La passion selon saint Matthieu (IV)
La passion quant aux païens et la sépulture
par Dominicus
Saint Thomas d’Aquin divise ainsi le récit de la passion selon saint Matthieu (on remarquera le rythme ternaire) :
— Le prologue de la passion (ch. 26, 1-46)
o Trois annonces de la passion : Notre-Seigneur, ses ennemis, la division des proches de Jésus.
o Trois préparations de la passion : par les ennemis de Jésus, par ses disciples, par Jésus lui-même (eucharistie, prière au Jardin des oliviers).
— La passion quant aux Juifs en trois tableaux (ch. 26, 47-75)
o La capture en un triptyque : le baiser de Judas, l’intervention de Pierre, le discours de Jésus.
o Le jugement en un autre triptyque : la recherche d’un faux témoignage, l’adjuration du grand-prêtre avec la réponse de Jésus, la sentence.
o Le triple reniement de Pierre.
— La passion quant aux païens en trois tableaux :
o Le jugement en un triptyque : la livraison aux gentils et sa conséquence (fin de Judas), l’examen, la condamnation.
o La passion en un autre triptyque : la moquerie des soldats, la crucifixion, les miracles.
o La sépulture (conclusion de tout le récit).
Nous avons vu précédemment le prologue (Le Sel de la terre 71, p. 4-2), la passion quant aux Juifs (Le Sel de la terre 73, p. 8-21) et le premier triptyque de la passion quant aux païens : le jugement. Nous voyons ici la passion proprement dite, en un deuxième triptyque, et la sépulture qui conclut tout le récit. Ce commentaire est fait principalement d’après ceux de saint Thomas d’Aquin et des Pères de l’Église. Le texte français de l’Évangile est celui de Crampon (quelquefois corrigé pour se rapprocher de la Vulgate).
Le Sel de la terre.
Les moqueries des soldats
27 Alors les soldats du gouverneur prirent Jésus avec eux dans le prétoire, et ils assemblèrent autour de lui toute la cohorte. 28 L’ayant dévêtu, ils jetèrent sur lui un manteau écarlate. 29 Ils tressèrent une couronne avec des épines, qu’ils posèrent sur sa tête, avec un roseau dans sa main droite ; et, fléchissant le genou devant lui, ils lui disaient par dérision : « Salut, roi des Juifs ! » 30 Ils lui crachaient aussi dessus et, prenant le roseau, ils en frappaient sa tête. 31 Après s’être moqués de lui, ils lui retirèrent le manteau, lui remirent ses vêtements et l’emmenèrent pour le crucifier.
v. 27 « Toute la cohorte » : tous se rassemblent contre lui . Cela montre que tous sont coupables, et que Notre-Seigneur est venu pour nous sauver tous.
v. 28-29 Parmi les chefs d’accusation, c’est surtout sa royauté qui a été retenue et qui a fait trembler Pilate. D’où la scène cruelle à laquelle vont se livrer les soldats. Ils l’affublent d’un manteau [1] écarlate (représentant la pourpre royale), d’une couronne d’épines [2] et d’un roseau à titre de sceptre.
Au sens spirituel, on peut voir dans le manteau rouge le sang des martyrs (dont est recouvert le Corps mystique du Christ), dans les épines les aiguillons des péchés par lesquels la conscience est blessée et que Notre-Seigneur a portés à notre place, enfin dans le sceptre le pouvoir du diable qui lui est arraché par la passion de Jésus.
Les soldats génuflectent pour se moquer, mais ce geste symbolise aussi que tout genou doit fléchir devant lui : « Que tout genou fléchisse au nom de Jésus ! » (Ph 2, 10).
Ils se moquent de lui en paroles, en disant : « Salut, roi des Juifs ! » Ils représentent « ceux qui confessent en paroles qu’ils connaissent Dieu, mais le nient par leurs actes » (Tt 1, 16).
v. 30 Ceux qui le frappent à la tête représentent ceux qui nient sa divinité, tandis que le roseau (en grec καλαμος calamos, qui, taillé en pointe, servait pour écrire) représente les saintes Écritures que ces blasphémateurs prétendent utiliser pour appuyer leur dires.
Ce que firent alors les soldats de Pilate, les hérétiques et les païens, qui sont les soldats du démon, le font encore de nos jours. En effet, Dieu étant la tête du Christ, ceux qui nient sa divinité frappent sa tête. Et comme l’Écriture est faite ordinairement avec un roseau, ceux-là en quelque sorte frappent la tête du Christ avec un roseau, qui, niant sa divinité, cherchent à confirmer leurs erreurs par l’autorité des saintes Écritures [3].
Origène voit dans le sceptre la puissance des royaumes opposés à Notre-Seigneur, dont on se sert pour frapper Dieu.
Nous avons déjà vu que le crachat représente le mépris de la grâce (Le Sel de la terre 73, p. 18). Saint Raban Maur le confirme ici :
Ceux qui lui crachent au visage sont ceux qui repoussent, avec des paroles exécrables sorties de la profonde folie de leur esprit aveugle, la présence de sa grâce, et nient que Jésus soit venu dans la chair [4].
Enfin, le même saint nous donne le sens spirituel des génuflexions des soldats :
Les soldats adoraient en se moquant celui qui s’était attribué faussement (pensaient-ils) la divinité. Mais, aujourd’hui, il y en a qui sont atteints d’une folie plus grave : alors qu’ils croient par la foi que Jésus-Christ est vraiment Dieu, par leurs actes pervers ils méprisent aussitôt ses paroles, comme si elles n’étaient que des fables, et ils préfèrent de loin les séductions de ce monde aux promesses de son Royaume [5].
Cette scène d’outrages doit nous exhorter à accepter patiemment les injures et mauvais traitements :
Comment pourrons-nous encore être sensibles aux outrages que nous pourrions recevoir, après que Jésus-Christ s’est soumis à d’aussi indignes traitements ? C’était bien là le dernier degré de l’outrage, car ce n’était pas une petite partie de lui-même, mais tout son corps, qui était exposé à ces indignités : la tête, par la couronne d’épines, par le roseau et les coups de poing ; le visage, par les crachats dont on le couvrait ; les joues, par les soufflets dont elles étaient frappées, tout le corps, par la flagellation et la nudité à laquelle il fut exposé ; les mains, par le roseau qu’ils lui donnèrent pour sceptre, comme s’ils eussent craint d’omettre la moindre partie de ce que l’audace la plus effrontée peut suggérer [6].
v. 31 Il est moqué dans des vêtements d’emprunt, mais emmené au lieu du supplice dans ses propres vêtements, car si les chrétiens sont associés à sa passion et notamment à sa moquerie, Jésus se trouve seul pour « fouler le pressoir », comme l’avait prophétisé Isaïe [7], c’est-à-dire qu’il est le seul Sauveur.
Crucifixion
32 En sortant, ils rencontrèrent un homme de Cyrène, nommé Simon, qu’ils réquisitionnèrent pour porter sa croix. 33 Puis, étant arrivés à un lieu dit Golgotha, c’est-à-dire lieu du Crâne, 34 ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel ; mais, l’ayant goûté, il ne voulut pas boire. 35 Quand ils l’eurent crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en les tirant au sort. 36 Et, s’étant assis, ils le gardaient. 37 Au-dessus de sa tête ils mirent un écriteau indiquant la cause de sa condamnation : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. » 38 Alors on crucifia avec lui deux brigands, l’un à droite et l’autre à gauche. 39 Et les passants l’injuriaient en hochant la tête 40 et disant : « Toi, qui détruis le sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même si tu es Fils de Dieu, et descends de la croix ! » 41 De même, les grands prêtres aussi se moquaient de lui, avec les scribes et les anciens, disant : 42 « Il en a sauvé d’autres, il ne peut se sauver lui-même ! Il est roi d’Israël, qu’il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui ! 43 Il a mis sa confiance en Dieu ; s’il l’aime, qu’il le délivre maintenant, car il a dit : Je suis Fils de Dieu ! » 44 Les brigands aussi, crucifiés avec lui, l’insultaient de la même manière.
v. 32 Jésus est emmené hors de la ville. De même, le bouc, qui devait être immolé pour le péché, était envoyé en dehors du camp des Hébreux (Lv 16, 19). Cela figure que Jésus va souffrir et mourir pour le monde entier, et pas seulement pour les Juifs. Au sens moral, cela nous indique que nous devons sortir de nous-mêmes pour aller à lui.
