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Les sept douleurs de Notre-Dame (II)

Les douleurs du Vendredi saint

 

 

 

par le frère Marie-Dominique O.P.

 

 

 

« Toute la vie de Notre-Dame s’est passée en douleurs », a pu écrire le pape saint Pie X [1].

La piété  chrétienne honore plus particulièrement sept douleurs de la Vierge Marie, qui correspondent à sept événements de la vie de Notre-Seigneur. Ces sept événements sont comme sept glaives qui ont blessé plus profondément le Cœur de Notre-Dame.

Dans un article précédent, nous avons contemplé les douleurs des mystères joyeux : la prophétie du vieillard Siméon, la fuite en Égypte, et les trois jours où Jésus fut perdu [2].

Dans la présente étude, nous considérerons les douleurs du Vendredi saint. Elles nous font revivre la passion de Notre-Seigneur à travers les souffrances du Cœur de Marie, si tant est que « le Cœur de la bienheureuse Vierge a été comme un miroir très clair de la passion de son Fils », comme le dit saint Laurent Justinien [3].

Cette contemplation produit dans les âmes un grand amour pour Notre-Seigneur et Notre-Dame, une grande haine pour le péché, un grand zèle pour la conversion des pécheurs.

Le Sel de la terre.

 

 

Introduction :

la compassion de la Vierge Marie

 

On entend par compassion de la Vierge Marie la participation de Notre-Dame à la passion de son Fils.

Nous sommes ici en face d’un fait historique tout à fait unique pour trois raisons en particulier :

1. Tout d’abord, la compassion de la Vierge Marie dépasse avec une sorte d’infinité la coopération des saints à la rédemption du monde.

En s’unissant aux souffrances de son Fils, Notre-Dame a coopéré au rachat opéré par Notre-Seigneur dans un sens secondaire et dépendant – comme tous les saints – mais à un degré dont nul autre ne peut approcher ; et ceci indépendamment même de ses douleurs. La raison en est la plénitude de grâces en son âme, qui dépasse la grâce finale de tous les anges et de tous les saints réunis.

2. D’autre part, Notre-Dame a coopéré avec Notre-Seigneur à la rédemption du monde dans un sens unique, dans la mesure où ce rachat n’aurait pas pu avoir lieu sans son Fiat, sans son consentement donné au jour de l’Annonciation. Il fallait qu’elle accepte de mettre au monde le Fils de Dieu pour qu’il vienne nous sauver. Cela, on ne peut le dire d’aucun saint. Dans le plan de Dieu, le salut du monde devait passer par la maternité divine qui en serait le point de départ obligé.

La coopération des saints au rachat des hommes, et la nôtre, ne sont que la continuation et l’application d’une rédemption déjà accomplie ; tandis que la coopération de Notre-Dame fut une condition nécessaire à l’accomplissement de cette rédemption, en vertu du plan divin.

3. Tout ce que nous venons de dire s’entend indépendamment des douleurs de la Vierge Marie. Posons-nous maintenant la question : qu’est-ce que ces douleurs ont ajouté ?

Les douleurs de Notre-Dame n’étaient pas nécessaires à la rédemption du monde. Mais dans les conseils divins, la sainte Trinité avait décidé de toute éternité que ces douleurs de Marie seraient inséparables de la passion de Notre-Seigneur, en seraient une partie intégrante. Expliquons-nous.

Notre-Seigneur, sur la croix, souffrit aussi de ce que sa mère souffrait, et de ce qu’elle souffrait à cause de lui.

Aussi Notre-Seigneur, sur la croix, ne souffrit pas seulement de la torture du crucifiement et de la vision de tous les péchés de l’humanité, il souffrit aussi de la douleur de sa mère, dont il était la cause ; et ce ne fut pas la moindre de ses souffrances, puisque Notre-Dame était l’être humain qu’il aimait le plus :

Toute cette amertume immense que [Jésus] avait versée de lui-même en Marie, il la reversait en lui-même sans l’enlever de Marie. Cette amertume rentrait dans le Cœur sacré de Jésus comme une autre passion, un autre monde d’affliction, un autre déluge de douleurs. Ainsi, la compassion de Marie sortait de la passion et y rentrait. [...] L’offrande [de Notre-Dame] montait au ciel avec celle de Jésus. Ces deux offrandes étaient comme deux grains d’encens sur les charbons brûlants d’un même encensoir [4].

Par suite de la simultanéité de la compassion de Marie avec la passion, par suite de ce qu’elle en fut même une partie intégrante, il y entra le caractère de sacrifice et d’expiation qui appartenait à la passion, et cela à un degré et d’une nature qui n’appartiennent pas aux afflictions des saints.

Pour être complet, il nous faut ajouter ce que dit le père Terrien S.J. du rôle respectif de l’intelligence et de la volonté dans la compassion de Notre-Dame :

Le martyre de Notre-Dame au Calvaire avait une double source, une double mesure : la connaissance des douleurs de son Fils et son amour pour ce même Fils. Ôtez la connaissance, comment pourra-t-elle souffrir de douleurs qu’elle ignore ? Donnez-lui la connaissance sans l’amour, il y aura peut-être quelque pitié ; mais pourquoi souffrirait-elle si cruellement des angoisses endurées par une victime qui lui serait indifférente [5] ?

La piété chrétienne s’est plue à contempler ici quatre douleurs de Notre-Dame :

— la rencontre de Jésus portant sa croix ;

— le crucifiement ;

— la descente de croix ;

— la sépulture de Jésus.

Ces quatre douleurs de Notre-Dame correspondent à quatre stations de notre chemin de croix. Leur contemplation va nous permettre d’approfondir la doctrine des nuits, que nous avons ébauchée en conclusion de l’article sur les douleurs des mystères joyeux.

 

 

Quatrième douleur :

La rencontre de Jésus portant sa croix

 

La rencontre de Jésus et de Marie sur le chemin du Calvaire n’est pas mentionnée dans le sobre récit des évangélistes. Nous avons cependant tout lieu d’y croire, car elle nous est connue par une tradition vénérable. Citons ici l’indignation de dom Guéranger à l’égard de ceux qui mettent cet épisode en doute :

Cette multitude qui précédait et suivait la victime n’était composée que de gens féroces ou insensibles ; seulement un groupe de femmes faisait entendre de douloureuses lamentations. […] Marie pouvait-elle se montrer moins sensible au sort de son Fils que ne le parurent ces femmes qui n’avaient avec lui d’autres liens que ceux de l’admiration ou de la reconnaissance ?  Nous insistons sur ce trait, pour exprimer combien nous avons en horreur ce rationalisme hypocrite qui, foulant aux pieds tous les sentiments du cœur et les traditions de la piété catholique de l’Orient et de l’Occident, a tenté de mettre en doute la vérité de cette touchante station de la voie douloureuse qui marque le lieu de la rencontre du Fils et de la mère. La secte impure n’oserait nier la présence de Marie au pied de la Croix : l’Évangile est trop formel ; mais plutôt que de rendre hommage à l’amour maternel le plus tendre et le plus dévoué qui fut jamais, elle préfère donner à entendre que, lorsque les filles de Jérusalem se montraient sans crainte sur les pas du Sauveur, Marie se rendait au Calvaire par des chemins détournés [6].

 

Récit

 

Tandis que Jésus chemine péniblement dans les rues étroites de Jérusalem qui conduisent du prétoire de Pilate jusqu’au Golgotha, la Vierge Marie, qui se trouve avec saint Jean et sainte Marie-Madeleine, cherche à voir son Fils :

[Saint Jean,] qui connaît les divers chemins, conduit Marie à l’extrémité d’une rue où elle pourra rencontrer Jésus sur la route du Calvaire. [...] Toutes les rues sont remplies d’une foule dont le flot se dirige vers le Golgotha. [...] Marie s’enveloppe de son voile. Jean et Madeleine appuient leurs cœurs brisés sur le sien, car ils sont défaillants et malades. Quel voyage pour une mère ! Elle remarque à peine les rues. [...] Elle a pris sa place, silencieuse et calme [7].

Soudain, le cortège paraît. Le cheval du centurion ouvre la marche.

Marie voit tout : les deux larrons, les croix, mais elle ne cherche qu’un visage : celui de son Fils. Quand il s’approche, la paix devient plus profonde dans son Cœur. Il n’en pouvait être autrement. Dieu s’approchait et la paix marchait devant lui.

Voici que Jésus est arrivé près de Marie. Leurs regards se croisent. Le temps semble être suspendu. Mais Notre-Dame ne peut approcher de son Fils. Elle ne peut même pas étendre la main pour le toucher.

La voilà de nouveau séparée de Jésus, qui est comme englouti par la foule qui s’est reformée autour de lui. Comme il lui aurait été plus doux de monter à la place de son Fils sur le Golgotha !

 

Particularités de la quatrième douleur

 

Voyons maintenant les particularités de cette quatrième douleur de Notre-Dame. Nous nous servirons ici beaucoup des considérations du père Faber.

Chacune des sept douleurs de la Vierge Marie a une caractéristique propre qui la distingue des autres. Ici, c’est, pour Notre-Dame, le choc de se trouver subitement face à face avec Jésus portant sa croix.

Cette croix de Jésus, pourtant, n’avait jamais cessé d’être présente à la pensée de Marie depuis son Fiat de l’annonciation. La prophétie de Siméon lui avait fait entrevoir quel glaive de douleurs cette croix serait pour son Cœur.

Lorsqu’on sait qu’une épreuve nous arrivera dans le futur, nous en imaginons à l’avance tous les détails, et même l’attitude, les paroles que nous aurons à ce moment-là. Mais quand l’épreuve arrive, rien de ce que nous avions prévu ne se produit, nous sommes pris au dépourvu par la façon dont tout se passe.

