Nouvelles de Rome
par Dominicus
Le passage de flambeau entre Benoît XVI et le nouveau pape s’effectue sans changement notable. L’Église conciliaire marche avec une remarquable continuité dans le chemin tracé par le Concile.
Le Sel de la terre.
Vers la « béatification » de Paul VI [1]
Après les « béatifications » de Jean XXIII et de Jean-Paul II, l’Église conciliaire s’apprête à « béatifier » un troisième pape conciliaire, Paul VI.
Le 10 décembre 2012, les cardinaux de la congrégation pour les Causes des saints ont approuvé à l’unanimité la documentation rassemblée pour le procès de béatification du pape de la nouvelle messe, et ils ont reconnu le caractère « héroïque » de ses vertus. Le 20 décembre, le pape Benoît XVI a approuvé ce décret.
Il ne reste plus qu’à trouver un « miracle ». Cela ne devrait pas être trop difficile, vu la manière dont l’Église conciliaire juge les miracles. On parle d’un cas de grossesse difficile qui a conduit les médecins à conseiller l’avortement. Mais, demandant la prière du défunt pape Paul VI, la jeune maman a décidé de mener à bien sa grossesse. Elle a attendu que son enfant ait 15 ans pour parler de miracle (ce qui semble indiquer que le « miracle » n’était pas si évident).
Le pape Paul VI est le pape qui a promulgué tous les textes du Concile, notamment : Gaudium et spes, un contre-Syllabus au dire du cardinal Ratzinger ; Dignitatis humanæ, qui enseigne le droit à la liberté religieuse, droit blasphématoire selon Mgr Lefebvre (29 juillet 1976) car c’est prêter à Dieu des intentions qui détruisent sa majesté, sa gloire, sa royauté ; Unitatis redintegratio sur l’œcuménisme, qui détruit – autant qu’il est en lui – le dogme « Hors de l’Église pas de salut » en admettant que des communautés schismatiques ou hérétiques peuvent servir de moyen de salut, et Nostra ætate sur le dialogue interreligieux, qui a ouvert la porte aux réunions interreligieuses d’Assise qui sont contraires au premier commandement de Dieu et au premier article du Credo.
Le pape Paul VI est encore celui qui a promulgué la « messe de Paul VI » (inventée par le Concilium et qui favorise l’hérésie protestante et est grandement responsable de l’apostasie des nations chrétiennes). Au moyen de cette nouvelle messe, il a tenté de supprimer la messe de toujours par des procédés violents [2], sans aucun respect pour le droit ni pour les mérites acquis par de vénérables prêtres qu’il a fait chasser de leur poste.
Il est encore celui qui a essayé de dissoudre la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X fondée par Mgr Lefebvre (auquel il infligera des sanctions pour n’avoir pas voulu se soumettre à cet ordre injuste).
Pour ces raisons, et pour d’autres encore, loin de mériter d’être « béatifié », il mériterait d’être solennellement condamné, comme le fut le pape Honorius (625-638) par le troisième concile de Constantinople (680-681) :
Après avoir examiné les lettres [écrites par Serge et par Honorius] […], et après avoir trouvé qu’elles contredisent totalement les enseignements apostoliques et les commandements des saints conciles et de tous les saints Pères reconnus, et qu’elles suivent bien plutôt les fausses doctrines des hérétiques, nous les rejetons totalement et nous les abominons comme dommageables pour les âmes. (DS 550.) Nous sommes d’avis de bannir aussi de la sainte Église de Dieu Honorius, jadis pape de l’ancienne Rome, et de le frapper d’anathème, parce que nous avons trouvé dans la lettre écrite par lui à Serge qu’il a suivi en tout l’opinion de celui-ci et qu’il a confirmé ses enseignements impies. (DS 552.)
Le pape Léon II (682-683) approuva ce concile, en modifiant toutefois quelque peu la condamnation d’Honorius :
Et de la même manière Nous anathématisons les inventeurs de la nouvelle erreur [Théodore, Serge, Pyrrhus], de même aussi qu’Honorius qui n’a pas purifié cette Église apostolique par l’enseignement de la tradition apostolique, mais a tenté de subvertir la foi immaculée en une trahison impie (texte grec : a permis que l’Église immaculée soit souillée par une trahison impie). (DS 563.)
La liberté religieuse, encore et toujours
Parmi les derniers actes du pape « sortant », il y a l’affirmation renouvelée et aggravée du « droit » à la liberté religieuse. Benoît XVI, en effet, a rédigé un message pour la célébration de la journée mondiale de la paix en date du 1er janvier 2013. Dans ce texte, il affirme que la liberté religieuse n’est pas un simple droit négatif (droit de ne pas être empêché), mais un droit positif (droit de propager sa religion) ; que la liberté religieuse est au fondement de l’ordre moral (« l’ethos ») et de « l’ordre social juste » ; qu’elle se définit comme « le droit de professer et de manifester individuellement ou de manière communautaire, sa religion ou sa foi, aussi bien en public qu’en privé, dans l’enseignement et dans la pratique, dans les publications, dans le culte et dans l’observance des rites » ; qu’elle bénéficie du « même status que le droit à la vie et à la liberté personnelle », car ils appartiennent au « noyau essentiel des droits de l’homme » qui sont défendus par la réglementation internationale, et notamment par la Déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948. Remarquons enfin que le pape ne parle pas des « limites » de cette liberté religieuse qui sont censées la justifier.
Malgré toutes les tentatives de justification de la déclaration Dignitatis humanæ, venant de Rome ou des ralliés, nous voyons clairement que la liberté religieuse promue par l’Église conciliaire est bien celle qui a été condamnée par l’Église aux 19e et 20e siècles.