Simon, qui vient de la campagne, signifie les païens (le paganisme se réfugia longtemps dans les campagnes, et c’est pour cela que le mot païen vient du mot « paganus » qui veut dire paysan). Le mot Simon signifie « obéissant », car il sort de son paganisme pour se mettre à la suite de Jésus. Quant au mot Cyrène, il peut se traduire : « héritage précieux », symbole de l’héritage qu’on obtient en se faisant chrétien.
Le nom de Simon veut dire obéissant, et celui de cyrénéen, héritier, et il est une belle figure du peuple des Gentils, qui était étranger aux alliances et aux testaments de Dieu, mais qui est devenu, par sa foi, le concitoyen des saints, et l’héritier de la maison de Dieu [8]. Dans le sens mystique, nous voyons ici les nations se charger de la croix, et l’étranger obéissant porter l’ignominie du Sauveur [9]. Le Juif était indigne de porter la croix, et il était réservé à la foi des nations de prendre la croix et de compatir aux souffrances du divin crucifié [10].
Simon, nous dit Origène, fut jugé digne du « ministère de la croix du Christ ».
v. 33 Le lieu du crâne ne vient pas, comme on l’a dit, du fait qu’Adam aurait été enterré là et que Notre-Seigneur serait mort au-dessus du crâne du 1er homme (Adam, en effet, fut enterré à Hébron), mais de ce que ce monticule avait la forme d’un crâne, ou encore de ce que, sur ce lieu d’exécution, on trouvait les crânes des condamnés.
v. 34 On lui donne un vin mêlé de fiel : il convient que tous ses sens souffrent. Cela figure aussi l’amertume de nos péchés que Jésus a prise, spécialement ceux de son peuple.
Dieu parle à Jérusalem : « Je vous ai plantée comme une bonne vigne, comment vous êtes-vous changée en l’amertume d’une vigne étrangère ? » [Jr 2, 21] C’est la vigne amère qui produit le vin amer, et qu’elle verse au Seigneur Jésus, en sorte d’accomplir cette Écriture : « ils ont mêlé le fiel à ma nourriture, et dans ma soif, ils m’ont abreuvé de vinaigre » [Ps 68, 22] [11].
Il goûte cette boisson, sans la boire : de même il va « goûter » la mort, mais pour un bref temps, car il était « libre parmi les morts » (Ps 87, 6).
v. 35 Les Juifs voulurent le supplice de la croix pour rendre infâme le nom de Jésus : « Condamnons-le à la mort la plus honteuse » (Sg 2, 20).
Notre-Seigneur le voulut pour nous apprendre à ne craindre aucune mort :
Une des conditions pour bien vivre, c’est de ne pas craindre ce qui n’est pas à craindre. […] Or il y a des hommes qui ne redoutent point la mort, mais qui ont horreur de certain genre de mort. Pourtant, l’homme qui vit bien ne doit pas plus craindre tel genre de mort que la mort même. Néanmoins il a fallu que la mort du Dieu-homme le démontrât encore. De tous les genres de mort, en effet, la croix était le plus odieux et le plus redoutable [12].
Notre-Seigneur a encore choisi ce supplice pour racheter par le bois de la croix le péché commis avec le bois de l’arbre du bien et du mal (au paradis terrestre). Aussi la vertu salutaire du bois a-t-elle été annoncée de multiples façons dans les saintes Écritures :
Une arche de bois a sauvé le genre humain des eaux du déluge ; Moïse a divisé les eaux de la mer avec sa verge devant les Hébreux qui sortaient de l’Égypte, et, avec cette même verge, il terrassa Pharaon et délivra le peuple de Dieu. Moïse jeta encore du bois dans l’eau et changea ainsi son amertume en douceur ; c’est encore en frappant avec une verge de bois le rocher spirituel et figuratif qu’il en fit jaillir une eau salutaire, et, pour obtenir la défaite d’Amalech, c’est autour de la verge que Moïse étend les bras. Enfin, la loi de Dieu est confiée à l’arche d’alliance qui est de bois, et c’est par toutes ces figures que nous arrivons, comme par autant de degrés, jusqu’au bois de la croix [13].
Au sens moral, Jésus veut tourner nos regards vers le haut et attirer nos cœurs : « Quand je serai élevé de terre, j’attirerai tout à moi » (Jn 12, 32). On peut même voir des significations aux quatre dimensions de la croix :
La largeur de la croix signifie la joie qui accompagne les bonnes œuvres, car la tristesse resserre le cœur (la largeur de la croix, en effet, c’est la barre transversale où les mains de Jésus sont clouées, et, par les mains, il faut entendre les œuvres). Le haut de la croix, où la tête repose, représente l’attente de la récompense que nous réserve la justice sublime de Dieu. La longueur de la croix, sur laquelle le reste du corps est étendu, figure la patience, et de là vient qu’on dit de ceux qui sont patients, qu’ils ont de la longanimité. La partie de la croix qui s’enfonce dans la terre est le symbole des profondeurs que renferme ce mystère [14].
Au supplice, sont ajoutés trois outrages : le partage des vêtements, l’apposition d’une inscription, l’association à des malfaiteurs.
D’après saint Jean Chrysostome, on ne dénudait que les condamnés très infâmes.
Considérez quelle grande humiliation pour Jésus-Christ ! Ils le traitent à l’égal du plus vil scélérat, tandis qu’ils ne font rien de semblable à l’égard des voleurs, car on ne partageait les vêtements que des criminels de la condition la plus vile et la plus abjecte, et qui ne possédaient pas autre chose [15].
Il est vraisemblable, cependant, que l’on a mis un linge devant lui (selon la coutume juive, puisqu’on a aussi respecté une autre coutume en lui présentant du vin mêlé de myrrhe).
Quant à la garde mise devant Jésus, elle attire cette réflexion de saint Jérôme :
Le soin que prirent les soldats et les prêtres de garder Jésus nous a grandement servi, en rendant plus certaine et plus évidente la puissance de sa résurrection [16].
v. 37 Le titre de condamnation était un signe de dérision, mais il tourne à sa gloire en proclamant sa royauté. Dans le dessein du Père, il fallait que l’instrument de supplice devînt, par Jésus, le premier propagateur de sa gloire.
C’est par l’effet d’un conseil tout divin que cette inscription fut placée au-dessus de la tête de Jésus, afin que les Juifs fussent forcés de reconnaître que, même en le mettant à mort, ils n’avaient pu faire qu’il ne fût pas leur roi, car, loin de perdre sa royauté, il l’a bien plutôt consolidée par la mort ignominieuse de la croix [17]. C’est avec raison que cette inscription, qui témoigne que le Christ est roi, n’est pas placée au bas, mais au haut de la croix, car, quoiqu’il souffrait sur la croix dans l’infirmité de sa nature humaine, il ne laissait pas de briller de la majesté royale au-dessus de la croix. De plus, comme il est tout à la fois prêtre et roi, en même temps qu’il offre sur l’autel de la croix sa chair comme victime, il manifeste par cette inscription sa dignité royale afin que tous puissent lire, c’est-à-dire entendre et croire, que, loin de perdre son empire par la croix, il le confirme plutôt et le fortifie [18].
v. 38 Notre-Seigneur est placé entre deux larrons. Là encore, cela tourne à sa gloire : c’est un signe qu’il est le juge des vivants (à sa droite) et des morts (à sa gauche). Il est mort pour tous, mais tous ne profiteront pas de sa mort. Tous doivent souffrir, mais certains le font pour Notre-Seigneur, d’autres pour le monde.
Les deux larrons qui sont crucifiés, l’un à sa gauche, l’autre à sa droite, figurent que l’universalité des hommes est appelée à profiter du bienfait de la passion du Sauveur ; mais, comme la différence qui existe entre les fidèles et les infidèles établit entre eux une séparation marquée par la gauche et par la droite, l’un des deux placé à la droite de Jésus est sauvé par la justification qui vient de la foi [19].
v. 39-40 Jésus est moqué, d’abord par le peuple. Au sens spirituel, ces passants sont ceux qui sont sortis de la voie (prætereuntes en latin : ceux qui marchent le long, ou à côté de la voie) par le péché ; la tête signifie la raison, les pieds (qui adhèrent à la terre), les sentiments : d’abord les sentiments des « passants » les ont poussés au mal ; ensuite, ils hochent la tête, car ils s’enorgueillissent de leurs péchés.
