Nouvelles de Rome occupéeLa fausse religion bergoglienne
par Alexandre Marie
Ces derniers temps ont été riches en événements au Vatican. Comme il est impossible de les passer tous en revue, nous nous limiterons à un nombre de faits très restreint, révélateurs de la ligne toujours plus révolutionnaire adoptée par le pape François depuis son arrivée à la maison Sainte-Marthe.
Commençons par sa tournée en Amérique du Sud, au mois de juillet dernier : 24 000 km et vingt-deux discours en huit jours.
Le voyage en Amérique latine
Le cri du Christ en faveur de la libération des peuples
Dans son homélie à Quito, en Équateur, François a tracé un étrange parallèle entre la dernière Cène et l’indépendance des anciennes colonies espagnoles d’Amérique latine :
J’imagine ce susurrement de Jésus lors de la dernière Cène comme un cri, en cette messe que nous célébrons au « Parc Bicentenaire ». Imaginons-les ensemble. Le bicentenaire de ce cri de l’indépendance de l’Amérique hispanique, c’était un cri, né de la conscience de manque de libertés, la conscience d’être objet d’oppression et de pillages, « sujets aux convenances contingentes des puissants du moment ». Je voudrais qu’aujourd’hui les deux cris concordent sous le beau défi de l’évangélisation [1].
Comparer les saintes paroles de Notre-Seigneur aux cris des émeutiers sud-américains révoltés contre la couronne espagnole est profondément outrageant pour Notre-Seigneur et son œuvre de salut : le Christ est mis au service de la Révolution ; la libération du péché, le salut éternel et l’évangélisation sont ravalées au rang d’une fausse libération politique d’inspiration maçonnique et anti-chrétienne.
La veille, dans son homélie à Guayaquil, François avait rapproché l’épisode évangélique du miracle de Cana du prochain synode sur la famille, qui va s’ouvrir en octobre : de même que l’eau « impure » des jarres a été changée en vin, il faut demander la transformation miraculeuse de nos conceptions étriquées pour que, par « un vrai discernement spirituel », nous admettions sans nous scandaliser les adultères et les sodomites aux sacrements :
Peu avant le début de l’année jubilaire de la Miséricorde, l’Église célèbrera le Synode ordinaire consacré aux familles, pour faire mûrir un vrai discernement spirituel et trouver des solutions et des aides concrètes aux nombreuses difficultés et aux importants défis que la famille doit affronter aujourd’hui. Je vous invite à intensifier votre prière à cette intention, pour que même ce qui nous semble encore impur, comme l’eau dans les jarres, nous scandalise ou nous effraie, Dieu – en le faisant passer par son « heure » – puisse le transformer en miracle. La famille a besoin aujourd’hui de ce miracle [2].
La Bible et la Vierge au service de la Révolution
Quelques jours plus tard, en Bolivie, François adressa aux très marxistes « mouvements populaires » l’un de ses discours les plus radicaux, les plus politiques et les plus applaudis. Il a tenu à cette occasion des propos extrêmement révolutionnaires, s’en prenant à l’économie qui « tue », parlant des « droits sacrés » des peuples et des exclus, réclamant pour tous « les trois T » – la terre, le toit et le travail – et un changement radical de « structures » :
La Bible nous rappelle que Dieu écoute le cri de son peuple et je voudrais moi aussi unir de nouveau ma voix à la vôtre : Terre, toit et travail pour tous nos frères et sœurs. Je l’ai dit et je le répète, ce sont des droits sacrés. Cela vaut la peine, cela vaut la peine de lutter pour ces droits. Que le cri des exclus soit entendu en Amérique latine et par toute la terre. […] Disons-le sans peur, nous voulons un changement, un changement réel, un changement de structures. On ne peut plus supporter ce système, les paysans ne le supportent pas, les travailleurs ne le supportent pas, les communautés ne le supportent pas, les peuples ne le supportent pas […]. Et la terre non plus ne le supporte pas, la sœur terre comme disait saint François [3].
Ayant expliqué que l’avenir de l’humanité est entre les mains des travailleurs – Marx et Engels ne parlaient pas autrement –, François entend engager l’Église dans ce processus révolutionnaire qu’il appelle de ses vœux. Et il ose proposer la figure de Marie comme exemple à suivre dans cette marche vers l’émancipation : « humble fille » des périphéries, elle est signe d’espérance pour les peuples qui « souffrent les douleurs de l’enfantement » en attendant l’avènement de la « justice » (le grand soir ?) :
De nombreux prêtres et agents pastoraux accomplissent une énorme tâche en accompagnant et en promouvant les exclus dans le monde entier, avec des coopératives, en impulsant des initiatives, en construisant des logements, en travaillant avec abnégation dans les domaines de la santé, du sport et de l’éducation. […] Ayons toujours présent au cœur la Vierge Marie, une humble fille d’un petit village perdu dans la périphérie d’un grand empire, une mère sans toit qui a su transformer une caverne d’animaux en la maison de Jésus avec quelques langes et une montagne de tendresse. Marie est signe d’espérance pour les peuples qui souffrent les douleurs de l’enfantement jusqu’à ce que germe la justice [4].
En quoi consiste ce changement que François préconise, ce programme social que les peuples en marche doivent construire ? — Il s’agit de vivre bien sur cette terre, moyennant une économie juste, respectueuse de la nature. C’est l’idéal marxiste du paradis sur terre :
[…] Il n'est pas si facile de définir le contenu du changement, on pourrait dire, le programme social qui reflète ce projet de fraternité et de justice que nous attendons. […] L’histoire, ce sont les générations successives des peuples en marche […] qui la construisent. […] Vous, et aussi d'autres peuples, vous résumez ce désir ardent d'une manière simple et belle : Vivre bien. Cette économie est non seulement désirable et nécessaire mais aussi possible [5].
Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, liberté religieuse, respect des droits de l’homme, méfaits du « colonialisme » et bienfaits de la culture de la rencontre : on trouve tous les thèmes du libéralisme anticatholique dans ce discours aux allures de manifeste révolutionnaire :
Les peuples du monde veulent être artisans de leur propre destin. Ils veulent conduire dans la paix leur marche vers la justice. Ils ne veulent pas de tutelles ni d'ingérence où le plus fort subordonne le plus faible. Ils veulent que leur culture, leur langue, leurs processus sociaux et leurs traditions religieuses soient respectés. […] Disons non aux vieilles et nouvelles formes de colonialisme. Disons oui à la rencontre entre les peuples et les cultures [6].
