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Richesses et actualité de l’Apocalypse

 

par le frère Emmanuel-Marie O.P.

 

 

Le Christ au glaive - Tentures d'Angers
Le Christ au glaive - Tentures d'Angers

Une révélation pleine d’énigmes

 

Qui, aujourd’hui, lit encore l’Apocalypse ?

Et pourtant, ce livre mystérieux par lequel s’achève la Bible est d’une richesse incomparable et d’une grande actualité.

La première impression qu’on retire en abordant ce texte est celle d’un paradoxe : « apocalypse », étymologiquement, signifie dévoilement, révélation. Or, les grandes visions rapportées par saint Jean sont à bien des égards terriblement obscures : style heurté, langage imagé, foison de symboles, visions entrelacées qui se recoupent et dont on a bien du mal à discerner l’ordre et le sens. Tout cela nous déconcerte et nous fascine à la fois, et s’il est un livre de la sainte Écriture qui réclame un guide pour être compris et correctement interprété, c’est bien celui-là.

 

« Ce qui doit arriver bientôt »

 

C’est que l’Apocalypse est une prophétie qui révèle, comme le disent les premiers mots du texte, « ce qui doit arriver bientôt ». Or la prédiction des événements futurs est par nature obscure et nécessairement mystérieuse.

Pour autant, il ne faut pas se tromper sur l’objet de cette prophétie.

En dépit du sens que l’usage courant a donné au mot apocalypse, la révélation faite à saint Jean n’est pas essentiellement l’annonce de calamités et de catastrophes effrayantes, annoncées « pour bientôt » – même si l’apôtre prédit de terribles châtiments et de grandes épreuves. Elle n’est pas davantage la prédiction de la date de la fin du monde, comme le croiraient volontiers ceux qui veulent absolument voir, derrière les symboles et les obscurités du texte, des informations fantastiques capables de satisfaire leur vaine curiosité. L’Apocalypse n’est ni une exhibition d’épouvante grandiose, une sorte de film d’horreur avant la lettre, ni un message crypté pour esprits avides d’ésotérisme.

Cette révélation est en réalité beaucoup plus générale et plus profonde : elle porte sur les luttes qui doivent nécessairement émailler l’histoire du monde et de l’Église : elle en affirme la réalité historique, en souligne le caractère foncièrement surnaturel, en dévoile les causes véritables, en donne le sens caché, en montre le dénouement glorieux.

Adressée aux « sept Églises » d’Asie (c’est-à-dire à toute l’Église), l’Apocalypse a pour objet les destinées et les combats de l’Église, depuis ses commencements si faibles en apparence, jusqu’à l’achèvement parfait de son œuvre sur la terre et son triomphe final dans l’éternité. C’est, en somme, une histoire résumée et anticipée de l’Église, vivant de la grâce de Dieu, promise à la gloire éternelle, et devant subir sur cette terre la haine et les assauts de Satan jusqu’à la fin du monde.

Aux chrétiens sans cesse confrontés à des luttes et à des souffrances de toutes sortes, confinés dans un espace et un temps limités, souvent tenus en échec par leurs ennemis, elle procure des lumières essentielles. Elle leur montre que deux voies s’offrent aux hommes : la voie du bien, source de vie et de bonheur éternels, et la voie du mal, principe de mort et de malheur éternels. Elle leur fait voir d’où vient le mal qui les accable et les tente, pourquoi il règne sur la terre à côté du bien et semble si souvent prévaloir. Mais elle leur apprend en même temps que ce triomphe des méchants n’est qu’apparent et temporaire, que Dieu l’emportera en définitive – mieux : qu’il a déjà vaincu et que le Prince de ce monde, dès à présent, est virtuellement défait.

C’est donc un livre plein d’espérance, largement ouvert sur le ciel, ses splendeurs, ses joies et ses récompenses, destiné à réconforter les chrétiens en butte à la persécution et accablés d’épreuves. C’est également un livre qui donne la vraie clef de l’histoire du monde et de l’Église et de leurs destinées respectives, qui révèle les desseins de Dieu sur l’histoire.

 

De la Genèse à l’Apocalypse

 

La Bible s’ouvre par l’histoire des origines : le récit de la création, suivie bientôt de la chute originelle et de la promesse d’un Rédempteur. Ce Rédempteur – le Verbe de Dieu incarné –, tout l’ancien Testament le figure, l’annonce et le prépare, et le nouveau Testament le montre : il en rapporte la vie, la mort et la résurrection, la doctrine et les institutions, et raconte déjà les premiers combats de l’Église naissante (dans les Actes des Apôtres).

Dans quelles conditions doit se continuer, à travers les âges, cette lutte de la puissance du mal contre les enfants de Dieu ? Quelles en seront les vicissitudes ? Quel en sera le terme suprême et définitif ? Le Sauveur, dans ses ultimes enseignements, avait levé un coin du voile et esquissé à grands traits les destinées finales de son royaume, ce que seraient la fin des temps, son retour glorieux et le jugement général de l’humanité : c’est ce qu’on appelle le « discours eschatologique » rapporté par les évangiles synoptiques [1]. Le « discours après la Cène », reproduit par saint Jean [2], donne également des indications précieuses sur les persécutions à venir et le triomphe final du Christ. Mais c’est à l’Apocalypse qu’il était réservé de faire resplendir, au milieu des obscurités de l’avenir de l’Église, la lumière décisive sur ces questions. Nous y voyons l’Église toujours souffrante, toujours combattue, mais toujours victorieuse, parce que celui qui est avec elle est plus fort que le monde et que Satan, le Prince de ce monde [3]. C’est l’histoire révélée et racontée symboliquement du combat des deux Cités, de l’Église et de la contre-Église, qui atteindra son paroxysme quand paraîtra l’Antéchrist. C’est la réalisation de ce que Dieu avait prédit au Serpent dès après le péché de nos premiers parents : « Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta race et la sienne. Elle te brisera la tête, et tu essayeras de la mordre par le talon » (Gn 3, 15).

A ce point de vue, on peut donc dire que l’Apocalypse est l’histoire des fins ou des derniers temps, qui fait pendant à l’histoire des origines. Mais à condition de bien comprendre les mots « fins » et « derniers temps ». Car on n’a voulu voir dans ces expressions que les dernières années avant la disparition du monde présent et, par suite, on a réduit l’Apocalypse à une révélation sur la fin du monde au sens strict et sur l’époque de l’Antéchrist. Hantés par cette idée, on est allé jusqu’à dire que les Apôtres croyaient à l’imminence de la Parousie. On aurait dû se rappeler pourtant que les Apôtres étaient infaillibles et ne pouvaient se tromper sur ce point. En réalité, quand ils parlent des « derniers temps », des « derniers jours » ou des « temps nouveaux », ils n’entendent pas les « derniers » jours de l’histoire du monde au sens strict, mais la période où le monde est arrivé par l’incarnation, dans laquelle nous vivons présentement, et qui durera jusqu’à la fin du monde. Les Apôtres emploient l’expression de « derniers temps » ou de « temps nouveaux » pour opposer l’époque qui suit l’incarnation du Christ à celle qui la précède, appelée par eux « temps anciens » ou « premiers ». Retenons donc que les « derniers temps » coïncident avec l’histoire de l’Église et que, s’ils incluent les derniers jours qui précèderont la Parousie, ils ne se confondent pas avec eux.

