François Brigneau
S'Il NE FUT malheureusement pas un « disciple de Mgr Lefebvre » (voir, plus haut, la recension de l’ouvrage de Valentine Zuber), François Brigneau (1919-2012) en fut au moins une sorte de compagnon de route durant de longues années. On a pu remarquer, lors de l’entretien qu’ils eurent en 1990 sur Radio-Courtoisie, l’estime mutuelle que se portaient les deux hommes.
Mais Well Allot (vrai nom de celui qui ne signe pas encore François Brigneau, ni Mathilde Cruz) fut d’abord compagnon de route de Robert Brasillach. Et compagnon de captivité (à Fresnes). Anne Le Pape retrace avec émotion l’amitié de ces deux hommes, pourtant si différents. Sorti de prison, Well restera indéfectiblement fidèle au poète assassiné qui avait été, pour lui, comme un grand frère.
Est-ce cette amitié qui le maintint dans le camp des « maudits », alors qu’il avait tout pour réussir dans la grande presse ? Il y puisa sans doute le courage de dire certaines vérités, qui marginalisèrent peu à peu celui qui était un des reporters les plus populaires de France.
Sa gloire n’y a rien perdu, puisque cela lui valut l’honneur de combattre la religion laïque aux côtés de Jean Madiran (il faut citer son Jules l’imposteur, qui parut d’abord en feuilleton dans Itinéraires, mais aussi Émile l’Apostat, qui fut malheureusement interrompu, et ne parut jamais en volume).
L’honneur, également, de combattre la Révolution, aux côtés de l’abbé Coache, dans L’Anti-89.
Victime de ce Jules qu’il surnomma l’imposteur (le récit qu’il en fait dans les derniers chapitres de son livre doit à tout prix devenir classique au sens propre : lu régulièrement en classe, aux élèves, pour leur faire comprendre ce qu’est la laïcité), François Brigneau est mort sans avoir reçu le baptême d’eau – mais non sans les prières de nombreux prêtres, religieuses et laïcs qui espèrent qu’il eut au moins, au seuil de l’éternité, le baptême de désir.
Au célèbre Notre avant-guerre de Brasillach, Brigneau avait répondu par un Mon après-guerre. Pour ce polémiste de très grand talent, la guerre était en réalité bien loin d’être finie, et elle devra se poursuivre pour que les jeunes générations aient accès à son œuvre.
Anne Le Pape nous donne, pour commencer, une biographie remarquablement précise, sensible, et documentée. Espérons que des recueils de morceaux choisis suivront. Sans compter (même inachevé), cet Émile l’Apostat qui complète si heureusement le Jules l’imposteur.
Fr. L. M.
Anne Le Pape, François Brigneau, Éditions Pardès (collection Qui suis-je ?), 2014, 124 p., 12 €. — On regrette, bien sûr, la notice astrologique imposée par l’éditeur à tous les volumes de cette collection.

