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La mort de Jésus en croix

par le frère Marie-Dominique O.P.

 

Nous continuons la publication des sermons sur les mystères du rosaire. Les mystères joyeux ont paru dans Le Sel de la terre 64 (printemps 2008 : l’annonciation), 65 (été 2008 : la visitation), 67 (hiver 2008-2009 : la nativité), 71 (hiver 2009-2010 : la présentation au Temple) et 73 (été 2010 : la perte et le recouvrement de Jésus au Temple). Puis, nous avons publié les quatre premiers mystères douloureux : l’agonie au Jardin des oliviers dans Le Sel de la terre 74, la flagellation dans le nº 75, le couronnement d’épines dans le nº 76 et le portement de croix dans le nº 77. Aujourd’hui, nous méditons le cinquième mystère douloureux : la mort de Jésus en croix.

Le Sel de la terre.

 

 

Les diverses phases du crucifiement

Notre-Seigneur est arrivé au sommet du Calvaire. C’est environ l’heure de midi.

Jésus est là, debout, grelottant de fièvre.

On attache en croix les deux larrons.

Le tour de Jésus est arrivé. De nouveau, on lui arrache brutalement ses vêtements. Ceux du dessus, c’est relativement facile, mais sa tunique est intimement collée à ses plaies, spécialement à l’épaule où la croix s’est comme incrustée. C’est comme si l’on arrachait un pansement sur une blessure à vif. Mais c’est tout son corps qui est une plaie ! Chaque fil de laine est collé à la surface dénudée, et quand on le soulève, il arrache une des innombrables terminaisons nerveuses qui se trouvent à cet endroit. Ces milliers de chocs douloureux s’additionnent et se multiplient, chacun augmentant la sensibilité du système nerveux qui sera ainsi encore plus vulnérable aux supplices qui vont suivre. Aujourd’hui, on ne ferait pas cela sans une anesthésie générale. Sa divinité seule permet à Jésus de ne pas tomber en syncope, mais elle ne l’empêche pas de ressentir toute la douleur.

Puis, selon la coutume, on lui donne à boire « du vin mêlé de myrrhe [1] » (Mc 15, 23), préparé par les femmes pieuses de Jérusalem, par miséricorde pour les condamnés. Jésus y trempe ses lèvres, par délicatesse pour celles qui l’avaient préparé, pour les remercier ; mais il ne boit pas. A la fois, il ne veut pas apaiser la soif intense que la perte de sang lui avait causée, et, en même temps, il ne veut pas diminuer, par ce breuvage narcotique, les souffrances de la crucifixion. Le livre du Lévitique (11, 19), dans l’ancien Testament, permet de voir une autre raison plus élevée encore : la Loi interdisait au grand-prêtre de prendre une boisson enivrante avant d’accomplir un sacrifice. Notre-Seigneur, étant le Grand-Prêtre par excellence accomplissant le sacrifice suprême, il convient qu’il s’abstienne de ce breuvage.

Alors les soldats se saisissent de Jésus et le couchent sur la croix pour le crucifier [2].

Les clous employés par les Romains étaient en fer : des clous de 12 cm de long, ayant 8 mm de large près de la tête. Lorsqu’un clou entrait dans le poignet, il entaillait le nerf médian, causant une douleur brûlante et violente irradiant dans tout le bras, et remontant jusqu’au cou pour aller éclater dans le cerveau comme une terrible décharge électrique. « C’est l’une des tortures les plus affreuses qu’on puisse imaginer », écrit le docteur Barbet [3].

Le premier coup de marteau a retenti sourdement dans le silence, et résonné dans le cœur de Marie. Jésus ne s’est pas évanoui. Contrairement aux autres crucifiés, qui hurlaient à ce moment-là, il n’a pas laissé échapper une seule plainte malgré la douleur atroce.

Puis les bourreaux clouent la seconde main.

Ces deux mains qui ont donné tant de bénédictions, guéri tant de malades, sont maintenant clouées au bois par l’ingratitude et la haine des hommes envers le Sauveur du monde. Mais à la haine, Jésus répond toujours par la miséricorde : il a voulu être cloué les bras étendus pour montrer aux pécheurs qu’il était toujours prêt à les accueillir.

Puis on accroche le patibulum sur le stipes, avec toutes les secousses douloureuses que cela produit sur les nerfs médians des mains.

