassé les dents. Les deux fondateurs de la critique rationaliste des Évangiles, Strauss et Renan, tout en blasphémant contre la divinité du Christ, ont dû reconnaître sa perfection morale :
Le Christ ne saurait être suivi de personne qui le dépasse, ni même qui puisse atteindre après lui et par lui le même degré absolu de la vie religieuse. Jamais, en aucun temps, il ne sera possible de s’élever au-dessus de lui, ni de concevoir quelqu’un qui lui soit même égal [29]. Plaçons donc au plus haut sommet de la grandeur humaine la personne de Jésus […]. Bien loin que Jésus ait été créé par ses disciples, Jésus apparaît en tout comme supérieur à ses disciples. Ceux-ci, saint Paul et peut-être saint Jean exceptés, étaient des hommes sans invention et sans génie. Saint Paul lui-même ne supporte aucune comparaison avec Jésus. […] En somme, le caractère de Jésus, loin d’avoir été embelli par ses biographes, a été diminué par eux. […] En lui s’est condensé tout ce qu’il y a de bon et d’élevé dans notre nature […]. Jésus ne sera pas surpassé. […] Entre les fils des hommes, il n’en est pas né de plus grand que Jésus [30].
Jean-Jacques Rousseau a porté, au 18e siècle, des jugements analogues au milieu d’une « profession de foi » très peu catholique :
Si la vie et la mort de Socrate sont d’un sage, la vie et la mort de Jésus sont d’un Dieu. Dirons-nous que l’histoire de l’Évangile est inventée à plaisir ? Mon ami, ce n’est pas ainsi qu’on invente, et les faits de Socrate, dont personne ne doute, sont moins attestés que ceux de Jésus-Christ. Au fond, c’est reculer la difficulté sans la détruire ; il serait plus inconcevable que plusieurs hommes d’accord eussent fabriqué ce livre qu’il ne l’est qu’un seul en ait fourni le sujet. Jamais des auteurs juifs n’eussent trouvé ni ce ton, ni cette morale ; et l’Évangile a des caractères de vérité si grands, si frappants, si parfaitement inimitables, que l’inventeur en serait plus étonnant que le héros [31].
Napoléon Bonaparte, qui n’a jamais passé pour un modèle de foi et de dévotion, mais qui eut, dans sa retraite forcée à Sainte-Hélène, le loisir de la réflexion, et qui connaissait bien la nature humaine, a confié aux généraux Bertrand et de Montholon des réflexions de bon sens :
Les esprits superficiels voient de la ressemblance entre le Christ et les fondateurs d’empires, les conquérants et les dieux des autres religions ; cette ressemblance n’existe pas. Il y a entre le christianisme et quelque religion que ce soit la distance de l’infini [32].
Et ailleurs :
Je défie de citer aucune existence comme celle du Christ, exempte de la moindre altération, qui soit pure de toute souillure et de toute vicissitude. Depuis le premier jour jusqu’au dernier, il est le même, toujours le même, majestueux et simple, infiniment sévère et infiniment doux. Dans un commerce de vie pour ainsi dire public, Jésus ne donne jamais de prise à la moindre critique. Sa conduite si prudente ravit l’admiration par un mélange de force et de douceur. Qu’il parle ou qu’il agisse, Jésus est lumineux et comme immuable et impassible. Le sublime, dit-on, est un trait de la divinité ; quel nom donner à celui qui réunit en soi tous les traits du sublime [33] ?
On pourrait citer de nombreux passages du chef-d’œuvre de Chesterton, L’Homme éternel [34]. Avec son génie du paradoxe, qui excelle à libérer les lecteurs de leurs idées préconçues, le grand auteur anglais montre excellemment l’absolue singularité du Christ et l’absurdité des théories qui veulent en faire un « fondateur de religion » parmi les autres.
