Richesses de l’Apocalypse (VIII)
La Jérusalem céleste
(Apocalypse 20, 11 – 22, 21)
par le frère Emmanuel-Marie O.P.
Voici le huitième et dernier article de notre étude consacrée à l’Apocalypse de l’apôtre saint Jean [1].
Dans la vision précédente (chap. 17 à 20), saint Jean a décrit la triple victoire du Christ sur Babylone – la cité du mal –, sur les Bêtes – figures de l’Antéchrist – et sur le Dragon – symbole du Diable. Le point final est désormais mis aux luttes de l’Église contre ses ennemis et à toutes les agitations terrestres. L’opposition au règne de Dieu et de l’Agneau est définitivement vaincue. Il reste au voyant à nous présenter le jugement général (20, 11 à 21, 8), par lequel Dieu va assigner à chacun, pour l’éternité, le sort que lui ont mérité ses œuvres. Puis l’apôtre nous montrera la Jérusalem nouvelle, fiancée de l’Agneau, image de l’Église dans le temps et dans l’éternité (21, 9-22, 6).
Le Sel de la terre.
Le jugement général (Ap 20, 11 – 21, 8)
Dans un récit d’une grande sobriété, qui contraste avec la prolixité de la littérature apocalyptique juive, saint Jean nous dévoile sa vision qui porte sur trois réalités :
– le jugement général (20, 11-13) ;
– l’enfer, qu’il évoque rapidement (20, 14-15) ;
– le ciel, sur lequel il s’attarde au contraire avec complaisance (21, 1-4).
Après cela, il clôt cette partie par un bref épilogue qui conclut toute la section prophétique commencée avec le chapitre 12 (21, 5-8).
Le grand jugement (20, 11-13)
Ce jugement a déjà été présenté par avance dans la vision de la moisson et de la vendange, au chapitre 14 (versets 14 à 20). Saint Jean nous en montre ici la réalisation. C’est la phase suprême de la victoire du Christ.
Et je vis un grand trône blanc et celui qui y était assis ; devant sa face la terre et le ciel s’enfuirent et il ne se trouva plus de place pour eux. [Ap 20, 11.]
Le juge assis sur le trône n’est pas nommé. Cependant, par le chapitre 14, nous savons qu’il s’agit du « Fils de l’homme ». Son trône est grand et blanc, comme en 14, 14, où le Fils de l’homme armé de sa faucille tranchante était assis « sur une nuée blanche ». La couleur blanche figure la miséricorde de Dieu jamais séparée de sa justice, ou bien l’éclat de sa sainteté et de sa gloire en face du monde matériel qui s’évanouit devant lui.
Car le ciel et la terre « prennent la fuite » et « il ne se trouve plus de place pour eux [2] ». Jésus, dans l’Évangile, avait prédit que « le ciel et la terre passeraient » (Mc 13, 31), ce qui ne signifie pas qu’ils doivent être anéantis purement et simplement, mais qu’ils seront transformés et renouvelés, comme il est dit plus loin au chapitre 21. Les vieux cieux et la vieille terre cèdent la place à un ciel nouveau et à une terre nouvelle, parce qu’avec le jugement dernier le temps et l’histoire s’arrêtent.
Et je vis les morts, grands et petits, debout devant le trône. Des livres furent ouverts ; on ouvrit encore un autre livre, qui est le livre de la vie ; et les morts furent jugés d’après ce qui était écrit dans ces livres, selon leurs œuvres. La mer rendit ses morts ; la Mort et l’Enfer rendirent les leurs ; et ils furent jugés chacun selon ses œuvres. [Ap 20, 12-13.]
Le jugement général est précédé d’une résurrection universelle, ce qui prouve que la première résurrection (dont il était question en 20, 5) était bien à entendre dans le sens d’une résurrection spirituelle [3]. Tous les morts sans exception, ayant repris leur corps (la mer elle-même rend ses morts), se tiennent devant le trône, attendant d’être jugés. Les livres qui sont ouverts sont ceux qui contiennent, consignées jour après jour, minute après minute, le décompte des « œuvres » (ta; e[rga) que les morts ont accomplies au cours de leur vie et sur lesquelles ils vont être jugés. Le mot à mot dit exactement : « les morts furent triés » (ejkrivqhsan) ; c’est exactement ce que Notre-Seigneur a décrit à ses disciples dans le discours rapporté par saint Matthieu : « Devant lui seront rassemblés toutes les nations et il séparera les uns d’avec les autres, comme le pasteur sépare les brebis des boucs » (Mt 25, 32). L’autre livre, le « livre de vie », est le registre qui contient la liste des élus (il a déjà été mentionné en 3, 5 ; 13, 17 et 17, 8). Enfin, on notera que la Mort et l’Enfer sont personnifiés. Peut-être « la Mort » désigne-t-elle ici non pas la mort physique mais l’auteur de la mort, le Diable, et « l’Hadès », l’enfer proprement dit. En ce cas, nous avons dans ce verset une attestation de la résurrection des damnés.
L’enfer (20, 14-15)
Saint Jean décrit brièvement le sort des réprouvés, en deux petits versets, alors qu’il va s’attarder avec enthousiasme sur le bonheur des élus. Ce contraste est révélateur de l’esprit qui a marqué le livre entier. L’Apocalypse – nous avons pu le constater à maintes reprises – est avant tout une œuvre de consolation et d’encouragement qui met l’accent sur le triomphe du Christ, de l’Église et des saints, dans les luttes qui les opposent ici-bas aux ennemis de Dieu.
Et la Mort et l’Enfer furent jetés dans l’étang de feu : [cette mort] est la seconde mort, l’étang de feu. Quiconque ne fut pas trouvé inscrit dans le livre de la vie fut jeté dans l’étang de feu. [Ap 20, 14-15.]
La Mort – c’est-à-dire le Diable, ou la première mort, la mort corporelle –, et l’Enfer rejoignent les Bêtes et le Dragon dans « l’étang de feu » (voir 19, 20 et 20, 9). Cet « étang de feu » est la figure de « la seconde mort », la mort éternelle ou damnation. « Le châtiment de ces deux êtres allégoriques [Mort et Enfer], explique le père Allo, ne peut signifier que la ruine de leur pouvoir sur la création restaurée [4]. »
Cette mort de la mort est également affirmée en termes vigoureux par saint Paul :
Puis ce sera la fin, lorsqu’il [le Christ] remettra la royauté à Dieu le Père, après avoir détruit toute Principauté, Domination et Puissance [toutes les puissances hostiles au règne de Dieu]. Car il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait placé tous ses ennemis sous ses pieds. Le dernier ennemi qui sera détruit, c’est la mort. [1 Co 15, 24-26.]
Et, plus loin, l’Apôtre dit encore : « Ainsi s’accomplira la parole de l’Écriture [Is 25, 8] : La mort a été engloutie dans la victoire. Où est-elle, ô mort, ta victoire ? Où est-il, ô mort, ton aiguillon ? » (1 Co 15, 54b-55).
