Nouvelles de Rome occupée
par Dominicus
Le pape François continue, par ses paroles et par ses actions, à promouvoir une nouvelle image de la papauté. Après la « nouvelle messe », le « nouveau catéchisme », la « nouvelle Bible » œcuménique (la TOB), le « nouveau code de Droit canon », etc., voici la « nouvelle papauté ».
Le Sel de la terre.
La 4 L blanche de don Renzo est promue « papamobile [1]
Avec plus de 300 000 km au compteur, la 4 L blanche de don Renzo Zocca est promue « papamobile ».
Le 15 juillet, don Renzo avait écrit au pape François, lui proposant sa vieille 4 L. Le 10 août, il reçoit un appel du pape sur son portable : « Don Renzo, je suis le pape François. » Ils ont parlé trente-cinq minutes au téléphone. Rendez-vous est pris pour le 7 septembre.
Le jour fixé, don Renzo est là, au volant de sa voiture, devant la résidence Sainte-Marthe où loge le pape. « Lorsque je l’ai rencontré, je ne savais pas si je devais m’agenouiller ou baiser son anneau. Il m’a donné une longue accolade, il ne me lâchait pas. » Le prêtre remet les clefs au pape et le voit s’éloigner au volant de sa voiture.
Don Renzo a confié encore cette anecdote :
En lui offrant un tee-shirt de soutien à notre fondation, il a tenu à en payer le prix indiqué de 5 euros. Je ne voulais surtout pas, mais il a sorti de son portefeuille un billet de 10 et nous a demandé la monnaie.
Il s’agit là, on le voit aisément, d’un geste publicitaire, largement relié par la presse. Voici, par exemple, comment France-Info présente l’événement :
En décembre 2012, le précédent pape – Benoît XVI – recevait en cadeau deux superbes papamobiles. Des Mercedes-Benz Classe M tout confort, blindées et faites sur mesure pour que le souverain pontife puisse se promener en toute sécurité au plus près des fidèles. Elles dorment désormais dans les garages du Vatican. Car son successeur, le pape François, n’aime pas le luxe et n’a eu de cesse de multiplier les gestes d’humilité depuis son arrivée sur le trône de Pierre. Parmi ces signes de modestie, les voitures qu’il a utilisées ces derniers mois. Ainsi, lors des JMJ au Brésil, il a roulé dans une petite Fiat, à Lampedusa il s’est déplacé avec une voiture prêtée par un habitant. Dernièrement, il a circulé dans Rome dans une Ford focus de 2008.
Ce genre de geste est présenté comme une preuve que le pape aime la pauvreté et la modestie, alors qu’en réalité il coûte cher, car cela complique sérieusement la tâche de sa garde rapprochée.
Entretien avec le directeur de la Civiltà Cattolica
Les 19, 23 et 29 août derniers, le pape François a accordé trois entretiens au père Antonio Spadaro S.J., directeur de La Civiltà Cattolica. Le texte en a été reproduit dans les principales revues jésuites du monde. Nous nous référons à la version française publiée par la revue Études [2].
« Le pape François n’accorde pratiquement aucune interview », prétend le « chapeau » de la revue. Pourtant, le 28 juillet, il a déjà accordé un long entretien aux journalistes dans l’avion qui le ramenait de Rio après les JMJ (voir Le Sel de la terre 86, p. 177-180) et il accordera, le 24 septembre, un autre long entretien au directeur de La Repubblica, que nous analyserons plus loin.
• Ses penseurs préférés : Henri de Lubac et Michel de Certeau
Le pape explique que les deux penseurs français contemporains qu’il préfère sont Henri de Lubac S.J. (1896-1991) et Michel de Certeau S.J. (1925-1986). Le premier est connu pour sa confusion entre la nature et la grâce, qui lui a valu une condamnation sous Pie XII [3] ; le second fut co-fondateur de la revue Christus et de l’École freudienne de Paris, autour de Jacques Lacan, et se signala par deux articles parus dans la revue Études en 1968 pour soutenir le mouvement de mai.
Pour se présenter, le pape confie :
Je peux peut-être dire que je suis un peu rusé (un po’ furbo), je sais manœuvrer (muoversi), mais il est vrai que je suis aussi un peu ingénu. Oui, mais la meilleure synthèse, celle qui est la plus intérieure et que je ressens comme étant la plus vraie est bien celle-ci : je suis un pécheur sur lequel le Seigneur a posé son regard.
• Je n’ai jamais été conservateur
Expliquant qu’il avait fait des erreurs quand on lui a confié très jeune des responsabilités, il déclare :
Ma manière autoritaire et rapide de prendre des décisions m’a conduit à avoir de sérieux problèmes et à être accusé d’ultra-conservatisme. J’ai vécu un temps de profondes crises intérieures quand j’étais à Córdoba. Voilà, non, je n’ai certes pas été comme la bienheureuse Imelda [4], mais je n’ai jamais été conservateur. C’est ma manière autoritaire de prendre les décisions qui a créé des problèmes.
• L’homosexualité
Il revient sur la question des personnes homosexuelles (dont il avait déjà parlé dans l’avion en revenant de Rio) :
A Buenos Aires j’ai reçu des lettres de personnes homosexuelles qui sont des « blessés sociaux » parce qu’elles se ressentent depuis toujours condamnées par l’Église. Mais ce n’est pas ce que veut l’Église. Lors de mon vol de retour de Rio de Janeiro, j’ai dit que si une personne homosexuelle est de bonne volonté et qu’elle est en recherche de Dieu, je ne suis personne pour la juger. Disant cela, j’ai énoncé ce que dit le Catéchisme [de l’Église catholique]. La religion a le droit d’exprimer son opinion au service des personnes, mais Dieu, dans la création, nous a rendus libres : l’ingérence spirituelle dans la vie des personnes n’est pas possible. Un jour quelqu’un m’a demandé d’une manière provocatrice si j’approuvais l’homosexualité. Je lui ai alors répondu avec une autre question : « Dis-moi : Dieu, quand il regarde une personne homosexuelle, en approuve-t-il l’existence avec affection ou la repousse-t-il en la condamnant ? » Il faut toujours considérer la personne.
