Le Trésor de notre foi
Vincent Mainart
Avec ce cinquième volume des homélies et allocutions de son fondateur, c’est à une véritable retraite spirituelle sur le thème de la foi que le séminaire Saint-Pie X d’Écône nous convie. Nous savons que cette question de la foi fut le maître-combat de Mgr Lefebvre, celui qui commandait tous les autres. Ce n’est pas par nostalgie d’une forme liturgique qu’il aurait considérée comme supérieure que Monseigneur s’est opposé à la nouvelle messe, mais parce qu’elle changeait le contenu de la foi catholique et mettait en péril le salut des fidèles. Ce n’est pas par fidélité à des convictions personnelles qu’il lutta contre le libéralisme et le relativisme, mais pour s’opposer à des erreurs pernicieuses mettant en péril la foi catholique.
L’ensemble des allocutions rassemblées dans ce nouveau coffret, dont la durée totale excède quatre heures, est principalement tiré d’enregistrement de retraites et de conférences spirituelles prêchées dans différents séminaires et monastères. Elles s’adressaient donc initialement à des clercs et des religieux ou religieuses. Le simple fidèle peut ainsi mesurer la qualité de la prédication qui est offerte à sa méditation. A la profondeur et à la sûreté de doctrine, ces enseignements associent toujours le souci de la clarté du propos et la simplicité de la présentation. Ils sont donc accessibles à tous. La matière est organisée en cinq parties : importance de la foi ; définition de la foi ; ses bienfaits dans notre âme ; résolutions pratiques ; la foi aujourd’hui.
Importance de la foi
Dans la première partie, Mgr Lefebvre rappelle que seule la vertu de foi a le pouvoir de nous faire entrer dans la connaissance des réalités surnaturelles. « Il existe la même distance entre Dieu et sa créature qu’entre la connaissance de Dieu par la raison et la connaissance de Dieu par la foi », insiste-t-il. Par la foi, Dieu a voulu nous rendre participant de sa vie même, qui est la vie surnaturelle. Elle nous prépare à la vie dont nous aurons à vivre dans l’éternité, à la vision béatifique. Sans elle, il est impossible de vivre de la vie de la grâce, et c’est pourquoi elle est au centre du premier des sacrements institués par Notre-Seigneur : le baptême. Le baptême procure la foi, et la foi procure la vie éternelle. La foi est donc à la base de notre vie spirituelle.
Définition de la foi
Dans la deuxième partie, Monseigneur s’attache à définir plus précisément la foi et à en donner les principaux caractères. Empruntant à la définition du serment antimoderniste, il indique que la foi est l’adhésion de notre intelligence à la Vérité révélée à cause de l’autorité de Dieu qui révèle. La révélation est ainsi une réalité connexe à la foi. Il faut donc comprendre la foi comme étant d’abord un acte d’obéissance : notre volonté intime l’ordre à notre intelligence d’adhérer à la vérité révélée. C’est un acte de soumission, c’est pourquoi la foi est incompréhensible pour un rationaliste. Certes, d’une certaine manière, la foi est obscure. Elle ne procure pas la vision, mais prépare à la vision par une soumission de notre volonté et de notre liberté à la Vérité révélée. Et cependant, la foi nous donne une connaissance plus certaine que la raison, du fait de l’autorité de Celui qui révèle. En effet, la foi est objective. Elle vient de Dieu. Ce n’est pas un sentiment subjectif venant de nous même. Elle est certaine et immuable puisque Dieu ne change pas. Le degré d’adhésion du croyant ne change donc rien à l’objet de la foi : Dieu et la révélation divine.
Mgr Lefebvre montre que la foi des protestants, sentiment de confiance en Dieu, est une déformation subjectiviste de la foi authentique. C’est une erreur dangereuse car elle conduit à considérer que le sentiment du sacré suffit à résumer la foi en Dieu, et finalement à considérer que toutes les religions se rejoignent dans ce sentiment. Enfin, le prédicateur rappelle que la foi est transitoire : « la foi est le prélude à la vision, la vision est l’épanouissement de la foi ». Mais la foi et la vision ont le même objet, le Dieu qui se révèle, dans le temps et dans l’éternité.
