L’autorité du Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge
par l’abbé Guy Castelain FSSPX
Introduction
L'année de rédaction du Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge traditionnellement retenue est celle de 1712 [1]. L’année 2012 fêtait donc le tricentenaire de la composition de l’ouvrage le plus important écrit par saint Louis-Marie Grignion de Montfort [2].
En ce qui concerne la diffusion de ce Traité, le père Neubert a écrit, en son temps, dans son livre intitulé Marie et notre Sacerdoce : « On peut se demander si, après l’Évangile et l’Imitation de Jésus-Christ, aucun livre a été tiré à autant d’exemplaires que le petit Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge. » [3] Ce seul aspect fait ressortir immédiatement l’importance de ce petit écrit et justifierait à lui seul cette étude sur son autorité.
Le père A. Bossard SMM précise dans le Dictionnaire de spiritualité montfortaine paru en 1994 :
A l’heure où nous écrivons, il faut compter environ quatre cents éditions en plus de trente langues. Le mouvement continue sur sa lancée, et, de façon globale, il ne donne aucun signe d’essoufflement. A quoi est dû ce succès ? D’une part à la valeur intrinsèque de l’œuvre de Montfort et à son caractère universel. D’autre part, et ceci vaut particulièrement pour aujourd’hui, mais c’est en même temps une garantie de pérennité, à la concordance entre l’essentiel de la doctrine de Montfort et l’enseignement du Magistère. [4]
L’affirmation du père Bossard est plus qu’intéressante, et il ne sera pas inutile, par souci de clarté, de reformuler son affirmation. Selon lui, le succès constant et grandissant du Traité de la vraie dévotion vient : 1° de sa valeur intrinsèque, c’est-à-dire de sa valeur propre, 2° de sa conformité avec le magistère de l’Église en général, 3° plus particulièrement de sa conformité avec le magistère actuel, c’est-à-dire le magistère conciliaire et postconciliaire.
C’est sous ce triple aspect que cette étude sera conduite. Après une brève présentation du Traité (1ère partie), il conviendra, d’abord, d’examiner l’autorité qui lui a été attribuée avant le concile Vatican II (2e partie), ensuite d’étudier l’autorité qui lui a été attribuée après le Concile (3e partie). Enfin, une dernière partie tentera de situer la place que tient le Traité de la vraie dévotion dans l’histoire de la mariologie (4e partie).
Brève présentation
Cette brève présentation du Traité comprend trois volets :
1) il faut commencer par dire un mot de sa structure, son plan et son but,
2) puis le replacer dans le contexte des œuvres de Montfort pour faire ressortir son importance,
3) enfin signaler le point de vue retenu et popularisé par le saint, c’est-à-dire ce qui fait son originalité.
Le Traité de la vraie dévotion en lui-même
Le Traité de la vraie dévotion [5] forme un in-4° de 158 pages, de 24 lignes environ à la page. Comme dans les autres écrits, Montfort se montre très méthodique. Peu de divisions sont indiquées par les titres.
Dans des textes fort clairs, l’auteur marque nettement la trame de son exposé et la marche qu’il suit : au numéro 60, Montfort dit qu’il a, jusque-là, « parlé de la nécessité de la dévotion à la très sainte Vierge ». Il va dire ensuite « en quoi consiste cette dévotion » [6], en exposant ses fondements [7], en faisant connaître « les fausses dévotions pour les éviter et la vraie pour l’embrasser » [8], et, « parmi tant de pratiques différentes de la vraie dévotion », en indiquant « quelle est la plus parfaite » [9], c’est-à-dire le Saint Esclavage de Jésus en Marie. L’auteur consacre la plus grande partie de son ouvrage [10] à développer cette parfaite dévotion, montrant d’abord ce qui la spécifie [11], puis exposant ses motifs [12], ses effets [13], ses pratiques [14], et particulièrement son application à la sainte communion [15].
Pour résumer : cette parfaite dévotion mariale consiste en premier lieu en un acte particulier de dévotion envers Marie : une consécration de soi-même à Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, par les mains de Marie [16]. Voici, théologiquement parlant, le passage le plus important de cet acte spécial : « Je vous livre et consacre, en qualité d’esclave, mon corps et mon âme, mes biens intérieurs et extérieurs, et la valeur même de mes bonnes actions passées, présentes et futures, vous laissant un entier et plein droit de disposer de moi et de tout ce qui m’appartient, sans exception, selon votre bon plaisir, à la plus grande gloire de Dieu, dans le temps et l’éternité. » [17] Ce que l’on peut appeler le formel de la consécration à Jésus par Marie, ce sont « nos biens intérieurs et spirituels, qui sont nos mérites, nos vertus et nos bonnes œuvres passées, présentes et futures » [18].
Le cardinal Mercier affirme que cette consécration est le nec plus ultra [19] en matière de consécration à Marie : « Je ne sache pas qu’il y ait un acte plus compréhensif de ce que l’âme peut vouer à Dieu et au Christ, que cet acte de renoncement ou d’esclavage, tel que l’entend le bienheureux de Montfort. » En effet, quand on a consacré son corps, son âme, ses biens temporels et spirituels, que reste-t-il à consacrer [20] ? Le cardinal Mercier souligne le fait que Montfort a conduit la consécration mariale à un sommet insurpassable : « Il va loin, l’abandon que nous prêche le bienheureux et dont il nous donne l’exemple. Il va, semble-t-il, à l’extrême [21]. »
Même si Montfort parle d’action héroïque [22], il faut cependant préciser ici, avec le père J. M. Kergoustin, montfortain, que la consécration mariale montfortaine n’est pas à proprement parler identique à ce que l’on a appelé le vœu héroïque en faveur des âmes du purgatoire [23], et cela pour trois raisons : 1º la donation ne se limite pas aux satisfactions en faveur des âmes du purgatoire, car elle est plus étendue, incluant ce qui peut servir à la conversion des pécheurs. 2º Il ne s’agit pas, comme le signale le père montfortain Antonin Lhoumeau, d’une renonciation ou d’un dépouillement en faveur d’autrui, mais d’une désappropriation, ce qui permet à l’âme consacrée de toujours bénéficier de l’application de ses biens spirituels à elle-même si la Vierge Marie le juge bon [24]. 3º L’acte de consécration mariale montfortaine, bien que non « qualifié officiellement d’héroïque », semble, « au moins sous certains aspect », plus parfait, car on n’y détermine pas par soi-même la destination à laquelle doivent être affectée les bien consacrés. Cette consécration, en dépit des apparences, comporte un plus grand détachement en esprit et s’approche d’avantage de la béatitude des pauvres en esprits.
L’acte de la consécration inaugure, normalement, une vie mariale plus intense dans laquelle le vrai dévot apprend à « faire toutes ses actions par Marie, avec Marie, en Marie et pour Marie, afin de les faire plus parfaitement par Jésus-Christ, avec Jésus-Christ, en Jésus et pour Jésus » [25]. Montfort veut, en quelque sorte, que Notre-Dame du Perpétuel Secours devienne Notre-Dame du Perpétuel Recours. Pour lui, recourir à Marie est un secret de sainteté : « Plus on le fera, et plus tôt on se sanctifiera, et plus tôt on arrivera à l’union à Jésus-Christ, qui suit toujours nécessairement l’union à Marie, puisque l’esprit de Marie est l’esprit de Jésus [26]. » Voilà l’essentiel de sa dévotion et le reste n’en est que le développement et l’application.
La place du Traité dans l’œuvre du père de Montfort
Pour saisir la place exacte du Traité dans l’œuvre globale de son auteur, il faut recourir à une clef de compréhension qui se trouve dans L’Amour de la Sagesse éternelle, son grand livre sur Jésus-Christ. A la fin de cet ouvrage, il indique les quatre conditions pour arriver à l’union au Christ : un grand désir, une prière continuelle, une mortification universelle et une tendre et véritable dévotion à Marie [27].
A ces quatre conditions peuvent se rattacher quatre ouvrages qui constituent un excellent commentaire spirituel des points en question. Pour faire naître et faire grandir un grand désir de la Sagesse, il suffit de lire et méditer L’Amour de la Sagesse éternelle. Pour parvenir à la prière continuelle, rien de plus efficace que la contemplation et la récitation du Rosaire : toute la tradition sur cette merveilleuse dévotion mariale est consignée dans Le Secret admirable du très saint Rosaire pour se convertir et se sauver [28]. Pour pratiquer la mortification universelle, il faut vivre l’essentiel de l’Évangile : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce, qu’il porte sa croix et qu’il me suive », sentence commentée dans la Lettre circulaire aux Amis de la Croix. Enfin, toute la tradition de la dévotion mariale est concentrée par l’apôtre marial dans son Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge. Ce Traité est résumé dans une lettre intitulée Le Secret de Marie. Ces deux écrits, présentent, sous deux formes différentes, la plus parfaite des dévotions à la Sainte Vierge : le Saint Esclavage, qui est le grand moyen prêché par Montfort pour être uni à Jésus dans le temps et l’éternité. Lorsqu’il arrive à l’exposition du quatrième moyen pour acquérir la sagesse : une tendre et véritable dévotion à la sainte Vierge, Montfort affirme d’ailleurs :
Voici enfin le plus grand des moyens et le plus merveilleux de tous les secrets pour acquérir et conserver la divine sagesse, savoir : une tendre et véritable dévotion à la sainte Vierge [29].
Le Traité qui ne fait que présenter un développement de la doctrine substantielle exposée dans le quatrième moyen, est donc l’ouvrage décisif du père Grignion, même si, bien entendu, sa fin est Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, comme notre auteur le signale si bien :
Jésus-Christ notre Sauveur, vrai Dieu et vrai homme, doit être la fin dernière de toutes nos autres dévotions, autrement elles seraient fausses et trompeuses [30].
En toute logique Montfort tire sa conclusion :
Si donc nous établissons la solide dévotion de la très sainte Vierge, ce n’est que pour établir plus parfaitement celle de Jésus-Christ, ce n’est que pour donner un moyen aisé et assuré pour trouver Jésus-Christ [31].
En raison des reproches qu’on a pu faire à Montfort, il n’est peut-être pas inutile de signaler ici que le « christocentrisme » de la dévotion mariale montfortaine n’est pas contradictoire avec le fait que le Traité occupe une place prépondérante et centrale dans ses œuvres. Montfort fait figure d’apôtre « marial ». C’est son originalité.
Originalité du Traité de la vraie dévotion
Avec son Traité, Montfort a popularisé la médiation universelle de toutes grâces de la sainte Vierge. Il a, en particulier, opté pour la thèse de la médiation qui intègre ce que l’on a appelé la « causalité instrumentale » de la Vierge Marie [32]. En 1947, le père Poupon O.P. a situé plus précisément l’apôtre marial dans la controverse théologique relative à ce sujet :
La médiation mariale se présente à lui comme une nécessité aussi rigoureuse, dans la perspective du plan actuel de Dieu, que l’avènement ou règne de Jésus dans les âmes. Aujourd’hui, le fait de la médiation est admis, [...] mais son mode d’exercice se trouve encore l’objet de controverses théologiques. Deux courants de pensée se font jour : l’un regarde la médiation mariale comme une intercession orante de la Vierge-Mère, qui obtient infailliblement de Dieu tout ce qu’elle sollicite ; l’autre la considère comme une intercession à la fois priante et agissante, particulièrement comme un influx personnel de Marie, subordonné à celui de son Fils, en chaque membre du Corps Mystique. Montfort s’intègre au second mouvement de la pensée théologique ; on peut même dire qu’il en est un des initiateurs les plus marquants [33].
