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Le politico-religieux,c’est la réalité même

 

Ce texte de Jean Madiran a paru dans Présent du 4 mars 2011. Il traite du livre de l’abbé Guillaume Devillers, Politique chrétienne [1], que nos lecteurs ont lu sous forme d’articles.

Le Sel de la terre.

 

Cela fait à peu près un an que ce livre est sur mon bureau. Je l’ai d’abord à peine feuilleté, avec précaution, il n’est pas tape-à-l’œil, il est austère, mais si l’on y entre, il est passionnant. Je l’ai lu non pas d’un seul trait de sa première page à sa page 205, mais peu à peu, au long d’une année. Son titre : Politique chrétienne. Son sous-titre : A l’école de saint Thomas. Son auteur : l’abbé Guillaume Devillers. Son éditeur : les Éditions du Sel (qui publient aussi une revue mensuelle du même nom [2]).

 

L’inattendue

Si le lecteur n’a jamais lu saint Thomas d’Aquin, il sera surpris par une présentation inhabituelle aujourd’hui : une suite de questions, divisées en articles, les unes et les autres numérotés ; chaque article commence par les objections, également numérotées, suivies d’un bref sed contra qui suggère ou qui prouve que les objections n’ont pas raison. Vient alors le développement principal, puis la réponse aux objections. C’est bien la méthode d’exposition de saint Thomas dans plusieurs de ses opuscules et dans sa Somme théologique. L’abbé Devillers y ajoute toutefois des notes en bas de quasiment toutes les pages, elles sont souvent aussi importantes que le texte annoté.

 

L’étrangère

On s’en doute, il s’agit d’un ouvrage de doctrine, doctrine de philosophie chrétienne et de théologie catholique. Ce n’est pas un récit historique ni un programme de gouvernement, c’est un traité qui, par voie d’argumentation rigoureuse, expose des principes universels, c’est-à-dire raisonnablement obligatoires en tout temps et en tous lieux.

J’imagine que le lecteur, même catholique, trouvera le plus souvent hors d’atteinte, aujourd’hui, la mise en œuvre des principes politiques énoncés. II se dira que depuis la Révolution française et les révolutions subséquentes du 19e et du 20e siècle, seules de très rares exceptions s’en rapprochent plus ou moins : le gouvernement de Garcia Moreno en Équateur (1861-1875), celui de Dollfuss en Autriche (1930-1934), celui de Salazar au Portugal (1932-1968), celui de Franco en Espagne (1939-1975) et celui du maréchal Pétain (1940-1944). Or ces exceptions sont toutes honnies, elles sont dénoncées comme abjectes et criminelles dans le petit espace de liberté dans lequel nous sommes asservis. La formule est d’une précision rigoureuse, elle est du socialiste Hubert Védrine (cf. mes Chroniques, p. 397) : nous sommes, dit-il, « dans un petit espace de liberté qui se rétrécit constamment, entre ce qu’il est interdit et ce qu’il est obligatoire de dire ». L’objection ne surprendra ni n’ébranlera l’abbé Devillers, il va lui-même au devant, dans la note 1 de sa page 71. Sous le règne de notre démocratie égalitaire et de sa « culture de mort », assassine par l’arme absolue de la « lutte contre toute discrimination », un chrétien découvre dans sa raison et dans sa foi qu’il ne peut qu’être en désaccord radical et en opposition frontale avec la misérable idéologie officielle de la République, de sa trompeuse Éducation nationale et de ses médias de masse qui constituent « le monde clos du mensonge ». Dans un tel monde, selon la célèbre sentence d’Etienne Gilson, la philosophie chrétienne est une totale étrangère.

 

 La contre-révolutionnaire

C’est la France dans son identité et dans sa vocation, c’est la France en tant que fille aînée de l’Église qui a subi la victorieuse agression politico-religieuse fondée sur la Déclaration des Droits de l’homme (1789), sur la Constitution civile du clergé (1790), sur notre première Constitution démocratique (1791) et sur la souveraineté de la supposée « volonté générale » selon Jean-Jacques Rousseau : tels ont été, tels demeurent les piliers du Temple et l’âme pervertie des « valeurs républicaines ». Et là, à ce niveau, se situe l’analyse de l’école catholique contre-révolutionnaire. L’abbé Devillers traite avec sagesse la part d’obéissance qui reste due aux pouvoirs établis, et la part de résistance qu’il convient de leur opposer.

 

L’amputée

Par une prudence compréhensible, mais peut-être un peu trop timide, l’Église, face à l’agressivité de la modernité post-kantienne et marxiste, s’est limitée à une doctrine dite sociale, ayant l’air d’exclure de sa compétence le domaine politique. En outre cette « doctrine sociale ». s’est rétrécie, pour la période antérieure au Concile, à une seule encyclique de Léon XIII, à rien de saint Pie X, à rien de Benoît XV, à une seule encyclique de Pie XI et une seule allocution de Pie XII. Tout un patrimoine doctrinal d’enseignements pontificaux se trouve ainsi amputé, en fait, de ce qui est explicitement une véritable doctrine politique énoncée et enseignée comme telle.

 

L’associée

Certes, le « politique » est bien distinct du « religieux ». Mais il lui est associé. La vie humaine est une connexion permanente entre la religion et la politique. La fille aînée de l’Église est une identité, est une vocation politico-religieuse. Seul un regard politico-religieux peut discerner ce qui se passe réellement dans le monde. Avec la « politique chrétienne » de l’abbé Guillaume Devillers, vous pourrez vous y exercer utilement.

 

 




[1]  — Pour se procurer le livre, il faut se rendre sur le site des éditions du Sel : http://­seldelaterre.fr/ ou le commander à D.P.F. – BP 1 – 86190 Chiré-en-Montreuil. Tel. : 05.49.51.83.04 – Fax. : 05.49.51.63.50. Courriel : contact@chire.fr Site : www.chire.fr.

[2]  — La revue porte un nom différent (Le Sel de la terre) et elle est trimestrielle. C’est dans cette revue que l’étude de l’abbé Devillers est parue avant d’être éditée par les éditions du Sel. (NDLR.)

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 79

p. 208-210

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