Pour cette douleur de la sainte Vierge, les événements ont dépassé de beaucoup l’attente la plus terrible, car non seulement la réalité était pire que tout ce qu’elle avait pu redouter, mais elle apportait des souffrances inattendues auxquelles son âme n’avait pu se préparer.

 

— L’état pitoyable de Jésus

 

Le premier choc pour cette mère, ce fut bien sûr l’état pitoyable dans lequel son Fils lui apparut. Tout avait concouru à mettre Jésus dans un état lamentable : l’agonie au Jardin des Oliviers qui lui avait déjà fait perdre beaucoup de sang et qui avait blanchi ses cheveux, au moins en partie – comme le montre le Saint-Suaire [8] ; la nuit sans sommeil ; l’absence de nourriture depuis le repas du Jeudi saint au soir ; la flagellation qui avait labouré son corps ; cette couronne d’épines qui meurtrissait sa tête ; cette croix de cinquante kilogrammes qui entaillait son épaule ; et cette foule en furie qui se pressait autour de son Fils, hurlant sa haine et réclamant la mort.

Si encore, elle avait pu s’approcher de lui pour le soutenir, pour essuyer son visage. Tous pouvaient toucher son Fils – sauf elle – et ils en profitaient pour l’outrager. Ah ! elle aurait voulu souffrir mille morts pour faire cesser un tel sacrilège.

 

— La simple présence de Marie rend plus lourde la croix de Jésus

 

Ce fut bien sûr une immense consolation pour Notre-Seigneur, de voir sa mère bénie venir à sa rencontre pour s’unir à sa passion. Mais en même temps, Jésus souffrit dans son âme humaine de voir combien Notre-Dame était bouleversée de voir son Fils en cet état.

La croix de Jésus devenait plus lourde de la présence de sa mère, et la Vierge Marie en eut le cœur transpercé : c’était la première fois qu’elle causait de la peine à son Fils. Pauvre mère !

 

— L’absence des Apôtres

 

Quelle douleur aussi en ce moment de se dire : « Mais, où sont les Apôtres ? Où sont passés ces hommes qui ont vécu dans l’intimité de son Fils pendant trois ans, et qu’il avait pourtant préparés durant tout ce temps à ce jour terrible ? » C’est même l’un d’eux – Judas – qui avait trahi Jésus. Ah ! il eût été plus facile à Notre-Dame de monter au Calvaire avec les Apôtres autour d’elle. Mais, à l’exception de saint Jean, tous avaient disparu depuis la veille au soir, au moment de l’arrestation. Et si saint Jean était physiquement à ses côtés, l’épreuve l’avait comme anéanti. C’est Notre-Dame qui le soutenait plus que l’inverse.

 

— La paix profonde de la Vierge Marie, et l’union de son Cœur avec le Cœur souffrant de son Fils

 

Cependant, la paix de Marie n’était pas troublée.

Elle s’enfonçait dans des abîmes plus profonds qu’elle n’aurait jamais pu penser, et cependant elle continuait à avancer avec calme. Elle  semblait même impassible au milieu de cette foule surexcitée qui la coudoyait.

Et surtout, elle ne faisait absolument qu’un avec son Fils. Aucun saint, ni même tous les saints réunis, n’approcheront l’identité de sentiments qui animait les Cœurs de Jésus et de Marie à ce moment-là. Une simple mère n’aurait souffert ici que des souffrances physiques de son fils, et l’horreur de ces souffrances  aurait rendu impossible toute autre pensée. La Vierge Marie, soutenue par la puissance divine de Notre-Seigneur, gardait une totale maîtrise de son âme. Elle pouvait alors souffrir non seulement de la passion corporelle de son Fils, mais aussi et surtout de la cause de cette passion que sont nos péchés.

Et elle en souffrait, comme le dit le père Garrigou-Lagrange, « dans la mesure de son amour pour Dieu que le péché offense, de son amour pour son Fils que le péché crucifie, et dans la mesure de son amour pour nos âmes que le péché ravage et tue [9] » ; amour proportionné à la plénitude de grâces extraordinaire qui était en son âme.

En croisant le regard de Marie sur le chemin du Calvaire, Jésus a lu, dans l’âme de sa mère, toutes les douleurs qu’elle endurait. Et Marie, par son regard, a montré à son Fils combien elle ne faisait plus qu’une même victime avec lui. A ce moment, les deux Cœurs de Jésus et de Marie se fondirent en un seul Cœur s’offrant en sacrifice pour la gloire du Père et pour notre salut.

 

Leçon pour notre âme : avec Marie, aller à la rencontre de Jésus portant sa croix

 

— Nécessité de la croix dans la vie chrétienne

 

Jésus marche sur le chemin du Calvaire. Sa mère s’y est rendue.

Que fais-tu, ô chrétien ! Sors de ta tiédeur et de ta torpeur et mets-toi à ton tour à la suite de ton Sauveur qui appelle tous ses enfants :

Si quelqu’un veut me suivre [jusqu’au Ciel], qu’il se renonce lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive (Mt 16, 24).

Saint Louis-Marie Grignion-de-Montfort sépare d’ailleurs l’humanité en deux camps :

Voilà, mes chers confrères, voilà deux partis qui se présentent tous les jours : celui de Jésus-Christ et celui du monde.

Celui de notre aimable Sauveur est à droite, en montant, dans un chemin étroit, et rétréci plus que jamais par la corruption du monde. Ce bon Maître y est en tête, marchant les pieds nus, la tête couronnée d’épines, le corps tout ensanglanté, et chargé d’une lourde croix. Il n’y a qu’une poignée de gens, mais des plus vaillants, à le suivre, parce qu’on n’entend pas sa voix si délicate au milieu du tumulte du monde ; ou qu’on n’a pas le courage de le suivre dans sa pauvreté, ses douleurs, ses humiliations et ses autres croix qu’il faut nécessairement porter à son service tous les jours de la vie.

A gauche est le parti du monde ou du  démon, lequel est le plus nombreux, le plus magnifique et le plus brillant, du moins en apparence. Tout le plus beau monde y court ; on y fait presse, quoique les chemins soient larges, et plus élargis que jamais par la multitude qui y passe comme des torrents ; ils sont jonchés de fleurs, bordés de plaisirs et de jeux, couverts d’or et d’argent [10].

Il faut se rappeler ici, comme nous avons dit dans un article précédent, que la grâce sanctifiante que nous avons reçue au baptême, et que nous recevons par les autres sacrements et la prière, cause en notre âme une inclination surnaturelle à la croix [11].

Mais il est deux sortes de croix : celles que nous devons nous imposer nous-mêmes, et celles que la divine Providence permet ou nous envoie pour parachever l’œuvre de notre sanctification.

 

— Prendre l’initiative de nous mortifier

 

Nous devons d’abord mortifier notre sensibilité et notre volonté, réduire progressivement le rôle du sensible pour libérer l’activité spirituelle de l’âme. C’est ce que les auteurs spirituels appellent la nuit active. S’appuyant sur l’Apôtre saint Paul, le père Garrigou-Lagrange donne quatre motifs pour lesquels nous devons faire ce travail [12] :

– les suites du péché originel, qui nous obligent à discipliner notre nature blessée ;

– les suites de nos péchés personnels, qui ont aggravé nos blessures ;

– notre vocation à être des citoyens du Ciel, qui nous oblige à nous détacher de cette terre ;

– la nécessité d’imiter Jésus crucifié pour réparer nos péchés et sauver des âmes avec lui.

 

— Le rôle de Notre-Dame

 

Notre-Dame a ici un rôle très important :

• modèle de toutes les vertus, elle nous attire en haut, vers la sainteté ;

• médiatrice, elle nous obtient les grâces qui nous permettent d’avancer, et en même temps elle canalise notre volonté, lui évitant des imprudences orgueilleuses fatales.

Le père Jean de Jésus-Hostie O.C.D. a de très belles pages à ce sujet [13] :

Le rôle de Marie sera d’échauffer notre volonté à la flamme de son Cœur Immaculé, pour l’amener suavement et fortement à vouloir toujours ce que Dieu veut (p. 81). […] L’essentiel est de toujours faire dépendre de Marie l’initiative de tous nos actes (p. 101).

Comment s’y prendre dans la pratique ? Par le recours à Marie, encore appelé la consultation de Marie :

On consulte la sainte Vierge comme on consulte une personne en qui l’on a pleinement confiance. On lui raconte ce qu’on se propose de faire, on lui demande si elle approuve ou si elle aurait d’autres suggestions à faire. [...]

Le sentiment qui nous dit que Marie approuve ou désapprouve une détermination proposée [...] est une quasi-certitude à laquelle contribuent la raison, le cœur, la volonté et la grâce. La raison [...] quand il s’agit de trouver, de peser et de comparer des motifs pour ou contre et que, en présence de la Vierge, on voit clairement ceux qui doivent l’emporter. [...] Le cœur, parce qu’il a ses intuitions qui dépassent la portée de la froide raison. [...] La volonté qui doit [en présence de Marie] imposer silence aux passions et à l’égoïsme. Il faut qu’elle accueille sincèrement la vérité telle qu’elle est, avec ses conséquences les plus redoutables. [...] La grâce, dont Marie est la médiatrice : on ne la consulte pas sans recevoir d’elle la lumière qui éclaire [14].