Alors, « quiconque n’a pas été trouvé inscrit dans le livre de vie », c’est-à-dire tous ceux qui, s’étant laissés séduire, seront restés sous la dépendance du Diable, seront jetés dans l’abîme de feu, l’enfer éternel [5].
La palingénésie et la béatitude des élus (21, 1-4)
Après l’enfer, vient le second membre de l’antithèse : la vie bienheureuse des élus dans la création restaurée.
Et je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle ; car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n’est plus. [Ap 21, 1.]
Proche de son terme, l’Apocalypse prend un ton d’allégresse, que quelques allusions ont permis d’entrevoir dans les chapitres précédents [6]. L’objet de cette joie, c’est le ciel dont la contemplation va retenir le voyant jusqu’à la fin du livre, notamment à travers la description de la Jérusalem céleste dont le présent passage sert en quelque sorte d’introduction.
– La palingénésie (v. 1)
Le mot « nouveau » – employé quatre fois dans les deux premiers versets de ce chapitre –, désigne une transformation, une transfiguration qui n’a pas de précédent et qui est définitive. Elle est appliquée d’abord à la création.
La première création, théâtre sur lequel s’est déployé le péché et ses suites, doit connaître lors de la Parousie un renouvellement, une « palingénésie [7] », pour s’accorder à l’humanité glorieuse. On en trouve déjà l’annonce dans Isaïe : « Car, [dit Dieu,] je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle et on ne se souviendra plus du passé, qui ne remontera plus au cœur » (Is 65, 17) [8]. Saint Pierre s’en fait lui aussi l’écho dans sa 2e épître : « Ce sont de nouveaux cieux et une terre nouvelle que nous attendons selon sa promesse, où la justice habitera » (2 P 3, 13). Dans le nouveau Testament, cette régénération est parfois montrée comme déjà commencée ici-bas, sous l’empire de la grâce, mais selon un mode spirituel et appliquée à l’homme : « Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là » (2 Co 5, 17). Mais c’est l’épître aux Romains qui donne la signification profonde de cette « palingénésie ». La création doit être délivrée du règne de la corruption et de l’instabilité, qui sont la conséquence du péché de l’homme :
La création attend en effet avec impatience cette révélation des enfants de Dieu. Assujettie à la vanité, non de son plein gré, mais par l’autorité de Celui qui l’y a assujettie, elle a néanmoins gardé l’espérance ; car la création, elle aussi, doit être affranchie de l’esclavage de la corruption pour connaître la glorieuse liberté des enfants de Dieu. Nous savons en effet que présentement encore la création tout entière gémit dans les douleurs de l’enfantement. [Rm 8, 19-22.]
Dans ces quelques lignes, par une hardie prosopopée, saint Paul décrit la création entière (creatura, hJ ktivsi", c’est-à-dire la nature privée de raison, distinguée de l’homme) attendant avec anxiété (ajpokaradokiva [9]) l’heure de la glorification de l’homme. C’est que, jadis, elle a été, contre son gré, par un mystérieux dessein de la Providence, soumise à la « vanité ». Que faut-il entendre par cette vanité (mataiovth~) ? Les exégètes en discutent : est-ce la simple mutabilité des choses (au sens philosophique du mot) ou le désordre provoqué par le péché de l’homme qui affecte la création sensible elle-même (la corruption, la souffrance, la maladie), autrement dit la malédiction qui pèse sur toute la création depuis la chute d’Adam et qui est pour la nature une « souffrance » et un esclavage ? Cependant, cet asservissement n’est pas sans espoir d’une délivrance : la création « espère » sortir de la servitude de la corruption – c’est-à-dire de cette servitude qui consiste à être maudite à cause de l’homme pécheur –, pour participer en une certaine manière à la glorification de l’humanité régénérée [10]. « Ne cherchons toutefois dans cette hypotypose que ce que l’Apôtre a voulu y mettre, précise le père Prat. Il ne parle nulle part d’une rénovation physique de la nature [11] », encore moins d’une spiritualisation plus ou moins panthéistique rêvée par la fantaisie de quelques gnostiques et en contradiction ouverte avec le dogme catholique.
Dans cette re-création de l’univers ancien, « la mer n’est plus », parce qu’elle était l’image du monde mouvant et des agitations de la vie terrestre. Tout ce qui était lié au mouvement est devenu stable et définitif.
– La « descente » de la Jérusalem nouvelle (v. 2)
Et je vis descendre du ciel, d’auprès de Dieu, la Ville sainte, Jérusalem nouvelle, apprêtée comme une nouvelle mariée parée pour son époux. [21, 2.]
Cette « Jérusalem nouvelle » représente l’Église, la société des âmes régénérées, considérée ici sous son aspect glorieux et éternel. Elle est appelée « la ville, la sainte », avec répétition de l’article, comme pour dire qu’elle est indéfectiblement sainte, non seulement en elle-même, par sa nature même, mais également dans tous ses membres puisqu’au ciel il n’y a que des saints.
Sans doute, cette Jérusalem spirituelle existait déjà sur terre, sous son état « pérégrinant », car l’Église est unique et c’est la même qui existe dans le temps et dans l’éternité, mais saint Jean la voit ici dans sa gloire et sous son état triomphant. Pourquoi dit-il alors qu’elle descend du ciel et non pas qu’elle y monte ? Les mots « Je vis descendre du ciel, d’auprès de Dieu », explique Bossuet, veulent dire,
dans le sens mystique, que l’Église qui est dans le ciel est la même que celle qui est sur la terre ; [mais] que c’est du ciel que nous sommes citoyens, et que c’est de là que descendent toutes nos lumières et nos grâces [12].
Dans le même sens, Dom de Monléon écrit :
Elle descend du ciel parce qu’elle reconnaît et confesse humblement que tout ce qu’elle a de mérites, de victoires, de vertus, elle le tient d’en haut. C’est de Dieu qu’elle a reçu toute sa beauté, tout son éclat [13].
En d’autres termes, elle descend du ciel parce que là est son origine et sa fin. Elle est plus du ciel que de la terre, plus divine qu’humaine. Il n’est donc en aucun cas question d’une nouvelle Jérusalem terrestre, descendue du ciel pour être le siège du règne millénaire du Christ avec les saints ressuscités, en attendant la Parousie, comme l’ont cru les millénaristes influencés par les fables judaïques [14].
La Jérusalem nouvelle est « apprêtée [déjà en 19, 7] comme une fiancée parée pour son époux ». On passe de l’image de la ville à celle de l’épouse (plus loin, ce sera l’inverse), mais les deux se mêlent parfaitement : habitation spirituelle des bienheureux en tant que ville, elle s’identifie avec ceux qui l’habitent en tant qu’épouse [15]. Au reste, elle est la même que la Femme-Mère du chapitre 12, mais envisagée sous un autre aspect, car l’Église est à la fois l’épouse mystique de Jésus-Christ et la mère des âmes régénérées, dont Jésus-Christ est le premier-né.
– La béatitude des élus (v. 3-4)
Et j’entendis une voix forte venant du trône qui disait : « Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes : il dressera sa tente avec eux, et eux, ils seront son peuple ; et lui, il sera Dieu-avec-eux, leur Dieu. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses s’en sont allées. » [21, 3-4.]
