top of page

In memoriam : Philippe Girard

 

Nos lecteurs connaissent le nom de Philippe Girard.

Philippe Girard était tertiaire dominicain, professeur de français et d’histoire au Foyer Saint-Thomas d’Aquin, fidèle collaborateur du Sel de la terre et grand ami du couvent.

Il a donné de nombreux articles à la revue, qui ont été publiés dans la rubrique « Civilisation chrétienne ». Grand lecteur, il a également fourni un bon nombre de recensions de livres, spécialement en histoire contemporaine qu’il connaissait bien.

Il menait tous ces travaux dans une optique vraiment chrétienne, portant sur les choses et les événements un regard critique et profondément surnaturel, dénonçant sans concession les mensonges de l’historiographie officielle, spécialement ceux qui entourent l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale et de l’État français du maréchal Pétain. Il avait acquis une solide formation antilibérale et contre-révolutionnaire, au contact des bons auteurs qu’il lisait attentivement, la plume à la main. Il ne négligeait pas non plus sa formation spirituelle et aimait lire des livres de philosophie et de théologie.

A la suite d’un infarctus, il est décédé le vendredi 9 mai dernier, muni des sacrements de l’Église. Ses obsèques ont eu lieu le mardi 13 mai, dans l’église du couvent de la Haye-aux-Bonshommes.

Prions pour le repos de son âme, gardons fidèlement sa mémoire et imitons son exemple.

Pour marquer l’anniversaire de la Première Guerre mondiale, Philippe Girard avait préparé un article sur les subversions religieuse et politique à l’origine de ce conflit. C’est son tout dernier travail. Nous le publions ci-après dans la rubrique « Civilisation chrétienne », ainsi que sa dernière recension sur De Gaulle, chrétien, homme d’État, que l’on trouvera plus loin.

Pour honorer la mémoire de notre ami et encourager nos lecteurs à prier pour lui, nous reproduisons le sermon donné à la messe de ses funérailles.


Sermon pour les obsèques de notre ami, Philippe Girard 

par Dominicus

 

 

 Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Ainsi soit-il.

Nous sommes réunis pour prier pour l’âme de notre très cher ami Philippe Girard.

Voici ce qu’il écrivait le 11 février 2010, en la fête de Notre-Dame de Lourdes :

Ceci est mon testament. […] Je veux que sur ma tombe soit gravé en latin les versets 1, 2 et 3 du psaume 29 : « Exaltabo te Domine quoniam suscepisti me, « Je vous exalterai Seigneur parce que vous m’avez reçu ; « nec delectasti inimicos meos super me, « et vous n’avez pas laissé mes ennemis se réjouir à mon sujet.  « Domine Deus meus, clamavi ad te et sanasti me. « Seigneur mon Dieu, j’ai crié vers vous et vous m’avez guéri. » Je veux être enterré revêtu de l’habit dominicain. 

Mes chers amis, c’est bien l’âme de notre ami Philippe.

Né en 1951, l’année où mourait un grand chef d’État et prestigieux maréchal de France, il reçoit le même prénom que lui : Philippe. Il n’était pas peu fier de cette homonymie avec le vainqueur de Verdun et le plus vieux prisonnier du monde, à l’Ile-d’Yeu.

Vingt ans après, c’est l’après concile Vatican II… La tornade conciliaire le frappe de plein fouet ; il abandonne toute pratique religieuse pendant dix ans.

A partir de 1980, il retourne de temps en temps à la messe, à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, que nous avions reprise à l’Église conciliaire par ruse et par force et, par-dessus tout, par la foi catholique. Et les sermons qu’il entend à Saint-Nicolas le font réfléchir. Il commence à lire des ouvrages spirituels et des vies de saints, mais – je le cite :

Ce qui a été décisif, a été mon voyage à Fatima en août 1997, bien que j’y sois allé davantage pour l’aspect tourisme que pèlerinage, mais j’ai beaucoup prié Notre-Dame dans la basilique et dans l’église paroissiale des trois enfants, et j’ai traduit mes résolutions un an après, en juillet 1998, par une dévotion aux cinq premiers samedis du mois. Et c’est de cette date de juillet 1998 que je suis redevenu un fidèle et que j’ai observé une pratique normale.

Mes frères : Quel jour sommes-nous aujourd’hui ? 13 mai ! anniversaire de la première apparition de Notre-Dame à Fatima, en 1917. Quelle providence admirable !

