top of page

Mgr Lefebvre : L’Œcuménisme

 

Vincent Mainart


Mgr Lefebvre avait le sens des formules « choc » : « L’Église catholique est missionnaire, l’Église catholique n’est pas œcuménique. » Prononcée aujourd’hui, cette phrase ferait sans doute autant de bruit qu’il y a trente ans. Et pourtant… Simple prêtre, Marcel Lefebvre voua son ministère à la Mission en Afrique. Il accéda plus tard au supériorat général d’un des principaux ordres missionnaires de l’Église catholique, les Pères du Saint-Esprit. On comprend d’autant mieux le scandale que provoquèrent chez lui les déclarations conciliaires sur l’unité de l’Église et le dialogue avec les autres religions, et la nouvelle conception de l’œcuménisme qui en est résultée. Aussi consacra-t-il une part essentielle de son activité pastorale à dénoncer ce faux œcuménisme et à rappeler, aux fidèles comme aux séminaristes et prêtres, la saine doctrine.

Le quatrième coffret de 2 CD des homélies et allocutions de Mgr Lefebvre, édité par le Séminaire Saint-Pie X d’Écône, est donc consacré à cette question essentielle de l’œcuménisme.

Opposant la Rome païenne à la Rome chrétienne, Mgr Lefebvre rappelle que la première a été au service de toutes les erreurs, rendant un culte à toutes les fausses divinités (ce qui était la fonction même du Panthéon). La Rome chrétienne se mit au contraire au service de l’unique vérité, condamnant pendant longtemps l’erreur et les compromissions avec le monde. Mais dès avant le concile Vatican II, des forces étaient à l’œuvre au sein de l’Église pour y introduire une doctrine nouvelle, pour l’inciter à s’ouvrir au monde. Jusqu’à Pie XII, les papes s’efforcèrent de lutter contre ces idées et ceux qui les propageaient. Mais les digues se rompirent à la faveur du concile. En se dotant d’un nouvel humanisme fondé sur un impossible compromis entre les valeurs chrétiennes et les valeurs des ennemis de l’Église, Rome a conclu une paix illusoire avec le monde. Cette nouvelle « Pax Romana » fait songer à la paix romaine de l’antiquité, qui était fondée sur l’impiété, l’immoralité et l’esclavage, à l’opposé de l’authentique paix chrétienne qui repose tout entière sur Notre-Seigneur Jésus-Christ et son enseignement. Le Christ nous enseigne qu’il faut convertir le monde, le baptiser, le rassembler dans l’unité de la foi, le critère de l’unité étant la vérité. C’est à cette voie exigeante qu’a renoncé Vatican II. Le nouvel enseignement de l’Église sur l’œcuménisme et la liberté religieuse repose sur des erreurs longtemps condamnées, et encore au XXème siècle, notamment par le pape Pie XI dans l’encyclique Mortalium animos.

« L’Église est une, sainte, catholique et apostolique » nous enseigne notre Credo. L’unité est donc l’un des caractères essentiels de l’Église. Cette unité existe, elle n’est pas à faire. L’authentique œcuménisme consiste à ramener les brebis égarées à l’unique bercail. Jésus-Christ nous enseigne également que seuls « ceux qui croiront et seront baptisés seront sauvés ». Le Christ est l’unique porte de l’unique bergerie, « la Voie, la Vérité et la Vie ». La nouvelle doctrine de la liberté religieuse détruit au contraire la vérité de la foi catholique en la reléguant au rang de toutes les fausses religions. De ce point de vue, les rencontres interreligieuses d’Assi­se ont constitué pour l’Église une véritable « contre Épiphanie » note Mgr Lefebvre, qui conclut : « L’œcuménisme est une trahison de la vérité catholique, c’est une vérité mêlée d’erreur, une vérité adultère. La messe œcuménique, le catéchisme œcuménique ne sont pas catholiques. Ils ont été imposés par les officines maçonniques pour insuffler la révolution dans l’Église. »

Les conséquences de cette nouvelle doctrine sont désastreuses pour l’Église mais aussi pour les âmes des fidèles. A force de chercher à plaire à ses ennemis, de vouloir entretenir de bonnes relations avec eux, l’Église conciliaire a renoncé à évoquer tout ce qui était susceptible de leur déplaire : la divinité de Jésus, son règne social, ses droits sur les individus comme sur la société. Elle a relégué le Christ au rang de fondateur d’une religion parmi d’autres. Elle a accepté de transformer sa liturgie pour plaire aux protestants, et renoncé de ce fait à affirmer le caractère de sacrifice propitiatoire de la messe, ou le dogme de la présence réelle dans l’eucharistie. En favorisant l’indifférentisme, l’Église conciliaire a affaibli l’esprit de foi des fidèles au profit d’une conception erronée de la liberté de conscience. Si l’Église catholique n’a plus d’ennemis, le combat de la foi devient inutile. S’il est possible d’assurer son salut dans n’importe quelle religion, il n’est plus nécessaire de convertir les infidèles.

Cette foi n’est pas la foi catholique, elle n’est pas la foi des Apôtres et des premiers chrétiens. Mgr Lefebvre rappelle que ce qui valut le martyr aux Apôtres, c’est leur obstination à prêcher et à convertir, leur intransigeance à l’égard de l’erreur et des fausses religions. En cela, ils furent des imitateurs de leur Maître. La vocation du catholique est, en effet, d’imiter autant que possible Notre-Seigneur Jésus-Christ en toute chose et d’être fidèle à son enseignement : « Allez dans le monde entier, proclamant la bonne nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné. » (Mc 16, 15-16). En ces temps de grande confusion qui sont les nôtres, où d’un côté le Préfet de la congrégation pour la Doctrine de la foi affirme que « l’union avec l’Église catholique , c’est le but de l’œcuménis­me [1] », alors que de l’autre, le pape et de nombreux évêques se rendent dans les synagogues et les mosquées pour prier avec « nos frères juifs ou musulmans [2] », il peut être salvateur de se mettre à l’écoute d’un évêque qui, sa vie durant, à temps et à contretemps, n’a prêché que l’unique doctrine du Christ telle qu’elle nous fut transmise par ses Apôtres et conservée fidèlement par son Église près de vingt siècles durant.

 


 

Mgr Marcel Lefebvre, L’œcu­ménisme – Homélies et allocutions, (volume 4), Écône, Service enregistrement – Séminaire Saint-Pie-X, 2 CD, durée totale : 2h39, 13 €.

 

 



 


[1]  — Allocution du cardinal Levada à Kingston le 7 mars 2010.

[2]  — Sur cette question, voir le communiqué de M. l’abbé de Cacqueray, supérieur du district de France de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, en date du 4 mars 2010.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 73

p. 184-186

Les thèmes
trouver des articles connexes

Télécharger le Pdf ici :

.

bottom of page