Parmi les droits fondamentaux, concernant aussi la vie pacifique des peuples, il y a également celui des particuliers et des communautés à la liberté religieuse. En ce moment de l’histoire, il devient de plus en plus important qu’un tel droit soit promu non seulement du point de vue négatif, comme liberté face à – par exemple des obligations ou des restrictions relatives à la liberté de choisir sa propre religion –, mais aussi du point de vue positif, en ses différentes articulations, comme liberté de : par exemple de témoigner de sa propre religion, d’annoncer et de communiquer ses enseignements ; d’accomplir des activités éducatives, de bienfaisance et d’assistance qui permettent d’appliquer les préceptes religieux ; d’exister et d’agir en tant qu’organismes sociaux, structurés selon les principes doctrinaux et les fins institutionnelles qui leur sont propres. […] C’est un bien essentiel : toute personne doit pouvoir exercer librement le droit de professer et de manifester individuellement ou de manière communautaire, sa religion ou sa foi, aussi bien en public qu’en privé, dans l’enseignement et dans la pratique, dans les publications, dans le culte et dans l’observance des rites. […] La réglementation internationale reconnaît ainsi aux droits de nature religieuse le même status que le droit à la vie et à la liberté personnelle, car ils appartiennent au noyau essentiel des droits de l’homme, à ces droits universels et naturels que la loi humaine ne peut jamais nier. […] Sans cette expérience originelle, orienter les sociétés vers des principes éthiques universels s’avère pénible et il devient difficile de mettre en place des règlements nationaux et internationaux où les droits et les libertés fondamentaux peuvent être pleinement reconnus et mis en œuvre comme se le proposent les objectifs – malheureusement encore négligés ou contredits – de la Déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948.
Les premiers actes du nouveau pape
— La première lettre
Le nouveau pape a été élu le 13 mars au soir. Il a trouvé le temps, en cette même soirée, d’écrire sa première lettre en tant que pape… au grand rabbin de Rome :
Très estimé Monsieur, Professeur Riccardo Di Segni, Grand Rabbin de Rome, Le jour de mon élection comme Évêque de Rome et pasteur universel de l’Église Catholique, je vous adresse mes salutations cordiales, en vous annonçant que l’inauguration solennelle de mon pontificat aura lieu le mardi 19 mars. Confiant dans la protection du Très-Haut, je souhaite vivement pouvoir contribuer au progrès que les relations entre juifs et catholiques ont connu depuis le concile Vatican II, dans un esprit de collaboration renouvelée et au service d’un monde qui puisse être toujours plus en harmonie avec la volonté du Créateur. Du Vatican, le 13 mars 2013, Pape François [3].
— La première messe
Le lendemain, il célébrait sa première messe en tant que pape. Voici les commentaires d’un journaliste de tendance « ralliée » :
En moins de 24 heures, le nouveau pape aura multiplié les gestes de rupture. Les derniers en date : lors de sa première messe, à la chapelle Sixtine. Dans des ornements moches dignes des pires évêques français. On se souvient de Benoît XVI faisant enlever le faux autel de la messe « face au peuple » et célébrant la messe ad orientem sur le maître autel. Le nouveau pape a fait réinstaller le faux autel pour célébrer dos à Dieu. Il n’a pas chanté la préface. Il ne chante d’ailleurs rien. Une perte de temps, sans doute. Pire encore, il ne fait pas de génuflexion après la consécration, alors que c’est évidemment obligatoire, même dans le missel de Paul VI. En fait, il fait tout comme chez nous… Nos évêques vont trouver que la nouvelle liturgie pontificale est excellente… [Yves Daoudal, 14 mars 2013.]
— Le premier angélus
Le pape François a célébré son premier angélus le 17 mars. Devant quelque 300 000 visiteurs, il a fait l’éloge d’un des pires cardinaux, sinon le pire :
Ces jours-ci, j’ai pu lire un livre d’un cardinal – le cardinal Kasper, un théologien très bien, un bon théologien – sur la miséricorde. Ce livre m’a fait tant de bien, mais ne croyez pas que je fais de la publicité pour les livres de mes cardinaux ! Ce n’est pas cela ! Il m’a fait tant de bien, tant de bien…
Témoignage de l’abbé Bouchacourt [4](supérieur du district d’Amérique du Sud de la Fraternité Saint-Pie X)
Le cardinal Bergoglio veut être un pauvre parmi les pauvres. Il cultive une humilité militante, mais qui peut se montrer humiliante pour l’Église. Son apparition à la loggia de Saint-Pierre en simple soutane sans son rochet et sa mozette de pape en est la parfaite illustration. C’est un fin politique… Apôtre idéaliste de la pauvreté des années 70, il est tout entier tourné vers le peuple, les pauvres, sans pour autant être un disciple de la théologie de la libération. Très conscient de l’état de délabrement de son clergé, il n’a rien fait pour arranger les choses. Jamais le séminaire de Buenos-Aires n’a eu aussi peu de séminaristes qu’aujourd’hui. C’est un désastre comme ont été un désastre les liturgies présidées par le « cardinal des pauvres ». Avec lui, nous risquons de revoir les messes du pontificat de Paul VI, bien loin des efforts de Benoît XVI pour remettre en honneur des cérémonies liturgiques plus dignes. Il s’opposa assez fermement à l’avortement. Mais s’il écrivit une belle lettre aux carmélites de Buenos-Aires contre le projet de « mariage » homosexuel – qui pour finir a été malheureusement voté –, il fit lire un discours lamentable lors de la manifestation d’opposition contre ce projet, dans lequel le nom de Notre-Seigneur ne fut pas prononcé une seule fois, alors que le pasteur évangéliste qui le précéda pour haranguer la foule fit un discours plus courageux… (voir DICI n°219 du 24/07/10) Au cours d’une réunion œcuménique il s’agenouilla pour recevoir la bénédiction de deux pasteurs. C’est un homme de consensus, qui a horreur des affrontements. Il se désolidarisa des catholiques qui dénoncèrent des expositions blasphématoires qui ont eu lieu à Buenos-Aires. Je l’ai rencontré 5 ou 6 fois et il m’a toujours reçu avec bienveillance, cherchant à m’accorder ce que je demandais, sans se démener en cas d’obstacle…
Le dialogue interreligieux contre la mission
Dès le début de son pontificat, le nouveau pape François a manifesté de manière très claire et avec une hâte impressionnante sa résolution de placer le dialogue interreligieux parmi les priorités de sa politique.