Pour Montfort, Marie agit dans les âmes. Ceci est essentiel.
Il faut peut-être préciser ici que le mode d’action de la Vierge Marie dans sa médiation universelle de toutes grâces ne saurait se réduire à la causalité instrumentale de Marie. Il n’en reste pas moins vrai que cette causalité instrumentale est un des multiples modes d’actions que Dieu a conféré à la Vierge Marie dans l’exercice de sa médiation universelle, spécialement sa médiation « descendante », c’est-à-dire cet aspect de sa médiation qui concerne la distribution des grâces. Cette question théologique ne sera probablement jamais tranchée par le magistère de l’Église. Il semble néanmoins que la thèse montfortaine, conforme aux principes de la théologie thomiste, soit la plus conforme à l’expérience mystique des âmes mariales [34]. De ce fait, elle semble aussi la plus conforme au réel, et donc la plus vraie. Montfort en a été le propagateur populaire : c’est là son originalité la plus marquante. Sans la causalité instrumentale de la Vierge Marie dans sa médiation, le Traité de la vraie dévotion devient totalement incompréhensible [35].
C’est le lieu de noter aussi comment la consécration mariale montfortaine met en relief le dogme de la communion des saints puisqu’il s’agit de confier à la Vierge Marie, en particulier, la valeur surnaturelle communicable de nos bonnes actions en vue de la conversion des pécheurs, de la sanctification des âmes justes et du soulagement des âmes du purgatoire. L’acte de la consécration consiste donc à s’en remettre au bon vouloir divin pour l’application de la valeur surnaturelle de nos actions, et cela, par la médiation de Marie. Il y a, là encore, chez Montfort, une mise en valeur particulière d’un dogme essentiel de la foi catholique comme le faisait remarquer en son temps le père Garrigou-Lagrange :
Même les religieux qui auraient déjà fait les vœux solennels de pauvreté, chasteté et obéissance, peuvent évidemment faire cet acte, qui les introduira plus profondément dans le mystère de la communion des saints [36].
Après avoir présenté brièvement le Traité de la vraie dévotion, il reste à en établir l’autorité en recourant, d’une part, aux auteurs préconciliaires, d’autre part aux auteurs postconciliaires.
Autorité traditionnelle du Traité
Pour établir l’autorité du Traité de la vraie dévotion, plus qu’aux arguments de critique interne, il faut recourir aux arguments d’autorité, c’est-à-dire aux papes, évêques, théologiens et auteurs spirituels qui se sont exprimés sur le sujet. Avant le concile Vatican II, la renommée du père de Montfort était principalement fondée sur le Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge. Il est donc assez facile, pour cette période, de trouver des arguments se rapportant directement et principalement au Traité. Il n’en sera pas de même pour la période postconciliaire. La raison en sera donnée plus loin.
Les souverains pontifes
Les papes du siècle qui a précédé le concile Vatican II se sont tous intéressés à la dévotion mariale montfortaine.
Pie IX, peu après la découverte du Traité, disait que la dévotion mariale montfortaine était la meilleure forme de dévotion à la Sainte Vierge [37].
Léon XIII, qui a béatifié Montfort le 22 janvier 1888, affirmait qu’il devait au père de Montfort son zèle à propager le très saint Rosaire [38]. Il a attaché une indulgence plénière à l’acte de consécration à la Sainte Vierge du père Grignion. Il a rendu son âme à Dieu en renouvelant lui-même cette consécration à Marie et en invoquant le bienheureux [39].
Ces deux premiers papes avaient donc en grande estime la dévotion mariale montfortaine.
Saint Pie X a révélé, le 27 décembre 1908, que le Traité de la vraie dévotion avait été la principale source d’inspiration de sa lettre encyclique Ad diem illum du 2 février 1904 sur la sainte Vierge [40]. Le père Mura fait cette remarque :
Pie X surtout a mis dans un relief saisissant la doctrine de la médiation universelle de Marie et de sa maternité spirituelle dans sa belle encyclique Ad diem illum, qui n’est en substance qu’une transposition du livre de La vraie dévotion du bienheureux de Montfort : le saint pontife était d’ailleurs un admirateur fervent du célèbre petit traité... Aussi bien, trouve-t-on, dans cette encyclique mariale, non seulement les pensées les plus familières du grand serviteur de Marie, mais souvent même ses expressions [41].
C’est ce qui faisait dire à Georges Rigault que saint Pie X avait « conféré aux pensées et aux paroles de Montfort la souveraine autorité de son magistère [42]. » Le saint pape a, le même jour, donné une bénédiction spéciale en faveur des lecteurs du Traité de la vraie dévotion :
Accédant à vos prières, Nous recommandons fortement le Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge si admirablement composé par le bienheureux de Montfort et Nous accordons avec amour à ses lecteurs la bénédiction apostolique [43].
Cette bénédiction a eu un rôle déterminant dans la propagation du Saint Esclavage, car elle a mis fin à toute controverse au sujet du Traité, selon l’avis des pères montfortains, qui n’ont pas hésité à déclarer :
Il n’est plus, le temps où il fallait, à grands renforts d’érudition, défendre une pratique qui déplaisait parce qu’elle était méconnue. Aujourd’hui, elle se montre au monde revêtue d’une suprême approbation, et elle peut continuer sa trouée la tête haute et fière. Le pape a parlé si clair que tout catholique comprendra [44].
Benoît XV rappelle aux fils du père de Montfort leur vocation spéciale de propager le culte de Notre-Dame au moyen du Traité de la vraie dévotion, « livre petit par le volume, mais d’une si haute autorité et d’une si grande onction [45] », qu’ils ont pour mission d’exposer au peuple chrétien.
Pie XI, en 1930, a donné une bénédiction spéciale pour la traduction allemande qui venait compléter la série des traductions du Traité :
Le Saint-Père, y lisait-on, se plaît à espérer que croisse et se fortifie, avec l’amour de Marie et de son divin Fils, une dévotion à toute épreuve envers l’Église du Christ et son chef visible, en tous ceux que la Providence veut guider par les écrits, si riches des meilleurs fruits, du bienheureux [46].
Pie XII a canonisé le père Grignion le 20 juillet 1947. Selon le témoignage du père Hupperts SMM, le pape a donné à cette occasion un jugement important sur l’autorité de la doctrine mariale de Montfort :
Au cours des travaux préparatoires de la canonisation de Montfort et à l’occasion de cette canonisation elle-même, le pape Pie XII souligna à plusieurs reprises l’importance de la doctrine mariale de notre saint. Il le met sur le même pied que l’illustre docteur marial, saint Bernard, et le place au même rang que les Pères et les docteurs qui, de façon impérissable, ont attaché leur nom à la mariologie [47].
En parcourant les avis des papes d’avant le concile Vatican II, un constat important s’impose peu à peu, de plus en plus clairement : la dévotion mariale du Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, de par les approbations pontificales successives, est devenue ce que l’on pourrait appeler une « dévotion romaine ». La « romanité » du petit opuscule semble donc désormais bien établie.
Les évêques
Plusieurs évêques et cardinaux se sont faits les défenseurs et les promoteurs du père de Montfort, de sa doctrine mariale et de son Traité. Ce point est extrêmement important. En effet, les évêques forment, avec le pape, l’Église enseignante, et participent au magistère ordinaire universel. Voici les principaux témoignages.
Le cardinal Adolphe-Louis-Albert Perraud, évêque d’Autun, Chalon et Mâcon écrivait le 30 décembre 1900 :
Le bienheureux Louis-Marie Grignion de Montfort a très bien mis en relief les raisons très solides sur lesquelles reposent la confiance et la dévotion des âmes chrétiennes envers la Sainte Vierge [48].
Mgr Thomas, archevêque d’Ottawa, écrivait le 8 septembre 1907 aux Servantes de Jésus-Marie, qui étaient en train de publier une nouvelle édition du Traité de la vraie dévotion :
Je ne puis que bénir et encourager ce pieux dessein, si conforme à mon grand désir de voir se propager de plus en plus, ce merveilleux secret de sanctification des âmes [49].
Le cardinal Mercier, archevêque de Malines et primat de Belgique, fut l’un des plus grands promoteurs du père de Montfort et de sa dévotion au 20e siècle. Un fait historique mérite d’être rapporté :
A la séance solennelle de clôture de la Journée Mariale, célébrée à Anvers le 16 août 1924, [...] venu là malgré son état de souffrance, il déclarait à une assemblée nombreuse et distinguée, parmi laquelle on remarquait évêques, abbés mitrés, ministres d’état et autres dignitaires : « Je suis venu pour vous demander un service : c’est de vouloir pratiquer et répandre la vraie dévotion à la sainte Vierge, d’après le bienheureux Grignion de Montfort. » Ces paroles furent le prologue d’un discours magistral, ensuite remanié, approfondi, enrichi et publié sous forme de lettre pastorale au mois de novembre suivant [50].
Dans sa Prière pour obtenir du ciel la proclamation dogmatique de la médiation universelle de Marie et la canonisation de son grand apôtre, le bienheureux L.-M. Grignion de Montfort, le cardinal Mercier le surnomme : « l’illustre prédicateur et remarquable docteur de cette médiation [51] ». Il semble important de préciser qu’à cette époque, cette prière avait déjà recueilli les approbations de dix cardinaux et de plus de trois cents évêques. Montfort semblait, déjà à l’époque, avoir conquis un grand nombre de représentants du magistère ordinaire universel de l’Église catholique, ce qui n’est pas peu de chose.
A la même époque, et cela sans consultation aucune – le fait mérite d’être souligné – Mgr Gustave-Lazare Garnier, évêque de Luçon, dans sa lettre pastorale sur la médiation de Marie, du 11 mars 1922, exhortait en ces termes :
Puissent ces quelques lignes inspirer à toutes les personnes pieuses qui ne connaissent pas encore la vraie dévotion du bienheureux de Montfort le désir de lire ce petit livre [le Traité]. Mais qu’elles le lisent, comme il a été écrit, avec humilité et piété ; qu’elles le lisent lentement, avec réflexion ; et puis qu’elles mettent en pratique ce qu’il enseigne : elles en éprouveront beaucoup de joie et en retireront grand profit.
Et dans sa lettre pastorale du 22 février 1925, au chapitre des « Preuves tirées de la tradition » pour justifier la médiation universelle de Marie, l’évêque écrit : « Plus récemment [que saint Bernard], le bienheureux Grignion de Montfort a rendu cette doctrine populaire. » L’« Avertissement » de la lettre présente le saint esclavage d’amour enseigné par le bienheureux de Montfort, comme le « meilleur corollaire » de la médiation universelle de Marie et « le meilleur moyen de sauver sûrement et pleinement nos âmes [52] ».
Le cardinal Charost, quant à lui, appelle le bienheureux de Montfort : « le docteur admirablement pénétrant de la très sainte Vierge [53] ». Nouveau titre de gloire à l’auréole de notre saint marial et de son petit Traité.
Les congrès marials, habituellement sévèrement sanctionnés par les ordinaires des lieux, c’est-à-dire les évêques, trouvent ici leur place. Les congrès de Fribourg (1902), Rome (1904), Josselin (1905), Einsiedeln (1906), Saragosse (1908), Salzbourg (1910), Trèves (1912), Québec (1929), après avoir étudié le Traité de Montfort, émettaient le vœu que la dévotion qu’il expose fût propagée comme un excellent moyen de sanctifier les âmes. Le congrès de Barcelone (1916) fut même consacré en entier à la doctrine mariale montfortaine [54].