Ils « passaient », parce qu’ils marchaient en dehors de la voie, et qu’ils ne voulaient pas entrer dans le véritable chemin des Écritures ; ils branlaient la tête, parce que leurs pieds chancelaient depuis longtemps [« mes pieds ont été presque ébranlés, mes pas presque renversés » Ps 72, 2] et ne s’appuyaient plus sur la pierre [« il a placé mes pieds sur la pierre, et il a conduit mes pas » Ps 39, 3] [20].
Ils se moquent de ses paroles en rapportant les dépositions des faux témoins du sanhédrin plus ou moins déformées. Notre-Seigneur ne détruit pas le Temple (de son corps), ce sont les Juifs qui le font ; en revanche, il le « reconstruira » (Notre-Seigneur avait parlé plutôt de le « relever ») par sa résurrection, mais seulement après sa destruction complète (par la mort).
v. 42 Ensuite, ils se rient de ses miracles : si tu en as sauvé d’autres, sauve-toi toi-même.
Les scribes et les pharisiens sont forcés de confesser qu’il a sauvé les autres. Vous êtes donc condamnés par vos propres paroles, car celui qui a sauvé les autres pourrait se sauver lui-même s’il le voulait [21].
v. 43 Enfin, ils se moquent de sa dignité de Fils de Dieu. Mais leur raisonnement est vicieux : s’il est le Fils de Dieu, loin de descendre de la croix, il doit se montrer obéissant en y demeurant.
Mais, au contraire, c’est justement parce qu’il est le Fils de Dieu qu’il ne descend pas de la croix, car il n’est venu sur la terre qu’afin d’être crucifié pour notre salut [22].
En demandant à Notre-Seigneur de descendre de la croix, ils imitent le diable qui, au début de la vie publique de Notre-Seigneur, lui avait enjoint de sauter en bas du pinacle du Temple.
Écoutez cette voix des enfants : quelle fidèle imitation de celle de la voix paternelle. Le démon disait : « Jette-toi en bas, si tu es le Fils de Dieu », et les Juifs : « Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix » [23].
Mais Jésus ne doit pas descendre : il doit au contraire monter vers son Père, et la croix est le début de son exaltation, du haut de laquelle il élève nos cœurs vers lui.
Il est possible aussi que le diable sente que cette passion va tourner contre lui, et qu’il suggère cette demande aux passants pour faire tout arrêter.
Ils ajoutent : « Et nous croirons en lui », promesse pleine de mensonge, car qu’est-ce qui exige plus de puissance, de descendre vivant de la croix, ou de s’arracher aux bras de la mort dans le tombeau ? Or, il est ressuscité et vous n’avez pas cru en lui ; donc, s’il descendait de la croix, vous ne croiriez pas davantage. Mais, en tenant ce langage, ils obéirent à l’inspiration des démons, car, aussitôt que le Seigneur fut crucifié, ils éprouvèrent la vertu de sa croix ; ils comprirent que leur puissance était brisée, et ils font tous leurs efforts pour que le Sauveur descende de la croix. Mais Notre-Seigneur, qui connaissait les ruses de ses ennemis, reste attaché sur la croix, pour détruire la puissance du démon.
v. 44 Nous savons par saint Luc qu’un des deux larrons s’est converti sur la croix. Saint Matthieu parle des deux larrons qui insultent Notre-Seigneur, soit parce qu’il emploie le pluriel pour le singulier (saint Augustin), soit, plus vraisemblablement, parce que le bon larron commença par insulter Notre-Seigneur avant de se convertir (saint Jérôme, saint Jean Chrysostome). Au sens spirituel,
ces deux voleurs représentent les deux peuples, Juif et Gentil, qui, tous deux, ont d’abord blasphémé le Seigneur ; mais ensuite, l’un d’eux, effrayé par la multitude des miracles dont il était témoin, fit pénitence, et, jusqu’à ce jour, il reproche aux Juifs leurs blasphèmes [24].
Les miracles avant et après sa mort
45 Depuis la sixième heure jusqu’à la neuvième, il se fit des ténèbres sur toute la terre. 46 Vers la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte : Eli, Eli, lema sabachtani ? », c’est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ? » 47 Quelques-uns de ceux qui étaient là, l’ayant entendu, disaient : « Il appelle Élie. » 48 Et aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il imbiba de vinaigre, et, l’ayant mise au bout d’un roseau, il lui présenta à boire. 49 Mais les autres disaient : « Laisse ! que nous voyions si Élie va venir le sauver. » 50 Jésus poussa de nouveau un grand cri et rendit l’esprit.
v. 45 Après avoir raconté ce que Notre-Seigneur a souffert indignement, l’Évangéliste narre ce que Jésus a accompli magnifiquement. Ce furent d’abord ces ténèbres mystérieuses, ensuite son cri déchirant.
La créature ne pouvait supporter la vue des outrages faits au Créateur ; aussi le soleil retira-t-il ses rayons pour ne pas être témoin des forfaits de ces impies [25].
Ces ténèbres avaient été prophétisées par le prophète Amos (8, 9) : « Le soleil se coucha pour eux à l’heure du midi. » Elle ne furent pas le fait d’une éclipse, puisque la fête de Pâques se célébrait au moment de la pleine lune, quand la lune et le soleil sont le plus éloignés l’un de l’autre.
Saint Denys l’Aréopagite raconte comment, à l’âge de 25 ans, alors qu’il étudiait l’astronomie à Héliopolis, il vit, avec un de ses amis, Apollonius, au moment de l’opposition entre la lune et le soleil, la lune s’approcher du soleil par l’Orient (le mouvement naturel de la lune vers le soleil est inverse), puis repartir du même côté après avoir occulté l’astre du jour pendant trois heures [26]. C’est pourquoi, lorsque saint Paul prêcha devant lui la passion de Notre-Seigneur, il n’eut pas de peine à reconnaître la vérité de l’Évangile.
Plusieurs auteurs modernes n’admettent pas l’authenticité de ce récit de saint Denys et prétendent que les ténèbres ne furent vues qu’en Israël (« sur toute la terre » signifierait : sur la Terre sainte).
Au sens spirituel, il convenait que Notre-Seigneur, vrai soleil de justice (« Pour vous qui craignez le nom de Dieu, le soleil de justice se lèvera » Ml 4, 2), fût élevé à midi sur la croix, et qu’il souffrît dans l’après-midi, pour expier le péché d’Adam commis à ce moment.
Pour concilier ce récit avec celui de saint Marc qui dit que Notre-Seigneur fut crucifié à la troisième heure (vers 9h du matin), il faut dire que cet évangéliste parle de la crucifixion par la langue des Juifs (la crucifixion fut décidée quand ils crièrent « crucifie-le ») tandis que saint Matthieu parle de la crucifixion par la main des soldats.
Notre-Seigneur resta trois heures sur la croix, comme Moïse resta trois heures les mains étendues vers le ciel pour obtenir des ténèbres mystérieuses sur l’Égypte qui durèrent trois jours [27].
Lorsque Moïse leva ses mains vers le ciel (Ex 10), les ténèbres se répandirent sur les Égyptiens qui tenaient le peuple de Dieu en servitude ; de même, à la sixième heure, alors que le Christ étendait ses mains sur la croix et les levait vers le ciel, les ténèbres enveloppèrent ce peuple qui avait crié : « Crucifiez-le », et il se trouva privé de toute lumière, en signe des ténèbres qui devaient envelopper toute la nation juive. Sous Moïse encore, les ténèbres couvrirent pendant trois jours toute la terre d’Égypte, tandis que tous les enfants d’Israël étaient dans la plus vive lumière ; c’est ainsi que pendant la passion de Jésus-Christ, les ténèbres se répandirent pendant trois heures sur toute la Judée, parce qu’elle était privée, en punition de ses péchés, de la lumière de Dieu le Père, de la splendeur du Christ et de la clarté de l’Esprit-Saint, tandis que la lumière éclairait tout le reste de la terre, figure de cette lumière [de la Sainte Trinité] qui éclaire dans tous les lieux l’Église de Dieu en Jésus-Christ. Et si les ténèbres couvrirent toute la Judée, jusqu’à la neuvième heure, il s’ensuit que la lumière de nouveau brillera à leurs yeux : « Car lorsque la plénitude des nations sera entrée, alors tout Israël sera sauvé » (Rm 11) [28].
v. 46 deuxième œuvre admirable de Notre-Seigneur fut son cri extraordinaire poussé sur la croix. Dans ce cri, saint Thomas (après Origène) voit un écho du cri mystérieux des Séraphins l’un vers l’autre : « Saint, saint, saint, est le Seigneur, Dieu des armées » (Is 6, 3).
