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L’aventure de la TOB

 Frère Emmanuel-Marie

En 2010, à l’occasion de la réédition de la Traduction Œcuménique de la Bible, les éditions du Cerf, en partenariat avec les éditions protestantes Bibli’O, ont publié un petit ouvrage collectif riche en informations, dans lequel est racontée « l’aventure de la TOB » par ceux qui l’ont faite.

Ce genre de témoignages, venant de « ceux qui pensent avoir gagné » et qui le disent ouvertement, est utile à lire. Au-delà des anecdotes qui n’intéressent que la petite histoire, on y glane nombre d’aveux qui permettent de mieux comprendre la crise qui sévit dans l’Église, ses racines intellectuelles, sa praxis révolutionnaire, la responsabilité des autorités, et de saisir à quel point le clergé de la génération conciliaire a perdu l’esprit de foi et le sens du surnaturel. Du coup, cela nous conforte dans notre refus catégorique du néo-modernisme sous toutes ses formes.

Parmi les études réunies dans ce livre, la plus instructive est celle du père dominicain François Refoulé, directeur de collections aux éditions du Cerf de 1964 à 1975, puis directeur de ces mêmes éditions de 1975 à 1979 (et à nouveau en 1984), et directeur de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem de 1982 à 1984. Il fut, avec le pasteur Georges Casalis, l’initiateur du projet de la TOB et le mena à terme. Il est donc particulièrement bien placé pour en parler [1].

 

Naissance du projet

L’initiative d’une traduction œcuménique de la Bible n’est venue ni de la hiérarchie, ni des éditeurs, mais d’une rencontre entre le pasteur Morel et l’abbé Starcky (orientaliste, spécialiste des écrits de Qumrân), à Mulhouse, en 1961. Les protestants français avaient alors le projet de se doter d’une nouvelle version de la Bible Second (elle paraîtra en 1962) et les éditions du Cerf préparaient de leur côté une révision de la Bible de Jérusalem. N’était-ce pas l’occasion d’un travail commun pour les exégètes protestants et catholiques chargés de cette double tâche ?

De là naquirent plusieurs projets, entre 1962 et 1964, dont le principal fut une révision interconfessionnelle de la Bible de Jérusalem. Un protocole d’accord fut même signé en ce sens par le père Refoulé et le pasteur Casalis, en octobre 1964, au terme duquel on prévoyait un essai sur quatre livres : l’Exode, Isaïe, l’épître aux Romains et les Épîtres pastorales. En cas de divergences, on s’en remettait à l’arbitrage du P. Benoît (de l’École biblique de Jérusalem) et du pasteur Oscar Cullmann. On devait commencer par l’épître aux Romains, parce qu’elle avait été « le texte de nos divisions » [2], selon la formule du pasteur Boegner.

Mais ce premier projet n’aboutit pas. Les protestants se montrèrent réticents à l’idée de se mettre à la remorque d’une Bible catholique (si peu catholique, pourtant !…), et le père de Vaux, directeur de l’École biblique de Jérusalem, ne voulut pas renoncer à la révision projetée de la Bible de Jérusalem au profit d’une Bible qui s’annonçait entièrement nouvelle et ne serait ni catholique ni protestante, mais œcuménique. De fait, l’essai effectué sur l’épître aux Romains produisit une traduction et des notes qui n’avaient presque rien gardé de la traduction du père Lyonnet qui figurait dans la Bible de Jérusalem [3].

En 1965, un nouveau projet, totalement autonome cette fois, fut donc mis sur pied. Il devait en sortir, dix ans après, en 1975, l’édition intégrale de la Traduction œcuménique de la Bible, la fameuse « TOB » qu’Antoine Barrois fustigea à l’époque dans la revue Itinéraires par deux articles parus sous le titre : « La détestable TOB » (n° 218 et 220).