Le soir même de son élection, nous l’avons signalé, il trouvait le temps d’écrire sa première lettre en tant que pape au grand rabbin de Rome, le Professeur Riccardo Di Segni, l’invitant à la messe d’inauguration de son pontificat (19 mars), où les juifs côtoyèrent les protestants, les orthodoxes et les musulmans.
Le 20 mars, le pape François recevait en audience tous ces « représentants religieux ». Parmi eux on notait la présence d’Oded Wiener, représentant du grand rabbinat d’Israël ; du rabbin David Rosen, directeur du département pour les questions interreligieuses de l’American Jewish Committee ; et du grand rabbin de Rome, avec qui le pape François s’est entretenu longuement « avec une certaine complicité ». Il leur a dit :
Je désire vous assurer, dans le sillage de mes prédécesseurs, de ma ferme volonté de poursuivre sur le chemin du dialogue œcuménique. [...] L’Église catholique a conscience de l’importance de la promotion de l’amitié et du respect entre les hommes et les femmes de différentes traditions religieuses. Cela est attesté aussi par le précieux travail du conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux [5].
Le 22 mars, il déclarait au corps diplomatique :
Il est important d’intensifier le dialogue entre les différentes religions, je pense surtout au dialogue avec l’islam, et j’ai beaucoup apprécié la présence, durant la messe du début de mon ministère, de nombreuses autorités civiles et religieuses du monde islamique [6].
Le 25 mars, il adressait un message à la communauté juive de Rome s’apprêtant à fêter la Pessah (passage de la Mer Rouge : Pâque juive) :
Que le Tout-puissant, qui a libéré son peuple de l’esclavage en Égypte pour le guider vers la Terre promise, continue à vous libérer de tout mal et à vous accompagner de sa bénédiction [7].
Ce message est particulièrement odieux, car il est daté du 25 mars, date de l’incarnation du Fils de Dieu, celui par qui nous vient toute bénédiction. Comment prétendre que le Tout-puissant puisse « continuer d’accompagner de sa bénédiction » ceux qui refusent de reconnaître la source de la bénédiction ?
Le Jeudi Saint 28 mars, il a célébré la Messe Vespérale non pas à Saint-Jean de Latran selon la coutume mais dans une prison d’adolescents à Rome. Alors que le missel romain prévoit que dans cette cérémonie seuls des hommes bénéficient du lavement des pieds, il a lavé et baisé les pieds de deux femmes (comme il l’avait déjà fait en tant que cardinal, notamment à la maternité Sarda de Buenos Aires en 2005).
L’une était italienne catholique et l’autre serbe musulmane. Il a déclaré faire « un signe qui est une caresse de Jésus », soulignant : « Je le fais avec amour, pour moi qui suis évêque et prêtre, c’est un devoir. » Outre l’incongruité pour un pape de laver des pieds de femmes, ce geste n’a pas de sens puisqu’il est censé reproduire le geste de Notre-Seigneur lavant les pieds de ses Apôtres. Notons aussi le mélange des religions au cours même de la liturgie de la messe.
Cette attitude très œcuménique du nouveau pape est bien en continuité de son action en tant que cardinal.
Activités œcuméniques du cardinal Bergoglio
En Argentine, il a travaillé avec le Parlement des Religions Unies (PRU), organisme inspiré par la franc-maçonnerie, syndiquant les fausses religions dans la pluralité et la fraternité, prétendant mettre sur le même plan le catholicisme et les fausses religions.
En juin 2006, le cardinal Bergoglio s’est mis à genoux pour recevoir la « bénédiction » de quelque vingt pasteurs protestants présents lors de la troisième rencontre de la « Communion renouvelée des Évangéliques et Catholiques », qui a eu lieu dans le stade Luna Park à Buenos Aires. Était présent également le prédicateur de Benoît XVI, le père Cantalamessa capucin.
Le cardinal Bergoglio a participé à la commémoration de la Nuit de Cristal, le 12 novembre 2012, à la cathédrale métropolitaine de Buenos-Aires. En face de lui six cierges ont été allumées à la mémoire des « six millions » de juifs tués lors de la Shoa. La célébration de la Pâque juive dans la Basilique de San Francisco en 2009 avait aussi bénéficié de son appui.
En décembre 2012, coiffé de la kippa juive, il a célébré dans une synagogue la fête de Hanoucca commémorant l’inauguration de l’autel des offrandes dans le second Temple de Jérusalem. Elle symbolise la résistance spirituelle du judaïsme à l’assimilation grecque.
Il a participé à des offices de seli’hot (hébreu : סליחות « pardons » : au sens large, offices de prière et, au sens restreint, pièces liturgiques juives implorant la clémence divine pour les fautes commises par les enfants d’Israël).
Ils se sont félicités de son élection
Don Sarda y Salvany nous dit au chapitre 34 de son maître livre Le Libéralisme est un péché que la réaction des libéraux est utile nous aider à juger quelque chose de nouveau :
Il est évident que le libéralisme, ou le diable son inspirateur, distinguent sur-le-champ ce qui leur est dommageable ou leur est utile, et qu’ils ne sont pas si sots que d’aider à ce qui leur est opposé ou de s’opposer à ce qui favorise leurs desseins. Les partis et les sectes ont un instinct, une intuition particulière (olfactus mentis), selon l’expression d’un philosophe, qui leur révèle a priori ce qui leur est bon et ce qui leur est hostile. Défiez-vous donc de tout ce que les libéraux louent et vantent.
Cette remarque, mutatis mutandis, peut s’appliquer au nouveau pape. Dès son élection, il a reçu de nombreux messages de félicitations. Signalons en quelques-uns :
— Les musulmans
Les responsables de la communauté islamique de Buenos-Aires ont accueilli avec enthousiasme la nouvelle de l’élection du cardinal Bergoglio comme pape, notant qu’« il s’est toujours présenté comme un ami de la communauté islamique », et en faveur du dialogue.
Ils ont rappelé sa réaction à l’incident survenu à l’occasion du discours de Ratisbonne (12 septembre 2006), lorsque Benoît XVI a cité un document médiéval expliquant que Mahomet avait apporté « seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l’épée la foi qu’il prêchait ». Selon eux, le cardinal Bergoglio a pris immédiatement ses distances avec la citation, faisant remarquer que des affirmations qui provoquent l’indignation dans la communauté islamique « ne serviront qu’à détruire en 20 secondes la relation avec l’islam que le pape Jean-Paul II a patiemment construite au cours des 20 dernières années ».