Notre-Seigneur commence la récitation du psaume 21, voulant manifester par là que ce psaume (qui décrit en détail la passion, et notamment la crucifixion et le partage des vêtements) se réalisait.
Les hérétiques nestoriens prétendirent que ce cri manifestait l’abandon de la personne humaine de Jésus par la personne divine du Verbe ! Mais il n’y a pas deux personnes dans le Christ.
Jésus ne fut jamais abandonné par son Père dans le sens qu’il l’aurait quitté (« celui qui m’a envoyé est avec moi et il ne m’abandonne pas » dit Jésus, Jn 8, 39), mais seulement dans le sens qu’il lui a inspiré le désir de se livrer pour nous et, en conséquence, ne l’a pas protégé de la mort. Notre-Seigneur n’est pas abandonné quant à la grâce d’union hypostatique [29], ni quant à la grâce habituelle [30], ni même quant à la vision béatifique [31], mais seulement en tant qu’il est exposé à la souffrance et à la mort. Alors s’accomplit la prophétie : « Je t’ai abandonné pour un moment, ad punctum deliqui te » (Is 54, 7).
On dit que Dieu a délaissé son Fils au moment de sa mort, parce qu’il l’a exposé au pouvoir de ses persécuteurs : il lui a retiré sa protection, mais n’a point brisé les liens qui l’unissaient à lui (subtraxit protectionem, sed non solvit unionem) [32]. Quelques-uns, dans l’impossibilité d’expliquer comment le Christ peut être délaissé de Dieu, disent que c’est par humilité qu’il s’est ainsi exprimé ; mais vous pourrez comprendre facilement le sens de ces paroles, en comparant la gloire dont le Fils de Dieu jouit dans le sein de son Père avec la honte et l’ignominie qu’il méprise en souffrant la mort de la croix [33]. La plainte qu’il fait entendre dans son délaissement, c’est la faiblesse de l’homme qui va mourir, et la promesse qu’il fait du paradis au bon larron, c’est le royaume du Dieu vivant [34].
Dans cette question (« pourquoi ? »), saint Thomas d’Aquin voit aussi l’expression de l’admiration de Jésus pour la charité de Dieu qui livre son Fils à la mort pour sauver les pécheurs : « La preuve de la charité de Dieu à notre endroit, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous » (Rm 5, 8).
Notre-Seigneur a prononcé ces paroles en araméen, ce qui explique la confusion entre le nom de Dieu en cette langue (« Eli ») et le prophète Élie. Ce dernier passait pour assister les justes dans leurs nécessités. Il devait aussi entrer en relation avec le Messie.
v. 47-49 L’Évangéliste raconte l’effet de ce cri sur la foule, puis sur un des soldats qui veut calmer sa soif, en lui donnant un peu de « posca », une boisson aigre que buvaient les soldats. Ainsi s’accomplit la prophétie : « Ils m’ont donné du fiel comme nourriture, et alors que j’avais soif, ils m’ont donné du vinaigre (Ps 68, 22). »
Ainsi celui qui alimente les fontaines est abreuvé de vinaigre ; celui qui nous donne le miel est nourri de fiel ; la miséricorde est flagellée ; celui qui accorde le pardon est condamné ; la majesté est insultée ; la vertu tournée en dérision, et celui qui répand les pluies fécondantes est couvert de crachats [35].
Au sens spirituel, Notre-Seigneur boit là l’amertume de la corruption humaine (le vinaigre est du vin corrompu), ou encore la malice des Juifs (l’éponge, pleine de cavernes, signifie leur cœur plein de ruses ; elle est placée sur un roseau avec lequel on écrivait – voir l’explication du verset 30 –, car ils prétendaient s’appuyer sur les saintes Écritures).
Les Juifs eux-mêmes étaient ce vinaigre, eux qui étaient comme un vin dégénéré des patriarches et des prophètes, et qui avaient des cœurs creusés par la fraude, comme l’est une éponge par les cavités profondes et tortueuses qu’elle renferme. Le roseau figure la sainte Écriture [36]. Ceux, au contraire, qui appliquent à Jésus-Christ des maximes qui sont opposées à la vérité, comme s’il en était l’auteur, ceux-là placent au bout du roseau de l’Écriture une éponge remplie de vinaigre, et la présentent aux lèvres du Sauveur [37].
v. 50 Notre-Seigneur remet son esprit dans ce mélange de trivialité, de méchanceté, de sympathie… Le plus grand événement de l’histoire humaine est raconté si simplement.
Saint Thomas nous dit que Jésus est mort pour quatre raisons :
— Nous montrer combien il nous aimait :
Autant sa puissance divine brille dans le spectacle de ses œuvres, autant il nous donne une preuve éclatante de son immense charité, en consentant à souffrir pour ses sujets, et à mourir pour ses serviteurs. Telle fut la première raison de la passion du Seigneur, il voulut faire connaître combien Dieu aimait l’homme, lui qui veut être bien plus aimé que craint des hommes [38].
— Nous apprendre à mépriser la mort :
En nous inspirant le mépris de la mort, il nous a placés, simples mortels, au rang des dieux, et, malgré notre origine terrestre, nous a égalés aux esprits célestes [39].
— Détruire le péché d’Adam dont la mort fut une punition (Jésus efface le péché en l’expiant à notre place) :
Qu’y a-t-il donc qui puisse nous déplaire, en ce que Jésus-Christ ait quitté le sein de son Père pour venir nous délivrer de notre servitude et nous faire partager sa liberté ; qu’il se soit soumis à notre mort pour nous en affranchir par sa propre mort [40] ?
— Nous libérer du diable et de la mort qui ont abusé de leur pouvoir en le faisant mourir.
Le premier homme avait, au jugement de Dieu, encouru la mort par son péché, et l’avait transmise à ses descendants ; le second (1 Co 15, 47) vint du ciel, pur de tout péché, pour condamner la mort qui, n’ayant reçu de droits que sur les coupables, avait osé s’attaquer à la source même de toute sainteté [41].
Notre-Seigneur n’est pas mort contraint par la nécessité, mais de sa propre volonté. Cette liberté dans la mort est montrée par ce deuxième grand cri, et aussi par l’expression : « Il rendit l’esprit. » Ainsi s’accomplit ce qu’il a lui-même annoncé : « J’ai le pouvoir de déposer mon âme, et j’ai aussi le pouvoir de la reprendre » (Jn 10, 18). Il lui est plus facile de mourir et de ressusciter que pour nous de nous endormir et de nous réveiller.
On impute toutefois cette mort aux Juifs car ils ont fait ce qui était en eux pour le tuer.
Le grand cri que Jésus poussa en mourant peut être la phrase que rapporte saint Luc : « Mon Père, je remets mon âme entre vos mains » (saint Augustin), ou bien un cri qui exprime « la douleur qu’il éprouve de ne pouvoir effacer les péchés de tous les hommes » (saint Hilaire).
51 Et voilà que le voile du sanctuaire se fendit en deux, du haut en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent, 52 les sépulcres s’ouvrirent et les corps de beaucoup de saints défunts ressuscitèrent. 53. Et, sortis des sépulcres, après sa résurrection, ils entrèrent dans la ville sainte et apparurent à beaucoup.
v. 51 Saint Matthieu continue la narration des miracles, à sa manière : avec justesse, ordre, esprit de synthèse, visant moins à l’éclat du style qu’à l’équilibre intelligent des faits.
