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Richesses de l’Apocalypse (V)

La Femme et le Dragon

(Apocalypse 11, 19 - 14, 5)

 

 

par le frère Emmanuel-Marie O.P.

 

 

Prologue symbolique (Ap 11, 19)

Après la sonnerie de la septième trompette qui annonçait la défaite des ennemis de Dieu et l’établissement du règne définitif du Christ-Roi, le chapitre onzième s’achève par un verset qui forme le prologue de la grande vision que saint Jean va maintenant rapporter :

Le sanctuaire de Dieu dans le ciel fut ouvert, et l’arche de son Alliance apparut dans son sanctuaire. Et il y eut des éclairs, des bruits, des tonnerres, un tremblement de terre et une grosse grêle [11, 19].

C’est la deuxième « ouverture » signalée par saint Jean : comme au début du chapitre 4, le voyant est transporté en esprit dans le sanctuaire céleste. Cette nouvelle ouverture est suivie, comme la première, d’éclairs, de tonnerres, de tremblements de terre et de grêle, qui sont les marques habituelles des manifestations de Dieu.

Se présentent alors aux regards de Jean trois apparitions successives, introduites par l’aoriste passif w[fqh (il apparut, littéralement : « il fut vu ») :

apparut l’arche d’Alliance… [11, 19],

aussitôt suivie des deux « signes » qu’elle contient :

apparut un grand signe dans le ciel : une Femme revêtue du soleil… [12, 1],

apparut un autre signe dans le ciel […] : un grand Dragon rouge… [12, 3].

L’arche d’Alliance

L’arche est le signe traditionnel de l’alliance de Dieu avec les hommes et le gage de sa présence au milieu d’eux.

Dans l’ancien Testament, l’arche d’Alliance était invisible, cachée dans le Saint des saints. Son apparition signifie que, dorénavant, le Saint des saints est « ouvert » : dans le nouvel Israël (c’est-à-dire l’Église), « tous les mystères sont découverts et la présence de Dieu est manifestement déclarée [1] », Dieu est directement accessible aux âmes qui le cherchent, moyennant la foi en Jésus-Christ : « Par la foi en lui, nous pouvons hardiment approcher de Dieu avec confiance » (Ep 3, 12). En effet, comme l’a figuré la déchirure du voile du Temple (Mt 27, 51), par sa mort expiatrice sur la croix, Notre-Seigneur a ouvert les portes du ciel fermées par le péché, et désormais nous pouvons accéder aux sources de la grâce : « Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être secourus en temps opportun » (He 4, 16). L’apparition de l’arche veut donc dire que nous sommes entrés dans le temps de la grâce et de la miséricorde, le temps du règne du Messie et de l’effusion des biens spirituels, qui durera jusqu’au jugement dernier.

Par ailleurs, l’arche contenait les « secrets » de Dieu, les souvenirs de ses hauts-faits accomplis en faveur du peuple choisi [2]. L’apparition de l’arche signifie donc que Dieu va dévoiler en quelque sorte ses archives secrètes, révèler aux âmes qui vivront après l’incarnation du Fils de Dieu et jusqu’à la défaite de Satan, les secrets desseins de sa justice et de sa miséricorde. C’est pourquoi, dans le signe de l’arche, s’en trouvent contenus deux autres qui symbolisent ces secrets : la Femme qui enfante et le Dragon qui la poursuit, c’est-à-dire l’incarnation du Fils de Dieu Sauveur et la guerre livrée par Satan à l’Église militante.

Présentation du drame

Les visions du chapitre 12 (et des chapitres suivants jusqu’à 21, 8) constituent le point culminant de l’Apocalypse. Elles dévoilent les mystérieux décrets contenus dans le petit livre que saint Jean a dû dévorer et qui était « doux à sa bouche et amer à ses entrailles » (Ap 10, 10). Ce qu’elles décrivent concerne toute l’histoire humaine, depuis la naissance du Christ (la Femme qui enfante, 12, 5) jusqu’au jugement général (20, 11 à 21, 8). Cette histoire, nous l’avons vu, a déjà été récapitulée dans les deux cycles précédents des sept sceaux et des sept trompettes (chap. 6 à 11). Mais elle est envisagée désormais au point de vue spécifique de l’Église et de ses luttes contre Satan et ses agents, figurés notamment par l’empire romain persécuteur.

 

Le drame central peut être résumé ainsi : le Dragon (Satan) déclare la guerre au Christ (l’Enfanté) et à l’Église (la Femme qui enfante) et dirige les opérations par l’intermédiaire des deux Bêtes (suppôts humains de Satan et symboles de l’Antéchrist). Celles-ci veulent supplanter l’Agneau (le Christ sauveur). Elles règnent sur leur propre cité : Babylone (la Cité du mal, contrefaçon de Jérusalem, la Cité de Dieu), également figurée par une femme : la « grande courtisane » (contrefaçon de l’Église). Mais l’armée du Christ glorifié (saint Michel et ses anges) a déjà vaincu le Dragon, et l’Agneau vainqueur, après avoir renversé Babylone et jugé chacun selon ses œuvres, rejettera définitivement le Dragon et ses Bêtes dans l’enfer éternel. Tel est, à très grands traits, le contenu de cette vaste fresque qui n’est rien d’autre, au fond, que l’histoire de notre salut opéré par le Christ sauveur à travers son Église, en dépit des attaques du démon.

 

Cette histoire est rapportée comme un drame en deux actes.

– Il y a d’abord une vision en forme de triptyque destinée à présenter les personnages du drame (chapitres 12-14) : un premier tableau met en scène la Femme et le Dragon (chapitre 12) ; un deuxième montre les ministres du Dragon, c’est-à-dire les deux Bêtes de la mer et de la terre (chapitre 13) ; enfin, un troisième tableau est consacré à l’Agneau et au cortège des élus qu’il a rachetés (chapitre 14, 1-5).

– Puis vient l’exécution des décrets divins (chapitres 15-20) : c’est d’abord la vision des sept coupes de la fureur de Dieu, symbolisant les plaies dont Dieu va frapper les méchants (chapitres 15-16) ; puis intervient le jugement divin, appliqué tour à tour à chacun des protagonistes du drame : jugement de la Cité du démon (Babylone ou la grande courtisane ; chapitres 17-18) ; jugement des ministres du démon (les Bêtes ; chapitre 19) ; jugement du Dragon lui-même (chapitre 20, 1-10) ; enfin, jugement général des élus (chapitre 20, 11 à 21, 8).

Il ne restera plus, au terme de ces grandioses et instructives visions, qu’à décrire l’Église glorifiée et triomphante, c’est-à-dire la Jérusalem céleste (chapitre 21, 9 et suivants).

1er tableau : La Femme qui enfante (Ap 12)

Première visée : la Femme, le Dragon, l’Enfanté (12, 1-5)

La Femme et le Dragon sont les allégories maîtresses du livre de l’Apocalypse. Elles nous montrent l’inlassable activité que Satan, bien que vaincu, ne cesse et ne cessera de déployer contre l’Église militante jusqu’au dernier jour du monde. Mais avant d’en venir à ces combats, le texte commence par présenter les forces en présence : la Femme prête à enfanter, le Dragon, l’Enfanté.

