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Autour des propos de Mgr Müller

Lorsqu’on avait suggéré au roi Louis XVI de nommer Mgr Loménie de Brienne comme archevêque de Paris, il avait rejeté la proposition en faisant remarquer qu’il fallait quand même que l’archevêque de Paris croie en Dieu. Une réflexion similaire aurait pu empêcher le pape Benoît XVI de mettre Mgr Müller à la tête de la congrégation de la Doctrine de la foi. Sans doute l’ancien archevêque de Ratisbonne croit-il en Dieu, mais croit-il en la virginité perpétuelle de Marie, en la présence réelle, en la nécessité d’appartenir à l’Église catholique pour être sauvé ?

En effet, quand cette nomination fut rendue publique en juillet, de nombreuses voix s’élevèrent pour demander la rectification de certaines phrases « pas très catholiques » qu’il avait écrites concernant ces dogmes. En particulier, M. l’abbé Gaudron (FSSPX) demanda dans une lettre ouverte que le nouveau Préfet « commente ces déclarations controversées, ou qu’il les corrige ». Voici ces « déclarations controversées » :

– La « virginité » de Marie « ne concerne pas les caractéristiques physiologiques du processus naturel de la naissance de Jésus (telles que la non-ouverture du col, l’absence de déchirure de l’hymen ou l’absence de douleurs de l’enfantement), mais l’influx salvifique et rédempteur de la grâce du Christ dans la nature humaine [1] ».

– « Corps et sang du Christ ne signifient pas les parties physiques de l’homme Jésus présent sur la terre ou dans son corps glorieux. [...] Corps et sang signifient plutôt une présence du Christ à travers le signe du pain et du vin. » Mgr Müller explique ainsi la transsubstantiation : « L’essence du pain et du vin doit être définie dans un sens anthropologique. Le caractère naturel de ces dons [pain et vin] comme fruits de la terre et du travail des hommes, comme produits naturels et culturels, symbolise la nourriture et la restauration des personnes et de la communauté humaine dans le signe d’un repas commun [...]. L’être naturel du pain et du vin est transformé par Dieu dans le sens que cet être montre et réalise la communion salvifique [2]. »

– « Le baptême est le caractère fondamental qui nous unit sacramentellement au Christ aux yeux du monde dans une seule Église visible. Nous, chrétiens, catholiques et protestants, sommes donc déjà unis dans ce que nous appelons l’Église visible. Au sens strict, il n’y a pas plusieurs Églises, qui existeraient les unes à coté des autres, mais il existe des divisions, des ruptures à l’intérieur d’un peuple unique et d’une unique maison de Dieu [3]. »

Dans une entretien avec l’agence EWTN [4], le prélat voulut bien accepter l’invitation de M. l’abbé Gaudron, et « commenter » ses propos antérieurs. « Notre foi catholique est très claire », dit-il, avant de reprendre un par un les trois points litigieux en récitant les formules traditionnelles correspondant à chacun :

– « [La foi dit] que lors de la consécration pendant la messe, un changement se produit de telle sorte que toute la substance du pain et du vin est changée dans toute la substance du corps et du sang de Jésus-Christ, et que ce changement est appelé avec raison transsubstantiation. Et nous avons refusé d’accepter toutes les autres interprétations : consubstantiation, transsignification, transfinalisation, et ainsi de suite. »

– L’Église est tout aussi claire sur la « virginité de Marie, Mère de Dieu, avant, pendant et après la naissance du Christ. »

– « ...tous ceux qui sont baptisés validement sont incorporés au Christ » même s’ils ne sont pas en pleine communion avec l’Église Catholique. (Les mots en dehors des guillemets sont une paraphrase par EWTN.)

 

Commentaire

Que vaut cette « rectification » ? D’abord, remarquons que l’archevêque ne dit jamais ce que lui, il croit. Il nous répète des formules sans nous dire s’il y adhère. Chicanes ! direz-vous. Point du tout ; toute la question est là. Nous connaissons bien la doctrine « très claire » de l’Église. Nous voulons savoir s’il est d’accord avec cette doctrine. Cette tournure à la troisième personne est un peu gauche, et elle sonne faux. Ses prédécesseurs à l’ancien Saint-Office (appelé encore plus anciennement « la Sainte Inquisition ») exigeaient toujours une profession de foi personnelle de la part de celui qui était soupçonné d’erreur : « Je crois que lors de la consécration à la messe, la substance du pain et du vin est changée, etc. »

Pour ce qui concerne la sainte Eucharistie, on pourrait objecter qu’il parle bien à la première personne : « Nous avons refusé d’accepter toutes les autres interprétations, consubstantiation, transsignification... » – Soit, mais examinons les deux autres points.