Il est à noter que presque tous ces congrès ont eu lieu sous le pontificat de saint Pie X qui s’était fait, lui-même, l’écho du Traité de la vraie dévotion dans son encyclique Ad diem illud de 1904.
Il faut enfin signaler une discrète exhortation de Mgr Marcel Lefebvre : « Nous lirons avec profit les livres de saint Louis-Marie Grignion de Montfort [55]... »
A la lecture de ces avis de princes de l’Église, une conclusion s’impose : l’enseignement du père de Montfort commençait à pénétrer tout doucement le magistère ordinaire universel. En effet, lorsque des autorités comme le cardinal Mercier ou Mgr Garnier enseignaient la médiation universelle de Marie, c’était explicitement « à l’école du bienheureux de Montfort » qu’ils le faisaient. Ce fait donne une singulière autorité à l’enseignement de l’apôtre marial tel qu’il se trouve dans le Traité de la vraie dévotion.
Les théologiens et les auteurs spirituels
En 1942, le R.P. Théophile Ronsin S.M.M., 15e successeur du père de Montfort, dans une Lettre circulaire [56], recense de nombreux avis autorisés. Il est possible de regrouper toutes ces autorités en trois classes : celles qui révèlent la perfection du Traité en lui-même ; celles qui affirment le caractère traditionnel de la doctrine mariale montfortaine ; celles qui manifestent son universalité vis-à-vis de toutes les âmes. La liste sera un peu longue, mais - et c’est heureux - elle permettra de fixer définitivement l’autorité du Traité de l’apôtre marial. Plusieurs cardinaux et évêques, dont les avis sont ici plus spécifiques, se retrouvent ici.
Sur la perfection et la puissance du Traité
Voici quelques avis sur la perfection intrinsèque du Traité de la vraie dévotion. Cet aspect viendra heureusement compléter la première partie de cette étude et confirmer le jugement du père Alphonse Bossard.
Le R.P. Nicolas O.P. dit : « Si l’on y persévère [dans la dévotion mariale montfortaine], elle peut conduire aux plus profondes, aux plus inespérées des grâces d’union à Dieu [57]. »
Le cardinal G. Van Rossum C.SS.R. trouve qu’« une force inouïe émane de ce livre, qui mène à la sainteté. Une première lecture superficielle ne suffit pas pour découvrir cette force [58] ».
Le cardinal G. Alimona donne cet avis coloré : « [Le père de Montfort] semblait être inspiré ; d’où ces passages ou pensées concises, dogmatiques et brûlantes que l’on rencontre dans ses livres, [dans lesquels] se trouvent ces sentiments de feu, ces élans de voyant [59]... »
Le chanoine E. Campana s’exprime ainsi : « Un vrai traité complet de mariologie... Dans un style chaud, mais doux et mesuré, il expose tout ce qu’un théologien consommé pourrait dire de mieux à l’égard de Marie, du point de vue soit dogmatique, soit ascétique et culturel [60]. »
Le R.P. Roschini, de l’Ordre des Servites, grand mariologue :
Si on faisait un référendum international sur la question ; quel est le plus beau livre sur la Madone, je suis sûr que la plus grande partie des réponses donneraient la préférence à ce petit livre... C’est un livret vraiment classique, une vraie petite Somme de théologie mariale... C’est un livret – répétons-le – supérieur à tout éloge, destiné à être le manuel de chaque vrai dévot de la très sainte Vierge Marie [61].
Le cardinal Vaughan ne cache pas son enthousiasme : « De tout côté vient la même expression de l’expérience, à savoir que [les écrits de Montfort] sont profonds et inépuisables ; qu’ils méritent d’être lus et relus ; qu’ils produisent des fruits durables dans l’âme [62]. »
Fausto Dom Mezza O.S.B. semble dépasser la mesure :
De saint Bernard à saint Alphonse de Liguori, tous les grands docteurs de la dévotion à Marie nous ont recommandé cette complète et absolue dévotion à son souverain domaine. Mais personne n’a su être plus incisif et profond que le bienheureux Grignion de Montfort dans son Traité de la vraie dévotion à la Vierge Marie [63].
Le père Rousset O.P. est plus concis : « Cette admirable dévotion est bien certainement la dévotion à la sainte Vierge la plus théologique, la plus profonde et la plus complète qu’il puisse être donné de pratiquer [64]. »
Le révérend père Th. Ronsin S.M.M. s’exprime également sur le sujet :
[Dans le Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge]... on retrouve une densité de pensées, une clarté d’exposition, un enchaînement d’idées, un souci d’orthodoxie, qui révèlent le théologien averti. L’ouvrage sorti de la plume de Montfort justifie l’appellation de somme mariale qu’on lui a décerné : il est à la fois un exposé doctrinal par les vérités dogmatiques qu’il contient ; un traité de spiritualité par ses considérations ascétiques et mystiques ; un manuel de piété par les pratiques, exercices et prières qu’il indique [65].
L’abbé Victor-Alain Berto, théologien personnel de Mgr Lefebvre au concile Vatican II [66], a fait sa consécration mariale montfortaine le 21 novembre 1923 à Rome [67]. A travers sa correspondance, il nous livre ses pensées au sujet de saint Louis-Marie Grignion de Montfort. En théologien marial, il recommande la lecture du Secret de Marie [68] :
Le bienheureux Grignion de Montfort avait raison de dire que la consécration à Marie en qualité d’esclave est la vraie dévotion à la sainte Vierge ; car elle est la seule qui tient pleinement compte de la place et de la fonction de la sainte Vierge dans l’ouvrage de la Rédemption [...] [69].
Et ailleurs :
Voilà un livre ! Un livret plutôt, il est très court, mais quelle pénétration du dessein de Dieu sur la Sainte Vierge [70] !
La revue La Vie Spirituelle résume tous ces avis en qualifiant le Traité de la vraie dévotion ainsi : « un petit chef-d’œuvre de spiritualité pure et claire [71]. »
Tous ces témoignages sont assez clairs en eux-mêmes : Montfort fait figure de grand théologien, non pas pour avoir écrit un traité exhaustif de mariologie en lui-même, mais pour avoir rédigé un traité de mariologie populaire d’une grande perfection.
Sur le caractère traditionnel du Traité
Les quelques citations qui suivent vont venir confirmer le jugement du père Bossard affirmant que le Traité de la vraie dévotion concorde, d’une manière générale, avec le magistère traditionnel de l’Église.
Le père A. Lhoumeau S.M.M. affirme :
Ce livre peut être regardé comme le fruit d’une maturité peu commune dans la science théologique et dans la sainteté. Son enseignement s’enracine dans les fondements du christianisme ; il s’avive aux sources de la tradition la plus ancienne et la plus pure, et, même pour ce qui le distingue, il se recommande de ce que le dogme ou l’ascétisme ont de plus autorisé [72].
Le cardinal Goma y Thomas pense que
Montfort est l’apôtre qui a systématisé la piété mariale qui porte son nom et rien de plus. Sa doctrine est catholique, dans toute l’extension du terme ; elle s’enracine dans la tradition et dans l’Écriture. Il n’a rien fait de plus que de la présenter sous une nouvelle lumière, en unissant harmonieusement les divers éléments qui la constituent, avec la force de la pensée du théologien et du saint que fut le bienheureux Grignion [73].
Mgr Th. Duhamel, archevêque d’Ottawa, témoigne : « Cette dévotion est le corollaire des vérités les plus fondamentales du christianisme [74]... »
Le père Mura, déjà cité, a écrit : « Cette doctrine de l’apôtre de Marie, si originale par sa forme attachante et pleine d’onction qu’il a su lui donner et par ses applications multiples qu’il en a faites à notre vie intérieure, se rattache [...] à ce qu’il y a de plus profond et de traditionnel dans le dogme chrétien [75]. »
Le R.P. Louis Le Crom, montfortain et biographe du père de Montfort, fait ce bel éloge : « Saint Louis-Marie de Montfort était l’enfant de l’Église catholique : c’est la doctrine traditionnelle qu’il s’efforce de communiquer aux âmes, sans aucune altération [76]. »
Le R.P. Théophile Ronsin S.M.M., longuement cité dans la préface de la Reproduction photographique du Traité, d’accord avec le père Le Crom, le confirme : « La doctrine sur laquelle repose la parfaite dévotion à Marie n’est pas nouvelle. Montfort s’est nourri de la doctrine des Pères : il recourt constamment à l’argument de tradition [77]. » Et il précise sa pensée :
Si des idées ont été empruntées par lui, il les a condensées, systématisées, décantées de considérations abstraites souvent étrangères au sujet : le tout sous une forme plus précise, plus claire, en un style limpide, coloré, vivant. Il lui revient ainsi d’avoir, mieux que ses devanciers, défini la parfaite dévotion à Marie et de l’avoir solidement établie sur les assises inébranlables de l’Écriture et de la Tradition [78].
Ces quelques avis confirment bien l’affirmation du père Bossard, établissent définitivement le caractère traditionnel du Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge et autorisent à lui donner le titre de « fidèle témoin de la tradition mariale catholique ».
Sur le caractère universel du Traité
Voici quelques arguments d’autorité pour justifier l’universalité du Traité de la vraie dévotion signalée par le père Alphonse Bossard. Ces témoignages sont aussi très éloquents.
Le père Faber, qui a traduit lui-même le Traité pour le diffuser en Angleterre, et qui a écrit une préface importante à cet effet, ramasse sa pensée dans ces quelques lignes :
[Saint Louis-Marie Grignion de Montfort a] écrit quelques traités spirituels qui exercent déjà une influence remarquable sur l’Église, et qui promettent d’en exercer une plus vaste encore dans les années à venir [79].
Le père A. Lehmkühl S.J., célèbre moraliste, a aussi son avis sur la question :
La pratique fidèle de cette dévotion [mariale montfortaine] est un moyen puissant, non seulement pour sauver son âme, mais aussi pour atteindre une perfection plus grande [80].
Le P. Dillenschneider, quoique rédemptoriste et fils spirituel de saint Alphonse de Liguori, l’auteur des Gloires de Marie, ne cache pas son admiration [81] :
Ce partisan de la sainte folie évangélique est l’auteur du plus sage, du plus ravissant opuscule marial qui se puisse lire, du Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge. [...] Il lui revient d’avoir défini, mieux que ses devanciers, la parfaite dévotion à Marie et d’en avoir réglé la pratique jusque dans les moindres détails [82].
Le père H.-M. Gebhart S.M.M., ancien Procureur général des Montfortains, juge le Traité ainsi :
Le Traité de la vraie dévotion à la Vierge Marie est, si on peut dire, un livre classique. Les simples et les savants l’ont choisi comme manuel et lui demandent la lumière pour leur méditation et la direction pour leur vie pratique [83].
Henri Bremond constate que, dans le Traité, « la dévotion des élites et la dévotion des foules se rencontrent ; elles se fondent l’une dans l’autre [84] ». Ce que le R.P. Ronsin commente ainsi :
Cette dualité d’aspect s’explique par le double caractère de son auteur : celui de théologien... et celui de missionnaire... C’est la raison de l’universelle plénitude de ce petit écrit qui satisfait à la fois les savants et les simples. Du trésor de ses recherches et de son expérience, le bienheureux a tiré à profusion : vérités dogmatiques, conseils spirituels, pratiques pieuses ; avant d’être écrites, ces pages brûlantes ont manifestement été vécues et mûries [85].