Puis il parut dans le ciel un grand signe : une Femme revêtue du soleil, la lune sous ses pieds, et une couronne de douze étoiles sur sa tête. Elle était enceinte, et elle criait, dans le travail et les douleurs de l’enfantement.

Un autre signe parut encore dans le ciel : tout à coup, on vit un grand Dragon rouge ayant sept têtes et dix cornes, et sur ses têtes, sept diadèmes ; de sa queue, il entraînait le tiers des étoiles du ciel, et il les jeta sur la terre. Puis le Dragon se dressa devant la Femme qui allait enfanter afin de dévorer son enfant, dès qu’elle l’aurait mis au monde.

Or, elle donna le jour à un enfant mâle, qui doit gouverner toutes les nations avec un sceptre de fer ; et son enfant fût enlevé auprès de Dieu et auprès de son trône [Ap 12, 1-5].

• La Femme

« Un grand signe parut dans le ciel. » Plutôt que dans le ciel, il faudrait dire sur le ciel, comme sur une toile de fond. Le mot « signe » (sémeion) est employé sept fois dans cette section, tantôt au singulier (12, 3 ; 15, 1) – il désigne alors ce que saint Jean voit –, tantôt au pluriel (13, 13.14 ; 16, 14 ; 19, 20) – il se rapporte alors aux prodiges et aux contrefaçons produits par les ennemis de Dieu, les Bêtes et le faux prophète. Ce signe est « grand », parce qu’il annonce l’incarnation (12, 5) et ses conséquences : l’enfante­ment des âmes à la grâce par l’Église.

Cette Femme, ainsi que l’ont clairement vu les anciens commentateurs (saint Hippolyte, Victorin de Pettau, André de Césarée, saint Bède, saint Albert le Grand), est une mère idéale et allégorique, autrement dit la Cité de Dieu (« Hæc mulier antiqua est civitas Dei [3] »). Elle « est à la fois l’Israël fidèle d’où Jésus est sorti suivant la chair, et l’Israël spirituel qui est l’Église du Christ, les deux considérés comme ne faisant qu’un [4]. » Qu’elle désigne l’Église-mère qui, tout en demeurant vierge comme Marie, enfante à Dieu d’innombrables enfants, c’est ce qui apparaît dans les mots suivants qui ne sauraient convenir à Notre-Dame : « Elle criait, dans le travail et les douleurs de l’enfantement » (12, 2).

Mais cette Femme toute pure, éclatante de sainteté, désigne aussi la Vierge Marie, car la Vierge est le type idéal de l’Église et, en ce sens, elle l’englobe [5]. Avec le père Allo, nous devons donc dire qu’il y a dans ce passage « deux réalités analogiques mêlées, le type et l’antitype plus ou moins confondus [6] ». Sans doute, les douleurs de l’enfantement ne conviennent pas à la Vierge quand il s’agit de la naissance de Notre-Seigneur, mais elles peuvent s’expliquer de notre propre enfantement spirituel au Calvaire par Marie corédemptrice, car l’enfanté doit être considéré ici sous son double aspect : le Christ personnel mais aussi le Christ mystique.

Le vêtement étincelant de la Femme manifeste sa grandeur. Elle est « enveloppée de soleil », symbole de la divinité qui l’environne [7]. La lune placée sous ses pieds signifie qu’elle domine « les lumières douteuses et changeantes de la sagesse humaine [8] » et « les vicissitudes auxquelles est soumis le monde corruptible dans sa condition présente [9] ». Les douze étoiles qui brillent sur sa tête peuvent figurer les douze tribus d’Israël ou plutôt les douze apôtres, car « la doctrine des douze apôtres » sertit la tête de l’Église, et forme « tout ce qu’elle pense et tout ce qu’elle enseigne [10] ».

La Femme est dans le travail douloureux de l’enfantement [11]. « Le caractère de l’Église, écrit Bossuet [12], est de ressentir les douleurs de l’enfantement, parce qu’elle enfante par ses souffrances et que le sang des martyrs la rend féconde. » On trouve déjà cette image dans l’ancien Testament pour décrire les souffrances de Sion, figure de l’Église, qui doit enfanter un peuple nouveau (Mi 4, 9-10 ; Is 66, 7-sq [13].). Car l’Église est une mère et l’œuvre du salut est comme un enfantement. Mais, comme le fait judicieusement remarquer Bossuet, l’Église n’est pas mère comme le sont les mères de la terre qui mettent au monde leurs enfants en les expulsant de leur sein ; l’Église engendre les siens, au contraire, en se les incorporant, en les attirant dans son sein par le baptême. C’est pourquoi elle est à la fois la mère et l’union des fidèles.

• Le Dragon roux

« Un autre signe parût », signe opposé au premier et qui se partage « avec lui la masse de l’humanité, car quiconque est du parti de Dieu combat sous l’étendard de la Vierge et de l’Église ; quiconque, au contraire, se fait serviteur du monde porte les couleurs de Satan [14] ». Tel est en effet le partage fondamental du genre humain, depuis que Dieu a posé une inimitié irréductible entre Satan et la Femme, après le premier péché [15].

Car ce Dragon, c’est Satan en personne, « le grand Dragon, le Serpent ancien, celui qui est appelé le diable et Satan, le séducteur de toute la terre » (12, 9). Son pelage couleur de feu [16] symbolise son caractère cruel et sanguinaire (« Satan est homicide dès le commencement », Jn 8, 44). Ses sept têtes, contrefaçon des sept Esprits de Dieu, et ses dix cornes [17] figurent sa force monstrueuse ; ses diadèmes représentent ses prétentions à la royauté ou encore les victoires qu’il a remportées sur les hommes. « Singe » de Dieu, il jouit temporairement, par permission divine, d’une certaine plénitude usurpée de puissance, comme le montrent tous ces emblèmes. Jésus-Christ lui-même ne l’appelle-t-il pas le « Prince de ce monde » (Jn 12, 31) ? Enfin, ange de ténèbres, le Dragon hait la lumière : c’est ce qu’expriment les étoiles balayées par sa queue, à moins que ce tiers d’étoiles ne désignent les anges déchus qu’il a entraînés dans sa chute, ou bien les fidèles qu’il a séduits et détournés par son hypocrisie depuis l’origine du christianisme.

« Et le Dragon se tient debout… », prêt à se jeter sur l’Enfant qui va naître pour le dévorer. Le grec porte le présent, pour montrer qu’il s’agit d’une attitude constante de Satan. Dès que, par le baptême, une âme est engendrée à la vie éternelle, chaque fois que, dans la suite, elle produit quelque bonne œuvre, le démon se tient aux aguets et cherche à la perdre. C’est l’accomplissement de la malédiction du Protévangile : « Je mettrai une inimitié entre toi et la Femme, entre ta descendance et la sienne. Elle te brisera la tête, et tu tâcheras de la mordre au talon » (Gn 3, 15). Depuis l’instant de cette prédiction, Satan nourrit une haine inexpiable envers la Femme et sa descendance, c’est-à-dire le Messie ; il fait tout ce qu’il peut pour lui ôter son empire sur les hommes, et ses efforts en ce sens redoubleront aux derniers jours du monde.

