Commentaire sur l’Évangile de saint Matthieu
Après avoir publié le Commentaire sur l’Évangile de saint Jean de saint Jean Chrysostome, les éditions Artège nous livrent le Commentaire sur l’Évangile de saint Matthieu du même auteur. Il s’agit d’une édition abrégée, reproduisant la traduction de l’édition des Œuvres complètes de saint Jean Chrysostome de l’abbé Jeannin, parue chez L. Guérin & Cie, à Bar-le-Duc, entre 1863 et1867 (onze volumes, réimprimés à Arras en 1887-1888).
Saint Jean Chrysostome (né vers 344, mort en 407) est l’un des quatre Pères grecs déclarés docteurs de l’Église par saint Pie V en 1568 (avec saint Athanase, saint Basile le Grand et saint Grégoire de Nazianze). Il est, avec saint Augustin, l’auteur de l’Antiquité qui compte le plus de biographes et de panégyristes. Né à Antioche dans une famille chrétienne, éduqué par sa pieuse mère Anthusa – qui devint veuve à vingt ans –, élève du célèbre rhéteur Libanius, il fut d’abord remarqué par l’évêque d’Antioche, Mélèce. Après s’être retiré quelque temps dans la solitude et la prière, il fut ordonné prêtre par le successeur de Mélèce, Flavien, qui lui confia la mission de prêcher dans les principales églises de la cité. Pendant douze ans, de 386 à 397, Jean s’acquitta de cet office avec tant de zèle et de succès qu’il s’assura pour toujours du titre de plus grand des orateurs sacrés : « Chrysostome », la « bouche d’or ».
Choisi pour occuper le siège patriarcal de Constantinople en 397, il continua ses prédications et s’attela à la réforme de la ville impériale et de son clergé, tombés dans la corruption. Ses invectives contre les abus et les débauches de la cour lui attirèrent la haine des puissants. Ses ennemis, parmi lesquels se trouvaient plusieurs de ses confrères dans l’épiscopat, se réunirent pour le perdre. Jean fut déposé par un conciliabule d’évêques réuni contre lui (le synode du « Chêne »). L’impératrice Eudoxie, indisposée contre lui, le condamna à l’exil en 404, d’abord en Basse Arménie où il resta trois ans, puis à l’extrémité orientale de la mer Noire. Brisé par la fatigue du voyage, Chrysostome mourut le 14 septembre 407 à Comana, dans le Pont, avant d’avoir pu arriver à destination.
Les quatre-vingt-dix homélies sur saint Matthieu ont été données à Antioche, probablement à partir de 390. C’est le plus ancien commentaire patristique complet qui nous soit parvenu sur le premier Évangile.
Dans ces homélies, Chrysostome souligne l’unité des deux Testaments, montrant que l’ancien n’est rien d’autre que la préparation et le précurseur du nouveau (voir par exemple l’homélie 16). Mais le plus intéressant et le plus instructif est sans contredit la magistrale interprétation qu’il donne des paraboles (tout le chapitre 13 de saint Matthieu, communément appelé « discours parabolique », est consacré aux paraboles que Jésus enseigna aux foules sur les bords du lac de Galilée).
Comme dans la plupart de ses autres commentaires scripturaires, saint Jean Chrysostome multiplie les exhortations spirituelles, morales et ascétiques. Il ne cherche pas à faire de l’exégèse proprement dite, mais, en vrai pasteur d’âmes, il s’adresse à son auditoire dans un langage familier et accessible pour lui rompre le pain de la parole de Dieu, lui découvrir le sens des textes, et il termine toujours ses exhortations par des conseils très pratiques et très concrets.
On connaît l’anecdote tiré de la vie de saint Thomas d’Aquin : un jour que le Docteur angélique marchait dans Paris en compagnie d’un frère qui lui faisait remarquer la beauté de la ville, le saint répliqua qu’il donnerait tout Paris en échange du commentaire de saint Jean Chrysostome sur saint Matthieu. Puisque nous avons le bonheur de pouvoir accéder à ce commentaire, nous serions bien fautifs de ne pas en faire l’une de nos lectures spirituelles.
Fr. E.-M.
Saint Jean Chrysostome, Commentaire sur l’Évangile selon saint Matthieu – édition abrégée, établie et présentée par Jacques de Penthos, Perpignan, Artège, 2012, 573 p., 28 €.