Le cardinal Bergoglio a visité une mosquée et une école islamique en Argentine, des visites que le Cheik Mohsen Ali, directeur de la Diffusion de l’Islam, a qualifiées d’actions renforçant la relation entre les communautés catholique et islamique. Le Dr. Sumer Noufouri, secrétaire général du Centre islamique de la République argentine (CIRA), a ajouté que pour la communauté islamique, l’élection du cardinal Bergoglio comme pape, en raison de ses actions passées, est une cause de joie et d’espoir de renforcement du dialogue entre les religions. Noufouri a dit que la relation suivie entre le CIRA et le cardinal Bergoglio pendant une dizaine d’années avait aidé à construire un dialogue islamo-chrétien d’une façon réellement significative dans l’histoire des relations entre les religions monothéistes en Argentine.
Ahmed el-Tayeb, Grand Imam d’Al-Azhar et président de l’Université Al-Azhar en Egypte, a envoyé ses félicitations après l’élection du pape. Al-Tayeb avait « interrompu les relations avec le Vatican » pendant le pontificat de Benoît XVI, si bien que sa déclaration a été interprétée comme un « signe d’ouverture » pour l’avenir. Cependant, son message de félicitations indiquait également que l’« islam demande à être respecté par le souverain pontife ».
Un éditorial du journal d’Arabie saoudite Saudi Gazette a chaleureusement accueilli l’appel du pape à davantage de dialogue interreligieux, faisant remarquer que « si le pape ne faisait que réitérer une position qu’il a toujours défendue », son appel public en tant que pape à un dialogue accru avec l’islam « arrive comme une bouffée d’air frais à une époque où une grande partie du monde occidental connaît une violente montée d’islamophobie ».
— Les évangéliques
Le lendemain de l’élection du pape François, George Weigel (qui a longuement rencontré le cardinal Bergoglio au moment où il préparait son livre Le catholicisme évangélique : la profonde réforme de l’Église au 21e siècle, paru le 5 février 2013) a écrit un article très favorable dans la National Review : « Le premier pape américain : le tournant du catholicisme pour un avenir évangélique. » Selon lui, le pape François est proche du « catholicisme évangélique » (secte protestante).
— Les juifs
Le B’nai B’rith [8] international sur son site internet souhaite la bienvenue au pape François. Allan J. Jacobs, Président du B’nai B’rith International, a déclaré :
Nous souhaitons la bienvenue au pape François dans son rôle de dirigeant de l’Église catholique. Les relations judéo-chrétiennes étaient une des préoccupations du pape Benoît XVI et nous espérons que les bases solides déjà existantes dans le dialogue interreligieux pourront se poursuivre.
Le B’nai B’rith France a félicité chaleureusement le cardinal argentin Jorge Mario Bergoglio pour son élection. Serge Dahan, Président du B’nai B’rith France, a déclaré :
Nous sommes convaincus que le nouveau pape François continuera d’œuvrer avec détermination pour renforcer les liens et le dialogue entre l’Église catholique et le judaïsme et poursuivra sa lutte contre toutes les formes d’antisémitisme.
Le site du B’nai B’rith France note que le cardinal Bergoglio
assista en 2007 au rite de début d’année juive, Rosh Hachanah, à la synagogue Bne Tikva Slijot de Buenos-Aires. Il indiqua alors venir « comme un pèlerin, ensemble avec vous, mes frères aînés. Aujourd’hui, ici dans cette synagogue, nous sommes nouvellement conscients du fait que nous sommes un peuple en voyage, et nous nous plaçons sous la présence de Dieu. »
Le B’nai B’rith d’Argentine s’est félicité de l’élection du cardinal Jorge Mario Bergoglio comme pape François.
Le cardinal Jorge Mario Bergoglio est un catholique engagé dans le dialogue interreligieux qui a construit une relation fraternelle forte avec la communauté juive en Argentine, tout particulièrement avec le B’nai B’rith qui a été récompensé cordialement et sincèrement. Il a soutenu le B’nai B’rith lors de la commémoration de la Nuit de Cristal dans différentes églises du diocèse de Buenos-Aires, dont deux fois dans la cathédrale métropolitaine de Buenos-Aires. Également à deux reprises il a fait les réflexions finales après avoir lu le texte liturgique « De la mort à l’espoir », le plus récent étant le 12 novembre 2012. La célébration de la Pâque dans la Basilique de San Francisco en 2009 avait également été prise en charge. Nous reconnaissons chez François un ami des juifs, un homme constamment attaché au dialogue et à la rencontre fraternelle. Nous sommes sûrs que dans son mandat pontifical il pourra maintenir le même engagement et mettre en œuvre ses convictions dans la voie du dialogue.
Le nouveau pape a reçu encore les félicitations et les encouragements de la Fédération des communautés juives d’Espagne, de l’Anti-Defamation League (ADL, « Ligue anti-diffamation », une ONG fondée par les B’nai B’rith aux Etats-Unis, dont le but premier est de soutenir les juifs contre toute forme « d’antisémitisme » et de discrimination), du Congrès juif latino-américain, du Centre Simon Wiesenthal (ONG reconnue par l’ONU, qui se destine à la préservation de la mémoire de « l’Holocauste »), de l’Union des communautés juives d’Italie et de la Délégation des associations juives d’Argentine (DAIA).
Pour le directeur des affaires interconfessionnelles du Comité Juif Américain, le rabbin David Rosen, le pape François a « une relation personnelle avec les juifs ».
Le président israélien, Shimon Peres, a félicité le nouveau pape François et l’a invité à venir en Israël dès que possible :
Nous avons besoin, plus que jamais, d’une direction spirituelle et pas simplement politique. Quand les leaders politiques divisent, les chefs spirituels unissent, autour d’une vision, autour de valeurs et d’une foi qui peut rendre le monde plus facile à vivre Il sera un hôte bienvenu en Terre sainte, en tant qu’homme d’inspiration susceptible de renforcer les tentatives d’apporter la paix dans une région orageuse. […] Les relations entre le Vatican et le peuple juif n’ont jamais été aussi bonnes depuis les deux mille dernières années et j’espère qu’elles grandiront tant en substance qu’en profondeur [9],
Le président israélien avait reçu à Jérusalem en 2009 Benoît XVI, qu’il a qualifié de « cher ami de notre peuple, un intellectuel profond qui a tant contribué à rapprocher historiquement, et au-delà, l’Église catholique et le peuple juif ».