François s’approprie la Légende noire
Puis François a fait un geste de « repentance » au nom de l’Église, pour les « nombreux et graves péchés » commis contre les « peuples originaires » : l’Église doit s’agenouiller et demander pardon pour « ses offenses » et celles commises par l’Espagne durant la conquête de l’Amérique latine. Ainsi, François se fait-il le promoteur de la légende noire anticatholique et antiespagnole, fabriquée de toutes pièces par les ennemis de l’Église et de l’Espagne catholique : protestants, « philosophes » et francs-maçons.
Ici je veux m'arrêter sur un sujet important. Car, quelqu’un pourra dire, avec raison, quand le pape parle du colonialisme, il oublie certaines actions de l'Église. Je leur dis, avec peine, que de nombreux et de graves péchés ont été commis contre les peuples originaires de l'Amérique au nom de Dieu. Mes prédécesseurs l'ont reconnu, le Celam l'a dit et je veux le dire également. A l’instar de Jean-Paul II, je demande que l'Église s'agenouille devant Dieu et implore le pardon des péchés passés et présents de ses fils. Et je voudrais vous dire, je veux être très clair, comme l’a été Jean-Paul II : Je demande humblement un pardon, non seulement pour les offenses de l’Église même, mais pour les crimes contre les peuples autochtones durant ce que l’on appelle la conquête de l’Amérique [7].
« Je vous demande, au nom de Dieu, de défendre la terre »
Le discours s’achève par l’évocation de ce qui constitue la priorité pour François. Il ne s’agit pas, comme l’aurait dit saint Pie X, de « tout instaurer dans le Christ », ni même de dénoncer les erreurs et les abominations morales de la société contemporaine ; non, la tâche la plus importante est « de défendre la Mère Terre », notre « maison commune », et y manquer constituerait un « grave péché ».
La troisième tâche, peut-être la plus importante que nous devons assumer aujourd’hui est de défendre la Mère Terre. La maison commune de nous tous est pillée, dévastée, bafouée impunément. La lâcheté dans sa défense est un grave péché. […] Les peuples et leurs mouvements sont appelés à interpeller, à se mobiliser, à exiger pacifiquement mais tenacement l'adoption urgente de mesures appropriées. Je vous demande, au nom de Dieu, de défendre la terre [8].
Les miracles de Jésus réinterprétés
Dans l’homélie qu’il a prononcée le même jour, 9 juillet, place du Christ-Rédempteur, à Santa Cruz de la Sierra (Bolivie), François a donné une étrange interprétation du miracle de la multiplication des pains. Selon lui, Jésus l’aurait accompli dans le but de « n’exclure personne ». Le sens profond de ce miracle serait que la « logique de la mise à l’écart » a cédé devant la « logique de communion ».
Ainsi, non seulement François défend-il la réception sacrilège de l’eucharistie par ceux qui en sont légitimement exclus (adultères, concubins, sodomites, etc.), mais, en outre, il travestit le miracle de la multiplication des pains en une action purement humanitaire de partage, en une prise de conscience communautaire antidiscriminatoire…
C’est une invitation qui résonne avec force aujourd’hui pour nous : « Il n’est nécessaire d’exclure personne ; personne ne doit s’en aller ; c’en est assez des rejets, donnez-leur vous-mêmes à manger. » […] En acceptant le « pari », lui-même nous donne l’exemple, nous indique la route. Une attitude en trois mots : il prend un peu de pain et quelques poissons, les bénit, les rompt et les donne pour que les disciples les partagent avec les autres. Et ça, c’est la route du miracle. Il ne s’agit certainement pas de magie ou d’idolâtrie. Jésus, par ces trois actions, réussit à transformer une logique de la mise à l’écart, en une logique de communion, en une logique de communauté [9].
Que signifient les mots : « Il ne s’agit pas de magie ou d’idolâtrie » ? Que la croyance en l’historicité du miracle relève de la magie et que la foi en la divinité du Christ opérant de tels prodiges s’apparente à de l’idolâtrie ? Il y a de quoi être perplexe [10]…
François reçoit un crucifix communiste
A l’arrivée de François en Bolivie (8 juillet), le président Evo Morales lui a offert un crucifix sacrilège, en forme de faucille et de marteau, et l’a décoré de l’ordre du mérite « Père Luis Espinal », insigne honorifique conçu par le Congrès bolivien, en forme de collier, auquel est fixé un médaillon miniature du même crucifix arborant le symbole communiste. C’est le père jésuite Luis Espinal, militant de la théologie de la libération tué par les forces gouvernementales le 22 mars 1980, qui avait imaginé ce crucifix. Le pape François est allé se recueillir sur son tombeau et lui rendu hommage comme à un « martyr » :
Notre frère fut victime d'intérêts qui ne voulaient pas qu'on lutte pour la liberté. Le père Espinal prêchait l’Évangile et cet Évangile les dérangeait et pour cela ils l'ont assassiné, […] il a prêché l’Évangile qui nous apporte la liberté, qui nous rend libres [11].
A propos de ce crucifix communiste, le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, le père Frederico Lombardi, a affirmé qu’en le créant, Espinal avait voulu « représenter le dialogue avec ceux qui se battaient pour la justice sous une forme qui dépasse même les frontières de l’Eglise [12] ». François a fait savoir qu’un tel cadeau ne l’avait pas choqué. Il a expliqué :
[Espinal] était enthousiasmé par cette analyse de la réalité marxiste, ainsi que de la théologie utilisant le marxisme. C’est de là que vient cette œuvre. Les poésies d’Espinal appartiennent également à ce genre de la contestation, mais c’était sa vie, sa pensée, c’était un homme spécial, avec tant de génialité humaine, et qui luttait de bonne foi. En faisant une herméneutique de genre, je comprends cette œuvre. Et pour moi, ce cadeau n’a pas été une offense [13].
Ainsi, François justifie-t-il la prise de position idéologique de ce jésuite gauchiste et son « œuvre » blasphématoire, qu’il a qualifiée d’« art contestataire » et de « critique du christianisme ayant fait alliance avec l’impérialisme ». Bien plus, il en a fait l’éloge en affirmant que le « théologien » de la libération Espinal, « martyr » de la révolution communiste, menait sa lutte « de bonne foi » et « prêchait l’Évangile ».