Le pape ne veut donc pas juger les personnes homosexuelles, et quand on lui demande s’il approuve l’homosexualité, il élude la question en posant une autre question. Nous sommes loin de la doctrine traditionnelle. Saint Paul, par exemple, dénonce explicitement ce vice dans plusieurs épîtres (Rm 1, 24-32 : « Dieu les a livrés à des passions infâmes, car leurs femmes ont changé l’usage naturel en celui qui est contre-nature ; et de même les hommes, abandonnant l’usage naturel de la femme, se sont enflammés dans leurs désirs les uns pour les autres, commettant homme avec homme des choses infâmes, et recevant en eux-mêmes le salaire que méritait leur égarement » ; 1 Co 6, 10 : « Ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les infâmes, ni les voleurs […] ne posséderont le royaume de Dieu » ; 1 Tm 1, 10 mentionne de la même manière « les meurtriers, les impudiques, les infâmes […] »). Saint Paul explique aussi que l’aveuglement moral poussé jusqu’à l’approbation des vices contre-nature est une conséquence de l’impiété. C’est d’ailleurs aussi l’opinion de saint Augustin : Cette souillure n’est pas seulement un péché, c’est encore la peine du péché [5].
• La synodalité
Le pape explique qu’il aime consulter et parle de la « consulte des huit cardinaux » qu’il a institué pour l’aider dans sa tâche de gouvernement :
Je crois que la consultation est essentielle. Les consistoires, les synodes sont, par exemple, des lieux importants pour rendre vraie et active cette consultation. Il est cependant nécessaire de les rendre moins rigides dans la forme. La consulte des huit cardinaux, ce groupe consultatif outsider, n’est pas seulement une décision personnelle, mais le fruit de la volonté des cardinaux, ainsi qu’ils l’ont exprimée dans les congrégations générales avant le conclave. Et je veux que ce soit une consultation réelle, et non pas formelle.
Le journaliste demandant au pape : « Comment concilier harmonieusement le primat de Pierre et la synodalité ? » Ce dernier répond :
Il est peut-être temps de changer la manière de faire du synode, car celle qui est pratiquée actuellement me paraît statique. Cela pourra aussi avoir une valeur œcuménique, tout particulièrement avec nos frères orthodoxes. D’eux, nous pouvons en apprendre davantage sur le sens de la collégialité épiscopale et sur la tradition de la synodalité. L’effort de réflexion commune, qui prend en considération la manière avec laquelle était gouvernée l’Église dans les premiers siècles, avant la rupture entre l’Orient et l’Occident, portera du fruit en son temps. Ceci est important pour les relations œcuméniques : non seulement mieux se connaître, mais aussi reconnaître ce que l’Esprit a semé dans l’autre comme un don qui nous est aussi destiné. Je veux poursuivre la réflexion sur la manière d’exercer le primat de Pierre, déjà initiée en 2007 par la commission mixte et qui a conduit à la signature du Document de Ravenne. Il faut continuer dans cette voie.
Interrogé sur l’avenir de l’unité de l’Église, il répond :
Nous devons cheminer unis dans les différences : il n’y a pas d’autre chemin pour nous unir. C’est le chemin de Jésus.
Comme l’on voit, on ne sait pas très bien où on va ni par quelle route. Mais on va dans la direction d’une diminution de l’autorité du pape et d’une accentuation de la collégialité.
• Le rôle des femmes dans l’Église
Le pape avait déjà abordé ce point dans son entretien dans l’avion en revenant de Rio (Le Sel de la terre 86, p. 178). Il précise ici :
Il est nécessaire d’agrandir les espaces pour une présence féminine plus incisive dans l’Église. […] Il faut travailler davantage pour élaborer une théologie approfondie du féminin. C’est seulement lorsqu’on aura accompli ce passage qu’il sera possible de mieux réfléchir sur le fonctionnement interne de l’Église. Le génie féminin est nécessaire là où se prennent les décisions importantes. Aujourd’hui le défi est celui-ci : réfléchir sur la place précise des femmes, aussi là où s’exerce l’autorité dans les différents domaines de l’Église.
Est-ce que vraiment l’Église n’a pas encore réfléchi à la question de la place de la femme ? Méditant sur le modèle de la sainte Vierge, l’Église n’a-t-elle pas exalté la virginité et la maternité, tout en maintenant l’enseignement révélé de saint Paul [6] ?
• Vatican II est irréversible ; ses fruits sont considérables, notamment dans la liturgie ; le risque d’idéologisation du « Vetus Ordo ».
Vatican II fut une relecture de l’Évangile à la lumière de la culture contemporaine. Il a produit un mouvement de rénovation qui vient simplement de l’Évangile lui-même. Les fruits sont considérables. Il suffit de rappeler la liturgie. Le travail de la réforme liturgique fut un service du peuple en tant que relecture de l’Évangile à partir d’une situation historique concrète. Il y a certes des lignes herméneutiques de continuité ou de discontinuité, pourtant une chose est claire : la manière de lire l’Évangile en l’actualisant, qui fut propre au Concile, est absolument irréversible. Il y a ensuite des questions particulières comme la liturgie selon le Vetus Ordo. Je pense que le choix du pape Benoît fut prudentiel, lié à l’aide de personnes qui avaient cette sensibilité particulière. Ce qui est préoccupant, c’est le risque d’idéologisation du Vetus Ordo, son instrumentalisation.
Sans commentaires.