Après son retour à Dieu, toujours rigoureux dans ses raisonnements, il écrit :

Connaissant ma faiblesse, je réfléchis sur les moyens propres à consolider ce que je considère comme une renaissance.

Alors il explique, de manière toujours très ordonnée, en trois points (vous remarquerez souvent cela) :

– D’abord j’ai adopté une règle de vie : organisation de la journée, suppression des distractions mondaines ; – puis j’ai suivi deux retraites de saint Ignace – 1999 et 2000 – qui m’ont beaucoup éclairé pour mettre en ordre toute l’évolution que je venais de connaître et qui m’ont fait découvrir la pratique de l’oraison et de la méditation ; – et enfin, il y a eu le contact avec le couvent ou plus exactement avec le Tiers-Ordre dominicain.

Il y entra comme postulant, puis il fit son noviciat qu’il commença le 25 mars de l’an 2000. Il notait à propos du Tiers-Ordre : C’est une « source de stabilité et d’approfondissement spirituel précieux. »

On pourrait croire que c’est fini. Non ! Quand Dieu commence à nous prendre et que nous ne le fuyons pas, il ne nous lâche plus. On peut dire que Dieu le poursuivit pour le faire monter plus haut. Je le cite :

Mais le Tiers-Ordre laisse encore le contact avec le monde. Or, depuis quelques mois, je me suis questionné moi-même sur la forme que pourrait revêtir une séparation franche d’avec le monde. A l’origine de ce questionnement il y a les constatations suivantes.

Nous reconnaissons son ordre méthodique ; il donne six raisons :

– Premièrement, le monde me répugne parce qu’il ne propose que du frelaté, du corrompu, de l’artificiel, du sensuel, des honneurs vains, des jouissances tournées vers le bas ; rien vers le haut. – Deuxièmement, il y a en moi le sentiment d’une nécessaire pénitence pour les offenses faites à Dieu dans ce que je considère comme ma première vie. Si Dieu, dans sa miséricorde, m’a concédé de vivre alors que j’ai mérité l’enfer, ma seconde vie doit être une réparation. – Troisièmement, il y a aussi en moi le sentiment de dire merci à Dieu, de rendre grâce pour m’avoir conservé en vie. – Quatrièmement il y a, à travers mes lectures, l’exemple exaltant de ceux qui ont tout quitté, de Louise de la Vallière à Charles de Foucault. – Cinquièmement, je constate que je ressens, depuis mes fréquentations, au Moulin du Pin en particulier, du goût, de l’attrait, pour l’atmosphère, pour l’environnement religieux. – Sixièmement, pour le peu que j’en connaisse, la vie monacale me paraît désirable, faite d’équilibre entre la contemplation et les activités proprement humaines qu’elles soient intellectuelles ou bien manuelles.

Et, cohérent, le 31 décembre 2001, il démissionne de son travail à Paris. Le 1er janvier 2002, après le décès de sa mère qu’il avait mise au courant de son projet, il entre ici, au couvent. Il a 51 ans – quel courage ! Tout quitter pour entrer dans la vie monastique ! Le 9 août 2001, il avait écrit :

Je dois remercier la Providence de m’avoir désigné la Haye-aux-Bonshommes pour mettre en application l’orientation que je veux imprimer pour le restant de mon existence terrestre.

Vous noterez cette volonté à caractère systématique, ordonné. Le 26 octobre 2001, il avait écrit de même :

Je constate que l’attrait du couvent se fait plus fort en moi, en même temps que décroît celui que je porte au monde, à travers les rares plaisirs que je m’autorise encore, essentiellement le restaurant. Il y a bien des années maintenant que j’ai cessé d’aller au cinéma, au théâtre, et que je n’ai plus voyagé à l’étranger depuis mon dernier voyage en Terre Sainte. J’ai vraiment hâte d’arriver à l’année prochaine pour connaître enfin le cadre, qui, je le vois bien, permettra à mon être de s’orienter vers ce pourquoi il a été créé.

Le 3 août 2002, après sept mois de postulat, il reçoit le saint habit de frère convers – quelle humilité ! lui qui avait une maîtrise en droit, qui était grand lecteur, cherchant toujours à se perfectionner au plan intellectuel : recevoir le saint habit de frère convers ! Il reçoit aussi le nom de frère Marie-Vincent en souvenir de saint Vincent Ferrier, enterré tout près de chez lui, à Vannes.