Les bourreaux appliquent maintenant les pieds sur le bois, le pied gauche sur le pied droit : ces pieds qui ont été si souvent fatigués et blessés en marchant à la recherche des âmes. Le clou s’y enfonce en faisant souffrir à Jésus une douleur inexprimable.

Notre-Seigneur est maintenant suspendu entre le ciel et la terre.

 

Les souffrances de Jésus sur sa croix

Les souffrances physiques

Sur un plan purement physique, l’agonie des crucifiés est des plus atroces.

Très rapidement se produisent d’horribles crampes, qui commencent par les jambes puis remontent le corps. Tous les muscles se raidissent, se durcissent et se contractent ; il est impossible de se soulager. Tout le corps est envahi par la souffrance.

La respiration devient difficile, haletante ; le cœur bat moins vite. Il faut ajouter que, depuis la flagellation, le cœur et les poumons sont pris comme dans un étau à cause d’un épanchement de liquide dans les membranes qui les entourent.

Les traits de Jésus sont tirés. Son visage est devenu violacé.

Ses cheveux, blanchis [4], teintés de sang, retombent épars sur son cou.

La transpiration est intense et déclenche une soif terrible, d’autant plus que le corps de Jésus a été déshydraté par la sueur de sang du Jardin des Oliviers, par la perte de sang pendant la flagellation, par le fait qu’il n’a rien mangé ni bu depuis la veille au soir. La gorge de Jésus est sèche et embrasée, la poussière colle à son palais. La soif est d’ailleurs le seul supplice qui arrachera une plainte à Jésus en croix.

Les médecins sont catégoriques : que Jésus ait pu rester en vie trois heures sur la croix dans l’état d’épuisement où il était déjà, est une impossibilité médicale. Ceci prouve d’ailleurs médicalement que la mort de Jésus n’a pas été causée par les supplices, car normalement il aurait dû être mort depuis longtemps. Il a été soutenu tout au long de l’épreuve par sa divinité, et il est mort quand il l’a voulu, comme il l’avait prophétisé : « Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne. J’ai le pouvoir de la donner, et j’ai le pouvoir de la reprendre » (Jn 10, 18).

Mais ces souffrances physiques ne sont que la pointe de l’iceberg.

 

La souffrance morale

La souffrance morale est à ce moment sans proportion :

– c’est l’écrasement dû à la vision de tous les péchés de l’humanité, vision qui avait déjà causé une sueur de sang au Jardin des Oliviers ;

– s’ajoute la pensée que ses souffrances seront inutiles pour une multitude d’âmes : comme Judas qui s’est suicidé il y a quelques heures, ou ce mauvais larron qui est sur la croix d’à côté et qui l’insulte ; et tant d’autres qui refuseront sa miséricorde, et préféreront se précipiter en enfer pour l’éternité ;

– et puis il y a cette solitude dans laquelle Jésus se trouve : rejeté violemment par tout son peuple qu’il venait sauver [5] ; insulté par les soldats ; abandonné par ses Apôtres, dont tous ont perdu la foi, dont l’un l’a trahi pour trente deniers, et dont le chef – saint Pierre – l’a renié trois fois dans la nuit, lui qui se disait prêt à mourir pour son Maître . Il y a bien sûr saint Jean et sainte Marie-Madeleine au pied de la croix, mais ils ont été amenés par Notre-Dame et ne croient pas plus que les autres.

Notre-Dame est bien sûr au pied de la croix, gardant la foi pour toute l’Église. Mais la présence de la Vierge Marie n’est pas une consolation pour Jésus : quelle souffrance au contraire, pour lui, de voir dans quel océan de douleurs sa Mère est plongée en le voyant cloué sur cette croix et dans cet état si lamentable. Notons ici que la croix sur laquelle est cloué Jésus est une crux humilis, la croix basse des Romains ; ce qui signifie que les pieds de Notre-Seigneur se trouvent environ à 50 cm du sol. Notre-Dame voyait donc de très près et très distinctement sur le corps de Jésus les crampes des muscles, les plaies, le sang, l’expression du visage, etc. Cette précision donne un relief particulier au Stabat mater.

Notre-Seigneur se séparera d’ailleurs bientôt de sa Mère en la confiant à saint Jean.

Dom Delatte dit que la solitude dans laquelle Notre-Seigneur se trouva pendant sa passion – hormis la compassion de Notre-Dame bien sûr – fut « la circonstance aggravante de toutes ses souffrances [6] » : « J’ai été seul pour fouler [le raisin] dans le pressoir, et personne d’entre les peuples n’était avec moi » (Is 63, 3).

