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Prêtre traqué sous Élisabeth Ière

 Fr. Louis-Marie

 


L'historien anglais (et anglican) William Cobbett a pu dire que la reine Elisabeth Ière d’Angleterre avait fait couler davantage de sang en une seule année que l’Inquisition espagnole durant toute son existence [1]. Certains catholiques ont pourtant réussi à lui échapper, et c’est le cas du père jésuite John Gérard (1564-1637) qui, après avoir été traqué, arrêté, emprisonné et torturé à plusieurs reprises, parvint en 1597 à s’évader de la Tour de Londres. A la fin de sa vie, réfugié à Rome, il reçut de ses supérieurs l’ordre de raconter par écrit ses tournées clandestines en Angleterre (1588-1606) pour l’instruction des novices destinés au même apostolat. Il obéit. Son récit, rédigé en latin, fut plus tard traduit en anglais (en 1867), puis en français (en 1871) et il vient d’être réédité.

Grâce aux Éditions Sainte-Phi­lomène, cette passionnante autobiographie ressort de l’oubli et l’on ne peut que s’en réjouir, mais on se demande aussi une fois de plus, comment les catholiques ont pu l’y laisser tomber. En fait d’aventures, rien ne manque à ce récit, qui est, en plus, d’une parfaite exactitude historique. Outre de grands héros de la foi comme les pères Garnet et Oldcorne (qui moururent martyrs), on y rencontre, presque à chaque chapitre, cet expert de la cache que fut le bienheureux Nicholas Owen (fréquemment surnommé Little John). A travers toute l’Angleterre, dans les maisons des catholiques anglais, ce génial artisan dissimule des cachettes pour les prêtres persécutés (jusqu’à onze caches dans une seule maison, qu’une centaine d’hommes fouillèrent durant toute une semaine, sondant les murs, abattant les cloisons et détruisant les planchers, sans parvenir à découvrir les deux religieux qui y étaient dissimulés). Une fois arrêté, Nicholas Owen mourut au cours d’une séance de torture, dans la Tour de Londres, avant même le début de son procès. (Les instruments de torture utilisés sous Henri VIII et la reine Élisabeth peuvent toujours se voir dans la Tour de Londres, mais en 1871, précise une note du traducteur, ils étaient présentés aux visiteurs comme « des instruments apportés d’Espagne, où ils servaient à l’Inquisition »).

L’esprit surnaturel avec lequel le père Gérard réagit en toutes circonstances élève cette autobiographie bien au-dessus du simple récit d’aventures. La spiritualité jésuite et les exercices spirituels de Saint Ignace y sont très présents. Diverses annexes sur les martyrs anglais en augmentent encore l’intérêt. Cet ouvrage mérite non seulement d’être largement diffusé, notamment parmi les adolescents, mais de devenir un classique.

 

John Gérard, Prêtre traqué sous Élisabeth Ière , Éditions Sainte-Philomène, Saint-Jean-aux-Bois, 2013, 216 p., 13,8x20cm, ISBN 978-2-919621-15-5, 19,50 €.



[1]  — William Cobbett (1763-1835), History of the protestant reformation, Londres 1823, Letter XI, § 340.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 86

p. 187-188

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