Chez les âmes qui en ont pris l’habitude, ce recours finit par devenir comme une seconde nature. Revenons au père Jean de Jésus-Hostie :

Le recours à Marie met tout en ordre, en supprimant toute préférence personnelle, en imprimant dans la volonté un besoin profond, permanent, tyrannique, de dépendre de quelqu’un ou de quelque chose qui consente à lui commander. L’âme n’a plus qu’une peur, celle de vouloir par elle-même, et d’échapper ainsi à la motion divine (p. 102).

Cependant, comme nous ne sommes pas toujours très généreux et que la blessure du péché originel nous rend souvent aveugles sur nous-mêmes, Dieu intervient lui-même pour nous sanctifier. Il purifie notre sensibilité trop portée à se rechercher (aridité sensible de la nuit passive des sens) ; et il purifie notre intelligence (blessée par l’orgueil) et notre volonté (blessée par l’amour-propre) par la nuit passive de l’esprit [15] :

Je suis la vraie Vigne et mon Père est le Vigneron. Tout sarment qui, en moi, ne porte pas de fruit, il le retranche ; et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde afin qu’il en porte davantage (Jn 15, 1).

C’est la méditation de la cinquième douleur de Notre-Dame qui nous montrera comment la Vierge Marie a un rôle essentiel pour nous faire porter les croix des nuits passives et nous en faire tirer profit.

 

 

Cinquième douleur : Le crucifiement

 

Les trois dernières douleurs de Notre-Dame – la crucifixion, la descente de croix et la sépulture de Jésus – sont inséparables. C’est le déroulement d’une seule et unique douleur en trois épisodes. Elles sont comme un triptyque.

 

Récit

 

Le chemin de la croix était terminé.

Jésus et Marie, écrit dom Guéranger, sont arrivés au sommet de cette colline qui doit servir d’autel pour le plus auguste et le plus terrible des sacrifices ; mais le décret divin ne permet pas encore à la mère d’approcher de son Fils. Quand la victime sera prête, celle qui doit l’offrir s’avancera. En attendant ce moment solennel, quelles secousses au cœur de Marie, à chaque coup du marteau impitoyable qui cloue au gibet les membres délicats de son Jésus [16] !

Nous ne redonnerons pas ici les détails de la crucifixion, dont nous avons parlé en méditant le Rosaire [17]. Nous méditerons surtout sur les douleurs de Marie au pied de la croix de son Fils.

 

— Notre-Dame est au pied de la croix

 

Les bourreaux, ayant fait leur œuvre, se sont retirés ; et une éclipse miraculeuse a recouvert le Calvaire de ténèbres en signe de deuil (Mt 27, 45). Les soldats, comme c’est l’usage vis-à-vis de la famille, permettent à Notre-Dame de s’approcher de la croix :

Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie-Madeleine (Jn 19, 25).

Saint Jean, aussi, était là.

Les douleurs de la Vierge Marie sont comme un fleuve qui descend du Calvaire, et qu’elle a remonté jour après jour depuis l’annonciation. Elle est maintenant arrivée à la source du fleuve : au sommet de la souffrance.

Jésus l’y attendait : c’est lui qui l’a attirée là.

 

— Notre-Dame assiste aux souffrances de son Fils

 

L’agonie des crucifiés est des plus atroces. Très rapidement se produisent des crampes, qui commencent par les jambes puis remontent le corps. Tous les muscles se raidissent, se durcissent et se contractent ; impossible de se soulager. Tout le corps est envahi par la souffrance. La respiration devient difficile, haletante ; le cœur bat moins vite. Il faut ajouter que, depuis la flagellation, le cœur et les poumons de Jésus sont pris comme dans un étau à cause d’un épanchement de liquide dans les membranes qui les entourent. Les traits de Notre-Seigneur sont tirés. Son visage est devenu violacé. Ses cheveux, blanchis, teintés de sang, retombent épars sur son cou. La transpiration est intense, et déclenche une soif terrible, surtout que le corps de Jésus a été déshydraté par la sueur de sang du Jardin des Oliviers, par la perte de sang pendant la flagellation, par le fait qu’il n’a rien mangé ni bu depuis la veille au soir. La gorge de Jésus est sèche et embrasée, la poussière colle à son palais. La soif est d’ailleurs le seul supplice qui arrachera une plainte à Jésus en Croix (Jn 19, 28).

Selon les travaux du docteur Barbet, dont la démonstration semble très convaincante, la Croix de Notre-Seigneur était une crux humilis, une croix basse – la croix habituelle des supplices – où les pieds des condamnés n’étaient qu’à cinquante centimètres du sol, et leur bouche à deux mètres de haut [18]. Cela rendait l’épreuve encore plus tragique pour notre mère, qui voyait distinctement toutes les plaies de son Fils et lisait sur le visage de Jésus la progression de ses souffrances.

 

— Les vêtements de Jésus sont tirés au sort, et le titulum est attaché à la croix

 

Pour le moment, Notre-Seigneur est silencieux. Il célèbre sa messe sanglante pour le salut du monde.

Deux événements ont lieu cependant :

• D’abord, les soldats jouent aux dés les vêtements de Jésus (Mt 27, 35), en particulier cette tunique sans couture que Marie avait tissée avec tant d’amour. La Providence a permis que cette précieuse relique ait été conservée. On peut la vénérer à Argenteuil, dans la banlieue parisienne.

• Puis des soldats fixèrent le titulum sur la croix : cette tablette de bois où Pilate avait fait inscrire les mots : « Jésus de Nazareth, roi des Juifs » (Jn 19, 19). Ils avaient été gravés en hébreu, en latin et en grec, qui étaient les trois langues du Bassin méditerranéen.

La Vierge Marie assista à ces deux scènes.

Les paroles grossières et les plaisanteries des soldats, ajoutées aux insultes des pharisiens, transperçaient son Cœur.

Elle considérait aussi les deux brigands qui avaient été crucifiés avec son Fils, et qui se tordaient de douleurs. Elle les adopta comme ses enfants, suppliant pour leur salut. L’un d’eux sera le premier à entrer au Paradis. Le second se damnera pour l’éternité à côté du Sauveur du monde versant son Sang pour lui. C’est le mystère de la liberté humaine.

 

— Dernières paroles et mort de Jésus

 

Notre-Seigneur interrompit son silence par sept courtes paroles que le monde écoutera et admirera jusqu’à la fin des temps. Notre-Dame les entendit toutes, mais elle fut particulièrement touchée, bien sûr, par celle qui la concernait :

Ayant donc vu sa mère et, auprès d’elle, le disciple qu’il aimait, Jésus dit à sa mère : Femme, voilà votre fils (Jn 19, 26).

Notre-Seigneur instituait Notre-Dame mère des hommes. Ceux-ci étaient représentés par saint Jean.

Cette parole qui lui fut dite ne fut-elle pas pour elle plus qu’un glaive ? s’exclame saint Bernard. Quel échange ! Jean à la place de Jésus ! Le serviteur à la place du Maître ! Le fils de Zébédée à la place du Fils de Dieu ! Un homme à la place d’un Dieu  [19] !

Vinrent les deux dernières paroles : « Tout est consommé » (Jn 19, 30), puis : « Père, je remets mon âme entre vos mains » (Lc 23, 46).

Marie, dit le père Faber, sentit le regard de Jésus. Elle leva la tête pour regarder son visage. Jamais de tels regards ne se rencontrèrent, ni n’exprimèrent tant d’ineffable amour. Le Père soutenait Marie de crainte qu’elle ne succombât. Alors Jésus jeta un grand cri, plongeant sa mère dans une agonie de silence. La tête sacrée s’affaissa vers elle, et ses yeux se fermèrent [20].

L’âme de Jésus partait aussitôt aux limbes, pour aller annoncer la victoire, et donner la vision béatifique aux justes de l’ancien Testament.

Alors, l’éclipse cessa. Le Calvaire n’était plus dans les ténèbres. Le soleil fit briller les toits de Jérusalem d’une éclatante blancheur.

 

La cinquième douleur dans le Cœur de Marie : Stabat Mater dolorosa

 

— La mère des douleurs

 

C’est ici le sommet des douleurs, le sommet de la mission de Notre-Dame. Elle n’avait dit son Fiat au jour de l’annonciation, que pour se retrouver sur le Calvaire, s’offrant avec son Fils pour la rédemption du monde.

La douleur de la sainte Vierge a été si grande, dit saint Bernardin de Sienne, que si elle était partagée entre toutes les créatures capables de souffrir, celles-ci mourraient à l’instant [21].

On doit donc se demander : qu’est-ce qui a causé une telle douleur ?

Ce ne peut-être le seul fait d’assister aux souffrances physiques de son Fils, même si ce fut une épreuve effroyable pour notre mère. L’explication serait trop naturelle et ne justifierait pas la remarque de saint Bernardin de Sienne. Non, la cause la plus grande des douleurs de Notre-Dame au pied de la croix, ce fut – comme pour Jésus – le péché :

Nous comprenons peu les souffrances de Marie, écrit le père Garrigou-Lagrange, parce que nous ne souffrons guère que de ce qu’éprouve notre corps, et des blessures faites à notre amour-propre, à notre vanité, à notre orgueil. Nous souffrons aussi, et tout naturellement, de l’ingratitude des hommes, des injustices qui affligent notre famille et notre patrie. Mais nous souffrons trop peu du péché, de nos propres fautes, en tant qu’elles sont une offense à Dieu.

Théoriquement nous concevons que le péché est le plus grand des maux [...]. Mais, malgré cette vue, [...] notre légèreté et notre inconstance nous empêchent de prendre vivement conscience de ce mal qu’est le péché. [...] Pour ressentir très vivement la bonne souffrance qu’est celle de la détestation du péché, il faudrait avoir un amour très profond de Dieu que le péché offense, et des âmes que le péché détourne de leur fin. [...]