Le premier miracle qui suivit la mort de Jésus fut le déchirement du voile du temple. On sait qu’il y avait deux voiles dans le temple : l’un entre le parvis et le « saint », l’autre entre le « saint » et le « Saint des saints ». Aucune raison littéraire ne permet de choisir entre les deux. Certains penchent pour le second, ce qui marquerait mieux l’abrogation de l’ancienne loi. Mais saint Thomas d’Aquin estime que ce fut le premier, ce qui signifie que les mystères figurés dans l’ancien Testament sont révélés dans l’Église, mais pas les mystères du ciel qui ne sont connus que par ceux qui bénéficient de la vision béatifique. C’est aussi le sentiment d’Origène :
Il y avait deux voiles, l’un qui fermait le Saint des saints (Ex 26, 14 ; Nb 4, 4 ; 3 R 3, 50 ; 8, 6), et l’autre, à l’extérieur, devant le Temple, ou devant le tabernacle. Au moment où le Sauveur expira, ce voile extérieur fut déchiré de haut en bas, pour signifier que les mystères qui avaient été cachés selon les desseins de la sagesse de Dieu depuis le commencement du monde jusqu’à l’avènement du Sauveur, allaient être révélés d’une extrémité de la terre à l’autre. Mais lorsque viendra l’état parfait, alors le second voile sera également déchiré, pour que nous puissions voir ce qui est caché à l’intérieur, c’est-à-dire l’arche véritable du Testament, et les chérubins et les autres merveilles du ciel dans leur propre nature [42].
Saint Thomas, après saint Hilaire, y voit aussi une annonce que la gloire des Juifs leur est enlevée :
Le voile du temple se déchire parce que, dès ce moment, le peuple se divise, et que la gloire de ce voile leur est enlevée avec l’ange qui le couvrait de sa protection [43].
Le deuxième miracle est un tremblement de terre, car celle-ci ne peut supporter un tel mystère (la mort de l’Homme-Dieu !) sans trembler : « Lui qui regarde la terre et la fait trembler » (Ps 103, 32).
La terre tremble, parce qu’elle était incapable de recevoir ce mort [44].
Les rochers se fendent car aucune force ne peut lui résister : « Le Seigneur passe en renversant les montagnes et en broyant les pierres » (3 R 19,11).
Ce miracle signifie au sens spirituel que la passion du Christ a le pouvoir de nous faire rejeter le terrestre et de briser nos cœurs de pierre ; au sens anagogique, il signifie que la terre tremblera lors du jugement dernier et que tout orgueil humain (les « rochers ») sera brisé.
Il s’agit bien d’un miracle, car le rocher du calvaire se fendit verticalement et non dans le sens des strates, comme le signalait dès le 4e siècle saint Cyrille de Jérusalem (en attribuant cette fissure à ce tremblement de terre) et comme on peut encore le voir de nos jours.
v. 52-53 Le troisième miracle fut la résurrection d’un certain nombre de morts. Elle est précédée de l’ouverture des sépulcres qui montre que les liens de la mort sont brisés par la passion, comme l’avait annoncé le prophète : « Ô mort, je serai ta mort ! » (Os 13, 14).
Les résurrections elles-mêmes n’eurent lieu que quelques jours plus tard, après la résurrection de Notre-Seigneur, afin de la rendre plus manifeste.
Quoique leurs tombeaux fussent ouverts, ils ne ressuscitèrent qu’après la résurrection du Sauveur, afin qu’il fût le premier né de la résurrection d’entre les morts [45]. (Col 1, 18.)
Comme Jésus, ils eurent la possibilité de se montrer à qui ils voulaient. Saint Thomas, à la suite de Rémi d’Auxerre, pense qu’ils ne sont pas morts de nouveau par la suite (cela ne leur aurait guère été profitable !), mais qu’ils sont entrés au ciel avec Notre-Seigneur.
Il en est qui ont avancé qu’ils étaient morts de nouveau, et retournés en poussière comme Lazare et les autres que Jésus a ressuscités. Mais on ne peut ajouter foi en aucune manière à une semblable opinion, car il eût été bien plus triste pour eux de mourir de nouveau, après leur résurrection, que de ne pas ressusciter du tout. Nous devons donc croire à n’en pouvoir douter, qu’ils ressuscitèrent pour prendre part à la résurrection du Sauveur, et qu’ils montèrent avec lui au ciel le jour de son ascension [46].
Au sens moral, cela signifie que les âmes mortes par le péché vont se relever, et, au sens anagogique, que les morts ressusciteront au dernier jour pour être jugés. Origène résume ainsi le sens moral de tout ce passage :
Tous les jours, ces grands prodiges se renouvellent sous nos yeux ; car tous les jours le voile du Temple se déchire devant les saints pour leur révéler les secrets mystérieux qu’il renferme ; la terre, c’est-à-dire toute chair, est ébranlée en entendant la parole nouvelle et les nouveaux mystères que contient le nouveau Testament ; les rochers se fendent, parce qu’ils sont la figure des prophètes, pour nous laisser voir à découvert les mystères qui s’y trouvent cachés. Les sépulcres des morts sont les corps des âmes pécheresses, et qui sont mortes aux yeux de Dieu, mais lorsque ces âmes sont ressuscitées par la grâce de Dieu, leurs corps, qui auparavant étaient des tombeaux de morts, deviennent les corps des saints, et ces âmes paraissent sortir d’elles-mêmes, elles suivent celui qui est ressuscité, et elles marchent avec lui dans une sainte nouveauté de vie, et ceux qui sont dignes de la vie du ciel entrent dans la cité sainte, chacun en son temps, et ils apparaissent aux yeux d’un grand nombre qui sont témoins de leurs bonnes œuvres [47].
Saint Léon le Grand dit la même chose avec son style magnifique :
Que toute créature terrestre tremble d’effroi à l’exemple du centurion devant le supplice de son Rédempteur, que les rochers des âmes infidèles se brisent, et que ceux qui étaient comme accablés sous le poids des tombeaux de la mortalité se hâtent d’en sortir en renversant tous les obstacles qui les arrêtent ; qu’ils se montrent aussi dans la cité sainte, c’est-à-dire dans l’Église de Dieu, comme preuve de la résurrection future, et qu’on voie dès maintenant s’accomplir dans les cœurs ce qui, d’après la foi chrétienne, doit un jour s’accomplir dans les corps [48].
54 Le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, voyant le tremblement de terre et ce qui se passait, furent saisis d’une grande frayeur et dirent : « Vraiment, c’était le Fils de Dieu. »
55 Il y avait là plusieurs femmes qui regardaient à distance ; elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée, pour le servir ; 56 parmi elles étaient Marie la Magdaléenne, Marie mère de Jacques et de Joseph et la mère des fils de Zébédée.
v. 54 Saint Matthieu décrit ici l’effet de ces trois miracles : sur le centurion d’abord (le chef du piquet d’exécution, qui représente les Gentils), puis sur les saintes femmes.
Le centurion considère attentivement ce qui se passe, il éprouve une crainte salutaire et il confesse sa foi. Ainsi feront les peuples gentils, à la différence des Juifs.
Quant à l’expression « le Fils de Dieu », il ne faut pas s’étonner de la trouver dans la bouche de ce païen : il avait suffisamment entendu cette accusation au prétoire et au calvaire.
Le centurion confesse le Fils de Dieu au moment de sa mort, remarque saint Thomas d’Aquin, tandis qu’Arius [49] refuse de le reconnaître comme tel maintenant qu’il est ressuscité et monté au ciel.
Saint Jérôme disait de même :
Remarquons ici qu’au milieu de ce scandale de la passion, le centurion confesse que Jésus est Fils de Dieu, tandis qu’au sein de 1’Église, Arius le proclame une simple créature [50].
La foi de ce centurion est une figure de celle de l’Église :
Le centurion est la figure de la foi de l’Église, lui qui, aussitôt que le voile qui couvrait les mystères célestes est déchiré par la mort du Seigneur, confirme qu’il est vraiment un homme juste et vraiment le Fils de Dieu, alors que la synagogue garde le silence [51].
v. 55-56 Le prophète Isaïe avait annoncé que les femmes seraient plus fidèles que les hommes : « Aucun homme n’est demeuré avec moi » (Is 50, 2).
Admirons avec saint Jean Chrysostome le courage de ces femmes :
Ces femmes considéraient ce qui se passait, conduites par un profond sentiment de compassion. […] Et voyez jusqu’où va leur constance ; elles suivaient Jésus, pour avoir soin de son entretien ; elles l’accompagnèrent jusqu’au milieu des dangers, et firent ainsi preuve du plus grand courage, en restant avec lui alors que tous les disciples avaient pris la fuite [52].
Il est dit ici que les saintes femmes étaient à distance, tandis que saint Jean dira qu’elles étaient proches. Soit qu’elles se soient déplacées, soit qu’il s’agisse d’une proximité relative : proches par rapport à la foule, éloignées par rapport au centurion.