 

En tout cas, il est clair que les derniers chapitres de l’Apocalypse (21 et 22) correspondent aux premiers de la Genèse (1 à 3) et s’expliquent par eux. Ils achèvent le cycle immense des destinées de l’humanité que Moïse avait débuté : tout est sorti de Dieu et tout doit revenir à Dieu ; à la première création, correspond la re-création : « Je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre, car le premier ciel et la première terre avaient disparu » (Ap 21, 1) ; au paradis terrestre perdu par le péché correspond la Jérusalem céleste où coule « un fleuve d’eau vive, clair comme du cristal » et dont l’espace est planté « d’arbres de vie » (22, 1-2). L’histoire de l’homme, commencée avec la création et le péché, est désormais parcourue, le mal est terrassé, la miséricorde et la justice éternelles sont glorifiées, les douloureux mystères de la vie (le mal, la souffrance, la mort…) sont expliqués et définitivement vaincus : tout est accompli, l’homme est sauvé, Dieu règne éternellement avec les saints, les révélations de Dieu sont closes. Ainsi s’achève la sainte Écriture.

Cette description ultime [de la Jérusalem céleste], écrit Dom de Monléon, domine non seulement toute l’Apocalypse, mais même, peut-on dire, la somme entière de l’Écriture, dont elle est comme le couronnement. Tout l’enseignement des Livres saints ne tend qu’à un seul objet : conduire l’homme, de cette terre ingrate où les premiers chapitres de la Genèse nous le montrent exilé en punition de son péché, à sa vraie patrie, au lieu de son bonheur et de son repos, à la cité de Dieu. Le but que poursuit l’auteur sacré est de rappeler aux chrétiens le terme ultime vers lequel ils marchent, la récompense magnifique qui leur est promise. Mais en même temps, il veut leur remettre en mémoire cette vérité constamment oubliée, que l’on ne peut parvenir à ce merveilleux séjour qu’en passant à travers des épreuves de toutes sortes [4].

 

Présentation générale

 

Avant d’aborder le texte lui-même, donnons quelques indications d’ensemble sur le livre et les principes d’interprétation requis à sa bonne intelligence.

Pour ce faire, empruntons aux anciens (à saint Thomas, notamment) leur méthode de présentation des Livres saints. Pour expliquer un livre de l’Écri­ture, les commentateurs du Moyen Age commençaient par en exposer les généralités selon les quatre causes : la cause efficiente ou l’auteur ; la cause finale ou le but et l’utilité ; la cause matérielle ou le sujet traité ; la cause formelle ou le mode utilisé (nous dirions aujourd’hui le genre littéraire).

 

Auteur, authenticité et destinataires

 

L’auteur de l’Apocalypse est l’apôtre saint Jean. C’est ce qu’affirment, dès les Pères apostoliques et durant les trois premiers siècles, toutes les voix les plus autorisées. Le canon scripturaire de l’Église romaine a toujours contenu ce livre sous le nom de l’apôtre Jean [5]. Trois témoignages anciens sont surtout d’un grand poids : ceux de saint Justin martyr († 163), de saint Méliton de Sardes (deuxième moitié du 2e siècle) et de saint Irénée (né vers 120 ou 130 ; † 202) [6].

En quel lieu et à quelle date fut rédigée l’Apocalypse ? Saint Jean dit lui-même qu’il eut ces visions et reçut l’ordre de les consigner par écrit à Patmos, une île de la mer Égée (au large de Milet), où il était exilé [7]. On situe cet exil de l’apôtre bien-aimé vers la fin du règne de l’empereur Domitien, soit en 95 ou 96 après J.-C.

Les destinataires sont désignés aux versets 4 et 11 du premier chapitre : il s’agit des sept églises principales de l’Asie proconsulaire – Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie, Laodicée. A travers elles, c’est toute la province d’Asie qui est représentée, laquelle figure elle-même l’Église tout entière, dans l’espace et dans le temps (7 est en effet un nombre symbolique et sacré, qui indique une plénitude ou une perfection et signifie ici la totalité ou l’universalité).

 

But de l’œuvre

 

La révélation faite par Dieu à saint Jean intervient à un moment d’adversité, au temps des premières persécutions de l’Église primitive [8], figures de tous ses combats à venir. Son but est donc de fortifier les volontés et d’armer les chrétiens d’une confiance surnaturelle inébranlable, en promettant une victoire absolue à tous ceux qui resteront fermes. L’Apocalypse est un livre de consolation.

Le contexte historique et religieux contemporain sert en effet de toile de fond aux visions de saint Jean, comme l’attestent bon nombre d’allusions, mais, pour autant, l’Apocalypse ne se limite pas à l’histoire de ces faits qui ne sont évoqués que parce qu’ils sont le type des épreuves futures de l’Église. Or, à l’époque où écrit saint Jean, l’Église naissante est en butte aux attaques des milieux juifs et judaïsants, au syncrétisme païen et aux persécutions de Rome. Face à cette triple violence, l’apôtre bien-aimé reçoit la consigne de raffermir la foi chancelante des chrétiens, de ranimer leur espérance et de les assurer de la victoire finale du Christ. Ce faisant, il prépare les générations à venir aux persécutions, hérésies et luttes du futur, dont les maux présents ne sont qu’une préfiguration. La mission de saint Jean est donc de fortifier et de prémunir les fidèles contre les ruses et les attaques du Démon, jusqu’à la venue du Christ Juge.

 

Matière ou sujet

 

Le titre même indique la matière du livre : une « révélation ».

 

• Ce qui est dévoilé

On peut distinguer trois révélations principales :

 

1. La révélation de l’état spirituel de l’Église (avertissements aux sept évêques des sept Églises d’Asie, consignés dans les lettres aux sept Églises ; chap. 2 et 3).

 

2. La révélation de l’histoire du monde et de l’Église dans ses rapports avec le monde, depuis l’ascension jusqu’au jugement dernier. C’est l’objet des deux grandes parties qui constituent le corps du livre. On y trouve :

A. Une vision d’ensemble de l’histoire du monde évoquée par un double cycle (chap. 6 à 11, 18) :

                      a. le cycle des sept sceaux, qui symbolise les décrets divins sur l’avenir du monde (vision préparatoire) ;

                      b. le cycle des sept trompettes, qui montre la réalisation de ces décrets (vision exécutoire) ;

B. Une vision des destinées plus spéciales de l’Église dans ses luttes avec Satan et ses suppôts. A nouveau deux séries de visions composent cette partie (chap. 11, 19 à 21, 8) :

                      a. une série « préparatoire » présente, sous forme de triptyque, les protagonistes et les phases du drame : d’une part la Femme (c’est-à-dire l’Église et la Vierge Marie qui en est le type), menacée et poursuivie par le Dragon (Satan) ; d’autre part les Bêtes (l’Antéchrist), qui sont la contrefaçon de l’Agneau (le Christ) ; enfin la grande Prostituée, à la fois femme et cité, qui est le symbole de la contre-Église et la caricature de l’Église ;

                      b. un nouveau cycle septénaire (les coupes) décrit les châtiments dont Dieu va frapper les méchants et s’achève par la triple condamnation de Babylone, la cité du Diable, de l’Antéchrist, symbolisé par les Bêtes, et finalement du démon.

 

3. Enfin, la vision de la Jérusalem céleste, c’est-à-dire de l’Église considérée dans la gloire de son état définitif dans l’éternité (chap. 21 ,9 et sv.)

 

Ainsi donc, trois grandes vérités sont révélées :

–   l’affirmation que l’économie générale du salut, depuis la création jusqu’à la consommation des siècles, est dominée par le grand combat du Christ et de Satan, de l’Église et de la contre-Église. L’action de Satan dans l’histoire est donc certaine, c’est une donnée essentielle pour comprendre le cours des choses ;

–   la proclamation de la victoire finale du Christ [9] et du chrétien fidèle, du règne du Christ dès ici-bas et au ciel, ainsi que les conditions de ce règne.