C’est ce qu’on appelle la déréliction de Notre-Seigneur : il est abandonné par son Père et par ses intimes à la fureur des méchants [7].

Mais pour comprendre ce qui s’est vraiment passé sur le Calvaire, il faut aller plus loin, il faut entrer encore plus profondément dans l’âme humaine de Notre-Seigneur.

 

La prière de Jésus sur sa croix

Sur la Croix, Jésus est le Souverain Prêtre de l’humanité.

Qu’est-ce qu’un prêtre, essentiellement ?

On peut dire que le prêtre est un ambassadeur, plus exactement « un médiateur entre Dieu et les hommes », comme dit saint Paul (1 Tm 2, 5). Le prêtre s’approche de Dieu pour lui présenter les prières des hommes, et il revient vers les hommes pour leur apporter les bénédictions de Dieu.

Évidemment, si l’ambassadeur est l’ami de celui auprès de qui il fait son ambassade, celle-ci a toutes les chances d’aboutir. Mais qui est le plus ami de Dieu, qui est le plus uni à Dieu que Notre-Seigneur dont la nature humaine est unie substantiellement à la seconde Personne divine de la Sainte Trinité ? Il ne peut pas y avoir d’union plus étroite d’un homme avec Dieu. Cette union de l’humanité de Notre-Seigneur avec la Personne divine – qu’on appelle l’union hypostatique – constitue Jésus Souverain Prêtre de l’humanité. Ayant les deux natures divine et humaine, il est le pont entre la divinité et l’humanité [8].

D’autre part, par cette union, Jésus est non seulement pur du péché originel et de toute faute, mais il est la sainteté même, la sainteté infinie, et toutes ses actions ont une perfection infinie. C’est pourquoi, dit saint Paul, Jésus « est le Grand Prêtre qu’il nous fallait, saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs et élevé au-dessus des cieux » (He 7, 26), dont la prière ne peut que toucher infailliblement le cœur de Dieu.

Quelles prières Jésus, en tant que prêtre, présente-t-il à son Père au nom de l’humanité tout entière ?

– D’abord une prière d’adoration. Pour nous, « prière » est le plus souvent synonyme de « demande ». Beaucoup d’hommes ne se rappellent la prière que lorsqu’ils ont besoin de quelque chose, lorsqu’ils sont dans les difficultés, le malheur. Si nous étions subitement transportés devant le trône de Dieu, nous serions aussitôt saisis par sa majesté infinie, nous ne pourrions que nous prosterner, reconnaissant Dieu comme notre Créateur, notre souverain Maître de qui nous dépendons en toutes choses. Eh bien ! telle est la première prière, la première pensée que Jésus eut sur la croix, rendant à son Père, par amour, en son nom, au nom de l’humanité et de la création tout entière, l’hommage d’une adoration infinie.

– L’adoration conduit à l’action de grâces : qu’un Dieu si grand et qui n’avait pas besoin de nous, se soit intéressé à nous sortir du néant pour nous faire profiter de son bonheur ; que nous ayons eu l’ingratitude et l’audace de nous révolter et que malgré cela, au lieu de nous anéantir de nouveau, il nous ait envoyé son Fils mourir dans des conditions si horribles pour nous sauver : quel plan d’amour presque incroyable ! Voyant tout cela, Notre-Seigneur offrait à son Père une action de grâces infinie.

– Alors il laissa échapper cette supplication : « J’ai soif », soif que ce plan se réalise pour la gloire de son Père et pour le salut d’un très grand nombre d’âmes : c’est pour cela qu’il était venu sur terre, c’est pour cela qu’il était cloué sur ce bois.

– Et Jésus sachant que ses souffrances réparaient surabondamment l’offense infinie causée à Dieu, s’offrait en victime d’amour ; prêtre et victime tout à la fois de l’unique sacrifice qui devait sauver le monde [9].

Les ténèbres avaient recouvert le Calvaire et l’univers entier [10]. Un Dieu était en agonie. Les hommes étaient indifférents, mais la nature, elle, prenait le deuil.

Pendant ses trois heures sur la croix, Jésus demeura silencieux. Son silence ne sera interrompu que sept fois : pour sept dernières paroles qu’il fera descendre de la croix comme d’une chaire pour enseigner le monde, et qui constituent son ultime testament. Parmi elles, il pardonne à ses bourreaux, il ouvre le Paradis au bon larron, il proclame Notre-Dame Mère de tous les hommes.