Ici encore, il faut constater une des qualités essentielles du Traité : il s’agit d’un écrit qui comporte une note d’universalité évidente et qui, à ce titre, peut convenir à toutes les âmes. C’est ce qu’ont constaté les témoins cités ci-dessus.
L’autorité du Traité après Vatican II
La question de l’autorité du Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge d’après les auteurs postconciliaires est plus délicate. Depuis le concile Vatican II, la « doctorisation » du père de Montfort est plus que jamais d’actualité. Il y a cependant un contexte nouveau dans ce projet dont la paternité revient au cardinal Mercier.
Le concile Vatican II a brisé le magnifique élan marial que les proclamations dogmatiques de l’Immaculée Conception en 1854 et de l’Assomption en 1950 avaient suscité en leur temps. A la veille du concile Vatican II, le dogme de la médiation universelle de la Vierge Marie était « définissable », comme le signale très justement un auteur carme des années cinquante :
De nos jours ce rôle [de la Sainte Vierge] est spécialement étudié sous le nom de médiation universelle. [...] C’est une de ces vérités implicitement contenues dans le trésor de la foi, et qui, par une lente évolution, s’acheminent vers une définition dogmatique, comme il arriva au siècle dernier pour l’Immaculée Conception [...]. Aujourd’hui la définition dogmatique de la médiation universelle de Marie est toute proche et n’attend qu’une occasion favorable. [...] On sait que ce mouvement fut lancé par le cardinal Mercier, qui proposa l’étude de cette doctrine au premier concile provincial de Malines et composa une prière pour demander, conjointement avec la définition du dogme, la canonisation du bienheureux de Montfort [86].
Cependant, la médiation mariale, au concile Vatican II a été perçue comme un obstacle majeur à l’œcuménisme conciliaire [87]. A ce sujet, Ralph Wiltgen, dans son ouvrage Le Rhin se jette dans le Tibre, rapporte la lutte acharnée qui fut menée par les théologiens modernistes du concile Vatican II :
Selon le P. Rahner, [...] le schéma tel qu’il était rédigé était une source de vives inquiétudes. [...] Si ce texte était adopté, affirmait-il, il en résulterait un mal inimaginable du point de vue œcuménique, tant en ce qui concernait les orientaux qu’en ce qui concernait les protestants. On ne pouvait assez souligner que tous les résultats acquis dans le domaine de l’œcuménisme grâce au Concile et en relation avec le Concile seraient réduits à rien par l’adoption du schéma. [...] Le point qu’il attaquait en particulier était l’enseignement du schéma sur la médiation de la très sainte Vierge Marie, et plus précisément le titre de médiatrice de toutes grâces qui lui était donné [88].
C’est pourquoi la définition de la médiation universelle de la Vierge Marie n’a pas eu lieu à l’occasion du Concile. Dans cette nouvelle perspective conciliaire, il n’est, bien entendu, plus envisageable de revendiquer pour Montfort le titre de docteur de la médiation universelle de Marie comme le réclamait le cardinal Mercier en son temps, avec, à sa suite, plus de trois cents évêques.
Depuis le Concile, il faut donc, de toute nécessité, que Montfort soit docteur de l’Église, mais à un autre titre, titre qui permettra de faire oublier sa spécificité trop mariale [89]. C’est la raison pour laquelle les avis qui vont suivre ne font pas forcément référence directe au Traité de la vraie dévotion, et ne permettront de traiter de son autorité que de manière implicite. Les avis postconciliaires se divisent en deux parties : les papes et les théologiens. Pour chaque auteur, un bref commentaire permettra de comprendre à chaque fois la perspective nouvelle adoptée depuis le Concile.
Le pape Jean-Paul II
Ce pape conciliaire s’il en est adopte une attitude assez curieuse et incompréhensible : la pastorale œcuménique de ce pape est scandaleuse pour les âmes et cette pastorale est absolument incompatible avec la vraie dévotion à la sainte Vierge enseignée par Montfort. Néanmoins, Jean-Paul II semble être le pape montfortain de l’histoire [90] : il affirme que le Traité a opéré une véritable transformation de sa piété mariale : il le porte continuellement sur lui [91] ; il choisit sa devise pontificale, Totus tuus, dans le texte du Traité [92] ; il est le seul pape à s’être rendu en pèlerinage au tombeau du saint, à Saint-Laurent-sur-Sèvre, en 1996 ; comme le père au grand chapelet, il se fait le champion du Rosaire : c’est sa prière préférée ; enfin il écrit une lettre apostolique pour le 160e anniversaire de la découverte du Traité de la vraie dévotion [93]. C’est lui, enfin, qui a introduit la messe de saint Louis-Marie au calendrier universel de l’Église. Son lien spirituel au père de Montfort est donc des plus explicites.
Dans son livre intitulé Ma vocation, don et mystère, Jean-Paul II affirme que le père de Montfort est un « théologien de classe » [94]. C’est que, depuis le début des années quatre-vingt, des experts postconciliaires travaillent à la doctorisation (sic) du père de Montfort. Les espérances d’obtenir le titre de docteur de l’Église pour le père Grignion ont été très vives jusqu’à ce que la congrégation pour la Cause des saints communique aux pères montfortains, le 2 août 2001, « une décision approuvée par le Saint-Père [Jean-Paul II à l’époque], que la Congrégation pour la doctrine de la foi [95] a signifiée à ce dicastère, au sujet de la concession du titre de docteur de l’Église à saint Louis-Marie Grignion de Montfort ». La réponse était clairement négative : « Le titre de docteur de l’Église ne peut lui être reconnu ». Le motif invoqué pour justifier cette réponse est le suivant : « Dans les écrits du saint, il y a des aspects unilatéraux qui compromettent l’équilibre de sa synthèse de la foi et, pour cette raison, à tout le moins actuellement, le titre de Docteur de l’Église ne peut lui être conféré [96]. » La clef de ce refus est tout entière dans les énigmatiques « aspects unilatéraux ».
Que dissimule cette expression ? Unilatéral signifie, selon le dictionnaire, « situé d’un seul côté », ou encore, « qui n’engage qu’une des parties contractantes ». Si nous considérons la décision dans son contexte œcuménique conciliaire de 2001, ces parties contractantes sont, bien entendu, les orthodoxes et, surtout, les protestants. Les premiers, schismatiques depuis des siècles, refusent les deux derniers dogmes définis par l’Église catholique, l’Immaculée Conception en 1854 et l’Assomption en 1950 ; les seconds acceptent de vénérer Marie, Mère de Jésus, mais refusent de la prier. Autant dire qu’ils refusent sa médiation universelle, qui est la clef de compréhension du Traité de la vraie dévotion. En clair, ces aspects unilatéraux reprochés à Montfort, sont précisément ces points de doctrine qui caractérisent le catholicisme en général, et la mariologie catholique en particulier, et qui ne pourront jamais être acceptés par les protestants et les orthodoxes. Le titre de docteur de l’Église n’est donc refusé au père de Montfort que pour motif de catholicisme caractérisé, considéré comme un obstacle à l’œcuménisme tel qu’il a été prôné par le concile Vatican II.
Cette lettre refusant le titre de docteur vient plutôt briser l’autorité du Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge que la conforter... Les hommes d’Église attendent donc, aujourd’hui, une relecture conciliaire du Traité pour concéder le titre réclamé. Dans sa Lettre aux familles montfortaines sur la doctrine mariale de leur saint fondateur, Jean-Paul II exhortait en ce sens : « C’est à la lumière du Concile que doit aujourd’hui être relue et interprétée la doctrine montfortaine [97]. » Ce souhait de Jean-Paul II, bien que chronologiquement situé avant le pontificat de Joseph Ratzinger, se trouve, dans l’ordre des idées, dans la droite ligne de « l’herméneutique de continuité et de réforme » promue par le pape Benoît XVI, laquelle est fausse et donc répréhensible, comme on le sait.
Le pape Benoît XVI
Benoît XVI ne semble pas avoir la prédilection de son prédécesseur pour le père de Montfort. Il faut rappeler ici qu’il est intervenu en tant que Préfet de la congrégation pour la Doctrine de la foi pour refuser le titre de docteur de l’Église à saint Louis-Marie. Il semble d’ailleurs qu’au début de son pontificat, il était franchement réticent à toute « doctorisation » en général. Il faut conclure de la lettre de la congrégation pour la Cause des saints que le pape Benoît XVI adhère à la thèse du « déséquilibre » de la synthèse doctrinale montfortaine. Cependant, dans un entretien du 1er février 2012, le père Santino Brembilla, supérieur de la Compagnie de Marie, à la question : Qu’en est-il du procès pour le doctorat de saint Louis-Marie ?, a répondu :
Ce parcours s’est un peu bloqué, mais Benoît XVI nous demande de continuer. Le père François-Marie Léthel, carme, qui a prêché une retraite de carême au pape et à la curie, a perçu qu’en écoutant ses méditations, Benoît XVI a eu un nouveau regard sur la personnalité de Montfort.
A la question : Que demande l’Église pour donner le titre de docteur de l’Église ?, le supérieur a répondu :
Il est très important de présenter toute la globalité de la spiritualité de Montfort et pas un seul aspect comme le font quelques mouvements, parfois avec des distorsions... Nous devons réaliser plus d’études et organiser des symposiums dans différentes parties du monde pour mettre en lumière comment Montfort continue d’influencer la spiritualité de l’Église [98].
Cette affirmation vient corroborer le jugement émis ci-dessus, mais il faut la reformuler pour en saisir toute la teneur : présenter le doctorat montfortain sous le seul aspect marial est une distorsion qui, précisément, crée le déséquilibre de la synthèse de la foi du saint ; c’est pourquoi il faut faire oublier le caractère trop marial de son œuvre en la faisant disparaître derrière l’ensemble de sa spiritualité. Encore une fois, une telle perspective est loin de mettre en valeur le Traité de la vraie dévotion et d’en établir l’autorité.
Les auteurs conciliaires
Aujourd’hui, beaucoup de monde s’intéresse à la cause du père de Montfort, non seulement des Montfortains, mais aussi des religieux carmes, dominicains, jésuites et capucins. Les quelques exemples qui suivent permettront de s’en convaincre. La perspective conciliaire reste toujours la même.