Par rapport à la virginité perpétuelle de Marie, Mgr Müller n’avait jamais nié que la Mère de Dieu était « vierge avant, pendant et après la naissance de Jésus ». Le problème est ce qu’il entend par là. A cet égard, il n’a pas hésité à utiliser des termes anatomiques très précis pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté : « [Ce dogme] ne concerne pas les caractéristiques physiologiques... non ouverture... absence de déchirure... » Donc, Marie était « vierge », mais le terme « vierge » ne doit pas être pris dans un sens « physiologique ». N’oublions pas que pour un moderniste, un même terme peut changer de signification selon les époques. Autrement dit, il ne suffit pas que Mgr Müller reconnaisse que la Mère de Jésus est restée « vierge ». S’il veut être considéré comme catholique, il faut qu’il donne un sens catholique à ce mot.

Ensuite, le seul moyen de savoir s’il a vraiment renoncé à son erreur est de l’entendre prononcer la formule suivante, la main sur l’évangile : « Si quelqu’un dit que la « virginité » de Marie ne concerne pas les caractères physiologiques du processus naturel de la naissance de Jésus, mais l’influx salvifique de la grâce, qu’il soit anathème. »

Sa réponse au sujet de l’Église n’est guère plus rassurante. Il répond à côté. Il est vrai qu’un baptême valide incorpore une âme à Jésus [5], et donc rend membre de l’Église, mais ensuite cette âme peut être séparée de l’Église et de sa hiérarchie visible par le schisme, l’excommunication ou l’hérésie. C’est le cas d’un enfant baptisé (même validement) chez les protestants. Une fois parvenu à l’âge de raison, s’il choisit de rester protestant, il ne peut plus être considéré comme un membre de l’« Église visible ». Il faudrait vérifier, mais il ne semble pas que Mgr Müller s’adressait à un groupe composé exclusivement de petits enfants quand il a dit : « Nous, chrétiens, catholiques et protestants, sommes donc déjà unis dans ce que nous appelons l’Église visible ». Il n’a donc rien corrigé de son erreur.

 

Conclusion

Cette « rectification » ne rectifie pas grand-chose. D’ailleurs, même s’il avait donné des réponses satisfaisantes par rapport aux trois déclarations citées plus haut, est-ce pour cela que tout serait rentré dans l’ordre ? A-t-il condamné ses propos antérieurs ? A-t-il retiré ses livres du commerce ? En plus, a-t-il renoncé à ses autres hérésies et erreurs ? La liberté religieuse, par exemple ? A-t-il renoncé à ses habitudes de communicatio in sacris avec les pasteurs protestants ? Il ne faut pas se concentrer sur quelques citations, comme s’il ne s’agissait que de cela. N’est-il pas absurde que quelqu’un qui est tant soit peu suspect d’hérésie puisse être nommé comme défenseur de la foi catholique pour le monde entier ? N’était-il pas déjà disqualifié pour un tel poste rien que par le fait qu’il célèbre selon le rite de Paul VI, lequel « s’éloigne de façon impressionnante [...] de la théologie catholique de la sainte messe [6] » ?



[1]  — Katholische Dogmatik,Verlag Herder (9e édition), Freiburg, 2012, p 498.

[2]  — Die Messe : Quelle Christlichen Lebens, Sankt Ulrich Verlag, Augsburg, 2002, p. 139-140.

[3]  — Discours en l’honneur de l’évêque luthérien Johannes Friedrich, le 11 octobre 2011, disponible sur internet (Laudatio auf den Preisträger, Bischof Gerhard Ludwig Müller).

[4]  — Le 20 juillet, mais parue sur le site EWTN News le 6 août 2012.

[5]  — Pourvu qu’il n’y ait pas d’« obex » (obstacle) empêchant le sacrement de produire son effet (par exemple, si un adulte subit le rite extérieur du baptême tout en ne voulant pas recevoir les effets de ce sacrement).

[6]  — Lettre des cardinaux Ottaviani et Bacci à Paul VI, accompagnée d’un Bref examen critique du nouvel ordo missae.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 84

p. 165-167

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