• L’Enfanté

« Elle enfanta un enfant mâle ». Il s’agit du Christ, évidemment. La suite le confirme par cette précision : « Il doit faire paître toutes les nations d’une verge de fer ». Ce texte est tiré du psaume 2 (verset 9) qui est un psaume messianique : le Christ est en effet Pasteur par excellence (il est le « Bon Pasteur », Jn 10, 11-14) et Roi universel.

Mais le Christ-enfanté est envisagé ici sous un double aspect. Il s’agit à la fois du Christ personnel, tête de l’humanité régénérée (clairement désigné par la mention du Ps 2, 9 et par l’allusion à son ascension : « il fut enlevé auprès de Dieu », 12, 5), et du Christ mystique, c’est-à-dire des chrétiens, enfantés dans la douleur par Marie corédemptrice et par l’Église [18].

L’Enfanté est de sexe masculin, parce que, dans le style allégorique de l’Écriture, l’Église ne met au nombre de ses enfants que ceux qui sont pleins de vigueur, prêts à affronter les persécutions [19]. Comme le fait remarquer Dom de Monléon, « le sexe des âmes n’est pas celui des corps : toute âme dans laquelle l’esprit domine la sensualité est du sexe masculin ; toute âme dans laquelle la chair règne en maîtresse est du sexe féminin [20] ». C’est ainsi qu’à la veille de son martyre, sainte Perpétue eut une vision dans laquelle elle se vit changée en homme :

Alors s’avança contre moi un Égyptien repoussant [figure de Satan]. Avec ses suppôts, il s’apprêtait à me combattre. Au même moment de beaux jeunes gens [des anges] se rangèrent à mes côtés. […] Je devins un homme. Mes partisans se mirent à me frictionner avec de l’huile, comme cela se fait pour la lutte. Je voyais, en face, l’Égyptien se rouler dans le sable [21]… 

« Et son enfant fût enlevé auprès de Dieu et auprès de son trône » (12, 5). Cet enlèvement correspond à l’intronisation triomphale de l’Agneau décrite plus haut au chapitre 5. Il désigne aussi l’ascension du Christ qui, après avoir achevé l’œuvre de notre rédemption, remonta vers son Père et s’assit à sa droite pour présider aux destinées du monde.

Deuxième visée (12, 6-12)

Après la présentation des personnages, le drame est exposé en deux ondes successives qui vont du ciel vers la terre.

Selon un procédé cher à saint Jean, les choses sont d’abord énoncées une première fois, de façon anticipée et condensée (versets 6 à 12), puis elles sont reprises et développées au verset 13 et suivants. Chacun de ces aperçus considère tour à tour : 1) la Femme en fuite, protégée par Dieu ; 2) le Dragon impuissant à la vaincre et à atteindre son enfant ; 3) l’Enfanté vainqueur.

• La fuite de la Femme

Et la Femme prit la fuite vers le désert, où Dieu lui avait préparé une retraite, afin qu’elle y fût nourrie pendant mille deux cent soixante jours [Ap 12, 6].

La Femme va devoir fuir, comme le fit la sainte Famille pour échapper à Hérode ou comme le firent les premiers chrétiens de Jérusalem qui se cachèrent à Pella. Elle fuit au désert, dans la retraite que Dieu lui a préparée : le désert symbolise la solitude intérieure où Dieu réside, en ce qu’elle préserve des atteintes du monde et du démon [22]. Mais cela ne veut pas dire qu’en ce lieu de relative sécurité, la lutte cesse pour autant. Le père Renié fait justement remarquer que saint Jean est nourri de l’ancien Testament et particulièrement des prophètes.

Or, dit-il, dans l’ancien Testament, l’Exode occupe une place prééminente. Les quarante ans dans le désert sont une période de tentation pour Israël, mais plus encore – et c’est le sens que revêt ce symbole ici – un temps durant lequel [séparé des peuples païens,] le peuple vivait sous la conduite directe et la protection de Dieu [23].

Ainsi, au temps des persécutions, l’Église laisse-t-elle la pompe des cérémonies et des manifestations extérieures du culte pour se réfugier dans le secret des cœurs, dans le ciel des âmes, où Dieu a établi ces sanctuaires intimes dans lesquels la foi se garde intégrale et où il est adoré « en esprit et en vérité ».

La Femme y restera 1 260 jours ou trois ans et demi, c’est-à-dire, comme nous l’avons expliqué précédemment [24], tout le temps que doivent durer les luttes de l’Église militante, jusqu’au retour du Christ. Mais ce temps limité désigne aussi, plus particulièrement, les jours de la persécution de l’Anté­christ. Dans cette solitude, l’Église sera directement nourrie par la Providence – par la parole de Dieu et les sacrements –, à l’exemple des Hébreux nourris de la manne dans le désert (Ex 16) ou d’Élie fuyant la colère de Jézabel (1 R 17, 6 ; 19, 6).

• La défaite du Dragon

Et il y eut un combat dans le ciel : Michel et ses anges combattaient contre le Dragon ; et le Dragon et ses anges combattaient ; mais ils ne purent vaincre, et leur place même ne se trouva plus dans le ciel. Et il fût précipité, le grand Dragon, le Serpent ancien, celui qui est appelé le diable et Satan, le séducteur de toute la terre, il fût précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui [Ap 12, 7-9].

Ayant précisé le lieu où l’Église pourra se retirer à l’heure de la lutte, le Voyant décrit cette lutte et il la rapporte à ses causes célestes : avant d’être une confrontation humaine, « le combat est dans le ciel » entre le Dragon et saint Michel [25]. « Car, dit saint Paul, ce n’est pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre ceux qui gouvernent ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes [26]. »

De quelle bataille s’agit-il ? S’agit-il de la toute première bataille livrée par saint Michel et ses anges contre les anges révoltés, à l’origine du monde ? La plupart des commentateurs pensent que saint Jean raconte plutôt ici, en un récit imagé, le brisement des forces diaboliques par la vertu de la croix, après la résurrection de Jésus. Cet échec de Satan est attribué à saint Michel, parce qu’il se situe dans le prolongement de la première bataille que le prince des milices célestes a remporté sur l’armée des démons et parce que saint Michel, protecteur spécial de la sainte Église, préside nécessairement à ses destinées et à ses victoires :

A la suite de l’ascension du Christ, une bataille acharnée s’engagea sur la terre pour la possession du ciel : l’Église protégée par saint Michel, par les milices célestes […] combattait pour conquérir, non les empires de la terre, mais le royaume des cieux ; et le démon luttait contre elle avec fureur pour conserver son hégémonie, pour maintenir le culte qu’il recevait alors des hommes, sous la figure des idoles, lui dont la plus haute ambition est de se rendre semblable au Très-Haut et de se faire adorer comme un dieu [27].

Le Dragon et ses démons, vaincus, furent précipités sur la terre. Cela veut dire que leur pouvoir, en attendant qu’il soit définitivement réduit à néant au jugement dernier, se limite désormais à cette terre [28].