La cause des douleurs [de Marie], ce fut l’ensemble de tous les péchés réunis, de toutes les révoltes, de toutes les colères sacrilèges portées en un instant à leur paroxysme dans le péché du déicide, dans la haine acharnée contre Notre-Seigneur [22].

La mesure de la douleur de la Vierge Marie au Calvaire fut celle de son amour pour Dieu offensé, pour son Fils crucifié, pour nos âmes à sauver. Or la charité qui brûlait dans le cœur de Notre-Dame dépassait la plénitude finale de charité de tous les anges et de tous les saints du Ciel réunis. La douleur de notre mère surpassait donc celle que tous les hommes réunis seraient capables de supporter.

Lors de son apparition dans le ciel de France, le 17 janvier 1871 à Pontmain, la très sainte Vierge voulut montrer combien elle avait souffert de nos péchés au pied de la croix. A un moment de l’apparition, son visage s’as­sombrit : une croix rouge venait de surgir devant elle. Un Christ y était cloué, paupières closes, tête inclinée, inerte, mort. Marie en saisit la base, et le soulevant en l’inclinant quelque peu vers la terre, elle le présenta aux enfants. Joseph Barbedette garda toute sa vie un souvenir poignant de ce moment-là :

Le visage [de Notre-Dame] était empreint d’une tristesse indicible. Aux coins de la bouche, le tremblement des lèvres manifestait une vive émotion. Les larmes ne coulaient pas, mais la tristesse dépassait tout ce qu’on peut imaginer. J’ai vu ma mère abîmée dans la douleur lorsque, quelques mois plus tard, mon père fut frappé par la mort. On sait ce qu’un tel spectacle dit au cœur d’un enfant. Pourtant, je m’en souviens, la tristesse de ma mère ne me parut rien en comparaison de la tristesse de la très sainte Vierge qui me revenait naturellement à l’esprit. C’était bien la mère de Jésus au pied de la croix de son Fils [23].

Et pourtant, elle se tenait debout.

 

— Elle se tenait debout

 

Ce que l’Église a admiré de Notre-Dame, dans cette scène, c’est sa station debout. Elle le chante chaque année dans la séquence de la messe de la Compassion de la sainte Vierge (vendredi de la Passion) et de la fête de Notre-Dame des Sept Douleurs (15 septembre) : Stabat Mater dolorosa, elle était debout, la mère des douleurs.

Elle était debout, dit saint Ambroise, auprès de la croix de son Fils, et elle contemplait ses souffrances. Je vois qu’elle se tenait debout ; je ne vois pas qu’elle pleurât [24].

Comment peut-elle se tenir ainsi debout, et ne pas être affaissée au pied de la croix ? Parce qu’elle est attirée et soutenue par Jésus :

Dominant le Stabat de Marie, il y a celui de Jésus, élevé au-dessus de la terre et attirant tout à lui parce que précisément, il est au-dessus de la terre. Vous connaissez le texte de l’Évangile : « Il faut que le Fils de l’homme soit exalté au-dessus de la terre [25] », et « Quand je serai, moi, Jésus, exalté, arraché à la terre, entre terre et Ciel, par l’exaltation de la sainte Croix, j’attirerai tout à moi  [26] ». Voilà la croix, et voilà l’efficacité de la croix : vis-à-vis de Jésus, en l’exaltant [27], et vis-à-vis de nous, en nous attirant à Jésus [28].

La Vierge Marie se tient debout, tout près du Cœur infiniment miséricordieux de Jésus s’offrant pour nos péchés. Mais ses pieds restent sur terre. Elle est ainsi tout près de ses enfants : « Voilà votre mère » (Jn 19, 27). Voyons comment elle nous aide à porter les croix de la vie.

 

Conséquence pour notre âme : Juxta crucem tecum stare

 

Relevons trois attitudes par rapport à la croix (outre la révolte du mauvais larron).

• Il y a d’abord ceux qui se tiennent au loin :

Tous ceux qui avaient connu Jésus et les femmes qui l’avaient suivi de Galilée, se tenaient à distance – stabant a longe, regardant ces choses (Lc 23, 49).

Ceux qui se tiennent au loin, ce sont ceux qui suivent Notre-Seigneur jusqu’à un certain point, mais quand arrive la croix, ils prennent leurs distances.

• Mais il ne suffit pas d’être au pied de la croix – juxta crucem. Car on peut s’y trouver et y être affaissé, complètement déstabilisé et désorienté par l’épreuve. C’est ce qui arrive à ceux dont la sensibilité est mal maîtrisée, qui manquent d’esprit de foi dans l’intelligence, et de détachement dans la volonté :

Alors, on bat la campagne, on cherche au dehors secours, conseil [29] et consolation, et ce n’est pas là qu’on trouve Dieu. On n’a pas assez bâti sa maison sur la pierre qui est le Christ, et par suite elle manque de solidité. On a bâti sur soi-même, sur sa propre volonté, et c’est là bâtir sur le sable [30].

• La solution vraiment chrétienne est de se tenir au pied de la croix avec Marie : juxta crucem tecum stare. Ce n’est pas pour rien que la liturgie a inséré le mot tecum ; car être auprès de Notre-Dame est le seul moyen pour se tenir debout. C’est là, au pied de la croix, qu’elle a été proclamée notre mère aux yeux du monde entier. C’est en tout temps, mais encore plus spécialement dans l’épreuve, qu’il fera bon appeler Marie à notre aide :

Cette même mère qui tout à l’heure [dans la nuit active] semblait fuir devant son enfant pour l’obliger à avancer, s’approche maintenant pour lui donner le courage de « tenir » [31].

Il fait si bon pleurer près d’elle ! On ne la quitte pas sans se sentir plus paisible, plus résigné, plus fort, plus heureux même [32].

En un langage inimitable, saint Louis-Marie Grignion-de-Montfort chante le rôle unique de Notre-Dame pour nous permettre de rester debout dans les croix de la vie :

Il est bien vrai que les plus fidèles serviteurs de la sainte Vierge, étant ses plus grands favoris, reçoivent d’elle les plus grandes grâces et faveurs du Ciel, qui sont les croix ; mais je soutiens que ce sont aussi les serviteurs de Marie qui portent ces croix avec plus de facilité, de mérite et de gloire ; et que ce qui arrêterait mille fois un autre ou le ferait tomber, ne les arrête pas une fois et les fait avancer, parce que cette bonne mère, toute pleine de grâces et de l’onction du Saint-Esprit, confit toutes ces croix qu’elle leur taille, dans le sucre de sa douceur maternelle. […] Elle est la confiture des croix [33].

Il se peut donc que les croix des serviteurs de Marie soient objectivement plus lourdes que celles des autres – et saint Louis-Marie en fut un exemple durant toute sa vie – mais subjectivement, ce sont les dévots de la Vierge qui les portent le plus facilement, car Notre-Dame les aide à les porter : en leur obtenant par sa médiation toutes les grâces dont ils ont besoin.

 

— La joie dans la souffrance

 

Sur la croix, si la souffrance de Notre-Seigneur fut la plus grande de toutes celles qu’on peut endurer dans la vie présente [34], sa vision face à face de l’essence divine enflammait sa charité et lui donnait une paix et une joie incomparables. Selon la belle comparaison du père Garrigou-Lagrange :

C’était seulement la cime de l’intelligence et de la volonté humaines du Sauveur qui était béatifiée. Jésus voulait très librement abandonner à la douleur les régions moins élevées de ses facultés supérieures, et sa sensibilité. [...] Telle une grande montagne dont le sommet ensoleillé se perd dans l’azur du ciel et dont les régions moins hautes sont ravagées par la tempête [35].

C’est là un grand mystère. Mais à cette union de la joie et de la tristesse, les créatures peuvent participer d’une certaine manière, non par la vision de l’essence divine, bien sûr, mais par la vertu de charité :

La charité cause une double joie, dit saint Thomas d’Aquin.

La première, et principale, qui est le propre de la charité, a pour objet le bien divin considéré en lui-même Une pareille joie est incompatible avec la tristesse, absolument comme le bien qui est en Dieu est incompatible avec le mal. C’est en ce sens que saint Paul disait : « Réjouissez-vous dans le Seigneur en tout temps » (Ph 4, 4).

La seconde, et secondaire, a pour objet le bien divin considéré comme notre partage. Or, comme cette participation peut rencontrer quelque obstacle, il en résulte que, par là même, la tristesse se mêle à la joie ; et c’est ainsi que nous nous attristons de ce qui empêche nous-même ou notre prochain, que nous aimons comme nous-même, de participer au bien divin [c’est-à-dire le péché] (II-II, q. 28, a. 2).

Il est important de remarquer que la joie surnaturelle l’emportera toujours :

La joie doit toujours dominer puisqu’elle a pour objet et pour cause l’infini bonheur du divin Ami jouissant éternellement du bien infini qu’il possède à l’abri de tout mal, écrit le père Pègues [36].

Au pied de la croix, la douleur extrême que Notre-Dame éprouva de nos péchés ne pouvait dépasser la plénitude de joie qui avait pour causes son union à Dieu par la charité, et la pensée de l’immense privilège qu’elle avait de réparer avec Jésus la gloire divine outragée par nos péchés, et de sauver avec lui une multitude d’âmes.

A cette joie spirituelle participent aussi les âmes unies à Dieu par l’état de grâce, qui offrent les croix et souffrances de leur vie en réparation de leurs propres fautes, et pour aider la Vierge Marie dans sa mission corédemptrice.