• Dieu se rencontre dans l’aujourd’hui
Le pape accorde plus d’importance aux manifestations de Dieu dans le temps qu’à la Révélation qui a eu lieu dans le passé. Cela est caractéristique du modernisme qui ne conçoit pas que la Révélation soit close.
Chercher Dieu dans le passé ou dans le futur est une tentation. Dieu est certainement dans le passé, parce qu’il est dans les traces qu’il a laissées. Et il est aussi dans le futur, comme promesse. Mais le Dieu « concret », pour ainsi dire, est aujourd’hui. C’est pourquoi les lamentations ne nous aideront jamais à trouver Dieu. Les lamentations qui dénoncent un monde « barbare » finissent par faire naître à l’intérieur de l’Église des désirs d’ordre, entendu comme pure conservation ou réaction de défense. Non : Dieu se rencontre dans l’aujourd’hui.
Et comment rencontrer Dieu dans l’aujourd’hui ? Le pape répond : par les sens spirituels.
Les sens qui perçoivent Dieu sont ceux que saint Ignace appelle les « sens spirituels ». Pour rencontrer Dieu, Ignace demande d’ouvrir sa sensibilité spirituelle plutôt que de mettre en œuvre une approche purement empirique. Il faut une attitude contemplative : sentir que l’on va par un bon chemin de compréhension et d’affection à l’égard des choses et des situations. Le signe en est celui d’une paix profonde, d’une consolation spirituelle, de l’amour de Dieu et de toutes les choses en Dieu.
Sans doute Dieu donne actuellement ses grâces et, de tout temps, il y a eu des expériences mystiques dans l’Église. Mais il est dangereux de ne pas distinguer entre les expériences mystiques (à supposer qu’elles soient de vraies expériences mystiques) et la Révélation publique. Seule cette dernière nous donne une certitude absolue, car l’Église a le privilège de l’interpréter infailliblement. Ne faisant pas cette distinction, le pape en est réduit à l’incertitude, ce qui est dramatique pour le chef de l’Église :
Bien sûr, dans ce chercher et trouver Dieu en toutes choses, il reste toujours une zone d’incertitude. Elle doit exister. Si quelqu’un dit qu’il a rencontré Dieu sans aucune marge d’incertitude, c’est que quelque chose ne va pas. C’est pour moi une clé importante. Si quelqu’un a la réponse à toutes les questions, c’est la preuve que Dieu n’est pas avec lui, que c’est un faux prophète qui utilise la religion à son profit. Les grands guides du peuple de Dieu, comme Moïse, ont toujours laissé un espace au doute. Si l’on doit laisser de l’espace au Seigneur, et non à nos certitudes, c’est qu’il faut être humble. L’incertitude se rencontre dans tout vrai discernement qui est ouvert à la confirmation de la consolation spirituelle.
Le pape oublie (ou ne sait pas) qu’on peut trouver Dieu autrement que par une « expérience mystique » qui laisse la place à l’incertitude. On peut rencontrer Dieu par la foi qui nous donne des certitudes. L’Église ne prétend pas répondre à toutes les questions, mais à certaines questions fondamentales, nécessaires au salut, sur lesquelles elle ne laisse pas place à l’incertitude.
Mais, visiblement, le pape ne pense pas à cette voie de la foi. Il n’envisage que celle de l’expérience, et cela lui fait mépriser ceux qui sont attachés à la Tradition (la vraie, celle qui est « mémoire du passé »), qualifiés de « légalistes » ou de « restaurationnistes », condamnés à ne rien trouver. La certitude dogmatique du pape se réduit à : « Dieu est dans la vie de chaque personne », c’est là qu’on doit le chercher.
Si le chrétien est légaliste ou cherche la restauration, s’il veut que tout soit clair et sûr, alors il ne trouvera rien. La tradition et la mémoire du passé doivent nous aider à avoir le courage d’ouvrir de nouveaux espaces à Dieu. Celui qui aujourd’hui ne cherche que des solutions disciplinaires, qui tend de manière exagérée à la « sûreté » doctrinale, qui cherche obstinément à récupérer le passé perdu, celui-là a une vision statique et non évolutive. De cette manière, la foi devient une idéologie parmi d’autres. Pour ma part, j’ai une certitude dogmatique : Dieu est dans la vie de chaque personne. Dieu est dans la vie de chacun. Même si la vie d’une personne a été un désastre, détruite par les vices, la drogue ou autre chose, Dieu est dans sa vie. On peut et on doit le chercher dans toute vie humaine.
Puisque Dieu est dans la vie de chacun, on comprend que la prière du pape est, comme il le dit lui-même, « une prière “mémorieuse” (memoriosa), pleine de mémoire, de souvenirs, la mémoire de mon histoire ou de ce que le Seigneur a fait dans son Église ou dans une paroisse particulière ».
• Le dépôt de la foi
Le pape parle du dépôt de la foi, mais pour nous signaler qu’il « croît ». Pourtant il ne croît pas en lui-même, mais l’Église le propose avec plus de précisions au fur et à mesure des besoins.
Cela le conduit à dire que :
Il y a des normes et des préceptes secondaires de l’Église qui ont été efficaces en leur temps, mais qui, aujourd’hui, ont perdu leur valeur ou leur signification. Il est erroné de voir la doctrine de l’Église comme un monolithe qu’il faudrait défendre sans nuance.
Et il donne comme exemple « l’esclavage ou la peine de mort », comme si la doctrine de l’Église avait varié sur ces points, ce qui est faux.
Saint Paul ne condamnait pas l’esclavage comme intrinsèquement pervers, tout en encourageant les maîtres chrétiens (comme Philémon) à affranchir leurs esclaves. Cela a toujours été la position de l’Église.
De même, l’Église (catholique) n’a jamais condamné la peine de mort.