• La victoire de l’Enfanté

La victoire du Christ et de son Église fournit le thème d’un nouveau cantique d’action de grâces venu du ciel :

Et j’entendis dans le ciel une voix forte qui disait : « Maintenant le salut, la puissance et l’empire sont à notre Dieu, et l’autorité à son Christ ; car il a été précipité, l’accusateur de nos frères, celui qui les accuse jour et nuit devant notre Dieu » [Ap 12, 10].

Dans ce cantique, le diable est appelé « l’accusateur » (kathvgwr), qui accable les hommes [29] « jour et nuit », c’est-à-dire continuellement. On pense au début du livre de Job, qui nous montre Satan se faire l’accusateur du juste Job et se vanter de venir à bout de sa constance : « D’où viens-tu ? » lui demande Dieu ; « de rôder sur la terre et d’y flâner », répond Satan. Et, parlant comme s’il était le maître des âmes, il défie Dieu au sujet de Job : « Étends la main et touche à ses biens, à ses os et à sa chair, et je te jure qu’il te maudira en face ! » (Jb 1, 7 et 11 et 2, 2 et 5). Mais l’arrogance de Satan sera déjouée. Saint Paul, dans l’épître aux Colossiens (2, 14), parle de même du « chirogra­phe » ou de la cédule de la dette que, par le péché, nous avions en quelque sorte contractée envers le diable, et que le Christ a supprimée en la clouant à la croix. Il ne s’agit évidemment que d’un « droit » usurpé par la tyrannie du démon, mais il est bien vrai que l’homme pécheur se fait l’esclave de Satan, qui, après l’avoir poussé au péché, réclame sa « part ».

L’hymne continue sous forme de prolepse (car la persécution est encore à venir) :

Eux aussi l’ont vaincu par le sang de l’Agneau et par la parole à laquelle ils ont rendu témoignage, et ils ont méprisé leur vie jusqu’à mourir. C’est pourquoi, réjouissez-vous, cieux, et vous qui y demeurez ! Malheur à la terre et à la mer ! car le diable est descendu vers vous, avec une grande fureur, sachant qu’il ne lui reste que peu de temps. » [Ap 12, 11-12].

Les justes ont vaincu, et par le sang de l’Agneau – c’est la cause première de leur victoire –, et par leur « témoignage », c’est-à-dire par leur labeur et leur sacrifice, ou leur martyre, car, comme le dit saint Augustin, « Dieu qui t’a créé sans toi ne te sauvera pas sans toi ».

« Malheur à la terre et à la mer », c’est-à-dire à ceux qui y habitent et qui n’y vivent pas comme si leur « séjour était dans les cieux » (Ph 3, 30). Car « le diable est descendu vers vous », il est désormais « le Prince de ce monde » – non pas de la création, qui est l’œuvre de Dieu, mais, comme le dit saint Thomas, des « hommes mondains » (mundi, id est mundani), de ceux qui ont l’esprit ou l’affection du monde. Et il y règne avec une grande fureur, car il sait que son temps est compté.

Troisième visée (12, 13-17)

• Deuxième assaut contre la Femme et sa fuite

Les versets 13-14 reprennent en le développant le thème du verset 6. Le diable, vaincu une première fois par le Christ et précipité sur la terre, s’attaque désormais à l’Église qui se réfugie au désert dans la retraite que Dieu lui a préparée, comme il a été dit plus haut :

Quand le Dragon se vit précipité sur la terre, il poursuivit la Femme qui avait mis au monde l’enfant mâle. Et les deux ailes du grand aigle furent données à la Femme pour s’envoler au désert, en sa retraite, où elle est nourrie un temps, des temps et la moitié d’un temps, hors de la présence du Serpent [Ap 12,13-14].

Les deux ailes de l’aigle symbolisent les secours donnés par Dieu à son Église, pour qu’elle puisse s’envoler au désert avec rapidité et sécurité. Au sens moral, elles désignent « la sagesse, qui lui permet de déjouer les arguties des hérétiques, et la patience, qui rend vaines leurs persécutions [30] ». L’expression : « un temps, des temps [c’est-à-dire deux temps] et la moitié d’un temps », tirée de Daniel (7, 25 et 12, 7), a le même sens que les trois ans et demi indiqués plus haut.

• Nouvelle défaite du Démon

Alors le Serpent lança de sa gueule, après la Femme, de l’eau comme un fleuve, afin de la faire entraîner par le fleuve. Mais la terre vint au secours de la Femme ; elle ouvrit son sein et engloutit le fleuve que le Dragon avait jeté de sa gueule [Ap 12, 15-16].

Ce fleuve vomi contre la Femme désigne les persécutions ou les doctrines et propagandes hérétiques et mensongères, ou encore les invasions des peuples hostiles. Mais la terre secourable l’engloutit, comme elle a englouti jadis Coré et son clan qui s’étaient révoltés contre Dieu au temps de l’Exode (Nb 16, 30-31). L’Église, cachée au désert, reste hors de portée de ce déferlement du mal.

• La guerre aux enfants de la Femme

Vaincu par le Christ, le Dragon n’a rien pu non plus contre l’Église indéfectible et sainte. Dans sa rage, n’acceptant pas de s’avouer vaincu, il entreprend de faire la guerre aux autres fils de la Femme [31], c’est-à-dire aux chrétiens, « à ceux qui observent les commandements de Dieu et qui gardent le commandement de Jésus » (12, 17).

Alors le Dragon « vint se mettre en arrêt » (v. 18) – dressé pour guetter de nouvelles proies et affronter Dieu dans ses serviteurs –, « sur le sable de la mer », symbole du monde agité, inconstant et stérile.

2e tableau : les ministres du Dragon (Ap 13)

La vision précédente nous a présenté le premier volet du triptyque introductif aux prophéties historiques des chapitres 15 et suivants. Voici maintenant le deuxième volet : les Bêtes ou ministres du Dragon.

Satan est le singe de Dieu ; dans sa lutte désespérée contre Dieu, il a des aides, les deux Bêtes. Ainsi, le Dragon et ses deux auxiliaires sont-ils comme une contrefaçon de la Sainte Trinité.

Et, de même que le Dragon est l’antagoniste de Dieu, les Bêtes sont la contrefaçon de l’Agneau. Elles symbolisent l’Antéchrist dans ses deux aspects ou sa double face, politique et religieuse, et, au-delà de l’Antéchrist personnel, elles représentent aussi tous ses précurseurs ou ses suppôts (spécialement les collectivités ennemies de la royauté du Christ). Ainsi, les deux Bêtes, la première surtout, forment-elles une réplique caricaturale de l’Agneau, comme le montre le parallèle suivant [32] :

 

L’Agneau est debout, comme égorgé, figure de sa passion et de sa résurrection (5, 7).

La Bête de la mer, comme blessée à mort, est guérie par le Dragon (13, 3. 14).

L’Agneau reçoit les honneurs divins (5, 8 et suivants).

Le Dragon associe la Bête à sa puissance et la fait adorer de concert avec lui (13, 4).