 

« L’aventure » de la TOB

Le père Refoulé donne plusieurs indications fort instructives sur la manière et l’esprit avec lesquels le travail de traduction et d’annotation fut réalisé. Voici quelques-uns des points qu’il aborde :

– La prise en compte de la « tradition juive »

Pour l’A.T., on s’entendit sur les options suivantes afin de « prendre en compte la tradition juive » : 1) fidélité au texte massorétique ; 2) décision de suivre l’ordre des livres et les divisions de la Bible hébraïque (ce choix permettait d’éliminer habilement les livres deutérocanoniques, exclus de la plupart des Bibles protestantes [4]) ; 3) renoncement au tétragramme YHWH pour « s’aligner sur la longue et vénérable tradition » qui veut que les juifs ne prononcent plus le nom divin depuis le 4e s. avant J.-C. ; 3) utilisation des œuvres des rabbins juifs du Moyen Age (comme Rashi de Troyes, Ibn Ezra ou David Kimhi) pour la traduction et les notes des passages difficiles.

On se demanda même s’il ne fallait pas faire appel à des exégètes juifs. « La question fut très sérieusement discutée » (p. 22), mais il apparut que l’état des relations judéo-chrétiennes n’étaient pas encore assez avancé et qu’il ne fallait pas compromettre l’avenir par trop de précipitation. Du moins, sans participer officiellement, la communauté juive avait été associée au travail et quand parut l’édition de l’A.T., un exemplaire fut remis au grand rabbin Kaplan.

 

– Le problème des annotations

Les Bibles protestantes ne contiennent pas de notes (sauf pour des explications grammaticales), car le principe de la sola Scriptura exige que chacun ait directement accès au texte, sans interprétation dictée de l’extérieur (et surtout pas celle du magistère de l’Église). La question s’est donc posée, d’autant que la partie catholique voulait que cette nouvelle Bible ne fût pas inférieure à la Bible de Jérusalem, qui contient d’abon­dantes introductions et notes.

Il y eut donc, dit le père Refoulé, « plusieurs débats passionnés et passionnants ». L’épître aux Romains servit de test. Comme le disait le pasteur Casalis : « Dans un accouchement, quand la tête est passée, il n’y a ensuite plus de problèmes. S’il y avait entente sur l’épître aux Romains, le reste ne devrait plus poser de graves difficultés. » Et la tête passa ! L’accord dépassa même les espérances au point que cela inquiéta les membres de l’équipe de traduction. N’était-ce pas suspect ? « Aussi, à deux reprises, un long débat fut engagé sur les désaccords cachés. Mais, comme devait le dire un des participants : “Nous ne sommes pas parvenus à nous mettre d’accord sur nos désaccords” » (p. 27). Pas de désaccords ! Décidément, l’entente était quasi parfaite. D’ailleurs, les quelques cas de clivages ne se produisirent pas entre traducteurs protestants d’un côté et catholiques de l’autre, mais entre des protestants et catholiques d’un côté, et d’autres catholiques et protestants de l’autre. Au total, rapporte le pasteur Jean-Marc Babut, il ne resta que trois passages où les traducteurs se séparèrent sur l’interprétation : Rm 1, 20 ; 4, 25 et 5, 12. « Ce sont les seuls versets de toute la TOB où l’annotation donne les opinions respectives des catholiques, des orthodoxes et des protestants », en des notes séparées (p. 27).

Comment expliquer cette surprenante absence de divergences ? A l’évidence, les catholiques étaient devenus protestants et c’est sans doute pourquoi les protestants acceptèrent si facilement le principe de ces notes à caractère théologique auxquelles d’ordinaire ils répugnent absolument. Ou bien, mais cela revient au même, les uns et les autres étaient tellement imbus d’idées modernistes que le clivage attendu n’avait plus lieu de se produire. Tous communiaient dans la même pensée moderniste.

Toutefois, l’un des participants, le père François Dreyfus O.P. reconnut qu’il restait « une incontestable impression d’ambiguïté à l’intérieur même de notre satisfaction d’être arrivés à l’élaboration de notes synthétiques communes sur les points réputés les plus contestés de l’épître aux Romains. D’un côté l’accord était loyal : nous souscrivions aux mêmes formules. […] Mais nous avions l’impression très nette que ces formules changeaient de sens dans la mesure où elles étaient reçues dans un esprit chez qui le mystère chrétien était structuré différemment [5]. » Quel aveu !

Quand l’épître aux Romains fut traduite et achevée, en 1967, le fascicule en fut officiellement présenté au public par le père Congar, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. « Une grâce merveilleuse a été faite à notre siècle inquiet et inquiétant, déclara-t-il dans sa conférence. La Bible redevient chemin d’unité. » Seulement, c’était une fausse unité… et une fausse Bible !