–   l’annonce de la défaite, du jugement et de la condamnation de Satan et des anges déchus ; et celle du jugement du monde et de tous les hommes (jugés selon leurs œuvres).

 

• Sept visions successives

Les Pères et les anciens docteurs de l’Église ont souligné que le livre de l’Apocalypse se composait, après un prologue, de sept visions successives.

Ce nombre n’a pas été choisi au hasard, écrit Dom de Monléon ; […] il marque le parallélisme qui existe entre l’œuvre de la création et celle de notre régénération : de même que Dieu ne s’est reposé que le septième jour, après avoir accompli le travail qu’il s’était fixé pour les six autres, de même, l’Église en général – ou chaque âme humaine en particulier – ne peut espérer entrer dans son repos définitif, manifesté par la 7e vision [la Jérusalem céleste], qu’après avoir supporté le labeur de la vie présente, symbolisé par les six visions précédentes, pour parfaire sa régénération [10].

Ces sept visions sont les suivantes :

1. La vision du Fils de l’homme et les lettres aux sept Églises ;

2. La vision de l’Agneau et des sept sceaux (desseins de Dieu sur l’histoire du monde) ;

3. La vision des sept trompettes (l’exécution de ces décrets) ;

4. La vision du combat entre la cité de Dieu et la cité du mal, sous la forme du duel entre la Femme et le Dragon (aidé des Bêtes, ses suppôts) ;

5. La vision des sept coupes de la colère de Dieu (les châtiments dont Dieu frappera ses ennemis) ;

6. La vision de la ruine de Babylone, des Bêtes et de leurs partisans et enfin du Dragon ;

7. La vision de la Jérusalem céleste.

 

• Une prophétie dont le Christ est le centre

On notera que les tout premiers mots du texte (« Révélation de Jésus-Christ ») comme les derniers (« Venez, Seigneur Jésus ! Que la grâce du Seigneur Jésus [Christ] soit avec vous tous ! »), font mention expresse de Jésus-Christ et lui attribuent l’ensemble de la révélation faite à saint Jean.

De plus, la vision introductive, placée avant les lettres aux sept Églises, nous représente le Fils de l’homme régnant au ciel et gouvernant son Église (Ap 1, 9-20). Ensuite, tout au long du texte, sous les symboles de l’Agneau vivant « comme égorgé » (victime de propitiation) ou du cavalier blanc (le Christ roi), Notre-Seigneur est sans cesse présent et intervient comme acteur principal.

C’est dire si l’Apocalypse est « christocentrique ». Jésus-Christ en est non seulement l’auteur, mais aussi le personnage principal, dans sa triple mission d’Agneau – unique sauveur des hommes –, de Roi des rois – vainqueur du démon et maître de l’histoire –, de Juge suprême. Si l’on oublie cela, on passe inévitablement à côté de l’essentiel et l’on se condamne à ne rien comprendre du tout.

 

• Le mystère de l’histoire vu dans la lumière de Dieu

Au début du chapitre 4, avant que se déroule la vue d’ensemble de l’histoire du monde (chapitre 6 et suivants), saint Jean nous transporte au ciel, pour contempler Dieu, souverain maître des êtres et des événements, entouré de sa cour céleste (les quatre Vivants et les vingt-quatre vieillards), qui préside avec lui aux destinées du monde et participe au gouvernement de l’univers.

Cela nous montre que le point de vue où se place saint Jean n’a rien d’humain et de terrestre. C’est une vue surnaturelle de l’histoire, depuis le ciel, contemplée dans le mystère même de Dieu. D’où cette expression par laquelle débute le chapitre 4 : « Je vis, et voici qu’une porte était ouverte dans le ciel ». Et une voix commande aussitôt : « Monte ici, et je te montrerai ce qui doit arriver dans la suite » (4, 1 [11]).

Dans l’introduction de sa traduction de l’Apocalypse, Édouard Delebecque a heureusement relevé et expliqué ce point. Voici ce qu’il dit :

Jean relate une vision vivante et mobile, qui se déroule autour d’un axe, ligne idéale descendant du ciel jusqu’à l’abîme, où règne Satan. La composition de l’Apocalypse rappelle le vol de l’aigle, l’animal symbolique de Jean. Doté d’une vue perçante, l’aigle voit de très haut tout un monde sous lui, mais distingue aussi des détails dans ce monde. Il descend du ciel en tournoyant, décrit des cercles de plus en plus resserrés et fond soudain sur sa proie, qu’il saisit du premier coup. Il reprend alors de la hauteur, d’un seul battement d’aile ou par de nouveaux circuits, et regagne le ciel avant de recommencer son manège. Si le centre des cercles demeure immuable, les cercles eux-mêmes sont plus ou moins larges, en attendant la grande remontée finale. Cette image peut donner une idée de la manière dont Jean compose les éléments, vus et entendus, de sa vision de Patmos. Il montre tout ce qui, en des cycles plus ou moins longs, tourne autour de l’axe et, quand il reçoit l’ordre de « monter ici » (4, 1), il aperçoit une ouverture dans le ciel. De là-haut, de temps en temps, il redescend autour de l’axe, mais pas au même niveau, ou abaisse son regard sur les puissances infernales, tout en bas de l’axe [12].

Il est donc naturel, conclut É. Delebecque, de chercher à résoudre le problème de la composition en découvrant les cycles que Jean voit tourner autour de l’axe, et les ouvertures par lesquelles, du haut du ciel, il voit les choses jusqu’au plus bas. 

 

• Les cycles et les ouvertures

Il y a donc, dans les visions de saint Jean, un aspect temporel, celui d’événements successifs, et un aspect intemporel, au-delà du temps.

1. – Les événements sont exprimés par le déroulement de cycles construits sur le nombre 7. Cependant, les cycles successifs ne sont jamais une suite purement linéaire du précédent, mais plutôt la reprise de la même vision en plus rapproché (dans son mouvement de descente circulaire le voyant s’approche des réalités changeantes et peut les montrer dans leurs détails).

2. – A l’origine et au point de jointure entre les cycles, il y a des ouvertures accompagnées de montées vers le ciel : le ciel s’ouvre et Jean monte (ou remonte) au sommet et au centre de sa vision. Par ces brusques remontées, il exprime l’aspect immuable et éternel de sa vision. (Le rideau s’écarte, et par une ouverture dans le ciel, tandis que les événements se déroulent, Jean voit et nous fait voir leurs auteurs et leurs ressorts cachés, leur cause première que le temps n’affecte pas. Et, de là-haut, dans la lumière céleste, il abaisse son regard vers le bas, vers les événements et les bouleversements de la guerre temporelle entre Dieu et Satan.)

 

• Deux sortes d’éléments vus et entendus ; deux plans ou deux états de choses

Il s’ensuit que, parmi les éléments vus et entendus par saint Jean :

Certains sont mobiles. Ce sont les réalités terrestres et leur cours tumultueux. Ce cours des choses est rempli de fléaux, de châtiments, de souffrances, de guerres, à cause du péché et de l’action du Diable et de ses ministres. Mais il est dominé par la certitude de la victoire du Christ et par la perspective de la Jérusalem céleste (le ciel) : l’homme, exilé sur cette terre hostile à cause de son péché, doit marcher vers le lieu de son repos, la cité de Dieu. Mais il ne peut parvenir à cette vraie patrie qu’en passant par des épreuves.