C’était une coutume chez les Juifs de recevoir des services de ceux qu’on instruisait. Mais cette coutume n’existait pas chez les païens, aussi saint Paul ne voulut pas user de ce privilège.
Le Jacques dont il est question est le Mineur, l’auteur de l’épître canonique. Quant à Marie, mère de Jacques et de Joseph, c’est vraisemblablement la même que celle dont parle saint Jean (19, 25) en l’appelant Marie, femme de Cléophas, et en précisant que c’était la « sœur » de la sainte Vierge (cela peut vouloir dire la cousine [53]). Du fait que saint Jacques est présenté par saint Matthieu (10, 3) comme le fils d’Alphée, il faut conclure qu’Alphée et Cléophas sont deux noms différents pour la même personne ou que cette Marie a eu successivement deux maris.
La sépulture
57 Le soir venu, vint un homme riche d’Arimathie, nommé Joseph, qui lui aussi était devenu disciple de Jésus. 58 Il alla trouver Pilate pour demander le corps de Jésus ; Pilate alors ordonna qu’on le lui remit. 59 Joseph prit le corps, l’enveloppa d’un linceul blanc, 60 et le déposa dans son sépulcre neuf, qu’il avait fait tailler dans le roc ; puis, ayant roulé une grosse pierre à l’entrée du sépulcre, il s’en alla. 61 Or, Marie la Magdaléenne et l’autre Marie étaient là, assises en face du tombeau.
v. 57-61 Saint Matthieu précise que Joseph d’Arimathie était riche pour expliquer qu’il ait pu faire cette demande à Pilate et qu’il ait eu les moyens d’acheter un tissu aussi riche (on peut encore admirer de nos jours à Turin ce magnifique linceul).
Ce Joseph avait dans le monde une haute position ; mais l’Évangéliste le loue de ce qu’il jouissait, aux yeux de Dieu, d’une considération plus grande encore, car, nous dit-il, il était juste (Lc 23, 50). Il était convenable que ce fut un homme de ce mérite qui ensevelit le corps de Jésus, et qui, par la grandeur de ses vertus, fut digne de lui rendre ce devoir [54]. L’auteur sacré nous dit qu’il était riche, non point par vanité, et pour nous apprendre qu’un homme aussi distingué par sa noblesse que par son opulence était disciple de Jésus, mais pour expliquer comment il put obtenir de Pilate le corps du Sauveur [55].
Saint Jean Chrysostome remarque encore le courage de cet ami de Jésus :
Considérez le courage de cet homme : il s’expose à perdre la vie, en attirant sur lui la haine de tous les ennemis de Jésus, par l’affection qu’il ne craint pas de lui témoigner, et non seulement il ose demander le corps de Jésus, mais encore l’ensevelir [56].
Remarquons que le culte rendu à Notre-Seigneur est fort simple : c’est le premier culte chrétien rendu par ses disciples, et il est en contraste avec le culte extérieur du Temple.
La simplicité de l’ensevelissement de Notre-Seigneur est aussi un encouragement aux chrétiens de ne pas chercher le luxe dans leurs tombeaux :
La sépulture si simple du Sauveur condamne les prétentions ambitieuses des riches qui veulent que leurs richesses les suivent jusque dans leurs tombeaux [57].
Le linceul était un tissu de lin. De là vient l’usage pour l’Église d’utiliser du lin pour le corporal sur lequel repose le saint sacrement à la messe :
C’est de là qu’est venu l’usage, dans l’Église, d’offrir le sacrifice de l’autel, non sur la soie, ni sur une étoffe de couleur, mais sur un tissu de lin qui vient de la terre, […] comme l’a ordonné le bienheureux pape Sylvestre [58].
Le lin blanc du linceul figure la chair pure de Notre-Seigneur. Le lin est blanchi par de multiples pressions, figures des souffrances de Jésus.
Le lin vient de la terre, et qu’on ne puisse lui donner une blancheur éclatante que par beaucoup d’opérations successives, c’est une figure mystérieuse de ce corps qui vient de la terre, c’est-à-dire du sein d’une Vierge, et qui n’est parvenu que par les travaux de sa passion à la gloire éclatante de l’immortalité [59].
Il figure aussi l’Église sans tache, faite de plusieurs fils, qui entoure Notre-Seigneur. Enfin on peut aussi y voir une figure de la conscience du chrétien où repose Jésus et qui doit être, elle aussi, sans tache.
La sépulture du corps du Seigneur, qui est enseveli, non dans l’or ni dans les pierres précieuses ni dans la soie, mais dans un linge blanc, figure celui qui reçoit Jésus dans un cœur pur et qui l’enveloppe ainsi dans un linceul blanc [60].
Jésus est déposé dans un tombeau étranger car il est mort pour les pécheurs.
Le Sauveur est déposé dans un sépulcre étranger, parce qu’il mourait pour le salut des autres. Pourquoi aurait-il eu une sépulture en propre, puisque, par lui-même, il n’était pas sujet à la mort ? Qu’avait-il besoin d’un tombeau, lui qui n’avait cessé d’avoir son trône dans le ciel ? A quoi pouvait lui servir un sépulcre qui lui appartînt, lui qui n’y resta que trois jours, plutôt comme un homme qui se repose dans un lit que comme un mort étendu dans un tombeau. Le sépulcre, c’est la demeure de la mort, et la demeure de la mort ne pouvait être celle de Jésus-Christ, qui est la vie, et celui qui vit éternellement n’avait nul besoin du séjour des morts [61].
Ce tombeau est neuf, il est creusé dans la pierre et fermé par une lourde pierre. Ces détails ne sont pas inutiles : ils prouvent qu’aucune méprise ne sera possible quant à l’identité du ressuscité, et qu’il n’était pas non plus possible de voler le corps en le déterrant.
Il est déposé dans un sépulcre neuf, car les autres corps restant dans le tombeau après sa résurrection, on aurait pu supposer que c’était un autre qui était ressuscité. [ …] Le corps du Sauveur a été enseveli dans un tombeau creusé dans le roc, car si ce tombeau avait été construit avec des pierres, ils auraient pu dire : ils ont creusé sous terre, et ils l’ont enlevé. […] Il a été fermé avec une grosse pierre, ce qui montre qu’on ne pouvait l’ouvrir qu’avec l’aide de plusieurs personnes [62].
Ce sépulcre neuf peut aussi figurer le sein virginal de Marie (saint Jérôme).
Il figure encore le cœur des infidèles, durs comme la pierre, mais creusé par la prédication des Apôtres. Une lourde pierre est placée à son entrée, car une fois Notre-Seigneur introduit, nul autre ne doit avoir accès à notre cœur (saint Hilaire).
Saint Matthieu termine cette scène en parlant des saintes femmes qui vont avoir un rôle à jouer dans la scène de la résurrection.
Celles-ci persévèrent dans leur dévouement à Jésus, et attendent l’effet de ses promesses. Aussi méritèrent-elles de voir les premières le Sauveur ressuscité, « car celui-là seul qui persévère jusqu’à la fin sera sauvé » (Mt 10, 22 ; 24, 13). C’est ce que continuent de faire, jusqu’à ce jour, les saintes femmes, c’est-à-dire les âmes qui considèrent, avec une pieuse curiosité, comment s’accomplit et se termine la passion du Christ [63].
Cette scène, la mention du sépulcre, celle des gardes dans la scène suivante, sont d’habiles préparations du récit de la résurrection.
62 Le lendemain, qui était (le jour) après la Parascève, les grands prêtres et les Pharisiens allèrent ensemble trouver Pilate 63 et dirent : « Seigneur, nous nous sommes rappelés que cet imposteur, lorsqu’il vivait encore, a dit : “Dans trois jours je ressusciterai.” 64 Commandez donc que le tombeau soit bien gardé jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent le dérober et disent au peuple : “Il est ressuscité des morts.” Cette dernière imposture serait pire que la première. » 65 Pilate leur dit : « Vous avez une garde : allez, gardez-le comme vous l’entendez. » 66 Ils s’en allèrent donc et ils s’assurèrent du tombeau en scellant la pierre, avec une garde.
v. 62-63 Remarquons comment saint Matthieu parle du samedi. Il ne dit pas « le sabbat », mais le lendemain de la Parascève (c’est-à-dire la « préparation », parce que le vendredi était le jour où l’on préparait tout pour pouvoir observer le repos du sabbat). C’est que le vendredi (et surtout le Vendredi saint) est devenu un jour sacré pour les chrétiens, plus important que le sabbat. Nous commençons une ère nouvelle, l’ère chrétienne.