L’Église ne s’est jamais aussi bien portée qu’aujourd’hui
Lors de la rencontre avec le clergé de Rome, le 16 septembre 2013, le pape François n’a pas caché son optimisme sur la situation de l’Église aujourd’hui :
La sainteté est plus forte que les scandales. Loin de s’écrouler, l’Église, j’ose l’affirmer, ne s’est jamais aussi bien portée qu’aujourd’hui. C’est un beau moment, ce dont l’histoire témoigne. Certains saints sont reconnus hors de l’Église catholique comme Mère Teresa car il existe une sainteté de chaque jour comme celle de tant de mères et d’épouses, d’hommes œuvrant pour leur famille. Ceci nous remplit d’espérance [7].
Le pape ne lit probablement pas les « Nouvelles de Rome » du Sel de la terre, sinon il ne serait pas si optimiste.
Remarquons au passage qu’il canonise déjà Mère Teresa de Calcutta, alors qu’elle n’a encore été reconnue que « bienheureuse » par l’Église conciliaire. Quant à la « sainteté » de cette personne, elle ne correspond pas à la vision traditionnelle de la sainteté [8], mais plutôt à celle que s’en fait l’organisme très maçonnique des Nations Unies qui a célébré la première « Journée internationale de la charité », le 5 septembre dernier, jour anniversaire de la mort de Mère Teresa.
Le pape et le directeur de La Repubblica
• Lettre publique
Le 11 septembre, le pape rendit publique une lettre qu’il a adressée à Eugenio Scalfari, fondateur du journal La Repubblica, qui se dit athée et qui avait adressé deux lettres publiques au pape les 7 juillet et 7 août. Le pape disait notamment que :
Le temps est désormais venu, et Vatican II en a précisément inauguré la saison, d’instaurer un dialogue ouvert et exempt de préjugés [entre la culture d’inspiration chrétienne et la culture moderne empreinte des Lumières], susceptible de rouvrir les portes à une rencontre sérieuse et féconde.
Il précise que
ce dialogue n’est pas un accessoire secondaire de l’existence du croyant : il en est au contraire une expression intime et indispensable.
Il explique ensuite l’origine de sa foi :
La foi, pour moi, est née de la rencontre avec Jésus. Une rencontre personnelle, qui a touché mon cœur et donné une orientation et un sens nouveau à mon existence. […] C’est à partir de là, de cette expérience personnelle de foi vécue au sein de l’Église, que je me sens à l’aise pour écouter vos questions et rechercher, à vos côtés, des routes au long desquelles nous pouvons, peut-être, commencer à faire un bout de chemin ensemble.
C’est encore la foi basée sur l’expérience, typique du modernisme, dont nous avons déjà parlé (voir l’éditorial du Sel de la terre 86).
Puis il donne un résumé de la foi chrétienne, un peu abscons :
C’est précisément alors [sur la croix] – comme le déclare le centurion romain aux pieds de la croix, dans l’Évangile de Marc – que Jésus se manifeste, paradoxalement, comme le Fils de Dieu ! Fils d’un Dieu qui est amour et qui veut, de tout son être, que l’homme, chaque homme, se découvre et vive lui aussi comme son véritable fils. Ceci, pour la foi chrétienne, est certifié par le fait que Jésus est ressuscité : non pas pour triompher sur celui qui l’a refusé, mais pour attester que l’amour de Dieu est plus fort que la mort, que le pardon de Dieu est plus fort que tout péché et qu’il vaut la peine de dépenser sa vie, à fond, pour témoigner de cet immense don. Voici ce que croit la foi chrétienne : que Jésus est le Fils de Dieu venu pour donner sa vie afin d’ouvrir à tous la voie de l’amour.
Ce n’est pas seulement sur la croix que Jésus se manifeste comme le Fils de Dieu. Saint Pierre l’avait déjà confessé depuis longtemps, et les Juifs l’on condamné à mort parce qu’il se prétendait le Fils de Dieu.
Quant à dire que tout homme doit se découvrir comme véritable fils de Dieu, c’est négliger de dire que l’homme ne devient fils de Dieu que par la grâce du baptême.
Quant à la signification de la passion comme expiation des péchés des hommes, et de la résurrection comme preuve de la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, on la cherche en vain dans cette brève profession de foi.
Répondant à une question sur la promesse faite par Dieu aux juifs, le pape déclare :
A travers les terribles épreuves de ces siècles, les juifs ont conservé leur foi en Dieu. Et de cela, nous ne leur serons jamais suffisamment reconnaissants, en tant qu’Église, mais également en tant qu’humanité. D’ailleurs, justement en persévérant dans la foi dans le Dieu de l’alliance, ils nous rappellent à tous, à nous aussi chrétiens, que comme des pèlerins, nous sommes toujours dans l’attente du retour du Seigneur et que, donc, nous devons toujours lui être ouverts et ne jamais rester figés dans ce que nous avons déjà atteint.
Est-ce que les juifs, en refusant le Messie, ont vraiment conservé la foi en Dieu ? Comment peuvent-ils nous rappeler que « nous sommes toujours dans l’attente du retour du Seigneur » alors qu’il attendent une autre Messie que Notre-Seigneur Jésus-Christ ?
• Entretien avec le journaliste
Quelque temps après le pape prit rendez-vous avec le journaliste pour s’entretenir avec lui. L’entretien eut lieu le 24 septembre et le texte parut le 1er octobre dans le journal La Repubblica. Nous reproduisons, ci-après, des extraits de la traduction parue dans l’ORLF nº 41 du 10 octobre 2013. Le journaliste écrit :
L’entretien avait été précédé d’un appel téléphonique que je n’oublierai jamais de ma vie. Il était deux heures et demie de l’après-midi. Mon téléphone sonne et la voix de ma secrétaire, au comble de l’agitation, me dit : « J’ai le pape en ligne, je vous le passe tout de suite. » Je demeure sans voix tandis que celle de Sa Sainteté, à l’autre bout du fil, dit : « Bonjour, je suis le pape François. » Bonjour, Votre Sainteté – dis-je – en ajoutant aussitôt : Je suis bouleversé, je ne m’attendais pas à ce que vous m’appeliez. « Pourquoi bouleversé ? Vous m’avez écrit une lettre demandant de faire ma connaissance. Ce désir étant réciproque, je vous appelle pour fixer un rendez-vous. Voyons mon agenda : mercredi, je suis pris, lundi aussi, seriez vous libre mardi ? » Je lui réponds : c’est parfait.