Citons plutôt un oriental, qui fut, de 1912 à 1920, un grand homme politique chinois (ministre des affaires étrangères puis premier ministre), avant de devenir catholique (puis moine bénédictin). Lou Tseng-Tsiang souligne en ces termes le caractère absolument unique du christianisme :
Je voudrais dire à mes compatriotes : lisez donc l’Évangile, les Actes des Apôtres, les Épîtres ; lisez l’histoire des persécutions des premiers siècles de l’Église et les Actes de ses martyrs ; prenez toutes les pages de l’histoire de l’Église, y compris ces quelques pages maculées par la faiblesse ou la malice de certains hommes, qui vécurent autrement qu’ils parlaient ou prêchaient ; prenez aussi ces pages innombrables où la charité chrétienne s’est dépensée et se dépense avec une sollicitude maternelle inlassable et si souvent héroïque. Faites la part des choses, la part des hommes et la part de Dieu et vous conclurez à un fait social absolument supérieur et unique Peut-être, alors, vous poserez-vous la question : Le Créateur s’est-il révélé [35] ?
Les « mystiques » musulmans eux-mêmes ne s’y trompent pas – les soufis –, qui prennent plus volontiers la personne de Jésus que celle de Mahomet comme exemple de vertu et de perfection [36]. Qu’ils gardent malgré tout la religion de leur enfance s’explique aisément, tant les habitudes, les préjugés et la pression sociale sont difficiles à vaincre. Mais comment des esprits indépendants peuvent-ils, honnêtement, placer sur un pied d’égalité Jésus-Christ et Mahomet ?
Le soleil et le croissant
Faut-il, après les personnes, considérer les doctrines ?
Inutile de s’attarder sur le bouddhisme qui, tel un caméléon, devient déiste, polythéiste, monothéiste, panthéiste, nihiliste selon les régions et les sectes. Système de philosophie morale peut-être, ce n’est pas une religion digne de ce nom. On peut en dire autant du confucianisme.
La classification officielle des « grandes religions mondiales » se révèle déjà particulièrement bancale.
Les cent mille divinités de l’hindouisme ne sont guère plus crédibles ; et, finalement, seules demeurent sérieusement en lice celles que l’on nomme les trois religions monothéistes : judaïsme, christianisme, islam.
Peut-on cependant les mettre sur le même plan (comme l’expression susdite semble le suggérer) ? Là encore, les préjugés ne résistent pas au bon sens.
Tout élève de CM2 sait que la lune n’est pas une source de lumière ; elle ne fait que réfléchir, de pâle, froide et morne façon, la forte, chaude et vivifiante splendeur du soleil.
De même, tout observateur impartial est obligé de constater que Mahomet n’a apporté aux hommes
– aucune nouvelle lumière sur Dieu,
– aucun exemple de vertu éminente,
– aucun dynamisme de sainteté.
Tout ce qu’il affirme de la grandeur de Dieu (unicité, puissance, justice, miséricorde), du culte qui lui est dû (adoration, prière, jeûne, pèlerinage) et des obligations morales de l’homme (hospitalité, aumône, piété filiale, etc.) est un évident reflet de l’enseignement biblique [37], mais tout aussi évidemment appauvri, refroidi et comme vidé de ce qui est l’essentiel de la révélation chrétienne (Dieu est charité, et vit cette charité en trois Personnes : Père, Fils et Saint-Esprit ; Jésus-Christ est venu rétablir la charité sur terre par son sacrifice sur la croix : à son exemple et vivifié par sa grâce, l’homme doit vivre de cette charité qui anime toutes les vertus et les élève à un degré héroïque).
Ce n’est pas seulement aux yeux de la foi chrétienne que la mise au même niveau de Jésus et Mahomet est absurde et scandaleuse, mais déjà aux yeux de la seule raison et de la simple honnêteté naturelle. Même si un certain parallélisme peut être établi entre les deux – comme entre le soleil et la lune, au motif que l’un préside au jour et l’autre à la nuit – et même si certaines ressemblances peuvent permettre à des personnes très superficielles de les équiparer – comme des enfants de trois ans peuvent s’imaginer que le soleil et la lune sont de même taille et de même nature –, cette mise à égalité ne résiste pas à trois minutes de réflexion impartiale dès qu’on compare l’Évangile au Coran.