Et son sang qui coule de ses blessures arrose le monde pour le purifier, pour le laver du péché.

Après trois heures qui ont semblé une éternité pour Marie, tout étant maintenant accompli, Jésus inclina la tête et rendit l’esprit en poussant un grand cri. Il était entré librement et volontairement dans la mort.

Mais ce cri n’était pas celui de l’angoisse et du désespoir, c’était le cri de la victoire. Saint Thomas d’Aquin explique que par la passion et la mort de Jésus sur la croix, nous avons été délivrés du péché, délivrés du pouvoir du démon, délivrés de la peine due à nos péchés, que nous avons été réconciliés avec Dieu, et que la porte du ciel, fermée depuis le péché d’Adam, a été rouverte (III, q. 49).

A ce cri de victoire de Jésus sur sa croix, répondit dans l’enfer un cri épouvantable : le cri de la rage et du désespoir du démon qui comprenait qu’il était vaincu pour toujours.

« Alors, le rideau du Temple se déchira en deux, du haut en bas [11] ; et la terre trembla ; et les pierres se fendirent [12] ; et les tombeaux s’ouvrirent, et beaucoup de saints dont les corps y reposaient ressuscitèrent » (Mt 27, 51-53).

Jésus ayant rendu l’esprit, il ne restera plus au centurion qu’à ouvrir de sa lance son Cœur. L’eau et le sang qui en sortirent sont le symbole de l’Église, née sur le Calvaire, avec ses sacrements, véritable fleuve de miséricorde et de grâce qui ne cessera de couler jusqu’à la fin du monde pour que les âmes qui s’en approchent puissent être libérées de l’esclavage du péché et vivre de la vraie vie, de la vie divine que Jésus est venue leur redonner par sa mort sur la croix.

  

Conséquences pratiques

Donnons maintenant quelques conséquences pratiques de ce mystère.

1. Tout d’abord, aimons à relire le récit de la passion dans les saints Évangiles.

2. Ensuite, avons-nous remarqué que quatre des mystères douloureux du rosaire se déroulent le Vendredi saint ? N’est-ce pas une invitation à faire de chaque vendredi de l’année un jour de pénitence, pour montrer à Notre-Seigneur que nous ne sommes pas indifférents à ce qu’il a souffert pour nous et à cause de nous en ce jour ? Il n’est pas possible de passer le vendredi comme les autres jours de la semaine.

3. Et puis, par dessus tout, ce cinquième mystère douloureux est une invitation à approfondir le mystère de la messe pour en vivre davantage.

Aller à la messe, c’est gravir le Calvaire pour assister au sacrifice de Notre-Seigneur pour le salut du monde. Il s’y passe la même chose, même si c’est d’une manière non sanglante :

— le prêtre principal y est le même : Notre-Seigneur Jésus-Christ. Des saints, pendant la messe, ont vu le prêtre disparaître pour laisser la place à Notre-Seigneur, officiant en chasuble.

— à la messe, c’est aussi la même victime, Notre-Seigneur, s’offrant à son Père en sacrifice, non pas un nouveau sacrifice, mais le même que celui du Calvaire, renouvelé sur l’autel pour en appliquer les fruits à aujourd’hui.

A chaque messe, une adoration et une action de grâces infinies sont donc offertes à Dieu par Notre-Seigneur. Quelle compensation et quelle réparation par rapport à l’indifférence et aux blasphèmes de ce monde, et par rapport à notre tiédeur !

Et par rapport à nous, selon notre ferveur, tout ce que Jésus nous a mérité par ses souffrances il y a 2000 ans, est appliqué à nos âmes pour nous aider à regretter nos péchés et pour les réparer ; tandis que Notre-Seigneur porte à son Père toutes les demandes que nous lui adressons pour nos besoins spirituels et même temporels.

Bien sûr, ce n’est pas la nouvelle messe qui porte ces fruits, parce que le Calvaire et la croix y sont bien absents !