 

– Les relations avec le magistère catholique

Le projet de la TOB remonte à janvier 1965. Il est donc antérieur à la constitution conciliaire Dei Verbum, qui envisage, dans son chapitre 6, l’édition de traductions œcuméniques de la Bible « compo­sées en collaboration même avec les frères séparés » (DV 22). L’essai de la TOB, anticipant ces encouragements, pouvait donc paraître risqué. « Le climat du Concile laissait cependant penser que le risque était limité », s’empresse d’ajouter le père Refoulé (p. 29).

Pour parer à toute surprise, les secrétaires du projet profitèrent de la dernière session du Concile pour constituer un comité de patronage réunissant de hautes autorités catholiques, protestantes et orthodoxes, et présenter leur entreprise aux épiscopats francophones et aux observateurs. Les évêques, venus très nombreux, donnèrent tous leur soutien.

Deux incidents se produisirent cependant. En 1968, le comité exécutif de l’Alliance Biblique Universelle (protestante) et le Secrétariat pour l’Unité des chrétiens avaient conclu un accord fixant les directives à suivre pour les traductions œcuméniques de la Bible. Faisant droit aux réclamations protestantes (dialogue œcuménique oblige !), cet accord précisait que toutes les annotations à caractère proprement biblique ou théologique devaient être exclues. Cela semblait condamner la TOB. Allait-elle être victime du dialogue œcuménique ?

La chose parut suffisamment sérieuse au nonce pour qu’il hésitât à se rendre à la célébration organisée à Saint-Germain-des-Prés pour la parution de l’édition intégrale du N.T., en 1972. Une audience fut donc demandée au pape Paul VI pour lui remettre officiellement un exemplaire du N.T. et obtenir son approbation. La délégation s’arrangea pour que le cardinal Willebrands, président du secrétariat pour l’Unité des chrétiens, fût présent, afin qu’il appuyât le caractère « ecclésial » de la TOB. Paul VI fit mieux que ce qu’on espérait. Il tint à prononcer un discours dans lequel il loua sans réserves le « commentaire […] tel que presque toujours il ne présente qu’une seule et même interprétation qui peut être honnêtement acceptée par les représentants de toutes les confessions ayant participé à ce travail. […] Qu’il nous suffise d’exprimer notre satisfaction pour le fait que les cent cinquante artisans de cette traduction – protestants, orthodoxes et catholiques – aient pu se rencontrer d’une telle façon et collaborer dans une telle mesure pour présenter la Parole de Dieu [6]. »

Le deuxième incident fut plus notable. Quand parut le tome de l’A.T., en 1975, les secrétaires de la TOB envoyèrent à Paul VI un exemplaire richement relié. Mais ils ne reçurent ni réponse, ni bénédiction. Ce silence les inquiéta. Le Vatican désavouait-il la TOB ? En effet, Paul VI expliqua au cardinal français Paul Gouyon qu’il n’avait pas remercié intentionnellement, à cause de l’introduction et de la traduction du Cantique des cantiques, qu’il jugeait inacceptables du fait de leur caractère érotique. Informés, les responsables de la TOB adressèrent un long rapport à Mgr Benelli, substitut à la Secrétairerie d’État, expliquant qu’ils avaient favorisé l’interprétation littérale sans récuser pour autant l’inter­prétation allégorique [7]. Abrités derrière ce pitoyable subterfuge, ils ne corrigèrent ni la traduction, ni l’introduction. Et l’affaire n’eut pas de suite ; ce léger discrédit fut oublié et la TOB continua sa carrière comme si de rien n’était.

 

Un œcuménisme vécu avant d’être professé

L’ouvrage contient encore d’in­téressants propos qu’on ne peut tous relever. Il s’en prend, par exemple, aux critiques (qualifiées d’« acerbes », évidemment) que La Pensée catholique ou Itinéraires publièrent à l’époque, notamment au sujet de la traduction très contestable du verset 4 du chapitre 4 de la 1ère épître aux Thessaloniciens. La TOB traduit ainsi : « Que chacun d’entre vous sache prendre femme pour vivre dans la sainteté et l’honneur. » On est bien loin, en effet, des traductions habituelles, qui disent : « Que chacun de vous sache garder son corps dans la sainteté et l’honnêteté [8]. » En dépit de la longue note rédigée par les auteurs de la TOB, on ne voit pas que M. Delebecque ait eu tort de leur reprocher de vouloir toucher au célibat ecclésiastique, car l’apôtre ne restreint pas son propos aux fidèles [9]. Ce n’est qu’un exemple.