D’autres échappent au déroulement du temps : l’Agneau vivant, comme égorgé (Jésus ressuscité marqué des stigmates de la croix) ; la Femme couronnée d’étoiles (l’Église et la Vierge) ; les élus marqués du sceau du Dieu vivant ; surtout, le trône de « l’Assis » (Dieu), etc.

 

Tout le drame rapporté dans les visions de saint Jean se déroule donc sur deux plans : l’« ancien » ou « premier » état de choses, transitoire, terrestre, appelé à disparaître ; et le « nouveau », définitif, céleste, qui doit se substituer au premier.

Parmi les choses destinées à n’être plus (l’ordre de la création abîmé par le péché), il y a : le temps (10, 6) ; la faim et la soif (7, 16) ; la mort, les larmes et le deuil (21, 4) ; la terre et la mer (21, 1), etc.

En revanche, les choses qui sont nouvelles et définitives (l’ordre de la re-création, de la grâce et de la gloire) sont : le nom nouveau que reçoivent les élus (2, 17) ; le cantique nouveau des rachetés (5, 9) ; les cieux et la terre nouveaux (21, 1) ; la Jérusalem nouvelle surtout (21, 2).

 

Forme

 

L’Apocalypse est une prophétie exprimée de manière symbolique (une prophétie « apocalyptique »).

 

– En tant qu’elle est une prophétie, elle ne rapporte pas les événements de manière linéaire, chronologique, mais les envisage tous sur un même plan, comme fondus ensemble, et les consigne ensuite sous forme de tableaux distincts qui cependant, d’ordinaire, n’évoquent pas des faits successifs ou différents, mais s’appliquent aux mêmes réalités envisagées sous des aspects ou des angles variés. Pour avoir une vue complète, il faut donc superposer ces divers tableaux.

– En tant qu’elle est symbolique, elle exprime les choses de manière figurée, par des images ou des symboles.

 

Ces deux règles constituent les lois du genre. Elles s’expliquent, d’une part, par le caractère divin des réalités signifiées, trop élevées et mystérieuses pour pouvoir être exprimées adéquatement par le langage humain ordinaire, et, d’autre part, par les limites de notre raison humaine, condamnée à connaître et à rapporter les choses par succession d’idées ou d’images.

 

• Une prophétie

Précisons le premier point : l’auteur de l’Apocalypse est un prophète et non un historien. Qu’est-ce à dire ?

L’historien considère les événements après leur réalisation, en les distinguant d’après leur chronologie, pour en analyser les causes et les interférences. Le prophète, au contraire, les voit avant leur accomplissement, en dehors des circonstances de temps, et superpose souvent dans une même vision les faits qui constituent sa prédiction principale et d’autres, antécédents, qui en sont les types ou les figures. Le but poursuivi par l’un et par l’autre est donc différent : tandis que l’historien décrit les faits tels qu’ils se sont passés, le prophète annonce que tels faits arriveront, sans chercher à dire ordinairement de quelle façon et à quel moment précis ils se réaliseront.

Le schéma suivant aidera à saisir la différence :

 


Il résulte de ces règles que les scènes rapportées par l’Apocalypse ne racontent pas l’histoire des phases successives de la lutte entre l’Église et Satan, mais plutôt l’histoire des caractères de cette lutte.

 

Les chapitres 12 et suivants nous en donnent une application remarquable. Le récit se déroule en quelque sorte par cercles concentriques :

Une première série de tableaux nous donne l’idée générale (chap. 12, 1-18) : la Femme (l’Église et la Vierge) et le Dragon (Satan) en lutte contre la Femme.

Puis viennent les idées particulières. Le Dragon organise la lutte par ses « ministres » (chap. 13, 1-18) : la Bête de la mer (lutte d’ordre « politique ») et la Bête de la terre (lutte d’ordre « intellectuel »). En face du Dragon, se dresse l’Agneau (Notre-Seigneur) que suivent les 144 000 vierges (chiffre symbolique) ralliant les autres fidèles (chap. 14, 1-5).

Dieu exerce alors sa vengeance sur ses ennemis (visions exécutoires) : ce sont les fléaux symbolisés par les sept coupes (chap. 15 et 16 ; qui reprennent sous un autre aspect ce qu’exprimaient déjà les sept trompettes : 8, 6 à 11, 19). Babylone (la cité du mal) est jugée, les Bêtes sont vaincues et le Dragon est enchaîné pour « mille ans » [13] (chap. 17 à 20, 6).

Enfin, intervient la lutte ultime, à la fin du monde. Satan, délié, semble d’abord remporter la victoire, mais il est définitivement vaincu et le drame s’achève par le jugement général (chap. 20, 7-15).

 

A part cette scène finale qui ne concerne que les jours « derniers » à proprement parler, les autres passages décrivent la lutte aux divers siècles, sans cesse renouvelée, entre Dieu, Jésus, l’Église, les fidèles, d’un côté, et Satan, ses agents, ses partisans, de l’autre côté. C’est cette lutte sous ses multiples aspects que retracent les divers tableaux de la prophétie : victoires spirituelles du Christ ; attaques physiques, intellectuelles et morales de ses ennemis ; fléaux vengeurs ; défaites et renaissances, à divers moments de l’histoire, des adversaires de l’Église ; présence et action de l’Antéchrist dans ses préfigurations multiformes, tant individuelles que collectives, jusqu’au crescendo final et à l’écrasement définitif de Satan et de ses suppôts [14].

Pour avoir l’histoire complète de ces luttes, il faut donc réunir ces divers tableaux de sorte à n’en former qu’un seul, aussi vaste et bigarré que l’histoire qu’il raconte, chargé de toutes les caractéristiques de chacune des scènes particulières.

En outre, dans la suite des descriptions, tel tableau peut s’appliquer à un fait contemporain de saint Jean : c’est que plusieurs événements que l’apôtre et ses premiers lecteurs ont sous les yeux sont des types symboliques des futurs combats de l’Église. Ainsi, Babylone ou la grande Prostituée (car elle est à la fois ville et femme), et la Bête elle-même sur laquelle elle est assise, sont décrites dans la prophétie sous les traits de la Rome impériale, païenne et persécutrice :

Les sept têtes [de la Bête] sont sept montagnes [les collines de Rome], sur lesquelles la femme est assise. Ce sont aussi sept rois [empereurs] : les cinq premiers sont tombés, l’un subsiste, l’autre n’est pas encore venu, et quand il sera venu, il doit demeurer peu de temps (Ap 17, 9-10).

 

• Les symboles

Pour exprimer ce qu’il a à dire, l’auteur recourt presque systématiquement aux symboles et aux métaphores. La raison en est que le langage ordinaire, le modus significandi, est ici déficient pour rendre la richesse et le mystère des réalités (res significata) que le prophète doit signifier : il en est donc réduit à s’exprimer par des similitudes et à adopter un langage symbolique.

Les symboles de l’Apocalypse sont très nombreux et très variés. Ils concernent Dieu (« l’Assis » sur le trône) ; Notre-Seigneur ; les êtres qui gravitent autour de Dieu (les quatre Vivants, les vingt-quatre vieillards) ; l’Église (la Femme, la Jérusalem céleste) ; les évêques et leurs Églises (les étoiles et les chandeliers) ; les ennemis de Dieu (le Dragon roux, les Bêtes, le Faux-Prophète, la grande Prostituée) ; les décrets divins et leur exécution (le livre scellé et les trompettes) ; les fléaux (les cavaliers, les coupes des anges, la grêle, les sauterelles, la cavalerie infernale) ; le jugement des hommes (la moisson et la vendange), etc.

Les couleurs elles-mêmes sont symboliques et surtout les nombres, qui ne sont presque jamais à prendre comme exprimant une valeur arithmétique [15].