Cette introduction n’est pas anodine. Elle fait partie de la nouvelle image de la papauté que le pape veut donner.
• Le prosélytisme est une pompeuse absurdité
Le journaliste continue :
Me voici arrivé. Le pape entre et me serre la main, nous nous asseyons. Le pape sourit et me dit : « Certains de mes collaborateurs qui vous connaissent m’ont averti que vous allez essayer de me convertir. » À ce trait d’esprit, je réponds : Mes amis aussi vous prêtent l’intention de me convertir. Il sourit à nouveau et répond : « Le prosélytisme est une pompeuse absurdité, cela n’a aucun sens. Il faut savoir se connaître, s’écouter les uns les autres et faire grandir la connaissance du monde qui nous entoure. Il m’arrive qu’après une rencontre j’aie envie d’en avoir une autre car de nouvelles idées ont vu le jour et de nouveaux besoins s’imposent. C’est cela qui est important : se connaître, s’écouter, élargir le cercle des pensées. Le monde est fait de routes qui rapprochent et éloignent, mais l’important est qu’elles conduisent vers le Bien. »
« Le prosélytisme est une pompeuse absurdité, cela n’a aucun sens », cette phrase a déjà fait le tour du monde. Le prosélytisme, c’est l’esprit missionnaire. Dire que le prosélytisme est absurde, c’est condamner l’activité missionnaire de l’Église. Hans Küng a raison de dire que le pape est révolutionnaire.
• Chacun de nous a une vision du bien, et aussi du mal
Votre Sainteté, existe-t-il une vision unique du Bien ? Et qui en décide ? « Chacun de nous a une vision du bien, et aussi du mal. Notre tâche est d’inciter chacun à aller dans la direction de ce qu’il estime être le bien. » Votre Sainteté, vous-même l’aviez écrit dans une lettre que vous m’avez adressée. La conscience est autonome, disiez-vous, et chacun doit obéir à sa conscience. À mon avis, c’est l’une des paroles les plus courageuses qu’un pape ait prononcée. « Et je le répète ici. Chacun a une idée à lui du bien et du mal et chacun doit choisir de suivre le bien et combattre le mal selon l’idée qu’il s’en fait. Cela suffirait pour vivre dans un monde meilleur. »
Cette réflexion du pape a également fait le tour du monde. En faisant abstraction de la loi de Dieu, il semble que le pape laisse à la conscience individuelle le soin d’être juge absolue du bien et du mal. C’est le relativisme moral. Un musulman qui pense que la polygamie est une bonne chose doit être encouragé dans ce sens, de même un protestant qui pense qu’on peut divorcer et épouser une deuxième femme, etc.
• La réforme de l’Église : le début d’une Église pas seulement verticale, mais aussi horizontale
Le pape revient sur le thème de la réforme de l’Église, déjà abordé dans son entretien avec les revues jésuites (voir p. 175 : « la synodalité »).
J’ai décidé comme première chose de nommer un groupe de huit cardinaux pour former mon conseil. Pas des courtisans, mais des personnalités sages et animées des mêmes sentiments que les miens. C’est le début d’une Église qui n’a pas seulement une organisation verticale, mais aussi horizontale. […]
« C’est le début d’une Église »… l’expression laisse entendre qu’il s’agit d’une réforme profonde, atteignant la nature même de l’Église.
La curie a un défaut : elle est centrée sur le Vatican. Elle voit et suit les intérêts du Vatican, qui sont encore en grande partie des intérêts temporels. Cette vision centrée sur le Vatican néglige le monde qui nous entoure. Je ne partage pas cette vision et je ferai tout mon possible pour la modifier. L’Église est ou doit redevenir une communauté du peuple de Dieu et les prêtres, les curés, les évêques ayant charge d’âmes sont au service du peuple de Dieu.
« Je ferai tout mon possible pour la modifier » : le pape montre bien sa volonté d’aboutir à cette réforme.
Les chefs de l’Église ont été souvent narcissiques, en proie aux flatteries et excités à mauvais escient par leurs courtisans. La cour est la lèpre de la papauté.
L’ère de la repentance n’est pas close.
• Les maux les plus graves
Les maux les plus graves dont souffre le monde d’aujourd’hui ne sont pas la perte de la foi, l’immoralité, l’avortement, la corruption de la jeunesse, etc., mais « le chômage des jeunes et la solitude des personnes âgées » :
Les maux les plus graves qui affligent le monde d’aujourd’hui sont le chômage des jeunes et la solitude dans laquelle sont abandonnées les personnes âgées. Les personnes âgées ont besoin de soins et de compagnie ; les jeunes de travail et d’espérance, mais ils n’ont ni l’un ni l’autre et le malheur est qu’ils ne les recherchent même plus. Ils ont été écrasés sur le présent. Dites-moi : peut-on vivre écrasé sur le présent ? Sans mémoire du passé et sans désir de se projeter vers l’avenir en construisant un projet, un avenir, une famille ? Peut-on aller de l’avant ainsi ? Voilà, selon moi, le problème le plus urgent auquel l’Église est confrontée.