L’Agneau a son signe dont sont marqués ses fidèles (7, 3 et 14, 1).

La Bête a aussi sa marque dont sont marqués ses adeptes (13, 16-18).

La Bête de la mer (Ap 13, 1-10)

• La Bête de la mer ou l’Antéchrist politique et ses précurseurs

Puis je vis monter de la mer une Bête qui avait sept têtes et dix cornes, et sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des noms de blasphème. La Bête que je vis ressemblait à un léopard; ses pieds étaient comme ceux d’un ours, et sa gueule comme une gueule de lion. Le Dragon lui donna sa puissance, son trône et une grande autorité [Ap 13, 1-2].

Cette Bête désigne l’Antéchrist [33], appelé « bête » parce qu’il est la personnification des instincts les plus cruels et agit au rebours de la raison.

De l’Antéchrist, elle incarne l’aspect ou la puissance politique. A travers elle, c’est « le diable [qui] s’introduit dans le pouvoir politique, afin de le tourner contre l’Église [34]. » Elle ne figure donc pas seulement l’Antéchrist personnel annoncé par saint Paul (2 Th 2, 3) ; mais, comme le montrent ses nombreuses têtes, elle symbolise aussi tous les gouvernants et tous les empires qui préfigurent dans l’histoire le règne de l’Antéchrist, à commencer par l’empire romain.

Elle monte de la mer, c’est-à-dire de l’abîme ou de la lie du monde : « elle est le produit le plus accompli de la perversité humaine [35] ».

Elle a sept têtes, dix cornes et dix diadèmes, comme le Dragon, dont elle partage la puissance et l’orgueil. Sur ses têtes, des noms blasphématoires sont inscrits, parce qu’elle s’arroge des titres divins [36]. Ainsi, saint Paul dit-il que l’Antéchrist voudra s’élever « au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu ou reçoit un culte, allant jusqu’à s’asseoir en personne dans le sanctuaire de Dieu, se produisant lui-même comme Dieu » (2 Th 2, 4).

Cette Bête est comme le résumé et la quintessence des quatre bêtes de Daniel (Dn 7, 1-24), dont elle condense les attributs et les vices. Elle a, pour combattre l’Église, la souplesse féroce du léopard, la brutalité et la sensualité de l’ours, la fière arrogance du lion et, de la quatrième bête fantastique, les cornes – la puissance – et aussi l’insolente loquacité.

• L’intronisation de la Bête

Une de ses têtes paraissait blessée à mort ; mais sa plaie mortelle fût guérie, et toute la terre, saisie d’admiration, suivit la Bête, et l’on adora le Dragon, parce qu’il avait donné l’autorité à la Bête, et l’on adora la Bête, en disant : « Qui est semblable à la Bête, et qui peut combattre contre elle ? » [Ap 13, 3-4].

Cette intronisation de la Bête est une parodie de l’intronisation de l’Agneau, rapportée au chapitre 5. La Bête naît avec une plaie mortelle, parce que son pouvoir n’existe que pour être bientôt déposé. Cette plaie n’affecte qu’une de ses têtes (la principale, car, en 13, 12, cette tête est identifiée avec la Bête elle-même) et, par un prodige qui émerveille et entraîne [37] toute la terre – c’est-à-dire tous les hommes charnels –, elle est guérie. Il y a là un simulacre de la passion et de la résurrection du Christ, et aussi de la mort et de la résurrection des deux témoins (voir 11, 11-12).

Les partisans de la Bête lui rendent un culte idolâtrique qui monte jusqu’au démon dont elle n’est qu’un suppôt, en disant : « Qui est comme la Bête ? » – évidente singerie du Quis ut Deus ? de saint Michel.

• Les œuvres de la Bête

Et il lui fut donné une bouche proférant des paroles arrogantes et blasphématoires, et il lui fut donné pouvoir d’agir pendant quarante-deux mois. Et elle ouvrit sa bouche pour proférer des blasphèmes contre Dieu, pour blasphémer son nom, son tabernacle et ceux qui habitent dans le ciel. Et il lui fut donné de faire la guerre aux saints et de les vaincre ; et il lui fut donné autorité sur toute tribu, tout peuple, toute langue et toute nation. Et tous les habitants de la terre l’adoreront, ceux dont le nom n’a pas été écrit dans le livre de vie de l’Agneau immolé, dès la fondation du monde. Que celui qui a des oreilles entende ! [Ap 13, 5-9].

La petite corne de la quatrième bête de Daniel avait également une bouche qui proférait « des paroles de blasphème contre le Très-Haut » (Dn 7, 8 et 25). La Bête blasphème contre le nom de Dieu, c’est-à-dire contre sa gloire, sa sainteté et sa vérité, contre son tabernacle, à savoir son Église, et contre ceux qui habitent (mot à mot : qui ont leur tente) dans le ciel, c’est-à-dire les âmes qui vivent en Dieu. Car la vie théologale, la vie surnaturelle, et spécialement la vie d’oraison, sont le seul refuge efficace contre les séductions du Dragon et de ses ministres, comme l’était le désert pour la Femme en fuite.

Mais le pouvoir de nuisance de la Bête ne durera que quarante-deux mois : durée symbolique du règne de l’Antéchrist et, plus généralement, de la lutte de Satan contre l’Église de Dieu.

Et il fut donné à la Bête de faire la guerre aux saints – c’est-à-dire aux chrétiens [38] – et de les vaincre, « corporellement, s’entend, en les faisant périr […] et en obligeant toute la vie de l’Église à se cacher sous terre, comme au temps des catacombes [39] ».

Mais il n’est pas dit que cette victoire quasi universelle ne sera que physique, comme au temps des persécutions sanglantes de l’empire romain. Depuis trois siècles, depuis que la cité politique, après l’intermède de la chrétienté médiévale, s’identifie à nouveau avec la Bête de la mer et refuse de reconnaître le Christ et son Église [40], la persécution s’attaque aux intelligences et aux volontés, subvertit les institutions et conduit les âmes à l’apostasie. Le mal empirant sans cesse et ayant maintenant investi l’Église elle-même, occupée par la secte conciliaire, tout porte à croire que la victoire prédite ici sera une apostasie généralisée. C’est ce que pressentait déjà le cardinal Pie en 1859, dans son fameux discours pour la réception des reliques de saint Émilien, à Nantes :

[…] A mesure que le monde approchera de son terme, les méchants et les séducteurs auront de plus en plus l’avantage (2 Tm 3, 13). On ne trouvera quasi plus la foi sur la terre (Lc 18, 8), c’est-à-dire, elle aura presque complètement disparu de toutes les institutions terrestres. Les croyants eux-mêmes oseront à peine faire une profession publique et sociale de leurs croyances. La scission, la séparation, le divorce des sociétés avec Dieu, qui est donné par saint Paul comme un signe précurseur de la fin (2 Th 1, 3), ira se consommant de jour en jour. L’Église, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques. […] Elle sera cernée, resserrée de toutes parts ; autant les siècles l’ont faite grande, autant on s’appliquera à la restreindre. Enfin il y aura pour l’Église de la terre comme une véritable défaite : « Il sera donné à la Bête de faire la guerre avec les saints et de les vaincre » (Ap 13, 7) [41].