Pour expliquer le sens de la vision, une voix forte sortie du trône de Dieu [16] – la voix de l’un des anges qui se tiennent en face de Dieu ? – se fait entendre.
La Jérusalem nouvelle, c’est la demeure définitive des élus et de Dieu avec eux. Au ciel, le « tabernacle de Dieu », ce sera Dieu lui-même, habitant au milieu des bienheureux, sous une même « tente » (skhnhv). Cette tente n’est plus celle du Témoignage de l’ancien Testament qui abritait et voilait en même temps la shékinah, la présence de Dieu parmi son peuple (voir Ez 37, 27 ; Jr 31, 33 ; Za 8, 8, etc.) ; c’est la tente de l’Alliance définitive, c’est « Dieu-avec-eux », personnellement, substantiellement présent à chacun des élus [17]. Ceux-ci verront l’essence de Dieu sans intermédiaire et n’en seront plus jamais séparés, « ils seront – intimement, définitivement – son peuple [18], et lui sera leur Dieu », dans une union d’amour et de connaissance indicible.
En conséquence, leur joie et leur paix seront parfaites. Il n’y aura plus ni mort, ni deuil, ni larmes, ni douleur (les termes sont inspirés d’Isaïe 25, 8 ; 35, 10 ; 65, 16-19), car « les choses premières », c’est-à-dire les conditions antérieures de l’existence humaine, « s’en sont allées ».
Épilogue (21, 5-8)
Dieu prend alors lui-même la parole pour trois déclarations solennelles qui mettent un sceau définitif à la section commencée au chapitre 12, c’est-à-dire à la révélation des combats victorieux menés par l’Église contre ses ennemis au cours de son histoire :
– La première (v. 5a) résume l’œuvre de re-création dont il vient d’être question : « Voici que je fais toutes choses nouvelles » dit Dieu. Le mot « faire » (poiw`) est à prendre au sens fort : c’est le Créateur qui parle. Il dit et il fait ; sa parole est efficace et s’accomplit infailliblement. Et si la première création était temporelle et transitoire, celle que Dieu « fait » maintenant est « nouvelle », c’est-à-dire éternelle et définitive.
– La deuxième déclaration s’adresse au voyant ; elle atteste pour les lecteurs de son livre la vérité de ses visions : « Écris que ces paroles sont très fidèles et véridiques » (v. 5b).
– En troisième lieu, Dieu déclare que son plan de salut est accompli : « C’est fait ! [19] » (v. 6a). C’est l’écho du « consumatum est » prononcé par Jésus sur la croix. Et pour que nous ayons la certitude qu’il en est bien ainsi, le Seigneur fait appel à l’autorité que lui donnent le caractère éternel et absolu de son être : « Je suis l’Alpha et l’Oméga, le principe et la fin [20] » – le principe d’où sortent toutes choses et la fin vers laquelle elles tendent. Aussi bien, tout ce qu’il décrète s’exécute-t-il nécessairement, de la première à la dernière lettre. Et cela vaut tout spécialement pour ce qui regarde le bonheur des élus et le châtiment des réprouvés :
A celui qui a soif, moi, je donnerai gratuitement (dwreavn) de la source de l’eau de la vie. Celui qui vaincra héritera de ces choses ; je serai son Dieu et il sera mon fils.
Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les magiciens, les idolâtres et tous les menteurs, leur part est dans l’étang ardent de feu et de soufre : c’est la seconde mort. [Ap 21, 6b-8.]
Ces promesses et ces malédictions transcendent le temps. Elles ont déjà un accomplissement partiel en ce monde. Ainsi, l’offre gratuite (dwreavn) de l’eau vive de la grâce [21] est-elle faite à tous les « assoiffés » d’ici-bas, mais il n’y a que ceux qui auront vaincu dans les combats spirituels livrés sur terre qui hériteront effectivement de la vie éternelle et jouiront pleinement de leur qualité de fils de Dieu [22].
En revanche, les lâches (deiloiv) qui auront renié le Christ dans les persécutions de la Bête, les infidèles (a[pistoi) qui auront rejeté la foi, les « abominables » (ejbdelugmevnoi) qui auront pratiqué les vices monstrueux des païens, les meurtriers (foneiv~), les fornicateurs (povrnoi), les empoisonneurs (ou les magiciens, farmakoiv), les idolâtres (eijdwlolavtrai) et tous les menteurs (yeudei`~) seront précipités dans l’enfer : pour eux, ce sera « la seconde mort », la damnation éternelle.
La Jérusalem nouvelle (Ap 21, 9 – 22, 5)
Jusqu’à présent, sous les traits de la Femme couronnée d’étoiles du chapitre 12, c’est l’Église historique qui nous est surtout apparue ; l’Église en butte à la persécution, qui combat ses ennemis avec l’aide du ciel, qui triomphe du démon et de ses suppôts, et remplit le ciel de ses enfants.
Dans cette dernière partie du livre, il est à nouveau question de l’Église, mais cette fois sous la figure de la « Jérusalem nouvelle ». Par le procédé des emboîtements cher à saint Jean, elle nous a déjà été présentée au début de ce chapitre 21, et le contexte a montré alors qu’il s’agissait de l’Église triomphante, la cité du ciel, le séjour des élus.
Est-ce à dire que la description de la Jérusalem nouvelle qui va se poursuivre maintenant (21, 9 à 22, 5) n’est que le prolongement du thème évoqué dans les versets précédents et ne concerne donc que l’Église glorieuse du ciel ?
A cette question, beaucoup d’anciens commentateurs ont répondu par l’affirmative [23] : dans la relation pleine de poésie de cette ultime vision, saint Jean manifesterait complètement les splendeurs de la cité céleste qu’il n’avait fait qu’entrevoir de manière rapide.
Pourtant, à moins de forcer le sens de plusieurs expressions, certains traits de l’allégorie ne paraissent pas pouvoir se rapporter à la seule vie glorieuse du ciel. C’est notamment le cas du verset 24 du chapitre 21 (« Les nations marcheront à sa lumière et les rois de la terre y apporteront leur gloire ») et du verset 2 du chapitre 22 (« …et les feuilles de l’arbre [de vie] sont pour la guérison des nations »). Ces paroles, note Bossuet, « semblent marquer l’Église présente ; mais c’est que c’est la même. Les remèdes dont se sert l’Église qui est sur la terre viennent d’en haut, et toute la gloire que les gentils convertis y apportent est transportée dans le ciel [24] ». La remarque est pertinente. L’Église militante et l’Église triomphante sont en effet unies, elles ne forment qu’une seule et unique Église sous deux états différents et la seconde n’est que l’épanouissement de la première.
C’est pourquoi le père Allo, à la suite de plusieurs auteurs anciens et modernes, préfère voir dans cette page une vision synthétique et transcendante de la sainte Église, embrassant à la fois le temps et l’éternité, une description symbolique de l’Église prise dans son intégralité, Épouse immaculée de l’Agneau divin, dégagée toutefois des ombres et des luttes qui ne convenaient qu’à sa phase militante.