C’est ce qu’explique le père Dehau O.P. :

Pourquoi la joie doit-elle dominer dans la vie chrétienne ? En vertu de cet admirable principe que, toujours et quoi qu’il puisse arriver, l’objet principal et l’unique fin dernière pour toute créature intelligente est la nature divine en elle-même. Or, la nature divine, c’est la joie. Cette nature divine ne peut pas souffrir, vous ne pouvez trouver en elle que de la joie. [...] Jésus, quant à lui, est inséparable de la croix, il est « indécrucifiable ». [...] Quand il nous dit : « entre dans la joie de ton Père » (Mt 25, 21), c’est comme s’il nous disait : entre dans le mystère de mes douleurs, dans les intimités de mon Cœur déchiré. [...] Toutes ces douleurs si effrayantes vont se fondre et se perdre dans la joie, comme les moyens dans la fin [37].

 

 

Sixième douleur :

La descente de croix

 

Selon la classification du père Faber, que nous avons reprise, la sixième douleur englobe tout ce qui s’est passé sur le Calvaire entre la mort de Notre-Seigneur et la mise au tombeau. C’est pourquoi nous mettons le coup de lance ici, et non dans la cinquième douleur. On pourrait bien sûr procéder autrement.

 

Récit

 

Les ténèbres de l’éclipse s’étaient dissipées et, quelque temps après, les ombres du soir commencèrent à tomber. Il n’y avait plus sur le Calvaire que la Vierge Marie, saint Jean, les saintes femmes, et quelques soldats.

Si tout était fini pour Jésus, tout n’était pas fini pour Notre-Dame. De nouveaux devoirs se présentaient maintenant à elle, qui allaient lui demander un supplément de courage et d’énergie.

 

— Le coup de lance

 

Un nouveau coup vint au Cœur de la Vierge Marie lorsqu’elle vit arriver des soldats armés d’un fort marteau pour briser les jambes des condamnés, afin de précipiter leur mort. Il fut terrible pour Marie d’entendre le craquement des os des deux larrons et leurs cris d’agonie, surtout celui du bon larron qui était son enfant adoptif.

Mais aucune parole ne peut exprimer l’angoisse de Notre-Dame lorsqu’elle vit les exécuteurs s’approcher du corps de Jésus. Certes, Notre-Seigneur était mort, mais son corps sacré demeurait uni à la divinité, et c’eût été un nouveau sacrilège d’en écraser les membres, d’en briser les os.

Cependant, la Providence veillait. Les bourreaux s’aperçurent aussitôt que Jésus était mort, et ils renoncèrent à leur dessein. L’Écriture l’avait prophétisé, et il fallait que l’Écriture s’accomplisse : « Vous ne briserez aucun de ses os » (Jn 19, 36 ; Ex 12, 46 ; Nb 9, 12 [38]).

Mais il restait cependant une parole du texte sacré à accomplir : « Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé » (Jn 19, 37 ; Za 12, 10). Un centurion vint, et perça de sa lance le côté du Sauveur. C’était le coup final, le point final de la passion.

 

— La pietà

 

Voici maintenant une scène plus paisible : Joseph d’Arimathie et Nicodème arrivent au Calvaire avec quelques serviteurs, portant des aromates et un linceul pour envelopper le corps de Jésus. Tous deux étaient des disciples secrets de Notre-Seigneur. Joseph, qui était sénateur, avait obtenu de Pilate que le corps de Jésus soit rendu à ses amis.

Ils s’approchèrent de la sainte Vierge avec un grand respect et la plus profonde sympathie. Ils l’informèrent de leur démarche auprès de Pilate, et lui demandèrent la permission de descendre le corps de la croix.

S’il s’agit d’une croix basse, comme il semble, il n’y a pas eu besoin d’échelle.

Le corps, qui avait déjà la rigidité cadavérique, fut alors détaché. La foule des anges – invisibles – se pressait alentour, transportés d’amour.

La Vierge Marie reçut le corps ensanglanté de son divin Fils.

C’est la scène de la Pietà, tant de fois reproduite par les artistes, et c’est l’aboutissement, le sommet de la sixième douleur.

La Vierge Marie resta environ une heure dans cette position. C’est l’étude scientifique du suaire d’Oviedo qui permet de le conjecturer [39]. Ce linge, qui est gardé dans un reliquaire à Oviedo en Espagne, est un tissu qui a été mis sur la tête de Jésus après le coup de lance. C’était en effet une loi juive de recouvrir ainsi le visage de ceux qui étaient décédés de mort violente.

 

La sixième douleur dans le cœur de Marie

 

—  Le coup de lance

 

Comme Jésus était mort et que son corps ne pouvait plus rien souffrir, c’est Marie qui ressentit le coup de lance, mais dans son âme. Ainsi la passion de Jésus se termina-t-elle dans le cœur de Notre-Dame.

La prophétie de Siméon était accomplie :

Quant au martyre de la Vierge, dit saint Bernard, l’Écriture y attire notre attention aussi bien dans la prophétie de Siméon que dans le récit de la passion de Notre-Seigneur. « Cet enfant est venu, dit le vieillard, comme un signe de contradiction », et s’adressant à Marie, il ajouta : « Vous-même, un glaive transpercera votre cœur » (Lc 2, 34-35). Et en effet, ô bienheureuse mère, votre âme tout entière a été transpercée par le glaive de douleurs : comment ce glaive aurait-il pu atteindre le corps de votre Fils sans traverser votre âme [40] ?

Mais, de la blessure sacrilège faite à Notre-Seigneur, sortirent de l’eau et du sang, symbole de l’Église qui naissait du côté percé de Jésus, et dont Notre-Dame était la mère. C’est sans aucune souffrance qu’elle avait mis son Fils au monde à Bethléem. Sur le Calvaire, elle nous enfantait dans la douleur.

 

— La pietà

 

Seule une mère, et seule la mère de son propre enfant pourrait nous dire quelle douleur il peut y avoir à tenir dans ses bras le corps mort de son fils. Et dans quel état ici ! Toutes les blessures qu’elle voyait maintenant de très près étaient comme un livre qui racontait les souffrances inimaginables de la passion.

Elle avait devant les yeux les conséquences du péché sur le corps de son Fils : c’est nous qui l’avons mis dans cet état. Elle adorait la justice divine qui, maintenant, avait reçu une réparation parfaite ; et elle contemplait l’infinie miséricorde de celui qui avait été si loin pour nous  sauver. Cette contemplation lui était donc tout à la fois une immense douleur et une immense consolation ; comme la réconfortait aussi le fait d’avoir sur ses genoux ce corps sacré de Jésus uni à la seconde Personne de la Sainte Trinité : compagnie merveilleuse pour notre mère. Elle l’adorait, elle le vénérait, elle serait restée ainsi une éternité. Pour elle, le temps s’était arrêté.

 

Conséquences pour notre âme

 

— Contrition et esprit de componction

 

Ce sont nos péchés qui ont mis Notre-Seigneur dans cet état, qui sont responsables de toute la passion : de l’agonie au Jardin des Oliviers jusqu’au coup de lance. C’est ce que chante l’hymne des vêpres de la fête du Sacré-Cœur :

Horde arrogante de nos crimes, voyez la cruelle blessure qu’a faite votre ingratitude à ce Cœur innocent d’un Dieu !

Du soldat qui brandit sa lance, nos fautes dirigent le bras ; du fer acéré, nos péchés meurtriers aiguisent la pointe.

En ut superba criminum, et sæva nostrorum cohors,

Cor sauciavit innocens merentis haud tale Dei !

Vibrantis hastam militis, peccata nostra dirigunt,

Ferrumque diræ cuspidis, mortale crimen acuit.

Il y a plusieurs manières de méditer sur la gravité du péché.

On peut réfléchir sur le mal qu’il a fait à notre âme : perte de l’état de grâ­ce ; mauvaises tendances causées par la répétition des mêmes fautes, et qui deviennent comme un boulet à traîner ; long purgatoire, ou même feu de l’enfer que nous avons peut-être mérité. Ces considérations, déjà inspirées par le Saint-Esprit, donnent le regret du péché, mais un regret encore imparfait (contrition imparfaite) parce qu’il est surtout motivé par l’amour de nous-même, ce qu’on appelle l’amour de concupiscence : ce dernier ne peut suffire à lui seul à revenir en grâce, pour celui qui est en état de péché mortel.

Nous serons sauvés si nous avons la contrition parfaite : regret de nos péchés motivé par la raison de l’offense faite à Dieu. Cette contrition est inspirée par l’amour de charité et suppose donc la présence de la grâce sanctifiante dans notre âme [41].

La méditation de la passion dispose à recevoir la grâce de la contrition.

Si cette méditation se prolonge, devient fréquente dans notre vie, elle entretiendra en nous l’esprit de componction, si important dans la vie spirituelle. Relisons ici dom Marmion :

L’esprit de componction est le sentiment de contrition régnant d’une façon stable dans l’âme. Il constitue l’âme dans un état habituel de haine contre le péché. [...] Entre l’esprit de componction et le péché, il y a une incompatibilité irréductible ; la componction du cœur rend l’âme ferme dans l’horreur du mal et l’amour de Dieu. Aussi saint Bernard emploie-t-il plus d’une fois le terme de « componction » à la place de celui de « perfection » ; tant ce sentiment, quand il est véritable, préserve de toute offense de Dieu. [...] Chez bien des âmes de nos jours, même des âmes religieuses et consacrées à Dieu, la vie spirituelle est d’une effrayante instabilité. [...] La raison de cette vacillation des âmes doit le plus souvent être recherchée dans le défaut de componction [42].

C’est surtout en nous approchant de Notre-Dame, que nous acquerrons cet esprit :

La dévotion aux douleurs de la sainte Vierge nous est d’un grand secours, tant pour acquérir, comme une habitude, la haine du péché, que pour mériter cette haine comme une grâce [43].