Le pape François a reçu le président Peres le 30 avril. « Malheureusement, a déclaré le président, beaucoup de responsables religieux du Moyen-Orient et dans le monde, soutiennent la terreur et l’effusion de sang et ils le font au nom du Seigneur. Nous avons tous le devoir de nous lever et de dire haut et fort que le Seigneur n’a donné à personne l’autorité de tuer et de verser le sang. Votre voix a un grand impact à ce sujet. » Le pape a remercié le président Pérès de ses paroles et il a exprimé son accord et son soutien en la matière. Mais il s’est gardé de faire remarquer au chef de l’État israélien qu’il serait bien qu’il examine sa propre responsabilité dans cette question de « terreur et d’effusion de sang ».
De son côté, le grand rabbinat d’Israël a pris acte « du dialogue riche et fructueux » avec le Vatican. « Ce dialogue a abouti à des succès significatifs ces dernières années », se félicite-t-il dans un communiqué qui mentionne la suspension de « l’évêque intégriste Richard Williamson, connu pour ses propos négationnistes, et le rejet de l’antisémitisme à propos de la prière pour la conversion des juifs dans la liturgie du Vendredi saint [10] ».
— Les franc-maçons
Le Grand Orient d’Italie a publié un communiqué en date du 14 mars 2013 intitulé : « Avec le pape François, rien ne sera plus comme avant – c’est un choix clair de fraternité pour une Église de dialogue, non-contaminée par les logiques et les tentations du pouvoir temporel », dans lequel le grand maître Gustavo Raffi déclare :
Ami des pauvres et loin de la Curie. Fraternité et volonté de dialogue. Telles sont ses premières paroles : on peut donc penser que rien ne sera plus comme avant dans l’Église. […] Bergoglio connaît la vie réelle et se rappellera la leçon donnée par l’un de ses théologiens de référence, Romano Guardini, pour qui on ne peut pas séparer la vérité de l’amour. La simple croix qu’il a posé sur son habit blanc laisse espérer qu’une Église du peuple retrouve la capacité de dialoguer avec tous les hommes de bonne volonté et avec la Maçonnerie qui, comme nous l’enseigne l’expérience de l’Amérique Latine, travaille pour le bien et le progrès de l’humanité, avec pour références Bolivar, Allende et José Marti, pour n’en citer que quelques-uns. Telle est la « fumée blanche » que nous attendons de l’Église de notre temps [11].
— Les théologiens modernistes
Léonardo Boff, un des pères de la théologie de la libération [12], a déclaré dans entretien accordé à Erich Follath, de l’hebdomadaire allemand Der Spiegel :
J’espérais que le nouveau pape prendrait le nom de François, et j’avais prédit que tel serait le cas. En ce sens, j’ai réagi avec une grande satisfaction, jointe à l’espoir que quelque chose allait enfin changer dans cette Église tragiquement vétuste. Je me réjouis que le nouveau pape soit originaire d’Amérique du Sud, de la région du monde où il y a le plus de catholiques, et non pas – comme d’habitude – d’Europe. Il y a longtemps que la Chrétienté a son centre dans le Tiers Monde, et l’élection d’un Sud-Américain en tient compte. Mais ce qui est beaucoup plus important, c’est un autre changement : le passage à la vision d’une Église sans prétentions, d’une Église humble. Et c’est le genre d’Église dont le nouveau pape est partisan. [Der Spiegel : L’avez-vous jamais rencontré ?] — Oui, il y a quelques années, lors d’une convention organisée en Argentine, où il faisait un exposé ; nous nous sommes tout de suite compris. [Der Spiegel : Vos propos semblent étonnement euphoriques si l’on songe que le nouveau pape est un archi-conservateur qui s’oppose à la contraception, au mariage des prêtres, à l’extension du rôle des femmes dans l’Église, au mariage homosexuel…] — Cela, c’est que le Vatican a décrété ; tous les hauts dignitaires ont dû aller dans le même sens, et personne n’était autorisé à le mettre en cause. Cela peut changer à présent. [Der Spiegel : Avez-vous des raisons de croire que Bergoglio est plus libéral ?] — Oui. Par exemple, il y a quelques mois, il a explicitement permis à un couple homosexuel d’adopter un enfant. Il est resté en contact avec des prêtres exclus de l’Église officielle pour s’être mariés [13].
Hans Küng, lui aussi , montre son espoir :
Qui l’aurait cru ? Lorsqu’à mon 85e anniversaire j’ai pris la décision de renoncer à toutes mes charges honorifiques, j’étais persuadé que le rêve que j’avais nourri pendant des décennies, celui d’un tournant comparable à Vatican II initié par Jean XXIII, ne se produirait pas de mon vivant. Et voilà que mon compagnon de route de toujours en théologie, Joseph Ratzinger – qui lui aussi vient d’atteindre les 85 ans – a pris subitement les devants en renonçant, avant moi, à sa fonction. C’est justement le 19 mars 2013, le jour de la saint Joseph – qui est aussi celui de mon anniversaire –, qu’un nouveau pape a pris les siennes sous le nom insolite de François. […] Il est étonnant aussi que, dès la première minute de son pontificat, le pape François ait jugé bon d’adopter un style nouveau. Plus de mitre sertie d’or ni de pierres précieuses, contrairement à ses prédécesseurs ; finis le camail de velours rouge garni d’or et d’hermine, les chaussures rouges sur mesure, le couvre-chef, le trône somptueux, la tiare... A la surprise générale, le nouveau pape renonce ostensiblement au pathos gestuel et à la rhétorique grandiloquente pour parler la langue du peuple, typique de ces prédicateurs laïcs que les papes ont frappés d’interdits, d’hier à aujourd’hui. Enfin le souverain pontife n’hésite pas à insister sur sa proximité avec les fidèles : il demande au peuple de prier pour lui avant de lui rendre sa bénédiction ; il paye comme tout un chacun sa note d’hôtel ; l’expérience de la collégialité, il la vit avec les cardinaux en prenant l’autobus avec eux, en partageant leur résidence ; le Jeudi Saint, il a lavé les pieds de jeunes délinquants incarcérés, de femmes, y compris une musulmane. Un pape donc qui se présente comme un homme de terrain. [Le Monde.fr. 11 mai 2013.]
