Vie de sœur Josefa Menéndez
Ce livre a été composé par une religieuse du Sacré-Cœur en 1928, peu de temps après la mort de sœur Josefa (29 décembre 1923) et quinze ans avant la parution de Un appel à l’Amour, l’ouvrage bien connu et largement diffusé qui rapporte les visions et les messages de la voyante du Sacré-Cœur. A l’origine, ce travail était réservé aux religieuses du Sacré-Cœur pour leur faire connaître celle qu’elles avaient côtoyée sans rien soupçonner des grâces dont elle était favorisée. Il vient d’être heureusement réédité. Sa lecture permet de mieux connaître et comprendre la vie et le quotidien de sœur Josefa (elle mourut après seulement trois ans de vie religieuse !), et de replacer les messages de Un appel à l’Amour dans leur véritable contexte et leur chronologie.
On ne tiendra pas compte du bref et regrettable « avertissement » par lequel débute la réédition, signalant que ce livre a été écrit avant le concile Vatican II (souligné dans le texte), pour expliquer qu’il garde la « marque de son temps quant au vocabulaire, au style et au contenu ». L’avertissement prévient encore que « certains chapitres pourront surprendre ou même choquer : par exemple des passages du chapitre V : Part aux souffrances de la passion ; ou des passages des chapitres VI et VII : Visions d’enfer ; Appels du purgatoire ». Pour comprendre ces chapitres, conseille l’avertissement, il sera bon de relire la lettre apostolique du pape Jean-Paul II Salvifici doloris sur le sens chrétien de la souffrance (1984) et le commentaire théologique du cardinal Ratzinger sur le secret de Fatima (2000).
En effet, il est clair que la spiritualité de sœur Josefa, très axée sur la réparation, la croix, l’humilité, sans pour autant exclure la confiance, l’amour et la joie, loin s’en faut, n’est pas au goût du jour et s’accorde mal avec les enseignements conciliaires. A cet égard, l’« appel à l’Amour » adressé par le Sacré-Cœur à sœur Josefa nous paraît moins ambigu que la « divine miséricorde » de sœur Faustine (dont il est question plus loin dans ce numéro ; voir la partie « informations et commentaires ») : l’amour que demande le Sacré-Cœur à sa privilégiée, tout en étant fortement inspiré par la miséricorde, n’exclut pas la justice divine, ni l’héroïcité du don de soi jusque dans les infimes détails de la vie quotidienne. Comme le lui déclara Jésus, le 3 février 1921 : « Je ferai de toi une victime d’abord, puis une sainte. »
Mais, heureusement, dès l’introduction rédigée par la supérieure générale de l’époque (1928), on retrouve le bon esprit catholique dont tout le livre est profondément imprégné :
En ce temps où le modernisme nie l’existence de l’enfer ou du moins de son feu et de son éternité, Dieu a voulu révéler l’un et l’autre à son humble servante [Josefa]. […] Le dogme de la communion des saints, celui du purgatoire, l’efficacité de la prière, des bonnes œuvres, des pénitences et des indulgences sont illustrées dans ces pages d’une manière instructive et consolante… (p. 7).
On retrouve, dans la vie de sœur Josefa, l’esprit des voyants de Fatima à qui Notre-Dame a également montré l’enfer et appris à multiplier les petits sacrifices accomplis secrètement par amour, pour la conversion des pécheurs. Serait-ce devenu moins nécessaire aujourd’hui ?
Dominicus
Vie de sœur Josefa Menéndez, sœur coadjutrice de la Société du Sacré-Cœur de Jésus, Rome, 1928, réédition par l’Œuvre du Sacré-Cœur (Les Feuillants, 1 voie André Malraux, 86000 Poitiers), 2013, 421 p. (21 x 15 cm, ISBN 978-2-9539581-4-0), 20 € [1].
[1] — Pour les lecteurs pressés, nous signalons la plaquette éditée également par l’Œuvre du Sacré-Cœur et résumant la vie et les messages de la voyante à partir de documents contemporains rédigés entre 1921 et 1924 : A la découverte de sœur Josefa Menéndez, religieuse du Sacré-Cœur de Jésus (1890-1923), 2013, 64 p., 7 €.