Parfois, les symboles employés sont connus et leur interprétation ne pose pas de difficulté. D’autres fois, la valeur symbolique est moins évidente, d’autant qu’une même réalité peut être exprimée sous divers symboles (ainsi, Notre-Seigneur apparaît tantôt comme le Fils de l’homme, tantôt comme le cavalier qui monte un cheval blanc, tantôt comme l’Agneau, etc.)

 

• Principes d’interprétation

S’il veut éviter les contresens et les explications insuffisantes ou réductrices, le commentateur de l’Apocalypse devra donc respecter quelques principes élémentaires d’interprétation :

 

1. Saisir d’abord l’ensemble du message général et de chaque tableau ou cycle particulier, en un seul coup d’œil, puis examiner les détails dans cette lumière.

2. Ne pas interpréter les visions chronologiquement ou de manière linéaire, mais tenir compte du fait que ces visions présentent presque toujours des aspects différents et complémentaires de la même réalité [16].

3. Chaque révélation se fait généralement en trois phases :

– Une présentation des personnages et des forces en présence ;

– Une annonce préparatoire des événements ;

– L’exécution symbolique des événements.

4. Tenir compte des symboles.

5. Ne pas prendre toutes les images et descriptions à la lettre jusque dans les moindres détails. Certains traits sont sans valeur symbolique, mais sont de simples embellissements littéraires pour rehausser le drame.

6. Souvent, les tableaux qui se suivent ne se rapportent pas à des événements distincts, mais donnent une nouvelle forme à l’objet d’une vision précédente, ou le généralisent, ou encore en développent une partie.

 

 

Systèmes d’interprétation

 

En présence d’un texte si mystérieux, il n’est pas étonnant que plusieurs systèmes d’interprétation aient été proposés. On peut les ramener à quelques types principaux.

 

Système de l’histoire contemporaine de saint Jean

 

C’est le système préconisé par l’école rationaliste et Renan en particulier. Le livre rapporterait, sous forme apocalyptique, l’histoire des années 69-70 et des premières persécutions que subit l’Église sous Néron et Domitien. L’Apocalypse n’aurait donc rien de surnaturel et rien de proprement prophétique.

Il faut répondre que bien des scènes décrites dans le texte sacré cadrent mal avec cette explication très réductrice, même si tout n’est pas faux dans cette théorie (qui cherche surtout à éliminer toute trace de surnaturel). Au demeurant, quel intérêt, autre qu’historique, y aurait-il pour nous à lire l’Apocalypse si elle n’a trait qu’à l’histoire primitive du christianisme ?

 

Système de l’histoire générale de l’Église

 

Les tenants de ce système sont très différents les uns des autres par l’origine et l’orthodoxie. Les principaux sont Joachim de Flore († 1202), Nicolas de Lyre († 1340), le vénérable Barthélemy Holzhauser († 1658) et le rabbin converti Drach.

Nous aurions, dans les diverses parties du livre (les lettres aux sept Églises et les cycles septénaires, notamment), les phases successives de l’histoire de l’Église et de ses combats, en ordre chronologique, jusqu’à la fin des temps.

Ce système est ingénieux et n’est pas sans aperçus intéressants. Mais il présente un vice rédhibitoire : à chaque siècle qui rallonge le cours des temps, les tenants de cette théorie sont obligés de revoir leur découpage et leurs interprétations pour les faire cadrer avec la durée de l’histoire et rester en contact avec les faits. Aussi bien ne sont-ils pas d’accord entre eux sur l’application à donner aux divers éléments du texte [17]. Au fond, cette méthode est une forme de « concordisme » avec tout ce que cela implique d’arbitraire. Notamment, ce système entraîne des conjectures hasardeuses sur la date de la fin des temps, qu’il faut régulièrement remettre en cause parce que l’événement prédit ne s’est pas produit [18].

 

Système appelé « eschatologique »

 

C’est la théorie qui fait de la fin des siècles entendue au sens strict l’objet propre de l’Apocalypse. Saint Irénée semble avoir soutenu cette interprétation et plusieurs Pères de l’Église après lui. C’est encore l’explication de Cornelius a Lapide, Ribeira, Fillion, et de beaucoup d’autres auteurs catholiques de grand renom.

Cette interprétation est tout à fait respectable et en grande partie juste. Mais, en rapportant tout aux derniers temps (c’est-à-dire à la période précédant la Parousie), à part quelques allusions précises qui s’appliquent à l’histoire des débuts de l’Église, elle réduit considérablement la portée de la révélation faite à saint Jean.

Prise sous sa forme la plus stricte, cette explication est donc insuffisante et trop limitée. Ajoutons que l’encouragement serait bien faible s’il ne s’agissait que de dire aux chrétiens : « Vous souffrez…, mais attendez dix ou vingt siècles, et alors le Christ triomphera ! »

 

Système de l’histoire primitive et de la fin des temps

 

On a donc cherché à compléter le système précédent en lui associant ce qu’il y a de vrai dans les autres explications proposées. En d’autres termes, l’ensemble du livre viserait les combats des débuts de l’Église et son triomphe sur ses premiers ennemis et, en même temps, plusieurs prophéties s’appliqueraient à la fin des temps. Telle est l’opinion de Alcazar († 1613 ; l’un des plus célèbres commentateurs de l’Apocalypse), Salmeron, Dom Calmet, Bossuet, Billot, etc.

Cette interprétation répond au but immédiat de l’Apocalypse, mais elle semble encore trop restreinte. En voulant limiter trop précisément les visions à des faits précis de l’histoire, elle ne rend pas compte du caractère universel et continu de la lutte du Diable contre Dieu, à toutes les époques de l’histoire de l’Église, et laisse dans l’ombre bien des détails qui s’appliquent mal aux seuls débuts de l’Église et à la fin des temps.

 

Système récapitulatif

 

Cette méthode, exposée en détail par le père Allo O.P. [19] consiste à unir et compléter tout ce qu’il y a de vrai dans les précédents systèmes, spécialement les deux derniers.

L’apocalypse rapporte en effet ce qui se passe à la fin des temps, mais à condition d’entendre l’expression « derniers temps » dans le sens que lui donne saint Paul : les derniers temps, c’est la période qui s’écoule depuis la venue du Messie sur terre jusqu’à la fin du monde. C’est l’incarnation-rédemption du Fils de Dieu qui marque la coupure essentielle entre l’ancien monde (les temps de la préparation à la venue du Messie) et le monde nouveau (le temps de l’accomplissement). Comme le dit saint Paul : avec le Christ, « les choses anciennes ont disparu, voici que toutes choses sont nouvelles » (2 Co 5, 17). Virtuellement, le monde ancien est déjà anéanti et l’économie nouvelle et définitive est déjà établie ; le Christ règne, quoique son règne ne soit pas encore incontesté sur terre, et la Jérusalem céleste, quoique encore invisible à nos yeux mortels, brille déjà dans toute sa splendeur. La victoire est déjà acquise, même si elle n’est pas encore manifestée pleinement. La vie présente de l’Église, depuis la croix de Jésus, est comme une aurore qui se lève et les ténèbres reculent devant l’avancée irrésistible du salut.

Selon cette interprétation, l’Apocalypse vise donc toute la période qui va du Christ à la Parousie et nous livre une vue à la fois théologique et mystique de l’histoire (autrement dit son vrai sens, celui que Dieu lui donne).

 

 

Une tenture unique au monde

 

L’art s’est très tôt intéressé à l’Apocalypse et les représentations sculptées, peintes ou tissées de ses principales scènes ne manquent pas.