Je vous lis sa lettre de motivation pour être accepté au noviciat :

J’attends de la vie religieuse qu’elle me permette principalement : – d’abord, de mettre en œuvre la seconde résolution de l’acte de contrition : « Je prends la ferme résolution de faire pénitence… » En ce sens, j’unis aux souffrances endurées par Notre-Seigneur Jésus-Christ dans sa vie et dans sa mort, les austérités, les contraintes, les humiliations de tous ordres que j’ai connus et que je connaîtrai au couvent, dans la soumission à la règle, en réparation de mon existence passée. – Ensuite, de mieux connaître et donc mieux pratiquer la foi, pour essayer de me conformer à la volonté de Dieu en toutes circonstances. – Et enfin, toujours sous le rapport de la foi, plus particulièrement, d’acquérir de solides habitudes de dévotion envers Marie, mère des prêcheurs, à qui je dois tout, et de parvenir ainsi à une vie intérieure réelle.

Il avait noté une année auparavant, en mars 2001, à propos de la sainte Vierge Marie : « Je prie beaucoup la Sainte Vierge qui m’a déjà été une aide déterminante pour mon existence par le passé. Je la prie pour la réalisation de ce projet d’embrasser l’état de frère convers. » Et nous nous souvenons de son testament : il le rédigea en la fête de Notre-Dame de Lourdes.

Il se donne donc à 51 ans, généreusement, corps et âme, à la vie de frère convers ; et, on peut le dire, ce fut parfois héroïque.

Qu’est-ce qui pouvait le motiver dans cette fuite du monde, lui qui avait bien connu le monde ? Je le cite encore :

Je considère comme un fruit de la retraite [qu’il venait de faire au couvent] une méditation qui m’est venue pendant l’oraison et sur laquelle je suis revenu à plusieurs reprises : Pourquoi Dieu m’a-t-il laissé si longtemps dans le péché de l’oubli de lui ? Je pense que Dieu voulait que je me rende bien compte de mon néant à partir du moment où je refusais son amitié. C’est, je crois, Bossuet qui parle de la grandeur de Dieu et du néant de l’homme sans Dieu. Ce que Bossuet décrit, je l’ai expérimenté et, après une telle expérience, il ne me sera plus possible de me mentir à moi-même. Voilà pourquoi, je pense, Dieu a permis cette longue séparation : pour que je possède une notion exacte de ce qu’il est, et de ce que je suis. Et, pendant tout ce temps, Dieu m’a supporté patiemment, sans punition en réponse à mes offenses ; c’était l’effet de sa miséricorde. Alors que tant d’âmes vont en enfer pour un seul péché mortel, Dieu m’a sauvé, m’a gardé tout au long de ces années où je participais à sa crucifixion. Quand je pense au nombre de fois où j’aurais pu mourir dans cet état, durant mes innombrables voyages en voiture ou en avion ! Dieu savait-il que je reviendrais à lui ? Oui, Dieu sait tout ! Et quand je fus décidé à prendre les dispositions pour sortir du monde du péché et de l’oubli de Dieu, Dieu a correspondu à mon désir en me donnant sa grâce, sans laquelle, comme j’en ai fait l’expérience, mes efforts seraient demeurés vains. Et, sans reproche pour le passé, Dieu m’a reçu comme on reçoit un ami que l’on croyait perdu. « Je ne suis pas venu pour les justes, mais pour les pécheurs. » Oui, c’était là l’effet de son amour infini, et maintenant, à cet amour je dois répondre par la contrition et la réparation… Car le débiteur doit s’acquitter de sa dette ; la mienne est telle que je ne m’en acquitterais d’ailleurs pas complètement. 

Et il ajoutait pour terminer :

Cette méditation me plaît beaucoup, car elle me fait réfléchir sur le néant de l’homme sans Dieu, sur la miséricorde, la patience, l’amour de Dieu pour l’homme pécheur, son pardon assuré à ce pécheur si, de son côté, il manifeste sincèrement sa volonté de ne plus pécher ; et aussi la nécessité de la contrition parfaite et du ferme propos, c’est-à-dire quelques-uns des thèmes les plus important de la foi chrétienne. 