Scandaleux présent à la Vierge de Copacabana
Ce n’est pas tout. Quelques jours plus tard, François s’est rendu au sanctuaire de Notre-Dame de Copacabana, la sainte patronne de la Bolivie, et il lui a offert les deux distinctions qu’il avait reçues du président Morales [14]. En déposant aux pieds de Marie le collier orné du médaillon frappé du crucifix d’Espinal, il a déclaré :
Le président du pays, dans un geste de cordialité, a eu la délicatesse de m’offrir deux distinctions au nom du peuple bolivien […]. Je voudrais laisser ces deux distinctions à la patronne de la Bolivie, mère de cette noble nation, afin qu’elle se souvienne toujours de son peuple et de la Bolivie, de son sanctuaire, où je souhaiterais qu’elles demeurent […]. Je te prie afin que ces distinctions, que je laisse ici en Bolivie à tes pieds, et qui rappellent […] le sacrifice commémoré du père Luis Espinal, soient des emblèmes de l’amour éternel du peuple bolivien […] envers ta tendresse attentionnée et forte [15].
L’insigne du communisme athée, dégoulinant du sang de millions de victimes, symbole de la haine du Christ, offert à la Mère du Christ comme un emblème d’amour éternel ! Décidément, ce pape iconoclaste ne recule devant aucun geste choquant. Évidemment, avec de tels exemples, il ne faut pas s’étonner que l’apostasie des catholiques ne cesse de s’amplifier.
Quant au crucifix marxiste, dans lequel il n’a rien trouvé de scandaleux, François a déclaré qu’il le gardait et l’emportait « avec [lui] à Rome ».
Actes très peu catholiques d’un pape conciliaire
Il n’y a pas de réponse à la souffrance
Le 29 mai 2015, François a reçu un groupe d'enfants gravement malades dans la chapelle de la maison Sainte-Marthe. Il leur a expliqué qu’il n’y a pas de réponse à leur souffrance :
Il y a aussi une question dont l’explication ne s’apprend pas au catéchisme. C’est la question que je me pose très souvent, et beaucoup d’entre vous, beaucoup de gens se la posent : « Pourquoi les enfants souffrent-ils ? » Et il n’y a pas d’explication. […] Je ne sais que vous dire de plus, vraiment, parce que tout cela me touche beaucoup. Moi non plus, je n’ai pas de réponse. « Mais vous êtes pape, vous devez tout savoir ! » Non, sur ces choses, il n’y a pas de réponse [16].
François avait déjà tenu des propos semblables, notamment le 11 mai, lorsqu’il s’était adressé à quelques 7 000 enfants et jeunes des écoles italiennes, salle Paul VI, au Vatican. Ces jeunes étaient réunis à l'initiative de la fondation La Fabrique de la paix, association laïciste et mondialiste. Pour cette rencontre, François avait personnellement téléphoné à la pasionaria italienne pro-avortement Emma Bonino. Bonino accepta l’invitation, ravie de pouvoir « œuvrer avec lui à la réalisation d'un grand rêve : édifier un monde de paix, tolérance et accueil [17] ». Voici les propos que François prononça sur la souffrance à cette occasion :
Cette question est l’une des plus difficiles à résoudre. Il n’y a pas de réponse ! Il y eut un grand écrivain russe, Dostoïevsky, qui s’était posé la même question : pourquoi les enfants souffrent-ils ? On ne peut qu’élever les yeux vers le Ciel et attendre des réponses qu’on ne trouve pas. Il n’y a pas de réponse à cela [18].
Dire à des enfants qu’il n’y a pas de réponse à leur souffrance, revient à leur dire que le mal est absurde et gratuit. Dès lors, Dieu n’est-il pas indifférent ou impuissant ou même complice puisque, malgré sa toute-puissance, il ne fait rien pour l’empêcher ? C’est ce que les enfants risquent de comprendre et ils en garderont l’idée d’un Dieu odieux et méchant.
Pourtant, n’importe quel enfant qui connaît son (vrai) catéchisme sait que la cause du mal et de la souffrance est le péché et que le remède est dans la croix de Jésus. Le scepticisme corrosif de François conduit à la négation tacite de l’œuvre salvatrice de Notre-Seigneur, qui a souffert et qui est mort à cause de nos péchés, et qui nous demande de porter notre croix à sa suite pour obtenir la rédemption de nos âmes.
L’abolition du péché par la fausse miséricorde
Au mois d’avril dernier, par la bulle d’indiction Misericordiae vultus, François a annoncé un « jubilé extraordinaire de la miséricorde ». Cette « Année sainte » s’ouvrira le 8 décembre, pour le cinquantième anniversaire de la clôture du concile Vatican II. Peu auparavant, le 25 octobre, le synode sur la famille achèvera ses travaux par la cérémonie de « canonisation » de Paul VI. Cette année de la miséricorde, explique François, entend donc célébrer le triomphe de Vatican II, début d’une ère nouvelle dans l’histoire de l’Église :
L’Église ressent le besoin de garder vivant cet événement. C’est pour elle que commençait alors une nouvelle étape de son histoire. Les Pères du Concile avaient perçu vivement, tel un souffle de l’Esprit, qu’il fallait parler de Dieu aux hommes de leur temps de façon plus compréhensible. Les murailles qui avaient trop longtemps enfermé l’Église comme dans une citadelle ayant été abattues, le temps était venu d’annoncer l’Évangile de façon renouvelée [19].
Les « murailles » qui gardaient la foi ayant été « abattues » par ce concile « pastoral », François cherche à abattre celles qui protègent encore la morale. Ce sera l’œuvre du synode des évêques d’octobre prochain, convoqué lui aussi dans un but « pastoral », bien évidemment, pour étendre le règne d’une fausse « miséricorde » destructrice de la vérité.
Rappelons juste quatre faits servant à illustrer la façon très particulière dont François entend la « miséricorde » : 1) Le fameux « Qui suis-je pour juger » les personnes « gay » ? 2) L’appel téléphonique « privé » à une femme « mariée » à un divorcé, à laquelle il a conseillé d’aller recevoir les sacrements dans une autre paroisse. 3) L’appel à la « femme » transsexuelle espagnole qui lui avait fait part de la « discrimination » dont « elle » était l’objet dans sa paroisse, et que François a invitée à venir le voir en audience « privée » en compagnie de sa « fiancée » – aux frais du Vatican, s’il vous plaît ! 4) Le lavement des pieds d’une autre « femme » transsexuelle le dernier Jeudi saint, à « laquelle » on a de surcroît donné la sainte communion…
Dans cette ligne, François nous invite à faire l’expérience de l’ouverture aux « périphéries existentielles » et d’oser la « nouveauté » :
Au cours de cette Année sainte, nous pourrons faire l’expérience d’ouvrir le cœur à ceux qui vivent dans les périphéries existentielles les plus différentes, que le monde moderne a souvent créées de façon dramatique. […] Ne tombons pas dans l’indifférence qui humilie, dans l’habitude qui anesthésie l’âme et empêche de découvrir la nouveauté, dans le cynisme destructeur [20].