Parmi les grandes œuvres qui reproduisent les visions du disciple bien-aimé du Sauveur, il faut faire une place spéciale à la tenture conservée au château d’Angers.

Cette somptueuse tapisserie (la plus grande d’Europe) a été tissée vers 1380. Originellement longue de 140 mètres et haute de 6 mètres, elle comportait six grandes pièces de 22 mètres de long, illustrant en 84 tableaux l’essentiel des visions de saint Jean. Il ne reste aujourd’hui que 77 scènes, et les bordures supérieures et inférieures des grandes pièces ont été coupées si bien que la tenture ne mesure plus que 4 à 4,5 mètres de hauteur.

Malgré ces mutilations, cette tapisserie est d’une splendeur et d’une perfection technique inégalées. L’artiste a fidèlement suivi le texte sacré, ne s’autorisant que de très rares libertés, généralement inspirées des modèles antérieurs du 13e siècle (les miniatures ornant les nombreux manuscrits de l’Apocalypse), si bien que son œuvre constitue un commentaire du texte scripturaire par l’image sans équivalent.

Cette tenture fut commandée par le duc Louis Ier d’Anjou [20] en 1375. La maquette servant à l’établissement des « cartons » a été réalisée par Jean de Bruges, enlumineur et « peintre du roi ». Sous l’impulsion du « promo­teur » Nicolas Bataille (homme d’affaire du duc, qui, pense-t-on, trouva ou avança les fonds), l’ouvrage fut mené promptement et achevé en six ou sept ans. On croit que le « lissier » (tapissier) en fut Robert Poisson.

La tenture connut ensuite, au cours de son histoire, bien des vicissitudes. On sait qu’au mariage de Louis II d’Anjou et Yolande d’Aragon, en 1400, elle fut tendue à l’extérieur pour rehausser la cérémonie. Léguée plus tard au roi René, elle devint, à sa mort, propriété de l’évêque d’Angers. Les chanoines de la cathédrale l’exposaient aux grandes fêtes (à Noël, Pâques, Pentecôte et pour la saint Maurice, patron du diocèse).

Mais, avec le temps, les goûts changèrent et, bientôt, les chantres de la cathédrale se plaignirent de ce que ces grandes toiles pendues le long des murs cassaient les voix. La tapisserie fut mise en vente en 1782, mais, fort heureusement, aucun acquéreur ne se présenta. Pendant la Révolution, elle fut placée en dépôt à l’abbaye Saint-Serge, avec le reste des objets religieux saisis par les autorités civiles. Reléguée à l’orangerie, elle servait à protéger du froid les orangers pendant l’hiver. Réinstallée dans la cathédrale après le concordat, on l’employa pour cacher les dégâts que la Révolution avait faits dans les murs. Gardée ensuite à l’évêché, elle fut utilisée comme bâche. On ne l’exposait plus que de temps à autres et sans prendre les précautions nécessaires à sa bonne conservation et à son entretien.

Elle fut heureusement sauvée par le chanoine Joubert, qui fut nommé « custode » du trésor de la cathédrale en 1846. Pour la préserver des usages intempestifs, celui-ci entreprit de la faire restaurer. Cette première restauration, quoique artisanale, fut soigneusement conduite et empêcha une dégradation fatale.

On la rendit finalement au château, où l’on construisit en 1954 une galerie spéciale pour l’abriter. Mais la lumière diffusée par les grandes baies de cet édifice altéraient les couleurs. On décida donc d’obstruer les baies et, en 1982, à l’occasion d’une nouvelle restauration, on défit les doublures. On eut la bonne surprise de découvrir alors un envers en parfait état, aussi parfaitement réalisé que l’endroit, mais qui avait conservé la vivacité et la fraîcheur des couleurs d’origine. Les photographies de cet envers, inversées pour avoir les scènes à l’endroit, ont fait l’objet d’un livre magnifique dû principalement aux talents de M. Francis Muel et de l’abbé Ruais : La Tenture de l’Apocalypse d’Angers [21].

 

 

La vision du Fils de l’homme

 

Pour terminer cette présentation d’ensemble de l’Apocalypse, examinons un passage du texte : la vision d’introduction du Fils de l’homme (Ap 1, 9-20). Sa richesse symbolique est remarquable et constitue une bonne entrée en matière à l’étude des symboles de l’Apocalypse. L’illustration qu’en donne la tapisserie d’Angers (3e tableau : « Le Christ au glaive ») nous permettra de mieux apprécier cette scène.

 

Le prologue (1, 1-8)

 

Un bref prologue précède cette vision inaugurale. Il comprend trois choses :

1. – Le titre du livre (« Révélation de Jésus-Christ sur les événements qui doivent arriver bientôt… ») et la mention de l’auteur (« … signifiée à son serviteur Jean »).

2. – La dédicace : « aux sept Églises qui sont en Asie ». Selon la formule épistolaire qu’on trouve déjà dans les lettres de saint Paul, cette adresse est accompagnée de souhaits : « à vous, grâce et paix », de la part de Dieu, de l’Esprit-Saint et de Jésus-Christ, c’est-à-dire de toute la Sainte-Trinité. Dieu le Père porte une sorte de nom sacré indéclinable : « Celui-qui-est-et-qui-était-et-qui-vient [22] » ; Dieu le Saint-Esprit est désigné par l’expression « les Sept Esprits qui sont en face de son trône [23] » ; Dieu le Fils est appelé : « Jésus-Christ, le témoin fidèle, le premier-né d’entre les morts et le prince des rois de la terre [24]. »

3. – Un chant de louange enthousiaste en l’honneur du Christ sauveur et un appel à son retour glorieux :

A celui qui nous a aimés, qui nous a lavés de nos péchés par son sang, et qui nous a faits rois et prêtres [25] de Dieu, son Père, à lui la gloire et la puissance des siècles des siècles ! Amen ! Le voici qui vient sur les nuées. Tout œil le verra, et ceux même qui l’ont percé ; et toutes les tribus de la terre se frapperont la poitrine en le voyant (1, 6-7).

Comme à la fin des oracles prophétiques, la voix du Père se fait alors entendre pour garantir la vérité de ce qui vient d’être dit : « Oui. Amen ! Je suis l’alpha et l’oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant » (1, 8).

Par ces premiers mots, toutes les bases doctrinales sur Dieu, le Christ et la Rédemption sont rappelées. Le cadre ainsi posé, les grandes révélations peuvent commencer.

 

L’apparition du Fils de l’homme (1, 9-20)

 

Les trois versets 9 à 11 exposent les circonstances dans lesquelles cette vision eut lieu. C’est pendant son exil à Patmos [26], un jour de dimanche, que saint Jean eut une extase et entendit « une voix forte comme une trompette » qui lui donna l’ordre d’écrire ce qu’il allait voir : « Ce que tu vas voir, écris-le dans un livre, et envoie-le aux sept Églises qui sont en Asie ».

 

• Le sujet de la vision

Débute alors la vision proprement dite : « Je vis […] quelqu’un qui ressemblait à un Fils d’homme ».

Cette expression Fils de l’homme vient du prophète Daniel, à qui saint Jean emprunte ici les images et les symboles [27]. Le Fils de l’homme, c’est le Verbe de Dieu incarné, Jésus-Christ, c’est-à-dire, comme nous l’avons dit, le personnage principal de toute l’Apocalypse. Cette apparition majestueuse du Christ introduit donc et domine toutes les révélations à venir dans la suite du livre. Cependant, elle introduit plus spécialement les Lettres aux sept Églises (chap. 2 et 3) qui décriront, à travers des éloges, des avertissements et des conseils adressés aux Églises d’Asie, la situation spirituelle de toute l’Église.