 

— Dévotion au Sacré-Coeur

 

Contemplant les plaies de son Fils, le regard de Notre-Dame fut particulièrement attiré par la plaie du côté. C’est elle qui lui révélait la cause d’un tel sacrifice : l’amour infini du Cœur de Jésus pour son Père et pour nous.

A la suite de la Vierge Marie, les Pères de l’Église, les saints, ont chanté cette blessure. Le Saint-Esprit leur a alors enseigné que la lance du soldat n’avait pas seulement ouvert une source inépuisable de miséricorde pour le monde – l’eau et le sang sortis du côté de Jésus symbolisant les sacrements de l’Église – mais qu’elle nous avait aussi ménagé un abri au milieu des peines et des épreuves de la vie, un refuge où nous étions invités à entrer. Citons sainte Marguerite-Marie Alacoque, la confidente du Sacré-Cœur de Jésus :

Ô Jésus, permettez-moi d’entrer dans votre Cœur comme dans une école. Là, enseignez-moi la science des saints. J’écouterai avec attention vos douces paroles : « Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de Cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes ». Je le vois, les tempêtes que je redoute viennent uniquement de mon amour-propre, de ma vanité, de l’attachement à ma volonté. Défendez-moi, ô Seigneur, protégez la paix de mon âme ! Votre Cœur est un abîme où je trouve tout. Il est surtout un abîme d’amour dans lequel il me faut submerger tout autre amour, spécialement l’amour-propre avec tout son cortège de respect humain, de vaine complaisance, d’égoïsme. En noyant toutes ces inclinations dans l’abîme de votre amour, j’y trouverai toutes les richesses nécessaires à mon âme. Ô Jésus, lorsque je sentirai en moi-même un abîme d’orgueil et de vaine gloire, je le plongerai immédiatement dans les profondes humiliations de votre Cœur, abîme d’humilité. Si je trouve en moi un abîme d’agitation, d’impatience, de colère, je recourrai à votre Cœur, abîme de douceur. En toute circonstance, toute rencontre, je veux m’abandonner à votre Cœur, océan d’amour et de charité, et ne plus en sortir avant d’être toute pénétrée de son feu divin [44].

Dans les derniers temps où nous sommes, Notre-Dame a voulu nous conduire au Cœur Sacré de son Fils. Ce sont, en particulier, les apparitions de Pellevoisin. Lors de la quinzième apparition, le 8 décembre 1876, la Vierge Marie étendit les mains – comme elle fit rue du Bac en 1830 – et il en tombait une pluie abondante, image des grâces qu’elle nous fait parvenir :

Ces grâces sont de mon Fils, dit-elle. Je les prends dans son Cœur. Les trésors de mon Fils sont ouverts. Il ne peut me refuser [45].

 

 

Septième et dernière douleur :

La sépulture de Jésus

 

Le récit

 

La nuit commençait maintenant à tomber sur le Calvaire. Il ne fallait plus tarder si l’on voulait ensevelir le corps avant le repos du sabbat. Saint Jean en fit part délicatement à Notre-Dame.

Ce n’est pas sans sacrifice que la Vierge Marie laissa prendre le précieux trésor qui était sur ses genoux.

Joseph et Nicodème prirent avec un soin et un respect extrêmes le corps du Sauveur, et le cortège se forma. Notre-Dame suivait, soutenue par saint Jean. Les saintes femmes fermaient la marche.

Jamais tristesse plus grande ne s’était vue et ne se verra jamais sur la terre, surtout dans le cœur d’une mère. La souffrance de Notre-Dame avait atteint les limites de l’infini, et il lui restait encore à faire un dernier sacrifice : se séparer de ce corps sacré de son Fils, fruit de sa propre chair.

La marche ne fut pas très longue : cinquante mètres environ.

Dans le lieu où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin, dit en effet saint Jean, et dans ce jardin un sépulcre neuf où personne n’avait encore été mis (Jn 19, 41).

C’était un tombeau que Joseph d’Arimathie s’était acheté pour lui-même et qu’il avait volontiers cédé pour Jésus.

On arriva rapidement à la porte du sépulcre. Tout y était prêt.

A la lueur des torches, on déroula le linceul dans la niche de pierre, puis on y déposa délicatement le corps de Jésus, comme plus tard les prêtres déposeront la blanche hostie sur le corporal, pendant la messe. Notre-Dame s’approcha. Elle arrangea la tête de son Fils avec douceur.

Tout se passait en silence.

Dernier regard. Les yeux de Jésus étaient clos : ces yeux dont un seul regard avait converti saint Pierre la veille au soir. Les lèvres de Jésus, qui avaient révélé le mystère de Dieu et le plan d’amour de Dieu sur ce monde, ces lèvres étaient fermées elles aussi.

Dernière adoration. On ne pouvait rester trop longtemps. On serait resté toute la nuit en prière. Mais à cause du sabbat, il fallait se retirer.

On roula la lourde pierre qui fermait l’entrée du sépulcre, puis Joseph et Nicodème repartirent chez eux avec leurs serviteurs.

Notre-Dame retourna lentement à Jérusalem, la cité maudite, avec saint Jean et Marie-Madeleine. Maintenant, elle pouvait enfin dire à son tour : « Tout est consommé ». Tout ce qu’elle avait promis dans le Fiat, et pour lequel elle n’avait cessé de renouveler son consentement, tout était accompli.

 

Particularités de la septième douleur

 

A un regard distrait, la septième douleur pourrait passer presque inaperçue. Tout n’est-il pas consommé ? Jésus a rendu l’esprit ; son âme visite les limbes ; son corps repose dans le tombeau, il ne souffre plus. Notre-Seigneur a vaincu ; la passion est terminée. Pour Jésus, oui ; pour sa mère, non.

Le comprendront mieux ceux qui ont vécu un grand deuil : la mort d’un mari, d’une épouse, d’un enfant. La disparition d’un être cher est une terrible épreuve. Tant que son corps inanimé est encore là, à la maison, on reste d’une certaine manière avec celui qu’on aime. La maison n’est pas déserte ; elle est même un sanctuaire. Mais lorsqu’on rentre chez soi, après les cérémonies à l’église et au cimetière, c’est là que l’absence se fait sentir dans toute son ampleur.

Il en fut ainsi pour Notre-Dame rentrant dans la chambre mise à sa disposition à Jérusalem, après la mise au tombeau.

 

— Comparaison avec la troisième douleur

 

Il est instructif de comparer la septième douleur avec la troisième (les trois jours où Jésus fut perdu [46]).

 

Ressemblances

 

• L’essence de l’afflicion est la même : c’est l’absence de Jésus.

• La durée est mystérieusement identique : trois jours.

• Les occupations de Jésus absent sont semblables : dans le Temple, il éclairait les docteurs de sa nation ; dans les limbes des patriarches et des anciens docteurs de son peuple, il répandait la lumière de la vision béatifique.

 

Dissemblances

 

• Dans la troisième douleur, l’absence de Jésus était rendue douloureuse du fait de l’ignorance de Notre-Dame : elle ne connaissait pas le plan de Dieu, et donc ne savait pas où était son Fils et pouvait tout imaginer (sa mort prématurée).

• Dans la septième douleur, Marie savait tout : elle avait été témoin de la passion ; elle savait où était son Fils (dans le tombeau) et, par la foi, elle avait la certitude qu’il ressusciterait. La souffrance venait ici de sa séparation totale et connue d’avec l’humanité de son Fils.

 

— Déchirement et déréliction suprêmes

 

A la cinquième douleur (crucifixion), Notre-Dame avait déjà été séparée de l’âme de son Fils, partie dans les limbes des patriarches. Elle était maintenant séparée aussi du corps de Jésus, séparation de ce qu’elle avait donné elle-même au Verbe dans le mystère de l’incarnation : sa propre chair.

Pour entrevoir combien cette séparation fut déchirante, il faut avoir à l’esprit que l’union de Jésus et de Marie pendant trente-trois ans n’avait pas eu et n’aura jamais d’égal au monde. Maintenant, Jésus était sans Marie et Marie sans Jésus. Bien sûr, Notre-Seigneur était présent à sa mère plus que jamais par sa divinité qui la soutenait dans l’épreuve, mais cette présence était pour Notre-Dame au-delà de toute perception sensible et spirituelle. La Vierge Marie était entrée dans une déréliction semblable à celle de son Fils sur la croix. Il fallait qu’elle aille jusque là pour lui être entièrement configurée.

Pour comprendre l’agonie que notre sainte mère eut alors à souffrir, il faut ajouter deux circonstances aggravantes :

– l’accumulation des événements depuis le Jeudi saint au soir, sans aucun répit, et qui avaient soumis son âme à la plus cruelle des tortures : elle revoyait dans son esprit tout ce qui s’était passé, dans les moindres détails ;

– son corps, quant à lui, était épuisé par le jeûne depuis la veille au soir, par l’absence de sommeil la nuit précédente, par le fait qu’elle était restée debout toute la journée.

La tempête s’étendait et se grossissait dans son âme, sans éclair ni bruit ; cependant, c’était une tempête véritable et terrible. [...]

La septième douleur fut la consommation proportionnée et conséquente des autres douleurs. [...] Elle était une affliction sans nom, et telle qu’on ne peut la classer comme appartenant à la famille d’aucune autre affliction connue. [...] Nous ne pouvons dire à quoi ressemble la souffrance quand le cœur a dépassé le point compatible avec la vie, et que la victime reste vivante [...] par l’action d’un pouvoir miraculeux [47].