A cet endroit de son récit, saint Jean insère un solennel avertissement : « Que celui qui a des oreilles entende ! » (v. 9). Jésus usait de cette formule pour attirer l’attention de ses auditeurs sur les avis importants de ses enseignements. C’est comme s’il disait : Il faut choisir son camp !

Mais, aussitôt après, l’apôtre ajoute une parole d’espérance : les sectateurs du Dragon paieront cher leur triomphe d’un instant ; celui qui aura réduit les autres en captivité, y sera réduit à son tour ; celui qui aura fait périr par l’épée, périra à son tour ; la Bête ne prévaudra pas à la fin. En définitive, tout cela aura permis de faire éclater le triomphe de Dieu dans ses saints : « C’est ainsi que se manifestent la patience et la foi des saints » (13, 10).

La Bête de la terre (Ap 13, 11-18)

La Bête montée de la mer n’est pas seule ; une autre lui prête son concours, c’est la Bête de la terre.

Cette seconde Bête « désigne symboliquement (d’après les commentateurs les plus sûrs) les faux docteurs avec leurs fausses doctrines, les hérésiarques avec leur Évangile déformé, les porte-parole de l’apostasie [42] ». Après la puissance politique, c’est donc l’autre face de l’Antéchrist et de ses pseudo-apôtres qui est ici figurée : la puissance intellectuelle et religieuse (fausses philosophies, fausses religions, hérésies, doctrines révolutionnaires, gnoses, etc.).

Cette nouvelle Bête vient de la terre, c’est-à-dire de l’Asie, terre du syncrétisme religieux et des fausses philosophies, et aussi parce qu’elle séduit spécialement ceux qui sont animés par des désirs terrestres (honneurs, gloire, richesses, plaisirs).

Elle a « deux cornes semblables à celles d’un agneau » (v. 11), parce qu’elle paraît benoîte et désarmée – elle feint la douceur –, et parce qu’elle cherche à singer l’Agneau ; mais « elle parle comme un dragon ». Elle est donc le type des faux prophètes, « qui viennent déguisés en brebis, mais qui au-dedans sont des loups rapaces » (Mt 7, 15). D’ailleurs, plus loin (Ap 16, 13 ; 19, 20 et 20, 10), elle est précisément désignée comme le « faux prophète [43] ». C’est donc surtout par son pouvoir de persuasion et sa maîtrise dans l’art de la séduction qu’elle se manifeste :

Elle opérait aussi de grands prodiges, jusqu’à faire descendre le feu du ciel sur la terre [44], à la vue des hommes, et elle séduisait les habitants de la terre par les prodiges qu’il lui était donné d’opérer en présence de la Bête [Ap 13, 13-14].

De même que les douze Apôtres n’opéraient des miracles qu’au nom de Jésus-Christ et ne travaillaient que pour la gloire de leur maître, de même la Bête de la terre égare les hommes « en présence de la Bête » de la mer, c’est-à-dire en son nom et dans son intérêt. Et, en effet, par leur propagande, leurs mensonges et leurs prodiges, les faux docteurs sont les pourvoyeurs de la Cité du diable et conduisent les âmes à se ranger docilement sous son joug et à devenir ses esclaves.

La Bête de la terre persuade même les habitants de la terre de dresser une image en l’honneur de la Bête de la mer (l’Antéchrist), avec les marques de sa blessure, pour contrefaire l’image du Sauveur portant les cicatrices de sa crucifixion. 

Et il lui fut donné d’animer [cette] image, de façon à la faire parler et d’exter­miner tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la Bête [Ap 13, 15].

Ces subterfuges magiques de statues parlantes et mouvantes, type de la superstition syncrétiste, étaient répandus dans l’antiquité. On peut y voir également une allusion à toutes ces statues impériales élevées dans chaque ville de l’empire romain, devant lesquelles la population devait sacrifier en offrant de l’encens et du vin. Mais comment ne pas penser surtout au pouvoir démesuré qu’ont acquis aujourd’hui les médias avec tous leurs organes et leurs écrans (télévision, vidéos, internet…), véritables « images » animées et parlantes, qui non seulement contaminent et pourrissent les esprits, mais les tiennent en servitude et les portent à une sorte de culte parfaitement consenti.

Ce n’est pas tout. Non contente de faire adorer la première Bête, la Bête de la terre imprime une marque (cavragma) à la main ou au front des adorateurs, signe de leur asservissement et sorte de laisser-passer sans lequel toute participation à la vie sociale et économique devient impossible :

Elle fit qu’à tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, on mit une marque sur la main droite ou sur le front, et que nul ne pût acheter ou vendre, s’il n’avait pas la marque du nom de la Bête ou le nombre de son nom [Ap 13, 16-17].

Ainsi, cette estampille, singerie du caractère sacramentel des baptisés, met-elle les fidèles au ban de la société : on pourra les dénoncer et les traquer comme des hors-la-loi [45].

Que néanmoins les chrétiens ne se découragent pas dans ces épreuves qui les attendent : « Que celui qui a l’intelligence – et ce dernier mot doit se prendre ici dans son sens étymologique, intus legere, lire en dedans –, que celui donc qui sait considérer le fond des choses sans s’arrêter aux apparences, suppute le nombre de la Bête [v. 18] [46] », qui n’est qu’un « nombre d’homme », désignant par conséquent un être mortel, limité, malgré la fantastique puissance dont il paraît investi.

« Et ce nombre est 666. » Beaucoup de calculs fantaisistes ont été faits sur ce nombre [47]. Mais il est, de toute évidence, symbolique : 6 (7 moins 1) est le chiffre de l’imperfection et 3, celui du développement total. Répété trois fois, le 6 exprime donc l’imperfection radicale ou l’achèvement du mal. On a également relevé que le 7 étant le chiffre de la création sanctifiée par le repos du sabbat, le 6 est celui de la création sans le sabbat, c’est-à-dire de l’homme sans religion et sans Dieu (voir Bède et saint Albert le Grand). L’Antéchrist aura beau dilater et gonfler ce chiffre jusqu’à en faire 666, trois fois 6, il n’en sera que plus impie et ennemi de Dieu.

3e tableau : l’Agneau et les rachetés (Ap 14, 1-5)

C’est le troisième volet du triptyque. Aux deux Bêtes et à leurs esclaves s’opposent l’Agneau et ses serviteurs. Cette consolante vision présage l’heureuse issue de la guerre des Bêtes contre le Christ et l’Église.

Je vis, et voici l’Agneau se tenait debout sur la montagne de Sion, et avec lui cent quarante-quatre mille personnes, qui avaient son nom et le nom de son Père écrits sur le front [Ap 14, 1].

La scène se déroule sur le mont Sion, symbole de l’Église qui se dresse au-dessus de la terre comme une montagne d’où elle éclaire les nations. Le Christ, en effet, n’agit que dans l’Église et il est vain de le chercher ailleurs. Nous sommes donc sur terre, au sein de l’Église militante, qui va s’associer aux hymnes de l’Église triomphante.