Le judaïsme, qui apportait de très réelles lumières, est quant à lui une religion de l’attente. Il annonce un Messie, il prépare sa venue, il préfigure et prédit les différents traits de sa personnalité, mais il laisse beaucoup à désirer. Encore très terrestre, il est lié à une race élue, à un unique lieu sacré (tous les sacrifices doivent être offerts au temple de Jérusalem), à un sacerdoce héréditaire et à des sacrifices d’animaux. C’est seulement par Jésus-Christ qu’il s’épanouit en un culte universel et spirituel [38]. Le Dieu unique révèle alors qu’il est Charité (en trois personnes). Il reçoit, dans la personne de l’homme-Dieu, un sacrifice parfait. Il fournit, en ce sacrifice, l’explication ultime de la création du monde et de la permission du mal (dans l’ancien Testament, Job et le Psalmiste butent sur le mystère de la souffrance). Il se donne lui-même comme récompense à ses élus (l’ancien Testament ne révèle pas grand chose de la vie éternelle).
Si le christianisme est à l’islam ce que le soleil est à la lune, il est au judaïsme ce qu’est la splendeur du jour à la clarté de l’aurore.
Et partout, toujours, en tout, et pour tous (au moins : tous ceux qui acceptent d’ouvrir les yeux et d’ôter les verres fumés), Jésus-Christ répand une lumière éblouissante.
Il a pu affirmer, sans être ridicule :
Je suis la lumière du monde (Jn 8, 12).
[1] — Le laïcisme est l’idéologie qui prétend organiser la société comme s’il n’y avait pas de vraie religion, ou même comme si Dieu n’existait pas. C’est en France, aujourd’hui, l’idéologie d’État. — Le mot « laïc » désigne, à l ’origine, un membre de l’Église qui n’est pas clerc. En ce sens, Pie XII pouvait évoquer une « saine laïcité de l’État », ce qui signifie seulement que le gouvernement civil n’est pas assuré par les clercs. — Mais le mot « laïc » a pris au 19e siècle un tout autre sens. Parce que l’expression « école athée » ou « école sans religion » aurait effrayé les Français (encore très majoritairement catholiques), Jules Ferry, pour imposer l’école sans Dieu, imagina de la nommer « école laïque » (ce qui, normalement, signifiait seulement : école tenue par des non-clercs). Grâce à ce détournement du langage, grâce aussi aux mythes de la « gratuité » (alors que cette école, payée par les impôts, revient en réalité très cher) et de la « neutralité » (alors que la rédaction des manuels et la formation des maîtres furent confiées, dès l’origine, à des militants anti-catholiques), grâce enfin à l’expulsion des religieux enseignants (4 000 frères et 15 000 sœurs expulsés dans la seule année 1886), à la fermeture des écoles catholiques (18 000 entre 1901 et 1913) et au vol des bâtiments par l’État (loi du 1er juillet 1901), Jules Ferry parvint à imposer son école sans-Dieu, qui, peu à peu, déchristianisa la France. — Le mot « laïc » est donc devenu ambigu ; il est souvent l’euphémisme politiquement correct signifiant « athée » ou « sans religion ».
[2] — Montesquieu, Les Lettres persanes, lettre 30 (1721).
[3] — Molière, Le Bourgeois gentilhomme, acte II, scène IV.
[4] — Sur le fond, il faudrait montrer que la foi catholique, loin d’être un « préjugé » mutilant ou déformant le réel (comme les idéologies), respecte entièrement ce réel, mais le fait voir de plus haut, sous une lumière plus forte. Cela dépasse les limites de cet article. — A ceux qui n’ont pas la foi catholique, on peut au moins faire remarquer qu’il est naturel et normal qu’une famille transmette ses convictions à ses enfants ; tandis qu’il est beaucoup plus contestable qu’un gouvernement emploie l’argent public et tout le poids de l’administration à imposer, sous prétexte de « neutralité », une idéologie d’État – le laïcisme – contraire à la fois aux traditions nationales et aux convictions religieuses de la majorité de ses membres. Or l’école sans Dieu a été conçue dès l’origine « pour combattre le catholicisme en France », comme le disait explicitement Ferdinand Buisson (que Jules Ferry nomma directeur de l’enseignement primaire), et ce alors que le catholicisme était très nettement la religion de l’immense majorité des Français. (Voir : François Brigneau, Jules l’imposteur, Dominique Martin Morin, 1983.)