Le père Guitteny, montfortain, présente un cas à part. Ce montfortain a jeté le doute sur l’authenticité de l’Amour de la Sagesse éternelle, du Secret Admirable du Saint Rosaire, du Cahier de notes et du Livre des Sermons de saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Ces ouvrages seraient « des manuscrits dont il n’est pas l’auteur [99] ». Aurait-il été tenté d’écarter les éléments montfortains gênants vis-à-vis du concile Vatican II ? Le doute créé de toute pièce par le père Guitteny ne touche pas directement le Traité, mais il le touche indirectement. En effet, le manuscrit du Traité ne comporte pas de formule de consécration à la sainte Vierge, car le manuscrit est arrivé jusqu’à nous amputé de quelques feuillets, perte qui ne touche pas à l’intégrité du Traité. C’est pourquoi la formule de Consécration de soi-même à Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, a été empruntée à L’Amour de la Sagesse éternelle, autre écrit du père de Montfort qui, lui, a bel et bien été la cible principale des attaques du père Guitteny. Cette affaire concerne donc bien notre étude sur le Traité, en dépit des apparences. Inutile de dire que le père Guitteny, aujourd’hui défunt, avec sa théorie, a scandalisé toute sa congrégation [100] en tenant des thèses insoutenables et malheureusement cautionnées par la célèbre Nouvelle Revue Théologique [101] et la Nouvelle Revue d’Histoire de l’Église de France [102]. Monseigneur Huot S.M.M. a répondu à cette remise en question du père Guitteny dans un article de cinq pages intitulé : « La Mémoire montfortaine et les œuvres manuscrites de saint Louis-Marie Grignion de Montfort », d’après l’expertise graphique du docteur Paceri effectuée sur les manuscrits montfortains en 1986. Voici la conclusion du montfortain :
Que reste-t-il de l’article publié dans la Nouvelle Revue Théologique ? Scientifiquement : rien. Psychologiquement, [...] un soupçon [...] au sujet de la sincérité, de la franchise des Montfortains, [...] étonnement devant un tel mystère qu’un tel article ait pu se faire accepter et publier dans cette revue. [103]
Le père Alphonse Bossard a également répondu à son confrère dans une étude intitulée Laissons à Montfort ce qui est à Montfort. Il termine son travail par ces considérations :
Pour finir, je dirai simplement que je suis tout à fait d’accord avec les conclusions de Mgr Huot, et j’insisterai sur la dernière : comment un tel article a-t-il pu se faire accepter et publier par la Nouvelle Revue Théologique ? [104]
Malheureusement, l’intervention du père Guitteny, qui fait ici figure d’iconoclaste moderniste, ne pourra donc pas servir à établir l’autorité du Traité de la vraie dévotion.
William Considine, ancien supérieur général de la Compagnie de Marie, en 1994, prévient les souhaits de Jean-Paul II dans sa lettre pour le 160e anniversaire de la publication du Traité. Il prône une relecture conciliaire de son fondateur dans le Dictionnaire de spiritualité montfortaine : il faut « interpréter la pensée de Montfort et sa vision du monde à la lumière de la culture et de la théologie du nouveau millénaire [105] », donc de la théologie conciliaire. Cet ancien supérieur général, dans la droite ligne de Jean-Paul II, a très probablement aussi entrevu la difficulté de concilier les écrits de Montfort avec la doctrine conciliaire œcuménique.
Même perspective pour Stefano De Fiores, montfortain, dans la « Présentation » du même Dictionnaire dont il est le directeur. Ce montfortain fait appel à la méthode existentielle moderniste du cercle herméneutique pour actualiser la spiritualité de Montfort dans le contexte de la vie ecclésiale conciliaire [106].
Le père Hémery, montfortain, propose en 2002 une étude pour montrer – selon les termes de Battista Cortinovis, montfortain – « L’actualité de cet auteur spirituel dans les domaines de la vie et de la pastorale de l’Église de ce temps [107] ». L’expression « Église de ce temps » ne peut pas ne pas faire penser au document Gaudium et spes du concile Vatican II. Le thème principal en est l’aggiornamento, ou l’ouverture au monde. Mais quiconque ouvre les œuvres de Montfort pourra constater que cette idée est diamétralement opposée à l’enseignement du saint. Partout, il demande aux vrais dévots de combattre la chair, le démon et le monde [108]. Montfort demande, par exemple, à ceux et celles qui veulent se préparer à la Consécration de soi-même à Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, par les mains de Marie de passer « douze jours à se vider de l’esprit du monde contraire à celui de Jésus-Christ [109] ». Parmi les pratiques de sa parfaite dévotion, il fait cette recommandation : « Les fidèles serviteurs de Marie doivent beaucoup mépriser, haïr et fuir le monde corrompu, et se servir des pratiques de mépris du monde [110]... » Sans parler du traité complet sur le mépris du monde et ses pièges [111] que l’on trouve dans ses cantiques. Est-il possible d’être, en même temps, « montfortain » et « conciliaire » ? Voilà la vraie question.
Le père Gaffney, montfortain, prétend que « le nouveau millénaire est un appel à la nouvelle évangélisation à laquelle s’identifie particulièrement la spiritualité montfortaine [112] ». La doctrine montfortaine est-elle compatible avec la doctrine conciliaire ? On retrouve, chez ce dernier auteur, la même confusion problématique.
Le carme F.-M. Léthel s’intéresse aussi à la question : « La dévotion à Marie promeut la nouvelle évangélisation [113] » et encore : « Le nouveau millénaire est un appel à la nouvelle évangélisation à laquelle s’identifie particulièrement la spiritualité montfortaine [114]. » Même discours que le précédent : Montfort est utilisé au profit de la doctrine conciliaire.
Le père Battista Cortinovis, montfortain et postulateur de la « doctorisation » du père de Montfort, est auteur d’une étude sur La dimension ecclésiale de la spiritualité de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, dans laquelle il reproche à son saint patron « la faiblesse... de sa conception du mystère pascal, de son ecclésiologie [115] ». On retrouve ici une allusion aux grands thèmes néomodernistes issus du concile Vatican II : la messe comme mystère pascal et l’ecclésiologie conciliaire telle qu’elle a été définie par Jean-Paul II dans la Constitution apostolique Sacrae disciplinae leges du 25 janvier 1983 promulguant le nouveau code de Droit canon : l’Église est peuple de Dieu, communion, service et œcuménisme. Le couplet est différent, mais le refrain est le même : il faudra mettre la doctrine de Montfort au diapason de la doctrine conciliaire.
Jean Chabbert OFM, archevêque-évêque de Perpignan, écrit en 1986 :
Qui ne voit que la spiritualité mariale de Grignion de Montfort consonne étonnamment avec le concile Vatican II, [et que] la doctrine théologique de Grignion de Montfort se situe au sujet de la Vierge Marie dans la meilleure tradition de l’Église très heureusement mise en lumière par Vatican II [116].
Il y a ici une méprise. On présente généralement le concile Vatican II comme un grand « concile marial » sous prétexte qu’il a consacré un chapitre entier à la Vierge Marie dans le document Lumen gentium [117]. C’est ce que fait, par exemple, le père Etienne Richer en ces termes :
Le culte de la bienheureuse Vierge Marie dans l’Église n’a pas manqué de faire l’objet de la réflexion des évêques qui ont participé au deuxième concile œcuménique du Vatican. Un des plus beaux fruits de ce travail des Pères du concile se laisse découvrir au lecteur qui ouvre la chapitre VIII de la Constitution dogmatique sur l’Église Lumen gentium [118].
Mais ce que l’on ne rappelle jamais, c’est que les travaux préparatoires du Concile avaient bel et bien décidé de consacrer un document complet à la sainte Vierge et que tout a été fait pour diminuer la place qui devait être accordée à Marie, afin qu’elle ne devienne pas un obstacle à l’œcuménisme conciliaire. Il ne faut pas oublier que le Concile a voulu occulter le plus possible la médiation universelle de toutes grâces de Marie, c’est-à-dire le fondement même du Traité de la vraie dévotion [119]. Cette vérité historique est, aujourd’hui, toujours passée sous silence.
Enfin, le père Etienne Richer ose affirmer :
L’œuvre écrite de Louis-Marie Grignion de Montfort a marqué profondément non seulement la piété mais aussi la vision théologique du pape Jean-Paul II et de bien d’autres artisans du renouveau conciliaire [120].
Cet auteur semble encore adhérer à une thèse wojtylienne : « Jean-Paul II a précisément souligné à plusieurs reprises à quel point la mariologie montfortaine répond sans fausses notes aux exigences postconciliaires [121]. » Pourtant les exigences conciliaires consistaient bien à mettre en sourdine la piété mariale des catholiques pour ne pas gêner la pastorale œcuménique avec les protestants. Montfort, quant à lui, ne se gêne pas pour mettre au point des Méthodes pour convertir les hérétiques [122], c’est-à-dire les protestants, et non pour dialoguer avec eux et les laisser dans leurs erreurs.
Il ressort de la lecture des études faites par les auteurs postconciliaires que l’on cherche à tout prix à faire concorder l’enseignement du père de Montfort avec la doctrine conciliaire. Avant et après le Concile, ce n’est pas le même doctorat qui est recherché pour notre saint : avant le Concile, c’est un doctorat spécifiquement marial, appuyé sur la médiation universelle de Marie ; après le Concile, le doctorat est recherché dans toutes les autres directions, quelquefois au prix d’entorses graves à la doctrine traditionnelle. Ces entorses prennent deux directions : soit une édulcoration de la doctrine montfortaine, soit, ce qui est plus grave, une altération des vérités proches de la foi. Voici deux exemples pour donner une idée de ces déviations.
1.– Une étude du père Mucci S.J. [123] est significative dans le domaine de l’édulcoration de la doctrine montfortaine qu’opère une relecture conciliaire. Ce jésuite écrit, par exemple, au sujet de l’expression montfortaine saint esclavage [124] :
Notre sensibilité culturelle, elle-même éduquée [...] à la démocratie [...], rejette spontanément un mot qui évoque d’autres temps. [...] L’orientation des historiens de cette spiritualité qui sont portés à éviter cette formulation, en lui substituant une terminologie plus adaptée à la mentalité actuelle, nous semble très opportune. Le pape lui-même en a donné l’exemple [125] [...]. D’autres formulations sont pensables [...] qui ne trahissent pas la pensée profonde du saint et qui le placent dans la culture d’aujourd’hui [126].
La question est celle-ci : l’expression saint esclavage est-elle de rigueur dans la doctrine montfortaine [127] ? On ne trouve pas, chez les auteurs qui ont précédé le concile Vatican II, d’affirmation autorisant une telle mutation de la dénomination propre de cette dévotion. La raison en est simple : le saint esclavage implique une appartenance totale à Marie, supposant un transfert de propriété de tous nos biens personnels (corps et âme), temporels et spirituels, ce que l’on ne trouve pas forcément dans la simple servitude ou soumission. Voici ce que dit le père Poupon, dominicain :
Ils commettent une erreur, ils causent un dommage ceux qui prétendent en éliminer le vocable ; ils édulcorent sinon transforment la spiritualité du saint poète [Le père de Montfort] ; car on ne saurait faire subir un changement quelconque à la propriété d’une chose sans altérer la nature de cette chose [128].
Voici un deuxième avis sur la question :
Le mot fait broncher ; nos sensibilités se cabrent. Mieux vaudrait réfléchir. Certes, l’esclavage signifie le plus odieux des rapports humains ; il implique asservissement et contrainte. Esclavage est cependant le seul mot qui puisse désigner une dépendance absolue, et je d éfie quiconque d’en découvrir un autre. Or, parler d’un saint esclavage, c’est nommer un ensemble de relations où s’affirment une dépendance totale et où s’évanouit la contrainte... les disciples de saint Grignion de Montfort peuvent être sans inquiétude [129].
Le cas du père Mucci donc est typique de la défiguration qu’opère l’exégèse conciliaire des œuvres montfortaines.
2.– Le père Manteau-Bonamy OP, pourtant théologien réputé autrefois, présente un cas exemplaire de mise en péril de la doctrine catholique dans une étude qui tente, une fois de plus, de concilier l’inconciliable, c’est-à-dire la doctrine montfortaine avec la doctrine conciliaire. Dans une étude présentant le père de Montfort comme théologien de la Sagesse éternelle au seuil du troisième millénaire, le théologien se lance dans une dissertation dithyrambique dans laquelle il affirme que « c’est de l’Esprit en personne, leur commun Esprit, que le Père conçoit le Fils, le met en son sein [130] ». Or, tout le monde sait que c’est le Saint-Esprit qui procède du Père et du Fils, comme d’un seul principe, et non pas le Fils qui procède du Père et du Saint-Esprit, comme l’affirme notre auteur. Ce cas est particulièrement inquiétant, car l’erreur commise touche à une question théologique proche de la foi : la question des relations entre les trois personnes de la Sainte Trinité.