L’Église rêvée par François doit se conformer au monde, se laisser modeler par ses « valeurs » et ses « aspirations », au lieu de chercher à le convertir au Seigneur. Après avoir abattu les « murailles de la citadelle », elle doit sortir d’elle-même et respirer « l’odeur des hommes », quitte à en être « blessée ». Du moins, elle sera guérie de sa propension à l’« auto-référentialité », libérée des « certitudes » où elle se retranche et de la prétention à posséder des vérités « uniques et absolues ». Elle ne fera plus de « prosélytisme », ne s’ingérera plus dans la vie spirituelle des gens, mais sera vraiment « au service des personnes ». Comment les catholiques fidèles pourraient-ils se retrouver dans une telle « Année sainte » qui n’est qu’une mascarade destinée à accélérer le processus de dissolution du catholicisme et détruire le peu qui reste ? Cette « Année sainte » n’a rien de saint, ni même de sain. Elle n’est assurément pas l’œuvre du Saint-Esprit [21].
« La valeur de la miséricorde dépasse les frontières de l’Église »
Au programme de l’année de la « miséricorde » on trouve encore un renforcement du dialogue voulu par les déclarations conciliaires Nostra ætate et Unitatis redintegratio avec le judaïsme, l’islam et les « autres nobles traditions religieuses ». Car la miséricorde, dit François, est également leur bien propre. Les chrétiens journellement massacrés en Irak et en Syrie apprécieront !
La valeur de la miséricorde dépasse les frontières de l’Église. Elle est le lien avec le judaïsme et l’islam qui la considèrent comme un des attributs les plus significatifs de Dieu. Israël a d’abord reçu cette révélation qui demeure dans l’histoire comme le point de départ d’une richesse incommensurable à offrir à toute l’humanité. […] L’islam, de son côté, attribue au Créateur les qualificatifs de Miséricordieux et Clément. On retrouve souvent ces invocations sur les lèvres des musulmans qui se sentent accompagnés et soutenus par la miséricorde dans leur faiblesse quotidienne. Eux aussi croient que nul ne peut limiter la miséricorde divine car ses portes sont toujours ouvertes. Que cette année jubilaire, vécue dans la miséricorde, favorise la rencontre avec ces religions et les autres nobles traditions religieuses [22].
« La valeur de la miséricorde est le lien avec le judaïsme et l’islam… » ? La réponse de l’islam ne s’est pas faite attendre ; elle est venue sous la forme d’un long document publié par la Commission Permanente des Recherches Académiques et des Avis religieux d’Arabie Saoudite (CPRAARAS). En voici quelques extraits [23]. Contrairement à François, les dirigeants musulmans, eux, sont clairs et logiques avec eux-mêmes :
Au nom de Dieu le Clément, Le Miséricordieux, la CPRAARAS a étudié les questions qui lui sont parvenues, les propos et les avis diffusés dans les médias concernant l’appel à « l’unité des religions » : l’islam, le judaïsme et le christianisme […]. Après réflexion et étude de la question, la commission décide ce qui suit :
1º L’un des principes fondamentaux de la croyance en islam, connu de tous et sur lequel les musulmans sont unanimes, est qu’il n’existe aucune religion véridique à la surface de la terre autre que l’islam, qu’elle est la dernière des religions et qu’elle abroge toutes les religions, les croyances et les législations précédentes. Il ne reste donc plus aucune religion par laquelle Dieu est adoré si ce n’est l’islam. […]
2º L’un des principes fondamentaux de la croyance en islam est que le Livre de Dieu « le Noble Coran » est le dernier des livres de Dieu descendus et promis par le Seigneur de l’Univers, qu’il abroge tous les livres révélés précédemment : la Torah, les Psaumes, les Évangiles et autres, et qu’il a la suprématie sur tous ces livres. Il ne reste donc plus de livre révélé par lequel Dieu est adoré si ce n’est « Le Noble Coran ». […]
5º L’un des principes fondamentaux de l’islam est d’être obligatoirement convaincu de l’incroyance de toute personne qui n’est pas entrée dans l’islam – juifs, chrétiens ou autres –, de les appeler « mécréants », de les considérer comme les ennemis de Dieu, de son Messager et des croyants, et qu’ils sont parmi les gens de l’Enfer […].
6º Face à ces fondements de la croyance et ces réalités islamiques, l’appel à « l’unité des religions », le rapprochement entre elles et la fusion en une seule entité, n’est qu’une propagande vicieuse et trompeuse, dont le but est de mélanger la vérité et le faux, le bien et le mal, de détruire l’islam et ses piliers, et de pousser ses adeptes vers l’apostasie totale. […]
7º Parmi les conséquences de cette mauvaise propagande : l’annulation de toute différence entre l’islam et l’incroyance, entre la vérité et le faux, entre le bien et le mal, la rupture de tout obstacle d’animosité entre les musulmans et les mécréants ; il n’y a alors plus d’allégeance aux musulmans et de désaveu des mécréants, ni de djihad, ni de lutte pour élever la parole de Dieu sur terre […].
L’Église doit demander pardon pour son « inhumanité »
Lors de sa visite au temple vaudois de Turin, en juin dernier, François a encore une fois assimilé la légitime diversité des charismes à l’intérieur de l’Église, à la « diversité » qui caractérise les sectes hérétiques, ne se privant pas au passage d’humilier à nouveau l’Église en demandant pardon aux vaudois pour le « traitement inhumain » dont ils auraient été l’objet. Décidément, pour François, l’Église d’avant Vatican II est coupable de toutes les forfaitures et il n’y a plus pour elle qu’une seule chose à faire : s’humilier devant ses ennemis et demander pardon.
L’unité qui est le fruit de l’Esprit Saint ne signifie pas uniformité. En effet, les frères sont rassemblés par une même origine, mais ils ne sont pas identiques entre eux. Cela est bien clair dans le nouveau Testament où tous ceux qui partageaient la même foi en Jésus Christ étant appelés frères, on a cependant l’intuition que toutes les communautés chrétiennes auxquelles ils appartenaient n’avaient pas le même style, ni une organisation interne identique. Au sein de la même petite communauté, on pouvait apercevoir différents charismes (cf. 1 Co 12, 14) et même dans l’annonce de l’Évangile, l’on trouvait des différences et aussi des oppositions (cf. Ac 15, 36-40). Malheureusement, il est arrivé et il continue à arriver que les frères n’acceptent pas leur diversité et finissent par se faire la guerre l’un contre l’autre. […] Au nom de l’Église catholique, je vous demande pardon. Je vous demande pardon pour les attitudes et les comportements non chrétiens, même non humains que, au cours de l’histoire, nous avons eus contre vous. Au nom du Seigneur Jésus Christ, pardonnez-nous [24] !