[5] — « Pourquoi cette neutralité, qui est une chimère, résiste-t-elle à tout ? […] La neutralité ? Elle est, elle fut toujours un mensonge. Certes, elle fut peut-être un mensonge nécessaire lorsqu’on forgeait au milieu des impétueuses colères de la droite, la loi scolaire. […] On promit cette chimère de la neutralité pour rassurer quelques timidités dont la coalition eût fait obstacle à la loi. » René Viviani, dans L’Humanité, n° 170 (4 octobre 1904), en première page.
[6] — Expériences de S.E. Asch, Stanley Milgram, et M. Sherif. Voir, par exemple, Pascal Bernardin, Machiavel pédagogue, Drap, éd. N.D. des Grâces, 1995, p. 14-18.
[7] — Avant le Christ, le peuple juif était caractérisé par cette attente du Messie. — Juste après le Christ, la même génération qui avait refusé de reconnaître Jésus comme le Messie a subi la destruction de Jérusalem (en l’an 70), une dispersion totale du peuple juif (dispersion qui a ensuite duré dix-neuf siècles), et, surtout, la perte des éléments essentiels de la religion juive : depuis l’an 70, cette religion n’a plus ni temple, ni sacrifices, ni sacerdoce (les rabbins ne sont pas des prêtres de l’ordre d’Aaron, mais de simples commentateurs de la loi) ; autrement dit, la religion juive a dû être rebâtie sur de nouvelles bases, comme si son refus du Christ la contraignait à être infidèle à elle-même.
[8] — Voir Le Sel de la terre 59, p. 108-138 (ou bien : Pourquoi les Juifs ne croient pas en Jésus, éditions du Sel, 2008).
[9] — Des musulmans accusent les chrétiens d’avoir rayé des Évangiles les prophéties sur Mahomet (Coran 61, 6). Outre que c’est physiquement impossible (les Évangiles, universellement répandus dès le 2e siècle, n’auraient pu être universellement modifiés sans que cela laissât des traces), l’argument est caractéristique du cercle vicieux habituel à l’apologétique musulmane : on invoque, en faveur de l’islam, des prophéties dont on ne peut trouver la moindre trace en dehors de l’islam ! — Preuve en boucle perfectionnée par le fondateur des Mormons, Joseph Smith (1805-1844), dont la mission aurait été prédite par un document pré-colombien (le Livre de Mormon) : cela serait effectivement impressionnant si ce livre avait été connu avant que … Joseph Smith n’en révélât lui-même l’existence ! — Ces contrefaçons font mieux ressortir la solidité du christianisme, dont les prophéties sont garanties par le plus irréductible négateur de leur accomplissement : le judaïsme.
[10] — Degré intermédiaire : ce qui est impossible aux hommes mais possible aux purs esprits (anges ou démons). Noter que le démon ne peut opérer une résurrection (vraie), ni connaître avec certitude l’avenir (encore non déterminé).
[11] — La première vie de Mahomet a été écrite un siècle après sa mort (tous les témoins étaient donc décédés). Encore n'en a-t-on pas vraiment le texte mais seulement une adaptation faite au 9e siècle. C’est plus qu’il n’en faut pour que la légende déforme les faits.