Tout autour de l’Agneau se tiennent 144 000 serviteurs. Nous avons déjà rencontré ce nombre qui symbolise une plénitude accomplie (122 x 1000) [48]. Ils portent le nom de l’Agneau et le nom de son Père, « c’est-à-dire le titre de chrétiens et le nom de Fils de Dieu ; [ils] le portent authentiquement, gravé sur leur front, en lettres indélébiles, par le sacrement de baptême et par la ferme détermination où ils sont de ne rien préférer à l’amour de Jésus-Christ [49] ».

Et j’entendis un son qui venait du ciel, pareil au bruit de grandes eaux et à la voix d’un puissant tonnerre ; et le son que j’entendis ressemblait à un concert de harpistes jouant de leurs instruments [Ap 14, 2].

Cette voix puissante et mélodieuse venue du ciel, c’est la voix des bienheureux.

Et ils chantaient comme un cantique nouveau [50] devant le trône, et devant les quatre Animaux et les Vieillards ; et nul ne pouvait apprendre ce cantique, si ce n’est les cent quarante-quatre mille qui ont été rachetés de la terre. Ce sont ceux qui ne se sont pas souillés avec des femmes, car ils sont vierges. Ce sont ceux qui suivent l’Agneau partout où il va. [Ap 14, 3-4].

« La virginité, dans cette vision, est le symbole de la sainteté des âmes, qui ont gardé la pureté de leur foi et de leur charité intacte malgré les sollicitations et les violences des ennemis de Dieu », écrit le père Allo [51]. Ils sont vierges parce qu’ils n’ont point prostitué leur vie au culte du Dragon et des Bêtes. C’est là le sens littéral, dit Bossuet,

mais ce sens n’empêche pas que saint Jean n’ait aussi voulu tracer quelque chose des prérogatives de ceux qui ont vécu dans une perpétuelle continence, parmi lesquels les saints Pères lui ont donné le premier rang. Saint Augustin leur applique ce passage [52] : ils chantent un cantique particulier comme ils pratiquent une vertu au-dessus du commun ; leur joie est d’autant plus abondante, qu’ils se sont plus élevés que les autres hommes au-dessus de la joie des sens. Ils suivent l’Agneau partout où il va, parce que, non contents de le suivre dans la voie des préceptes, ils le suivent même dans la voie des conseils [53].

La finale (v. 5) est admirable : « Ils ont été rachetés d’entre les hommes », choisis et mis à part, « comme des prémices » de la moisson des élus, « pour Dieu et pour l’Agneau » ; et « il ne s’est point trouvé de mensonge dans leur bouche », parce qu’ils ont toujours confessé la vérité et gardé leur foi intègre ; « ils sont irréprochables », parce qu’ils ont fui le péché de leur mieux et ont tenu les promesses de leur baptême [54].

 

Concluons avec le père Calmel :

Pour en revenir à la vision sublime des cent quarante-quatre mille qui ont remporté la victoire sur le diable et ses suppôts, retenons avant tout le caractère distinctif de cette victoire : elle s’est accomplie non parce qu’ils ont été exempts de la croix mais parce qu’ils l’ont acceptée avec amour. Nous trouvons ici, mais présentée d’un autre point de vue, la doctrine des béatitudes. La béatitude en effet, comme la victoire, sont accordées non pas aux disciples qui s’arrangent pour échapper à la privation, à la peine et aux persécutions, mais aux disciples qui les acceptent pour l’amour de Dieu. Bienheureux ceux qui ont l’esprit de pauvreté… Bienheureux ceux qui pleurent… Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice [55]

 

 

 


 


[1] — Bossuet, « L’Apocalypse avec une explication », chap. XI, Œuvres complètes de Bossuet, t. 2, Besançon-Paris, Outhenin-Chalandre, 1840, p. 117.

[2] — L’arche d’Alliance contenait la verge d’Aaron, un gomor de manne et les Tables de la loi écrites de la main même de Dieu.

[3] — « Cette femme antique, c’est la Cité de Dieu. » (Saint Augustin, sur le Ps 142).

[4] — Père E.-B. Allo O.P., Saint Jean, l’Apocalypse, Paris, Gabalda, 1933 (3e éd.), p. 193.

[5] — Il n’est pas exact de considérer l’identification de la Femme avec Marie comme une pure accommodation.

[6] — Allo, ibid., p. 194.

[7] — Voir le Ps 103, 1-2 (Vg) : « Seigneur mon Dieu, vous avez fait paraître magnifiquement votre grandeur. Vous vous êtes revêtu de majesté et de splendeur, enveloppé de lumière comme d’un vêtement. » Dans le Cantique des cantiques, l’épouse (figure de la Vierge Marie et de de l’Église) est également revêtue d’un éclat incomparable : « Quelle est celle-ci qui s’avance comme l’aurore à son lever, belle comme la lune, éclatante comme le soleil, terrible comme une armée rangée en bataille ? » (Ct 6, 9).

[8] — Bossuet, ibid., p. 121.

[9] — Père Braun O.P., La Mère des fidèles, Casterman, 1953, p. 170. Dom de Monléon commente : « La lune, qui sans cesse croît et décroît, est le symbole des choses humaines, qui toujours montent et descendent » (Le Sens mystique de l’Apocalypse, Paris, NEL, 1984, p. 190).

[10]   —             Dom de Monléon, ibid., p. 191.

[11]   —             Le latin dit : clamabatcruciabatur : ces imparfaits de durée marquent des souffrances prolongées. Ici-bas, l’Église militante n’aura jamais fini de souffrir et d’enfanter des âmes au prix de grands tourments.

[12]   —             Bossuet, ibid., p. 122.

[13]   —             Dans ces textes, il s’agit principalement des souffrances purificatrices de l’exil d’où sortira un « reste » converti et renouvelé.

[14]   —             Dom de Monléon, ibid.,  p. 192.

[15]   —             Voir le « Protévangile » : Gn 3, 15.

[16]   —             Comme le cheval de Ap 6, 4.

[17]   —             La bête de Daniel 7, 7 porte également dix cornes. La corne, symbole de puissance, est également dans la sainte Écriture le symbole de l’orgueil et de la révolte contre Dieu. « Le Dragon ici en porte dix, pour montrer que sa volonté s’oppose sur tous les points à la volonté de Dieu, qui se fait connaître à nous essentiellement par les dix préceptes du Décalogue » (Dom de Monléon, ibid., p. 192).

[18]   —             Déjà en Daniel (7, 13 et sq.), le « Fils d’homme » désigne à la fois la communauté des saints et son chef, le Messie.

[19]   —             Bossuet commente : « Isaïe nous représente la fécondité de la synagogue prête à sortir de la captivité [de Babylone] en disant qu’elle a enfanté un mâle (Is 66, 7). » (Bossuet, ibid. p. 122.)

[20]   —             Dom de Monléon, ibid., p. 193.

[21]   —             La Passion des saintes Perpétue et Félicité (martyrisées à Carthage le 7 mars 202 ou 203), récit de Perpétue, § 10.

[22]   —             « Je le conduirai au désert et je parlerai à son cœur », dit Dieu au prophète Osée (2, 14).