Pour confirmer, a contrario, ces égarements conciliaires, il est précieux de citer les bénédictins de Ramsgate, dans leur Dictionnaire hagiographique, dix mille saints, lesquels sont beaucoup plus lucides que les auteurs cités ci-dessus. A l’article Louis-Marie Grignion de Montfort, ils n’hésitent pas à affirmer que ses « considérations sur la sainte Vierge ne sont cependant guère compatibles avec l’enseignement du deuxième concile du Vatican [131] ». Cette affirmation a le mérite de révéler clairement la vraie nature des fameux « aspects unilatéraux ». Dans cette perspective, saint Louis-Marie Grignion de Montfort se pose en défenseur de la tradition catholique en général, et en défenseur de la médiation universelle de Marie en particulier, face au concile Vatican II dont l’esprit, en dépit des apparences, n’est pas traditionnel dans le domaine marial.
Affirmer que Montfort et Vatican II sont incompatibles, ne veut pas dire qu’il est impossible de trouver des points de concordance entre la doctrine mariale montfortaine et la doctrine mariale conciliaire. Mais cela veut dire : 1) que la doctrine montfortaine apostolique en général n’est pas compatible avec la doctrine œcuménique du concile Vatican II ; 2) que, pour faire concorder la doctrine mariale du père de Montfort avec la doctrine conciliaire prise comme un tout, il faudra édulcorer l’enseignement de notre saint ; 3) que la doctrine mariale du concile Vatican II minimise au maximum précisément le point de doctrine mariale que Montfort a le plus développé et qui fait son originalité : la médiation universelle de Marie. En fait, sur le fond, l’esprit « marial » du Concile et l’esprit marial de Montfort évoluent dans une direction diamétralement opposée. Montfort tient le principe traditionnel, De maria numquam satis, c’est-à-dire : « On n’a point encore assez loué, exalté, honoré, aimé et servi Marie. Elle mérite encore plus de louanges, de respects, d’amours et de services [132]. » Le Concile tient le point de vue œcuménique : il ne faut pas trop accorder à la sainte Vierge, car cela serait un obstacle à l’œcuménisme.
Il faut faire remarquer, en outre, que, le plus souvent, les auteurs actuels cherchent à démontrer comment la doctrine de Montfort correspond à l’enseignement du concile Vatican II. En témoigne, par exemple, l’affirmation contestée dans cette étude du père Richer, déjà citée : « Jean-Paul II a précisément souligné à plusieurs reprises à quel point la mariologie montfortaine répond sans fausses notes aux exigences postconciliaires [133]. » Il y a dans cette démarche théologique une inversion, un renversement, car la logique du théologien consiste généralement à montrer que l’enseignement actuel correspond à la tradition et n’en est que le développement homogène. Ainsi, à travers la nouvelle orientation prise depuis Vatican II dans la doctorisation en question, ces auteurs instrumentalisent le père de Montfort pour accréditer la doctrine conciliaire. Loin de chercher à donner de l’autorité aux écrits du père Grignion en général et à son Traité en particulier, ils cherchent, consciemment ou inconsciemment, à donner de l’autorité à l’enseignement conciliaire en se servant des écrits de notre saint. Voilà pourquoi Jean-Paul II émettait cette directive en son temps : « C’est à la lumière du Concile que doit aujourd’hui être relue et interprétée la doctrine montfortaine [134]. » Il faut même dire que, dans ce détournement, il leur est nécessaire de minimiser la doctrine mariale du Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge. Il est donc à souhaiter que saint Louis-Marie ne soit jamais docteur « de l’Église conciliaire », car alors Montfort ne serait plus Montfort.
Essai de synthèse
Place du père de Montfort dans l’histoire de la mariologie
Il faut, pour terminer, essayer de situer le Traité de la vraie dévotion dans l’histoire de la mariologie. Pour cela il est pratique de distinguer trois périodes : des Pères de l’Église à saint Bernard ; de saint Bernard à saint Louis-Marie Grignion de Montfort ; de saint Louis-Marie Grignion de Montfort à nos jours.
Jusqu’à saint Bernard
Depuis les Pères de l’Église tout converge vers saint Bernard. Saint Bernard fait la synthèse de toute la mariologie patristique. Après saint Bernard, toute mariologie trouvera un passage obligé chez celui que certains estiment être le dernier Père de l’Église d’Occident. Le père Aubron, jésuite, situe clairement la place qu’occupe le « Chantre de Marie » dans l’histoire de la mariologie :
En fait, plus personne désormais n’osera scruter le mystère de Marie sans prendre saint Bernard pour guide. Pour nous borner aux plus grands noms, qu’il nous suffise de citer : saint Albert le Grand, saint Bernardin de Sienne, saint Pierre Canisius, saint Laurent de Brindes, le bienheureux Louis-Marie Grignion de Montfort, saint Alphonse de Liguori [135].
Saint Bernard est donc le point de convergence des onze premiers siècles de la chrétienté.
Après saint Bernard
Après saint Bernard, au terme de cette étude et appuyé sur le jugement du pape Pie XII, qui met Montfort « sur le même pied que l’illustre docteur marial, saint Bernard, et le place au même rang que les Pères et les docteurs, qui, de façon impérissable, ont attaché leur nom à la mariologie [136] », il semble permis d’affirmer que toute la mariologie converge vers le père de Montfort. Une préface des éditeurs d’une ancienne édition du Traité témoigne en ce sens. Elle laisse entendre que le père de Montfort a, le premier, fait une véritable synthèse de mariologie :
Le Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge du bienheureux Grignion de Montfort n’est pas seulement un livre de piété, il est aussi un ouvrage dogmatique de grande valeur, un véritable traité populaire de théologie mariale. Avant l’apparition de ce précieux écrit, pour se faire une idée de l’ensemble des connaissances théologiques concernant la Mère de Dieu, il fallait parcourir les œuvres d’un grand nombre de docteurs ou d’écrivains ecclésiastiques, réunir de nombreux fragments épars. Pourtant les auteurs ou orateurs traitant de la dévotion à Marie ne faisaient pas défaut alors [137].
Quelques propos de la même préface jettent un bel éclaircissement sur les principes qui ont présidé à sa rédaction :
Le bienheureux avait reçu au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, une instruction théologique solide et profonde ; il la perfectionna par un travail opiniâtre, une méditation assidue et de nombreuses lectures des écrits des saints Pères. [...] A ces connaissances fondamentales, Dieu ajouta des lumières surnaturelles, fruits de l’oraison et d’une tendre dévotion à Marie. [...] L’abondance de ces lumières surnaturelles expliquerait, du moins pour une part, certains défauts de forme, bien secondaires à notre avis, que l’on remarque dans le Traité de la vraie dévotion. [...] La parole des saints peut d’ailleurs se passer de cette perfection humaine, Dieu donnant généralement, pour le bien des âmes, une efficacité toute spéciale. [...] Le bienheureux a composé ce livre dans un cours repos, entre deux missions, à la hâte, comme quelqu’un pressé de confier au papier un sujet dont l’abondance le déborde, afin de perpétuer la mémoire des innombrables prédications faites sur ce thème [138].
Ces deux citations présentent bien le Traité comme point de convergence depuis le grand saint Bernard, et on peut dire que Montfort a reçu mission divine de réaliser une nouvelle synthèse mariale pour l’Église.
Après le père de Montfort
En ce qui concerne le sort du Traité dans la vie de l’Église après la mort du père de Montfort, deux éminents dominicains méritent d’être cités.
Le père Garrigou-Lagrange trouve dans le Traité de la vraie dévotion « Une doctrine remarquable et devenue classique ». Au sujet de la Médiation de la Vierge Marie, il affirme que « le bienheureux Grignion de Montfort est un de ceux qui a le plus répandu cette doctrine en en montrant toutes les conséquences pratiques ». Et le père dominicain de préciser : « Depuis lors, c’est un enseignement commun des théologiens catholiques [139]. »
Le P. Bernard, quant à lui, formule un jugement audacieux :
Entre tous les grands spirituels des siècles derniers, le bienheureux Louis-Marie Grignion de Montfort est sans contredit celui qui a le plus contribué à imprimer parmi nous ce sentiment de notre dépendance envers la très sainte Vierge et de sa maternité à notre égard. Il parle du mystère de Marie à peu près comme d’autres à la suite de l’Apôtre parlent du mystère de Jésus. En l’écoutant publier avec tant de force et d’inspiration ce mystère qui lui tient à cœur, on croirait entendre encore saint Paul prêchant à la primitive Église l’insondable richesse contenue dans le Christ. [...] Le père de Montfort [...] semble dire que cette grâce lui a été accordée, à lui tard venu dans l’Église, de mettre en lumière pour tous l’économie du mystère de Marie et de prêcher à tous l’incompréhensible richesse qui est en elle. Une pensée l’obsède : manifester à quel point la Vierge est nôtre. Bien entendu, il n’innove rien, ni n’invente rien ; mais il veut nous faire prendre conscience de ce qui est. Il a écrit pour cela un Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge qui est devenu classique parmi les fidèles [140].
Ces deux avis suffiront pour se convaincre que le Traité de la vraie dévotion à Marie n’a pas fini sa carrière et restera définitivement un monument de la mariologie catholique. Saint Louis-Marie Grignion de Montfort est un grand théologien. Non qu’il ait écrit un traité complet, didactique, tel qu’on en utilise dans les séminaires pour la formation des séminaristes, mais parce qu’il a su, par son Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge, ramasser l’essentiel de toute la tradition pour le mettre à la portée du peuple chrétien. Son Traité, qui fait office de point de convergence de la tradition mariale, tient aussi le rôle de point de départ d’une vulgarisation généralisée dans l’Église catholique. Point crucial pour sa doctorisation future.
Conclusion
Le R.P. Théophile Ronsin écrivait au milieu du 20e siècle :
Tous ces jugements sont unanimes à reconnaître, dans la doctrine montfortaine, la solidité théologique, en même temps qu’une onction qui touche les âmes. [...] Le bienheureux ne s’est attaché qu’à des arguments solides et, s’il est parfois tributaire de ses devanciers, il l’est en éclectique, qui prend le meilleur et laisse choir ce que son sens théologique lui révèle périssable. Ses considérations doctrinales sont enracinées aux profondeurs du dogme et ses vues ascétiques et mystiques ont été puisées dans une expérience quotidienne des âmes. [...] C’est ce qui fait que le Traité a échappé aux morsures des ans et qu’il reste d’actualité, aujourd’hui comme au 18e siècle [141].
En cela, le père Ronsin rejoint le père Bossard.