Voilà dans quel état d’esprit il a vécu le temps qu’il passa au couvent, depuis sa vêture, le 3 août 2002. Cependant, comme il l’avoua lui-même, cette vie lui était un peu dure et, le 25 mars 2003, il écrivait : « Je vous annonce ma décision de quitter le couvent. » Comme toujours, il ordonne sa pensée : raisons positives, raisons négatives.

Raisons positives : – Je suis surtout venu au couvent pour faire pénitence afin de réparer [toujours Fatima, ce pèlerinage de juillet 1997, qui l’a marqué à tout jamais]… afin de réparer un peu les désordres de ma vie d’avant ma conversion, quand je vivais sans Dieu. Le temps passé ici, au couvent, représente [on l’imagine disant cela avec le sourire] une certaine somme d’austérités, de contraintes, de restrictions, d’humiliations, que je dépose aux pieds de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour qu’il en apprécie les éventuels mérites. Pour ma part, je pense avoir accompli un effort notable pour me faire un peu pardonner et, en ce sens, mon séjour est positif. – Deuxièmement, je suis venu ici également pour mieux connaître la foi et il est évident que je crois plus et mieux qu’auparavant grâce à tous les cours, aux instructions dont j’ai fait mon profit. – Troisièmement, je suis venu ici pour mieux connaître la liturgie et, là aussi, avec la messe et l’office quotidien, mes connaissances n’ont pu que s’accroître. Raisons négatives : – La pratique des humiliations, je l’avoue, m’était pénible. Vous me répondrez que c’est normal, puisque c’est contraire à la nature humaine ; oui, mais, à mon âge, avec mes habitudes, cette pratique ne peut plus durer. – Et puis surtout, deuxièmement, au plan physique, je suis souvent fatigué, spécialement à cause du dos [Écoutez cela, cette abnégation, sans se plaindre]. Pendant plus d’un an, j’ai pris trois comprimés par jour, mais la douleur était toujours présente. 
Et donc, il a avoué qu’il fallait qu’il arrête, pour cette raison de santé principalement. Il ajoutait une troisième raison, bien humaine :

– Enfin, pourquoi ne pas le dire : je ressens une nostalgie de la maison familiale, des souvenirs de mes parents.

C’est pour cette même raison qu’il a voulu être enterré dans sa terre bretonne, à Gouesnac’h ; nous le comprenons, même si nous laisserons partir son corps avec un peu de tristesse, parce que nous aurions bien aimé le garder ici, dans le cimetière du couvent.

Il quittera le couvent le 21 avril 2003, après seize mois passé ici. Notons bien, à propos de cet essai de vie religieuse : ce n’est pas un échec. Certainement pas ! Il le dit lui-même : « C’est une étape pour parvenir à une vie intérieure réelle. » Rappelons-nous qu’Abraham obéit quand Dieu lui demanda de sacrifier son fils sur la montagne… Abraham leva la main, avec le couteau, mais l’ange l’arrêta : il n’y a pas eu d’échec. Dieu lui dit au contraire qu’il était très fier et très content de lui. Dans son cœur, il avait donné son fils.

Notre ami Philippe prit donc sa retraite en Bretagne. Elle sera de courte durée. En septembre 2003, c’est l’ouverture de la première classe de 6e du Foyer Saint-Thomas-d’Aquin, avec quelques élèves, à la maison « Maubert ». Dès la rentrée suivante, en septembre 2004, notre ami Philippe revient à la Haye-aux-Bonshommes. Il commence une nouvelle vie : celle de professeur. Il a 53 ans ; il devient professeur de littérature, de grammaire française et d’histoire. Le couvent l’avait aguerri sans doute, mais il faut reconnaître que c’est une nouvelle vie bien spéciale qu’il entreprend.

C’est dans ce cadre du Foyer Saint-Thomas-d’Aquin que, neuf années durant, vous l’avez connu, chers parents, chers élèves et chers amis. Et vous l’avez apprécié, vous l’avez même aimé comme professeur. Je vous laisse le soin, chacun d’entre vous, en votre âme chrétienne, de dire ce qu’il en est, de lui exprimer votre reconnaissance. Il est certain que tous, nous et vous tous ensemble, nous le regrettons.

