La mort de Jésus en croix
par le frère Marie-Dominique O.P.
Nous continuons la publication des sermons sur les mystères du rosaire. Les mystères joyeux ont paru dans Le Sel de la terre 64 (printemps 2008 : l’annonciation), 65 (été 2008 : la visitation), 67 (hiver 2008-2009 : la nativité), 71 (hiver 2009-2010 : la présentation au Temple) et 73 (été 2010 : la perte et le recouvrement de Jésus au Temple). Puis, nous avons publié les quatre premiers mystères douloureux : l’agonie au Jardin des oliviers dans Le Sel de la terre 74, la flagellation dans le nº 75, le couronnement d’épines dans le nº 76 et le portement de croix dans le nº 77. Aujourd’hui, nous méditons le cinquième mystère douloureux : la mort de Jésus en croix.
Le Sel de la terre.
Les diverses phases du crucifiement
Notre-Seigneur est arrivé au sommet du Calvaire. C’est environ l’heure de midi.
Jésus est là, debout, grelottant de fièvre.
On attache en croix les deux larrons.
Le tour de Jésus est arrivé. De nouveau, on lui arrache brutalement ses vêtements. Ceux du dessus, c’est relativement facile, mais sa tunique est intimement collée à ses plaies, spécialement à l’épaule où la croix s’est comme incrustée. C’est comme si l’on arrachait un pansement sur une blessure à vif. Mais c’est tout son corps qui est une plaie ! Chaque fil de laine est collé à la surface dénudée, et quand on le soulève, il arrache une des innombrables terminaisons nerveuses qui se trouvent à cet endroit. Ces milliers de chocs douloureux s’additionnent et se multiplient, chacun augmentant la sensibilité du système nerveux qui sera ainsi encore plus vulnérable aux supplices qui vont suivre. Aujourd’hui, on ne ferait pas cela sans une anesthésie générale. Sa divinité seule permet à Jésus de ne pas tomber en syncope, mais elle ne l’empêche pas de ressentir toute la douleur.
Puis, selon la coutume, on lui donne à boire « du vin mêlé de myrrhe [1] » (Mc 15, 23), préparé par les femmes pieuses de Jérusalem, par miséricorde pour les condamnés. Jésus y trempe ses lèvres, par délicatesse pour celles qui l’avaient préparé, pour les remercier ; mais il ne boit pas. A la fois, il ne veut pas apaiser la soif intense que la perte de sang lui avait causée, et, en même temps, il ne veut pas diminuer, par ce breuvage narcotique, les souffrances de la crucifixion. Le livre du Lévitique (11, 19), dans l’ancien Testament, permet de voir une autre raison plus élevée encore : la Loi interdisait au grand-prêtre de prendre une boisson enivrante avant d’accomplir un sacrifice. Notre-Seigneur, étant le Grand-Prêtre par excellence accomplissant le sacrifice suprême, il convient qu’il s’abstienne de ce breuvage.
Alors les soldats se saisissent de Jésus et le couchent sur la croix pour le crucifier [2].
Les clous employés par les Romains étaient en fer : des clous de 12 cm de long, ayant 8 mm de large près de la tête. Lorsqu’un clou entrait dans le poignet, il entaillait le nerf médian, causant une douleur brûlante et violente irradiant dans tout le bras, et remontant jusqu’au cou pour aller éclater dans le cerveau comme une terrible décharge électrique. « C’est l’une des tortures les plus affreuses qu’on puisse imaginer », écrit le docteur Barbet [3].
Le premier coup de marteau a retenti sourdement dans le silence, et résonné dans le cœur de Marie. Jésus ne s’est pas évanoui. Contrairement aux autres crucifiés, qui hurlaient à ce moment-là, il n’a pas laissé échapper une seule plainte malgré la douleur atroce.
Puis les bourreaux clouent la seconde main.
Ces deux mains qui ont donné tant de bénédictions, guéri tant de malades, sont maintenant clouées au bois par l’ingratitude et la haine des hommes envers le Sauveur du monde. Mais à la haine, Jésus répond toujours par la miséricorde : il a voulu être cloué les bras étendus pour montrer aux pécheurs qu’il était toujours prêt à les accueillir.
Puis on accroche le patibulum sur le stipes, avec toutes les secousses douloureuses que cela produit sur les nerfs médians des mains.
Les bourreaux appliquent maintenant les pieds sur le bois, le pied gauche sur le pied droit : ces pieds qui ont été si souvent fatigués et blessés en marchant à la recherche des âmes. Le clou s’y enfonce en faisant souffrir à Jésus une douleur inexprimable.
Notre-Seigneur est maintenant suspendu entre le ciel et la terre.
Les souffrances de Jésus sur sa croix
Les souffrances physiques
Sur un plan purement physique, l’agonie des crucifiés est des plus atroces.
Très rapidement se produisent d’horribles crampes, qui commencent par les jambes puis remontent le corps. Tous les muscles se raidissent, se durcissent et se contractent ; il est impossible de se soulager. Tout le corps est envahi par la souffrance.
La respiration devient difficile, haletante ; le cœur bat moins vite. Il faut ajouter que, depuis la flagellation, le cœur et les poumons sont pris comme dans un étau à cause d’un épanchement de liquide dans les membranes qui les entourent.
Les traits de Jésus sont tirés. Son visage est devenu violacé.
Ses cheveux, blanchis [4], teintés de sang, retombent épars sur son cou.
La transpiration est intense et déclenche une soif terrible, d’autant plus que le corps de Jésus a été déshydraté par la sueur de sang du Jardin des Oliviers, par la perte de sang pendant la flagellation, par le fait qu’il n’a rien mangé ni bu depuis la veille au soir. La gorge de Jésus est sèche et embrasée, la poussière colle à son palais. La soif est d’ailleurs le seul supplice qui arrachera une plainte à Jésus en croix.
Les médecins sont catégoriques : que Jésus ait pu rester en vie trois heures sur la croix dans l’état d’épuisement où il était déjà, est une impossibilité médicale. Ceci prouve d’ailleurs médicalement que la mort de Jésus n’a pas été causée par les supplices, car normalement il aurait dû être mort depuis longtemps. Il a été soutenu tout au long de l’épreuve par sa divinité, et il est mort quand il l’a voulu, comme il l’avait prophétisé : « Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne. J’ai le pouvoir de la donner, et j’ai le pouvoir de la reprendre » (Jn 10, 18).
Mais ces souffrances physiques ne sont que la pointe de l’iceberg.