Et comme une chose n’est bien connue qu’à travers son état achevé et parfait, c’est le stade définitif de l’Église telle qu’elle est au ciel que saint Jean dépeint principalement. Au reste, les deux états, céleste et terrestre, étant fondus dans la même vision, la ligne qui les sépare n’est jamais clairement indiquée ; tout au plus, un trait, un membre de phrase ici ou là s’applique-t-il exclusivement soit au ciel, soit à la vie terrestre, parfois même aux deux sous des aspects différents. Pour le discerner, la distinction des temps verbaux peut servir d’indice.
Il convient de noter que, sous le voile des figures et la fraîcheur de la poésie, l’enseignement dogmatique est partout présent. Notamment, les quatre notes de la sainte Église sont clairement suggérées : son unité, sa sainteté, sa catholicité et son apostolicité.
On peut diviser ainsi cette vision :
1) Un ange montre à saint Jean la Jérusalem nouvelle (21, 9-10).
2) Description de cette Jérusalem : sa gloire due à la présence de Dieu en son sein ; sa structure extérieure, symbole de sa catholicité et de son apostolicité ; ses dimensions, figure de son unité ; les matériaux qui la composent, image de sa sainteté et de la béatitude qui la remplit ; la présence « visible » de Dieu et de l’Agneau (21, 11-23).
3) Ce que Jérusalem est pour ses habitants : d’abord, dans la vie présente, puis dans la vie future (21, 24 – 22, 5).
Un ange montre à saint Jean la Jérusalem nouvelle (21, 9-10)
Alors l’un des sept anges qui tenaient les sept coupes pleines des sept dernières plaies, vint me parler et me dit : « Viens, je te montrerai la Fiancée, l’Épouse de l’Agneau. » Et il me transporta en esprit sur une grande et haute montagne, et il me montra la ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel d’auprès de Dieu. [Ap 21, 9-10.]
La mise en scène et la formulation sont exactement les mêmes qu’au début du chapitre 17 (« Viens, et je te montrerai… »), et l’ange qui invite saint Jean à venir voir la Fiancée est sans doute le même qui lui avait alors montré la ruine de la grande prostituée. Car la Fiancée est l’antithèse absolue de la courtisane. Celle-ci était mondaine et impie (« assise sur de grandes eaux ») ; celle-là est céleste et vierge. Ce sont les deux cités décrites par saint Augustin.
Jérusalem est appelée « fiancée » et « épouse », pour exprimer la pureté virginale et perpétuelle de l’Église, à la fois vierge et mère, à l’image de la Vierge Marie. L’union mystique du Verbe avec l’Église confère à celle-ci la gloire de la maternité spirituelle – elle enfante les âmes à la grâce et à la gloire – sans lui enlever pour autant le privilège de la virginité.
Jean avait vu la grande prostituée dans un désert affreux et une terre inculte (17, 3) ; il contemple maintenant l’Épouse sur une montagne élevée. Cette haute montagne symbolise non seulement l’élévation de la vision dont il va être question, mais insinue également que la Jérusalem céleste est comme l’acropole de la création régénérée, attirant tous les hommes à elle. Déjà Isaïe l’avait prophétisé :
Il adviendra dans l’avenir que le mont du Temple de Yahvé sera établi au sommet des montagnes et s’élèvera plus haut que les collines ; et toutes les nations y afflueront, des peuples nombreux s’y rendront et diront : « Venez, montons à la montagne de Yahvé… » [Is 2, 2-3a [25].]
Et Jésus lui-même n’a-t-il pas dit, dans le sermon sur la montagne : « Vous êtes la lumière du monde. Une ville ne peut être cachée si elle est bâtie sur une montagne » (Mt 5, 14) ?
Description de la Jérusalem nouvelle (21, 11-23)
Le voyant contemple alors les splendeurs de la nouvelle Jérusalem. Ces splendeurs sont multiples. Il décrit donc, tour à tour :
– Sa gloire due à la présence de Dieu (v. 11)
Elle avait la gloire de Dieu, et son éclat était semblable à celui d’une pierre précieuse, à une pierre de jaspe brillante comme du cristal. [v. 11.]
La Jérusalem céleste possède « la gloire de Dieu », c’est-à-dire la divine présence, comparée à l’étincellement d’une pierre précieuse. C’est cette présence qui constitue proprement le ciel et fait la béatitude des élus. Cependant, dès ici-bas, les âmes en état de grâce en jouissent de manière inchoative, puisque, avec le don de la grâce, la Trinité vient habiter en elles. Ces âmes reflètent donc aussi la gloire de Dieu, comme le dit magnifiquement saint Paul :
Et nous tous qui, le visage découvert, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, allant de gloire en gloire, comme par le Seigneur, qui est Esprit. [2 Co 3, 18.]
– La structure extérieure de la nouvelle Jérusalem (v. 12-14)
Elle a une grande et haute muraille, avec douze portes ; à ces portes sont douze anges, et des noms inscrits, ceux des douze tribus des fils d’Israël. Il y a trois portes à l’Orient, trois portes au Nord, trois portes au Midi et trois portes à l’Occident. La muraille de la ville a douze pierres fondamentales sur lesquelles sont douze noms, ceux des douze apôtres de l’Agneau. [v. 12-14.]
Toute cette description est inspirée de la vision de la Jérusalem restaurée d’Ézéchiel (voir notamment Ez 48, 30-35) ; mais la présentation de saint Jean est beaucoup plus riche de sens que son modèle.
Les douze portes portant les noms des douze tribus d’Israël et leur orientation aux quatre points cardinaux figurent l’universalité du nouvel Israël – « l’Israël de Dieu », comme l’appelle l’Apôtre (Ga 6, 16). C’est la note de catholicité qui est ainsi indiquée : l’Église se recrute dans toutes les nations et a reçu la mission d’enseigner tous les peuples (Mt 28, 19). D’autre part, les noms des douze apôtres sur les fondements de la muraille expriment son apostolicité. « Car vous êtes édifiés sur les fondations des Apôtres et des prophètes, et la pierre d’angle est le Christ Jésus lui-même », écrit saint Paul aux Éphésiens (Ep 2, 20).
– Les dimensions géométriques de la nouvelle Jérusalem (v. 15-17)
Et celui qui me parlait tenait une mesure, un roseau d’or, pour mesurer la ville, ses portes et sa muraille. La ville est quadrangulaire, et sa longueur est égale à sa largeur. Il mesura la ville avec son roseau : douze mille stades ; sa longueur, sa largeur et sa hauteur en sont égales. Et il mesura sa muraille : cent quarante-quatre coudées, mesure d’homme, qui est aussi mesure d’ange. [v. 15-17.]
« Tout est mesuré, tout est compté dans la Jérusalem céleste [26]. » Cette mesure par un ange montre que rien n’est inachevé, mouvant ou laissé au hasard dans la sainte Église : tout y est constant, agencé par la sagesse et la justice immuables de Dieu.