Le livre reproduit, groupées en cahier, des photographies d’épo­que, prises pendant les sessions de travail qui réunissaient les collaborateurs du projet au chalet des Giettes, en Suisse, à Taizé, ou encore à l’Arbresle, etc. A leur manière, ces photographies sont éloquentes. On y voit les traducteurs et les coordinateurs au travail ou en train de se détendre, tous en civil (y compris les catholiques – en 1965, déjà !), dans une atmosphère manifeste de complicité et de joyeuse convivialité, avec quelques (rares) femmes [10]. Beaucoup de grands noms de l’exégèse francophone contemporaine sont là [11].

Le témoignage de Dorothée Casalis (l’épouse du pasteur Casalis) sur l’ambiance qui régnait au cours de ces sessions est instructif ; il résume bien l’état d’esprit de toute l’entreprise :

Si tous les participants étaient acquis à l’œcuménisme, ils n’avaient jamais travaillé ensemble. Or il y eut d’emblée une volonté de partager, de faire un pot commun et non de s’asseoir sur des secrets de traduction. La traduction devait pouvoir servir à tous. Nous nous sommes aperçus que nous pouvions vivre et travailler ensemble. Cela peut pa­raître bizarre aujourd’hui, mais ce fut vraiment une découverte ! Au niveau même des mots, de l’attitude devant l’Écriture. L’approche protestante de la Bible, la vénération de la Bible et de la Parole de Dieu, n’était pas naturelle pour les catholiques. Les protestants ont découvert l’importance de la science biblique et aussi que les catholiques n’étaient pas « sous surveillance ». Des rideaux se sont ouverts. Et puis, régnait la liberté de parole : tout le monde était responsable de tout. Chacun pouvait faire ses commentaires et dire ses réflexions sur le travail en cours. C’était une façon communautaire de faire un travail personnel. [Mme D. Casalis, p. 31.]

Ainsi, avant d’être une traduction œcuménique, l’aventure de la TOB fut une expérience œcuménique pratique, un « vécu irréversible » dans lequel « des amitiés impensables se sont nouées », comme dit encore Mme Casalis. La ligne de démarcation entre catholiques et non-catholiques, déjà bien frêle au départ, s’est effacée peu à peu. Les catholiques ont renoncé à leur titre et à leur foi, pour se dissoudre dans la même fausse doctrine et les mêmes faux principes que les autres. Cette confusion des esprits ne peut que mener au syncrétisme et à l’apostasie.

Le remède, c’est de rétablir la ligne de démarcation effacée, c’est le retour à la vraie foi catholique et à la vraie Parole de Dieu transmise, traduite et interprétée par le Magistère et la Tradition multiséculaire de l’Église.

 

Association Œcuménique pour la Recherche Biblique (AORB), L’Aventure de la TOB. Cinquante ans de traduction œcuménique de la Bible, Cerf-Bibli’O, 2010, 156 p. (8 p. de photographies), 8 €.

 

P.S. : La TOB en chiffres. — L’édition à notes intégrales a paru en 1975, et l’édition à notes essentielles, dite la « petite TOB », en 1977. Elles ont été précédées en 1972 par la première édition du Nouveau Testament. Depuis lors, la TOB a été diffusée à environ 2, 5 millions d’exemplaires (chiffre arrêté en 2010). Cette estimation doit même être doublée si l’on prend en compte la diffusion du Nouveau Testament dans la même période. Chaque année, environ 80 000 bibles TOB sont vendues ou distribuées dans le monde. (Chiffres fournis par l’AORB.)


[1]  — Au sujet du père Refoulé, voir dans Le Sel de la terre 41 (été 2002), l’article « Jésus avait-il des frères ? » (édité en plaquette par les éditions du Sel).

[2]  — On sait que c’est par sa traduction et son commentaire de l’épître aux Romains que Luther a consommé la rupture avec la doctrine catholique. C’est de cette épître qu’il a cru pouvoir tirer sa doctrine sur la justification et la foi sans les œuvres.