Les ennemis de Jésus le poursuivent même après sa mort. Ils essayent d’empêcher la résurrection (!) :
Il ne suffisait pas aux princes des prêtres, aux scribes et aux Pharisiens d’avoir crucifié le Dieu Sauveur ; il fallait encore qu’ils gardassent son tombeau, qu’il prennent la cohorte, qu’ils scellent la pierre et, qu’autant qu’il était en eux, ils lui fissent violence pour l’empêcher de ressusciter, en sorte que leur zèle ne fait qu’affermir notre foi [64].
Ils ne réussiront qu’à rendre sa résurrection plus certaine. Plus ils cherchent à nuire à Notre-Seigneur, et plus ils lui rendent service en assurant notre foi : « Il prend les sages dans leur propre ruse et renverse les desseins des injustes » (Jb 5, 13).
Les Juifs cherchent encore à nuire à Notre-Seigneur par leur médisance :
Ce n’est pas assez pour les princes des prêtres d’avoir commis un immense forfait en mettant le Seigneur à mort, il faut encore que le venin de leur méchanceté une fois conçue agisse après sa mort par de méchants conseils et par la fraude, et que leurs langues empoisonnées déchirent la réputation de celui dont ils connaissent l’innocence [65].
Ils font allusion à la prophétie du « signe de Jonas » annoncée par Jésus : « De même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d’un grand poisson, ainsi le Fils de l’homme sera trois jours et trois nuits dans le cœur de la terre » (Mt 12, 40).
Notre-Seigneur est mort un vendredi, car la re-création de l’homme a eu lieu le même jour que sa création. Il s’est reposé dans le sépulcre le jour du sabbat. Il ressuscite le matin du troisième jour, premier jour de la création, celui où Dieu avait créé la lumière.
Dans le langage [de la sainte Écriture], le sixième jour où Jésus-Christ a souffert comprend la nuit précédente, vient ensuite la nuit du samedi avec le jour qui la suit, et la nuit du dimanche comprend le jour qui vient après. C’est ainsi qu’il est vrai de dire que le Sauveur est ressuscité trois jours après sa mort [66]. Il est ressuscité trois jours après sa mort, pour montrer le consentement que toute la Trinité avait donné à la passion du Fils de Dieu, et ces trois jours sont une figure de la Trinité qui avait créé l’homme au commencement, et qui la répare à la fin par la passion de Jésus-Christ [67].
v. 64 Les Juifs accusent les Apôtres d’être des voleurs. Ils continuent d’accuser les chrétiens d’avoir volé leur héritage, comme Ésaü accusait Jacob d’avoir volé son droit d’aînesse. Mais ni dans un cas ni dans l’autre il n’y a de vol : c’est Dieu lui-même qui a transféré l’héritage, à cause de l’infidélité des Juifs dans le premier cas, à cause de la légèreté et grossièreté d’Ésaü dans l’autre cas.
Les disciples de Jésus-Christ étaient des « voleurs » dans un sens spirituel, parce qu’ils faisaient servir à l’usage de 1’Église les écrits de l’ancien et du nouveau Testament, qu’ils avaient enlevés aux Juifs coupables d’ingratitude, et qu’ils leur ont enlevé le Sauveur, pendant qu’ils dormaient du sommeil de l’infidélité, pour le transmettre aux Gentils qui devaient croire en lui. Cette dernière erreur sera pire que la première, disent les Juifs, car, en vérité, le refus de croire à la résurrection fut pire pour eux que la cruauté de la croix et le mépris de la grâce de la pénitence pire que l’erreur causée par leur ignorance [68].
v. 65-66 parole de Pilate : « Vous avez une garde », signifie : « Voici une garde que je vous donne. » Car nous verrons bientôt (28, 14) que les gardes craignent la réaction de leur chef, le gouverneur.
Toutefois en leur donnant cette garde, Pilate veut montrer qu’il ne partage pas leur manière de voir les choses :
Pilate semble leur dire : qu’il vous suffise de m’avoir fait consentir à la mort de l’innocent ; pour le reste, soyez seuls responsables de votre coupable erreur [69].
Ce sont les grands prêtres et les Pharisiens eux-mêmes qui vont mettre les scellés : ils auront ainsi la preuve de la résurrection de Jésus. Mais… « il est venu parmi les siens, et les siens ne l’ont pas reçu [70] ».
Voyez encore comment, sans le vouloir, ils concourent à la démonstration de la vérité, car cette mesure qu’ils firent prendre devint une preuve péremptoire de la résurrection : car, puisque le tombeau fut gardé, aucune fraude n’a été possible, et s’il n’y a pas eu de fraude, il est donc certain et incontestable que le Seigneur est ressuscité. Pilate ne voulut pas que le sceau fût mis sur le sépulcre par les soldats seulement, car les Juifs auraient pu dire alors que les soldats avaient laissé les disciples enlever le corps du Seigneur, et détruire ainsi la foi en sa résurrection ; mais ils n’oseraient maintenant l’avancer, puisqu’ils ont eux-mêmes scellé le sépulcre [71].
Tous ces faits sont des faits historiques, que saint Matthieu relate quelques années après la mort de Jésus, à une époque où de nombreux témoins vivaient encore et auraient pu les contester.
Terminons ce récit de la passion en admirant l’art de notre auteur, qui raconte des événements si sublimes et si extraordinaires avec une grande sobriété. C’est la marque du génie.
(à suivre)
[1] — La chlamyde était le manteau des rois depuis Numa Pompilius, le deuxième roi de Rome. Les soldats portaient le pallium. L’Évangile parle de chlamyde, mais il s’agissait plus vraisemblablement d’un pallium appelé chlamyde à cause de la ressemblance et parce que, dans l’esprit des soldats, il devait représenter la royauté de Notre-Seigneur.
[2] — Vraisemblablement du poterium spineum plutôt que du ziziphus spina-christi (plus rare). Ces épines servaient à alimenter les fours domestiques.
[3] — Saint Raban Maur, PL 107, 1134-1135.
[4] — Saint Raban Maur, PL 107, 1135.
[5] — Saint Raban Maur, PL 107, 1135.
[6] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant saint Jean Chrysostome.
[7] — « Torcular calcavi solus, et de gentibus non est vir mecum J’ai foulé seul le pressoir, et personne parmi les nations n’était avec moi » (Is 63, 3).
[8] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant Rémi d’Auxerre.
[9] — Saint Jérôme, PL 26, 209. Juxta anagogen vero, crucem Jesu suscipiunt nationes, et peregrinus obediens portat ignominiam Salvatoris
[10] — Saint Hilaire, PL 9, 1073. Indignus enim Judaeus erat Christi crucem ferre : quia fidei gentium erat relictum, et crucem accipere et compati.
[11] — Saint Jérôme, PL 26, 210.
[12] — Saint Augustin, PL 40, 17. Traduction de l’abbé Devoille.
[13] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant un sermon attribué à saint Augustin sur la passion (ce sermon ne se trouve pas dans les éditions actuelles de saint Augustin).
[14] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, s’inspirant de saint Raban Maur O.S.B. (PL 107, 1136 et 1137).
[15] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant saint Jean Chrysostome.
[16] — Saint Jérôme, PL 26, 210 : Diligentia militum et sacerdotum nobis proficit, ut major et apertior resurgentis virtus appareat
[17] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant Rémi d’Auxerre O.S.B.
[18] — Saint Raban Maur, PL 107, 1138.
[19] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant saint Hilaire.
[20] — Saint Jérôme, PL 26, 211 : Blasphemabant, quia praetergrediebantur viam, et in vero itinere Scripturarum ambulare nolebant. Movebant capita sua, quia jam antea moverant pedes, et non stabant super petram.
[21] — Saint Jérôme, PL 26, 211 : Etiam nolentes, confitentur Scribae et Pharisaei, quod alios salvos fecerit. Itaque vos vestra condemnat sententia. Qui enim alios salvos fecit, utique si vellet, seipsum salvare poterat.
[22] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant saint Jean Chrysostome.
[23] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant saint Jean Chrysostome.