Alors, faisons de la messe le cœur de notre vie :

— en y arrivant bien à l’heure ;

— en ayant lu les textes à l’avance, si possible (au moins l’épître, l’Évangile et l’oraison), par exemple la veille au soir en famille ;

— en nous mettant le plus près possible de l’autel et en y plaçant les enfants pour qu’ils voient bien ;

— en essayant d’aller à la messe en semaine, quand c’est possible ;

— mais aussi, peut-être, en faisant converger toute notre semaine vers la messe du dimanche : offrant les bonnes actions, les sacrifices de chaque jour en vue de la messe du dimanche, comme un bouquet spirituel qui pourra être mis sur la patène du prêtre pour que Notre-Seigneur l’offre à son Père à l’offertoire. Et à la communion, dans l’action de grâces, nous confierons à Notre-Seigneur toute la semaine à venir pour qu’il nous donne les forces et les grâces dont nous avons besoin pour faire sa volonté, pour avancer vers le ciel.

 

Épilogue : les mystères douloureux et la passion de l’Église

Il n’est pas possible de méditer les mystères douloureux du rosaire en faisant abstraction de l’époque à laquelle nous vivons, et spécialement de la terrible crise dans laquelle le concile Vatican II a plongé l’Église.

Le mystère de l’Église est le mystère de Notre-Seigneur qui se continue à travers les siècles. De la même manière que Notre-Seigneur a eu ses heures de triomphe et de gloire sur cette terre, et a couronné sa mission par les affres de sa passion, de même l’Église.

Mgr Lefebvre, dans ses enseignements, est souvent revenu sur le fait qu’aujourd’hui, nous vivons la passion de l’Église :

C’est l’Église déchirée, flagellée. [...] L’Église semble aujourd’hui souffrir cette passion, abandonnée par ses pasteurs [13]. Les principes de la Révolution minent la foi catholique [...] jusque dans le clergé. C’est ce qu’a dit saint Pie X : nous voyons que, maintenant, l’ennemi n’est pas seulement à l’extérieur de l’Église, il est à l’intérieur. [...] Cette pénétration de l’esprit anticatholique est maintenant partout à l’intérieur de l’Église. Ceux qui ont les responsabilités dans l’Église [...] ont décidé de faire un pacte de paix à l’intérieur de l’Église, et ce pacte de paix s’appelle l’œcuménisme, la liberté religieuse. [...] La paix avec qui ? Avec les ennemis de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec ceux qui l’ont crucifié, avec ceux qui ont continué de le crucifier pendant vingt siècles dans son Corps mystique [14]. Le père Emmanuel, dans ses lettres, montre magnifiquement que la fin des temps sera la passion de l’Église [15].

Dans cette crise effrayante, tenons-nous au pied de la croix de Notre-Seigneur, auprès de Notre-Dame de compassion qui nous gardera la foi. Demandons à la Vierge des douleurs la fidélité et la persévérance finale.



[1] — Il s’agit « de vin qu’on avait aromatisé avec un peu de myrrhe, à la manière antique. Saint Matthieu (27, 34) parle, d’une façon moins exacte, de vin mêlé de fiel (vinaigre). L’expression de saint Marc est en parfaite conformité avec une coutume juive d’alors, d’après laquelle, interprétant à la lettre le passage de Pr 31, 6-7 (« Donnez le vin à ceux qui ont de l’amertume au cœur ; qu’ils boivent et ne se souviennent plus de leur douleur »), on présentait aux condamnés à mort, au moment où ils allaient subir leur supplice, une coupe de vin aromatisé, afin de les étourdir et d’émousser en eux le sentiment de la souffrance » (L. Cl. Fillion, La Sainte Bible commentée, Paris, Letouzey et Ané, 1901, note 23, p. 278). Il ne faut donc pas chercher ici une intention malveillante supplémentaire de la part des bourreaux.

[2] — Selon l’usage romain, les bourreaux ont probablement cloué d’abord les mains de Jésus sur le patibulum (partie horizontale de la croix). On a ensuite accroché le patibulum sur le stipes (partie verticale fixée en terre en permanence). C’est alors qu’on a cloué les pieds. On peut se reporter à l’ouvrage du docteur Pierre Barbet, La Passion de Jésus-Christ selon le chirurgien, Paris, Mediaspaul, 1965, ch. 2, p. 65 sq.

[3] — Docteur Pierre Barbet, La Passion de Jésus-Christ selon le chirurgien, p. 160.

[4] — L’examen du linceul de Turin révèle que « Jésus, lors de sa mise au tombeau, avait les cheveux et la barbe blancs ou gris très clair. A première vue, cela semble surprenant [chez un homme de 33 ans], mais il n’en est rien. En effet, il arrive, bien que rarement, que le système capillaire de certaines personnes blanchisse en quelques heures à la suite d’un choc émotionnel ou d’une frayeur intense. Nous voyons dans ce blanchissement la traduction physique de l’épreuve [agonie] de Gethsémani qui s’est accompagnée d’une sueur de sang » (Docteur Jean-Maurice Clercq, Les Grandes reliques du Christ, synthèse et concordances des dernières études scientifiques, Paris, François-Xavier de Guibert, 2007, p. 92-93).