Mais les éléments divers de la réflexion menée tout au long de cette étude permettent de tirer une conclusion : la valeur intrinsèque et l’universalité du Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge de saint Louis-Marie Grignion de Montfort viennent principalement de sa conformité à l’enseignement marial traditionnel de l’Église catholique romaine, et de ce que les papes ont assumé sa doctrine, par exemple, saint Pie X dans son encyclique Ad diem illud de 1904. C’est à cause de cette conformité traditionnelle que Montfort pourra être un jour déclaré docteur de l’Église, au titre de la médiation universelle de Marie. A contrario, c’est pour la même raison que le titre de docteur de l’Église conciliaire lui a été refusé. La raison du succès du Traité doit donc être recherché dans la tradition et non pas dans le magistère conciliaire actuel. En cela, cette étude se dissocie de l’avis du père Bossard. Le Traité, avec sa doctrine mariale, demeure d’actualité comme ce montfortain le laissait déjà entendre. Mais cette actualité n’a pas pour fondement la conformité avec l’enseignement du concile Vatican II.
Pour terminer, une sentence pourrait agréablement résumer toute l’autorité qu’il faut accorder au Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge de saint Louis-Marie Grignion de Montfort : ce qu’Aristote est à la philosophie, ce que saint Grégoire le Grand est au chant grégorien, ce que saint Thomas d’Aquin est à la théologie, ce que Palestrina est à la polyphonie, saint Louis-Marie Grignion de Montfort l’est à la véritable et parfaite dévotion mariale : il en est le maître incontesté comme l’a justement rappelé le père Ronsin : « C’est le privilège de Montfort d’avoir établi une liaison plus étroite entre la dévotion à Marie et la sanctification ; en cela il est vraiment chef de file et mérite d’être appelé, selon l’expression de Bremond, le maître par excellence de la dévotion mariale [142]. »
[1] — Le Bulletin de la Confrérie Marie Reine des Cœurs n° 88, d’avril 2012, publié par la Fraternité Saint-Pie X, est entièrement consacré à ce sujet. Le lecteur pourra s’y reporter utilement.
[2] — Le père de Montfort est né le 31 janvier 1673 et est mort le 28 avril 1716.
[3] — Spes, Paris, 1952, p. 62.
[4] — Dictionnaire de spiritualité montfortaine, Novalis, Ottawa, 1994. Article Traité de la vraie dévotion, par le père Alphonse Bossard, p. 1260-1261.
[5] — Les informations contenues dans ce paragraphe sont extraites de la préface rédigée par la Postulation montfortaine pour la publication de la Reproduction photographique du Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, en 1942, à l’occasion du centenaire de la découverte du manuscrit, le 22 avril 1842. Cette préface cite longuement une lettre circulaire du R.P. Th. Ronsin. Pages XI-XII.
[6] — Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, n° 60.
[7] — Ibidem, 60 et 90.
[8] — Ibidem, 91.
[9] — Ibidem, 60 à 120.
[10] — Ibidem, 120-273.
[11] — Ibidem, 120-134.
[12] — Ibidem, 134-213.
[13] — Ibidem, 213-226.
[14] — Ibidem, 226-266.
[15] — Ibidem, 266-273.
[16] — Ibidem, 116, 12° ; 120-125 ; 227-233. Texte de la consécration : Amour de la Sagesse éternelle, nos 223-227.
[17] — Ibidem, 225, 2e partie.
[18] — Ibidem, 121.
[19] — Montfort le dit également en VD 133. Son expression est : non plus ultra.
[20] — Il faut noter ici que ni Maximilien Kolbe ni le père Vallet ne détaillent explicitement les biens spirituels qui font l’objet de la consécration mariale et qu’il revient à saint Louis-Marie d’avoir réalisé cet approfondissement théologique.
[21] — Cardinal Mercier, La Sainte Vierge, pages choisies, présentées par M. l’abbé Auguste Demoulin, p. 94. Hors commerce. p. 100. Voir sur ce sujet : Bulletin de la Confrérie Marie Reine des Cœurs n° 20, de février 2006.
[22] — Il parle d’une « action héroïque et désintéressée » en VD 137.
[23] — Vers un ciel plus beau, Librairie mariale de Pontchâteau, 1958, p. 328-331.
[24] — Ceci est affirmé explicitement dans La vie spirituelle à l’école du Bx L.-M. Grignion de Montfort, par Antonin Lhoumeau s.m.m., Paris, Houdin, 1913, p. 247-249 et p. 251.
[25] — Traité, 115, 7° ; 257, et son commentaire en 258-265.
[26] — Ibidem, 259.
[27] — L’Amour de la Sagesse, 181-227.
[28] — A cet opuscule se rattachent les Méthodes pour réciter le Rosaire.
[29] — L’Amour de la Sagesse, 203.
[30] — Traité, 61.
[31] — Ibidem, 62.
[32] — Thèse mise en valeur par le R.P. Hugon dans le chapitre VI de La causalité instrumentale en théologie, Paris, 1907, p. 194 sq. Le père Hugon fait référence explicite à la doctrine montfortaine, p. 202-204.
[33] — R.P. Poupon OP., Le Poème de la parfaite consécration à Marie, Lyon, 1947, p. 172.
[34] — Marie de Sainte-Thérèse, L’union mystique à Marie, Les cahiers de la Vierge, n° 15, mai 1936, Éditions du Cerf. Lire aussi le traité « De la vie Marie-forme et mariale en Marie à cause de Marie » du père Michel de Saint-Augustin, inséré en appendice de l’ouvrage assez volumineux intitulé : Introduction à la vie intérieure, CEHS, Collection Grands Carmes, Éditions Parole et Silence, 2005, pp. 570-612. Le père Garrigou-Lagrange aborde cette question dans son livre La Mère du Sauveur et notre vie intérieure, 2° partie, chap. III, art. 2, et chap. VI, art. IV.
[35] — Sur ce sujet, lire l’étude complète intitulée Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, docteur de la médiation universelle ? par l’abbé Guy Castelain, dans Marie Médiatrice (actes du Colloque marial de Lyon 2006), Clovis, 2007, p. 125-190.
[36] — La Mère du Sauveur et son amour pour nous, Paris, Cerf, 1948, p. 317, note 1.
[37] — Revue Regina dei cuori, octobre 1923, p. 225. Reproduction photographique du Traité de la vraie dévotion, p. 29. Les citations qui suivent sont en grande partie tirées de la préface de la Reproduction photographique du Traité de la vraie dévotion.
[38] — Il a recommandé le Rosaire dans 22 documents dont 12 encycliques : jamais un pape n’a autant écrit sur un seul et même sujet.
[39] — Reproduction photographique, p. 29.
[40] — Récit complet de l’aveu du pape dans revue montfortaine Le Règne de Jésus par Marie, du 15 janvier 1909, volume VIII, n° 1, p. 3 à 7, et du 15 mars 1909, volume VIII, n° 3, p. 69 à 71. Sur ce sujet, consulter l’étude intitulée Saint Pie X, pape marial, par l’abbé Guy Castelain, dans Le Sel de la terre 49, été 2004, p. 101-137.
[41] — R.P. Mura, Le corps mystique du Christ, A. Blot, Paris, 1937, t. II, p. 132. Reproduction photographique, p. 26 et 27.
[42] — Georges Rigault, Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Éditions Les Traditions Françaises, Tourcoing, 1947, p. 195. Bien entendu, il ne s’agit pas d’une définition dogmatique, mais du magist ère ordinaire du pape.
[43] — Revue montfortaine Le Règne de Jésus par Marie, du 15 janvier 1909, volume VIII, n° 1, p. 6.
[44] — Le Règne de Jésus par Marie, 15 mars 1909, vol. VIII, n° 3, p. 69.
[45] — Lettre du 19 avril 1916. Reproduction photographique, p. 30. Recommandations pontificales placées au début du célèbre Livre d’Or. Réédition par les Éditions Saint-Rombault. Cette réédition contient L’Amour de la Sagesse éternelle et un appendice pour les Retraites mariales montfortaines (prêchées par la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X).
[46] — Reproduction photographique, p. 30.
[47] — J.M. Hupperts S.M.M., « Saint Louis-Marie de Montfort et sa spiritualité mariale », in Maria, Études sur la Sainte Vierge, sous la direction d’Hubert du Maunoir S.J. (professeur à l’Institut Catholique de Paris), Beauchêne, Paris, 1954, t. III, p. 258.
[48] — Cité par l’abbé A. Gonon, chapelain du Sacré-Cœur, dans son opuscule intitulé La vraie dévotion à Marie, courte étude théologique et mystique, Paray-Le-Monial, 1901, troisième appendice, p. 29.
[49] — Traité de la vraie dévotion... Nouvelle édition préparée par les soins des Servantes de Jésus-Marie, à Hull, P.Q. 1908, p. V.
[50] — Cardinal Mercier, La Médiation universelle de la très sainte Vierge et la vraie dévotion à Marie selon le Bx L.-M. Grignion de Montfort.
[51] — Prière composée par le cardinal Mercier, Couvent de Marie-Médiatrice, Louvain. Imprimatur du 12 juin 1925.
[52] — Lettre pastorale du 22 février 1925.
[53] — cité en note dans la Lettre pastorale du 22 février 1925 de Mgr Garnier, Preuves tirées de la tradition (note 1).
[54] — Reproduction photographique du Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, p. XXIV.
[55] — Itinéraire spirituel, p. 76, note 10. 2e édition, Tradiffusion, 1991.
[56] — Reprise en grande partie par la Postulation générale montfortaine (Reproduction photographique du Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, p. IX à XXXI). Toutes les citations, souvent retranscrites dans la langue d’origine de leurs auteurs, ont été traduites par les soins des pères dominicains du Couvent de La Haye-aux-Bonshommes d’Avrillé. Il faut noter, qu’à l’époque, on était moins scrupuleux qu’aujourd’hui dans le détail des références.
[57] — Reproduction photographique du Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, p. XV.
[58] — Lettre du 28 octobre 1971, aux Archives de la Procure générale montfortaine. Reproduction photographique du Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, p. XXV.
[59] — Reproduction photographique du Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, p. XXV.
[60] — Reproduction photographique, p. XXV.
[61] — Revue internationale Marianum, juillet 1940, p. 322. Reproduction photographique, p. XXVIII.
[62] — En 1937, Reproduction photographique, p. XXVIII.
[63] — Elevazioni ascetiche, 2e édition, 1941, pp. 22-23. Reproduction photographique, p. XXVIII.
[64] — Béatification, p. 160. Reproduction photographique, p. XXVIII.
[65] — Ronsin, Reproduction photographique, p. XII.
[66] — Notre Dame de Joie, Correspondance de l’abbé V.-A. Berto, prêtre (1900-1968), NEL, Paris, 1974. p. 41-42.
[67] — Notre Dame de Joie, p. 121.
[68] — Le Secret de Marie est une lettre écrite à une religieuse par saint Louis-Marie sur le thème du saint esclavage, lettre qui reprend, dans une forme plus concise et sous un plan un peu différent, la doctrine du Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge. Le jugement porté sur la doctrine du Secret de Marie peut donc s’appliquer, en toute rigueur, à celle du Traité de la vraie dévotion.
[69] — Notre Dame de Joie, lettre du 14 avril 1931, p. 74-75.
[70] — Notre Dame de Joie, lettre du 31 janvier 1938, p. 121.
[71] — Février 1938. cité in Reproduction photographique, p. XXVIII.
[72] — La Vie spirituelle à l’école du bienheureux de Montfort, Paris, H. Oudin, 1902. Préface p. 20-21 et p. 8. Reproduction photographique, p. XXIV.
[73] — Maria Madre y Señora. Fundamentos y valor de pietad de la santa esclavitud, préface, Barcellona, 1919. Reproduction photographique, p. XXIV.