« Je dis peut-être une hérésie »
Le 24 mai, François a envoyé un message vidéo pour la journée œcuménique organisée par le diocèse de Phoenix (USA) avec des évangéliques pentecôtistes. Il a affirmé que l’œcuménisme « du sang » est une manifestation de l’unité des chrétiens, au-delà de leur « appartenance ecclésiale ». Ceci n’est pas nouveau : c’est au moins la dixième fois qu’il le dit [25]. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est qu’il a reconnu qu’il s’agit probablement d’une « hérésie »… Cela ne l’a pas empêché de faire de cette probable « hérésie » un argument en faveur de l’ecclésiologie novatrice des documents conciliaires Lumen gentium et Unitatis redintegratio, selon laquelle l’Église catholique ne s’identifie pas avec l’Église fondée par le Christ. Car, dans l’Église du Christ, cohabitent une multitude d’autres « églises » et de « communautés ecclésiales », selon divers degrés d’appartenance.
Aujourd’hui rassemblés, moi depuis Rome et vous là-bas, nous prierons pour que le Père envoie l’Esprit de Jésus, l’Esprit-Saint, et nous donne la grâce que tous soient un, « pour que le monde croit ». Et il me vient à l’esprit de dire quelque chose qui pourrait être une absurdité, ou peut-être une hérésie, je ne sais pas. Mais il y a quelqu’un qui sait que, malgré les différences, nous sommes un. […] Je suis persuadé que l’unité entre nous ne sera pas accomplie par les théologiens. Les théologiens nous aident, […] mais si nous attendons que les théologiens se mettent d’accord, l’unité ne se fera qu’au lendemain du jour du jugement dernier [26].
C’est toujours la même méthode révolutionnaire : éviter de se placer sur le terrain de la doctrine et des principes, mais avancer à pas comptés par des actes audacieux, des gestes symboliques et de petits accords pratiques.
Cela explique le souverain mépris de François pour la vérité et les définitions magistérielles. A son point de vue, l’unité de l’Église est à faire, alors qu’elle existe déjà : « Je crois en l’Église une… », disons-nous dans le Credo. Cette unité des chrétiens et, au-delà, des religions, se fera par le « dialogue » et la « culture de la rencontre », sans chercher à surmonter les « querelles doctrinales », mais en les abolissant par des accords sur le terrain. Au demeurant, entre chrétiens, il n’y a pas de vraie division, mais une simple diversité. A quoi, ultimement, doit aboutir ce consensus né du « dialogue » ? A l’unité du genre humain par la construction d’une fraternité universelle entre les peuples. C’est l’idéal maçonnique d’une ONU des religions.
La bénédiction donnée au péché
Pratique tout à fait inédite et pour le moins surprenante, François a pris l’habitude, en présence de femmes enceintes, de leur toucher le ventre pour « bénir » le bébé qu’elles portent. Il l’a encore fait tout récemment, le 26 septembre 2015, lors de son voyage aux États-Unis, en posant la main sur le ventre de la star américaine Candice Accola, « mariée » civilement (après avoir publiquement vécue avec plusieurs compagnons successifs) et enceinte de son premier bébé.
François s’est fait prendre en photographie à plusieurs reprises alors qu’il accomplissait le même geste sur de jeunes femmes enceintes qui défilaient devant lui en robe de mariée, le jour de leur mariage. Outre ce que ce geste a d’indécent et de choquant (imagine-t-on le pape Pie XII agir ainsi ?), en le pratiquant sur des femmes non mariées ou enceintes avant d’être mariées, François encourage directement les relations conjugales hors mariage et bénit le péché.
Dans la même ligne, le dimanche 14 septembre 2014, à quelques semaines du premier synode sur la famille, François avait solennellement béni le mariage de vingt couples dans la basilique Saint-Pierre. Ces derniers avaient été sélectionnés selon qu’ils étaient représentatifs de notre époque : certains avaient eu des enfants hors mariage, d’autres vivaient déjà sous le même toit.
L’« éco-encyclique » Laudato si’
Le 18 juin 2015, peu avant l’ouverture de la conférence « Climat de Paris », François a publié son « encyclique » très attendue « sur la sauvegarde de la maison commune », Laudato si’ (« Loué sois-tu ») [27].
C’est la première fois dans l’histoire qu’un pape consacre une encyclique aux questions environnementales, comme si l’écologie était devenue une question majeure pour l’Église – plus importante que la lutte contre l’apostasie ! – et comme s’il était prioritaire de prendre la défense de la « sacralité de la nature » mise en danger par l’homme pollueur. Mais l’écologie est à la mode, elle est même l’un des véhicules les plus puissants du mondialisme, et François, toujours à la pointe de l’actualité et du progrès, n’a pas voulu que le catholicisme, de plus en plus asservi aux idéaux de l’humanitarisme maçonnique, reste étranger à cette nouvelle « croisade ».
François ne donne pas les vraies causes des problèmes, ni par conséquent les vrais remèdes (comme le serait un retour à la vie modeste, aux métiers agricoles, etc.). Par contre, il fait sienne des données scientifiquement très contestables et de fait très contestées : le réchauffement climatique et ses supposées origines humaines [28].
En y regardant de près, on voit que la question climatique et environnementale n’est qu’un prétexte pour poursuivre un double but qui n’a rien à voir avec la protection de la nature : hâter la mise en place d’un gouvernement mondial chargé de faire appliquer les mesures requises pour « sauver la planète » ; poursuivre l’adultération du christianisme de l’intérieur et l’intégrer peu à peu aux autres « nobles traditions religieuses », en vue de constituer une religion universelle, parodie monstrueuse du catholicisme.
Mise en place du mondialisme politique et religieux : voilà l’objectif principal et inavoué de ce document, sous le prétexte de « prendre soin de la maison commune » menacée de destruction par l’activité humaine…
Au moment où l’humanité a abandonné totalement Dieu et où le mal devient la règle morale universelle (avortement, euthanasie, pornographie, union contre-nature, etc.), François décide que la priorité de notre temps doit être accordée à la préservation de l’environnement et au combat contre le prétendu réchauffement climatique. Ce choix met en évidence la fausse religion qu’incarne François, car sous les dehors d’un vocabulaire qui demeure vaguement chrétien, il nous propose une religion vidée de son contenu, naturaliste et immanente, n’ayant cure du salut des âmes rachetées par Notre-Seigneur sur la croix.