[5] — Les Juifs présents, magistrats et passants pousseront même la cruauté jusqu’à insulter Jésus en croix (Mt 27, 39-43 ; Mc 15, 29-32 ; Lc 13, 37), et même le mauvais larron crucifié à côté de lui (Lc 23, 39) et peut-être au début les deux larrons avant que le bon ne se convertisse (Mt 27, 44 ; Mc 15, 32).

[6] — Dom Delatte O.S.B., « La Solitude du Christ dans les chants de la Semaine Sainte », Revue Grégorienne 1960, n° 4, p. 125.

[7] — Il ne faut pas se méprendre sur la quatrième parole de Jésus en croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné » (Mt 27, 46). Dans son commentaire de ce verset, qui est le début du psaume 21, cité par Notre-Seigneur, saint Thomas d’Aquin fait la réflexion suivante : « Le Christ est dit abandonné, ni quant à l’union hypostatique, ni quant à la grâce, mais quant à la passion » (Com in Mt 27, lect. II, Marietti, n° 2383). Il n’est donc pas abandonné de son Père, mais livré par son Père à ses bourreaux, de son plein consentement amoureux.

[8] — On notera que dans son ouvrage Jésus de Nazareth (Tome 2) édité par la Librairie Vaticane en 2011, Benoît XVI ne fait aucune distinction entre la nature divine et la nature humaine de Notre-Seigneur. Cette absence laisse un sentiment étrange à la lecture, non moins que la préface où, citant l’édition en 2008 du livre Jésus, du protestant Joachim Ringleben, il se félicite de la « profonde unité [entre les deux ouvrages] au niveau de la compréhension essentielle de la personne de Jésus et de son message. C’est la même foi qui agit » (p. 7-8).

[9] — Cette doctrine est celle des papes, des conciles, des Pères de l’Église, de saint Thomas d’Aquin (voir par exemple les articles Rédemption et Satisfaction du DTC). On ne peut passer sous silence ici qu’elle est niée par le cardinal Ratzinger : « Pour un très grand nombre de chrétiens, et surtout pour ceux qui ne connaissent la foi que d’assez loin, la croix se situerait à l’intérieur d’un mécanisme de droit lésé et rétabli. Ce serait la manière dont la justice de Dieu, infiniment offensée, aurait été à nouveau réconciliée par une satisfaction infinie. […] Autant cette image est répandue, autant elle est fausse » (lignes du cardinal Ratzinger dans son livre : La foi chrétienne hier et aujourd’hui, Paris, Cerf, 2005, p. 197). On pourra relire l’article « Le Mystère de la rédemption selon Benoît XVI », de Mgr Tissier de Mallerais, paru dans Le Sel de la terre 67.

[10] — Le docteur Clercq cite de nombreux témoignages de l’Antiquité confirmant que, le Vendredi Saint, les ténèbres ont recouvert au moins tout le bassin méditerranéen. On pourra consulter son ouvrage La Passion de Jésus, Paris, François-Xavier de Guibert, 2004, p. 210-213 ; et l’opuscule très détaillé du général H. de Nanteuil, Les Ténèbres du Vendredi Saint, Paris, Téqui, 1983.

[11] — Ce miracle montrait clairement la fin de l’ancienne Alliance de Dieu avec le peuple juif. C’est ce que disent tous les commentateurs catholiques.

[12] — Les ouvrages du docteur Clercq et du général de Nanteuil mentionnés plus haut, citent les écrits témoignant que le tremblement de terre s’est étendu jusqu’en Turquie. Toute la nature s’est ressentie de la mort de son Créateur.

[13] — Mgr Marcel Lefebvre, Retraite d’ordination, Flavigny, 21 juin 1982. Cet extrait et les suivants se trouvent sur le magnifique CD intitulé La Passion de l’Église, édité par le séminaire d’Écône, CH. 1908. Riddes.

[14] — Mgr Lefebvre, Homélie à Écône, le 19 avril 1987.

[15] — Mgr Lefebvre, Homélie à Écône, le 26 juin 1987.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 82

p. 108-116

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