 

• La description du Fils de l’homme
Alors je me retournai pour voir quelle était la voix qui me parlait ; et quand je me fus retourné, je vis sept chandeliers d’or, et, au milieu des chandeliers, quelqu’un qui ressemblait à un Fils d’homme ; il était vêtu d’une longue robe, portait à la hauteur des seins une ceinture d’or (1, 12-13).

Le Fils de l’homme siège au milieu des sept chandeliers d’or qui représentent les sept Églises, c’est-à-dire toute l’Église, dans le temps et dans l’espace (Le Christ est « in medio Ecclesiæ », et on ne peut le trouver en dehors d’elle).

Pour rendre la majesté du Fils de l’homme au milieu des chandeliers, la tapisserie d’Angers l’a représenté avec une nimbe cruciforme, assis sur un trône drapé (qui n’est pas dans le texte), devant une table sans pieds où reposent les sept chandeliers allumés, comme sur un autel, au milieu d’une végétation qui meuble le fond et supporte la table. (Voir la figure.)

Il porte une longue tunique, parce qu’il est prêtre. La tenture le montre habillé de la longue robe de lin blanc que portait les prêtres de l’ancien testament. Il a une ceinture d’or portée haut sur la poitrine parce qu’il est roi (l’or est la couleur et l’ornement des rois).

Sa tête et ses cheveux étaient blancs comme de la laine blanche, comme de la neige, et ses yeux étaient comme une flamme de feu ; ses pieds étaient semblables à de l’airain qu’on aurait embrasé dans une fournaise, et sa voix était comme la voix des grandes eaux (1, 14-15).

Sa chevelure est blanche comme de la laine ou de la neige : ce trait désigne sa préexistence éternelle comme Fils de Dieu. La tenture d’Angers exprime cela en représentant le Fils de l’homme comme un vénérable vieillard portant de longs cheveux blancs. Il a un regard de feu pour signifier la pénétration de sa science (« il sonde les reins et les cœurs »). La tapisserie a rendu la flamme de ses yeux par des traits rouges qui bordent ses paupières. Ses pieds sont de métal précieux, semblables à l’airain embrasé dans une fournaise : sont ainsi désignées sa stabilité, sa force et sa puissance divines. La fournaise figure peut-être la passion de Jésus, dans laquelle sa patience s’est admirablement manifestée (Isaïe, pour décrire l’œuvre de sa passion, compare le Christ à celui qui foule le raisin dans la cuve – Is 63, 1-6). Dans la tenture l’artiste a représenté le Fils de l’homme avec de grands pieds nus marqués de rouge. Sa voix est comme la voix des grandes eaux pour dire l’autorité irrésistible de son enseignement qui dominera les siècles et s’étendra jusqu’aux extrémités de la terre.

Il tenait dans sa main droite sept étoiles ; de sa bouche sortait un glaive aigu, à deux tranchants, et son visage était comme le soleil quand il brille dans sa force (1, 16).

Il tient dans sa main droite sept étoiles, c’est-à-dire les « anges » ou les évêques des sept Églises : cela signifie qu’il gouverne son Église. Une épée effilée sort de sa bouche : c’est le symbole de la puissance de la parole de Dieu qui, comme un glaive à deux tranchants, sauve et juge, sépare les bons des méchants et la vérité de l’erreur (cf. He 4, 12). La tenture, ici, a pris un parti simplificateur pour rendre ce trait difficile à illustrer : elle a représenté cette longue épée effilée non pas sortant de la bouche du Christ, mais placée horizontalement, en travers de sa bouche. Son visage est lumineux comme le soleil dans tout son éclat : c’est l’image de la gloire et de l’éclat de la divinité du Fils de l’homme.

 

• L’effroi de saint Jean et sa mission

Saint Jean, effrayé, tombe comme mort aux pieds de l’apparition. L’artiste nous le montre prosterné aux pieds de la vision, les mains jointes. Mais le Christ le rassure et proclame hautement sa divinité en énonçant ses titres et ses pouvoirs :

Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort ; et il posa sur moi sa main droite, en disant : « Ne crains point ; je suis le Premier et le Dernier, et le Vivant ; j’ai été mort, et voici que je suis vivant aux siècles des siècles ; je tiens les clefs de la mort et de l’enfer. Écris donc les choses que tu as vues, et celles qui sont, et celles qui doivent arriver ensuite, le mystère des sept étoiles que tu as vues dans ma main droite, et les sept chandeliers d’or. Les sept étoiles sont les anges des sept Églises, et les sept chandeliers sont sept Églises » (1, 17-20).

Jésus-Christ est le « premier et le dernier » parce qu’il récapitule tout en lui, il est l’auteur et la fin de toutes choses. Il a été mort, sur la croix, comme victime propitiatoire, mais il est ressuscité ; il est le Vivant par excellence, celui qui donne la vraie vie, la vie surnaturelle. Il tient les clefs de la mort et de l’enfer parce qu’il a définitivement vaincu la mort et l’enfer par sa croix. Il est le maître de l’histoire (« des choses qui sont et de celles qui doivent arriver »), présent à son Église qu’il gouverne et tient dans sa main (les sept étoiles). Et saint Jean, à l’exemple des anciens prophètes, reçoit la mission de transmettre par écrit cette vision.                                                 (à suivre.)


Les sept Églises - Tenture de l'Apocalypse d'Angers
Les sept Églises - Tenture de l'Apocalypse d'Angers




[1]  — Mt 24, 1-36 et 25, 31-46 ; Mc 13 ; Lc 21, 5-36.

[2]  — Jn  14 à 16.

[3]  — Voir la parabole du fort et du plus fort : « Aussi longtemps que le fort armé [Satan] garde l’entrée de sa maison [le monde dont il est le Prince], tout ce qu’il possède est en sûreté, mais aussitôt que le plus fort [Jésus] survient et triomphe de lui, il emportera toutes ses armes [le grec dit : la “panoplie” de Satan] dans lesquelles il se confiait et distribuera ses dépouilles » (Lc 11, 21-22).

[4]  — Dom Jean de Monléon, Le Sens mystique de l’Apocalypse, Paris, NEL, 1984, p. 2.

[5]  — Le canon de Muratori (2e s.) attribue l’Apocalypse à Jean, qu’il égale à Paul : c’est attester implicitement que l’apocalypsiste est apôtre lui-même.

[6]  — Nous ne rentrons pas dans les discussions oiseuses sur l’authenticité de l’Apoca­lypse, rejetée par beaucoup d’exégètes actuels. Ceux-ci, suite à une mauvaise interprétation d’un texte de Papias, attribuent cet écrit à un prêtre du nom de Jean, ou bien disent que l’ouvrage aurait été composé à partir de plusieurs documents d’origine juive et chrétienne, réunis et retouchés par un ou plusieurs compilateurs de « l’école johannique ». Cette dernière hypothèse ne tient pas, étant donné l’uniformité de tout le livre. Quant à la première, elle tombe devant les preuves issues de la Tradition et du texte lui-même. En réalité, les doutes sur l’authenticité de l’Apocalypse ne sont apparus qu’au 3e siècle chez quelques auteurs, à cause des interprétations millénaristes qui en étaient données et compromettaient l’autorité du livre. La Tradition a repris ses droits aux 4e et 5e siècles, jusqu’à l’apparition de l’exégèse moderniste qui a ressuscité de vieilles objections depuis longtemps résolues.

[7]  — On visite à Patmos la grotte où saint Jean aurait consigné ses visions.

[8]  — Les persécutions commencèrent sous Néron († 68) et reprirent sous Domitien.