[74] — Lettre pastorale érigeant la [première] Confrérie Marie Reine des Cœurs, 25 mars 1899. Reproduction photographique, p. XXV.
[75] — R.P. Mura, Le Corps mystique du Christ, Paris, Blot, 1937, t. II, p. 136. Reproduction photographique, p. XXVII.
[76] — R.P. Le Crom, Saint Louis-Marie Grignion de Monfort, Étampes, Clovis, 2003, p. 610.
[77] — Ronsin, Reproduction photographique, p. XII.
[78] — Ronsin, Reproduction photographique, p. XIII.
[79] — Préface de la traduction en anglais du Traité, le jour de la Présentation de Notre-Dame 1862, Burns & Lambert, London, 1863. Reproduction photographique, p. XXIII.
[80] — Stimmen aus Maria-Laach, 1892, Vol. XLIII, p. 442. Reproduction photographique, p. XXIV-XXV.
[81] — Dans son ouvrage La Mariologie de saint Alphonse, Fribourg, 1931, p. I., ch. VII.
[82] — Reproduction photographique, p. XXV.
[83] — Reproduction photographique, p. XXV.
[84] — Histoire littéraire du sentiment religieux en France, IX, chap. 3, p. 272.
[85] — Reproduction photographique, p. X.
[86] — P. Jean de Jésus-Hostie O.C.D., Notre-Dame de la montée du Carmel, Édition du Carmel, Tarascon, 1951, p. 19-20. Excellent livre de direction spirituelle mariale, dans l’esprit du Carmel en général et dans l’esprit du père de Montfort en particulier.
[87] — Relire le chapitre IX intitulé Le concile Vatican II, du livre Marie médiatrice, par le père François-Marie O.F.M. cap., Clovis, 2007, p. 237-261. Voir aussi les articles « Madonisme postconciliaire », Le Courrier de Rome Si si-no no de février 1997, p. 4-5, et « Vers le jubilé de l’an 2000, la campagne anti-mariale et ses précurseurs », d’avril 1999, p. 7.
[88] — Ralph Wiltgen, Le Rhin se jette dans le Tibre, traduction de l’américain revue et corrigée par l’auteur, Ed. du Cèdre, DMM, 1973, p. 90-91.
[89] — De fait Montfort est probablement apte à être docteur de l’Église pour l’ensemble de son œuvre. Mais il n’en reste pas moins vrai que le véritable doctorat qui le spécifie se situe dans la ligne mariale.
[90] — Voir Bertrand Lemaire, Grignion de Montfort & Jean-Paul II, une fraternité d’âme, Téqui, 2001. Ce livre repose sur une vue de l’esprit s’appuyant sur des aspects purement phénoménologiques de la vie des deux personnages.
[91] — Témoignage du R.P. Marcel Gendrot S.M.M., qui a connu personnellement le pape Jean-Paul II, à l’auteur de cette étude.
[92] — VD 233.
[93] — « Lettre du pape [du 8 décembre 2003] aux familles montfortaines sur la doctrine mariale de leur saint fondateur », L’Osservatore romano n° 3 du 20 janvier 2004 (édition française).
[94] — Jean-Paul II, Ma vocation, don et mystère, 1996, p. 42.
[95] — Le cardinal Ratzinger en était alors le préfet.
[96] — Lettre du 2 août 2001 de la congrégation pour les Causes des saints. Référence : Prot. N. 2289-5/00.
[97] — L’Osservatore Romano, n° 3 – 20 janvier 2004, p. 2 et 3.
[98] — Entretien du 1er février 2012, par José Antonio Varela Vidal, disponible sur Zenit.org.
[99] — La Nouvelle Revue de Théologie de janvier-mars 2003, p. 99-114, article intitulé : « La vraie spiritualité de saint Grignion de Montfort, De l’inauthenticité d’un traité de Besnard attribué à Grignion de Montfort ».
[100] — « Les Supérieurs des congrégations montfortaines ont été scandalisés de l’hypothèse (et de la conviction) de Guitteny », écrit le père Battista Cortinovis dans une lettre du 11 novembre 2003 adressée à l’auteur de cette étude.
[101] — Bernard Guitteny, S.M.M., « La vraie spiritualité de saint Grignion de Montfort. De l’inauthenticité d’un traité de Besnard attribué à Grignion de Montfort », Nouvelle Revue de Théologie, 125 (2003), p. 99-117.
[102] — Voir sur la question : n° 220 (tome 88) de janvier-juin 2002 ; n° 222 (tome 89) de janvier-juin 2003 ; n° 223 (tome 89) de juillet-décembre 2003 ; n° 227 (tome 91) de juillet-décembre 2005. L’auteur de cette étude ne souscrit pas à la totalité des thèses qui y sont contenues.
[103] — Étude datée du 25 février 2003, à Montréal. Le R.P. Gendrot, ancien supérieur général des Montfortains et artisan de la publication des œuvres complètes du saint en 1966, émet le jugement suivant sur l’étude de Mgr Huot : « Je suis d’accord avec lui sur ce qu’il écrit. C’est un homme de bon sens et un expert en la matière. » (Lettre du 1er juillet 2003).
[104] — Publiée dans Marianum 65, (2003), p. 289-303. Citation de la p. 303. Le père Bossard signale que le père Pérouas S.M.M. (Directeur honoraire de recherche au C.N.R.S.) a aussi contesté les thèses du père Guitteny. Dans une lettre qu’il nous a adressée, il a écrit : « B. Guitteny (que je connais depuis 1935) n’a aucune formation d’historien (licence, etc.). » (Lettre du 1er juin 2006).
[105] — William Considine, Dictionnaire de spiritualité montfortaine, Novalis, 1994. « Pour la sagesse de l’amour », p. 7.
[106] — Ibidem, « Présentation », p. 8 et 9. Cet auteur, par son vocabulaire, fait référence explicite au philosophe existentialiste Heidegger qui a influencé les théologiens allemands en général et Joseph Ratzinger en particulier.
[107] — Louis-Marie de Montfort, théologie spirituelle, Centre international montfortain, Rome 2002. Présentation de Battista Cortinovis S.M.M., p. 9. Livre regroupant quatre articles, respectivement de Patrick Gaffney S.M.M., François-Marie Léthel O.C.D., Alphonse Bossard S.M.M. et Jean Hémery S.M.M. Cet ouvrage est intéressant, mais la lecture de ces articles exige une solide formation théologique, une bonne connaissance de la crise conciliaire, et, pour certains passages, des réserves. A noter que le père Cortinovis est le postulateur de la cause « Montfort, docteur de l’Église ».
[108] — Par exemple : lettres 24 et 26, Œuvres complètes de saint Louis-Marie, p. 61.
[109] — VD 227.
[110] — VD 256.
[111] — Soit 17 cantiques pour stigmatiser le monde, ses pièges, ses axiomes et ses vanités.
[112] — Louis-Marie de Montfort, théologie spirituelle, p. 71.
[113] — Louis-Marie de Montfort, théologie spirituelle, p. 59.
[114] — Louis-Marie de Montfort, théologie spirituelle, p. 71. Il est possible que le carme veuille utiliser l’expression nouvelle évangélisation dans un sens traditionnel, mais cette formule est une expression conciliaire consacrée qui renferme officiellement la pastorale œcuménique conciliaire. Quand on connaît la doctrine du père de Montfort, stricto sensu, l’affirmation du carme est insoutenable.
[115] — Dimensione ecclesiale della spiritualità di san Luigi Maria Grignion de Montfort, Edizioni monfortane, Rome, 1998, p. 217. cité par le père Giandomenico Mucci S.J. dans une plaquette reprenant deux articles parus dans la Civiltà cattolica (du 16 janvier 2001 et du 3 février 2001), Téqui, Paris, 2001, p. 26, note 19.
[116] — Étude du R.P. Manteau-Bonamy, intitulée Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, théologien de la Sagesse éternelle au seuil du troisième millénaire, préface, p. 5 à 9. Citation p. 7. Éditions Saint-Paul, 1986.
[117] — Chapitre VIII : La bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, dans le mystère du Christ et de l’Église.
[118] — La pédagogie de sainteté de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Téqui, 2003, p.15.
[119] — Relire l’étude du R.P. François-Marie OFM cap. consacrée à ce sujet in Marie Médiatrice, op. cit.
[120] — La Pédagogie de sainteté de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Téqui, 2003, p. 17.
[121] — Père Etienne Richer, op. cit., p. 21.
[122] — Œuvres complètes de saint Louis-Marie, p. 1761-1772.
[123] — « Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, docteur de l’Église ? ». Article paru dans la Civiltà cattolica en 2001, présentation du père Marcel Gendrot, Téqui, Paris (sans date).
[124] — « Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, la doctrine christo-mariale », par G. Mucci S.J. La Civiltà cattolica, 3 février 2001.
[125] — Jean-Paul II, Lettre encyclique Redemptoris Mater, no 45 sq.
[126] — Le jésuite s’inspire du P. B. Cortinovis, Dimensione ecclesiale della spiritualità di san Luigi Maria de Montfort, Rome, Edizioni monfortane, 1998, p. 216 sq.
[127] — Bulletin de la Confrérie Marie Reine des Cœurs n° 3 (juillet-août 2004). Après une brève démonstration à partir de l’Écriture sainte et de la spiritualité traditionnelle, l’article répond clairement que cette expression est de rigueur.
[128] — R.P. Poupon OP, Le Poème de la parfaite consécration à Marie, Lyon, 1947, p. 337.
[129] — R.P. Robillard OP, Marie, Salut du Monde, p. 160 et 161. cité par Jacques Pagnoux, L’apôtre de la confiance en Marie, 1957, p. 88.
[130] — Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, théologien de la Sagesse éternelle au seuil du troisième millénaire, Éditions Saint-Paul, Paris-Fribourg, 1986, p. 37.
[131] — Dix mille saints, Dictionnaire hagiographique, rédigé par les Bénédictins de Ramsgate, Brépols, 1991, p. 316.
[132] — VD 10.
[133] — Père Etienne Richer, op. cit. p. 21.
[134] — L’Osservatore Romano, n° 3 – 20 janvier 2004, p. 2 et 3.
[135] — Les Cahiers de la Vierge n° 13-14, Aubron S.J., L’Œuvre mariale de saint Bernard, Avant-propos. Cerf, 1935.
[136] — J.M. Hupperts S.M.M., Saint Louis-Marie de Montfort et sa spiritualité mariale, in Maria, Études sur la Sainte Vierge, sous la direction d’Hubert du Maunoir S.J., professeur à l’Institut Catholique de Paris, Tome III, p. 258. Chez Beauchêne, Paris, 1954.
[137] — Traité de la vraie dévotion, nouvelle édition préparée par les soins des Servantes de Jésus-Marie, à Hull, P.Q. 1908, p. XIV.
[138] — Op. cit., p. XV-XVIII.
[139] — La Mère du Sauveur et notre vie intérieure, Éditions du Cerf, Paris, 1948, p. 203.
[140] — R.P. Bernard, Le Mystère de Marie, DDB, Paris, 1933, Introduction, p. 9-10. Reproduction photographique, p. XXVI.
[141] — P. Ronsin, Reproduction photographique, p. XXIX.
[142] — Bremond, Histoire du sentiment religieux en France, t. IX, p. 292. cité par le P. Ronsin, Reproduction photographique, p. XIV.
Informations
L'auteur
Membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), l'abbé Guy Castelain est un spécialiste de saint Louis-Marie Grignion de Montfort.
Le numéro

p. 60-90
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