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Paroles de saint Charbel

Frère Louis-Marie O.P.

Le grand saint moderne du Liban, le père Charbel Makhlouf (1828-1898) est, en France, davantage connu par ses miracles que par ses écrits (depuis sa mort, plus de 13 000 guérisons attribuées à son intercession ont été enregistrées au couvent d’Annaya). La traduction française de plusieurs de ses sermons est donc une excellente initiative. Deux extraits suffiront à en donner le goût :

A chaque serrure sa clé. A chaque porte sa serrure qui ne s’ouvre qu’avec la clé qui lui appartient. La mort a fermé la porte et le péché l’a verrouillée. La croix est la clé qui libère la serrure du péché et le verrou de la mort ; la croix ouvre la porte du ciel et il n’y en a pas d’autre.

La porte du ciel se trouve là où se rencontrent le ciel et la terre, au sommet du calvaire. La porte est connue, palpable et visible ; chacun a des yeux pour la voir. Quelques-uns pensent qu’elle n’a pas de serrure et s’ouvre si on l’enfonce ; mais quand on s’en approche, on comprend qu’elle a une serrure qui ne s’ouvre qu’avec sa clé. Nous ne pouvons connaître la bonne clé que si on l’introduit dans la serrure. Il n’y a qu’une seule vraie clé, c’est la croix du Christ. Ne vous fatiguez pas à chercher d’autres clés pour ouvrir la porte du ciel, ou bien à en fabriquer d’autres. Nombreux sont ceux qui passent leur vie à chercher à concevoir leurs propres clés, croyant qu’elles seraient capables de leur ouvrir la porte, et nombreux aussi sont ceux qui se moquent de la croix du Christ. Devant cette porte, la vérité éclate et on constate alors que toutes les clés sont vaines. Toute votre vie est un voyage en direction de cette porte ; et vous y arriverez à la fin de votre pèlerinage, ayant la clé en main, vous ouvrirez et entrerez. Sinon vous vous arrêterez devant la porte sans pouvoir accéder à l’intérieur, car les clés que vous avez ne sont que votre propre production. Vous en serez déçus. Portez donc la croix du Christ et vous aurez la clé du ciel. Portez la croix du Christ avec joie, ardeur et courage. Ne pleurez pas, ne vous lamentez pas chaque fois que vous échouez. Les pleurs et les lamentations ne font pas l’histoire du salut, de même que la porte du ciel ne s’ouvre pas en se frappant la poitrine et en poussant des cris de lamentation. Ce sont les larmes de conversion qui font l’histoire du salut. Une seule larme suffit pour ouvrir la porte du ciel, la larme du repentir qui baigne la joue du croyant courageux. Portez la croix du Christ et suivez ses pas, vous trouverez la Vierge à vos côtés, comme elle l’a fait pour le Christ. Chaque fois que vous vous sentez blessés, dites : « Par les plaies du Christ. » Quand vous souffrez, dites : « Par les souffrances de Jésus. » Quand on vous persécute, qu’on vous maltraite ou qu’on vous offense, dites : « Pour la gloire du Seigneur. » […] Devant la porte, vous sentirez que la joie de votre passage dépasse de beaucoup votre souffrance et votre fatigue durant la marche. Le bonheur de votre arrivée au but dépassera infiniment la douleur de votre cheminement.

Un autre sermon fait le lien entre la croix et la parole évangélique Vous êtes le sel de la terre :

Tout l’univers se meut autour du mystère de la croix. L’homme croit que l’univers tourne autour de sa personne, or la croix est le centre de l’univers ; donc celui qui veut être au centre de l’univers doit être avec le crucifié sur la croix. Celui qui ne vit pas le mystère de la croix ne peut pas comprendre le mystère de l’univers. Tout homme a sa forme et existence propre dans l’espace et le temps. Il est comme un morceau de glace qu’on veut garder loin du feu pour qu’il ne fonde pas. A quoi sert ce morceau de glace s’il veut à tout prix conserver sa forme et son entité ? Si la glace ne fond pas, elle ne pourra pas s’infiltrer dans la terre pour irriguer la terre et pour étancher la soif des humains. Ne craignez pas le feu qui est capable de vous faire fondre pour vous transformer en eau de vie qui arrose la terre. Que votre amour soit comme l’eau qui pénètre partout ; ne la laissez pas être comme une masse rigide, telle que vous l’avez, vous-mêmes, conçue, forme inutile. Le sel qui ne fond pas est inutile pour saler. Le sel corrompu trouble l’eau et corrompt la nourriture ; le bon sel fond et disparaît dans l’eau. Il ne donne à la nourriture ni forme, ni couleur, mais en rehausse la saveur. Vous êtes le sel de la terre : si vous faites de votre vie une propriété privée, elle sera vaine ; alors que si vous la donnez, sa valeur augmente. Elle atteindra sa plénitude quand elle sera la propriété de tous.

Seize homélies sont ainsi regroupées dans ce petit ouvrage, précédées d’une vie du saint religieux (35 pages) et suivies d’un recueil de paraboles et apophtegmes.

  

Hanna Skandar, Paroles de saint Charbel, Paris, Artège, 2014, 140 pages, ISBN 9-782360-402748, 9,90 €.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 90

p. 203-205

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