La ville repose sur une base carrée (tetravgwno~ kei`tai [27]), qui « signifie la stabilité et la consistance » (Bossuet). Ce carré est de proportions gigantesques [28] (12 000 stades font 2 200 km de côté [29]) et puisque la hauteur de la ville est égale à ses côtés, elle a la forme d’un cube [30], comme l’était le Saint des saints de l’ancien Temple (1 R 6, 19). Ses murailles ont 144 coudées d’élévation (ou d’épaisseur ?), ce qui donne, selon la coudée employée, entre 65 et 75 m.
Ces divers nombres, à la fois prodigieux et disproportionnés entre eux, sont évidemment symboliques. Nous y retrouvons la combinaison de trois chiffres parfaits, symboles de plénitude : le 3, le 12 et 1000. L’union de la figure géométrique du cube et de ces dimensions symboliques manifeste l’unité, la cohésion interne et la parfaite stabilité de la sainte Église.
Quant à la formule « mesure d’homme qui est aussi mesure d’ange », elle est énigmatique. Peut-être signifie-t-elle simplement que les mesures données l’ont été selon des calculs humains, quoique réalisées par un ange, ou bien qu’au ciel, il n’y a plus de véritable différence entre les hommes et les anges (Mt 22, 30 : « A la résurrection, on est comme des anges dans le ciel »).
– Les matériaux qui composent la Jérusalem nouvelle (v. 18-21)
La cité forme un bloc d’or pur entouré d’une muraille couleur de jaspe et posé sur des assises constituées ou revêtues de pierres précieuses de couleurs variées et chatoyantes [31]. Ses portes sont autant de perles et ses places (ou ses rues) sont d’or pur, transparent comme du verre. « L’harmonie de ces couleurs, où la grâce et l’opulence se mêlent, leur ensemble lumineux, gai et tendre, n’éveille que des idées de joie, de fraîcheur, de repos », commente le père Allo [32]. Cette incomparable variété de nuances et de richesses pourrait représenter, comme l’a bien vu Bossuet, « les dons divers que Dieu a mis dans ses élus et les divers degrés de gloire que saint Paul explique d’une autre façon par la comparaison des étoiles [33] ». C’est l’image de la sainteté multiforme et rayonnante de l’Église, qui brille au ciel, mais règne aussi sur terre.
– La présence personnelle et visible de Dieu et de l’Agneau (v. 22-23)
Ces deux versets, par contre, s’appliquent exclusivement à l’Église triomphante. Dans la Jérusalem nouvelle, le temple avec son autel a disparu, parce qu’au ciel, Dieu et l’Agneau en tiennent lieu : « le Seigneur Dieu tout-puissant en est le temple, ainsi que l’Agneau » (v. 22). La présence divine n’est plus cachée comme ici-bas et les élus jouissent de la vision immédiate de la Sainte Trinité. Comme l’explique saint Paul : « A présent, nous voyons comme dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. A présent, je connais d’une manière partielle ; mais alors je connaîtrai comme je suis connu » (1 Co 13, 12).
Pour la même raison, la lumière des astres – soleil et lune – est devenue inutile, « car la gloire de Dieu illumine la Ville, et l’Agneau est son flambeau [34] » (v. 23). On remarquera la manière dont le nom de l’Agneau est chaque fois associé à celui de Dieu et mis sur un pied d’égalité avec lui.
Ce qu’est la Jérusalem nouvelle pour ses habitants (21, 24 – 22, 5)
Cité du ciel, la Sion mystique est aussi de la terre : les élus et les fidèles ne forment qu’une seule société surnaturelle. Saint Jean va donc montrer les magnificences qu’elle offre aux fidèles dans le siècle présent, et la récompense qu’elle promet aux élus dans le siècle futur.
– Dans la vie présente : la lumière des nations (21, 24-27)
Longtemps avant la venue de Notre-Seigneur, Isaïe avait annoncé que Jérusalem restaurée attirerait les nations par sa lumière [35]. Reprenant les expressions de l’ancien prophète, saint Jean montre les peuples de la terre marchant vers l’Église pour lui offrir le tribut de leur foi et tout ce qu’ils ont de plus beau :
Les nations marcheront à sa lumière, et les rois de la terre y apporteront leur gloire [et leur honneur [36]]. Ses portes ne seront point fermées de [tout le] jour [c’est-à-dire jamais], car il n’y aura point de nuit. On y apportera ce que les nations ont de plus magnifique et de plus précieux ; et il n’y entrera rien de souillé, aucun artisan d’abomination et de mensonge, mais ceux-là seulement qui sont inscrits dans le livre de vie de l’Agneau. [Ap 21, 24-27.]
Les portes largement ouvertes de la cité, invitant peuples et rois à entrer, sont la marque de sa catholicité. Et comme saint Jean envisage l’histoire de cette Jérusalem, en ce monde et dans l’autre, comme un tout continu, son regard s’étend jusque dans l’éternité où « il n’y a plus de nuit », parce qu’alors la lumière aura parfaitement chassé les ténèbres de l’erreur et du péché.
Mais si l’Église est catholique et missionnaire [37], elle est également absolument sainte et pure. Certes, ici-bas, par un effet de la miséricorde divine, le bon grain qui pousse en elle reste temporairement mêlé d’ivraie et le filet est rempli de bons et de mauvais poissons [38], mais après la Parousie, « il n’y entrera plus rien de souillé » car ceux qui ne sont pas « inscrits au livre de vie de l’Agneau » ne sont pas destinés à demeurer en son sein. A ceux-là s’applique cette parole de saint Jean : « Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas des nôtres ; car s’ils avaient été des nôtres, ils seraient restés avec nous » (1 Jn 2, 19).
– La communication de la vie divine (22, 1-2)
Puis il me montra un fleuve d’eau de [la] vie, éclatant comme du cristal, jaillissant du trône de Dieu et de l’Agneau. Au milieu de la place [rue] de la ville et de part et d’autre du fleuve, des arbres de vie, donnant des fruits douze fois, à chaque mois rendant son fruit, et dont les feuilles sont pour la guérison des nations. [Ap 22, 1-2.]
Cette présence d’un fleuve d’eau vive et d’un arbre (ou d’un bois) de vie dans la cité céleste rappelle les quatre fleuves qui irriguaient le paradis terrestre et l’arbre de vie qui y était planté [39]. Dans la vision d’Ézéchiel, on trouve également un fleuve de vie bordé d’arbres fruitiers qui coule depuis le Temple jusqu’à la mer Morte [40].
Les eaux que saint Jean voit sortir du trône de Dieu ont une signification plus riche. C’est l’image de la vie divine communiquée à la Jérusalem nouvelle. Tous les commentateurs font le rapprochement avec le sacrement de baptême et la vie de la grâce. Pour André de Césarée, ces eaux vives représentent le baptême dans la vie présente et le Saint-Esprit dans la Jérusalem d’en haut. Car, dans l’œuvre de saint Jean, l’eau de la vie signifie à la fois le sacrement de la renaissance (« Nul s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit ne peut entrer dans le royaume de Dieu », Jn 3, 5) et le don du Saint-Esprit [41]. Ainsi donc, dans la cité de Dieu, règne la Trinité tout entière : le Père la pénètre toute de sa gloire, le Fils l’illumine de sa Vérité, le Saint-Esprit l’arrose et y fait naître la vie, dès ici-bas par le baptême, et pour l’éternité.