[9]  — C’est pourquoi Bossuet appelle l’Apocalypse l’« Évangile du Christ ressuscité ». Pour cette raison aussi, l’Apocalypse est lue dans le bréviaire au temps de Pâques.

[10] — Dom de Monléon, Le sens mystique de l’Apocalypse, p. 7.

[11] — Trois autres fois, le texte mentionne de semblables ouvertures : 11, 19 : « Et le sanctuaire de Dieu dans le ciel fut ouvert » ; 15,5 : « Je vis s’ouvrir dans le ciel le sanctuaire du tabernacle du témoignage » ; 19, 11 : « Je vis le ciel ouvert ».

[12] — É. Delebecque, L’Apocalypse de Jean, Paris, Mame, 1992, p. 38-39.

[13] — Chiffre symbolique, désignant la période de l’histoire de l’Église s’étendant de l’ascension aux derniers jours précédant la Parousie. Pendant tout ce temps, le pouvoir de nuisance du démon est réel mais limité ; il est comme enchaîné. C’est l’interprétation de saint Augustin, devenue classique et que l’Église a indirectement approuvée par sa condamnation du « millénarisme » même mitigé. Nous y reviendrons.

[14] — Il faut ajouter qu’il se trouve dans le texte, à divers moments, des intermèdes qui interrompent le déroulement des cycles, ainsi que des retours en arrière et des annonces anticipées. Ainsi, la ruine de Babylone est prédite par un ange en 14, 8, mais racontée seulement au chapitre 18, après la présentation de la grande Prostituée (Babylone) au chapitre 17. Ces « prophéties dans la prophétie » et ces retours ne facilitent pas le travail d’interprétation.

[15] — L’explication de ces symboles sera donnée en son temps, au fil du commentaire.

[16] — C’est ce que Victorin de Petau († 303 ou 304) a appelé la loi de la récapitulation.

[17] — Ainsi, pour Joachim de Flore, la première Bête est l’islam ; pour Nicolas de Lyre, l’âge d’or du « millenium » commence avec les ordres mendiants. Luther, qui interprétait l’Apocalypse avec la même méthode, voyait dans les Bêtes le pape et l’empereur, etc. Par suite, l’Antéchrist a été identifié tour à tour à Néron, Mahomet, Napoléon, Guillaume II… C’est, de toute évidence, l’explication du vénérable Holzhauser (Interprétation de l’Apoca­lypse, traduit et continué par de Wuilleret, t. 2, Vivès, 1872) qui est la plus séduisante (elle repose sur une révélation privée). Il rattache les sept âges de l’Église aux sept lettres des chap. 2 et 3. Ainsi l’Église d’Éphèse représente le temps des semailles (du Christ à Néron) ; celle de Smyrne, la période d’irrigation (persécutions, de Néron à Constantin) ; celle de Pergame, la période d’illumination (de Constantin à Charlemagne) ; celle de Thyatire, la période de paix (de Charlemagne à Charles-Quint) ; celle de Sardes, la période d’affliction (de Charles-Quint au grand pontife et au grand empereur, encore inconnus – nous serions actuellement dans cette époque) ; celle de Philadelphie, la période de consolation (très brève, jusqu’à l’Antéchrist) ; celle de Laodicée enfin, la période de désolation (de l’Antéchrist à la fin du monde). Si le sens général des lettres a bien une certaine correspondance avec le trait dominant de chacune des périodes indiquées, l’explication particulière reste cependant très problématique et ne peut rendre compte du texte qu’au moyen d’applications arbitraires. Comme système d’exégèse, c’est donc une solution à rejeter.

[18] — Le continuateur du vénérable Holzhauser (de Wuilleret) avait prédit la naissance de l’Antéchrist pour 1855 et sa mort, ainsi que la fin du monde, pour 1911 (Interprétation…, t. 2, p. 120). Le protestant Bengel a annoncé la fin du monde pour 3836 (voir Allo, Saint Jean, Apocalypse, Gabalda, p. cclix) ; le juif converti Milosz pour 1944 ; Annius de Viterbe la prévoyait pour 1481.

[19] — R.P. Allo O.P., Saint Jean, Apocalypse, Paris, Gabalda, Études bibliques, dernière édition : 1961 (le P. Lavergne O.P. en a fait un abrégé : l’Apocalypse, Gabalda, 1930).

[20] — Louis Ier d’Anjou (1339-1384) est le deuxième fils du roi Jean II le Bon (qui eut quatre fils : Charles, le futur Charles V, Louis, Jean et Philippe – nommé le Hardi, futur duc de Bourgogne et père de Jean sans Peur). Comte puis duc d’Anjou, il épousa en 1360, sans l’autorisation de son père qui le destinait à la fille du roi d’Aragon, Marie de Blois, fille du duc de Bretagne. C’est pourquoi la tapisserie de l’Apocalypse porte les armes d’Anjou et de Bretagne. Il fut quelque temps régent du royaume, à la mort de Charles V, puis, la reine Jeanne de Naples l’ayant adopté, titulaire des royaumes de Naples, de Sicile et de Jérusalem. Il mourut en Italie en 1384, en cherchant à conquérir ses terres usurpées par un compétiteur.

[21] — Cahiers de l’Inventaire 4, Nantes, Inventaire général des monuments et des richesses artistiques en Région des Pays de la Loire, 2e édition, 1993, 303 p.

[22] — Ou, mot à mot : « l’Étant-l’Était-le Venant ». Le nom divin est ainsi défini à l’aide de trois articles et de trois participes de forme indéclinable (ou plutôt de deux, car le deuxième, grammaticalement insolite, est la 3e personne du singulier de l’imparfait précédée de l’article) : oJ w]n kai; oJ h\n kai; oJ ejrcovmeno". Le présent signifie l’éternité de celui qui est (voir Ex 3, 14) ; l’imparfait indique sa préexistence immuable de toute éternité (voir Jn 1, 1-2) ; le troisième terme, « o erchomenos », montre que Dieu est sans fin, qu’il préside éternellement aux événements futurs et que tout va à lui comme à sa fin. Le même titre est repris en 1, 8. Plusieurs commentateurs disent que ce titre désigne aussi Notre-Seigneur et non le Père seul.

[23] — Le Saint-Esprit est un dans sa Personne mais il est septiforme dans ses dons.

[24] — Jésus-Christ a rendu un témoignage véridique de son Père et de lui-même et l’a scellé de son sang ; il est, dans sa sainte humanité, le premier ressuscité d’entre les morts ; il est le Roi à qui Dieu a donné toute puissance au ciel et sur la terre.

[25] — Tous les fils de l’Église peuvent être dits « prêtres » métaphoriquement, non en ce sens qu’ils sont investis du pouvoir sacerdotal donné seulement par le sacrement de l’Ordre, mais en ce sens que le baptême leur a conféré une certaine participation « passive » au sacerdoce de Notre-Seigneur Jésus-Christ (Voir 1 P 2, 5 et le Catéchisme du concile de Trente, chap. VIII, § 23). Vatican II a déformé cette doctrine en parlant du « sacerdoce des fidèles ».

[26] — Aux dires de Pline (Hist. nat., IV, xii, 23), les Romains utilisaient cette île comme lieu de déportation

[27] — Dn 7, 13-14. Depuis Daniel, Fils de l’homme est un des titres du Messie ; il ne marque pas tant le caractère humain du Messie que sa transcendance : le Fils de l’homme est vrai homme, mais il est aussi roi, prophète et Dieu. Le Christ, dans l’Évangile, s’appliquera ce titre d’innombrables fois et, dans le nouveau Testament, il est le seul à se dénommer ainsi.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 89

p. 96-117

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