• La politique
Le pape est fidèle à la nouvelle doctrine conciliaire de séparation de l’Église et de l’État, doctrine opposée à celle du Christ-Roi :
J’ai dit que la politique est la première des activités civiles et qu’elle a son propre champ d’action, qui n’est pas celui de la religion. Les institutions politiques sont laïques par définition et opèrent dans des domaines indépendants. Mes prédécesseurs, depuis déjà de nombreuses années, n’ont cessé de le dire, chacun à sa manière. Je crois que les catholiques engagés dans la politique portent en eux les valeurs de la religion avec toute la maturité de conscience et les compétences nécessaires pour les mettre en œuvre. L’Église n’ira jamais au-delà de son devoir, qui est d’exprimer et de diffuser ses valeurs, du moins tant que je serai là. Question : « Mais l’Église n’a pas toujours agi ainsi. » Réponse : « En réalité, presque jamais. Très souvent, l’Église en tant qu’institution a été dominée par l’attachement au pouvoir temporel. »
• Pas de Dieu catholique
Encore une phrase qui a beaucoup choqué, le pape ne croit pas « dans un Dieu catholique ».
Le journaliste : « Je crois dans l’Être, c’est-à-dire le tissu d’où jaillissent les formes, les Étants. » Réponse du pape : « Et moi, je crois en Dieu. Pas dans un Dieu catholique, car il n’existe pas de Dieu catholique, il existe Dieu. Et je crois en Jésus-Christ, son incarnation. Jésus est mon maître et mon pasteur, mais Dieu, le Père, Abbà, est la lumière et le Créateur. Tel est mon Être. Trouvez-vous que nous soyons si éloignés l’un de l’autre ? »
Le « Dieu catholique », c’est la sainte Trinité que prêche et honore l’Église catholique. La phrase du pape « sent l’hérésie », car elle laisse penser que le vrai Dieu est au-dessus de toutes les religions.
Mais la phrase suivante n’est pas meilleure : « Jésus est mon maître et mon pasteur, mais Dieu, le Père, Abbà, est la lumière et le Créateur. » Car elle laisse entendre – à cause de la particule « mais » – que Jésus n’est pas « la lumière et le Créateur ».
A la fin de l’entretien, le pape fait cette réflexion :
J’observe pour ma part que Dieu est lumière qui illumine les ténèbres même s’il ne les dissipe pas, et qu’une étincelle de cette lumière divine est au-dedans de chacun d’entre nous. Dans la lettre que je vous ai écrite, je me souviens vous avoir dit que notre espèce, comme d’autres, finira, mais la lumière de Dieu ne finira pas, et envahira toutes les âmes et alors tout sera en tous.
Ce passage a une forte saveur gnostique (« une étincelle de cette lumière divine est au-dedans de chacun d’entre nous ») et semble professer le salut universel : « La lumière de Dieu ne finira pas, et envahira toutes les âmes et alors tout sera en tous. »
• Un entretien « fidèle » et pourtant supprimé
L’hebdomadaire Le Point du 2 octobre 2013 a donné ce commentaire :
Le père Lombardi a relevé que cette interview n’est pas « un texte du magistère, mais une transcription d’une conversation avec une personne qui a été autorisée à la publier ». Le porte-parole part du principe qu’elle « a été enregistrée » et qu’elle « est fidèle ». Selon le père jésuite, le pape inaugure « un nouveau mode d’expression auquel nous n’étions pas habitués. C’est une autre nouveauté du pape, un terrain nouveau ». Cette interview « sans préjugés ni filtres démontre sa disponibilité à l’égard d’un monde non croyant pas toujours bienveillant », a-t-il dit. « Il n’y a pas eu une révision du texte » avant sa publication, François « ne l’ayant pas relu » comme il avait relu sa longue interview à la revue jésuite Civilta Cattolica, deux semaines plus tôt, a dit le père Lombardi. « Il n’y a eu aucune raison d’apporter des corrections. Si le pape avait eu l’intention de démentir ou de dire qu’il y avait eu de mauvaises interprétations, il l’aurait dit », a remarqué le porte-parole. Le fait qu’elle ait ensuite été rapportée par le quotidien du Vatican, l’Osservatore Romano, « lui attribue une authenticité ».
Pourtant, devant le scandale provoqué par cette publication, le texte a disparu du site du Vatican au mois de novembre, sur décision de la Secrétairerie d’État. Une raison de sa suppression a été donnée aux journalistes, le 15 novembre, par le père Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège : « C’est un dialogue, mais pas un texte revu mot à mot ; de source sûre dans le sens général, mais pas dans chacune de ses formulations. »
• Le pape dit-il la vérité ?
L’agence Zenit (16 novembre 2013) avoue que le texte de l’entretien contient une « erreur » :
De fait, l’article contient une erreur au sujet du conclave. Il est dit que pendant le conclave, une fois atteint le nombre de voix nécessaires à son élection, le cardinal Jorge Mario Bergoglio s’était retiré pour prier seul avant d’accepter cette charge importante. Cela a été formellement démenti par certains cardinaux, en particulier par l’archevêque de New York, Timothy Dolan.
Mais peut-on parler d’une erreur ? L’affirmation du pape est bien détaillée :
Avant d’accepter, je demandai la permission de me retirer quelques minutes dans la pièce adjacente à celle du balcon qui donne sur la place. Ma tête était totalement vide et j’étais envahi par l’angoisse. Pour la dissiper et me détendre, je fermai les yeux et je demeurai sans aucune pensée, pas même celle de refuser la charge, comme le permettrait la procédure liturgique. A un certain moment, une grande lumière m’envahit, qui dura un bref instant, mais me parut infiniment long. Puis la lumière disparut et je me levai d’un bond pour me diriger vers la pièce où m’attendaient les cardinaux et la table sur laquelle reposait l’acte d’acceptation. J’y apposai ma signature, le cardinal camerlingue le contresigna, puis nous sortîmes et l’« Habemus Papam » fut prononcé.
Le « démenti formel » de certains cardinaux laisse planer un doute sur l’ensemble de l’article.