Quant à l’arbre de vie, il n’est plus unique comme dans le jardin d’Éden ; il s’est multiplié et forme des bosquets sur les deux rives du fleuve. Leurs fruits mûrissent toute l’année, c’est-à-dire pour toute la durée du temps et de l’éternité, et ses feuilles rendent la santé « aux nations ». Ces arbres de vie d’une fécondité extraordinaire pourraient « se rattacher au Verbe qui se donne en nourriture », commente le père Allo [42], « et les fruits être pris comme symbole de l’eucharistie », gage d’immortalité. Quant à la vertu guérissante des feuilles, on ne peut l’appliquer qu’à la vie présente ; ce pourrait être l’image de la pénitence : il faut en effet que les péchés soient remis pour s’approcher de la sainte Table.
– Dans la vie future : la vision béatifique et le règne éternel des élus (22, 3-5)
Les trois versets par lesquels s’achève la description de la Jérusalem nouvelle nous transportent pour de bon et définitivement dans le ciel :
Il n’y aura plus de malédiction ; le trône de Dieu et de l’Agneau sera dans la ville ; ses serviteurs l’adoreront, et ils verront sa face, et son nom sera sur leurs fronts. Il n’y aura plus de nuit, et ils n’auront besoin ni de la lumière de la lampe, ni de la lumière du soleil, parce que le Seigneur Dieu les illuminera ; et ils régneront dans les siècles des siècles. [Ap 22, 3-5.]
Les commentateurs comprennent diversement le premier membre du verset 3 : saint Jean veut-il dire qu’il n’y aura plus d’« anathème [43] », c’est-à-dire d’exclusion possible pour les élus du ciel ? Les anciens voyaient plutôt dans le mot katavqema l’idée de malédiction. En effet, la Genèse (2, 17) dit que l’homme, ayant mangé le fruit défendu, devint mortel et que son âme mourut immédiatement. Et c’est pour l’arracher à cette malédiction du péché et de la mort que Jésus « s’est fait malédiction pour nous » (Ga 3, 13). On en conclut que le mot katavqema désigne probablement ici « l’état misérable du tombeau, symbole de la puissance de la mort et le contraire même de l’espérance et du salut [44] ». Cette malédiction du tombeau aura entièrement disparu au ciel.
Mais ce n’est là qu’un bienfait négatif. Le grand bienfait du ciel, c’est la vision béatifique indiquée par les mots : « ils verront la face de Dieu [45] ». Dieu donnera aux bienheureux la lumière de gloire (« le Seigneur Dieu les illuminera »), grâce à laquelle ils le contempleront dans une adoration (latreuvsousin) éternelle. « Et alors les saints règneront, non plus de cette royauté inaugurée sur terre et combattue par tant de rébellions intérieures et d’ennemis du dehors […], mais sans contradiction, sur tout l’univers, et cela d’éternité en éternité [46]. »
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Épilogue général (22, 6-21)
L’Apocalypse s’achève par des déclarations du Christ, de l’ange et de saint Jean, qui ont pour but d’authentifier la prophétie, d’attirer l’attention sur son importance et de dire l’usage qu’il faut en faire. Comme il est parfois malaisé de savoir qui parle, nous rangeons ces versets sous des titres qui les résument et nous les agrémentons de brefs commentaires.
– Triple attestation de l’ange, du Christ et de saint Jean (v. 6-9)
– Et il [l’ange] me dit : « Ces paroles sont certaines et véritables ; et le Seigneur, le Dieu des esprits des prophètes [c’est-à-dire le Dieu qui inspire les prophètes] a envoyé son ange pour montrer à ses serviteurs les choses qui doivent arriver bientôt. » [v. 6.]
– [Le Christ :] « Voici que je viens promptement. Heureux celui qui garde les paroles de la prophétie de ce livre ! » [v. 7.]
– [Saint Jean :] « C’est moi, Jean, qui ai entendu et vu ces choses. Et après les avoir entendues et vues, je tombai pour me prosterner aux pieds de l’ange qui me montrait ces choses. Mais il me dit : “Garde-toi de le faire ! Je suis ton compagnon de service, et celui de tes frères les prophètes, et de ceux qui gardent les paroles de ce livre. Adore Dieu !” » [v. 8-9.]
– Avertissement solennel du Christ (v. 10-16)
Saint Jean doit publier le livre, quel que soit l’accueil qu’on lui fera. Jésus, par son prophète, a averti tous les hommes : à chacun d’en profiter. L’indifférence ou l’hostilité des hommes ne changera rien au plan providentiel. La rétribution s’opérera de toute façon et chacun recevra la récompense due à ses œuvres. C’est le Dieu infiniment juste et éternel, l’Alpha et l’Omega, qui l’atteste !
Alors il [le Christ] me dit : « Ne scelle point les paroles de la prophétie de ce livre ; car le moment est proche ! Que celui qui est injuste fasse encore le mal ; que l’impur se souille encore ; que le juste pratique encore la justice, et que le saint se sanctifie encore. Et voici que je viens promptement, et ma rétribution est avec moi, pour rendre à chacun selon son œuvre. Je suis l’Alpha et l’Oméga, le premier et le dernier, le principe et la fin… » [Ap 22, 10-13.]
Se présentent en effet à l’homme deux voies : la voie du bien et celle du mal ; la voix du bonheur et celle du malheur. Heureux donc ceux qui purifient leur âme et se préparent à jouir de la béatitude éternelle ; mais malheur aux pécheurs impénitents qui refusent de se convertir :
« … Heureux ceux qui lavent leurs robes, afin d’avoir droit à l’arbre de la vie et d’entrer dans la ville par les portes ! Dehors les chiens [47], les magiciens, les impudiques, les meurtriers, les idolâtres, et quiconque aime le mensonge et s’y adonne ! C’est moi, Jésus, qui ai envoyé mon ange vous attester ces choses, pour les Églises. C’est moi qui suis le rejeton et le fils de David, l’étoile brillante du matin. » [Ap 22, 14-16.]
Bossuet profite de l’apostrophe adressée aux « chiens » pour faire ce beau développement :
C’est ici comme un anathème divin, pour exclure à jamais tous les pécheurs de cette sainte cité. […] Je ne sais, au reste, s’il se trouvera aucun endroit de l’Écriture où les terreurs soient mieux mêlées avec les consolations, qu’on les y voit dans ces deux derniers chapitres. Tout attire dans cette cité bienheureuse ; tout y est riche et éclatant : mais aussi tout y inspire de la frayeur, car on nous y marque encore plus de pureté que de richesse. On ne sait comment on osera marcher dans ces places d’un or si pur, transparent comme du cristal ; entrer dans ce lieu où tout brille de pierres précieuses, et seulement aborder de ces portes dont chacune est une perle : on tremble à cet aspect, et on ne voit que trop que tout ce qui est souillé n’en peut approcher. Mais, d’autre côté, on voit découler une fontaine qui nous purifie ; c’est la grâce et la pénitence (22, 1). On a le sang de Jésus-Christ, dont saint Jean venait de dire : Heureux celui qui lave son vêtement au sang de l’Agneau, afin qu’il ait droit à l’arbre de vie, et qu’il entre dans la ville par les portes ! (22, 14).