Signalons qu’aucune des cent soixante-douze notes de bas de page ne se réfère au magistère antérieur à Vatican II, ni aux Écritures, mais que vingt-et-une sont extraites de documents des diverses conférences épiscopales, dépourvues de toute autorité magistérielle. On a droit aussi, entre autres, à des extraits d’Evangelii Gaudium (citée huit fois), à des mentions du « patriarche » schismatique Bartholomée (six fois), du « théologien » progressiste Romano Guardini (six fois), de la Charte de la Terre (deux fois), de la Déclaration de Rio, du philosophe protestant Paul Ricœur, d’un « maître spirituel » soufi (!) et du sulfureux jésuite Pierre Teilhard de Chardin.
L’« éco-théologie » de François
Pour le fond, cette « encyclique » insolite et jargonneuse est un mélange de théories évolutionnistes érigées en certitudes scientifiques, de naturalisme à saveur panthéiste et de gnosticisme qui ne dit pas son nom. Contentons-nous de quelques citations :
[…] Nous sommes appelés à « accepter le monde comme sacrement de communion, comme manière de partager avec Dieu et avec le prochain à une échelle globale. C’est notre humble conviction que le divin et l’humain se rencontrent même dans les plus petits détails du vêtement sans coutures de la création de Dieu, jusque dans l’infime grain de poussière de notre planète [29] » [§ 9].
Bien que le changement fasse partie de la dynamique des systèmes complexes, la rapidité que les actions humaines lui imposent aujourd’hui contraste avec la lenteur naturelle de l’évolution biologique [§ 18].
[Dieu] a voulu se limiter lui-même de quelque manière, en créant un monde qui a besoin de développement, où beaucoup de choses que nous considérons mauvaises, dangereuses ou sources de souffrances, font en réalité partie des douleurs de l’enfantement qui nous stimulent à collaborer avec le Créateur [§ 80].
Bien que l’être humain suppose aussi des processus évolutifs, il implique une nouveauté qui n’est pas complètement explicable par l’évolution d’autres systèmes ouverts [§ 81].
L’homme n’est pas le maître absolu de la terre, parce qu’il n’est pas la fin de la création. La fin de la création, c’est une sorte de plénitude cosmique transcendante, qui se réalise dans le Christ ressuscité embrassant toutes choses. Il y a là quelque chose d’analogue au « point oméga » de Teilhard de Chardin, à son « Christ cosmique » vers lequel l’univers s’achemine à travers le processus évolutif de la matière et de l’histoire. D’ailleurs, François prend la peine de signaler lui-même ce rapprochement :
S’il est vrai que, parfois, nous les chrétiens avons mal interprété les Écritures, nous devons rejeter aujourd’hui avec force que, du fait d’avoir été créés à l’image de Dieu et de la mission de dominer la terre, découle pour nous une domination absolue sur les autres créatures [§ 67].
L’aboutissement de la marche de l’univers se trouve dans la plénitude de Dieu, qui a été atteinte par le Christ ressuscité, axe de la maturation universelle [30]. Nous ajoutons ainsi un argument de plus pour rejeter toute domination despotique et irresponsable de l’être humain sur les autres créatures. La fin ultime des autres créatures, ce n’est pas nous. Mais elles avancent toutes, avec nous et par nous, jusqu’au terme commun qui est Dieu, dans une plénitude transcendante où le Christ ressuscité embrasse et illumine tout ; car l’être humain, doué d’intelligence et d’amour, attiré par la plénitude du Christ, est appelé à reconduire toutes les créatures à leur Créateur [§ 83].
Une Personne de la Trinité s’est insérée dans le cosmos créé, en y liant son sort jusqu’à la croix. Dès le commencement du monde, mais de manière particulière depuis l’incarnation, le mystère du Christ opère secrètement dans l’ensemble de la réalité naturelle, sans pour autant en affecter l’autonomie [§ 99].
Uni au Fils incarné présent dans l’eucharistie, tout le cosmos rend grâce à Dieu. En effet, l’eucharistie est en soi un acte d’amour cosmique : « Oui, cosmique ! Car, même lorsqu’elle est célébrée sur un petit autel d’une église de campagne, l’eucharistie est toujours célébrée, en un sens, sur l’autel du monde. » L’eucharistie unit le ciel et la terre, elle embrasse et pénètre toute la création. Le monde qui est issu des mains de Dieu, retourne à lui dans une joyeuse et pleine adoration : dans le pain eucharistique, « la création est tendue vers la divinisation, vers les saintes noces, vers l’unification avec le Créateur lui-même ». C’est pourquoi, l’eucharistie est aussi source de lumière et de motivation pour nos préoccupations concernant l’environnement, et elle nous invite à être gardiens de toute la création [31] [§ 236.]
Dans cette perspective, le dimanche et l’assistance à la messe dominicale deviennent, à l’instar du sabbat juif, un acte de purification écologique et de réconciliation avec le monde :
Le dimanche, la participation à l’eucharistie a une importance spéciale. Ce jour, comme le sabbat juif, est offert comme le jour de la purification des relations de l’être humain avec Dieu, avec lui-même, avec les autres et avec le monde [§ 237].
Il y aurait beaucoup à dire sur cette gnose plus ou moins panthéiste, négatrice du surnaturel, dans laquelle l’homme et la nature sont divinisés et sacralisés. Quant à la prise de conscience de cette nature sacrale, elle s’opère par une mystérieuse « manifestation divine », en dehors de la Révélation :
Nous pouvons affirmer qu’« à côté de la révélation proprement dite, qui est contenue dans les saintes Écritures, il y a donc une manifestation divine dans le soleil qui resplendit comme dans la nuit qui tombe ». En faisant attention à cette manifestation, l’être humain apprend à se reconnaître lui-même dans la relation avec les autres créatures : « Je m’exprime en exprimant le monde ; j’explore ma propre sacralité en déchiffrant celle du monde » [§ 85].
[…] Nous n’avons pas toujours recueilli et développé les richesses que Dieu a données à l’Église, où la spiritualité n’est déconnectée ni de notre propre corps, ni de la nature, ni des réalités de ce monde ; la spiritualité se vit plutôt avec celles-ci et en elles, en communion avec tout ce qui nous entoure [§ 216].
Un nouveau départ grâce à « une conversion écologique »
L’encyclique prend des accents mélodramatiques : l’humanité s’est rendue coupable d’une véritable « catastrophe » écologique par ses agissements irresponsables ; nous marchons vers « l’autodestruction » ; la terre crie et gémit [32], etc. Il est donc urgent de prendre une autre direction :
Ces situations provoquent les gémissements de sœur terre, qui se joignent au gémissement des abandonnés du monde, dans une clameur exigeant de nous une autre direction [§ 53].