[3]  — Pourtant, cette traduction et ces notes du père Stanislas Lyonnet S.J. avaient fait scandale à leur parution. Sur Rm 5, 12, le P. Lyonnet abandonnait l’interprétation authentique donnée par le concile de Trente, à savoir que saint Paul parle exclusivement, en ce passage, du péché originel que tous tiennent d’Adam : il soutenait que l’incise finale du verset 12 concerne les péchés actuels que les hommes commettent à l’imitation d’Adam. Le P. Lyonnet fut condamné et interdit d’enseignement avant d’être réhabilité sous Jean XXIII. Sur cette question, voir l’article de l’abbé Boivin (« La sainte Écriture au 20e siècle ») dans le présent numéro.

[4]  — En effet, dans l’édition de 1975 de la TOB, les deutérocanoniques (Judith, Tobie, 1 et 2 Maccabées, Sagesse, Siracide, Baruch, Lettre de Jérémie) et la version grecque d’Esther ont été regroupés en annexe, après les 39 livres du canon hébraïque (auquel on a joint Esther hébreu), juste avant le Nouveau Testament. Pour Daniel, les additions grecques deutérocanoniques ont été mises en italique dans le texte. Ces options indiquent clairement qu’on partage l’opinion des juifs et des protestants qui n’accordent qu’une inspiration et une autorité moindres à ces livres. Dans l’édition de 2010, pour plaire aux orthodoxes et renforcer la dimension œcuménique, la TOB a ajouté à ces deutérocanoniques les livres reconnus par la tradition orthodoxe : 3 et 4 Esdras, 3 et 4 Maccabées, La Prière de Manassé, le Psaume 151. Mais ces textes, même s’ils sont vénérables, ne sont pas inspirés et n’ont pas Dieu pour auteur : ils sont apocryphes. A les inclure avec les livres inspirés, on introduit la confusion.

[5]  — Cité en encart, p. 27.

[6]  — Discours du 22 janvier 1973.

[7]  — Cette explication est spécieuse, car lorsque la Tradition catholique explique que le Cantique des cantiques désigne l’amour de Dieu pour son peuple (figuré par l’épouse), elle ne donne pas une interprétation « allégorique », mais bien le sens littéral, c’est-à-dire l’unique sens obvie. Seulement, il s’agit ici d’un sens littéral impropre ou métaphorique (tout le livre est une sorte de parabole allégorisante). Vouloir donner au Cantique un sens littéral propre conduit à lui ôter toute sa signification surnaturelle et à en faire, en effet, un chant d’amour plus ou moins érotique (dont Salomon et ses concubines seraient les protagonistes ?). Le sens chrétien devient alors un sens allégorique surajouté, une « relecture ».

[8]  — Traduction de la Bible Crampon (édition 1923).

[9]  — La Pensée catholique nº 177 (1978). Cette traduction farfelue de la TOB est un exemple de sa propension à « judaïser », car, sur ce verset, au lieu de lire « son propre corps » comme tout le monde, les traducteurs sont allés chercher dans des textes rabbiniques où l’expression désigne « le corps de sa femme ».

[10] — La secrétaire du P. Refoulé, une jeune étudiante en théologie, la femme et la fille du pasteur Casalis…

[11] — Pour ne citer que des catholiques (les légendes les nomment uniquement par leur nom et prénom) : Albert Vanhoye (S.J., né en 1923, directeur de Biblica de 1978 à 1984 ; recteur de l’Institut biblique pontifical de 1984 à 1990 ; créé cardinal en 2006), Henri Cazelles (P.S.S., 1912-2009, fut secrétaire de la commission Biblique pontificale), Jean-Louis Déclais (spécialiste des liens entre la Bible et le Coran), Dominique Barthélemy (O.P., 1921-2002, ancien professeur à Fribourg), Xavier Léon-Dufour (S.J., 1912-2007 ; professeur au centre Sèvres à Paris), Jean-Luc Vesco (O.P., né en 1934, ancien directeur de l’École biblique de Jérusalem), Édouard Cothenet (né en 1924, ancien professeur à la « Catho » de Paris) et bien sûr, François Refoulé (O.P., 1922-1998). Ces hommes, parfois très savants, ont mis toute leur science au service d’une œuvre qui détruit la foi !

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 85

p. 185-192

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La Crise dans l'Église et Vatican II : Études et Analyses Traditionnelles

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