– Réponse de l’Épouse (v. 17)
Aux paroles du Christ, l’Épouse, c’est-à-dire l’Église qui souffre et soupire encore sur la terre, inspirée par l’Esprit, répond par une supplication pleine de foi et de saints désirs : « Venez ! » Adveniat regnum tuum ! Cette prière, c’est aussi celle des âmes fidèles, poussées par l’Esprit-Saint qui prie en elles et « intercède pour elles par des gémissements inénarrables » (Rm 8, 26).
Et l’Esprit et l’Épouse disent : « Venez ! » Que celui qui entend dise aussi : « Venez ! » Que celui qui a soif, vienne ! Que celui qui le désire, prenne de l’eau de la vie gratuitement ! [v. 17.]
– Recommandations de saint Jean au sujet de son livre (v. 18-19)
Puis, saint Jean, usant de son pouvoir de prophète et d’Apôtre, adjure le lecteur, s’il ne veut pas s’exposer à de graves châtiments, de respecter religieusement l’intégrité de son livre inspiré, « à cause de l’importance des prédictions et de la curiosité de l’esprit humain qui le porte à trop vouloir pénétrer dans l’avenir », note Bossuet [48].
Je déclare aussi à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre que, si quelqu’un y ajoute, Dieu le frappera des fléaux décrits dans ce livre ; et si quelqu’un retranche des paroles de ce livre prophétique, Dieu lui retranchera sa part de l’arbre de la vie et de la Cité sainte qui ont été décrits dans ce livre. [v. 18-19.]
– Dernière promesse, dernière supplication (v. 20-21)
Enfin, une ultime promesse résume tout le livre. Le Christ réaffirme, pour la septième fois : « Oui, je viens promptement ! » (v. 20). A cette promesse, le voyant et tous ceux qu’il représente répondent par la parole de la foi : « Amen ! », et par une dernière imploration : « Venez, Seigneur Jésus [49] ! » Bossuet commente :
L’âme fidèle ne cesse de l’inviter [le Christ] et de désirer son royaume. Admirable conclusion de l’Écriture, qui commence à la création du monde et finit à la consommation du règne de Dieu, qui est aussi appelé la nouvelle création.
Dieu fasse à tous ceux qui liront cette prophétie d’en répéter en silence les derniers versets et de goûter en leur cœur le plaisir d’être appelés de Jésus et de l ’appeler en secret [50].
L’apocalypse étant une lettre envoyée aux Églises asiates [51], saint Jean termine par la salutation d’usage : « Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous ! Amen ! »
[1] — Voir Le Sel de la terre nº 89, p. 96-116 ; nº90, p. 92-109 ; nº 91, p. 6-24 ; nº 92, p. 10-32 ; nº 94, p. 10-28 ; nº 98, p. 6-18 ; nº 102, p. 8-30.
[2] — La même expression était employée pour les anges rebelles défaits par saint Michel et ses anges : voir chap. 12, v. 8.
[3] — Voir les explications données dans l’article précédent : Le Sel de la terre 102, p. 25.
[4] — E. B. Allo, L’Apocalypse de saint Jean, Paris, Gabalda, 1933, p. 331.
[5] — La doctrine de la résurrection corporelle des damnés et de leur supplice éternel n’est pas propre à l’Apocalypse. On la trouve déjà attestée dans le livre de Daniel : « En ce temps-là […] un grand nombre de ceux qui dorment au pays de la poussière s’éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour l’opprobre, pour l’horreur éternelle » (Dn 12, 2). Dans le nouveau Testament, c’est saint Jean qui en donne la mention la plus explicite : « Elle vient, l’heure où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix [du Fils de l’homme] et sortiront : ceux qui auront fait le bien, pour une résurrection de vie, ceux qui auront fait le mal, pour une résurrection de damnation » (Jn 5, 28-29).
[6] — Ainsi, en 12, 12 : « C’est pourquoi, réjouissez-vous, cieux, et vous qui y demeurez ! » De même en 18, 20 : « Réjouis-toi, ô ciel, et vous aussi, les saints, les apôtres et les prophètes ; car, en jugeant [Babylone], Dieu vous a fait justice. »
[7] — C’est-à-dire une « nouvelle naissance » ou « régénération ». Voir Mt 19, 28 : « En vérité je vous le dis, à vous qui m’avez suivi : au jour de la régénération, quand le Fils de l’homme siègera sur son trône de gloire, vous siégerez vous aussi… »
[8] — Voir également Is 66, 22 et l’Épître à Barnabé (6, 13).
[9] — Ce terme sort bien affaibli de la traduction latine expectatio. Il est composé de kavra, la tête, dokevw, épier, ajpov de loin : la nature, la tête dressée, aux aguets, cherche à découvrir à l’horizon les premières lueurs du jour attendu.
[10] — Voir J. Renié, Manuel d’Écriture sainte, t. 6 : Les épîtres de saint Paul, Lyon, E. Vitte, 1948, p. 305. Saint Thomas commente : « Car, de même que le corps humain sera revêtu d’une forme glorieuse et surnaturelle, ainsi, dans cette gloire des fils de Dieu, toute la création sensible recevra comme une nouveauté de gloire, selon les paroles de l’Apocalypse : “Je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle” (Ap 21, 1) ; et en ce sens, la création sensible attend la révélation de la gloire des fils de Dieu. » (Commentaire de l’épître aux Romains, nº 660 dans l’édition Marietti).
[11] — R. P. Prat, La Théologie de saint Paul, Paris, Beauchesne, 1908-1912, t. 1, p. 286.
[12] — Bossuet, L’Apocalypse avec une explication (1689), explication du chap. 21, dans Œuvres complètes de Bossuet, Besançon/Paris, Outhenin-Chalandre, 1840, t. 2, p. 215.
[13] — Dom de Monléon, Le sens mystique de l’Apocalypse, Paris, NEL, 1984, p. 341.
[14] — Les apocryphes juifs affirmaient la préexistence, auprès de Dieu, de la ville de Jérusalem. Adam, Abraham, Moïse étaient censés l’avoir contemplée. Après la catastrophe de l’an 70, les rabbins prédirent la reviviscence de cette cité idéale décrite par eux avec un lyrisme inouï. Ils réinterprétèrent la vision d’Ézéchiel (chap. 40-48) dans le sens d’une Jérusalem rebâtie, descendant du ciel aux jours du Messie. Saint Jean renverse cette fiction : Jérusalem figure la cité céleste des âmes, la sainte Église transcendante, et c’est ainsi qu’il faut comprendre le symbolisme de sa description.