[24] — Saint Jérôme, PL 26, 211 : In duobus latronibus uterque populus, et Gentilium, et Judaeorum primum Dominum blasphemavit. Postea signorum magnitudine alter exterritus egit poenitentiam, et usque hodie Judaeos increpat blasphemantes.
[25] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant saint Jean Chrysostome.
[26] — C’est le résumé de ce que saint Thomas d’Aquin dit dans son commentaire. Dans la Chaîne d’or, saint Thomas cite la lettre de saint Denys à saint Polycarpe. — On trouve un récit un peu différent dans une publication de Oriens Christianum (une revue universitaire fondée en 1901 par Otto Harrassowitz) : Une autobiographie syriaque de Denys l’Aréopagite. Traduit du syriaque par le Dr. M. A. Kugener, Rome, Polyglotte, 1907 (disponible sur le site remacle). Dans ce dernier texte, saint Denys ne décrit pas le mouvement de la lune, mais il parle des ténèbres à l’époque de la pleine lune qui durèrent trois heures et du tremblement de terre. Il eut alors une vision : « Je vis, avec l’œil de l’esprit, le Christ suspendu à la croix dans le pays de Judée. Il était écrit au-dessus de lui en trois langues : “Voici le roi des Juifs”. Les Juifs l’avaient crucifié et voici qu’ils l’insultaient. J’appris qu’il était le destructeur des idoles et le dieu qui s’était incarné et avait vécu avec les hommes. »
[27] — Saint Thomas d’Aquin donne comme référence Ex 10, 22. Mais dans le texte de la Bible, il n’est pas question de « trois heures ». Sans doute est-ce une glose qu’avait saint Thomas sur le texte biblique.
[28] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant Origène.
[29] — La grâce d’union hypostatique est l’union en Jésus des deux natures (divine et humaine) en une personne (celle du Verbe).
[30] — Jésus était plein de grâce et de vérité. On ne parle pas pour lui de grâce sanctifiante (mais seulement de grâce habituelle), parce que Jésus est déjà saint par la grâce d’union hypostatique.
[31] — Contrairement à l’enseignement de Jean-Paul II, pour qui le Christ a reçu la vision béatifique après sa mort (voir Le Sel de la terre 55, p. 256).
[32] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant la glose.
[33] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant Origène.
[34] — Saint Hilaire, De Trinitate, PL 95, 391.
[35] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, attribuant ce texte à un sermon sur la passion de saint Augustin. Il s’agit plus vraisemblablement du sermon 72 ter de saint Pierre Chrysologue. Saint Pierre Chrysologue, Le Signe des temps – Sermons sur la passion et la résurrection, « Les Pères dans la foi », Migne, Paris, 2007, p. 72-73 : « Ainsi celui qui alimente les fontaines est abreuvé de vinaigre ; celui qui nous donne le miel est nourri de fiel ; la miséricorde est flagellée ; celui qui accorde le pardon est condamné ; la majesté est insultée ; la vertu tournée en dérision, et celui qui répand les pluies fécondantes est couvert de crachats. » Texte latin dans : Sancti Petri Chrysologi collectio sermonum, Sermons 63-66, 72bis-85ter, éd. A. Olivar, CCSL 24A, Brepols, Turnhout, 1980.
[36] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant Rémi d’Auxerre O.S.B.
[37] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant Origène.
[38] — Saint Pierre Chrysologue, Le Signe des temps – Sermons sur la passion et la résurrection, p. 74-75.
[39] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, attribuant ce texte à saint Augustin. Saint Pierre Chrysologue, Le Signe des temps – Sermons sur la passion et la résurrection, p. 74, dit légèrement différemment : « Au mépris de la mort, il nous a amenés, nous, mortels, à la condition de dieux, et nous a considérés, nous, êtres de la terre, comme des habitants du ciel. »
[40] — Saint Pierre Chrysologue, Le Signe des temps – Sermons sur la passion et la résurrection, p. 74.
[41] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, attribuant ce texte à saint Augustin. Saint Pierre Chrysologue, Le Signe des temps – Sermons sur la passion et la résurrection, p. 76, dit légèrement différemment : « Le premier homme avait mérité la mort en raison de son péché, et l’a transmise à sa postérité ; […] est venu du ciel le deuxième homme ; il est venu seul exempt de péché, […] afin que la mort fût condamnée à mort, elle qui, ayant reçu l’ordre de se saisir des coupables, avait entrepris de dominer l’auteur même de l’innocence. »
[42] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant Origène.
[43] — Saint Hilaire, PL 9, 1075 : « Quia exinde populus est divisus in partes, et veli honor cum custodia Angeli protegentis aufertur. »
[44] — Saint Hilaire, PL 9, 1075 : « Movetur terra: capax enim hujus mortui esse non poterat. »
[45] — Saint Jérôme, PL 26, 213.
[46] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant Rémi d’Auxerre O.S.B.
[47] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant Origène.
[48] — Saint Léon le Grand, PL 54, 366 : « Contremiscat in Redemptoris sui supplicio terrena substantia, rumpantur infidelium mentium petræ, et qui mortalitatis gravabantur sepulcris, discussa obstaculorum mole prosiliant. Appareant nunc quoque in civitate sancta, id est in Ecclesia Dei, futuræ resurrectionis indicia, et quod gerendum est in corporibus, fiat in cordibus. »
[49] — Arius est l’initiateur d’une hérésie selon laquelle le Verbe de Dieu serait une créature. Il fut condamné au concile de Nicée (325), mais son hérésie perdura et se renouvelle d’âge en âge. Les modernistes sont souvent ariens.
[50] — Saint Jérôme, PL 26, 214.
[51] — Saint Raban Maur, PL 107, 1145.
[52] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant saint Jean Chrysostome.
[53] — Voir l’article du fr. Emmanuel-Marie O.P., « Jésus avait-il des frères ? », Le Sel de la terre 41, p. 10-25, paru aussi en tiré-à-part aux Éditions du Sel (disponible à nos bureaux).
[54] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant Rémi d’Auxerre O.S.B.
[55] — Saint Jérôme, PL 26, 214-215 : Dives refertur non de jactantia scriptoris, quo virum nobilem atque ditissimum referat Jesus fuisse discipulum; sed ut ostendat causam quare a Pilato corpus Jesu potuerit impetrare.
[56] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant saint Jean Chrysostome.
[57] — Saint Jérôme, PL 26, 215 : Ex simplici sepultura Domini, ambitio divitum condemnatur, qui ne in tumulis quidem possunt carere divitiis.
[58] — Saint Raban Maur, PL 107, 1146. Saint Sylvestre fut pape de 314 à 335.
[59] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant Rémi d’Auxerre.
[60] — Saint Jérôme, PL 26, 215 : […] et hoc significet, quod ille in sindone munda involvit Jesum, qui pura mente eum susceperit.
[61] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant saint Augustin (2e sermon pour le Samedi saint).
[62] — Saint Jérôme, PL 26, 215 : In novo ponitur monumento, ne post resurrectionem, caeteris corporibus remanentibus, resurrexisse alius fingeretur. […] et in monumento novo, quod excisum fuerat in petra, conditus est: ne si ex multis lapidibus aedificatum esset, suffossis tumuli fundamentis, ablatus furto diceretur […] saxumque ostio appositum, et saxum magnum ostendere absque auxilio plurimorum sepulcrum non potuisse reserari.
[63] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant saint Hilaire.
[64] — Saint Jérôme, PL 26, 215 : Non suffecerat principibus sacerdotum, et Scribis ac Pharisaeis crucifixisse Dominum Salvatorem, nisi sepulcrum custodirent, cohortem acciperent, signarent lapidem, quantum in illis est, manum opponerent resurgenti, ut diligentia eorum nostrae fidei proficeret.
[65] — Saint Raban Maur, PL 107, 1148.
[66] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant Rémi d’Auxerre.
[67] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant un sermon de saint Augustin sur la passion (ce sermon ne se trouve plus dans l’œuvre de saint Augustin).
[68] — Saint Raban Maur, PL 107, 1148.
[69] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant saint Raban Maur. Ce texte n’est pas dans la Patrologie de Migne, où il manque un passage du commentaire sur saint Matthieu.
[70] — Jn 1, 11. Ce texte est lu lors du dernier Évangile de la messe. Il a été supprimé de la nouvelle messe.
[71] — Saint Thomas d’Aquin, Chaîne d’or, citant saint Jean Chrysostome.