La rencontre des deux papes
Le 23 mars 2013, le pape François a rencontré son prédécesseur Benoît XVI à Castel Gandolfo, pendant près de trois heures en début d’après-midi. Après avoir prié ensemble, les deux hommes ont eu un entretien privé, à huis clos et en italien, pendant quarante-cinq minutes, avant de déjeuner ensemble.
Il semble que les deux papes ont discuté des dossiers importants impliquant le Vatican, dont l’affaire « Vatileaks », ainsi que sur des questions plus ouvertes (réforme de la curie romaine, évolution du gouvernement de l’Église, point sur le dossier lefebvriste [14], finances vaticanes). Benoît XVI a échoué dans sa tentative d’étouffer la Tradition, le pape François y parviendra-t-il ?
Remarquons sur la photographie que le pape François peut se mettre à genoux quand il le veut, lui qui ne fait pas de génuflexion à la messe.
Hommage à Jean-Paul II
Le pape François s’est rendu dans la basilique Saint-Pierre pour se recueillir sur la tombe de Jean-Paul II au jour anniversaire de sa mort, le 2 avril. Le Vatican voit dans ce geste une façon pour le pape François d’exprimer la « continuité » du ministère pétrinien.
Au cours d’une messe dans sa cathédrale, le 4 avril 2005, le cardinal Bergoglio insista sur la cohérence qui avait caractérisé le pape polonais, la cohérence d’un homme de Dieu qui passait des heures en adoration et qui se laissait façonner par la force du Seigneur. Jean-Paul II a été un témoin fidèle. [Radio Vatican.]
Le 1er mai 2011, le jour de la béatification de Jean-Paul II, le cardinal Bergoglio a rendu un autre vibrant hommage à ce pape qui « n’avait pas eu peur » et qui « avait pu renverser les dictatures avec le courage et la fermeté que donne la Résurrection du Christ, avec la sérénité de ceux qui savent qu’ils seront pardonnés par la miséricorde du Seigneur ».
Prise de possession du siège épiscopal au Latran
Le dimanche 7 avril, le nouveau pape a pris possession de son siège épiscopal. Le commentaire de Jean-Marie Guénois, dans Le Figaro, résume bien la nouvelle manière de faire du pape (nous avons simplement souligné quelques mots et ajouté une explication entre crochets) :
En saluant la foule qui s’était massée devant la basilique du Latran, où il venait de prendre possession de son siège épiscopal d’évêque de Rome, il a aussi ajouté des paroles extrêmement éclairantes sur sa vision du pouvoir de « pape » – dénomination qu’il n’utilise toujours pas : « Avançons tous ensemble : peuple et évêque, tous ensemble. Avançons toujours dans la joie du Christ ressuscité. » Le visage du pape François était certes joyeux mais lourd du poids d’une responsabilité qu’il envisage autrement. Exprimée en effet dans cet ordre, cette phrase, « peuple et évêque » signifie que le pape n’entend pas se mettre au-dessus mais « au service » de son peuple, comme il l’a déjà expliqué à plusieurs reprises depuis son élection, le 13 mars. Il avait d’ailleurs fait modifier la formule prononcée devant lui par le cardinal A. Vallini au moment où il s’est assis sur sa cathèdre, majestueux trône de l’évêque de Rome, dans la basilique du Latran (et objet de cette « prise de possession »). Le prélat ne lui a pas dit, selon la tradition: « Comme le vigneron surveille, d’un lieu élevé, la vigne […] tu es dans une position élevée pour gouverner et garder le peuple qui t’est confié [15]. » Mais ce texte inspiré de l’ecclésiologie de l’Église orthodoxe [schismatique, qui ne reconnaît dans le pape qu’une primauté d’honneur, non de juridiction] : « Élu en ce lieu pour présider toutes les Églises dans la charité, tu guides chacun avec une douceur ferme sur les voies de la sainteté. » Deux nouveaux indices, succincts, mais significatifs, d’une conception radicalement différente de la papauté. Sans oublier que cette cérémonie éminemment symbolique – elle exprime son pouvoir d’évêque de Rome, donc de pape – n’était pas si importante à ses yeux. Elle aurait pu avoir lieu le Jeudi saint. François avait alors préféré aller célébrer la messe dans une prison de jeunes mineurs dans la banlieue de Rome.
L’œcuménisme en marche
Le 8 avril, le pape François a reçu en audience M. Nikolaus Schneider, président de l’Église évangélique en Allemagne, sa femme et leur délégation.
Selon le P. Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège, la rencontre s’est déroulée dans un climat « très amical » et a été « extrêmement fructueuse et significative de l’orientation œcuménique que porte ce pontificat ».
Nikolaus Schneider a évoqué le prochain anniversaire des 500 ans de la « Réforme » (c’est-à-dire la révolte luthérienne de 2017) [16].
Le pape a rappelé à ce sujet les paroles historiques du pape Benoît XVI à Erfurt – le couvent de Luther – le 23 septembre 2011 [17]. Voici quelques extraits de cette « homélie historique » dans laquelle Benoît XVI condamnait « l’âge confessionnel » (c’est-à-dire l’Église préconciliaire) et insistait sur la communion de l’Église (conciliaire) avec les protestants :
La chose la plus nécessaire pour l’œcuménisme est par-dessus tout que, sous la pression de la sécularisation, nous ne perdions pas presque par inadvertance les grandes choses que nous avons en commun, qui en elles-mêmes nous rendent chrétiens et qui sont restées comme don et devoir. C’était l’erreur de l’âge confessionnel d’avoir vu en majeure partie seulement ce qui sépare, et de ne pas avoir perçu de façon existentielle ce que nous avons en commun dans les grandes directives de la Sainte Écriture et dans les professions de foi du christianisme antique. Le grand progrès œcuménique des dernières décennies est pour moi que nous nous soyons rendu compte de cette communion, que nous pouvons la reconnaître comme notre fondement commun et impérissable dans la prière et le chant communs, dans l’engagement commun pour l’ethos chrétien face au monde, dans le témoignage commun du Dieu de Jésus-Christ en ce monde.