[12] — Beaucoup de « hadiths » (paroles et faits attribués à Mahomet) ont été rédigés à des fins politiques lors de l'opposition entre Omeyyades et partisans d'Ali (7e-8e siècles). En une véritable industrie du faux, les uns fabriquent des traditions favorables à Ali (ex. : Mahomet aurait renouvelé le miracle de Josué en faveur de son gendre), le pouvoir réagit en sens contraire (ex. : Mahomet aurait dit que le père d'Ali se trouvait au plus profond de l'enfer). On attribue même à Mahomet le mot suivant (qui justifie tout) : « Si vous rencontrez un beau dicton, n’hésitez pas à le placer sous mon nom, je dois l’avoir dit. » (Voir H. Lammens, L’Islam, croyances et institutions, 3e édition revue et augmentée, Beyrouth, 1943, p. 92-107.)
[13] — Exemple : l’arbre qui serait accouru vers Mahomet en creusant un sillon. Un auteur du 9e siècle en disait : « Le plus grand nombre des musulmans affermis dans la connaissance le rejettent comme inauthentique. » (Cité par G. Tartar, Dialogue islamo-chrétien sous le calife Al-Ma’ Mûn (813-834), les épîtres d’Al-Hasshimi et d’Al-Kindî, Paris, NEL, 1985, p. 162.)
[14] — Coran 13, 27-30 ; 17, 90-96 ; 29, 50. — On a voulu voir dans le Coran la mention allusive de trois miracles : la fente de la lune en 54, 1-2 ; l’aide apportée aux musulmans à la bataille de Badr en 3, 124-125 ; le voyage de nuit à Jérusalem en 17, 1. Mais tous ces passages sont obscurs. — De même, bien que nommé « le Prophète » par ses partisans, Mahomet avoue ne pas savoir l’avenir (Coran 6, 59 et 46, 8) — Noter que le Coran reconnaît, en revanche, que Dieu a authentifié la prédication de Jésus par des miracles (5, 110 ; 3, 48).
[15] — Coran 17, 88 et 29, 47. — A l’Occidental, qui ne peut apprécier les sonorités musicales du texte arabe, le Coran paraît surtout répétitif, déclamatoire, mal bâti, toujours inférieur à la Bible quand il s’en inspire (comparer l’histoire de Noé [sourate 11] ou celle de Joseph [sourate 12] avec le récit de la Genèse). Il malmène souvent l’histoire : la vie d’Abraham est transférée en Arabie (14 ; 37, 112), la sainte Vierge semble confondue avec Marie sœur d’Aaron ( 19, 27-28), l’histoire de Saül avec celle de Gédéon (2, 249-250) ; etc.
[16] — Mt 9, 6-7 ; Mc 2, 10-12 ; Lc 5, 24-25. — Voir aussi la façon dont Jésus emploie l’argument du miracle face aux envoyés de Jean Baptiste (Mt 11, 3-5), ou face aux pharisiens (Jn 5, 36 ; 14, 11-12 ; 15, 24).
[17] — Aujourd’hui, sur un peu plus de 2,6 milliards de personnes qui se réclament du christianisme (30% de la population mondiale), on compte 1,2 milliard de baptisés catholiques, 1 milliard de protestants et 300 millions d’« orthodoxes ». Les diverses composantes de l’islam regroupent quant à elles 15% de la population mondiale (environ 1,3 milliard d'adeptes). L’hindouisme règne sur un milliard d’être humains (principalement en Inde, au Népal et au Bangladesh). Le bouddhisme, plus connu dans nos pays, est beaucoup moins répandu (325 millions d’adeptes).
[18] — Voir Jean de La Fontaine, Les Animaux malades de la peste.
[19] — Exemple récent : la dalaï-mania. Parce qu’il vient d’Orient, le « Dalaï-Lama » est a priori et nécessairement une figure de paix, de tolérance et de sagesse. Il est encensé par ceux-là mêmes qui tirent à boulets rouges sur les religieux catholiques, alors que les fameux lamas ont dominé le Tibet par la violence et la terreur. Le missionnaire suisse Maurice Tornay en sait quelque chose. Lorsqu’il voulut, en 1949, protester contre les persécutions infligées aux catholiques (on prenait de force un fils à chaque famille pour l’envoyer à la lamaserie), il fut abattu sans autre forme de procès par quatre lamas armés de fusils. (Voir Robert Loup, Martyr au Thibet, Maurice Tornay. (1910-1949), Fribourg, éditions du Grand-Saint-Bernard, 1953. — Maurice Tornay, Écrits valaisans et tibétains, Brépols, 1993.)