[15] — L’image de la fiancée ou de l’épouse domine ici, tandis que, plus loin, celle de la ville l’emportera. « Cette image [de l’épouse] est celle qui convient le mieux à l’époque de la palingénésie, pour rendre la jeunesse toujours nouvelle et l’éternel émerveillement de l’amour béatifiant, une vie d’amour qui, après des milliers de siècles, sera aussi fraîche que si elle venait de commencer. La maternité a ses douleurs, tandis que les fiançailles et les noces n’éveillent en soi, que des idées de joie. » (R.P. Allo, ibid., p. 335.)
[16] — Non pas le trône du juge (20, 11), mais de celui décrit au début du livre, en 4, 2.
[17] — Par l’incarnation déjà, l’Emmanuel (= Dieu-avec-nous) « a habité parmi nous » (mot à mot : « a dressé sa tente parmi nous ») et ses apôtres « ont vu sa gloire » (Jn 1, 14). Mais au ciel, l’union de Dieu avec les élus est inamissible, définitive et beaucoup plus intime.
[18] — Dans le grec, le mot est au pluriel : « ses peuples », non pour signifier qu’il y aurait plusieurs peuples de Dieu au ciel (transposition céleste de l’œcuménisme conciliaire…), mais pour marquer que l’assemblée des saints est composée de tous ceux, issus de toutes nations, que la rédemption a rassemblés en un seul peuple.
[19] — Le verbe grec est à la 3e personne du pluriel (gevgonan). Il faut donc sous-entendre un sujet pluriel et comprendre : « toutes les œuvres que Dieu avaient en vue sont accomplies ». De plus, le verbe est au parfait, comme si tout, même ce qui est encore à venir, était déjà réalisé, tant il est vrai que cet accomplissement est absolument certain.
[20] — Voir 1, 8.
[21] — Voir Is 55, 1 (« Vous tous qui avez soif, venez aux eaux… ») et l’épisode de la samaritaine dans l’Évangile de saint Jean (Jn 4, 13-15).
[22] — Sur ce thème, voir le chap. 8 de l’épître aux Romains, et notamment 8, 16-17 et 23 : « L’Esprit lui-même témoigne à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Enfants, donc héritiers ; héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ, s’il est vrai que nous souffrons avec lui pour être aussi glorifiés avec lui. […] Nous aussi, qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons en nous-mêmes dans l’attente de l’adoption, de la délivrance de notre corps. »
[23] — Voir, par exemple, Alcázar (Vestigatio sensus Apocalypsis, Anvers, 1619). Si ce dernier rapporte toute la description à la vie du ciel, c’est en réaction contre ceux qui, à tort, l’appliquaient entièrement à l’Église militante, comme les Joachimites et autres millénaristes qui voyaient dans la Jérusalem nouvelle la réalisation du millénium.
[24] — Bossuet, ibid., p. 218-219.
[25] — On retrouve mot pour mot cette prophétie en Mi 4, 1-3.
[26] — Bossuet, ibid., p. 216.
[27] — Dans la Rhétorique III, xi, 2, Aristote appelle l’homme bon tetravgwno~ (« carré ») parce qu’il possède les quatre vertus cardinales.
[28] — La plupart des commentateurs voient dans ces grandes dimensions une image du grand nombre des élus, considéré en soi et non pas relativement au nombre des réprouvés qui n’est connu que de Dieu seul.
[29] — A titre de comparaison, aux dires d’Hérodote, Babylone antique formait un carré de 120 stades de côté, soit 22 km, ce qui est déjà considérable.
[30] — Ou bien, comme le suggère le père Allo, d’une pyramide pentaédrique, dont la « silhouette rappellerait ainsi celle des monuments babyloniens bien connus » (Allo, ibid., p. 347).
[31] — L’idée d’une construction en pierres précieuses se trouve en Is 54, 11 et Tb 13, 16-17. Les pierres nommées ici sont presque les mêmes que celles du pectoral du grand prêtre (Ex 28, 17-20). Il y en a douze : le jaspe (vert), le saphir (bleu), la chalcédoine (rouge), l’émeraude (verte), le sardonyx (noir et blanc), la coraline (rouge), la chrysolithe (jaune), le béryl (vert), la topaze (or), la chrysoprase (vert et or), l’hyacinthe (rouge et or), l’améthyste (violette).
[32] — Ibid., p. 348.
[33] — Bossuet, ibid., p. 216-217. L’allusion à saint Paul désigne le passage de 1 Co 15, 41 où l’Apôtre, parlant des corps glorieux, dit : « Une étoile diffère en éclat d’une autre étoile. »
[34] — Dans Isaïe 60, 19, on lit déjà cette prédiction adressée à la Jérusalem nouvelle des temps messianiques : « Tu n’auras plus le soleil comme lumière, le jour, et la clarté de la lune ne t’illuminera plus. Mais Yahvé sera ta lumière éternelle et ton Dieu sera ta gloire. »
[35] — « Les nations marchent vers ta lumière et les rois vers ta clarté naissante. […] Et tes portes seront toujours ouvertes, jour et nuit elles ne seront pas fermées, afin de laisser entrer chez toi les trésors des nations et leurs rois pour les conduire » (Is 60, 3 et 11).
[36] — Le mot « honneur » est ajouté par la Vulgate.
[37] — Voir Lc 14, 23 : « Va-t-en par les chemins et le long des haies, et ceux que tu trouveras, presse-les d’entrer, afin que ma maison se remplisse. »
[38] — Voir Mt 13, 24-30 (la parabole du bon grain et de l’ivraie) et 13, 47-50 (la parabole du filet jeté dans la mer).
[39] — Voir Gn 2, 9 sq.
[40] — Ez 47, 1-12.
[41] — Voir Jn 7, 38 : « “Celui qui croit en moi, de son sein, comme dit l’Écriture, couleront des fleuves d’eau vive”. Il disait cela de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croient en lui. » ; 4, 13-14 : « Quiconque boit de cette eau [du puit de Jacob] aura encore soif ; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai, n’aura plus jamais soif ; au contraire, l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissant jusqu’à la vie éternelle. »
[42] — E. B. Allo, ibid., p. 354.
[43] — Voir Za 14, 11.
[44] — Audet, La Didachè, Paris, Gabalda, 1958, p. 472.
[45] — Voir 1 Co 13, 12 ; He 12, 14 ; Mt 5, 8 ; 1 Jn 3, 2, etc.
[46] — E. B. Allo, ibid., p. 354-355.
[47] — Les pécheurs obstinés sont comme des chiens qui retournent sans cesse à leurs vomissements (voir 2 P 2, 22).
[48] — Bossuet, ibid., p. 220.
[49] — C’est la traduction grecque de la formule araméenne Marana Tha qu’on trouve en 1 Co 16, 22. Probablement en usage dans la liturgie primitive, comme Amen et Alleluia, elle signifie : « Notre-Seigneur, venez ! »
[50] — Bossuet, ibid., p. 220.
[51] — Voir Ap 1, 4.