Hans Küng : « François, pape du renouveau »
On pouvait lire dans le journal Le Point du 10 octobre [9] un intéressant article du théologien ultra progressiste Hans Küng [10]. En voici quelque extraits :
Je ressens une grande joie à suivre ce qu’est en train de réaliser le pape François, parce que ses paroles et ses actes vont dans le sens du renouveau et non de la restauration. J’ai envoyé mes livres à ce nouveau pape et il m’a répondu aussitôt par une lettre personnelle, écrite de sa main, pour me remercier et me dire qu’il les lirait avec plaisir, en précisant qu’il se tenait à ma disposition. C’est une lettre extraordinaire qu’il a signée simplement par : «Fraternellement. François. » Il n’a pas ajouté une croix après son nom ou les lettres « pp » pour « papa », l’abréviation traditionnelle dont tous les papes avant François faisaient suivre leur signature. […] En quelques mois, il a déjà bouleversé le style, le langage, le protocole, le ton vaticanesques. […] Beaucoup de catholiques espèrent que François mettra en pratique le changement impulsé par Jean XXIII au Concile. Il ne va pas multiplier les obstructions à ces réformes, contrairement à ses prédécesseurs. […] Question : « Percevez-vous François comme un « pape révolutionnaire », ainsi que l’a dit récemment le cardinal Roger Etchegaray ? » — Oui, mais c’est un révolutionnaire prudent. Il a l’habileté de ne pas entrer dans une confrontation directe avec la curie romaine. N’oublions pas que c’est la curie qui a empêché Vatican II de statuer sur la contraception ou le mariage des prêtres. Il s’agit maintenant d ’achever l’œuvre du Concile, qui avait essayé d’intégrer dans l’Église les paradigmes de la réforme protestante et de la modernité des Lumières : l’ouverture vers la liberté religieuse, l’ouverture vers le judaïsme, et par conséquent vers l’islam et les nouvelles religions, l’ouverture vers un monde séculier et moderne.
Hans Küng espère surtout que le nouveau pape va promouvoir le principe de collégialité « voulu par Vatican II », et il se félicite qu’il ait « changé de méthode de gouvernement en faisant venir auprès de lui des évêques du monde entier ».
Le 13 octobre, consécration au Cœur Immaculé de Marie ?
Le pape a fait venir à Rome la statue de Notre-Dame de Fatima et l’on s’attendait à ce qu’il fasse une consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie le 13 octobre.
Mais, de fait, dans sa prière, le pape n’a fait mention ni du « monde » ni du « Cœur Immaculé de Marie ». Voici la phrase de la prière qui fait mention d’une consécration :
Nous célébrons en toi les grandes œuvres de Dieu, qui jamais ne se lasse de se pencher avec miséricorde sur l’humanité, affligée par le mal et blessée par le péché, pour la guérir et pour la sauver. Accueille avec ta bienveillance de Mère l’acte de consécration qu’aujourd’hui nous faisons avec confiance, devant ta statue qui nous est si chère.
On voit donc combien les médias nous mentent quand ils affirment impudemment :
Il n’y a pas de doute, c’est bien une « consécration » du monde au Cœur immaculé de Marie que le pape François a voulue et a faite, très solennellement, ce dimanche matin, place Saint-Pierre en mondovision : la télévision italienne, la RAI, a ainsi reconnu l’importance de l’événement. Les messes du pape, place Saint-Pierre, ne sont pas toutes transmises à la télévision en mondovision [11] !
Pourquoi le pape est-il si populaire ?
C’est la question que se pose un journaliste, Antonio Gaspari (Zenit, 14 et 15 octobre 2013). Lisons quelque extraits de la description qu’il donne et des explications qu’il propose. Nous proposerons après notre explication.
On l’acclame. Il fascine les croyants, les agnostiques, les athées, ceux qui appartiennent à d’autres religions. Pourquoi est-il si populaire ? Tous les papes sont uniques, mais François est vraiment un pape extraordinaire, incroyable. Il nous étonne chaque jour davantage. Il a un comportement inattendu. Il vit dans une chambre d’hôtel, voyage dans des voitures ordinaires et, lorsque c’est possible, sans escorte. Il est vêtu sobrement, chaussé de gros souliers cabossés. […] Il visite, console et confesse les détenus, les malades du sida, les personnes qui ont des problèmes psychiques. Pas un Jeudi saint qu’il n’ait célébré hors de sa cathédrale, dans les prisons, les hôpitaux, les cliniques psychiatriques, les maisons de retraite, les orphelinats, les favelas, les quartiers les plus pauvres et les plus mal famés. […] Il réconforte et calme les malades et les personnes handicapées, attrape au vol un chapelet qu’on lui envoie, remet la sucette dans la bouche d’un enfant qui pleure, signe la jambe plâtrée d’une adolescente en fauteuil roulant, salue et embrasse chacun, bénit, conseille, écoute les enfants et les personnes âgées, dialogue intensément avec la foule, l’invite à répondre à ses questions et réclame sa prière, parfois en silence. […] Avec dix millions de « followers » sur Twitter, le pape s’est vu attribuer récemment l’oscar de la toile, comme « personnage de l’année » au Blogfest 2013, barrant toute concurrence sur Internet. […] D’après un sondage, mené par l’Institut Toniolo auprès d’un millier de jeunes, 83, 6 % d’entre eux considèrent que les paroles choisies sont adaptées au monde contemporain, capables de rejoindre le cœur des personnes. Le pape est sympathique à 91, 5 % des personnes interrogées et 81 % d’entre elles affirment qu’il peut obtenir une plus grande cohérence morale entre les comportements et les valeurs affirmées.
Selon nous, la popularité du pape vient de ce qu’il sait utiliser les moyens modernes de publicité – on dit qu’il a pris les conseils d’une société allemande de « branding [12] » – et qu’il mesure bien ses paroles et ses gestes pour ne rien faire qui déplaise au monde (par exemple, il refuse de répondre aux questions sur l’avortement (voir Le Sel de la terre 86, p. 177-178).