[20] — Voir George Orwell, La Ferme des animaux (1945).
[21] — Les grands barbares blancs : titre d’un ouvrage inédit d’Alexis Curvers, dont deux chapitres parurent dans la revue Itinéraires, nº 117 (« La fin d’un monde ») et nº 118 (« Quand l’Europe mourut pour la première fois »). — Voir Itinéraires 306, p. 6, 16 et 21.
[22] — Voir Julia Darcondo, Voyage au centre de la secte, Paris, Trident, 1987, ch. 38 (« La véritable biographie de L. Ron Hubbard »), p. 269-292.
[23] — Lorsque son épouse Emma s’aperçut qu’il la trompait, Joseph Smith affirma qu’une révélation divine l’avait autorisé à prendre plusieurs femmes (12 août 1843).
[24] — Divorcé en 1906, Russell refusa toujours la pension alimentaire à son épouse.
[25] — Mahomet a accompagné ses expéditions militaires de massacres et de pillages. Il a fait appel à la révélation divine pour justifier sa polygamie (33, 45-48), pour autoriser son mariage avec Zaïnab, épouse de son fils adoptif Zaid (33, 35-37), pour maintenir la paix dans son harem (33, 48-49 ; 66, 1-5). Il fit assassiner dans son lit le vieillard Abû Afk pour la seule raison qu’il disait du mal de lui. (Voir G. Tartar, Dialogue islamo-chrétien sous le calife Al-Ma’ Mûn (813-834), les épîtres d’Al-Hasshimi et d’Al-Kindî, Paris, NEL, 1985.)
[26] — « Ci-gît un honnête ministre » : épitaphe insuffisante pour un fondateur de religion. Confucius ferait aujourd’hui un bon conseiller d’État et un membre distingué d’une académie de sciences morales et politiques, mais il n’a rien d’un héros, d’un saint, ni d’un prophète. Il n’a jamais parlé au nom de Dieu, et n’a invoqué d’autre autorité que la raison et la tradition chinoise. Il souffrit difficilement d’être oublié, et déclara mélancoliquement avant de mourir : « Aucun monarque intelligent ne se lève ; il n’y a aucun prince de l’Empire qui me choisisse pour conseiller. Il faut que je meure. » (Voir : Abbé de Broglie, Problèmes et conclusions de l’histoire des religions, Paris, 1885, p. 132-133.)
[27] — Agnostique = qui se déclare incapable de savoir si oui ou non il y a un Dieu, cause première de toutes choses. — Non seulement çakia-Mouni (Bouddha) ne s’est jamais présenté comme envoyé par Dieu, mais il ne sut même pas dire si celui-ci existe ! Quelle est donc l’« illumination » qu’il a subie (Bouddha signifie : illuminé) ? Assurément pas une illumination divine. (Sur cette question : Joseph de Sainte-Marie o.c.d., « Intériorité chrétienne et intériorité orientale », La Pensée catholique 177, p. 29-54.)
[28] — « çakia-Mouni meurt d’une maladie d’estomac, à la suite d’un repas, où il avait mangé un plat tout entier de porc et de riz offert par un de ses dévots sectateurs. Les brahmanes [hindouistes] se sont moqués de cette fin et ont accusé leur adversaire d’avoir commis un acte de gourmandise. Les bouddhistes justifient leur patriarche, le déclarent incapable d’une telle faiblesse, et disent que c’était un plat magique, qu’aucun homme ni dieu n’aurait pu digérer mieux que lui ; qu’il a mangé cette nourriture parce que son heure était venue et qu’il voulait donner l’exemple de la patience à supporter une maladie de ce genre […] ; il semble que cette fin par trop prosaïque et qui jure avec la brillante mythologie de la biographie de Bouddha doit être un fait réel ; il est rapporté sans changement dans toutes ses biographies. S’il en est ainsi, il est certain que la mort de Bouddha ne saurait être comparée à la passion de Jésus-Christ, ni même à la mort de Socrate, et que sa sortie de l’existence n’est pas d’un grand effet dramatique. » (Abbé de Broglie, Problèmes et conclusions de l’histoire des religions, Paris, 1885, p. 167-168.)