Mais sommes-nous prêts, avons-nous « développé une conscience universelle du problème » pour relever « ce beau défi », se demande François ? Il en appelle à la « Charte de la Terre », document maçonnique et panthéiste, pour que l’humanité prenne « un nouveau départ » :
La Charte de la Terre nous invitait tous à tourner le dos à une étape d’autodestruction et à prendre un nouveau départ, mais nous n’avons pas encore développé une conscience universelle qui le rende possible. Voilà pourquoi j’ose proposer de nouveau ce beau défi : « Comme jamais auparavant dans l’histoire, notre destin commun nous invite à chercher un nouveau commencement […] Faisons en sorte que notre époque soit reconnue dans l’histoire comme celle de l’éveil d’une nouvelle forme d’hommage à la vie, d’une ferme résolution d’atteindre la durabilité, de l’accélération de la lutte pour la justice et la paix et de l’heureuse célébration de la vie » [§ 207].
Ce nouveau commencement, ce nouvel hommage à la vie exige… une « conversion écologique » !
J’adresse une invitation urgente à un nouveau dialogue sur la façon dont nous construisons l’avenir de la planète. Nous avons besoin d’une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous. […] Il nous faut une nouvelle solidarité universelle [§ 14].
S’il est vrai que « les déserts extérieurs se multiplient dans notre monde, parce que les déserts intérieurs sont devenus très grands », la crise écologique est un appel à une profonde conversion intérieure. […] [Les chrétiens] ont donc besoin d’une conversion écologique, qui implique de laisser jaillir toutes les conséquences de leur rencontre avec Jésus-Christ sur les relations avec le monde qui les entoure. Vivre la vocation de protecteurs de l’œuvre de Dieu est une part essentielle d’une existence vertueuse ; cela n’est pas quelque chose d’optionnel ni un aspect secondaire dans l’expérience chrétienne [§ 217].
De tels propos sont inouïs. C’est une caricature des réalités et du langage chrétiens, une parodie de la conversion surnaturelle à laquelle nous appelle Jésus-Christ, pour aboutir à une sorte d’Alliance inversée avec la nature divinisée, à une espèce de mysticisme naturaliste teinté de panthéisme :
Diverses convictions de notre foi développées au début de cette encyclique, aident à enrichir le sens de cette conversion, comme la conscience que chaque créature reflète quelque chose de Dieu et a un message à nous enseigner ; ou encore l’assurance que le Christ a assumé en lui-même ce monde matériel et qu’à présent, ressuscité, il habite au fond de chaque être […] le pénétrant de sa lumière [§ 221].
L’univers se déploie en Dieu, qui le remplit tout entier. Il y a donc une mystique dans une feuille, dans un chemin, dans la rosée, dans le visage du pauvre. L’idéal n’est pas seulement de passer de l’extérieur à l’intérieur pour découvrir l’action de Dieu dans l’âme, mais aussi d’arriver à le trouver en toute chose [§ 233].
Les papes conciliaires, artisans du gouvernement mondial
Mais la conversion écologique individuelle ne suffit pas.
Pour protéger notre « sœur terre », il faut un « projet commun » à l’échelle internationale et même un gouvernement mondial chargé d’imposer à notre « maison commune » un système de lois contraignantes et des « décisions drastiques » capables d’inverser la tendance actuelle :
L’interdépendance nous oblige à penser à un monde unique, à un projet commun. Il devient indispensable de créer un système normatif qui implique des limites infranchissables et assure la protection des écosystèmes [§ 53].
Depuis la moitié du siècle dernier, après avoir surmonté beaucoup de difficultés, on a eu de plus en plus tendance à concevoir la planète comme une patrie, et l’humanité comme un peuple qui habite une maison commune [§ 164].
La même logique qui entrave la prise de décisions drastiques pour inverser la tendance au réchauffement global, ne permet pas non plus d’atteindre l’objectif d’éradiquer la pauvreté. Il faut une réaction globale plus responsable, qui implique en même temps la lutte pour la réduction de la pollution et le développement des pays et des régions pauvres [§ 175].
Tel était déjà le dessein de Benoît XVI et de Jean XXIII, précise François – ce qui prouve, s’il en était besoin, la continuité, chez tous les papes conciliaires, de ce projet mondialiste issu des loges maçonniques :
Comme l’a affirmé Benoît XVI dans la ligne déjà développée par la doctrine sociale de l’Eglise : « Pour le gouvernement de l’économie mondiale, pour assainir les économies frappées par la crise, pour prévenir son aggravation et de plus grands déséquilibres, pour procéder à un souhaitable désarmement intégral, pour arriver à la sécurité alimentaire et à la paix, pour assurer la protection de l’environnement et pour réguler les flux migratoires, il est urgent que soit mise en place une véritable autorité politique mondiale telle qu’elle a déjà été esquissée par mon prédécesseur Jean XXIII. » [§ 175].
Que nous sommes loin de la prédication du règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ ! « Les rois de la terre se sont levés, et les princes ont conspiré contre le Seigneur et contre son Christ », se lamentait déjà David (Ps 2, 2). Force est de constater qu’aujourd’hui la Rome conciliaire est totalement complice de cette conspiration des États modernes contre le Christ-Roi.
« Prière pour notre terre »
En guise de conclusion de cet acte de « magistère écologique », François propose deux prières différentes, l’une à l’intention des « monothéistes », l’autre à l’usage des « chrétiens ». Dans la première, de facture entièrement naturaliste et intitulée « Prière pour notre terre », il n’est question ni de la Sainte Trinité ni de Notre-Seigneur Jésus-Christ. A qui donc s’adresse cette prière ?
Après cette longue réflexion, à la fois joyeuse et dramatique, je propose deux prières : l’une que nous pourrons partager, nous tous qui croyons en un Dieu créateur tout-puissant ; et l’autre pour que nous, chrétiens, nous sachions assumer les engagements que nous propose l’Évangile de Jésus, en faveur de la création. […]
Prière pour notre terre : Dieu Tout-Puissant qui es présent dans tout l’univers et dans la plus petite de tes créatures, Toi qui entoures de ta tendresse tout ce qui existe, répands sur nous la force de ton amour pour que nous protégions la vie et la beauté. Inonde-nous de paix, pour que nous vivions comme frères et sœurs sans causer de dommages à personne. Ô Dieu des pauvres, aide-nous à secourir les abandonnés et les oubliés de cette terre qui valent tant à tes yeux. Guéris nos vies, pour que nous soyons des protecteurs du monde et non des prédateurs, pour que nous semions la beauté et non la pollution ni la destruction. Touche les cœurs de ceux qui cherchent seulement des profits aux dépens de la terre et des pauvres. Apprends-nous à découvrir la valeur de chaque chose, à contempler, émerveillés, à reconnaître que nous sommes profondément unis à toutes les créatures sur notre chemin vers ta lumière infinie. Merci parce que tu es avec nous tous les jours. Soutiens-nous, nous t’en prions, dans notre lutte pour la justice, l’amour et la paix [§ 246].