Les bienfaits de la foi
Dans la troisième partie, Monseigneur s’attache à décrire les bienfaits de la foi dans notre âme. La foi contient une part d’obscurité parce que Dieu se révèle sans se montrer, s’exprime par la parole humaine, incapable de traduire parfaitement sa vérité mais seule apte à être comprise des hommes. Et cependant, notre foi est une lumière. Elle est illumination de l’esprit. Car c’est Dieu qui se communique à nous. L’esprit de foi nous fait voir toute chose par l’esprit de Dieu. Notre désir de faire régner Notre-Seigneur Jésus-Christ en nous, et hors de nous, est la mesure de notre esprit de foi. L’esprit de foi s’oppose à l’esprit du monde. La foi nous porte à vivre des choses célestes, à juger de tout selon Dieu. L’esprit de foi est une foi pratique, c’est le fait de vivre de notre foi. Il nous tient éloignés du péché et des scandales du monde, il nous maintient vigilant face à notre faiblesse et à l’erreur. Commentant saint Paul (chapitres 10 et 11 de l’épitre aux Hébreux), Mgr Lefebvre montre que l’esprit de foi est à la source du combat spirituel. La foi est la substance des choses que nous devons espérer. Elle affirme la grande réalité des choses invisibles, leur caractère immuable face à la contingence des choses visibles.
Résolutions pratiques
Dans la quatrième partie, le prédicateur s’attache à déduire des résolutions pratiques des considérations qui précèdent :
— Nourrir notre foi : par la méditation des évangiles, en particulier celui de
— saint Jean, qui traduit le mieux la nature divine de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; par les lectures qui peuvent accroître notre science de Dieu.
— Rejeter l’erreur : traduction concrète de la promesse de notre baptême de renoncer à Satan.
— Eviter les obstacles à la connaissance de Dieu : le subjectivisme et le particularisme. Ne pas rechercher Dieu en nous, mais en lui-même ; ne pas rechercher Dieu dans ses manifestations extraordinaires, mais dans ses voies ordinaires.
— La lumière de la foi doit illuminer notre enseignement des choses naturelles. Il n’y a pas de science purement naturelle. L’enseignement doit baigner dans l’atmosphère de la foi.
— Pas d’action publique commune avec des organisations d’autres confessions ou ayant des principes différents des nôtres, car cela conduit au relativisme qui menace notre foi.
La foi aujourd’hui
Enfin, dans la cinquième partie, Mgr Lefebvre entreprend de méditer sur la foi aujourd’hui. Il constate que la conception même de la foi et l’esprit de foi sont menacés à l’intérieur même de l’Eglise par l’introduction du modernisme. Celui-ci n’a pas une conception juste des notions de vérité et de foi, parce qu’il repose sur l’erreur du subjectivisme et sur l’évolutionnisme. Il réduit la foi au sentiment religieux. Le rationalisme de son côté oppose la raison à la foi, alors que la foi catholique est raisonnable, elle repose sur des motifs de crédibilité. Citant l’enseignement de saint Thomas d’Aquin, il rappelle que la foi est supérieure à la raison, comme la théologie est supérieure à la philosophie. Commentant l’encyclique Mirari vos, Monseigneur explique que nous devons combattre pour conserver intègre le dépôt de la foi, tant dans son sens que dans son expression. Pour mener ce combat, conclut-il, nous devons recourir à l’intercession de la très sainte Vierge Marie, modèle de constance dans la foi immuable et profonde, et fléau de l’erreur.
En cette année où nous commémorons le vingtième anniversaire de son rappel à Dieu, ce coffret vient témoigner avec force du legs inestimable que constituent les enseignements de Mgr Lefebvre, qui fut et demeure un maître de vie spirituelle tout autant qu’un apôtre de la saine doctrine.
Le Trésor de notre foi, Homélies et allocutions de Mgr Lefebvre, coffret n°5. Collection Pour l’amour de l’Eglise, Séminaire Saint Pie X, Ecône.