Il faut ajouter pour être complet :

– sa collaboration très précieuse au Sel de la terre, tant par les articles qu’il écrivait que par ses nombreuses recensions d’ouvrage, que je vous conseille de lire et de relire ;

– son soutien aux Journées Jean Vaquié, chaque année ;

– son assiduité au Tiers-Ordre dominicain ;

– et les réunions, les journées d’amitié dominicaine, les sorties… auxquelles il participait fidèlement.

Ce n’est pas pour rien que la dernière ligne de son testament déclare : « Je veux être enterré revêtu de l’habit dominicain. » Il est bien dommage que nous n’ayons pas pu assister à sa mise en bière : nous aurions vu, dans son cercueil, notre ami Philippe avec le saint habit dominicain.

Nous le revoyons encore, ici même, dans cette église, venant à Matines, à 4 h 15 en hiver, pour les grandes fêtes dominicaines ou les grandes fêtes du calendrier romain, disant assidûment l’office avec les frères.

En ce dernier dimanche de Pâques, dans l’après-midi, il était dans sa chambre, au Prieuré. Je le vois en train de lire un gros livre : 900 pages ! Je lui demande ce que c’est. « Mon père, c’est le père Garrigou-Lagrange : Dieu, son existence et sa nature» Quel livre ! — « Je suis en train de lire, mon Père, les chapitres sur Laberthonnière et Blondel, les philosophes ancêtres du modernisme. Que c’est éclairant ! Oui, j’arrive à bien comprendre tout cela. » Puis il referma son livre et se leva pour aller se promener.

Et puis, lundi de Pâques, il est parti chez lui.

Il avait prévu de revenir ici avant la rentrée, pour une réunion préparatoire aux Journées Jean Vaquié et, le lendemain, pour le Sel de la Terre, et enfin, le dimanche 4 mai, pour la journée du Tiers-Ordre dominicain.

Nous nous sommes revus le jeudi 24 avril, à l’hôpital. Il était gravement malade, mais il gardait son sens du devoir et de l’ordre. Après que je lui eus donné la sainte Eucharistie, il m’a dit : « Mon Père, sur ma table, dans ma chambre, vous trouverez les DTL [les sujets des devoirs] pour le 5 mai et pour le 9 mai. » Tout était prêt.

Il avait un goût profond pour la vérité, en histoire spécialement et en français aussi. Il avait la haine du mensonge, ce qui explique son aversion pour celui qu’il appelait « Charles le mauvais ». Il repoussait les erreurs, jusque dans le langage. Il ne manquait pas, avec le sourire mais fermement, de reprendre ses collègues professeurs qui se laissaient aller parfois à des mots nouveaux à la mode ou à des impropriétés de langage. C’est même lui qui avait pris contact avec l’association Défense de la langue française ; c’est grâce à lui que le Foyer a pu participer au concours international du Plumier d’or.

Cher Francis, qui êtes le frère aîné de Philippe, vous êtes le seul membre de sa famille ici présent. Soyez remercié de votre fidélité, de votre soutien à Philippe. Ce jeudi de Pâques, quand vous étiez auprès de lui à l’hôpital de Nantes, vous m’avez dit : « Quand j’ai vu Philippe partir en hélicoptère de l’hôpital de Quimper pour être conduit à celui de Nantes, j’ai pensé que je ne le reverrai plus. » Il faut ajouter : Je ne le reverrais plus ici-bas, oui ! mais dans le ciel, non !

Mes chers frères, prions pour son âme afin qu’elle voit Dieu sans tarder. Imitons Philippe dans la mise en ordre patiente, persévérante de sa vie, selon la volonté de Dieu. Comme lui, prenons de bonnes résolutions, tenons-les coûte que coûte, nous rappelant sans cesse comme il nous l’a dit : « Le Tout de Dieu est notre néant ». Et puis, n’oublions pas cette aide déterminante, comme il le disait, de la très sainte Vierge Marie.

« Je veux que sur ma tombe soit gravé en latin les versets 1, 2 et 3 du psaume 29. » Tâchons de les retenir :

Exaltabo te Domine quoniam suscepisti me, nec delectasti inimicos meos super me, Domine Deus meus, clamavi ad te et sanasti me.

Ainsi soit-il. 

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 89

p. 153-159

Les thèmes
trouver des articles connexes

In Memoriam : Hommage aux Témoins et Défenseurs de la Tradition

Télécharger le Pdf ici :

.

bottom of page