Le 10 août 2015, dans la foulée de l’encyclique Laudato si’, François a créé une journée mondiale pour l’environnement qui devra être célébrée chaque 1er septembre, sous l’intitulé : « Journée mondiale annuelle de prière pour la sauvegarde de la création. »
L’objectif est double. Il s’agit d’abord d’une démarche œcuménique puisque le patriarche Bartholomée a déjà institué cette journée dans l’orthodoxie. D’autre part, par cette décision, François confirme que l’écologie et l’environnement sont des priorités pour l’Église conciliaire, et que celle-ci s’inscrit pleinement dans cet autre « œcuménisme » avec le mondialisme maçonnique qui est la sauvegarde de la « maison commune ».
ù
Le pape François parlant beaucoup et se plaisant à multiplier les gestes insolites, on pourrait signaler beaucoup d’autres propos hétérodoxes (notamment dans les sermons prononcés à Sainte-Marthe) et d’actes infamants pour l’Église, mais ce que nous avons relevé suffit largement pour prouver à quel point la crise dans laquelle nous nous trouvons est grave et réclame toute notre prière et notre absolue fidélité à la foi catholique.
[1] — Discours à Quito, mardi 7 juillet 2015 (http://www.news.va/fr/news).
[2] — Voir http://w2.vatican.va/content/francesco/fr.
[3] — Rencontre avec les mouvements populaires, Santa Cruz de la Sierra, 9 juillet (http://www.news.va/fr/news).
[4] — Ibid.
[5] — Ibid.
[6] — Ibid.
[7] — Ibid.
[8] — Ibid.
[9] — Homélie à Santa Cruz, le 9 juillet (http://www.news.va/fr/news).
[10] — C’est, semble-t-il, la quatrième fois depuis son arrivée au Vatican que François donne une interprétation de la multiplication des pains qui contredit le miracle. Pour les fois précédentes, voir : Angelus du 2 juin 2013 (ORLF 23 du 6 juin 2013, p. 8-9) ; Discours au Comité exécutif de Caritas internationalis (ORLF 21 du 23 mai 2013, p. 5) ; Angelus du 3 août 2014 (ORLF 32-33 du 7-14 août 2014, p. 3).
[11] — Voir http://www.zenit.org/fr/articles/bolivie.
[12] — Voir http://www.zenit.org/fr/articles/bolivie.
[13] — Propos tenus dans l’avion du retour. Voir http://www.news.va/fr/news.
[14] — La deuxième distinction était le collier de « l’Ordre du Condor des Andes ».
[15] — Voir http://w2.vatican.va/content/francesco/fr.
[16] — Voir http://www.zenit.org/fr/articles.
[17] — Cette militante des « droits des femmes » se montre très accueillante pour les immigrés musulmans déferlant en Italie, mais nettement moins pour les enfants à naître.
[18] — Voir http://w2.vatican.va/content.
[19] — Documentation Catholique 2519, p. 73, n°4.
[20] — DC 2519, p. 79, n° 15
[21] — La véritable Année sainte 2016, riche d’une tradition vraiment catholique et profondément mariale, c’est le jubilé du Puy-en-Velay, qui revient à chaque fois que la fête de l’Annonciation coïncide avec le Vendredi saint. La prochaine occurrence se produira dans 150 ans.
[22] — DC 2519, p. 84, n° 23.
[23] — Texte paru dans le nº 179 (septembre-octobre 2015) du Bulletin des Amis de saint François de Sales, p. 7.
[24] — Voir http://w2.vatican.va/content/francesco/fr.
[25] — Voir http://denzingerbergoglio-en.com.
[26] — Voir http://visnews-fr.blogspot.fr.
[27] — DC 2519, p. 5-69.
[28] — « Il existe un consensus scientifique très solide qui indique que nous sommes en présence d’un réchauffement préoccupant du système climatique » (§ 23). « L’humanité est appelée à prendre conscience de la nécessité de réaliser des changements de style de vie, de production et de consommation, pour combattre ce réchauffement ou, tout au moins, les causes humaines qui le provoquent ou l’accentuent » (§ 23).
[29] — Citation de Bartholomée, Discours au 1er Sommet de Halki, Istanbul (20 juin 2012).
[30] — Ici, une note précise : « L’apport de P. Teilhard de Chardin se situe dans cette perspective ». C’est le lieu de rappeler le Monitum du Saint-Office du 30 juin 1962 : « Certaines œuvres du père Pierre Teilhard de Chardin, m ême des œuvres posthumes, sont publiées et rencontrent une faveur qui n'est pas négligeable. Indépendamment du jugement porté sur ce qui relève des sciences positives, en matière de philosophie et de théologie, il apparaît clairement que les œuvres ci-dessus rappelées fourmillent de telles ambiguïtés et même d'erreurs si graves qu'elles offensent la doctrine catholique. Aussi les Em. et Rv. Pères de la sacrée congrégation du Saint-Office exhortent tous les Ordinaires et Supérieurs d'instituts religieux, les recteurs de séminaires et les présidents d'université à défendre les esprits, particulièrement ceux des jeunes, contre les dangers des ouvrages du P. Teilhard de Chardin et de ses disciples » (DC, t. LIX, n° 1380, col. 949-956).
[31] — Non seulement le Christ et l’eucharistie sont impliqués dans ces préoccupations environnementales, mais François y voit également l’un des motifs de la compassion de la Vierge Marie : « Marie, la Mère qui a pris soin de Jésus, prend soin désormais de ce monde blessé, avec affection et douleur maternelles. Comme elle a pleuré la mort de Jésus, le cœur transpercé, maintenant elle compatit à la souffrance des pauvres crucifiés et des créatures de ce monde saccagées par le pouvoir humain. » (§ 241).
[32] — « Cette sœur [la mère Terre] crie en raison des dégâts que nous lui causons [§ 2]. » Certes, saint Paul parle lui aussi des gémissements de la création (Rm 8, 22), mais c’est à cause du péché.