[23]   —             J. Renié, Manuel d’Écriture sainte, t. 5 : Les Actes des apôtres, les épîtres catholiques, l’Apocalypse, Lyon-Paris, Emmanuel Vitte, 1954, p. 411, note 4.

[24]   —             Voir Le Sel de la terre 92, p. 29.

[25]   —             Dans le livre de Daniel, saint Michel se présente comme l’ange protecteur d’Israël (Dn 10, 13.21 ; 12, 1). Il est donc aussi le protecteur spécial du nouvel Israël, la sainte Église.

[26]   —             Ep 6, 12.

[27]   —             Dom de Monléon, ibid., p. 195.

[28]   —             Dans le même sens, Jésus déclare, quelques heures avant sa passion : « C’est maintenant le jugement [la condamnation] de ce monde ; maintenant le Prince de ce monde va être jeté bas [ou dehors] ; et moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tout à moi » (Jn 12, 31-32).

[29]   —             On notera la belle expression par laquelle, dans cet hymne d’action de grâces, « la voix forte » des anges désignent les hommes : « il a été précipité, l’accusateur de nos frères ».

[30]   —             Dom de Monléon, ibid., p. 198.

[31]   —             Le grec dit : « au reste de sa descendance – spevrma ». C’est le même mot qu’en Gn 3, 15 : « Je mettrai des inimitiés entre toi et la Femme, entre ta descendance et sa descendance ». Le mot spevrma est au singulier (voir Ga 3, 16) car il désigne le Christ, à la fois tête et membres.

[32]   —             Ce parallèle pourrait être élargi, car la Cité de Satan est organisée sur le modèle de la Cité de Dieu qu’elle singe : Dieu est au ciel, et Satan est prince de ce monde (dont il est déjà virtuellement dépossédé) ; la Cité de Dieu (l’Église) est figurée par la Femme et par la ville de Jérusalem, la Cité de Satan par la courtisane et par Babylone ; l’Agneau égorgé est aussi le Lion de Juda, et les deux Bêtes sont des animaux hybrides ; l’Agneau est entouré des 144 000 vierges marqués de son sceau, les Bêtes ont leur armée d’adorateurs marqués de leur chiffre, etc.

[33]   —             Voir saint Irénée, Adversus hæreses, V, 28, 2.

[34]   —             Père R.-Th. Calmel O.P., Théologie de l’histoire, ch. 2 : « Lumière de l’Apocalypse », DMM, 1984, p. 43.

[35]   —             Dom de Monléon, ibid., p. 203. On a dit aussi que « la mer » d’où monte la Bête désignait la Méditerranée, qui sépare l’Asie mineure – où se trouve saint Jean – de Rome, siège de l’empire persécuteur et première préfiguration de la Bête, comme le montrera le chapitre 17.

[36]   —             Comme les empereurs romains qui se faisaient appeler « divus » et à qui l’on rendait un culte idolâtrique.

[37]   —             L’advers ojpivsw (« derrière »), employé comme préposition, est riche de sens : la terre étonnée marche derrière la Bête prodigieuse.

[38]   —             Les « saints » désignent habituellement les fidèles dans le nouveau Testament (voir saint Paul : Rm 1, 7 ; Ep 1, 1 ; Ph 1, 1, etc.)

[39]   —             Dom de Monléon, ibid., p. 207.

[40]   —             La guérison « prodigieuse » de la plaie mortelle de la Bête (13, 3) pourrait signifier, par accommodation, le renversement des trônes chrétiens et l’avènement des gouvernements révolutionnaires puis du mondialisme, à partir du 18e siècle. Depuis ce temps, en effet, « toute la terre, saisie d'admiration, suit la Bête ». L’admiration est même partagée, désormais, par la Rome conciliaire.

[41]   —             Discours prononcé dans la cathédrale de Nantes, le 8 novembre 1859. D’autres prédictions semblables seraient à citer : les avertissements de Notre-Dame à La Salette et à Fatima, ceux de Don Bosco, etc.

[42]   —             Père R.-Th. Calmel, Théologie de l’histoire, ch. 2 : « Lumière de l’Apocalypse », DMM, 1984, p. 44.

[43]   —             L’interprétation des meilleurs commentateurs identifie en effet la Bête de la mer et le Faux-prophète.

[44]   —             Jésus avait annoncé, dans son discours eschatologique, que de faux messies s’élèveraient et accompliraient des prodiges capables de séduire, s’il se pouvait, les élus eux-mêmes (Mc 13, 22). Ce ne sont donc pas les signes extérieurs, si extraordinaires soient-ils, qui suffisent à établir la vérité d’une doctrine.

[45]   —             L’antiquité connaissait le tatouage religieux pratiqué dans certaines sectes, ou la marque imprimée parfois aux soldats. Il y eut également, sous Dèce, des « libelli » ou certificats de loyalisme accordés aux chrétiens rénégats. Mais le phénomène décrit ici par le texte sacré reste inconnu des temps anciens. La société moderne, en revanche, pratique abondamment le système des cartes magnétiques et le fichage informatique des données privées, qui permettent un contrôle scientifique de la vie des citoyens, en attendant les puces greffées sous la peau qu’on nous promet pour bientôt, afin de faciliter les échanges et garantir la sécurité : nous y sommes donc. Dans le même ordre d’idée, on rappellera que les sociétés secrètes imposent à leurs adeptes des rites secrets, pour imprimer dans leur esprit, en traits « indélébiles », une indéfectible allégeance à la secte.

[46]   —             Dom de Monléon, ibid., p. 212.

[47]   —             L’un des déchiffrements vraisemblables par la gématrie (addition de la valeur numérique des lettres d’un nom) attribue ce nombre à César Néron. Mais, pour que cela colle, il faut l’écrire en hébreu (ˆowrn rsq) et non en grec, qui est pourtant la langue originale de l’Apocalypse. Ce petit mystère s’explique-t-il par les exigences de l’arcane ? Le nombre 666 désignerait donc l’empereur Néron. Mais, s’il est vrai que l’auteur sacré pense à la Rome païenne quand il décrit la Bête, ce n’est qu’à partir du chapitre 17 que l’allusion est claire. Quoi qu’il en soit, ces interprétations à base de gématrie ne sont pas à encourager à cause de leur caractère aléatoire et parce qu’elle peuvent donner lieu à des déviations ésotériques.

[48]   —             Ap 7, 4. Voir Le Sel de la terre 92, p. 19.

[49]   —             Dom de Monléon, ibid., p. 220.

[50]   —             Voir Ap 5, 8-9.

[51]   —             Allo, L’Apocalypse, ibid., p. 237

[52]   —             Dans son De Sanct. Virg., 27, 28, 29.

[53]   —             Bossuet, ibid., p. 150.

[54]   —             Voir Rm 11, 4 : « Je me suis réservé sept mille hommes qui n’ont pas fléchi le genou devant Baal », dit Dieu (citation de 1 R 19, 18).

[55]   —             Père R.-Th. Calmel, Théologie de l’histoire, p. 51.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 94

p. 10-28

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