Le concile Vatican II, une œuvre de Dieu [18]
« Ce fut une belle œuvre, une œuvre de Dieu », a déclaré le pape François le 16 avril à l’occasion du 86e anniversaire du pape Benoît.
Le pape Jean XXIII a été « obéissant », mais 50 ans après « avons-nous accompli tout ce que le Saint-Esprit nous a dit lors du Concile ? » Le pape répond Non. « Nous en célébrons l’anniversaire, nous en faisons un monument, mais qu’on ne nous embête pas. Nous ne voulons pas changer ». Pire, dit le pape, « certaines voix voudraient retourner en arrière ». « Cela s’appelle être têtus, cela s’appelle vouloir apprivoiser le Saint-Esprit, être privé d’intelligence et avoir le cœur lent à croire ».
Confirmations
Le pape a donné le sacrement de confirmation le dimanche 28 avril sur la place Saint-Pierre au cours de la messe. Selon sa manière de faire, après avoir fait le signe de la croix, il a oint le front et les tempes du candidat en les frottant avec le pouce, puis il lui a donné un baiser (au lieu de lui donner le léger soufflet traditionnel).
Outre l’aspect choquant de voir un pape donner des baisers à des dames et jeunes filles, il faut noter le changement de signification du rite. Le léger soufflet avait pour but d’avertir le nouveau confirmé qu’il aurait à subir des contradictions et des épreuves de la part du « monde » ennemi de Dieu. Maintenant, l’Église n’a plus d’ennemi et tout le monde s’embrasse. C’est de l’irénisme…
Une défection inquiétante *
On se souvient de ce baptême spectaculaire par Benoît XVI, dans la nuit de Pâques 2008, à la basilique Saint-Pierre de Rome. Magdi Allam, musulman, eurodéputé, sous-directeur du quotidien italien Corriere della Sera, célèbre écrivain, devint catholique, recevant le prénom de Cristiano. « Je considère mon baptême de la main du pape comme le don le plus grand que la vie m’ait accordé », déclara-t-il. Et encore, dans une lettre publique, après ce baptême : « Mon esprit a été libéré de l’obscurantisme d’une idéologie qui légitime la ruse, la tromperie et la mort violente, conduisant au meurtre et au suicide, à la soumission aveugle et à la tyrannie ; cela ma permis d’adhérer à la religion authentique de la Vérité, de la Vie et de la Liberté. » Quelle stupeur d’apprendre, cinq ans plus tard, précisément à Pâques 2013, qu’il quitte l’Église.
Il l’a annoncé dans un article d’Il Giornale. « Je crois en Jésus que j’ai aimé depuis l’enfance, en le lisant dans les Évangiles et en le trouvant vivant dans beaucoup de témoins authentiques – chrétiens religieux et laïcs – à travers leurs bonnes œuvres, mais je ne crois plus en l’Église. Ma conversion au catholicisme, advenue des mains de Benoît XVI dans la nuit de la Vigile pascale, le 22 mars 2008, je la considère aujourd’hui terminée avec la fin de son pontificat. »
Les raisons de cette décision, dont Allam est conscient qu’elle va heurter « tant d’amis catholiques qui en éprouveront de l’amertume et me désapprouveront » ? « La papolâtrie qui a déchaîné l’euphorie pour François Ier et a rapidement fait oublier Benoît XVI, n’a été que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase d’un ensemble d’incertitudes et de doutes sur l’Église. »
« Ce qui plus que toute autre chose, explique Allam, m’a éloigné de l’Église, c’est son relativisme religieux et en particulier sa légitimation de l’Islam comme vraie religion, d’Allah comme vrai Dieu, de Mahomet comme vrai prophète, du Coran comme texte sacré, des mosquées comme lieux de culte. Que Jean-Paul II soit allé jusqu’à embrasser le Coran le 14 mai 1999, que Benoît XVI ait posé la main sur le Coran en priant dans la direction de la Mecque à l’intérieur de la Mosquée bleue d’Istanbul, le 30 novembre 2006, tandis que François Ier a commencé son pontificat en exaltant les musulmans “qui adorent le Dieu unique, vivant et miséricordieux” [citation de la déclaration Nostra ætate de Vatican II], cela constitue une authentique folie suicidaire. » Allam se dit au contraire « toujours plus convaincu que l’Europe finira par être soumise à l’Islam, […] si elle n’a pas la lucidité et le courage de dénoncer l’incompatibilité de l’Islam avec notre civilisation et avec les droits fondamentaux de la personne ».
Allam se déclare également « opposé au mondialisme, qui pousse à l’ouverture inconditionnelle des frontières nationales » au nom de la fraternité universelle. Il est « convaincu au contraire que la population autochtone doit légitimement jouir du droit et du devoir de protéger sa propre civilisation et son propre patrimoine ».
Il est donc « opposé aux bons sentiments qui portent l’Église à se faire la principale protectrice des immigrés, y compris – et surtout – des clandestins ». Immigré lui-même – il est d’origine égyptienne, arrivé en Italie en 1972 –, Allam souligne que l’accueil doit se faire avec des règles : « et la première règle, c’est que, en Italie, nous devons avant tout garantir le bien des Italiens, en appliquant correctement l’exhortation de Jésus : “aime ton prochain comme toi-même” ».
Allam conclut qu’il continuera « à croire en Jésus » et à s’identifier au christianisme « comme à la civilisation qui, plus qu’aucune autre, rapproche l’homme du Dieu qui a choisi de se faire homme ». Mais l’appartenance à l’Église catholique lui paraît désormais incompatible avec « le devoir moral de continuer à être cohérent avec moi-même et avec les autres, au nom du primat de la vérité et de la liberté ».