Il va sans dire qu’à ce moment, aucune consolation venant de la part des hommes n’aurait pu la réconforter, si peu que ce soit.

Cette douleur s’étendit de la fermeture du tombeau le Vendredi saint au soir, jusqu’au matin de Pâques, lorsque Notre-Seigneur ressuscité la fit cesser en apparaissant à sa sainte mère :

Notre-Seigneur a bien voulu décrire lui-même cette ineffable scène dans une révélation qu’il fit à la séraphique vierge sainte Thérèse [d’Avila]. Il daigna lui confier que l’accablement de sa divine mère était si profond, qu’elle n’eût pas tardé à succomber à son martyre, et que lorsqu’il se montra à elle au moment où il venait de sortir du tombeau, elle eut besoin de quelques moments pour revenir à elle-même avant d’être en état de goûter une telle joie ; et le Seigneur ajoute qu’il resta longtemps auprès d’elle, parce que cette présence prolongée lui était nécessaire [48].

 

Attitude d’âme de Notre-Dame à la septième douleur

 

Le trait caractéristique de la sainteté de la Vierge Marie est sa correspondance parfaite à la grâce.

Aussi, puisque telle était la volonté de Dieu, elle entra de tout son être dans la septième douleur, pour être configurée à la passion de son Fils jusque dans cette déréliction suprême.

Ce que nous pouvons admirer ici, c’est la persévérance de Notre-Dame jusqu’au bout dans un sacrifice complet, avec la même ardeur, le même courage, la même magnanimité, la même paix, jusqu’à ce que Notre-Seigneur lui-même fasse cesser l’épreuve. La Vierge Marie persévéra ainsi parce que toutes ses pensées étaient fixées sur Dieu :

Celui qui a le cœur parfaitement placé dans un unique objet, ne peut être importuné par rien d’autre, puisqu’il estime comme rien ce qui est étranger à ce qu’il aime, écrit saint Thomas d’Aquin. [...] Ni l’imminence des maux ne parvient à le troubler, ni le délai des biens, ce qui est l’affaire de la longanimité [49].

La grâce divine, bien sûr, ne cessait de la soutenir :

Dieu est fidèle, dit saint Paul, il ne souffrira pas que vous soyez éprouvé au-delà de vos forces ; mais avec l’épreuve, il vous donnera aussi le moyen d’en sortir afin que vous puissiez la supporter (1 Co 10, 13).

Et comme Notre-Dame s’abandonnait instant après instant à toute grâce reçue, elle disposait son âme à recevoir des grâces nouvelles absolument inconnues des hommes :

Les hauteurs auxquelles elle avait atteint sont inaccessibles à notre théologie mystique. Dieu seul pourrait dire combien Marie était belle à l’intérieur, et dans quelle union avec lui cette dernière douleur lui avait permis d’entrer. C’est assez pour nous de savoir qu’après le corps de Jésus, le Cœur Immaculé de Marie était la chose la plus merveilleuse à ce moment-là sur terre [50].

 

Leçon pour notre âme, lorsque dure l’épreuve

 

La patience est une vertu qui empêche de s’éloigner de la droite raison éclairée par la foi, en nous évitant de succomber aux difficultés.

Par cette vertu, l’âme se possède vraiment, au-dessus des fluctuations de la sensibilité émue par les contradictions et les épreuves de la vie ; et elle continue sa marche vers le Ciel :

Par votre patience, vous sauverez vos âmes, dit Notre-Seigneur (Lc 21, 19).

In patientia vestra, possidebitis animas vestras.

Le sommet de la patience se réalise dans le martyre : les martyrs sont au plus haut degré maîtres d’eux-mêmes.

On retrouve ici quelque chose de l’acte principal de la vertu de force : supporter (sustinere) les choses difficiles sans défaillir :

Supporter est plus difficile qu’attaquer (aggredi), dit saint Thomas d’Aquin, pour trois raisons :

– celui qui attaque joue, semble-t-il, le rôle du plus fort ; celui qui supporte est donc le plus faible qui résiste au plus fort, ce qui est toujours plus difficile ;

– pour celui qui attaque, le péril semble éloigné, tandis qu’il est présent pour celui qui supporte l’attaque et pour lequel, par suite, il est plus difficile de n’être pas ébranlé ;

– enfin, tenir ne va pas sans longueur de temps ; attaquer, au contraire, peut-être l’effet d’une impulsion soudaine. Or il est plus malaisé de rester longtemps inébranlable, que de se porter tout à coup à quelque chose de difficile [51].

Lorsqu’une épreuve dure longtemps et sans interruption, il faut une patience spéciale qui s’appelle la longanimité, ainsi nommée à cause de la longueur de la souffrance, de sa durée.

Cette vertu fait conserver l’égalité d’esprit au milieu d’une tempête qui semble interminable.

Le père Garrigou-Lagrange appelle ici très justement la patience et la longanimité : les « cariatides de la vie intérieure [52] ». On appelle cariatides des statues servant de support à une structure, ainsi les cariatides de l’Acropole d’Athènes. Patience et longanimité assurent la stabilité de la vie intérieure, sont comme les contreforts de l’édifice spirituel, protégeant l’âme contre les désordres que causerait l’impatience.

Pour avoir la patience et la longanimité comme solides vertus, il faut être en état de grâce, avoir la charité qui préfère Dieu à tout, coûte que coûte.

Pour pratiquer ces vertus d’une façon non stoïque mais chrétienne, saint François de Sales conseille de se rappeler la passion de Jésus :

Ressouvenez-vous souvent que Notre-Seigneur nous a sauvés en souffrant et en endurant ; et que, de même, nous devons faire notre salut par les souffrances et afflictions [53].

Et la contemplation de Notre-Dame restant inébranlable au milieu de la septième douleur, consommation et conséquence de toutes les douleurs précédentes, sera à ce moment une suprême consolation. Il faudra lui demander son aide pour tenir à notre tour.

 

 

Conclusion générale :

nous réfugier sous l’égide de Marie

 

Tâchons de tirer une conclusion générale.

Cette Femme épuisée par la souffrance, écrit le père Faber, est la force de l’Église [54].

Ici, on pourrait appeler la Vierge Marie : Notre-Dame des tempêtes.

La Vierge Marie est comme ces immenses chênes de nos forêts, que n’ébranlent pas les plus gros orages.

– Dans les tempêtes de la vie – et il y en a dans une vie humaine – c’est auprès d’elle qu’il faut chercher abri et sécurité en empoignant notre chapelet.

– Groupons nous auprès d’elle aussi, en notre temps où l’Église revit la passion de Notre-Seigneur, avec pour conséquence les ténèbres qui ont recouvert le monde, comme le Vendredi saint sur le Calvaire. Quand les hommes d’Église ne sont plus une lumière, l’obscurité recouvre la terre.

C’est Notre-Dame qui nous fera persévérer dans la vraie foi et dans l’état de grâce, jusqu’à ce que Notre-Seigneur fasse cesser l’épreuve, soit individuellement en nous rappelant à lui à l’heure de notre mort, soit collectivement en faisant cesser la crise dans l’Église à son heure – et lui seul pourra la faire cesser. En attendant, ne capitulons pas, par lassitude et manque d’esprit de foi, en rendant les armes au monde ou à l’Église conciliaire. Il faut tenir jusqu’au bout, comme Notre-Dame. Ne nous troublons pas non plus si nous ne sommes qu’un petit nombre aujourd’hui : le Vendredi saint, il y avait bien peu de monde au pied de la Croix avec Notre-Dame.

Ce fut toujours le soin principal et solennel des catholiques, dit le pape Léon XIII, de se réfugier sous l’égide de Marie et de s’en remettre à sa maternelle bonté dans les temps troublés et les circonstances périlleuses. L’histoire ancienne et moderne, et les fastes les plus mémorables de l’Église, rappellent le souvenir des supplications publiques et privées à la mère de Dieu, ainsi que les secours accordés par elle ; et en maintes circonstances la paix et la tranquillité publiques furent obtenues par sa divine intervention. De là ces qualifications d’auxiliatrice, de bienfaitrice, de consolatrice des chrétiens, de Reine des armées, de dispensatrice de la victoire et de la paix, dont on l’a saluée [55].

La voie nous est tracée. Que Notre-Dame nous aide à y persévérer jusqu’à la mort.

 

U

 

Litanies de Notre-Dame des Sept-Douleurs

composées par le pape Pie VII


(Indulgence de deux ans toutes les fois qu’on les récite ; plénière pour chaque vendredi, si l’on y joint le Credo, le Salve Regina et trois Ave Maria en l’honneur du sacré et douloureux Cœur de la bienheureuse Vierge Marie.)


Seigneur, ayez pitié de nous.

Jésus-Christ, ayez pitié de nous.

Père éternel, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Fils rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Esprit-Saint qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Trinité, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.


Sainte Marie, priez pour nous,

Sainte mère de Dieu, priez pour nous,

Sainte Vierge des Vierges, priez pour nous,


Mère crucifiée, priez pour nous,

Mère de Douleurs, priez pour nous,

Mère baignée de larmes, priez pour nous,

Mère affligée, priez pour nous,

Mère abandonnée, priez pour nous,

Mère désolée, priez pour nous,

Mère privée de votre Fils, priez pour nous,

Mère transpercée d’un glaive, priez pour nous,

Mère accablée de douleurs, priez pour nous,

Mère clouée à la croix, priez pour nous,

Mère triste, priez pour nous,

 

Source de larmes, priez pour nous,

Réunion de toutes les souffrances, priez pour nous,

Miroir de patience, priez pour nous,

Roche de constance et de fermeté, priez pour nous,

Arche de confiance, priez pour nous,

Refuge de ceux qui sont abandonnés, priez pour nous,

Bouclier de ceux qui sont opprimés, priez pour nous,

Vous qui triomphez de l’incrédulité, priez pour nous,

Consolation des malheureux, priez pour nous,

Guérison des malades, priez pour nous,

Force des faibles, priez pour nous,

Port des naufragés, priez pour nous,

Calme des tempêtes, priez pour nous,

Refuge de ceux qui sont tristes, priez pour nous,

Terreur deceux qui tendent des pièges, priez pour nous,

Trésor des fidèles, priez pour nous,

Œil des prophètes, priez pour nous,

Bâton des Apôtres, priez pour nous,

Couronne des martyrs, priez pour nous,

Lumière des confesseurs, priez pour nous,

Perle des vierges, priez pour nous,

Consolation des veuves, priez pour nous,

Joie de tous les saints, priez pour nous.


