Le Lion des Flandres
L'auteur, qui destine son petit livre à des enfants du primaire, fait librement dialoguer ses élèves avec lui pour relancer l’intérêt de ses jeunes lecteurs. Il leur raconte, en abrégé, la vie de Mgr Lefebvre. Il insiste avec raison sur la famille Lefebvre profondément chrétienne. Pour le futur évêque, cela commence dès sa naissance, le 29 mars 1905 au soir, quand sa sainte mère ne l’embrasse pas tant qu’il ne sera pas baptisé. Elle attend pour cela que Marcel revienne des fonts baptismaux, dès le lendemain. Quelle haute et exacte conception des dogmes chrétiens du péché originel et de la régénération baptismale motive cette mère ! L’auteur a une magnifique envolée (p. 16 et 17) au sujet des cloches de Tourcoing qui annoncent l’heureuse nouvelle au monde entier.
De belles pages sur la première communion de Marcel à six ans et sur la terrible épreuve ressentie par lui à neuf ans, quand éclate la Première Guerre mondiale.
Sautons des pages. Le père Marcel, devenu évêque le 18 septembre 1947, œuvre au Sénégal. L’auteur note bien la priorité que Mgr Lefebvre a donnée à la fondation d’un collège de garçons, puis d’un séminaire.
L’esprit surnaturel de Mgr Lefebvre est parfaitement raconté quand Jean XXIII, en 1958, ne lui renouvelle pas le mandat de délégué apostolique pour l’Afrique française, que Pie XII lui avait confié. L’auteur note joliment que l’évêché de Tulle auquel est assigné Mgr Lefebvre est près du plateau de Millevaches ! L’humiliation parfaitement acceptée est récompensée moins de six mois après, par l’élection de Mgr Lefebvre comme supérieur général des 5 200 spiritains ! Le rusé Jean XXIII ratifie l’élection pour plaire à l’épiscopat français qui, dans son ensemble, n’apprécie pas le lion des Flandres. Comme toujours, Dieu dirige l’histoire en permettant à Mgr Lefebvre, grâce à son nouveau poste, de voyager dans le monde entier. Il prépare ainsi l’apostolat mondial du futur évêque d’Écône !
La crise dans l’Église qui couvait déjà avant Vatican II éclate et l’auteur écrit avec pertinence (p. 118) :
Ce que les protestants n’avaient pas réussi à supprimer au 16e siècle après la révolte de Luther, ce que les révolutionnaires de 1789 avaient épargné, ce que les guerres n’avaient pu atteindre, la tempête engendrée par le concile Vatican II va l’obtenir : toutes les paroisses sont réformées, la foi n’est plus transmise, la vérité n’est plus enseignée, les églises se vident.
Les pages 139 à 142 racontent bien la vie de Mgr Lefebvre après les sacres : sa sérénité surnaturelle après avoir transmis tout son pouvoir épiscopal pour que survive la vraie Église catholique.
Ce livre est destiné aux enfants du primaire (et aussi aux collégiens, sans doute). Mais pourquoi avoir minimisé le combat doctrinal de « l’évêque de fer » ? Des enfants, baptisés et confirmés, catéchisés dans une école catholique et vivant dans une famille pratiquante, sont capables de comprendre ce combat qui est sur-naturel. Toute l’histoire de l’Église est jalonnée d’enfants qui ont défendu la vraie foi et même lui ont sacrifié leur vie temporelle. Mgr Lefebvre a souvent raconté sa conversion du libéralisme au catholicisme intégral grâce à ses maîtres du séminaire français de Rome, où il arrive n’ayant pas encore dix-huit ans.
Nous l’avons tous entendu attaquer sans cesse les catholiques libéraux. La dernière retraite qu’il prêcha à ses prêtres à Écône, en septembre 1990, est claire. Après avoir signalé qu’il relit l’abbé Barbier (notons-le bien, Mgr Lefebvre relit), le vénéré prélat, qui va quitter cette terre dans six mois et se trouve donc au sommet de sa vie d’union à Dieu, enseigne :
Il est frappant que notre combat est exactement celui des grands catholiques du 19e siècle depuis la Révolution et le combat des papes Pie VI, Pie VII, Grégoire XVI, Pie IX, Léon XIII, saint Pie X, jusqu’à Pie XII […]. Or, c’est le même combat que nous livrons aujourd’hui : il y a les pro Syllabus, les pro Quanta Cura, les pro Pascendi et il y a ceux qui sont contre, c’est tout simple.
Ce rappel aurait permis de comprendre les passages du livre où l’auteur signale, sans donner vraiment de causes, les deux guerres mondiales, la décolonisation (p. 83) et la décadence de la France (p. 86), l’esprit moderne (p. 91), les évêques qui virent de bord à Vatican II (p. 99).
L’opération survie, avec les péripéties précédentes des discussions romaines, est bien racontée dans le chapitre 19, mais le chapitre 20 commence :
Le sacre des évêques provoque quelques r éactions. Plusieurs membres de la Fraternité Saint-Pie X décident de quitter l’œuvre.
C’est exact, cependant rien n’est rapporté de Jean-Paul II qui déclare Monseigneur excommunié, ce qui n’est quand même pas un fait banal ! Or c’est là que réside, encore aujourd’hui, la ligne de partage entre ceux que Monseigneur appelait les « ralliés » (explicitement ou implicitement) et les vrais « traditionalistes ». Monseigneur était fier d’être excommunié de l’Église conciliaire et par l’Église conciliaire, c’est-à-dire qu’elle-même déclarât ne pas reconnaître Mgr Lefebvre comme un des siens. Notons qu’à la même époque la République maçonnique avait intenté un procès à Mgr Lefebvre parce qu’il avait dit la vérité sur l’islam.
Le 11 février 1991, dans sa dernier conférence spirituelle à Écône (un mois avant de rendre son âme à Dieu), Mgr Lefebvre précisait, ce qui demeure, hélas ! d’une brûlante actualité :
Je voulais aussi conclure les deux conférences que je vous ai faites pour la récollection, parce que je vous avais donc exposé que bien des évêques et des prêtres, même avant le Concile, avaient déjà une foi bien diminuée ; mais je crois que, maintenant, ce n’est pas une foi diminuée qu’ils ont : ils n’ont plus la foi dans le surnaturel, dans la grâce, mais ils ont vraiment une autre religion ; maintenant, ils ont d’autres principes.
Tandis qu’avant le Concile, c’était la perte tout simplement de la foi, de la foi surnaturelle ; ils employaient des moyens purement humains, ils en étaient venus à des expédients naturels et humains ; mais, maintenant, ils sont dirigés par d’autres principes, par, vraiment, une autre religion, absolument. Et ça, c’est beaucoup plus grave encore, parce que, là où la foi diminue, on peut espérer qu’on puisse la faire revivre, lui redonner vie, mais quand on remplace la religion par une autre religion, alors c’est beaucoup plus grave, ça a des conséquences considérables. Et c’est à cela que nous assistons actuellement.
Oui, l’abbé Knittel a bien raison de surnommer Mgr Lefebvre « Le lion des Flandres », car sa voix n’a pas retenti seulement huit kilomètres alentour, comme pour le roi des animaux, selon les zoologistes, mais sur la terre entière. Et aujourd’hui, elle retentit encore à l’oreille de tous ceux qui veulent bien entendre.
Un appréciable cahier central de photographies occupe seize pages au centre du livre.
Dominicus
Abbé Benoît Knittel, Le Lion des Flandres, Clovis, 2017, 160 p., 12 €.