Il est incontestable qu’Allam a été choqué par des comportements aberrants de l’Église conciliaire, et notamment par son attitude vis-à-vis de l’islam. Mais il faut aussi noter que son instruction religieuse semble avoir été bien insuffisante, ce qui lui fait tenir des propos inacceptables pour un catholique, même non conciliaire. Par exemple, cette critique qu’il fait du caractère « catholique » de l’Église, ne vise pas spécialement l’Église conciliaire :
Si réellement, Benoît XVI en dénonçant la « dictature du relativisme » m’avait attiré et fasciné, la vérité est que l’Église est physiologiquement relativiste. Le fait qu’elle soit en même temps Magistère universel et État séculier, a fait que l’Église a toujours accueilli en son sein d’innombrables communautés, congrégations, idéologies, intérêts matériels dont il résulte que sont mis sur le même pied tout et le contraire de tout. L’Église est physiologiquement mondialiste en s ’appuyant sur la communion des catholiques du monde entier, ainsi qu’il ressort du Conclave. Cela signifie que l’Église assume des positions idéologiques contraires à la nation comme identité et civilisation à préserver, prêchant de fait le dépassement des frontières nationales. En conséquence, l’Église est physiologiquement buoniste, mettant sur le même plan, voire même faisant passer le bien-être d’autrui avant son propre bien, compromettant à la racine la notion du bien commun.
Mais, surtout, il se fait une notion très peu catholique du célibat des prêtres, de la chasteté et de l’indissolubilité du mariage :
Enfin, je note que l’Église est physiologiquement tentée par le mal, entendu comme violation de la moralité publique, car elle nécessite des comportements qui sont en conflit avec la nature humaine, comme le célibat des prêtres, s’abstenir de relations sexuelles en dehors du mariage, l’indissolubilité du mariage, en plus de la tentation de l’argent.
Visiblement, le catéchisme reçu par Allam fut bien insuffisant. Notre époque se caractérise vraiment par la confusion des esprits.
[1] — Sources : Zenit, 14 décembre et 20 décembre 2012.
[2] — Le 24 mai 1976, il déclarait au Consistoire : « C’est au nom de la Tradition elle-même que nous demandons à tous nos fils et à toutes les communautés catholiques de célébrer avec dignité et ferveur les rites de la liturgie rénovée. L’adoption du nouvel Ordo Missæ n’est certainement pas laissée à la libre décision des prêtres ou des fidèles. L’instruction du 14 juin 1971 a prévu que la célébration de la messe selon le rite ancien serait permise, avec l’autorisation de l’Ordinaire, seulement aux prêtres âgés ou malades qui célèbrent sans assistance. Le nouvel Ordo a été promulgué pour prendre la place de l’ancien, après une mûre délibération et afin d’exécuter les décisions du concile. De la même manière, notre prédécesseur saint Pie V avait rendu obligatoire le missel révisé sous son autorité après le concile de Trente. La même prompte soumission, nous l’ordonnons, au nom de la même autorité suprême qui nous vient du Christ, à toutes les autres réformes liturgiques, disciplinaires, pastorales mûries ces dernières années en application des décrets conciliaires. »
[3] — ORLF, 21 mars 2013, p. 11.
[4] — Sources : FSSPX – DICI n°272 du 15 mars 2013.
[5] — Pape François, Audience aux représentants religieux, Rome, 20 mars 2013. Zenit.org.
[6] — Pape François, Audience au corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, Salle Royale du Palais Apostolique au Vatican, 22 mars 2013 (ORLF, 28 mars 2013).
[7] — Pape François, télégramme au grand rabbin de Rome (ORLF, 28 mars 2013).
[8] — Le B’nai B’rith est une secte maçonnique constituée exclusivement de juifs ; fondée en 1843, elle a été responsable notamment du financement de la révolution d’octobre 1917 en Russie ; c’est la plus grande organisation juive dans le monde.
[9] — Le Monde.fr avec AFP, 14 mars 2013.
[10] — Le Monde.fr avec AFP, 14 mars 2013.
[11] — Grande Oriente d’Italia Roma : http://www.grandeoriente.it/comunicati/2013/03.
[12] — En 1985, sous Jean-Paul II, la curie l’a interdit de parole et d’enseignement. En 1992, il a abandonné la prêtrise. En 2001, il s’est vu remettre le prix Nobel alternatif. Marié entre-temps avec une activiste connue de la protection de l’environnement, il vit à Petrópolis, près de Rio de Janeiro.
[13] — Der Spiegel 18 mars 2013, http://www.spiegel.de/spiegel/print/d-91568135.html
[14] — D’après le journal La Croix.
[15] — Tel est bien le devoir d’un pape, comme le rappelait saint Pie X au début de son encyclique Pascendi (8 septembre 1907) : « A la mission qui Nous a été confiée d’en haut de paître le troupeau du Seigneur, Jésus-Christ a assigné comme premier devoir de garder avec un soin jaloux le dépôt traditionnel de la foi, à l’encontre des profanes nouveautés de langage comme des contradictions de la fausse science » ; et au début de sa Lettre sur le Sillon (25 août 1910) : « Notre charge apostolique nous fait un devoir de veiller à la pureté de la foi et à l’intégrité de la discipline catholique, de préserver les fidèles des dangers de l’erreur et du mal. »
[16] — En janvier dernier, le cardinal suisse Kurt Koch, président du conseil pontifical pour la Promotion de l’unité des chrétiens, avait annoncé la prochaine parution d’une déclaration conjointe avec les luthériens. « Du conflit à la communion » : c’est le titre de ce document que catholiques et luthériens se proposent de publier à l’occasion du 5e centenaire de la Réforme. Voir Le Sel de la terre 84, p. 150-151.
[17] — Lors de cette célébration œcuménique, une « évêquesse » a entonné le Pater en présence du pape, voir Le Sel de la terre 84, p. 6.
[18] — http://fr.radiovaticana.va/index.asp. Homélie lors de la messe à Sainte-Marthe (ORLF, 25 avril 2013).
* — RU, 10 avril 2013 ; NOVOPress, 25 mars 2013.
Informations
L'auteur
Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).
Le numéro

p. 162-181
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