Agneau de Dieu, jetez un regard sur nous.

Agneau de Dieu, délivrez-nous.

Agneau de Dieu, sauvez-nous de toutes les angoisses par la vertu de Jésus-Christ.


Notre-Dame des sept douleurs, priez pour nous afin que nous soyons dignes des promesses de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

 

PRIONS.


Gravez vos plaies sur nos cœurs, Reine du ciel, afin que nous y lisions douleur et amour : douleur pour soutenir par vous toute espèce de douleurs ; amour, pour mépriser par vous tout amour étranger à celui de Jésus-Christ. Amen.

 

Ces litanies sont conservées à la chapelle Notre-Dame-des-Sept-Douleurs de l’église curiale de Saint-Jean de Tulle (Corrèze).

On les trouve également dans l’ouvrage : Le Livre de la Croix, Recueil complet d’exercices de piété en l’honneur de la passion et des douleurs de Marie, Paris/Bordeaux, Paul Leloup, 1868. Livre approuvé par S. Em. le cardinal archevêque de Malines, et recommandé par S. Em. le cardinal archevêque de Bordeaux.

 


[1] — Saint Pie X, Encyclique Ad Diem illum, du 2 février 1904.

[2] — Voir Le Sel de la terre 91, hiver 2014-2015, p. 118-142.

[3] — Saint Laurent Justinien, De Triumph. agone Christi, ch. 21.

[4] — P. F.-W. Faber, Le Pied de la Croix, ou les douleurs de Marie, Paris, Ambroise Bray, 1868,  p. 463-464.

[5] — P. J.-B. Terrien S.J., La Mère de Dieu et la Mère des hommes, Deuxième partie : La Mère des hommes, tome 1, Paris, Lethielleux, 1902, p. 215-216.

[6] — Dom Prosper Guéranger, L’Année liturgique, La Passion et la Semaine Sainte, Le Vendredi de la Passion, Paris, Oudin, 1892, p. 185-186.

[7] — P. F.-W. Faber, Le Pied de la Croix, p. 247.

[8] — [Docteur] Jean-Maurice Clercq, Les grandes Reliques du Christ, Paris, François-Xavier de Guibert, 2007, p. 92-93.

[9] — Père Garrigou-Lagrange O.P., La Mère du Sauveur et notre vie intérieure, Lyon, Éditions de l’Abeille, 1941, p. 50-51.

[10]   —             Saint Louis-Marie Grignion-de-Montfort, Lettre circulaire aux amis de la Croix, Paris, Seuil, 1966, p. 15-16. Tout l’ouvrage est à lire.

[11]   —             Se reporter à l’article : Les Sept douleurs de Notre-Dame (I), Les douleurs des mystères joyeux, dans Le Sel de la terre 91, hiver 2014-2015, p. 123.

[12]   —             Père Garrigou-Lagrange O.P., Les Trois âges de la vie intérieure, prélude de celle du Ciel, Paris, Cerf, 1948, tome I, IIe partie, chapitre III, « La mortification selon saint Paul, et les raisons de sa nécessité », p. 389-406.

[13]   —             Père Jean de Jésus-Hostie O.C.D., Notre-Dame de la Montée du Carmel, Tarascon, Éditions du Carmel, 1951.

[14]   —             Père E. Neubert, Marianiste, La Vie d’union à Marie, Paris, Alsatia, 1954, chapitre IX : « Consultation de Marie », p. 82-85.

[15]   —             On lira ici avec fruits le tome II des Trois âges de la vie intérieure, qui analyse les purifications passives des sens et de l’esprit.

[16]   —             Dom Prosper Guéranger, L’Année liturgique. La Passion et la Semaine Sainte, « Le vendredi de la Passion », ibid., p. 186.

[17]   —             Se reporter à l’article : La mort de Jésus en Croix, paru dans Le Sel de la terre 82, automne 2012, p. 108 sq.

[18]   —             Pierre Barbet, La Passion de Jésus-Christ selon le chirurgien, Paris, Médiaspaul, 1965, p. 87.

[19]   —             Saint Bernard, Sermon pour l’octave de l’Assomption, Signum Magnum, n° 15.

[20]  —             P. F.-W. Faber, Le Pied de la Croix, p. 312-313.

[21]   —             Saint Bernardin de Sienne, Ap. Novatum 1, 359.

[22]  —             P. Garrigou-Lagrange O.P., La Mère du Sauveur, ibid., p. 121-123.

[23]  —             Témoignage de Joseph Barbedette dans l’article de M. l’abbé Nicolas Pinaud, « Notre-Dame de Pontmain », Le Sel de la terre 39, Hiver 2001-2002, p. 170.

[24]  —             Saint Ambroise, De obitu Valent., n° 39, cité par Th. M. Thiriet O.P., L’Évangile médité avec les Pères, Paris, Victor Lecoffre, 1906, tome V, p. 172.

[25] — « Comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut que le Fils de l’homme soit élevé » (Jn 3, 14) ; « Il faut que le Fils de l’homme soit élevé » (Jn 12, 34).

[26]  —             « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tout à moi » (Jn 12, 32).

[27]  —             « Il s’est humilié lui-même, se faisant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la Croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté » (Phil 2, 8-11).

[28]  —             Pierre-Thomas Dehau O.P., La Compassion de la sainte Vierge, Lyon, Les Éditions de l’Abeille, 1942, p. 21-22.

[29]  —             Bien sûr, il est tout à fait légitime, et même recommandé, de demander conseil à un prêtre. Le père Garrigou-Lagrange veut parler de ces confidences faites à des personnes incompétentes, et qui ne sont que prétextes pour obtenir des consolations purement humaines qui ne permettront jamais de porter vraiment l’épreuve.

[30]  —             Père Garrigou-Lagrange O.P., Les Trois âges de la vie intérieure, ibid., tome II, p. 473-474.

[31]   —             Père Jean de Jésus-Hostie O.C.D., Notre-Dame de la Montée du Carmel, ibid., p. 118.

[32]  —             Père E. Neubert, La Vie d’union à Marie, ibid., ch. XIV, « L’union à Marie dans la souffrance », p. 115.

[33]  —             Saint Louis-Marie Grignion-de-Montfort , Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge, n° 153-154.

[34]  —             Pour étudier cette question, on peut se reporter à saint Thomas d’Aquin : III, q. 46, a. 6.

[35]  —             Père Garrigou-Lagrange O.P., Le Sauveur et son amour pour nous, Juvisy, Cerf, 1933, p. 328.

[36]  —             Père Thomas Pègues O.P., Commentaire français littéral de la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin, Paris, Téqui, 1915, p. 608.

[37]  —             Père Thomas Dehau O.P., Le Contemplatif et la croix, Paris, Cerf, 1956, p. 237, 242, 246.

[38]  —             Il s’agit des prescriptions concernant l’agneau pascal, figure de Notre-Seigneur.

[39]  —             Voir l’article du docteur Clercq à ce sujet dans Le Sel de la terre 32, printemps 2000, p. 63-100.

[40]  —             Saint Bernard, Sermon Signum Magnum, n° 14.

[41]   —             Cette contrition parfaite est infusée dans l’âme par le sacrement de pénitence au moment de l’absolution, si le pécheur n’a pu l’obtenir par ses prières avant d’aller se confesser, et n’avait encore qu’une contrition imparfaite.

[42]  —             Dom Marmion, Le Christ idéal du moine, Paris, DDB, 1939, p. 204.

[43]  —             P. F.-W. Faber, Le Pied de la Croix, p. 71.

[44]  —             Sainte Marguerite-Marie Alacoque, citée par le père Gabriel de Sainte-Marie-Madeleine, Intimité Divine, Paris, Librairie du Carmel, 1963, Deuxième volume, p. 57.

[45]  —             M. Cardineau, La Vierge vous parle, Pellevoisin, Paris, Siloe, 1946, p. 67.

[46]  —             Voir Le Sel de la terre 91, p. 137-142.

[47]  —             P. F.-W. Faber, Le Pied de la Croix, p. 411-413.

[48]  —             Dom Prosper Guéranger, L’Année Liturgique, Le Temps pascal, Paris, Oudin, 1893, tome 1, « Le Saint Jour de Pâques », p. 140.

[49] — I-II, q. 70, a. 3.

[50]  —             P. F.-W. Faber, Le Pied de la Croix, p. 436.

[51] — I-II, q. 123, a. 6, ad. 1.

[52] — P. Garrigou-Lagrange O.P., Les Trois âges de la vie intérieure, ibid., tome 2, p. 130.

[53]  —             Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, Troisième partie, chapitre 3 : « De la patience ».

[54]  —             P. F.-W. Faber, Le Pied de la Croix, p. 444.

[55]  —             Léon XIII, Lettre encyclique Supremi apostolatus, du 1er septembre 1883.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 92

p. 104-132

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