Comité International de Liaison Catholique-Juif
Du 13 au 17 octobre 2013 s’est tenue à Madrid la 22e rencontre du Comité International de Liaison Catholique-Juif (ILC ou IC-JLC). Cette structure interreligieuse, fondée en 1971, est l’instance de dialogue la plus haute et la plus étendue entre l’Église catholique et le judaïsme. La déclaration finale insiste sur « le chemin nouveau » pris depuis le Concile, sur la construction commune d’un monde fondé sur les droits de l’homme, sur la foi commune dans la dignité de l’homme et sur l’importance du droit fondamental à la liberté religieuse (incluant le droit à l’abattage rituel et à la circoncision) :
Il y a presque cinquante ans, le concile Vatican II a promulgué la déclaration Nostra Ætate, plaçant l’Église catholique sur un chemin nouveau dans ses relations avec le peuple juif. […] Dans cette 22e rencontre, nous réaffirmons la relation unique entre catholiques et juifs, sur la base d’un héritage spirituel commun et de notre responsabilité partagée pour défendre la dignité humaine. En tant que catholiques et en tant que juifs, nous nous efforçons de construire un monde dans lequel les droits humains sont reconnus et respectés et où tous les peuples et toutes les sociétés puissent s’épanouir dans la paix et la liberté. […] Encouragés dans notre travail par l’expression, par le pape François, de sa préoccupation pour le bien-être universel de tous, en particulier des pauvres et des opprimés, nous partageons la foi dans la dignité de tout individu comme un don de Dieu. Cela exige qu’on accorde à toute personne une pleine liberté de conscience et la liberté de l’expression religieuse des individus et des institutions, de façon privée et publique. […] Nous appelons les leaders politiques et les gouvernements […] à agir pour assurer la sécurité physique et la protection légale de ceux qui exercent le droit fondamental à la liberté religieuse […]. Parmi les revendications religieuses attaquées aujourd’hui et qui tombent sous le droit d’être protégées, sont l’abattage rituel, la circoncision des garçons […].
Le droit à la liberté religieuse est une des réformes du Concile à laquelle tiennent spécialement les juifs. Elle est en effet la meilleure manière d’affaiblir l’Église catholique en donnant la liberté de propagande à toutes les fausses religions.
Commission luthérano-catholique pour l’unité
L’œcuménisme continue aussi avec les luthériens. Le pape a reçu en audience les membres de la commission luthérano-catholique pour l’unité, le 21 octobre. Il a notamment déclaré :
Dans la mesure où nous nous approchons de Notre-Seigneur Jésus-Christ avec un esprit humble, nous sommes sûrs de nous approcher aussi les uns des autres. Et dans la mesure où nous invoquerons du Seigneur le don de l’unité, nous sommes certains qu’il nous prendra par la main et sera lui-même notre guide.
Il y a là un double sophisme :
Le pape encourage à s’approcher de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour pouvoir nous approcher les uns des autres : mais ne pouvons nous approcher de Notre-Seigneur Jésus-Christ que dans et par l’Église catholique.
Ensuite, le pape encourage à demander à Dieu le don de l’unité. Mais l’unité existe déjà, c’est une note de l’Église catholique. Ce qu’il faut demander, c’est le retour à l’unité de ceux qui s’en sont séparés.
[1] — Zenit.org – www.lepoint.fr – www.franceinfo.fr, au 11 septembre 2013.
[3] — Surnaturel. Études historiques, paru en 1946, fit scandale. L’encyclique Humani Generis (1950) condamna la théorie de Lubac qui fut interdit d’enseignement par le général des jésuites ; ses livres furent retirés des écoles et instituts de formation. En 1958, à la mort de Pie XII, il recommença à enseigner. En 1960, il fut nommé par Jean XXIII consultant (peritus) de la Commission théologique préparatoire à Vatican II, à la grande surprise de Mgr Lefebvre. En 1983, il fut créé cardinal par Jean-Paul II.
[4] — Expression idiomatique signifiant : « un petit saint ».
[5] — PL 40, col. 1326. Sur toute cette question, voir Dominicus, « A la lumière de l’Écriture sainte : Saint Paul contre Sodome », Le Sel de la terre 52, printemps 2005, p. 35-42.
[6] — 1 Co 14, 34-35 : « Que les femmes se taisent dans les églises, car il ne leur est pas permis de parler ; mais qu’elles soient soumises, comme le dit aussi la loi. Si elles veulent s’instruire sur quelque chose, qu’elles interrogent leurs maris à la maison ; car il est honteux pour une femme de parler dans l’église. » 1 Tm 2, 11-12 : « Que la femme reçoive l’instruction en silence, avec une entière soumission. Je ne permets point à la femme d’enseigner, ni de prendre autorité sur l’homme ; mais elle doit demeurer dans le silence. »
[7] — VIS 17 septembre 2013.
[8] — Voir l’article du père Marie-Dominique, « Vraie ou fausse charité ? Mère Teresa de Calcutta (1910-1997) », dans Le Sel de la terre 71 (hiver 2009-2010), p. 101.
[9] — Le Point 2143, 10 octobre 2013, p. 155-156.
[10] — « Outre l’infaillibilité pontificale et la divinité du Christ, cet ecclésiastique nie la plupart des dogmes chrétiens, de telle sorte que même la Rome conciliaire a dû lui retirer l’autorisation d’enseigner [en 1979] » (Abbé Matthias Gaudron, « Catéchisme de la crise dans l’Église », Le Sel de la terre 49, p. 35).
[11] — Zenit, 13 octobre 2013.
[12] — Le « branding » est une discipline née dans les années 1950 qui a pour but de conseiller les entreprises qui veulent développer une image positive d’elle-même.
Informations
L'auteur
Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).
Le numéro

p. 172-189
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