top of page

+ Les illusions républicaines 

 

Les études de philosophie politique sont trop rares pour qu’on ne mentionne pas le travail de MM. Rousseau et Polin sur la République des droits de l’homme.

L’Occident est en déclin avancé. Pour trouver les remèdes au mal, il faut en chercher les causes. Mais l’homme mo­derne, imbu des principes de 1789, s’in­terdit seulement de penser la notion de déclin. Parce qu’il gagne une heure sur le trajet qu’il faisait en deux heures, il estime que l’humanité est en progrès constant. Pendant ce temps, il s’adonne à tous les désordres moraux. En fait, l’homme mo­derne a perdu la notion d’essence. S’il l’a­vait conservée, il saurait, par exemple, que la liberté ne consiste pas à déployer sans obstacle tous ses désirs, mais à prendre les moyens qui permettront à l’essence d’at­teindre sa fin. On est alors à l’opposé des mythes de la liberté et de l’égalité, du mythe de l’individu souverain. Pour les démocrates modernes, les hommes ne sont libres que s’ils sont égaux, parce que chacun n’est libre que s’il est souverain.

Pour dissiper les illusions républi­caines, MM. Rousseau et Polin étudient alors en détails la devise « Liberté – Égalité – Fraternité ». Par rapport à la li­berté, ils analysent le « dogme » de la sou­veraineté populaire. Par rapport à l’égalité, ce sont les droits de l’homme qui sont étudiés. Enfin, à propos de la fraternité, les deux auteurs nous exposent l’essence de la Révolution française.

Dans une seconde partie, MM. Rousseau et Polin passent en revue les puissances qui nous gouvernent.

On peut regretter que les termes em­ployés dans cet ouvrage n’aient pas tou­jours la précision de la philosophie scolas­tique, par exemple en ce qui concerne l’essence. Il faut dire que, malheureuse­ment, l’université a renoncé depuis long­temps à employer la méthode scolastique. Par ailleurs, MM. Rousseau et Polin sont plus des philosophes politiques que des métaphysiciens.

D’autre part, dans le chapitre 21 sur « L’Église socialisante » et dans le chapitre 22 sur « L’Église témoin de son temps : le cas Jean-Paul II », MM. Rousseau et Polin semblent voir une continuité de doctrine entre Léon XIII, Pie XII et Jean-Paul II par rapport à certaines erreurs modernes, en particulier la notion d’État-Providence.

Il nous semble important de rappeler ici que Mgr Lefebvre écrivait le 20 dé­cembre 1990 [1] :

« Il est dangereux et contraire à la vérité d’accréditer cette thèse que les papes depuis Léon XIII, sauf saint Pie X, sont les précurseurs de Vatican II et de ses erreurs. On doit, à mon sens, s’op­poser à cette opinion nouvelle qui circule dans nos milieux (…). Il est certain que les papes Léon XIII et Pie XI avaient la hantise des relations avec les gouverne­ments de fait, même s’ils étaient maçon­niques et révolutionnaires. Cela n’a pas atteint leur doctrine, mais (a produit) une certaine expression de tolérance, surtout chez Léon XIII. Cependant ils ont donné par leurs actions l’exemple d’une illusion grave sur leurs interlocuteurs. En cela, ils sont précurseurs de Vatican II. Mais ce ne fut pas le cas de saint Pie X, de Benoît XV ni de Pie XII (…). Les véhicules des doc­trines fausses au cours du 19e siècle et de la moitié du 20e siècle, ce ne sont pas les papes, mais les catholiques libéraux et les modernistes qui ont fini par dominer dans l’Église, qui ont triomphé au concile et poursuivent leur triomphe suicidaire. »

Mgr Lefebvre estimait dangereux de commencer à remettre en cause les ensei­gnements des papes antérieurs à Vatican II. En attendant que certaines de leurs expressions soient peut-être expli­quées par le magistère, une fois que la crise de l’Église sera terminée.

Dans ce domaine, il serait prudent de montrer comment les textes des papes Léon XIII et Pie XII restent catholiques et comment Jean-Paul II a pu en tirer parti pour s’écarter de la sainte doctrine. Ce se­rait une étude intéressante.

Nous regrettons ces chapitres 21 et 22 de MM. Rousseau et Polin, car le reste du livre nous paraît être une contribution non négligeable à la démythification de la République des droits de l’homme, démy­thification nécessaire si l’on veut envisager les principes d’une reconstruction poli­tique selon l’ordre voulu par Dieu.

⚜️

[1] — Lettre à monsieur l’abbé Aulagnier.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 9

p. 166-168

Les thèmes
trouver des articles connexes

Télécharger le Pdf ici :

.

bottom of page