[29] — David Friedrich Strauss (1808-1874), Du passager et du permanent dans le christianisme, Altona [Hambourg], 1839, p. 127. [Cité par E. Duplessy, Les Apologistes laïques au dix-neuvième siècle, Paris, Beauchesne, 1906, p. 211.]
[30] — Ernest Renan (1823-1892), Vie de Jésus, ch. 28 (conclusion de l’ouvrage). [13e éd. revue et augmentée, Paris, Lévy, 1867, p. 465-475.]
[31] — Jean-Jacques Rousseau, Émile, livre 4 [Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, t. IV, p. 627].
[32] — Napoléon Bonaparte, cité par Bathild Bouniol, Sentiments de Napoléon Ier sur le christianisme, d’après des témoignages recueillis par feu le chevalier de Beauterne, nouvelle édition entièrement refondue, corrigée et complétée, Paris, Bray, 1864, p. 87. — Voir aussi Lacordaire, Conférences de carême à Notre-Dame de Paris, 1847, 1e conférence.
[33] — Napoléon Bonaparte, cité par Bathild Bouniol, ibid., p. 102.
[34] — Gilbert Keith Chesterton, L’Homme éternel [The Everlasting Man], traduction d’Antoine Barrois, DMM (53290 Bouère), 2004. Baptisé anglican, païen à douze ans et agnostique complet à seize, Chesterton se convertit finalement au catholicisme.
[35] — Dom Pierre-Célestin Lou Tseng-Tsiang (1871-1949), Souvenirs et Pensées, Paris, Desclée de Brouwer, 1945, p. 101.
[36] — Le Coran (43, 57-59) admet d’ailleurs l’excellence morale du Christ. Malheureusement, aujourd’hui, la valeur du christianisme est cachée à beaucoup de musulmans par la décadence de l’Occident moderne (athéisme social, démission des autorités, éclatement des familles, usure, luxure, etc.). Au lieu de reconnaître les effets du laïcisme antichrétien (qui atteint, malheureusement, jusqu’au Vatican), beaucoup de musulmans y voient au contraire les fruits du christianisme ! Tragique contresens.
[37] — Même le Ramadan est un décalque de l’antique carême (dont le jeûne, à l’origine, ne pouvait être rompu que le soir). — Sur les origines judéo-chrétiennes de l’islam, voir la thèse de doctorat d’Édouard-Marie Gallez, soutenue à Strasbourg en 2004 (recensée dans Le Sel de la terre 55, p. 282-293). Voir aussi les analyses linguistiques de Christoph Luxenberg, montrant que le Coran (au moins dans d’importantes parties) a été originellement composé en syriaque (Die Syro-aramäische Lesart des Koran, Ein Beitrag zur Entschlüsselung der Koransprache, Berlin, Das Arabische Buch, 2000).
[38] — On a vu plus haut (note 1, p. 32) comment le judaïsme, caractérisé par l’attente du Messie, a perdu juste après la venue du Christ tous les éléments essentiels de son culte (an 70 : prise de Jérusalem par Titus et destruction du Temple). Du judaïsme antique, les Juifs actuels n’ont gardé à peu près que les livres sacrés : l’ancien Testament. Témoins incontestables des prophéties, ils ont dû, pour tout le reste, rebâtir leur religion sur de nouvelles bases (sans temple, sans prêtres, sans sacrifices rituels), comme si leur refus du Christ les contraignait à ne garder, de leur vieille religion, que l’enveloppe extérieure, sans la réalité vivante. — Ils sont en cela, et bien malgré eux, doublement témoins du Christ.

